Bien le bonjour !

Commençons sans plus tarder avec les réponses à mes lecteurs et lectrices d'amour :

Potetoes-girl : J'adore ton pseudo ! Et ton commentaire encore plus je crois. Il m'a vraiment émue. Je ne me suis jamais autant appliqué que lorsque j'ai rédigé ce chapitre. Je savais qu'il était crucial, qu'il fallait que je m'applique le plus possible. Je voulais qu'il soit triste, et ça je pense que les lecteurs s'y attendaient. Mais je voulais qu'il soit surtout surprenant. De ce fait depuis le début je n'ai laissé aucun indice sur la bipolarité de Stella, la mère d'Akira. De même, il fallait que les souvenirs d'Akira la frappent assez fort pour que sa mentalité change. En tout cas je te remercie infiniment d'avoir pris le temps d'écrire ce commentaire qui me touche beaucoup. J'espère que la suite ne te décevra pas !

Maellis : Merci beaucoup de ta fidélité Maellis ! Voici la suite que tu attendais tant hihi, bonne lecture !

Pas de musiques conseillées pour ce chapitre mais un petit portait chinois. J'ai réalisé des descriptions trèèèèès détaillées des personnages que j'ai inventés pour cette fic. Je vais vous en livrer une petite partie pour chaque membre de l'équipage d'Akira. Bien sûr, cela se fera au fur et à mesure de l'aventure. Commençons avec notre héroïne :

Portrait chinois d'Akira :

Âge et date de naissance : Dix-sept ans, elle est née le quatorze février.
Poste dans l'équipage : Capitaine
Couleur préférée : Le beige
Animal préféré : La mouette
Plat préféré : Soupe d'algues et d'herbes culinaires
Boisson préférée : Le saké
Fleur préférée : Le coquelicot
Thème musical : Enfant : (K)noW_NAME - Freesia / Adulte : Two steps from hell - Starvation
Explications du choix des musiques : "Freesia" colle parfaitement à Akira lorsqu'elle est enfant. Cette musique est entraînante et douce à la fois. On a un sentiment de fraîcheur, de bien-être, de candeur mais aussi de détermination. De même, je trouve l'instrumentale enfantin. Et les paroles sont... wouha, tellement poétiques ! /"Starvation" est ma musique préférée de tous les temps. Je l'écoute depuis des années et elle me fait toujours autant frissonner. Je l'ai attribuée à Akira à partir de ce chapitre. En effet, depuis qu'elle a recouvré une partie de ses souvenirs, la demoiselle est devenue encore plus déterminée que jamais. Ce trait de personnalité est parfaitement illustré à la fin de la musique qui monte crescendo. Je voulais également une musique un peu tribale qui renvoie aux aventures d'Akira sur l'île de Dawn, des aventures qui l'ont marquée à vie.

Bonne lecture ! On se retrouve à la fin du chapitre pour le petit commentaire de l'auteure !


Chapitre trente

Bon voyage !

/

- Dis Akira, est-ce que tu sais déjà à quoi ressemblera le Jolly Roger de ton équipage ?

- Le... Attends, je ne comprends pas pourquoi tu me parles du père d'Ace...

- Ah ah, mais non, le Jolly Roger est le drapeau traditionnel des pirates. Chaque navire en possède un. Mais bon, j'imagine que nous avons encore le temps de nous décider.

/

Amerika présente sa main et commence à compter sur ses doigts.

- Alors, laisse-moi récapituler. De un, nous n'avons plus rien pour casser la croûte depuis deux jours. De deux, nos réserves d'eau sont bientôt épuisées. De trois, hier matin un énorme piranha a bien aimablement croqué une partie de la poupe. Et pour finir – et ça c'est le pompon – nous n'avons pas croisé âme qui vive depuis que nous sommes partis de Pakuta ! Chère Capitaine, est-ce que c'est grave ?

Je suis assise sur le pont étroit, une main sous le menton et la tête qui tangue d'un côté puis de l'autre. Amusée, je réponds en riant :

- Absolument pas !

- A la bonne heure ! s'esclaffe Amerika, tout aussi hilare que moi. Trinquons à...

Il cherche une raison pour porter un toast. Je le devance en secouant ma gourde presque vide.

- A notre dernière gorgée d'eau ?

- Je n'aurais pas dit mieux, répond-il en faisant tinter les petits bidons métalliques.

- A ta santé Amerika l'insouciant.

- A la tienne Akira l'écarlate !

Alors que j'avale sans me presser ma dernière ration en eau, je médite sur ce que vient de dire mon ami. D'une main, je ramène ma lourde chevelure devant moi. Akira l'écarlate... Une couleur maudite par bon nombre de personnes. Mais sans elle, Luffy ne m'aurait pas trouvée aussi « cool » d'entrée de jeu. De même, peut-être qu'Amerika ne m'aurait pas accordé autant d'importance. Ce dernier baille bruyamment puis s'agenouille devant un ridoir pour régler un hauban. Je fais de même de l'autre côté du mât.

- Au fait tu as trouvé un nom pour notre équipage ?

J'y réfléchis depuis que nous avons quitté le nord d'East Blue, soit une semaine. Amerika m'a avertie qu'il me laissait choisir et qu'il ne commettrait aucune objection. Grand bien lui fasse si notre actuel duo porte le nom de « L'Équipage Peaceandlove » ! Je me permets encore quelques jours pour prendre ma décision. Il nous faudrait également un Jolly Roger qui nous est propre pour pouvoir remplacer le drapeau noir vierge accroché en dessous de la girouette. Je suis persuadée qu'Amerika se fera une joie de le peindre.

- Maintenons le cap, déclare-t-il en décalant imperceptiblement le gouvernail avec son pied. Avec le vent en poupe, je suis convaincu que nous allons bientôt apercevoir une île.

- En parlant de poupe, la nôtre a plutôt mauvaise mine.

Il s'en est fallu de peu pour que ce satané piranha nous fauche à la fois le gouvernail et le safran. Nous aurons toujours pu nous diriger à l'aide de la grand-voile mais cela aurait été éreintant sur la longueur. En attendant, je m'en remets entièrement au jugement de mon compagnon. D'après lui, le nord d'East Blue ne comporte presque aucune île. Plus nous irons vers le sud, plus nous aurons des chances de croiser quelques péninsules. Nous nous allongeons sur le pont, les bras croisés derrière nos têtes et les doigts de pied en éventail sur le bastingage. Quelques nuages parsèment le bleu azur du ciel. Je savoure cet instant de pure tranquillité. Cette sérénité met du baume à mon cœur meurtri par les derniers événements. Mon ventre gargouille et je songe que j'ai depuis longtemps la triste habitude d'avoir faim. Makino me donnerait la fessée si elle voyait que je me montre aussi indifférente sur ce sujet. Ce serait bien si un cuisinier pouvait intégrer mon équipage. D'une main, Amerika baisse son bandeau pour se protéger les yeux des rayons du soleil. Profitant qu'il ne somnole pas encore, je fais :

- Mirandrana m'a dit que ton ventre faisait un parfait oreiller. Je pourrai le tester ce soir ?

L'homme aux cheveux de jais soulève le tissu et me lance un regard blasé :

- Vous avez eu des conversations super intéressantes ma sœur et toi, dis donc.

- Alors, je pourrai ?

- Si tu veux, soupire-t-il.

Je me redresse et claque mes mains l'une contre l'autre comme une gamine. Puis je m'immobilise.

Une mouette.

Ni une, ni deux, j'abats mon poing sur la cage thoracique du navigateur.

- Nom de Dieu, une mouette ! je m'écrie.

Amerika roule sur le côté et se met à tousser à s'en décrocher les poumons. Oups. J'espère que je ne lui ai pas brisé quelques cotes... Le gazouillement de l'oiseau attire soudainement toute mon attention. Ooooh... ! Je veux la prendre dans mes bras !

- C'est une armure en noix de coco que j'aurais dû me constituer avant de partir de Bibidia..., grommelle mon ami.

Je tends délicatement une main vers l'oiseau qui sautille sur le bastingage et je susurre :

- Navrée ma belle mais je n'ai même pas une miette à te donner.

La mouette penche la tête et me scrute un moment. Puis elle s'élance et se pose sur mes doigts. Je souris, attendrie. Amerika se redresse laborieusement en m'adressant un regard furieux qui se transforme bien vite en étonné.

- Sympa ta nouvelle copine.

- N'est-ce pas ? je fais, enjouée.

- Tu peux lui demander pourquoi elle a un piercing sur son dernière ?

Ah ah ah, très drôle Amerika, vraiment très drôle... Pourquoi la mouette aurait... Ah oui. Très bien, au temps pour moi. Il y a effectivement un piercing accroché à sa queue. L'oiseau frotte son bec sur son aile blanc céruse puis s'envole vers... Je visualise à toute vitesse une boussole dans ma tête.

- A l'ouest. Amerika nous devons la suivre, avec un peu de chance elle ne se déplace pas en solitaire. Une île n'est peut-être pas très loin de notre position.

Le navigateur opine du chef mécaniquement, concentré qu'il est à consulter l'anémomètre et la girouette en haut du mât. Manifestement, il est déjà au courant de ce que je lui avance. D'un bond il se retrouve debout et déverrouille la poulie.

- Ne la perds surtout pas des yeux ! me lance-t-il par dessus son épaule.

Je me précipite à la proue et fixe le point blanc qui tente de se confondre avec les nuages. Derrière moi j'entends le navigateur s'affairer. Du coin de l'œil j'observe ses gestes bourrés d'assurance. Ses bras puissants étarquent à fond l'écoute du grand-mât tandis que l'un de ses pieds manie le gouvernail. Le voilier fait une embardée à bâbord et je remercie mon instinct de m'être retenue au garde-fou.

/

Quelle splendeur.

Je pourrais oublier comment inspirer et expirer. Les mille et une couleurs envoûtent complètement notre regard. C'est comme si l'arc-en-ciel venait de voir le jour face à nous. Une naissance silencieuse mais ô combien merveilleuse.

Un interminable massif corallien entoure une petite île. Une partie des arceaux naturels se complaît dans une plongée sous-marine éternelle tandis qu'une autre agrémente la plage. La péninsule semble déserte de toute végétation. Seuls les coraux persistent, envahissant le sable clair. Ce sont eux qui font la loi ici. Des rois multicolores. Ce tableau déjà somptueux sous tous ses angles l'est encore plus avec ces oiseaux qui volent dans tous les sens. De ma vie, je n'ai jamais vu autant de mouettes et de goélands. Les piaillements sont presque assourdissants. Amerika se lève et tend un bras devant lui.

- Bon. Toi comme moi pouvons encore rester scotchés des heures si on ne se bouge pas. Je ne te dis pas la tête de merlan frit que ça te fait.

Ses doigts se mouvent. J'observe émerveillée un monticule de sable à vingt mètres se ramollir pour devenir de la glaise. La masse informe s'arc-boute et vient à nous. Oh ! Un pont ! Amerika me lance un petit sourire moqueur :

- Et le merlan frit devint un épouvantail. Quelle magnifique morale !

Je cligne des paupières. Je ne m'en suis pas aperçue mais deux goélands se tiennent sur mes épaules. L'un d'entre eux tient dans son bec une sorte de document enroulé. Je me demande ce que c'est. Les oiseaux prennent leur envol. J'ai le temps de remarquer qu'ils portent tous les deux le même piercing que la mouette qui nous a guidés. Le navigateur jette l'amarre qui s'accroche aux coraux. Nous montons sur le pont en glaise qui a durci étonnement vite. J'imagine qu'Amerika s'est parfaitement familiarisé avec son Fruit du démon. Nous passons au dessus de ces singulières fleurs semées de gemmes que sont les coraux.

- Regarde derrière la tempête de mouettes. On dirait qu'il y a quelque chose, je fais remarquer alors que nous posons pied à terre.

- Effectivement. Et là-bas, à l'autre extrémité de l'île, ce ne serait pas une cabane ?

- Allons voir tout cela.

/

Si je ne m'abuse, je dirais sans hésiter que nous marchons davantage sur des plumes que sur des grains de sable. Les mouettes et les goélands nous effleurent à chaque instant mais ne nous empêchent pas de passer. Certains d'entre eux apportent entre leurs pattes ou dans leurs becs une page de journal. Ils les déposent dans plusieurs paniers et s'en vont aussitôt. Et puis il y a les panneaux. Ce serait totalement incongru de ne pas en parler étant donné qu'il y en a des centaines.

- Surprenant ! s'exclame l'homme au bandeau écrevisse. Tu as vu toutes ces pages accrochées à ces enseignes en bois ?

- Oui. Quelqu'un doit forcément habiter sur cette île et élever ces oiseaux pour obtenir tous ces papiers. Ce qui expliquerait l'utilisation de piercings pour marquer les volatiles. Histoire d'en devenir le ou la propriétaire.

Je mentirais si je disais que toutes ces pages à porter de main n'émoustillent pas la grande curieuse que je suis. Car qui dit « journal » dit forcément « nouvelles » et « informations ». Il me tarde d'en apprendre plus sur les quatre mers ainsi que sur Grand Line et Calm Belt. Mon grand-père a évoqué ces dernières mais elles restent une énigme à mes yeux. Sans parler des autres pirates et membres de la Marine que je me sens obligée de connaître pour ne pas avoir l'air ridicule. Amerika rit en me voyant piétiner sur place d'impatience :

- Allons jeter un œil à ces panneaux avant que tu nous fasses une admirable syncope.

Nous déambulons pendant des heures au centre de cette île. Les informations que nous apprenons sont hétéroclites. Certaines sont réellement sans importance. Qui pourrait certifier que ça lui sauverait la vie de connaître la recette du « Gâteau aux haricots verts et aux pousses de soja » ? L'article a été rédigé par un critique gastronomique. Il s'est rendu dans un restaurant appelé « Le Baratie » qui navigue directement sur les flots. De même, quel pirate s'intéresserait à une femme qui a donné naissance à un chat ? Ah si, je sais : Luffy... En revanche, les trois quarts des rubriques composées dans ces pages de journal sont incroyablement divertissantes. Je fais tout mon possible pour retenir un maximum de choses. Je note scrupuleusement dans mon dévoué carnet des noms ainsi que des lieux. Certaines histoires m'ont tellement captivée que j'ai relu trois fois d'affilé les articles concernés. Elles sont au nombre de six.

La première évoque une mystérieuse voleuse de pirates qui voguerait sur East Blue. M'est avis que nous devrons être prudents dans les jours à venir. Quoique en y réfléchissant deux secondes je me demande bien ce qu'elle pourrait nous dérober. Avec un tuyau désaffecté, un carnet jauni par les années et un voilier en partie détruit, nous ne pouvons pas dire que nous croulons sous l'or.

La seconde aborde une personnalité montante de la Marine, une dénommée Guniraka Hansha. A dix-sept ans, elle occupe déjà le grade de Lieutenant qu'elle a obtenu en installant son siège sur une île d'East Blue : Brick Town. Elle y fait asseoir son autorité et les Marines sous son commandement aurait fêté sa première année en tant que chef de la base locale.

Le troisième article essentiel que j'ai relevé concerne également un membre de la Marine et pas des moindres. Il s'agit de Smoker qui vient d'obtenir le rang de Colonel, ce qui me semble être un grade supérieur à celui de Hansha. Il fut muté il y a des années sur...

- Logue Town..., je chuchote, le cœur soudain lourd.

La ville où mes parents se sont rencontrés. Je fais un énorme effort pour chasser la morosité et l'abattement qui s'évertuent à me pervertir depuis que j'ai appris la vérité. Je sens le noir me chatouiller les bras. Le noir, l'obscurité, les ténèbres. Je souffle, fais le vide en moi et m'efforce de poursuivre ma lecture. Smoker est une figure emblématique de la Marine. Avant son arrivée sur l'île, les pirates pouvaient profiter d'une certaine impunité sans être dérangés outre mesure. Depuis que le Colonel a installé sa base sur Logue Town, les pirates se firent beaucoup plus discrets. Un comble pour un pirate !

La quatrième nouvelle me fait tressaillir. Elle cite le plus renommé des chasseurs de pirates d'East Blue : Roronoa Zoro. A priori, cet homme manierait trois sabres – bon sang comment fait-il cela ?! - et sa réputation serait loin d'être exagérée. Il est décrit comme un véritable démon de force et de cruauté. Encore une personne que je ne souhaite pas croiser à l'avenir... A priori il agirait en solitaire à l'inverse des Cazadores qui naviguent sur Grand Line. Les Cazadores ? Qui sont-ils ?

La cinquième information parle étonnement d'un royaume de Grand Line : Alabasta, le pays du désert. Si mes yeux ne me jouent pas des tours, il s'agit de l'unique article complet qui évoque cette mer mystérieuse. Amerika m'a fait remarquer que le papier est le plus abîmé de tous. L'oiseau qui l'a ramené a probablement dû parcourir une grande distance. Le royaume entame son sixième mois de sécheresse. Le pays n'aurait pas vu l'ombre d'un nuage de pluie depuis tout ce temps. Je peine à imaginer les conditions de vie chaotiques de ses habitants...

Et pour finir le sixième article me

déboîte littéralement le cœur.

Je dois le maintenir à deux mains pour éviter qu'il ne sorte de ma poitrine. Mes yeux s'agrandissent et un sourire de parfaite imbécile fend mon visage en deux. Si je m'attendais à ça ! Et pourtant c'est logique dans un sens.

N'est-ce pas Ace qui a proclamé que son nom retentirait partout où il passerait et même au delà ?

Et alors je suis dévorée par l'article. Il est expliqué qu' « Ace aux Poings Ardents », Capitaine des Spade Pirates, possède une notoriété qui est montée en flèche dès ses débuts dans le monde de la piraterie. Attendez... « Ace aux Poings Ardents » ? Qu'est-ce que c'est que ce nom à dormir debout ? Et puis d'abord pourquoi la Marine lui a donné un sobriquet pareil, c'est... Woh woh woh c'est quoi cette histoire de « Mera mera no mi » ? Je frotte mes paupières pour m'éclaircir les idées. Non, je n'ai pas rêvé.

Ace a mangé un Fruit du Démon, le Mera mera no mi, soit le Fruit qui lui permet de devenir le feu.

J'explose dans un rire dépourvu de toute moquerie. Luffy, moi et à présent Ace. Le trio des terreurs – ou des enclumes, cela dépend du point de vue. On est tous les trois logés à la même enseigne dorénavant. Sur un même pied d'égalité. Oh la la, ce que ça me plaît ! Mon allégresse ostentatoire attire Amerika qui vient me rejoindre. L'article ne s'arrête pas là. J'apprends alors qu'Ace vient de refuser de devenir l'un des Sept Grands Corsaires. J'ignore ce que cela signifie mais j'imagine que c'est un titre conséquent, digne de sa puissance.

/

- Je ne prendrai la fuite devant personne, je ne m'avouerai jamais vaincu ! Je n'aurai jamais peur de quoi que ce soit, je surmonterai chaque obstacle qui me barrera la route !

/

Je souris, bouffée par la nostalgie. Sois tranquille Ace. Tu es tout le contraire de la lâcheté. Du peu que je comprenne, un raccourci vers les hautes sphères de ce monde t'était proposé. Un tapis rouge rien que pour toi. Et tu as balayé cette facilité d'un revers de la main. Tu as surmonté adroitement cet obstacle qui prenait les traits d'une tentation des plus sournoises. J'aimerais tellement que tu saches que je suis fière de toi. Il est dit que tu es devenu un « Super Rookie » - c'est-à-dire un pirate qui détient une prime de plus de 100 000 000 de Berrys. Heureusement qu'ils ont précisé cette information avec une astérisque... Cela prouve que je suis encore une novice en vocabulaire propre à la piraterie. Je baisse les yeux et découvre alors ton avis de recherche lancé par la Marine. 230 000 000 de Berrys. Une prime colossale. Que tu mérites amplement, j'en suis certaine. Ton image y est représentée et mon cœur bondit. Tu arbores toujours ce couvre-chef orange que tu avais en quittant l'île de Dawn ainsi que le collier que je t'ai offert pour ton dix-septième anniversaire. Tu es vêtu d'une veste sans manche largement ouverte sur ton torse. Juste ciel, de plus en plus dévêtu ! Cela ne m'étonnerait pas que dans quelques années tu sois à moitié nu... Et ça, qu'est-ce que c'est ?

« S »

Je me mords les lèvres. Ce « S » barré... C'est le plus bel hommage que tu pouvais faire pour notre défunt frère. Inconsciemment je tends une main vers le tatouage sur ton épaule gauche pour ensuite glisser vers ton visage que je caresse du bout des doigts. Au moment où je me rends compte de mon geste que je m'empresse de retirer, il est trop tard.

Amerika m'a vue.

Abominablement stupide je suis. Abominable tout court en fait.

- Dis-moi Capitaine, c'est de cet homme dont tu parlais lorsque tu disais éprouver des « sentiments monstrueux » ?

- Pardon ?!

- « Je suis folle d'éprouver des sentiments monstrueux pour mon frère. » Cette phrase ne te dit vraiment rien ?

Un frisson terrible me parcourt l'échine. J'ai l'impression que ce dialogue n'est pas réel. Que les paroles prononcées par Amerika ne sont que du vent, de la poussière et qu'il n'en a pas conscience. Je baisse la tête vers mes orteils et bredouille :

- Quand est-ce que j'ai dit une chose pareille ?

Je sens qu'Amerika perçoit mon malaise mais il ne lâchera pas l'affaire. De ce fait il réplique posément :

- C'était à Bibidia, lorsque tu voulais me prouver que tu étais folle et rassure-toi ça n'a pas loupé (cf : chapitre vingt-sept). Tu m'as cité plein d'exemples de ta vie mais un seul était au présent. J'en ai conclu que c'était encore actuel. Sentiments monstrueux, dis-tu ? C'est quoi, de l'amour ?

Je hoquette de surprise. De... l'amour ? Un mot aussi fort, aussi profond, aussi symbolique. Selon Makino, l'amour c'est l'affection profonde qui unit un être à un autre. L'amour c'est cette émotion basée sur la tendresse, la confiance et l'attirance physique. Cela ne se peut pas. Je ne peux pas me le permettre. Et alors j'ai tellement, tellement, tellement envie de me vomir dessus. Que ma gerbe dissolve mes sentiments pour Ace. Pour mon frère, bordel ! Je suis furax contre moi-même. La route que je viens tout juste d'emprunter sera probablement interminable et impitoyable. Je n'ai pas besoin de ces sentiments gênants. Ace et Luffy sont mes frères. Je ne dois faire aucune distinction.

Alors, j'autorise l'impulsivité à prendre possession de mon corps et j'arrache violemment la page qui concerne mon aîné. Je lève enfin les yeux pour jeter un regard des plus noirs au navigateur.

- Ne redis plus jamais ça.

Médusé, il ne sait que dire. Tant mieux, il n'y a rien à dire de toute manière.

- Nom d'un bernard-l'hermite amer, que crois-tu être en train de faire jeune têtard ?! s'écrie une voix derrière nous.

- Euh...

/

Notre analyse était bonne. Cet îlot est bel et bien habité par un homme qui s'autoproclame « propriétaire de biens de Seagull». A savoir que Seagull est le nom que porte cette petite île. Le vieux marin à la retraite s'est retiré de toute civilisation pour venir s'installer ici il y a une trentaine d'années. Possédant un amour démesuré pour les mouettes – plus démesuré que le mien donc c'est pour dire, il décida de dresser les oiseaux qui viendraient à lui. Toutefois sa générosité ne n'étalait pas seulement aux animaux. Il aimait aider son prochain et c'est pour cela qu'il décida de rassembler toutes les pages de journal que ses amis volatiles pouvaient trouver. Ainsi, Seagull se transforma en une petite île « informative » pour tous les navigateurs qui y accostaient. Seulement, il n'avait pas prévu l'invasion de cette forêt corallienne qui devint un véritable barrage pour les explorateurs.

- Ça doit faire quatre ans que je n'ai pas observé une frimousse humaine, poursuit le retraité en inhalant paresseusement un cigare. Je ne m'attendais pas à tomber sur de jeunes blancs-becs qui bafoueraient mon travail.

Avec ses cheveux poivre et sel rassemblés en catogan, le visage du vieux marin est dégagé. Il m'envoie un sourire moqueur qui accentue ses rides.

- Je vous prie encore de m'excuser pour ce que j'ai fait. Amerika n'y est pour rien, je ne sais pas ce qui m'a pris.

- Ne t'en fais pas petit diablotin, le mal est réparé et je ne suis pas rancunier. Du moins pas avec des personnes qui s'entendent aussi bien avec mes amis oiseaux.

Comme pour attester les dires du vieil homme, un goéland vient se poser sur mon épaule. Je souris de bien-être. Cela fait une demi-heure qu'Amerika et moi ramassons des mollusques et autres coquillages pour grossir nos réserves alimentaires. J'imagine qu'Amerika pourrait utiliser ses pouvoirs pour aller plus vite mais sûrement ne souhaite-t-il pas effrayer cet homme au grand cœur. Le marin nous a proposé le gîte et le couvert pour une nuit mais nous avons poliment refusé. Alors que je me m'apprête à ramasser une huître agrippée à un corail, une mouette vient picorer le coquillage. Je ne mets pas longtemps à remarquer que l'oiseau boîte.

- Ma pauvre...

Je sors les bandages de ma besace, décroche une minuscule branche corallienne et saisis délicatement le volatile pour le placer sur mes genoux. Exténué et souffrant, il ne remue même pas. Le propriétaire de Seagull s'accroupit à mon niveau.

- Tu es douée pour soigner, tes gestes sont précis et tendres. C'est une jolie atèle que tu lui as faite là.

- Merci.

La mouette caquette de contentement. Son plumage est entièrement blanc et le bout de son bec jaune canari est constellé de petites taches blanches. Elle pourrait voler, s'éloigner en sautillant mais elle n'en fait rien. A la place, elle préfère rester près de moi. Je souris, folle de joie et tends la main pour lui caresser le haut du crâne. Elle se laisse faire. Les yeux du vieil homme pétillent. Il murmure :

- Elle s'appelle Gaviota.

- Gaviota, je répète séduite par le volatile qui se dandine crânement.

Le marin attire l'animal à lui et décroche habilement le piercing de sa queue.

- C'est une forte tête qui se prend pour une pie voleuse mais elle est bougrement intelligente. Elle semble t'apprécier. Je suis sûr qu'elle serait ravie de rester avec celle qui l'a sauvée.

- Vous voulez dire que...

- Prends là avec toi, petite grenouille.

/

Nous sautons du pont en glaise pour nous retrouver dans notre embarcation. Le retraité fume calmement son cigare, des dizaines d'oiseaux tourbillonnant autour de lui. Ces derniers lui permettent de vivre confortablement en lui ramenant des vivres et d'autres objets dont il a besoin. Amerika fait ses adieux au propriétaire de Seagull et rejoint la poupe pour désamarrer. Le soleil se couche derrière le vieil homme. C'est le crépuscule. Les ailes des mouettes et des goélands prennent des teintes mandarine et saumon. Gaviota s'est posé sur le mât. Il va sans dire qu'il s'agit d'un volatile intelligent.

- Vos provisions me semblent toujours bien maigres même avec l'eau que je vous ai fournie. Qui plus est vous ne pouvez pas faire de feu sur votre bateau. Vous êtes sûrs de vouloir partir maintenant ? s'enquiert le marin.

- Vous avez face à vous deux drogués de la mer. Nous ne pouvons pas rester très longtemps loin d'elle.

J'entends Amerika s'esclaffer comme un gorille. Le retraité, toujours inquiet, croit bon de nous faire savoir un conseil qui lui brûle les lèvres :

- Prenez la direction du sud-est. La péninsule la plus proche se situe à un peu plus d'un jour d'ici. Vous pourrez facilement vous y approvisionner. En vérité il s'agit d'une double-île.

- Une double-île ?

Il m'explique que deux îles sont reliées l'une à l'autre par une passerelle. Il me recommande d'accoster sur Timber Town. Les pirates sont loin d'être les bienvenus dans les deux cités mais c'est davantage le cas sur la péninsule qui s'appelle...

- Brick Town.

J'ouvre grand la bouche et consulte aussitôt mon carnet. C'est bien ce que je pensais. Le Lieutenant de la Marine Guniraka Hansha aurait installé sa base là-bas. Elle aurait fait asseoir son autorité par la force et les habitants doivent se soumettre depuis qu'elle séjourne sur Brick Town, ce qui signifie depuis une année entière. Depuis quand la Marine agit-elle ainsi ? C'est à n'y rien comprendre ! Domination, inégalité. Ces deux mots semblent gravés sur la double-île.

Parfait. Je ne pouvais pas rêver mieux pour une première intervention.

/

- J'ai bien entendu ? Tu me laisses carte blanche pour créer notre Jolly Roger ?

Je croise les bras, faussement agacée.

- Dis-le moi si tu as envie que notre drapeau ressemble aux pauvres dessins que j'ai peints sur ton visage pour l'Anoloana. Je pense qu'on peut trouver un compromis.

- Plutôt planter ma tête en guise de Jolly Roger illico presto que te laisser massacrer notre drapeau.

Je pouffe de rire et retourne à la proue du voilier.

- Au moins cela a le mérite d'être clair ! je lance par dessus mon épaule.

Le navigateur sort un pinceau et quelques petits pots de poudre de couleurs différentes. Il étale le drapeau noir et se met aussitôt à la tâche. Je m'assieds en tailleur. Bon, il est temps pour moi de...Gaviota vient roucouler à mes oreilles.

- Excuse-moi Gaviota mais peux-tu t'éloigner un peu ? Ça risque d'être dangereux si tu restes près de moi.

La mouette paraît un peu vexée mais obtempère et s'élance vers la girouette pour lui donner de vilains coups de bec. Si Amerika voit cela il risque d'étouffer à mort la pauvre bête avec le drapeau... Je secoue la tête. Ce n'est pas le moment de me déconcentrer. Depuis que nous avons quitté Bibidia, je n'ai cessé de ressasser l'histoire contée par mon grand-père. Celle qui relate le destin dramatique de l'homme qui a mangé le même Fruit du démon que moi. Le Kujo Kujo no mi, alias le fruit de la répulsion. Lorsqu'il libéra toute la puissance qu'il détenait, il se consuma et perdit la vie. Je ne peux m'empêcher de penser à toutes les fois où j'ai eu recours à cette terrifiante énergie. A toutes les fois où j'ai saigné du nez. A toutes les fois où je pouvais à peine bouger pendant un certain laps de temps. Je baisse les yeux sur mes poings. Ce fruit est dangereux. Pour moi-même et pour les autres. Des années d'entraînement m'ont permis de le maîtriser lorsque je suis parfaitement consciente. Toutefois y parviendrai-je si je me mets en colère ? L'épisode de la destruction de la salle de bain revient à ma mémoire. J'étais furax à ce moment là. Et puis une autre question me trotte dans la tête depuis que j'ai tué un requin quelques jours après avoir quitté l'île de Dawn. J'ai expulsé de l'énergie par ma jambe et mon pantalon s'est déchiré. Suis-je capable d'évacuer ma puissance sans utiliser le toucher ? Cela éviterait de prévoir des centaines d'habits de rechange. Il n'y a qu'une seule façon de le savoir.

Je ferme les yeux et détends mes membres. Je cherche l'énergie, la trouve rapidement. Je visualise le vide qui m'entoure. Je suis un point dans le néant. J'ordonne : « Sors ! Jaillis !Échappe-toi de moi ! ». Mes muscles se crispent sous l'effort qu'exige la concentration. Je sens des gouttes de sueur patiner sur me front. Puis disparaître. Je sens le vent frotter mes joues. Puis disparaître. C'est ça ! Je suis sur la bonne voie ! J'entends... Euh... J'entends Amerika crier ?

- Palsambleu, tu nous joues l'acte de « La constipation des neurones » ou quoi ?! Qu'est-ce que tu fabriques ?!

L'expression amerikanienne signifie que j'ai fait une connerie. Je m'alarme, ouvre les paupières et pousse un cri à réveiller les poissons qui dorment dans les profondeurs de l'océan.

La grand-voile a disparu.

Ou plus exactement il n'en reste plus que des morceaux de toile dispersés sur le pont. Je porte ma main à ma bouche, confuse. J'ai un ressenti étrange. Je suis à la fois atterrée et heureuse. Atterrée d'avoir détruit notre dernière voile. Heureuse d'être parvenue aussi facilement à expulser mon énergie sans toucher l'objet consumé. Et mes habits ont tenu le coup. Il suffisait d'essayer. Merci le Mont Corbo et ses bêtes monstrueuses. Merci Ace et ses entraînements mortels de pur dégénéré. Le navigateur lève les yeux au ciel.

- Tu sais, si tu veux mourir tu n'as qu'à te jeter directement dans la mer. Mais s'il te plaît, évite de m'entraîner dans tes plans suicidaires.

Heureusement pour moi que mon compagnon possède un self-control extraordinaire ! Je passe mes mains sous mon nez. Je ne saigne pas. Il me suffit de m'exercer à présent pour perfectionner ma précision. L'homme au bandeau truffé de perles se redresse et exhibe le drapeau. L'étourdissement est si impressionnant que j'oublie tout ce qui vient de se passer.

- J'espère que tu ne lui réserveras pas le même sort.

Le déclic se fait instantanément. Je ne maîtrise plus mon corps. Je me rue vers lui, lui arrache des mains le drapeau et me jette sur le mât. Je me hisse à l'aide de mes bras jusqu'au sommet, évitant agilement l'anémomètre. Je noue deux extrémités du drapeau en dessous de la girouette. J'entends Gaviota qui bat des ailes près de mon visage. A moins que ce soit les battements passionnés de mon cœur. Je m'agrippe avec mon bras gauche au mât et offre l'autre à l'océan. J'embrasse d'un mouvement spacieux tout ce qui nous entoure. Les sifflements du navigateur retentissent à mes oreilles. A priori, il exulte de joie.

- Amerika, j'ai une grande nouvelle à t'annoncer !

- Je suis tout ouïe Capitaine !

- J'ai trouvé un nom pour notre équipage !

Notre Jolly Roger représente une tête de mort de profil qui possède une longue chevelure rouge. Les mèches dansent dans tous les sens, exactement comme les miennes à cet instant. Le vent fait flamber mes cheveux qui s'agitent au dessus de ma tête.

Rouge.

Cette couleur vive que tout le monde remarque. Cette couleur qui me distingue et qui me représente. Je repense au surnom employé par mon ami navigateur : « Akira l'écarlate ».

- Nous sommes l'Équipage Écarlate, les Crimson Pirates !


Le petit commentaire de l'auteure : Ce petit chapitre de transition permet de nous remettre de nos émotions. Akira et Amerika naviguent en toute quiétude alors qu'ils sont clairement dans la mouise. Ils découvrent alors la minuscule île entourée de coraux : Seagull qui signifie "mouette" en anglais. Ils obtiennent plusieurs informations sur ce qui se passe sur les flots. J'ai fait quelques clins d'oeil aux futurs membres de l'équipage de Luffy ainsi qu'à d'autres. Amerika ouvre les yeux d'Akira sur ses sentiments pour Ace mais la jeune Capitaine refuse d'éprouver autre chose que de la fraternité pour lui. Le vieux marin les met sur une nouvelle piste : celle de la double-île. Que va-t-il se passer dans ce nouvel arc narratif ? Je ne peux rien vous dire évidemment à part qu'il débute au prochain chapitre !
Ciaossu !