Bien le bonjour !
Voici les réponses à mes chers lecteurs et chères lectrices :
Akabane D. Yui - Merci pour ton commentaire Yui, comme d'habitude il me fait vraiment sourire et plaisir ! C'est sûr que je n'aimerais pas être à la place de Luffy, vaut mieux éviter Garp le plus possible...
Cheshire D. Flo - Pas de souci pour les apostrophes ! J'ai moi-même des problèmes avec les tirets de mes chapitres, je dois à chaque fois les remettre quand j'en publie un. Mais il me semble que ce problème est commun à tous les auteurs. Bien contente que les descriptions physiques aient pu te servir ! *smile* Je me suis vraiment attardée dessus dans le dernier chapitre, je voulais aider le lecteur à mieux visualiser nos trois comparses... et m'aider par la même occasion aha. J'aime beaucoup écrire les passages où Akira est aux côtés Magra, c'est très reposant. J'espère que ce chapitre ne te décevra pas ! En tout cas je pense qu'il va te surprendre *smile*.
Musique qui m'a inspirée pour ce chapitre :
Clean Bandit - Rather be
Cette musique me donne vraiment la pèche. Je trouve quelle colle bien au passage où Akira déambule dans Fushia. Je me suis également inspirée des paroles pour certaines phrases.
Citation du chapitre : Il faut que jeunesse s'amuse (Honoré de Balzac)
Bonne lecture ! Retrouvons-nous en fin de chapitre pour le petit commentaire de l'auteure !
Chapitre vingt-trois
Il faut que jeunesse s'amuse
/
- Tu sais Sabo, je crois que je m'amusais vraiment dans ma vie d'avant. J'avais beau être un pantin, on avait beau m'inculquer des idées fausses tous les jours, j'aimais profondément cette vie. J'étais aveugle et naïve, mais il n'empêche que je m'amusais tous les jours aux côtés de mes parents.
/
Je n'ai pas fait dix mètres qu'un homme barbu se rue sur moi et m'exhibe son sourire le plus éclatant. Enfin, j'imagine que c'est ce qu'il songe m'offrir en étalant sous mes yeux sa dentition incomplète. Prise de court, je m'écarte d'un pas.
- Alors toi, t'es pas du coin !
Son haleine me rappelle étrangement celle de Dadan lorsqu'elle a abusé du saké. Cette constatation me pousse à reculer davantage mais je m'abstiens de bouger de peur d'être impolie. Nous sommes en début d'après-midi et cet homme est déjà ivre ? Mais où donc ai-je atterri ?
- Tu t'es perdue ? s'enquiert-il, perturbé par mon mutisme.
Que répondre à ça ? Je ne sais même pas ce que je fais là.
- Non, pas vraiment mais...
- En voilà une gamine bien indécise ! Eh Odori, viens mater ça !
Une femme assise un peu plus loin sur un tonneau tourne la tête vers nous. Elle glisse verbalement quelque chose à ce qui me semble être ses amies et s'approche. Elle doit probablement avoir la trentaine mais ses yeux couleur gazon renferment une malice juvénile. Ses cheveux sont noués négligemment en deux nattes inégales. Elle s'appuie à l'épaule du barbu et me jauge sans se cacher.
- Où as-tu encore dégoté cette minette, Ranbu ? Elle est mignonne.
- Elle déambulait dans la rue, je me suis senti obligé de l'accueillir. Après tout c'est la première fois que tu viens ici, n'est-ce pas ?
Soudain ces deux individus me paraissent tout à fait sympathiques. A priori, ils n'ont pas de mauvaises intentions. Leurs sourires m'engagent à leur répondre.
- En effet, je n'avais jamais mis les pieds dans un lieu aussi vivant. C'est toujours comme ça ?
- Ah ça oui ! s'exclame le dénommé Ranbu. Ici c'est jour de fête tous les jours ! Et tout le monde peut participer à l'ambiance générale.
- C'est vrai, ajoute Odori en esquissant quelques pas de danse improvisés avec son partenaire. Que ce soit les jeunes, les adultes, les vieillards, les introvertis, les complexés, les pirates et les débauchés, tout le monde est convié à apporter sa bonne humeur à l'édifice ! Et même les petites comme toi, même si c'est plutôt rare. Tu as quel âge ?
- Quinze ans aujourd'hui.
Cette précision est sortie d'elle-même de ma bouche. Il n'en faut pas plus pour faire germer dans leurs cerveaux une foule d'idées. Ni une ni deux, ils saisissent chacun l'un de mes bras et m'entraînent faire le tour de quelques bâtisses. La plupart sont de minuscules bars où l'alcool coule à flots ou des restaurants qui ne peuvent comporter qu'une dizaine de gourmands. Pourtant, on retrouve du monde partout. Odori m'explique que la ville est devenue nettement plus agitée depuis la mort du Seigneur des pirates et donc depuis l'Âge d'or de la piraterie. Toutefois le maire, un certain Hoop Slap, est un fonctionnaire du Gouvernement mondial. Son aversion pour les pirates ne date pas d'hier. A ce qu'il paraît, elle est devenue ostensible depuis la venue de Shanks Le Roux sept ans plus tôt. Bien que Hoop Slap soit l'homme le plus haut placé de Fushia, il n'a pas pu empêcher la venue en masse des pirates. Il a ainsi créé un compromis : les pirates peuvent séjourner en ville autant qu'ils le souhaitent mais seulement dans un quartier bien délimité. Et ce quartier, c'est cette rue.
- Brandy Street, claironne Ranbu comme s'il avait baptisé le nom de l'avenue lui-même.
- Et tous les deux vous êtes des pirates ?
Odori s'esclaffe si fort que des passants se tournent vers nous, amusés.
- Ça c'est la meilleure !
- Sérieusement, on ferait de bons pirates selon toi ? demande Ranbu sans se défaire de sa bonne humeur. T'as pas bien regardé nos tronches ? On est fous mais quand même !
Étonnement, leur euphorie ne m'ébranle pas. Je poursuis donc sur ma lancée :
- On m'a souvent répété que l'habit ne fait pas le moine. Et je pense, sans me vanter, que j'en suis le parfait exemple. Regardez-moi. Est-ce que j'ai l'air d'une future pirate ?
Je suis bien conscience de m'être musclée mais je n'en reste pas moins une fille. Et les filles qui rêvent de devenir pirate, ça ne court pas les rues d'après ce qu'on m'a dit. Leurs regards ébahis sont plus éloquents que n'importe quelle parole. J'attends fébrilement leur jugement objectif. Je vois défiler dans ma tête toutes sortes de réactions mais celle qui revient le plus souvent ressemble à de la moquerie. Toutefois, je suis bien loin du verdict final. Ranbu et Odori paraissent tout à coup complètement sobres. Leur maturité a grimpé de plusieurs niveaux sur une échelle imaginée par mon cerveau. Je me sens tout à coup réellement comme une enfant devant deux adultes.
- Deux fois dans la même journée, ça peut pas être une coïncidence, n'est-ce pas ?
- Ouais, c'est vrai que c'est étrange..., répond Odori en se frottant le menton d'un air absent.
C'est comme si elle voyait une tout autre personne à ma place. Elle poursuit :
- On a croisé un jeune homme tout à l'heure et lui aussi s'autoproclamait « futur pirate ». On l'a déjà croisé plusieurs fois mais c'est la première fois qu'on lui parle à celui-là ! Deux mômes tels que vous qui tiennent des propos aussi ambitieux à votre âge c'est...
- Odori !
- Tu vois pas que j'cause ?
- S'cuse-moi ma douce, mais le v'la notre gaillard de tout à l'heure ! Notre écumeur des mers !
Exempté de toute déférence, Ranbu pointe un doigt charbonné vers un individu qui se trouve, selon toute vraisemblance, derrière moi. Je pivote et il ne me faut même pas une seconde pour visualiser l'homme que sa partenaire a évoqué précédemment. Attirée comme par un aimant, je me mets aussitôt en marche, sans prendre la peine de réfléchir à la raison de sa présence. Ici. Aujourd'hui. Et je me rends compte que cela a toujours été comme ça.
Ace a toujours su capter mon attention en une fraction de seconde en balayant toute la logique dont je suis capable de faire preuve.
Les mots n'ont pas suivi mon mouvement de pure inconscience et se sont égarés en route. Ainsi, c'est démunie de toute réflexion que je me retrouve à faire face à mon aîné. Celui-ci ne m'a pas encore remarquée. Pourtant il n'y a rien d'étonnant à cela étant donné qu'il me montre son dos. Il est attablé en face d'un homme d'une vingtaine d'années mais aussi en face d'une chope. Je reste plantée comme un arbre pendant suffisamment longtemps pour éveiller l'attention du compagnon de table d'Ace. Il lui fait un signe de tête dans ma direction et le garçon aux cheveux de jais se retourne tout en portant sa boisson à ses lèvres. L'instant d'après il a tout recraché sur mes jambes.
- Mais qu'est-ce que tu fiches ici ?! parvient-il à glisser entre deux toux.
Épouvantée, je tire sur la robe de Makino et constate, soulagée, qu'elle n'est pas tachée. Soudain je me fige. Ma robe, ma coiffure... Ace n'a rien remarqué ? Sans rire, il ne lui a fallu qu'un quart de seconde pour me reconnaître alors que j'y suis à peine parvenue moi-même tout à l'heure devant le miroir. Je fronce subrepticement les sourcils. Pourquoi diable cela m'enquiquine à ce point ?
- Ne me dis pas que tu as recommencé à me suivre comme lorsqu'on était mômes ? s'enquiert Ace, soupçonneux.
- Rassures-toi, ma vie ne dépend plus de toi.
Mes paroles font écho dans ma tête. Ma phrase laisse clairement entendre que mes objectifs du passé étaient dictés involontairement par ce que faisait mon aîné. Embarrassée, je fais mine de m'intéresser à la chope qu'Ace tient toujours dans sa main.
- Qu'est-ce que tu bois ?
- Quelque chose que tu t'empresserais de noter dans ton carnet de mots si tu en connaissais le nom.
De toute évidence, il ne peut s'empêcher de sourire en observant ma mine déconfite. Ne souhaitant pas lui laisser le dernier mot – ce qui arrive bien malgré moi assez souvent – je ne tarde pas à répliquer :
- Je constate que le côté alcoolique de Dadan a fini par déteindre sur toi.
- Tu...
- Ça fera quatre Berry, jeune homme.
Nous levons les yeux dans une parfaite synchronisation vers le serveur qui tient habilement un plateau où sont disposées différentes boissons. Ace repousse sa chaise.
- Vous tombez bien, je m'apprêtais à venir vous chercher pour vous prévenir que c'est « Jibara » qui règle la note.
A l'instar d'Ace tout à l'heure, le dénommé « Jibara » s'étrangle dans sa chope. De toute évidence il apprend en même temps que tout le monde qu'il doit régler la consommation de mon aîné. Ace se penche alors pour lui donner de petites frappes dans le dos.
- Vous voyez, toute cette générosité le laisse sans voix.
Le garçon aux taches de rousseur fait volte-face, me saisit le poignet et se met à détaler à toute vitesse, m'entraînant dans son sillage. Je risque un coup d'œil au bar. M'est avis que c'est plutôt le serveur qui est resté sans voix... Nous courrons ainsi pendant une trentaine de secondes en esquivant de justesse les villageois en tous genres que nous croisons. Ace bifurque brusquement sur notre droite et m'emmène dans une petite ruelle inoccupée. Je n'attends pas une seconde de plus pour exprimer le fond de ma pensée :
- Non mais je rêve ! Ace, ton attitude est tout à fait...
- Scandaleuse ? Je sais.
- Partir sans payer et refiler ta note à ce Jibara. Soit dit en passant, c'était tout à fait risible de le surnommer « Jibara » (= « payer sa part » en japonais).
Ace roule des yeux.
- Tu ne vas pas me faire croire que tu n'es jamais partie sans payer ?
- Je...
Un souvenir s'impose à mon esprit revêche. Je me revois âgée de neuf ans, entourée de mes trois frères dans un restaurant du centre-ville. Et puis nous avons déjà volé un nombre impressionnant d'individus dans Grey Terminal. Soudainement, je ne trouve rien à lui rétorquer.
- Alors ? dit-il comme pour m'encourager alors que son sourire s'élargit de plus en plus.
- Ne sois pas aussi fier de toi. Tu aurais au moins pu remercier le serveur de t'avoir... donné à boire. Je croyais que Makino t'avait appris les bonnes manières ?
Son sourire disparaît et il me dévisage pendant ce qui m'apparaît comme une éternité. Qui sait, peut-être qu'une réponse est peinte sur mon visage... Enfin, il se met à soupirer et à regarder ailleurs.
- Très bien, à l'avenir je penserai à remercier poliment ceux qui me serviront à boire ou à manger. Ça te va ?
Pour toute réponse j'esquisse un petit sourire. J'empoigne un tissu qui dépasse d'une poubelle et essuie mes jambes avec. A quoi bon empêcher un futur pirate de voler ? J'imagine que je serai amenée à agir ainsi un jour ou l'autre malgré moi.
- C'est la première fois que tu viens ici, n'est-ce pas ?
- Oui. Je t'avoue que je ne connais pas bien les environs.
- Ça peut s'arranger.
Je suis si surprise que je lâche l'étoffe et me redresse brutalement sur mes pieds. Méfiante, je sonde les yeux sombres de mon aîné.
- Que me vaut toute cette gentillesse ?
- C'est ton anniversaire, non ?
Cela fait sept ans que je connais Ace et s'il y a bien un truc avec lequel il ne s'est toujours pas accoutumé au fil du temps ce sont les cadeaux. Il n'en fait jamais et ne supporte pas d'en recevoir. J'imagine que pour lui les cadeaux sont des choses dérisoires. Dans un sens il n'a pas tort. Il existe autant de façons de prouver à quelqu'un l'affection qu'on ressent pour lui que d'individus qui peuplent cette planète. Celle d'Ace est beaucoup plus subtile qu'un cadeau. C'est pourquoi je suis estomaquée lorsque je décèle le sous-entendu. Je m'apprête à lui demander de répéter mais avec un mouvement du menton il me fait signe de le suivre. Je ne bronche pas, trop heureuse pour oser dire quoi que ce soit qui risque de le faire changer d'avis.
Et alors je cligne des yeux le moins de fois possible de peur de rater une miette de cet après-midi. Et alors je mets volontairement de côté la parole pour favoriser la vue, l'odorat et le toucher. Et alors je suis entraînée dans une mer – que dis-je? - un océan de découvertes. L'inconnu m'entoure, m'englobe, m'inonde. Toutefois grâce à la main imaginaire qu'on me tend cet inconnu devient instantanément amusant, captivant et presque familier. Et cette main, c'est la tienne, Ace. Nous nous déplaçons de boulangerie en café, de café en épicerie, d'épicerie en bric-à-brac. Nous nous promenons avec désinvolture. Le temps s'est allongé, j'ai le sentiment d'avoir traversé des kilomètres de terre. Je me rends compte petit à petit que je voudrais vivre cet instant éternellement, me réjouissant de chaque scène que tu me présentes. Tu m'as tendu une main invisible et je l'ai prise. C'était comme un tir à l'aveugle mais je l'ai fait. Et je te regarde. Mes pieds sont truffés d'ampoules, mes jambes sentent toujours la boisson que tu as crachée sur moi, il fait si chaud que des mèches collent mon front. La rue est bruyante, parfois malodorante, les gens ne sont pas toujours polis.
Et pourtant...
Pourtant il n'y a aucun endroit au monde où je préférerais être. Tant que je suis avec toi cette journée ne s'arrêtera jamais et mon cœur continuera de battre.
- Eh, gamine !
J'ignore pourquoi mais je me sens concernée par cette interpellation, d'autant plus que cette voix ne m'est pas étrangère. Alors je fais volte-face. Je constate avec stupéfaction que la nuit a subtilisé la place du soleil et qu'elle est en train de répandre son voile obscur sur les façades des bâtiments. C'est le crépuscule. Ranbu et Odori viennent à notre rencontre. Après un bref échange, Odori entoure mes épaules de son bras et me susurre à l'oreille :
- Dis-moi ma beauté, tu aimes danser ?
Danser ? Je n'ai pas du tout une idée claire de ce que c'est alors de là à dire si j'aime ça ou non...
- Tu peux m'apprendre ?
La bouche d'Odori s'ouvre en grand pour laisser s'échapper un rire toujours aussi sonore.
- Danser ne s'apprend pas, ma mignonne ! L'être humain a ça dans le sang, il suffit juste de laisser son corps s'exprimer. Suis-moi !
Sans retirer son bras de mes épaules, Odori m'entraîne vivement vers une bâtisse faite intégralement en bois. Malgré l'obscurité qui est presque omniprésente à présent, je parviens à lire l'enseigne.
- Party's Bar...
Ce nom m'évoque vaguement quelque chose. Tandis que je fouille dans ma mémoire, Ace éclaire symboliquement ma lanterne :
- C'est le bar de Makino.
Comment ai-je pu l'oublier ? L'excitation fait danser mon cœur.
/
Mes mains voient leur conscience se réveiller et se mettent à claquer entre elles. Toute l'assistance suit machinalement le même rythme, rythme qui provient des pas frénétiques exécutés par les deux femmes au centre du cercle. Leurs corps ondulent, leurs bras épousent des formes invisibles dans l'air et leurs pieds martèlent sans interruption le sol. J'ai l'impression que le plancher va se fendre d'un instant à l'autre sous la puissance de leurs chaussures à talons. Elles suivent la musique qui provient de la guitare d'un homme assit au comptoir. Non c'est faux, elles ne font pas que suivre la musique. Elles vivent la musique, elles sont la musique. Elles sont indissociables du son. Mes mains sont rouges à force de battre la mesure mais je ne faiblis pas une seconde. Les hommes et femmes qui constituent le cercle autour de ces deux femmes affichent des sourires rayonnants. Makino n'arrête pas de naviguer d'un coin à l'autre du bar, des plateaux garnis de chopes dans chacune de ses mains. L'une des boissons atterrit je-ne-sais comment entre les miennes. Je regarde le liquide couleur caramel d'un air incertain. Je n'ai jamais bu d'alcool, hormis la fois où ASLA a scellé notre fraternité. Je me souviens encore du goût si particulier du saké. Sa douceur initiale en bouche finit par devenir en quelque sorte âpre. Je n'ai qu'un vague souvenir de sa saveur, mais du peu dont je me souvienne je dirai que j'ai vraiment apprécié. Ainsi, c'est sans aucune appréhension que je porte la chope à ma bouche et
je brûle.
Mes lèvres, ma bouche, ma langue, ma gorge, mon œsophage, mes poumons, mon estomac. Tout brûle. Je me fais violence pour ne pas tout recracher. Je jette un coup d'œil aux personnes alentour. Comment font-ils pour boire ce feu ambulant ? On dirait qu'il ingère un simple verre d'eau. Je fronce les sourcils. Dorénavant je parviens à mettre à terre un tigre gigantesque. Ce n'est pas une simple chope qui va me mettre en échec. Je prends mon air le plus naturel et bois une nouvelle gorgée. Puis encore une. Et encore une. Une main pénètre tout à coup dans mon champ de vision et se pose sur la chope.
- Doucement ma jolie, glousse Odori en me gratifiant d'un sourire éblouissant. Ce n'est pas le genre de boisson qu'il faut boire comme du petit lait.
- Qu'est-ce que c'est ?
- Du rhum ! s'exclame Ranbu.
Un bras inconnu me tend une autre chope. Je n'ai pas le temps de voir son visage que la compagne de Ranbu m'entraîne au centre du cercle créé par les spectateurs. J'étais tellement accaparée par ma besogne que je n'avais pas constaté que les danseuses avaient terminé leur performance. L'homme à la guitare continue de jouer mais cette fois les notes semblent plus joyeuses. En observant Ranbu et Odori se trémousser spontanément, je comprends que le musicien offre une totale liberté de mouvement à ses danseurs. Les minutes s'écoulent et la salle se remplit de plus en plus. De temps à autre j'aperçois Makino et à aucun moment elle ne paraît débordée. Sûrement doit-elle être habituée à servir autant de personnes. Par contre, j'ai beau tourner la tête dans tous les sens je ne vois Ace nulle part. Machinalement je m'apprête à boire une nouvelle gorgée mais me rends compte que ma chope est de nouveau vide. J'esquisse un pas pour aller poser mon verre mais je perds l'équilibre. Un homme me retient par le bras et me dit... Il me dit quoi d'ailleurs ? Je le regarde, j'observe son visage qui ne possède aucun trait distinct et je me mets à rire, à rire, à rire. Je n'en finis pas de rire. Pourquoi cet homme ne possède pas de visage ? Je crois que je lui hurle cette question. « Hé ! Elle est où ta bouche ? » je m'entends crier entre deux gloussements. J'ignore de quoi résulte cette hilarité mais ça me fait un bien fou. Une main saisit la mienne.
- Viens ma mignonne, il est l'heure de danser !
Odori. Sa silhouette est presque identique aux autres mais je parviens tout de même à discerner sa voix et à la reconnaître. « Oui, oui, oui je te suis ! ». Les ombres ne sont plus à mes côtés mais tout autour de moi. Seule la chaleur de la paume de Odori dans la mienne persiste. Dans un élan de panique, mes phalanges serrent sa main.
- Oublie tout, oublie-moi. N'écoute que le guitariste.
Je ferme les yeux et essaye d'honorer sa demande. Aussitôt les notes font vibrer mes tympans et pulser ma cage thoracique. Mes pieds cherchent la mesure et parviennent facilement à la repérer. Je souris. Mes membres sont tellement, tellement, tellement légers. Ils bougent d'eux-mêmes, ils ont une conscience qui leur est propre. Je ne maîtrise plus rien. Et je tourne, je tourne, je tourne. A en avoir la nausée. Alors je me ressaisis, je rejette la tête en arrière et aspire une grande bouffée d'oxygène. Quand j'ouvre les yeux je plonge aussitôt dans des prunelles couleur gazon. Et ce sourire. Quel magnifique sourire. Mes mains abandonnent le rythme de la musique et viennent encadrer le doux visage d'Odori. Ses lèvres bougent. Je ne comprends rien.
- Voilà ce que c'est de danser ma belle, répète-t-elle en haussant le ton. Déchaîne-toi, ne réfléchis pas. Danser c'est comme parler en silence, tu dévoiles plein de choses sans dire un mot.
Elle recule et mes paumes ne saisissent plus que du vide. J'entends Ranbu qui invite tout le monde à nous rejoindre. J'ai chaud, j'ai tellement chaud. Je transpire, mon corps est en feu. Mon visage doit être aussi rouge que la crête de Magra. Ou que ce collier que j'aimerais offrir à Ace quand il partira de l'île de Dawn. Une réplique parfaite de celui que porte à longueur de journée Dadan.
- Ace...
Où es-tu ? Si tu savais comme je m'amuse et comme la vie me semble plus exaltante que jamais tout à coup. La musique est si... Où est passée la musique ? Depuis quand cette main agrippe mon bras ? Pourquoi tout est brusquement silencieux ? Je cligne des yeux. Le plafond et le sol se confondent. Je m'esclaffe, je ris à gorge déployée. C'est tellement invraisemblable ce qu'il m'arrive. On m'entraîne mais mes jambes ne supportent plus mon corps. Je n'arrête pas de tomber. Je glousse encore et cette fois on rit avec moi. On me parle. Cette voix... ne me dit absolument rien. « Qui t'es toi ? » s'échappe de ma bouche. On me répond mais je ne comprends rien. « Je ne comprends rien, parle plus fort ! ». Alors des lèvres effleurent mon oreille et un souffle froid caresse mon cou.
- Ne t'inquiète de rien, je vais bien m'occuper de toi.
Dans l'abîme dans lequel je coule petit à petit je ne parviens à discerner que trois choses. Le mur dans mon dos, cette voix inconnue qui me susurre des paroles inintelligibles et puis tout à coup une chose visqueuse qui s'est infiltrée dans ma bouche. C'est à la fois gluant et râpeux. Quelque chose d'humide presse mes lèvres. Instinctivement je tente de reculer mais le mur me contraint à rester sur place. Alors je tourne la tête mais une main ferme empoigne mon menton et on force à nouveau le barrage de mes dents. Ce n'est pas normal. Ce n'est définitivement pas normal. Et ça ne me fait plus rire du tout. Par conséquent je lutte. Je lutte et me débats dans le gouffre qui m'a aspiré. Je tente de chasser mon inconscient qui me rend myope et tends une main vers ma conscience qui s'est fait la malle depuis bien trop longtemps à mon goût. Je me focalise tant bien que mal sur mes sens qui avaient également plié bagage. Je bats des paupières aussi vite que je peux, cependant le voile nébuleux est perspicace. Tout ce que je distingue est un visage. Un visage beaucoup trop près du mien. Un visage qui m'est parfaitement inconnu.
Et alors je sens ses mains.
Partout. Partout sur mon corps. L'une remonte le long de ma cuisse et se faufile sous ma robe. L'autre qui retenait mon menton me tire soudainement les cheveux. Une vague de fatigue et d'obscurité me frappe à nouveau de plein fouet. Je suis aimablement invitée à perdre mes forces et à me laisser aller à une torpeur terriblement tentante. Toutefois l'envie de vomir qui découle des lèvres charnues de ce type qui sont en train de dévorer les miennes m'empêche de rendre les armes. Ma main trouve son bras
Et broie son poignet.
Son hurlement ne suffit pas à me sortir de mon coma cérébral. Je me cramponne à ce qui me semble être le mur. Mais mon corps ne supporte plus cette situation. Je tombe à quatre pattes, vidée.
- Monstre ! Espèce de sale démon !
Ma carcasse valse et je me retrouve allongée sur le dos. La silhouette de cet être abjecte est en perpétuel mouvement. Je perçois vaguement son pied marteler mes cotes. Je ne sens rien. Absolument rien. Le néant total. Mon existence même est anesthésiée contre la douleur. C'est absurde, je pourrais en rire. Néanmoins je ne trouve pas ça drôle du tout. Car je sais pertinemment que c'est momentané et que tôt ou tard j'en payerai le prix.
Il faut que cela cesse.
Avec toute la bonne volonté dont je suis capable je balance un bras. Ma paume percute sa jambe et la seconde suivante l'homme est à terre. Je devine alors que je lui ai brisé le tibia. Ce n'était pas réellement volontaire mais c'est bien fait pour lui.
Il s'époumone si fort qu'il pourrait réveiller les morts. Même si son cri ne suffit pas à percer la forteresse de ma langueur, elle parvient tout de même à attirer des individus du bar de Makino. Immobile, l'oreille contre le plancher, j'entends des pas qui se rapprochent. Et puis je sombre. Je lâche la corde qui me retient à la réalité et je tombe.
/
Je n'ai pas à fournir d'effort pour ouvrir les yeux quand je reviens à la réalité puisqu'ils le sont déjà. Mes pieds se mouvent seuls, totalement insoumis à ma conscience. L'espace d'une seconde je suis fascinée par mon corps qui fut capable de me porter alors que j'étais dans les vapes. Mais ce ravissement n'est que de courte durée puisque je finis par ressentir un bras qui me soutient ainsi qu'un corps contre mon flanc droit. Tiens, je discerne à nouveau en partie ce qui m'entoure. Et je ressens également ce qui me concerne, ce dont je me serai bien passée... Une migraine a planté solidement sa chaise longue dans mon cerveau et se fait dorer la pilule au clair de lune. Ma bouche est pâteuse, desséchée, j'ai l'impression de n'avoir pas bu d'eau depuis plus d'une semaine. Mes ampoules aux pieds doivent être en sang. Et surtout
mes cotes
subissent enfin le contrecoup de l'assaut de ce type.
Ce type ? Qui était-ce déjà ? Est-ce que je le connaissais ? Et pourquoi je me suis retrouvée seule avec lui ? Toutes ces questions attendront une réponse. Pour le moment, la poigne qui me maintient debout me compresse les cotes et accentue la douleur. J'émets une sorte de grognement et tente de me dégager. Réanimer mon corps alors que mon esprit et lui étaient séparés pendant de longues minutes – voire plus – n'a rien d'un jeu d'enfant.
- Tu es sûre de toi ? Si je te lâche tu vas tomber, tu sais...
Mes sens ont beau être encore en partie court-circuités, je suis en mesure de reconnaître le propriétaire de cette voix singulière.
- A...e...
Mes cordes vocales s'emmêlent les pinceaux, comme si elles étaient pressées de s'extraire de ma bouche stérilisée. Je relève la tête et mon crâne tape son épaule. Ma main trouve ses phalanges et essaye de les dénouer de mon aisselle.
- Ac...e... mes... co...tes...
Je n'aurai jamais envisagé que parler soit aussi pénible un jour. Je ne sais par quel miracle mon aîné parvient à assimiler mes paroles inaudibles toutefois il semble avoir saisi le message. Sa main descend et me serre la taille. Je constate que mon autre bras entoure sa nuque. Encore une preuve que mon corps s'est mouvé en solitaire alors que ma conscience se faisait la malle.
- Il t'a pas loupée ce salaud. Non seulement il a dû te droguer mais en plus il t'a cassé quelques cotes au passage. Charmant.
- Il m'a...
Quoi ?
Je relève les yeux vers lui. Ma vue n'est pas encore tout à fait nette. Le visage d'Ace semble être une peinture faite avec de l'aquarelle. Un joli mélange de blanc crème et de noir d'ivoire. Impossible de démêler ses taches de rousseur de cette opacité. Et tout ça, tout ce qui m'est arrivé dans ce bar, toutes ces sensations exquises, puis terrifiantes et pour finir déplaisantes... Tout ça à cause d'une...drogue ? Je dois avoir une mine affreuse car Ace juge bon de me faire asseoir sur un tonneau, une table, une chaise ou que sais-je encore. Ma tête est si lourde, je suis incapable de porter mon propre corps toute seule. Je me penche en avant et dissimule mon visage entre mes mains. Mes cheveux me chatouillent les avant-bras. Depuis quand sont-ils détachés ? Et moi qui pensais que toutes ces émotions qui se sont enflammées dans mon être résultaient de la consommation d'alcool mais aussi de mon euphorie du moment. Il est vrai que tout est survenu vite, très vite...trop vite ?
- Qui t'a servi les boissons que tu as bues ?
Je fouille ma mémoire défaillante en quête d'une réponse à lui fournir. Je relève les yeux vers lui. La vérité est que j'en ai absolument aucune idée. Les chopes que j'ai avalées à toute vitesse sont venues d'elles-mêmes se loger au chaud entre mes dix doigts. Une fois encore, Ace parvient à décrypter mes pensées.
- J'en étais sûr..., soupire-t-il. J'imagine qu'à présent tu as compris qu'il ne faut jamais accepter de boire ce qu'un inconnu t'offre. Tu étais une proie facile aux yeux de beaucoup d'hommes cette nuit, surtout habillée comme ça.
Mes émotions profitent de mon trouble physique pour me submerger. Des larmes emplissent mes yeux. Je fais au mieux pour les retenir car je n'ai pas envie de pleurer devant mon frère. Pourquoi cette journée parfaite a-t-elle viré au cauchemar ? Dans le bar de Makino en plus. Je n'aurai jamais imaginé que les choses puissent prendre une telle tournure. Tout ce que je voulais...
C'était être jolie ne serait-ce que l'espace d'une journée.
Mon cœur est douloureux. Il aspire à des paroles réconfortantes mais je sais pertinemment qu'Ace ne m'en administrera pas. Et pour une raison inconnue ça me frustre. Tout est si embrouillé, je ne sais plus quoi dire ni quoi faire. Je ne sais plus ce que je veux.
- Je vais te chercher de l'eau, ne bouge pas.
Il esquisse un pas en arrière sans se retourner. Il garde un œil sur moi, comme il l'a toujours fait sans jamais se l'avouer. Depuis ce triste jour où Ace a laissé Luffy et moi à la merci d'un ours, il a toujours veillé sur nous. Tel un véritable grand frère, tel un ange gardien. Un autre pas l'éloigne de moi. Et cette fois il n'apparaît plus que comme une silhouette imprécise et méconnaissable. Une tache de couleur parmi celles de la ville, une étoile parmi les quelques lumières environnantes, un souffle parmi la brise qui serpente entre les différents bâtiments. Je suis confuse, je peine à déceler la réalité. Tout ce que je sais, c'est que je ne veux pas me retrouver seule et désemparée. Je ne veux pas qu'il me laisse derrière. Comme une gamine de cinq ans, je suis effrayée par l'obscurité. Car je suis persuadée qu'elle va m'engloutir, qu'elle va me séparer d'Ace.
Alors je m'élance. Je crie des paroles incompréhensibles pour tout être humain. Je cours aussi vite que mes jambes défaillantes le permettent vers ce qui me semble être mon cher frère.
Et je me jette dans ses bras.
Mes bras encerclent férocement ses cotes, mes mains s'agrippent désespérément à son dos, mon menton s'enfonce dans sa clavicule, mon corps se presse contre le sien, en quête de chaleur humaine. Des larmes inondent mes yeux exorbités, mes joues et dévalent telle une cascade sur son épaule. Mes cordes vocales ne boudent plus et ont renoué entre elles, ne serait-ce que pour cet effort :
- Ne m'abandonne pas...
Je suis capricieuse, je suis infantile, je suis pleurnicheuse. Je ne me reconnais pas, je ne voulais pas être comme ça. La drogue ingurgitée à mon insu me fait perdre la tête, bien sûr qu'Ace ne va pas t'abandonner, alors raisonne-toi Akira.
/
- Tu n'as pas à avoir peur, Akira. Tant que je serai là rien ne t'arrivera jamais.
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C'est ce qu'il m'avait dit il y a quatre ans de cela, quand j'étais seule face à l'orage. Il est là, je le sens contre moi, alors il ne m'arrivera rien. Ces cheveux de jais qui chatouillent mes joues ce sont bien les siens. Ce cœur qui bat c'est bien le sien. Cette chaleur humaine c'est bien la sienne. Cette odeur...
J'écarquille encore plus les yeux. Je perçois toujours ce mélange singulier de feu de bois qui crépite dans son « pays » et de forêt. En fait, si la forêt devait avoir une odeur je l'associerai immédiatement à celle d'Ace et de Luffy. Et pourtant... Pourtant je discerne une nouvelle senteur. Une senteur que j'ai humée à longueur de journée sur cette île sans vraiment y faire attention. Une senteur à laquelle je n'ai jamais associé mon aîné. Alors je me sens contrainte de m'écarter de lui pour le dévisager et me racler la gorge.
- Ace tu es... un homme.
Je ne parviens pas à distinguer clairement son visage. Sous mes doigts je sens qu'il trésaille. Est-il surpris ? Se retient-il de me rire au nez ?
- Sans rire ?
Il ne peut pas comprendre, oui, cette fois-ci il ne peut vraiment pas comprendre le fond de ma pensée. Agacée par ma vision déficiente, je me rapproche de son visage que j'encadre de mes doigts. Ça y est, je parviens à percevoir ses iris d'un noir si profond, son nez droit, ses sourcils arqués par la confusion, ses taches de rousseur et ses lèvres. Tout ça n'appartient plus à un petit garçon. Il a seize ans et pourtant il me paraît mille fois plus mature que les trois quarts des bandits du Mont Corbo. Ace est un homme désormais. Il a acquis toutes les caractéristiques d'un homme, notamment ses lèvres.
Toujours en proie à l'autonomie de mon propre corps, je sens que je me dresse sur la pointe des pieds, que je me penche un peu plus en avant vers le visage d'Ace, vers ses lèvres, ses lèvres qui frôlent les miennes, et puis...
et puis...
et puis mon estomac se soulève violemment, sans faire sonner l'alarme, et puis je me cambre plus franchement et vomis vomis vomis à n'en plus finir.
Joyeux anniversaire, Akira...
Le petit commentaire de l'auteure : Qu'il est dépaysant ce chapitre qui se passe exclusivement à Fushia ! Quand je l'ai conçu c'était la grosse éclate dans ma tête et la musique "Rather be" m'a bien aidée pour me fondre dans l'ambiance. Akira est bien loin de la forêt, Fushia lui réserve des tonnes de surprises. J'aime bien les personnes de Ranbu et d'Odori. Ils devaient être des personnages lambda et puis finalement je les ai un peu plus développés. D'ailleurs, de mémoire il me semble que "Ranbu" signifie "mélodie" et "Odori" "danser". C'est la joie, la fête, tout le monde est contente, tout le monde est heureux et puis v'la notre violeur professionnel qui déboule comme un cheveu sur la soupe. Akira est droguée, ses perceptions sont détraquées. Je voulais que l'ambiance change brusquement et que ce soit inattendu. Heureusement elle parvient à se tirer de ce mauvais pas. En fin de chapitre, on retrouve Akira en position de faiblesse. Elle se jette dans les bras d'Ace comme une petite fille. Je trouve ce passage attendrissant. Par contre le "Ace, tu es... un homme" m'a fait hurler de rire devant mon ordinateur ! Ca c'est de la prise de conscience ! Et puis Akira qui a presque embrassé Ace... NO COMMENT ! On se retrouve dans le prochain chapitre pour en parler aha ! *rire diabolique*
Ciaossu !
