Bien le bonjour !

Tout d'abord je tenais à remercier toutes les personnes qui prennent le temps de lire ma fic mais aussi de la commenter. Cette histoire a atteint les 50 reviews et ça me fait chaud au cœur. J'espère que la suite des aventures d'Akira ne vous décevra pas !

Voici les réponses aux lecteurs et lectrices :

Armel njatosoa : Merci pour ton commentaire et tes compliments ! La première embarcation d'Akira est en fait un petit voilier en bois qui possède un seul mât. Il n'était pas très résistant comme tu as pu le constater !

Continuons avec la série des "portraits chinois". Dans le chapitre 30, nous avons eu celui d'Akira. Maintenant place à celui d'Amerika, le navigateur de l'équipage des Crimson Pirates :

Portait chinois d'Amerika "Rik" Yamaneko :

Âge et date de naissance : Vingt ans, il est né le dix-huit août
Poste dans l'équipage : Navigateur
Couleur préférée : Le brun
Animal préféré : Le puma
Plat préféré : Fricassé de ouassous → plat contenant des énormes écrevisses, citron vert, de l'ail, du clou de girofle, du piment et du persil.
Boisson préférée : Le lait de coco
Thème musical : Jean-Michel Vaubien - L'explorateur
Explications du choix de musique : Une musique de Vaïana, une ! De manière générale, toutes les musiques de ce magnifique Disney m'ont inspirée pour rédiger l'arc narratif de Bibidia. Celle de "L'explorateur" est particulière. Elle débute avec des paroles polynésiennes qui rappellent le peuple d'Amerika. Ensuite Jean-Michel Vaubien prend la parole et retranscrit parfaitement les pensées du navigateur. J'ai crée le personnage d'Amerika avant de voir le film alors je ne vous dis pas le choc que j'ai eu en le voyant ! Je me suis dit que cette musique a été conçue pour le navigateur (oui je suis folle). Écoutez les paroles, c'est de l'Amerika tout craché *smile*.

Citation du chapitre : C'est mon opinion et je la partage (Henri Monnier)

Bonne lecture ! On se retrouve à la fin du chapitre pour le petit commentaire de l'auteure !


Chapitre trente et un

C'est mon opinion et je la partage

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- Tu sais Akira, je ne veux plus me cacher et taire mon opinion. Quand je serai grand, j'aimerais être assez fort pour l'assumer devant le monde entier !

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- Je ne veux plus que tu détrousses autrui, tu as compris Gaviota ?

Je pointe un doigt accusateur sous le bec de la mouette. Cette dernière incline la tête et caquette fièrement. Je pousse un soupir. Comment l'empêcher de commettre un acte qui la fait autant déborder de joie ? Amerika soupèse le sac de pièces dans sa paume et déclare :

- N'empêche, je ne sais pas où elle est partie dégoter ça en pleine mer mais je m'incline devant son talent.

Je comprends pourquoi le vieux marin la nommait « la pie voleuse »... Je finis par hausser les épaules devant l'air réjoui du volatile et dis :

- Ça ne m'enchante pas non plus mais consolons-nous en nous disant qu'avec ces Berrys nous pourrons nous acheter à manger.

Soyons francs : les mollusques pris la veille sur la plage de Seagull ne nous ont pas vraiment rassasiés.

- Et prendre une douche, poursuit le navigateur en tirant sur son débardeur. Je ne veux pas être déplaisant mais notre odeur et notre apparence ne sont pas reluisantes.

- Je ne te le fais pas dire, je ronchonne en passant une main dans mes cheveux gras.

Je me tourne vers la proue. Les estimations du vieux marin sont avérées. Les péninsules jumelées de Timber Town et de Brick Town se situent à un peu plus d'une journée au sud-est de Seagull. Je comprends alors pourquoi il parlait de « double-île ». Elles possèdent vraisemblablement la même superficie et sont reliées par une passerelle. D'un commun accord, nous suivons les conseils fournis par le retraité de Seagull et nous ramons pour accoster au port de Timber Town. Amerika me montre comment nouer une aussière autour du bitte d'amarrage. Elle est tellement grosse que je dois m'y reprendre trois fois. Nous prenons toutes nos affaires y compris le pavillon, l'anémomètre et la girouette et nous nous inclinons devant l'embarcation.

Adieu petit bateau. J'espère que tu ne m'en veux pas d'avoir réduit en miettes ta grand-voile. Sache que je ne t'ai jamais considéré comme un rafiot.

Pour finir nous jetons nos sacs sur nos épaules et partons à la recherche d'une auberge, Gaviota dans notre sillage.

/

L'eau tiède pénètre mon corps et retire la crasse accumulée depuis notre départ de Bibidia. Je n'ose même pas compter à brûle-pourpoint les jours qui ont filé depuis. Je me savonne méticuleusement les cheveux, les rince et les essore. Je frotte chaque parcelle de peau et finis par me sentir infiniment propre. Une serviette entourant mon corps, une autre renfermant ma chevelure, je sors de la salle de bain. Amerika comate sur l'un des deux lits. A s'y méprendre, on dirait qu'il est mort.

- Il n'y a plus d'eau chaude.

Il ouvre un œil maussade et grogne :

- Dois-je te rappeler que je me suis lavé toute ma vie dans une rivière ?

- Où est passé ton sens de l'humour ? je demande en haussant les sourcils. Non, dis-moi plutôt pourquoi t'es-tu transformé en mollusque tout à coup ? Est-ce parce qu'on en a trop mangé ?

- Je me sens plein comme une baleine, répond-il en se massant le ventre. C'est donc ça un bifteck ? C'est sacrément copieux !

Bibidia n'est peuplée que de poissons et d'insectes. C'était la première fois que le navigateur mangeait de la viande. C'est sur que ça doit lui changer des criquets et des tarentules grillés. Et puis je dois le reconnaître, le repas que nous a servi l'aubergiste était plus que généreux. Ma conscience un tantinet paresseuse me montre le deuxième lit et m'intime de me reposer. Je l'envoie balader d'un revers de l'esprit. Amerika se lève agilement malgré tout et me montre des habits dépliés sur le lit. Je me retiens de dégobiller sur le corset décolleté au possible et sur la mini-jupe fendue sur le côté. Autant sortir nue à ce stade, ça me dérangerait beaucoup moins. Je lorgne avec envie sur le T-shirt caramel et le bermuda noir que mon compagnon vient de prendre.

- On échange ? je tente timidement.

- Bon, on fait comme on a dit. Tu restes sur Timber Town et tu t'occupes de nous dégoter de succulentes provisions pour les voyages à venir. Quant à moi je vais nous dénicher un voilier un peu plus convenable. Je ne te promets pas des folies, nous ne sommes pas milliardaires.

- S'il te plaît Amerika, tu ne vas tout de même pas laisser ton Capitaine déambuler dans la rue habillé comme une... Enfin, ne m'oblige pas à dire quelque chose d'aussi...

- Je vais également faire un tour sur Brick Town, enchaîne l'homme aux cheveux de jais plein d'entrain. Histoire de voir à quoi ressemble la base de la Marine. Ouvre bien tes esgourdes, toute information la concernant sera d'une importance cruciale pour la suite. On se rejoint à vingt heures près de la passerelle pour faire le point.

- Je te jure que si tu continues à m'ignorer et à me prendre pour une gamine attardée je vais te ficher mon poing dans la...

Amerika claque la porte de la salle de bain, non sans m'avoir adressé un énorme sourire au préalable. Je geins comme un sanglier, attrape les habits que m'a apporté l'aubergiste et les lance à travers la pièce. Jamais je ne porterai ces horreurs. Quand je pense que j'ai payé le patron de cette auberge pour les obtenir... Furieuse, j'ouvre l'armoire. A mon grand soulagement, quelques vieux vêtements pendent à des cintres. Est-ce que c'est moi ou notre hôte nous a plumés ? Selon toute vraisemblance, nous n'avions pas besoin de le payer pour cela. Bien vite, le soulagement vole la place de la colère lorsque je sors de la penderie un débardeur gris minéral, une chemise blanche et un short charbon qui m'arrive à la mi-cuisse. Merci la chance.

/

Bois. Du bois, partout, sur tout et n'importe quoi. Les façades des bâtiments, le sol, les charrettes, les stands des commerçants, les poucettes des bébés, les tables et leurs parasols des différentes enseignes, les chaussures des habitants de la ville, et mêmes certains sacs à dos ! Il est de ce fait facile de différencier les touristes des originaires de Timber Town. En tout cas, l'île porte bien son nom (NDA : timber signifie « bois » en anglais). Un nombre impressionnant de personnes en tout genre errent tout comme moi dans la rue. Le temps est sec mais le vent peine à circuler entre tous ces individus. Je déboutonne ma chemise et retrousse ses manches jusqu'aux coudes. Bon, c'est bien beau de marcher au hasard mais il faut que je déniche une épicerie. Je ne pense pas qu'Amerika se satisfasse de bricoles. Je souhaite l'impressionner et lui prouver que je ne suis pas une gamine. Nous n'avons que trois ans d'écart mais j'ai le désagréable sentiment qu'il en a dix de plus. Même s'il balance des vanneries et des expressions étranges à tout bout de champ, il est indéniablement mature, je ne peux pas le nier. En tant que Capitaine je me dois d'être digne de mon camarade.

Je débouche sur une place commerçante bondée. Je dois être sur la bonne voie, une épicerie ne doit plus être très loin à présent. Je lève le visage vers le ciel à la recherche de Gaviota. Sûrement est-elle partie se dégourdir les ailes.

Mon nez percute un mur.

Ah non pardon, il y a méprise. Il s'agit en fait d'un homme baraqué qui... qui me repousse violemment ?!

- Dégage de là fillette, tu vois pas qu'on parle affaires ici ?

- Les adolescentes de nos jours, toutes les mêmes ! ricane son coéquipier un peu moins impressionnant. Elles passent leur temps à rêvasser au grand amour et à oublier de regarder où elles mettent les pieds !

Les deux hommes portent exactement le même uniforme : une chemise sans manche couleur neige, un pantalon foncé, un foulard bleu électrique noué autour du cou et une casquette qui exhibe l'inscription « Marine ». Bon, on ne peut pas faire plus clair. A leurs pieds est recroquevillée sur elle-même une dame entre deux âges. Elle paraît terrifiée. Je fronce les sourcils. Du calme Akira, tu ne peux pas tirer de conclusions hâtives. Personne ne semble réagir aux alentours. Serait-ce un spectacle courant ? Je lève les mains en signe de reddition et m'éloigne de quelques pas pour échapper à leur champ de vision. Je m'adosse à un muret et continue d'observer la scène douteuse. L'homme que j'ai bousculé tape du poing sur le stand de fruits qui menace de se briser sous l'impact.

- On a commandé cent pommes et le double de cerises pour confectionner les pâtisseries préférées de notre Lieutenant. Alors tu peux m'expliquer pourquoi tu nous as livré seulement la moitié ce matin ?

- Selon mes informations tu es une ancienne habitante de Brick Town, continue son compagnon en feuilletant ses notes. Tu dois savoir plus que quiconque ce qu'il en coûte de décevoir notre boss, n'est-il pas ?

Pour l'effrayer, le premier soldat renverse un bac de fruits sur elle. Toujours à terre, la femme se frotte les mains et cherche ses mots. Je serre les poings, dégoûtée par cette représentation de dominant/dominé. Bon sang, pourquoi personne ne s'offusque de ce tableau révoltant ? La commerçante se racle la gorge et murmure si bas que je suis contrainte de m'approcher un peu plus au risque de me faire repérer.

- C'est que... ce n'est pas la saison des cerises, il est difficile de s'en procurer, je...

- Foutaises ! Et toi qui disais vouloir redorer ton blason en servant le Lieutenant, ce n'était que des paroles jetées en l'air, hein ? Avoue !

Un coup. Il suffit d'un coup de pied porté sur la dame pour mettre à mal ma patience. Je ne bouge pas, même mes cils restent fixes. Mes yeux écarquillés sélectionnent le tibia du premier balourd et ne le quitte plus. Je peux le faire. J'en ai la capacité. J'inspire un grand coup et expulse mon pouvoir hors de moi. L'homme ciblé semble être à des kilomètres. Je perds mon souffle sous l'effort, le reprends sans perdre mon attention. Mes membres tremblent, les ongles de mes orteils se plantent dans le parquet.

Concentration. C'est le maître mot de cette aptitude.

Le genou du Marine se tord soudainement dans un drôle d'angle et le concerné chute en poussant un hurlement. Cette fois, tous les passants se retournent vers les deux soldats. Je grince des dents, un brin déçue. Ce n'est pas le genou que je visais mais j'imagine que cela revient au même. La foule est assez considérable pour que je m'approche à pas de loup de la scène. Le Marine intacte et abasourdi est agenouillé près de son collègue qui hurle à n'en plus finir. Certains l'ont imité et distribue les premiers secours au blessé. Pourquoi l'aident-ils ? N'ont-ils pas été témoins de leur agressivité ? De cette injustice ? C'était évident pourtant : les Marines ont profité de leur statut pour violenter cette dame. Je fais mine de m'intéresser à la scène et m'accroupis juste derrière le soldat. Je me penche à son oreille, rassemble tout mon courroux et chuchote :

- Pas un mot. Tu as dix secondes pour déguerpir avec ton camarade ou je te réserve le même sort.

Je fais volte-face avant qu'il ne se retourne et me fonds dans la foule. Il n'est pas encore temps de me faire remarquer. Pas encore. L'enseigne d'une petite épicerie attire mon regard et je me presse pour y entrer. Toutefois, avant de franchir la porte je me fais intercepter par... hrm... par une jambe qui me barre le chemin. Son ou sa propriétaire est une silhouette vêtue entièrement de noir. Du sweat aux chaussures. Son visage est dissimulé par une capuche. Une voix féminine en sort :

- Puis-je te poser une question ? Pourquoi as-tu porté secours à cette femme ?

Je fais du mieux que je peux pour cacher l'effarement qui risque de se peindre sur mon visage. C'est impossible. Comment a-t-elle pu me remarquer parmi toutes ces personnes ? Je n'ai même pas blessé le Marine directement. Aurais-je surestimé ma discrétion ? Je prends ma voix la plus sereine et rétorque :

- Je ne vois pas de quoi tu parles.

- Vraiment ?

Je crois discerner sous sa capuche un petit sourire. Elle retire sa jambe pour me laisser entrer mais je n'esquisse aucun mouvement. C'est troublant, nous faisons exactement la même taille. Elle continue :

- Pourtant mes yeux ne me trompent pas : je t'ai bien vue secourir cette femme. Peut-être ignores-tu également qu'elle travaille pour Hansha ?

Non, je l'avais bien compris. Mon air dubitatif la fait rire.

- Tu ne me sembles pas être du coin. Guniraka Hansha est...

- Le Lieutenant de la base de la Marine qui siège à Brick Town.

Elle croise les bras sur son sweat noir. Nous nous décalons pour permettre à une femme et son enfant de passer.

- Oh, je vois que tu es informée sur l'essentiel. Ce qui m'intrigue encore plus, vois-tu ? Tu as entendu tout comme moi la conversation des deux Marines et de la commerçante. Cette dernière travaille pour Hansha, elle a trahi sa patrie pour de l'argent. Alors je te le demande une nouvelle fois : pourquoi as-tu aidé cette femme ?

Elle ne semble pas chercher querelle. J'ai du mal à savoir si elle est du côté de la Marine ou si elle est neutre. En revanche, à en juger son ton, je dirais qu'elle souhaite uniquement connaître mon opinion. Très bien, il est tant de l'assumer et ce peu importe les conséquences :

- Je ne supporte pas l'injustice. A mes yeux celui qui la sème moissonne le malheur.

Elle porte la main à son visage et se frotte le menton.

- C'est curieux, à mes yeux il ne s'agissait pas d'injustice. La majorité des habitants de Timber Town sont pauvres à cause de la surpopulation. Les citoyens de Brick Town ont dû quitter leurs logements depuis que Hansha l'a annexée et se sont réfugiés sur l'île de bois. Le taux de chômage a explosé à peine une semaine après cet événement.

Cette femme parle avec tant d'aisance que je ne peux que boire ses paroles. Elle ne bute sur aucun mot.

- Tout cela pour te dire qu'une bonne partie de ces habitants vit dans la misère. Et la misère mène à la révolte ou la soumission. Cette femme que tu as sauvée a décidé de son plein gré de se soumettre à l'autorité de Hansha. C'est pourquoi je ne parviens pas à comprendre pourquoi tu es intervenue. Ce n'était pas à toi de te révolter.

Une bise inattendue souffle durant l'espace d'une poignet de secondes et s'évapore. La capuche se soulève légèrement et j'ai le temps de croiser le regard de deux rubis. La jeune femme rabaisse calmement sa protection et le lien se rompt. Je hausse les épaules et réponds :

- Et pourquoi pas ? Personne ne me dicte ma conduite. Je suis mes idéaux et l'objectif que je me suis fixé. Je suis libre d'aider qui je le souhaite. Que ce soit un bébé, une femme sans défense, un homme estropié, un pirate sans vergogne, un Marine présomptueux ou que-sais-je encore. Leur statut m'importe peu. Je me suis jurée de secourir les plus démunis, les rébus de la société et les laissés-pour-compte. Je veux être ce pilier, ce soutien pour tous ceux qui veulent se révolter contre les inégalités. Bien qu'ici je doute qu'il y ait ce genre de personnes déterminées...

Pour adoucir mes ardeurs, je fais mine de m'intéresser à l'enseigne dont l'écriture s'effrite. Sur la place, la foule s'est dissipée et les deux Marines sont partis. En aurais-je trop dit à cette femme ? Un murmure me ramène à mon interlocutrice :

- Oh si, il y en a des révoltés sur cette double-île, crois-moi.

Une lueur d'espoir scintille dans mon esprit. Toutefois, je n'ai pas le temps d'exprimer ma joie. La mystérieuse femme fait un signe de tête vers l'entrée.

- Je ne veux pas te retarder davantage. En revanche, je serai ravie de te suivre encore un peu pour partager nos différentes opinions. Elles divergent tellement que ma curiosité risque de me montrer impolie.

Je souris.

- C'est parfait, comme ça nous sommes deux à être curieuses.

/

Le soleil entame sa descente inexorable entre deux bâtiments en bois. Finalement nous avons passé la journée ensemble. Et elle fut extrêmement intéressante. Nous avons discuté de choses et d'autres sans rentrer en profondeur sur des sujets personnels. En effet, je n'ai posé aucune question sur ses vêtements de camouflage ni sur son identité. De son côté, elle a respecté ce pacte informulé. Elle ne m'a même pas questionnée sur la manière dont je suis venue en aide à la commerçante de tout à l'heure. Pour finir, ce que je retire de nos échanges c'est que nous ne nous ressemblons absolument pas.

J'aime presque toutes les couleurs mais principalement les couleurs fades tel que le beige tandis qu'elle préfère les dorures.

J'aime les humains, les animaux et les plantes tandis qu'elle aspire à la solitude.

J'aime les mouettes tandis qu'elle apprécie les aigles.

Et surtout j'aime la mer et elle la terre.

Nous sommes tellement opposées que c'en est presque comique. Pourtant j'ai l'étrange impression que nous partageons un énorme point en commun. Et je suis frustrée car je ne parviens pas à deviner lequel. Serait-il bien enfoui ? Ou serait-ce le fruit de mon imagination ? Quoi qu'il en soit, je vais bientôt devoir la quitter. La journée fut à la fois déroutante et divertissante mais nos routes vont devoir diverger à l'instar de nos opinions. Je remonte contre mon buste les deux sacs en papier remplis de nourriture en tout genre. J'ai favorisé des aliments de longue conservation. A vrai dire, je pensais dénicher beaucoup plus de vivres. Ma mystérieuse compagne avait raison : les temps sont durs sur cette double-île. Les prix sont élevés et les quelques épiceries que nous avons visitées ne proposent pas énormément de marchandise. Mes doigts se crispent sur mes courses. Tout cela à cause de Guniraka Hansha.

Il doit être aux alentours de sept heures. Les flâneurs sont de moins en moins nombreux et la quasi-totalité des boutiques ont fermé depuis une heure. Un piaillement attire mon attention.

- Gaviota ! je m'exclame, un sourire béat aux lèvres.

La mouette se pose pesamment sur mon épaule et secoue sa patte douloureuse soutenue par une atèle. Elle paraît exténuée. Soudain, une main velue la saisit sans ménagement et l'éloigne de moi. Je pousse involontairement un cri mêlé de stupeur et de fureur.

- Et voilà ! J'ai enfin trouvé un accompagnement digne de ce nom pour ma bière ! s'extasie un homme en brandissant Gaviota.

Il empeste l'alcool à des kilomètres à la ronde et titube dangereusement. Mes dents sont tellement serrées que je n'arrive pas à protester. La femme vêtue de noir semble s'en apercevoir et me dit :

- Et maintenant tu te mets dans un état pareil pour un oiseau. Tu ne cesses de m'étonner.

Je l'ignore, les yeux rivés sur l'homme bourré. Celui-ci nous remarque enfin. Il agite sa chope sous mon nez et siffle.

- Ben ça alors, c'est que t'es sacrément bonne toi ! Tu le serais encore plus si tu n'avais pas tes sourcils aussi froncés.

Mes sacs tombent lourdement à mes pieds, ma respiration se fait sifflante. L'alcoolique se tourne vers ma mystérieuse compagne et...

- Et toi beauté, révèle-nous ton joli minois !

...d'un mouvement imprévisible pour tout le monde, il retire sa capuche. Une longue chevelure noire ramenée en queue de cheval ne tarde pas à s'échapper de sa prison. Elle est lisse mais épaisse et lui arrive au milieu du dos. Une frange droite enveloppe son front. Elle possède un teint de porcelaine qui doit faire beaucoup d'envieuses. Deux yeux rouge sang sont braqués sur l'homme malodorant. Qui ne rit plus. Mais alors là plus du tout. Son visage est instantanément envahi par la sueur.

- T-toi..., bredouille l'ivrogne en reculant.

J'étais tellement plongée dans ma contemplation que je n'avais pas remarqué que la rue était déserte. Que se passe-t-il ici ? Si ça se trouve cette jeune femme est une pirate mondialement connue et moi, ingénue que je suis, je ne la reconnais même pas. Ce qui expliquerait cet exode de la population alentour. L'alcoolique lâche simultanément Gaviota et sa chope qui explose à ses pieds. Du moins c'est ce que je crois entendre. Je ne parviens plus à décrocher mon regard de ma compagne qui possède une aura incroyable. Soudain, l'homme semble rassembler tout son courage et se met à s'époumoner :

- Toi ! Tu as détruit ma vie, je ne te le pardonnerai jamais ! Salope de...

Et là j'assiste au mouvement, au geste le plus rapide et le plus précis qu'il m'a été permis de voir. La femme aux yeux couleur rubis se déplace à une vitesse hallucinante vers l'ivrogne. Son pied glisse sans bruit sur le sol et sa main tranche l'air pour s'abattre sur la gorge de sa victime. Un gargouillis horrible en sort. Il n'en faut pas plus pour le mettre à genoux. La femme mystérieuse exécute un nouveau pas aussi gracieux que le premier et se retrouve derrière l'homme apeuré. Elle place ses mains délicates sur sa nuque.

- Ta vulgarité n'a d'égal que ta fétidité et ta faiblesse, persifle-t-elle sans se défaire de son calme. Créature miséreuse que tu es, sache que la misère mène à la révolte ou à la soumission. Que choisis-tu ?

L'ivrogne tremble de tous ses membres. Je suis bouche bée. Qu'est-il en train de se passer ici bon sang ? Que dois-je faire ? Tout n'est que surprise et stupéfaction et surprise et stupéfaction. Et mon instinct me hurle

me hurle

Que c'est cet homme que je dois sauver.

Et c'est précisément au moment où j'en prends conscience que la femme vêtue de noir saisit fermement la nuque et la brise sans bruit. Le corps de l'homme s'effondre sur le bois du sol. Je ne peux plus bouger, mes yeux rivés sur ma compagne qui claque la langue.

- C'est écœurant, je déteste utiliser mes mains pour ce genre de tâche inutile.

Je baisse la tête vers l'alcoolique immobile. A-t-elle déduit une réponse à son étrange question rien qu'en l'observant ? Je bégaye :

- Est...est-il...

- Mort ? Sans aucun doute.

Mort, mort, mort. Sa voix s'est faite tranchante. Mon sang n'en fait qu'un tour mais je ne parviens plus à soutenir ses prunelles rouges. Cet homme s'en est pris à Gaviota, il nous a enquiquinées, c'est vrai. Mort, mort, mort. Cependant il ne méritait absolument pas de mourir ! Je suis tétanisée. Bon sang, mais pourquoi n'ai-je rien fait pour le sauver ? Parce que ma compagne d'une journée serait devenue mon adversaire ? Parce que...

- Oï ! Akira !

Cette voix, ma bouée de sauvetage. Elle ranime les membres. Je me retourne et aperçois Amerika qui court vers moi. Mon instinct rugit, je sens ma nuque picoter. Je ne dois jamais tourner le dos à une personne capable de tuer de sang-froid. Je fais de nouveau volte-face et

constate qu'ils se sont volatilisés. Le cadavre et elle.

/

- Attends, calme-toi, je ne comprends rien à ce que tu racontes !

Le navigateur me force à m'asseoir sur un tonneau. J'obéis tandis qu'il fouille dans ma besace et me colle sous le nez ma gourde remplie ce matin. Le message est limpide tout comme l'eau que je m'empresse d'avaler. Puis je fixe un instant ce qui reste dans le bidon métallique et en renverse le contenu sur ma tête. Les quelques mèches trempées qui ondulent sur mon front m'empêchent de voir convenablement. Il faut vraiment que je les coupe. Je me gifle une fois, deux fois, trois fois, puis pose mes yeux sur mon compagnon qui attend patiemment.

- C'est bon, je me suis calmée. Je vais reprendre de zéro.

Je lui raconte alors tout ce qui s'est passé durant cette journée sans rien omettre. Timber Town la ville faite de bois, la commerçante maltraitée par deux Marines, le premier soldat que j'ai blessé, le second que j'ai menacé, la mystérieuse femme en noir qui se cachait derrière sa capuche et pour finir cet ivrogne qui la connaissait et qui est mort sans que je ne puisse rien faire.

- Non c'est faux, je fais en secouant énergiquement la tête. Ma phrase n'est pas correcte, je pouvais le sauver mais je n'ai rien fait. Pourquoi ?

- Parce que tu commençais à considérer cette femme comme ton amie.

Je me mords les lèvres. En plein dans le mille. Je me frotte le front, me lève et donne un petit coup de poing sur l'épaule robuste de mon compagnon.

- Tu es comme mon ombre Amerika, je souffle tristement.

- Content de pouvoir à la fois de rendre service et répondre à tes questions, constate-t-il en souriant faiblement devant mon désarroi.

Nous nous mettons en marche et partageons les informations que nous avons récupérées sur les péninsules jumelées. Guniraka Hansha est arrivée sur Brick Town il y a de cela un an et l'a annexée en transformant le phare en sa propre base qui porte le nom de « La Barricade ». Toute la population de cette île s'est vue chasser du jour au lendemain de leur territoire par les troupes du Lieutenant de la Marine. Elle s'est ainsi réfugiée sur l'île jumelée, Timber Town. Bien évidemment, il y avait beaucoup plus d'habitants que de travaux rémunérés.

- J'ai appris que certaines personnes bossent pour Hansha pour obtenir ses bonnes grâces, je poursuis en remontant une nouvelle fois mes courses contre mon buste. La pauvreté est telle que des individus sont prêts à sacrifier leur sens moral pour pouvoir subvenir à leurs besoins. J'imagine que les récoltes se meurent à cause de la surpopulation et que les commerces en souffrent grandement. Tu aurais vu le manque de réaction des badauds alors que cette femme se faisait agresser sous leurs yeux !

- Soit ils savaient que la commerçante léchait les bottes de Hansha soit ils avaient peur des représailles en s'opposant à deux de ses soldats.

Je réfléchis un instant. La nuit est à présent entièrement tombée. Notre auberge est en vue. Gaviota caquette de soulagement : elle va pouvoir se reposer. Je finis par admettre :

- Selon moi ta deuxième supposition est la bonne. La peur a une influence considérable sur des hommes et des femmes qui pensent avoir tout perdu.

Les termes employés par la femme mystérieuse me reviennent en mémoire. « Soumission ». « Révolte ».

- Les habitants de cette double-île se sont soumis à Hansha, je reconnais à contre-cœur.

- Pas tous.

…Mais bien sûr ! Elle en avait également parlé. Je me tourne vivement vers mon ami. Mon sourire fait bientôt écho à celui éclatant d'Amerika. Il me prend par l'épaule et m'entraîne à l'intérieur de l'auberge.

- Je vais te montrer un endroit qui va forcément te plaire Capitaine. J'étais tellement impatient que je suis venu à ta rencontre avant l'heure convenue. A présent hâtons-nous de nous débarrasser des courses pour rejoindre les révoltés de ces îles jumelées.

Il ne m'en fallait pas plus pour sauter partout en claquant mes pieds nus l'un contre l'autre.


Le petit commentaire de l'auteure : Akira et Amerika, alias les Crimson Pirates, accostent sur les îles jumelles : Timber Town et Brick Town. Comme je l'ai souligné, Timber Town est faite intégralement de bois, je vous laisse deviner de quoi est faite Brick Town *smile*. Je ne sais plus vraiment comment m'est venue cette idée d'îles jumelées. Si on exclue Guniraka Hansha et ses soldats, l'atmosphère est plutôt tranquille à l'image d'East Blue. J'espère que cet arc vous plaira, il vous réserve encore pas mal de surprises et de moments forts ! A tout vite !
Ciaossu !