Bien le bonjour !

Voici les réponses à mes lecteurs et lectrices, je suis vraiment touchée d'avoir reçu plusieurs commentaires pour mon dernier chapitre. Merci infiniment !

Cheshire D. Flo - Je me doutais que tu avais des examens à cette période de l'année, ne t'en fais pas je ne t'en veux absolument pas ! Ça me fait déjà tellement plaisir que des lecteurs prennent le temps de lire ma fic et de la commenter, surtout que tu suis mon histoire depuis longtemps maintenant. J'espère que tu as eu de bonnes notes *smile*. Merci pour tes compliments, j'espère également que la suite te plaira !

Akabane D Yui - Ah ça tu peux le dire ! Akira a souvent été épaulée par ses deux frères, là c'est un nouveau départ pour elle. C'est la grande Aventure avec un grand A. Comme tu peux le constater elle n'est pas très dégourdie pour naviguer. Heureusement pour elle son voyage démarre sur East Blue. Merci pour tes compliments...et pour ce rire diabolique qui me fait vraiment flipper xD !

Glaieul-et-Asphodele - Merci à toi de lire ma fic et de laisser un commentaire ! En espérant que les futurs chapitres te plairont.

Maellis - Merci beaucoup, je suis ravie de savoir que mes chapitres te plaisent ! *smile*

Mathy - Toutes ces remarques me font vraiment plaisir, je te remercie ! J'écris depuis que j'ai 11 ans (actuellement j'en ai 23), toutes ces années m'ont permis de me créer un style qui m'est propre. Contente également que tu apprécies Dadan et sa bande de bandits aha ! Ils n'apparaissent pas beaucoup dans le manga mais ils ont une grande importance. Je suis encore plus satisfaite de constater que tu apprécies beaucoup le lien qui unit la fratrie. La fraternité, l'amitié et l'amour sont des points essentiels dans ma fic, c'est pour cela qu'elle s'appelle "Les liens du coeur". Merci en tout cas pour ton commentaire détaillé !

Citation du chapitre : Si vous voulez être respecté, commencez par être respectable (Somerset Maugham)

Bonne lecture ! On se retrouve à la fin pour le petit commentaire de l'auteure.


Chapitre vingt-six

Si vous voulez être respecté, commencez par être respectable

/

- Dis moi Sabo, quand tu arriveras sur la première île, que feras-tu ?

- Hm... C'est difficile à dire, je pense que tout dépend de l'île sur laquelle j'amarre. Et toi, tu as une idée ?

- Oui. J'irai trouver quelqu'un qui a un rêve aussi dingue que le mien.

/

Je tente d'écarter un peu plus les bras à chaque inspiration. Les grains de sable humides me collent le corps et s'infiltrent dans ma tignasse. Je ne pensais pas que ce serait aussi agréable de retrouver la terre ferme. Surtout une terre ferme inconnue. Je prends une longue bouffée d'air, me mets assise et tandis que je me démêle les cheveux je parcours les alentours du regard. La plage n'est pas très grande, ses grains sont couleur chamois et je doute que ce soit la pluie qui soit la cause de cette teinte. Un épais brouillard semble entouré toute l'île au loin, toutefois il ne pénètre pas à l'intérieur des terres.

Je souris encore plus. Derrière moi un éblouissant assortiment de vert me saute aux yeux. Vert nature. Et dire que je n'aimais pas cette couleur auparavant. Associée aux arbres, elle passe beaucoup plus facilement l'examen de mes goûts personnels. Je me lève complètement et marche sans me presser vers la forêt. Une forêt ? Que dis-je, une jungle, oui ! Je me frotte le menton et observe la futaie tout en m'enfonçant dans les bois. Je ne reconnais presque aucun végétal. Par-ci par-là j'identifie plusieurs types de cecropias ainsi que des cocotiers. Je m'arrête devant l'un d'eux qui porte des fruits. J'agrippe la stipe également appelée faux-tronc. Je cale mon front contre les fibres tièdes du cocotier.

- Me revoilà, Mère Nature. Dis-moi, il y aurait-il quelqu'un qui serait aussi aventureux que moi sur cette île ?

Une fois à la cime de l'arbre je décroche deux noix de coco et me glisse jusqu'au sol. A l'aide d'un caillou pointu je perce la bourre et m'abreuve avidement. Puis, munie d'une pierre plus lourde, j'explose le fruit en de nombreux morceaux que je mange sans plus attendre. Autant ne pas mourir de faim si je veux explorer l'île décemment. Je vais procéder doucement, m'aventurer avec lenteur pour noter dans ma tête ce que je juge utile ou tout simplement fascinant. Je dormirai sur la plage cette nuit et demain je me munirai de ma couverture qui me servira à transporter toutes mes trouvailles. Je range la deuxième coco dans mon sac et reprends ma route.

La végétation est encore plus touffue que celle de l'île de Dawn. Il est laborieux de progresser sans ralentir. Les mygales sont immenses et semblent tout sauf inoffensives de ce fait je fais au mieux pour les éviter. Je note qu'une grande quantité de chenilles, de mille-pattes et de scolopendres rampent entre les feuillages. Certains de ces myriapodes sont poilus ce qui n'augure rien de bon. J'attrape au vol une chenille verte au corps lisse et la hisse sur mon épaule. Elle ne parvient pas à s'accrocher à ma chemise et tombe à terre.

- Mais...

Comment cela se fait-il ? Normalement ce sont de véritables ventouses. Je baisse la tête et retiens un hoquet de surprise.

Je suis trempée.

Mais pas par la pluie. Je suis ruisselante de sueur. J'étais tellement accaparée par ce qui m'entoure que je n'avais même pas prêté attention au climat. La bruine de tout à l'heure ne transperce pas les feuillages étanches au dessus de moi. Je ne l'entends même pas, peut-être s'est-elle arrêtée ? Par contre il fait une chaleur à crever ce qui va poser problème à ma soif dans quelques minutes. Il faut que je trouve une rivière.

Pendant ce qui me paraît des heures, j'arpente cette jungle luxuriante tout en tendant l'oreille. Je bénis silencieusement le terrain d'être plat. Il serait déconvenue de faire davantage d'efforts. En effet, comme je l'avais anticipé je suis à présent complètement déshydratée. Ma chemise et ma « jupe » ne font plus qu'un avec ma peau moite, sans parler de mes cheveux. Si seulement j'avais quelque chose pour attacher cette écrasante chevelu...

Je cesse tout mouvement. Ce clapotement... Mon ouïe ne peut pas me tromper sur ça.

- Fantastique ! Une riviè...

Un craquement. Je sens qu'on me saisit la cheville avec une force phénoménale. Mon corps bascule verticalement et je me retrouve la tête en bas à quelques mètres du sol.

O.K.

C'est quoi ce délire ?

Un liquide s'écoule de ma bouche et me rentre dans le nez et dans les yeux. Bon sang, et en plus je me suis mordue la langue... Ça m'apprendra à parler toute seule. Je m'essuie et analyse la situation. Une corde entoure ma cheville et me maintient dans les airs. Elle passe par dessus une large branche et finit sa route nouée autour d'un piquet planté dans la terre. Pas facile d'identifier tout cela la tête en bas. Et ceci ? Qu'est-ce que c'est ? A en juger sa silhouette ce serait...

Une humaine. Une fillette, plus précisément. Cela signifie... que cette île est probablement peuplée ! Comme une idiote je souris en ouvrant la bouche et du sang se déverse à nouveau sur mes joues et m'obstrue la vue. Visuellement, je dois être un véritable cauchemar pour cette gamine.

- Un démon ! Un démon sur notre terre !

C'est ça, enchantée. J'imagine que mes cheveux écarlates ne vont pas jouer en ma faveur.

/

- Tes cheveux rouges sont comme ce que tu es ! Le diable ! Le diable !

/

Je perçois des bruits de pas qui s'éloignent. Je m'essuie de nouveau les yeux et constate que je suis seule. Pour une première rencontre je crois que je n'aurai pas pu faire pire. Mon cœur se pince. Serait-ce encore ce souvenir qui me blesse intérieurement ? Réfléchissons à autre chose... Cette petite fille a prononcé les termes « notre terre ». Sûrement ne doit-elle pas être l'unique habitante de cette île. Est-elle partie chercher du renfort ou m'a-t-elle tout simplement abandonnée à mon sort ? Sort pas si funeste que ça étant donné que je pourrai me libérer facilement. Néanmoins, est-ce la meilleure solution ? Je ne voudrais pas effrayer les éventuels occupants de l'île en leur montrant que je peux désintégrer une corde grâce à mon Fruit du démon. D'ailleurs, dans « Fruit du démon » il y a « démon ». C'est certain, je ne devrai pas aggraver mon cas. Je vais rester sagement piégée. Je ne bouge plus la langue et avale autant de sang que je peux. Il faut que l'hémorragie cesse si je souhaite recouvrer la parole. Avec tout ce sang qui descend dans ma tête cela risque d'être compliqué. Je joue de mes abdominaux pour me redresser et saisis la corde avec l'un de mes bras. Je dois fortement ressembler à un chimpanzé dans cette position mais je n'en ai cure. Au moins je peux voir à peu près droit et je n'entends plus mes tempes vibrer.

De longues minutes s'écoulent durant lesquelles je sue tout ce qui me reste d'eau. Je ferme les yeux pour me concentrer et faire abstraction de mon état physique. C'est décidé. Je me libérerai uniquement quand la nuit sera entièrement tombée. Jusque là je pense être capable de retarder mon envie de boire la totalité de la rivière que j'ai entendue. Et ensuite...

- Eh ben, toi tu fous bien les jetons.

La stupeur me fait lâcher prise. Deux silhouettes – non, trois – se dessinent en dessous de moi. J'étais tellement plongée dans mes calculs que je ne les avais pas entendues approcher. Je compte une nouvelle fois sur mes muscles pour me remettre à l'endroit. Je ne m'étais pas trompée. Trois personnes sont bel et bien entrées dans mon champ de vision. Je crois reconnaître la gamine qui m'a piégée. Ses cheveux couleur café sont noués en deux couettes lâches et cascadent le long de son dos. Elle ne doit pas avoir plus de huit ans. Une autre fillette plus âgée de quelques années croise les bras et me jette un regard empli de mépris. Ses yeux fixes me lancent des éclairs à travers sa chevelure tressée qui recouvre partiellement le côté gauche de son visage. Enfin, au centre se tient un homme au corps athlétique et robuste. Un bandeau frontal rouge en tissu laisse dépassé sur le sommet de son crâne des cheveux ébouriffés noir d'encre. Il tient la main de la plus petite. Des trois, son regard est clairement le moins inquiet. La voix qui s'est adressée à moi était masculine. J'en tire alors rapidement une conclusion. Il prend un instant supplémentaire pour me dévisager. Peut-être attend-il que je parle.

- Ce n'est pas très sympa de ta part d'avoir effrayé Tanora, finit-il par déclarer en tapotant la tête de la gamine. Comme t'as l'air d'un glaçon endeuillé elle risque de faire de sales cauchemars durant les prochaines nuits.

J'ai l'air de... quoi ? En tout cas il n'a pas tort en ce qui concerne la dénommée Tanora. Elle est cramponnée à lui et scrute obstinément ses pieds nus. Elle est tellement mignonne que je m'en veux instantanément de l'avoir traumatisée. Je m'apprête à m'excuser lorsque soudain je me rends compte que l'aînée des deux fillettes psalmodie une rengaine quasiment inaudible. L'homme paraît également l'entendre. Agacé, il lui administre un léger coup de pied dans son tibia.

- Nom d'un chien Kambana Roa, je t'ai déjà dit un milliard de fois – si ce n'est plus – d'arrêter de parler en mâchouillant ta brosse à cheveux.

Chouette brosse à cheveux, complètement invisible et imaginaire soit dit en passant, mais chouette.

- Au bûcher, au bûcher, AU BÛCHER ! s'époumone finalement Kambana Roa.

La voix glaciale qu'elle prend ne laisse aucun doute sur la véracité de ses intentions. Je demande d'un ton mal assuré, la langue encore un peu douloureuse :

- Je ne comprends pas... Pourquoi souhaites-tu que je sois brûlée ?

- La ferme ! Je ne discute pas avec un suppôt du diable, tu ne réussiras pas à me pervertir ! Tout ce sang sur ton visage et dans tes cheveux te trahit, démon !

- Kambana Roa, s'il te plaît...

La fillette se tourne vers la seule présence masculine de ce spectacle.

- Va faire un tour avec notre sœur avant de rentrer au village. Je n'aimerais pas que Nenibe te voit dans cet état.

Bizarrement sa phrase résonne davantage comme une proposition que comme un ordre. Néanmoins, Kambana Roa finit par s'exécuter. Bon, d'accord, elle ne l'a pas fait sans rechigner. Elle a serré les poings, a tapé du pied dans un caillou et a filé à toute allure en entraînant la pauvre Tanora qui peinait à suivre sa vive allure. Je change de bras pour la prise sur la corde, histoire de ne pas tétaniser. L'homme dont je ne connais toujours pas le nom se met à rire doucement en secouant la tête.

- Bon sang, ces croyances débiles ont fini par la contaminer elle aussi...

Comme je l'avais envisagé je ne décèle aucune hostilité chez ce garçon à mon égard.

- Libère-moi s'il te plaît.

- Ça ne doit pas être le pied de maintenir cette position, je te le concède, réplique-t-il en se grattant le discret bouc de son menton. Malheureusement tu es dans une positon délicate. Ma petite sœur Tanora a prévenu les miens qu'elle t'avait piégée en te désignant comme un « démon ».

Les termes « les miens » font bondir mon cœur. Rarement des mots ne m'avaient autant émue que ceux-ci. Cela évoque tellement de pensées encore floues que je n'ai, hélas, pas le temps d'analyser.

- Je suis venu en reconnaissance mais je ne doute pas que Kambana Roa va consolider cette rumeur et même l'amplifier. Mon peuple a une peur bleue des esprits envoyés par le malin. Avec ta dégaine sanguinaire, autant te dire tout de suite que tu es mal barrée.

- Merci.

- Je t'en prie. Au fait, qu'est-ce que tu es venue faire ici ?

- Pour te dire la vérité, et même si cela paraît complètement insensé, je naviguais à l'aveugle sur l'océan et je suis arrivée sur ton île. D'un point de vue objectif on peut dire que : oui, effectivement, et selon toute vraisemblance j'étais effectivement perdue.

Un large sourire fend son visage en deux. Je lui jette un regard interloqué.

- Oui, ça je le sais parfaitement. Tu n'as pas répondu à ma question alors je te la repose. Qu'est-ce que tu es venue faire ici ?

Je me tais, le temps de bien assimiler sa question. Que suis-je venue faire ici ? Recruter un équipage ? Étant donné la tournure qu'a pris la situation, je peux faire une croix dessus. Manger ? Oui, c'est cela, passons pour une goinfre.

- Je suis venue me ravitailler.

D'un mouvement paresseux du talon mais paradoxalement agile, il sort la noix de coco de mon sac et la place en équilibre sur son pied. Je constate que, tout comme moi, il ne porte pas de souliers.

- Flippante et voleuse, ça fait beaucoup tu ne trouves pas ?

Depuis quand vole-t-on les fruits dans les arbres ? Il n'y a pas plus libre qu'une forêt. Bon, si, en fait il y a l'océan mais une jungle est tout de même un lieu qui décline tout type de règle. L'idée que l'on puisse avoir une emprise sur quelque chose d'aussi paisible que la nature ne me plaît pas. Mais alors là, absolument pas. Tout en changeant une fois de plus de bras, je fronce les sourcils et rétorque, glaciale :

- Mais qui êtes-vous donc pour vous sentir supérieurs à la nature ?

- Nous sommes la nature.

Son sourire ne disparaît pas. Le mien est enterré sous terre. Mes phalanges sont à deux doigts de désintégrer la corde. Je respire profondément et ferme les yeux. Calme-toi Akira, cela ne vaut pas la peine de s'énerver. Du moins pas encore. Au lieu de laisser mon énergie se déchaîner, je canalise ma colère dans ma voix :

- Tais-toi.

- Et pourquoi donc ? Si quelqu'un devait se taire ici cela me semble logique que ce soit toi, ignorante.

Subitement, je rouvre les yeux, le corps tendu comme un arc bandé. Ma flèche est prête à être tirée.

Et je ne raterai pas ma cible.

Cependant, ce que je découvre déséquilibre la pointe ardente que je suis.

Le jeune homme a placé la noix de coco contre son front.

Il a les yeux clos et semble transporté dans un monde qui n'appartient qu'à lui. La scène est tellement sidérante que je ne sens plus aucune tétanisation dans mes muscles. Même ma soif s'est endormie en entraînant dans sa besace mon emportement. Après de nombreuses secondes de silence absolu, il rouvre les yeux et me toise sans aucune expression :

- Cette noix de coco, cet arbre qui te maintient en l'air, ce rocher que tu vois là-bas, cette liane, ce ver de terre à mes pieds, les habitants de cette île... Tout. Nous appartenons tous à Bibidia. Nous vivons en osmose avec tout ce qui nous entoure, tout ce que nous touchons. Nous nous respectons mutuellement, nous respirons le même air. Bibidia est une île sacrée. Étant l'un de ses enfants, je ne peux pas te laisser emporter avec toi l'un de mes confrères. Ou du moins pas sans la permission de ceux qui sont dotés de parole.

Aucune présomption ne transparaît dans son monologue. Ce lien qui l'associe à cette île est si pur que je me sens honteuse. Une voleuse honteuse à en mourir. De toute façon, qu'est-ce que je peux dire ? Tout ce qui pourrait sortir de ma bouche me semblerait incorrect.

- Attention à la chute !

Je bascule dans le vide, aspirée inexorablement par la gravité. Mon instinct prend le dessus sur ma conscience et tente d'amortir ma chute. Mes jambes tracent un arc de cercle en arrière. La plante de mes pieds frappe le sol. Je sens la blessure infligée par le requin se rouvrir mais je relègue cette constatation au second plan. Agenouillée, je contemple mes orteils qui ont abîmé l'herbe en atterrissant. Je recule d'un pas. Mes doigts se promènent sur mon empreinte. De la sueur coulant de mon visage vient nourrir cette terre que j'ai blessée. Cette terre, cette île que j'ai tenté de voler sans m'en rendre compte. Inculte que je suis, j'aime la nature mais je ne la comprends pas.

- Pardon..., je souffle à la terre en m'inclinant.

Une main glisse sur ma joue et relève doucement mon menton. Mes pupilles se focalisent alors sur celles du jeune homme qui n'est qu'à quelques centimètres de moi. Les siennes sont noisette et refusent de s'ancrer dans leurs jumelles. Tout son visage – que dis-je – tout son être est concentré sur son index et son majeur qui tâtent ma gorge et suivent ma trachée. J'ignore ce qu'il tente de lire à travers ma respiration et bizarrement je ne m'en alarme pas. Je suis tout à coup très détendue comme si je prenais pleinement conscience que cet homme, que ses sœurs, que son peuple entier ne sont pas malveillants. A peine ai-je eu cette pensée qu'un sourire fleurit sur ses lèvres.

- Les vents en toi ne peuvent pas me mentir. Tu es touchante.

- Les vents en moi ?

- Il n'est pas trop tard, continue-t-il en éludant ma question. J'ai le sentiment que Nenibe pourrait t'apprécier. Même si, autant te le dire franchement, pour le moment c'est pas gagné. Ta réputation joue en ta défaveur, du moins autant que ton accoutrement.

Il se recule de quelques pas. De petites perles accrochées à son bandeau et assemblées entre elles tintent mélodieusement. Il fait bien vingt centimètres de plus que moi, voire un peu plus. Il se frotte l'arrière du crâne, exaspéré :

- Non mais sérieusement qu'est-ce que c'est que cette allure ? Tu es affreuse. C'est une technique ancestrale pour te tenir éloignée de n'importe quel être vivant ?

Je ris et cette action pourtant simple, pourtant tellement ordinaire me fait un bien fou. I peine cinq minutes je m'apprêtais à me battre avec cet homme. Et voilà qu'il me fait rire. Quel retournement de situation inattendu. Vraiment, la vie a de quoi surprendre parfois.

- Je suis bizarre, on me l'a souvent répété. Mais j'estime ne pas l'être à ce point. Je me suis mordue la langue lorsque j'ai marché sur le piège. Par contre, en ce qui concerne mes cheveux... C'est si surprenant que ça ? Vraiment ?

- Étant donné que nous sommes tous bruns, oui ça l'est un peu. De plus, selon des croyances séculaires, les êtres humains qui ont des cheveux couleur sang sont des suppôts du diable. On a tellement baigné dans ces cagades dès nos plus jeunes années que la majorité de la tribu ne cherche pas à les démentir.

- Si je comprends bien je peux m'estimer chanceuse d'être tombée sur le moins superstitieux de toute la péninsule.

Son rire bruyant et contagieux éclate dans la jungle. De nombreux papillons se mettent à voleter tout autour de nous. L'instant paraît presque féerique. J'ouvre en grand les bras. Quelques insectes me caressent la peau en me frôlant sur leur passage. Je ne connais même pas le nom de cet homme qui utilise des expressions extravagantes et pourtant je me sens bien tout à coup. Si bien. Je n'ai plus faim, je n'ai plus chaud, je n'ai plus soif. Je souris. Un morpho aux ailes bleu majorelle se pose sur mon nez.

- Tu n'as pas l'air de comprendre que c'est ta vie que tu mets en jeu.

Le papillon s'envole lentement vers les branches des arbres et leurs feuillages qui bouchent toute ouverture vers le ciel. De mon côté, je baisse la tête vers l'inconnu qui n'en est plus tout à fait un à présent. Il croise les bras et me regarde sans avoir renoncé à sourire.

- Tu sais, tu vas devoir convaincre tout un peuple que tu mérites leur respect. Si tu l'obtiens, tu seras libre de faire ce que tu veux sur Bibidia. Tu pourras même y séjourner jusqu'à ce que tu manges les pissenlits par la racine si ça te chante. A l'inverse, si tu échoues tu seras exécutée sans remords puisqu'on t'associe à un démon. Tu n'éprouves aucune peur ?

J'étudie sagement la question puis finis par répondre :

- Non.

- J'imagine que tu peux également t'enfuir. Tu dois être assez dégourdie pour mettre les voiles, n'est-ce pas ?

- Jamais je ne ferai ça.

- Pourquoi ?

- Parce que quelqu'un m'a déjà acceptée. Toi.

Il semble surpris l'espace de quelques secondes par cette déduction qui peut sembler hâtive et se met à rire de nouveau. Son rire rappelle à ma mémoire l'image d'Odori, la femme qui m'a emmenée danser dans le bar de Makino. Elle aussi riait très fort.

Mince.

Il faut qu'il arrête.

Je ne peux plus retenir la question qui me brûle les lèvres depuis qu'il m'a détachée. Plus aucune hésitation ne freine mon geste : je tends fermement ma main droite vers lui, me dressant fièrement du haut de mon mètre soixante-huit.

- Dis-moi jeune homme doté d'un rire proche du rugissement et d'une tolérance incommensurable, comment t'appelles-tu ?

Lui non plus ne semble plus tergiverser. Je ne sais toujours pas ce qu'il a déduit en tâtant simplement ma gorge mais cela a vaincu sa méfiance. Il sert ma main minuscule entre ses longs doigts robustes.

- Amerika Yamaneko, mais tout le monde me surnomme Rik. Et toi, jeune fille couverte de sang, qui transpire comme un bœuf et qui n'a pas froid aux yeux, comment t'appelles-tu ?

- Akira. Juste Akira.

Ses doigts sont chauds et rassurants. Je crois lire dans ses iris noisette « Cette fille est étrange, mais pourquoi ne pas lui laisser une chance ? ». Il ne sait même pas d'où je viens et j'ignore presque tout de lui et de son habitat. Cependant mon cœur bouscule violemment mon esprit pour graver dans mon cerveau que je n'oublierai jamais ces quelques secondes d'acceptation mutuelle.

Jamais.

Et tout à coup l'atmosphère se brise. Tout comme son sourire. Ses sourcils se froncent. Sa main lâche la mienne. Sa bouche s'ouvre. Pour hurler :

- NON !

Ses yeux sont alarmés. Par quelque chose. Qui est derrière. Derrière m...

...

Absence de lumière.

Obscurité.

/

Je suis secouée de toute part. Je sens qu'on me force à immerger. Je tente de bouger mes membres mais rien ne fonctionne. Cette prise de conscience subite m'avertit que non, effectivement, ce n'est absolument pas normal. Mon esprit bondit dans la réalité. J'ouvre les yeux et la première chose que je fais est de remercier une entité divine d'avoir fait bondir mon esprit et non mon corps. Car sinon ce ne serait plus « Akira. Juste Akira », mais plutôt « Akira. Akira embrochée ». Une vingtaine de lances sont tournées dans ma direction et m'effleurent à chaque inspiration. Autant de paires d'yeux sombres me dévisagent, dépouillés de pudeur. Je ne mets pas longtemps à obtenir trois certitudes à leur sujet.

De un : c'est le peuple d'Amerika.

De deux : toutes ces personnes n'ont pas l'air ravi de me voir.

De trois : je suis dans une mouise sans nom.

Je suis en mauvaise posture. Très fâcheuse, oui.

Évidemment, je ne reconnais aucun visage qui m'entoure. Toutes ces personnes ont le teint encore plus basané que moi et les cheveux sombres. Leurs habits et accessoires sont pour le moins insolites. Quelques femmes sont couronnées par des fleurs assemblées entre elles. Tous arborent des feuilles de palmiers séchées en guise de vestes, de pagnes ou de jupes. Quelques demoiselles sont carrément drapées dans de longues herbes qui descendent jusqu'à leurs pieds. Les tissus sont peu utilisés. Et leurs pieds sont nus. L'air de famille est indéniable. Je baisse les yeux sans bouger sur mes membres et essaye de voir ce qui obstrue mon corps de ses fonctions. Des cordes. Encore et toujours des cordes ! Je ne ressens qu'une vive douleur dans ma nuque. Le reste semble opérationnel. Du moins pour l'instant. La voix d'une personne âgée retentit :

- Baissez vos armes ! Et calmez votre ardeur, voyons ! La créature ne peut plus faire le moindre geste, c'est inutile de se comporter comme des sauvages.

A l'instar d'Amerika lorsqu'il s'adressait à sa sœur Kambana Roa, cette sentence sonne plus comme un conseil que comme un ordre. Toutefois, aussitôt fut-elle prononcée que la vingtaine de sagaies quittèrent ma peau. Je souffle imperceptiblement et analyse rapidement la situation. Je ne me trouve plus dans la forêt mais sur un espace ensablé large d'une centaine de mètres de largeur. La mer ceint les deux côtés. Au-delà, l'étrange brume persiste à flotter et camoufle l'horizon à partir d'une certaine distance. La partie faite de sable mesure, à vue de nez, plus de deux-cents mètres de longueur. Elle est bordée de part et d'autre par la jungle. Une imposante montagne se dresse parmi les arbres derrière moi. L'immense bande de sable est occupée par plusieurs habitats faits de bambous, de bois et de feuilles de palmiers tressées ou non. Actuellement, je suis assise en dessous d'un abri ouvert sur toutes ses façades.

- Regardez ! s'écrie un homme, la poigne crispée sur sa lance.

- Le démon cherche un moyen de s'enfuir ! hurle une femme à l'écart, visiblement terrifiée.

Je constate qu'elle n'est pas la seule à être effrayée. De plus, de nombreuses personnes principalement des femmes, des enfants et quelques personnes âgées se tiennent en retrait. Elles ne portent aucune arme sur elles et ne sont clairement pas prêtes à affronter qui que ce soit. Des petits groupes de trois ou quatre personnes sont réunis et se tiennent serrés les uns aux autres, comme si j'allais d'un instant à l'autre leur sauter à la gorge. Une gamine fait une percée dans le rang offensif et me pointe outrageusement du doigt.

- Qu'est-ce qu'on attend pour brûler cette abomination ?! Plus on attend, plus elle va contaminer les lieux !

Je reconnais Kambana Roa, la petite sœur d'Amerika qui voulait déjà attenter à mes jours dans la jungle. D'ailleurs, je ne vois le jeune homme nulle part. Mais que s'est-il passé, bon sang ? Ne pouvant pas rester muette plus longtemps, je riposte :

- C'est complètement faux !

A peine ai-je ouvert la bouche que la tension est montée d'un grand cran. Et oui, je parle. Kambana Roa ne les avait pas informés de tout a priori. Tentant d'ignorer les mines colériques ou dégoûtées qui m'encerclent, je poursuis :

- Écoutez-moi je...

- Foutaises ! s'époumone Kambana Roa en dominant ma voix. Sale démon, tu ne parviendras pas à tes fins !

- Vous ne comprenez pas, je ne suis pas un démon ou que-sais-je encore ! Je suis comme vous, je...

Et de nouveau.

Absence de lumière.

Obscurité.

/

Un frémissement un bourdonnement un battement.

Non, ce n'est pas ça. C'est

Un chuchotis un murmure un susurrement.

Oui, enfin non... Pas tout à fait, ça ressemble plutôt à

- Réveille-toi ! Allez, du nerf, ce n'est pas le moment de dormir !

Une voix ! Oui, elle me guide vers la réalité. Je me rappelle. Je suis en mauvaise posture. En très fâcheuse, oui. Seigneur, qu'est-ce qui m'a pris de perdre connaissance maintenant ?! Ma vue est floue. De nouveau on me bouscule dans tous les sens, à m'en faire mal aux cervicales. Je parviens à discerner deux cercles parfaitement ronds couleur... noisette.

...Noisette ? Je suis stupide ou quoi ? Ce ne sont pas des cercles, ce sont des yeux ! Et ils appartiennent à...

- Amerika ! je m'écrie, sincèrement contente de le voir.

Il arrête de me secouer comme un prunier, cligne des yeux devant ma joie spontanée et sourit.

- Oui.

Il est essoufflé et ses tempes sont humides. C'est comme s'il avait couru. Couru pour venir jusqu'ici. Couru pour me sauver de ce guêpier ? Pourquoi suis-je toujours obligée d'avoir ce genre d'espoir ?

- Qu'est-ce qui te prend de faire ta Belle au bois dormant dans un moment pareil ? me sermonne-t-il en détachant mes liens.

- Qui est-ce ? Amerika, je suis navrée de t'en faire part mais tes expressions...

- Mais qu'est-ce qui te prend Rik, tu es fou ! Éloigne-toi vite, tu es inconscient !

Pour changer, Kambana Roa me coupe la parole. Amerika l'ignore royalement pour balayer la zone de ses yeux.

- Évidemment cette énergumène a filé à toutes jambes avec sa sarbacane..., grogne-t-il pour lui-même. Ce qu'il peut être chauve des neurones, celui-là.

- Mitsoka est loin d'être bête, tu le sais pertinemment Rik, fait une voix derrière lui. Un brin froussard mais il est vif. La preuve est là : il a ramené la créature au camp avant même que tu ne poses un pied devant l'autre.

Une femme âgée rondelette aux cheveux grisâtres rassemblés en chignon pénètre également dans le cercle d'individus. Quelques mèches folles s'échappent et ondulent devant ses oreilles. Je fais un effort surhumain pour ne pas la fixer plus de dix secondes et me montrer impolie. Tout son visage est tatoué. C'est à peine si on distingue ses pupilles à travers toutes ces figures et ces traits noirs. Je me sens curieusement accoutumée à ces dessins comme si j'en avais eu sous les yeux récemment. Je tourne les yeux, attirée par le bras d'Amerika. Je n'avais pas vraiment fait attention jusque là mais un tatouage tribal recouvre toute sa peau depuis son épaule droite à son poignet. Je tends le bras et effleure la marque indélébile :

- C'est beau.

- Ne le touche pas, harpie du mal !

Cette fois Kambana Roa ne fait pas que rugir. Elle me repousse violemment, suivie de près par deux hommes qui dégainent leurs lances pour la pointer sur ma nuque. La femme d'un âge avancé ne paraît pas s'en soucier. Elle dépeint un large geste.

- Voyons mes frères, si je me souviens bien je vous ai conseillé de modérer votre terreur il y a peu, articule-t-elle posément. Ce serait également judicieux pour tout le monde de prendre un peu de recule avec nos croyances ancestrales que je qualifierais de désuètes si cela ne tenait qu'à ma modeste personne.

J'esquisse une ébauche de sourire. La témérité de ses propos est en partie équilibrée avec sa voix rassurante. Lorsque ses yeux se posent sur moi je sursaute. L'évidence de son lien de parenté avec Amerika vient de réaliser une cabriole jusqu'à mon cerveau.

- Si Rik est intervenu c'est qu'il avait la plus pertinente des raisons, je me trompe ?

- A ce stade je dirai même que tu te fourvoies, Nenibe.

Les visages se tournent d'une même âme vers ce que je pense être un vieil homme. Je dis « je pense » car avec deux fers dirigés contre moi je ne peux me faire qu'une vague idée de l'aspect de l'inconnu qui a apostrophé la dénommée Nenibe.

- Trop de favoritisme te perdra, persiste le vieil homme. Ce n'est pas parce que Rik est ton petit fils que tu dois avoir une confiance aveugle en ses faits, gestes et dires. Après tout il est le plus jeunes des Aînés. J'ai bien peur que l'objectivité ne soit pas ton fort.

Des murmures parcourent l'assistance à l'image du doute qui commence à germer dans les esprits de certains hommes, de femmes et peut-être même d'enfants. Les pointes des lances n'ont jamais été aussi proches de ma peau. Sans l'apercevoir, je sens le sang couler le long de mon cou. Histoire de rajouter encore un peu plus de taches carnassières à ce splendide tableau qu'est mon corps meurtri. Nenibe ne semble pas du tout presser de changer la donne. Même si je suis au bord de l'asphyxie, je ne peux qu'admirer son air détaché. Elle confère déjà l'impression qu'elle aura le dernier mot. Elle prend le temps de rajuster la fleur accrochée à son chignon. Sa réplique finit par éclater :

- Soit, j'ai atteint un stade de mon existence où la cécité ne devrait plus me poser de problème. Et si je suis persuadée qu'elle n'en est pas un, je doute qu'il en soit de même pour tes souvenirs, mon cher confrère. A l'heure actuelle, je suis parfaitement capable de rappeler à ta mémoire déficiente toutes les fois où Rik nous a apporté une vérité incontestable. Si pour moi il s'agit de souvenirs précis et détaillés, je conviens que pour toi ce ne sont que des réminiscences.

Les chuchotements ont été remplacés par des rires étouffés en un rien de temps. Cette réplique a le mérite de clouer le bec à cet antagoniste qui boude mon champ de vision et de me sauver temporairement. Kambana Roa fulmine dans son coin, les bras tendus le long de son corps menu.

- Alors Rik, que t-ont dit les vents cette fois-ci ? demande la vieille dame en se tournant vers sa progéniture.

Ce dernier se lève et caresse tendrement du bout des doigts la pommette de sa grand-mère.

- Ta confiance en moi me remplit de fierté, Nenibe. Je n'aimerais pas en abuser mais je voudrais que tu acceptes que je me taise pour cette fois.

Avant que des contestations ne fusent dans l'assistance, Amerika décrit un geste dans ma direction.

- Et écoutez-là, c'est tout ce que je demande.

Un silence de plomb s'abat sur Bibidia. Mes bourreaux se sont reculés pour que je sois en pleine possession de mes moyens. Une telle cohésion ne devrait pas exister. C'en est presque invraisemblable tellement c'est beau. Cette tribu palpite sur un même rythme. Chacun est libre de donner son avis. Chacun écoute, reçoit, donne. Et c'est l'entièreté des membres de ce clan qui est prête à m'entendre. Cette union me fait face, m'encercle. Et – je ne peux pas mentir - me terrifie. Je suis seule. Complètement seule. Même les mouettes ne sont plus là pour me soutenir dans cette épreuve. Mes trois frères pulsent dans mon cœur mais cette fois ma solitude est physique. Ils ne peuvent pas me venir en aide. Soudain, je croise le regard d'Amerika. Son sourire est aussi contagieux que son rire. Il me donne envie de sauter, de tourner, de danser et de hurler à ces gens « Regardez ! Mais regardez-moi ! Comment un démon pourrait-il être aussi scintillant que ça ? Aussi vivant que moi ? ». Je revois Amerika poser la noix de coco contre son front pendant de longues secondes avec déférence. Et douceur. Douceur. Ces personnes ont besoin de douceur.

Alors je souris simplement à Amerika. « Regarde-moi. Regardez-moi bien et tu perdras la définition du terme « déception ». ».

Et je me lève. Incontestablement avec douceur.

Et je dis, de ma voix la plus tendre :

- Les cheveux sont composés de kératine. La kératine est une protéine, c'est-à-dire une molécule biologique présente dans toutes les cellules vivantes. Trois couleurs primaires : le jaune, le rouge, le bleu. Quand on mélange du jaune et du bleu on obtient du vert. Le rouge et le jaune donnent du orange. Plus difficile à présent. Pour sur, à cela s'ajoute les couleurs secondaires et celles dites complémentaires. Quand on enchevêtre du brun et du rose on gagne du rouge. La teinte de ma chevelure. Je la dois à la fusion de celles de mes parents. La couleur est la perception visuelle propre à chacun de la répartition spectrale de la lumière. Elle existe parce que nous sommes présents, parce que nous sommes vivants pour la remarquer. Mon sang. Le sang est un liquide biologique vital qui circule continuellement dans les vaisseaux sanguins et le cœur. C'est triste. Toutes ces choses qui vous effrayent sont indéniablement vivantes. A présent venez. Venez me toucher. Venez me palper. Venez effleurer ma peau, caresser la texture de mes cheveux. Venez écouter les pulsations de mon cœur et sentir la chaleur que dégage mon corps. Venez arracher mes habits pour voir ce qui se cache en dessous. Venez trancher mes veines pour voir tous les litres de sang qui vont s'en écouler. Approchez, venez constater de vos propres yeux que tout ce qui me constitue est indubitablement vivant.

Le même silence qui avait précédé mon monologue règne sur la plage. J'ai le cœur qui bat la chamade, c'en est presque douloureux. J'aimerais l'étreindre délicatement de mes dix doigts pour l'apaiser. Tous ces regards tournés vers moi... Cela a de quoi l'affoler, je le comprends. Le silence se poursuit et prend l'apparence de l'éternité. Je ferme fortement les paupières, tendue à l'extrême. Si cette tribu décide de mettre fin à mes jours, comment devrai-je réagir ? Je serai totalement inapte à blesser qui que ce soit. Même le vieil homme qui m'incriminait. Même Kambana Roa. Mourir ? Les laisser me tuer ? Alors que je suis à l'aube de mon aventure ? Ce serait la plus grosse trahison que je pourrais faire à mes frères. La plus ignoble trahison que je ferai à mon rêve.

Une présence. Contact.

La pression est tellement légère, inespérée et innocente que j'ai toutes les peines du monde à contenir les émotions qui me submergent. Tanora, l'incarnation de la pureté de l'enfance, a posé sa paume sur ma cuisse. Les larmes me montent aux yeux. Aussitôt après une fille un peu plus jeune que moi fend la foule d'un pas décidé et vient poser sa main sur mon bras gauche. Ses iris noisette respirent la même espièglerie que chez Amerika et Nenibe. Et puis, tout à coup, alors que je ne m'y étais pas du tout attendue, un raz-de-marée humain fond sur nous. Des paumes tellement, tellement, tellement chaudes recouvrent mon corps. Nenibe a placé la sienne sur ma poitrine, là où se situe mon cœur ébranlé par cet élan de générosité. J'imagine que certaines personnes sont restées à leurs places mais cela ne fait rien. Seul mon visage baigné de larmes est épargné. Ça coule avec une telle intensité que je ne distingue plus rien.

Pas pour longtemps.

Deux mains imposantes finissent par encadrer mes joues. Je sens des pouces passer sur mes paupières pour chasser la pluie secrétée par mes globes oculaires et pour que je recouvre la vue. Le sourire qui m'accueille est aveuglant.

- Amerika..., je souffle la voix chevrotante.

- Pas besoin de pleurer et t'enlaidir. Tu es suffisamment touchante comme ça, crois-moi.


Le petit commentaire de l'auteure : Je me suis amusée comme une folle lorsque j'ai écrit ce chapitre ! Beaucoup de nouvelles têtes font leur apparition, ça m'a fait bizarre de faire intervenir des personnages autres que ceux du manga. Dadan, Magra, Dogra et toutes leur clique me semblent bien loin. L'île où Akira atterrit m'a demandé beaucoup d'efforts d'imagination. Au final, je suis satisfaite du résultat. J'espère que ça vous plaira ! Avez-vous aimé Amerika ? Et sa grand-mère Nenibe ? Et Kambana Roa, on en parle ? *smile*. Je tiens à vous faire part d'une autre information sur l'avancée de ma fic. Vous avez ici le chapitre 26 mais sachez que je vais bientôt finir le chapitre 37. Je suis tellement inspirée pour cette fanfic c'est fou ! Pour le moment le rythme de publication est plus rapide que mon rythme d'écriture, du coup nous allons peu à peu rattraper ce que j'écris en ce moment. Je voudrais quand même avoir au moins quatre-cinq chapitres d'avance pour avoir une marge de manœuvre. A bientôt ! *smile*