Bien le bonjour !
Ce chapitre est un peu particulier. En effet, il comporte une musique qui est directement intégrée dans l'histoire. Donc si vous voulez comprendre les sentiments décrits, je pense qu'il serait judicieux de l'écouter en même temps que votre lecture *smile*. Vous pouvez activer la musique lorsque les paroles " Unique, unique, seule, seule" apparaissent. Voici le titre de ladite chanson :
Junna - Here (cover par Miki Nakajo)
Citation du chapitre : Ce soir tu apprendras que tu es ressuscitée (traduction tirée de la chanson "Call of silence" de Hiroyuki Sawano feat Gemie)
On se retrouve à la fin avec le petit commentaire de l'auteure pour des explications et anecdotes sur le chapitre !
Chapitre trente-deux
Ce soir tu apprendras que tu es ressuscitée
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- Navigateur, médecin de bord, cuisinier, matelots en tout genre... Je me demande quelles sont les conditions requises pour faire partie d'un équipage.
- Tu sais Akira, je pense que tu te prends trop la tête sur ce sujet. Peu importe la qualification, tout le monde peut monter sur un bateau pirate. Il suffit qu'ils aient cette flamme dans les yeux et cette envie irrépressible de voguer sur les mers.
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Amerika se gratte le bouc et plisse les yeux. Deux chemins s'offrent à nous. Pendant qu'il cogite, je n'arrête pas de me retourner pour guetter l'arrivée des soldats de la Marine. Nous sommes en territoire ennemi. Se faire repérer ruinerait notre couverture. Le navigateur, pour changer, ne semble pas du tout inquiet...
- On y est presque. Il me semble qu'il m'a dit qu'il fallait tourner à gauche.
- Mais tu vas accoucher, oui ? je chuchote en lui tapant l'arrière de la tête.
- Teu teu teu, ce geste m'appartient vile voleuse, réplique-t-il en agitant un doigt sous mon nez caucasien. Déjà que tu me piques mes expressions, je suis bien sympa de ne rien te dire à ce sujet.
- Tu crois vraiment que c'est le moment ? je crie presque, excédée par sa nonchalance inébranlable.
La lumière d'une lampe de poche se reflète au bout de l'allée que nous avons empruntée. Amerika se résout enfin à faire un choix et nous nous faufilons dans le chemin en brique à notre gauche. Au bout d'une minute à peine, nous pénétrons dans une maison abandonnée fabriquée intégralement en brique grise. Ou plus précisément dans un salon/salle à manger. Tout est en granit. De la table aux chaises, du canapé aux cadres vides. Tout est beaucoup trop encombrant pour être transporté, je comprends pourquoi ces meubles furent abandonnés. Amerika observe la pièce puis se réjouit à la simple vue d'une commode un brin plus claire que le reste. Nous nous mettons à deux pour la décaler. C'est qu'elle pèse son poids, étant taillée dans la roche. Ensuite, Amerika retire un vieux tapis et ouvre une trappe. Je me jette la première dans le trou sans même attendre de voir le fond. Cette aventure est de plus en plus excitante. Le navigateur me rejoint en riant.
- Il ya à peine deux secondes tu étais tendue comme un string et maintenant tu es surexcitée comme une puce. Tu es certaine que tu vas bien ?
- Je vais on ne peut mieux.
L'homme au bandeau tâte le mur et trouve deux interrupteurs. Le premier est un mécanisme de sécurité qui referme la trappe et fait coulisser le meuble de rangement dessus. Ingénieux. Il me tarde de rencontrer ces révoltés en question qui ont fabriqué ce dispositif. Le second interrupteur allume des ampoules au plafond. J'observe l'étroit espace. Nous nous situons en haut d'un escalier. Tout est construit en granit gris urbain. Timber Town et Brick Town ont beau être jumelées, elles sont ô combien différentes. La première île est faite de bois et est surpeuplée par des citoyens lambda. La seconde est façonnée intégralement dans la pierre et est habitée uniquement par les soldats du Lieutenant. D'après ce que lui a dit le révolté qu'a rencontré Amerika, les Marines seraient étonnement peu nombreuses sur l'île jumelée. Cette information m'a scotchée. Guniraka Hansha aurait une foi aveugle en sa division restreinte ? Ou seraient-ce ses propres capacités qui la mettraient autant en confiance ? De ce fait, je n'ai pas été surprise de croiser plein de maisons inhabitées sur le laborieux chemin qui nous a menés jusqu'à cette cachette sur Brick Town. Toutes ces demeures désertes à cause de Hansha alors que les citoyens de Timber Town se marchent limite dessus...
- Nous voilà dans la base secrète des insurgés, m'expose Amerika alors que nous descendons les escaliers. C'est la première fois que j'y mets les pieds mais Kenban m'a exposé la route la plus rapide pour y accéder. J'aurais dû me douter qu'il s'agirait également de la route la plus périlleuse. Enfin bon, nous sommes arrivés c'est le principal.
Kenban ? J'imagine que c'est le révolté qui a fait connaissance avec mon compagnon cet après-midi. Amerika l'a rencontré près de l'entrée de la passerelle qui menait à Brick Town. Le navigateur a voulu s'y engouffrer mais à cette heure-ci elle était gardée par quelques Marines. Kenban était assis sur une caisse non loin de là, une guitare dans les mains et sa sœur à ses côtés. Amerika leur aurait demandé des informations sur les embarcations vendables sur l'île puis la conversation aurait naturellement dévié sur d'autres sujets tels que le climat actuel, la superficie des péninsules jumelées et le nombre d'habitants y résidant. Puis fut habilement abordé par mon ami le chapitre des révoltés de la double-île. Et voilà où nous en sommes.
- Je te préviens, Kenban est légèrement... exubérant.
Je hausse un sourcil. S'il savait. Luffy est le fondateur de l'exubérance. Je prends les devants, ouvre une porte rocheuse et...
- Les voilà !
...et je me mets à voler dans les airs.
Deux mains ont agrippé mes hanches, m'ont soulevée et m'ont fait tourner, la tête à quelques centimètres du plafond. Je ne peux retenir un cri de surprise qui se répercute sur les murs de pierre. Les mains quittent mon bassin le temps que mes pieds retrouvent le sol et reviennent à la charge en me plaquant contre le corps de leur propriétaire. Je suis si près du visage de ce dernier que je ne distingue que ses yeux azur plongés dans les miens. Un souffle chaud caresse mon visage :
- Hello ma douce, enchanté de faire ta connaissance.
Des mains posées sur moi bien trop bas à mon goût, une voix qui murmure tout près de mon oreille, un visage contre le mien. Tout cela me rappelle l'homme répugnant qui m'a droguée pour tenter de me... (cf. chapitre vingt-trois) Danger. Le danger émane de cet inconnu. L'instinct voile ma conscience. Me défendre. Je dois me défendre, je ne veux plus être intoxiquée. Alors j'autorise mon pouvoir à s'échapper de mon corps. Mon pouvoir qui peut briser des murs, le sol, la roche, des os, je l'envoie sans réfléchir vers un inconnu. Cet inconnu qui invraisemblablement recule. Et c'est pile au moment où je me rends compte de mon attaque qu'un mur se dresse entre moi et l'homme entreprenant. L'énergie se répercute dessus. La glaise se fissure et tombe en morceaux à mes pieds. Amerika me tire vers l'arrière.
- Reprends-toi Akira, Kenban n'est pas dangereux. Je l'aurais su sinon. Qu'est-ce qui s'est passé ?
Je frissonne et je m'efforce de ne pas songer à ce qui serait advenu si le navigateur n'avait pas créé ce bouclier pour le protéger.
- Bon sang, j'ai encore perdu le contrôle... Tout ça parce que je me suis souvenue d'une crapule qui...m'a...
- C'est bon c'est du passé, me rassure l'aventurier de Bibidia en exerçant une pression sur mon épaule. Et puis quelque chose me dit qu'il aurait esquivé ton attaque. Sa réaction était étrange. Pas inquiétante, juste étrange.
Je n'ai pas rêvé alors ? Lui aussi l'a remarquée ? Des applaudissements retentissent dans la pièce. Ils proviennent d'une vingtaine d'hommes qui peuplent la base secrète des révoltés. Ils nous regardent, envahis par une joie déchaînée.
- Ben ça alors Kenban ! Tu nous ramènes des détenteurs de Fruits du démon !
- Moi qui pensais que ce n'était qu'une légende, je m'étais bien planté !
- Fêtons cette rencontre incroyable !
Enfin, je risque un regard vers le dénommé Kenban, alias cet homme qui m'a fait tourner dans les airs et qui m'a plaquée contre lui. Je suis tout d'abord frappé par la perfection de son visage imberbe. Son teint d'albâtre est éclatant et ses traits harmonieux. Il est grand et possède un corps svelte et gracile. On peut facilement deviner sa minceur sous son large pull brun ambré. Une montre à gousset est accrochée autour de son cou. Ses cheveux blonds ébouriffés brillent sous les néons. Quelques mèches retombent sur ses yeux azurin. Il croise les bras derrière sa tête dorée et penche la tête sur le côté.
- Yo Rik, ça farte ? C'est une sacrée nana que tu te trimbales là. C'est la première fois qu'une fille essaie de me tuer, affirme-t-il. Je me demande si je dois me montrer flatté ou pas.
Son sourire enjôleur ne quitte pas ses lèvres. Comment peut-il rester aussi espiègle alors que j'étais à deux doigts de lui broyer les os ?!
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La nuit est bien avancée quand j'estime que nous sommes un tant soit peu intégrés au groupe des insurgés. Cela a pris du temps pour nous faire confiance. Quand ils ont su que nous étions des pirates, pieds nus de surcroît, l'ambiance s'est refroidie subitement. A présent on peut dire qu'elle s'est un peu réchauffée. Nous sommes tous installés sur des canapés rapiécés et des chaises bancales. A la tête de la bande nous retrouvons Reneg Ade, un quadragénaire au crâne rasé et aux lunettes teintées. Il prend son rôle de chef au sérieux et ne cesse d'avancer des arguments pour se soulever. Autour de lui gravitent des hommes qui ont tous la vingtaine. La jeunesse est de sortie. Les adultes plus âgés préfèrent se morfondre dans la situation désespérée de l'île qu'ils jugent immuable. Je guette du coin de l'œil Kenban. Il faut dire que la première impression que j'eus de lui fut désastreuse. Et puis son comportement a de quoi déconcerter. Parfois il brûle de passion et s'enflamme pour motiver les troupes. Le reste du temps il se contente d'écouter d'un air détaché, de sourire et de me faire des clins d'œil. Super malaisant...
- Tu en penses quoi Nanaly ? demande-t-il au cours d'un débat.
Je mime les têtes qui se tournent vers le fond de la pièce. A ma grande surprise y est assise une femme à la chevelure blonde interminable. Elle ne daigne pas nous dévisager et se focalise sur ses ongles.
- Je m'en fiche.
Alors que je m'attends à des protestations virulentes, c'est une explosion de rires qui s'empare de la salle. Ce sont des clowns ? Si avec ça les Marines ne nous repèrent pas...
- Toujours aussi adorablement froide !
- Cette beauté n'a pas peur de se mettre tout le monde à dos !
- On t'aime Nanaly !
- C'est bien beau de se marrer comme des hyènes mais ce n'est pas en s'amusant que les circonstances changeront.
Ma réplique prend tout le monde à l'improviste excepté Amerika. Mon cœur tambourine dans ma poitrine mais je tiens bon. Je me penche en avant, les mains jointes sur mes genoux.
- J'aimerais que nous parlions tactique et stratégie mais avant tout je voudrais que vous nous éclairiez sur un fait pour le moins déroutant. Je ne suis pas une experte en la matière mais du peu que je sache la Marine est une force militaire qui est censée protéger le peuple des pirates ou autres hors-la-loi. Or, même un aveugle se rendrait compte que sur cette double-île c'est l'inverse. Cela ne choque personne ?
Je sens la méfiance pointer sur les mines de certains révoltés. Ils ont accepté l'aide de deux pirates, d'accord, mais ils n'apprécient pas mon impertinence. Reneg Ade inspire la fumée de sa cigarette et répond :
- Tu as vu juste sur toute la ligne, gamine. Rassure-toi, nous l'avons déjà évoqué maintes et maintes fois lors de nos réunions. Cela fait une année que Guniraka Hansha siège à « La Barricade » de Brick Town. Depuis, aucun de nous n'avons vu d'autres Marines que les siens crapahuter sur les deux îles. Cela va à l'encontre des principes de ces défendeurs de la justice mais personne ne fait mine de s'en soucier. Pour une raison des plus étranges, Hansha est libre de faire ce qu'elle souhaite.
Je fronce les sourcils. Pourquoi ce traitement de faveur pour ce Lieutenant ? Reneg Ade poursuit :
- Quoi qu'il en soit, la fillette...
- Le Capitaine des Crimson Pirates, reprend Amerika tranquillement.
- Hrm... Si tu veux. Je disais donc : quoi qu'il en soit, le Capitaine des Crimson Pirates a raison. Ces réunions où nous déblatérons toujours la même chose sans agir ont assez duré. Il est temps de leur montrer de quoi les habitants des îles jumelées sont capables !
Fait étonnant : peu de personnes semblent aussi motivées que lui. Le chef des insurgés ne se démonte pas. Selon lui, les temps n'ont jamais été aussi favorables. Le nombre de soldats sous le commandement de Hansha ne cesse de décroître. Pour sur, cette dernière renvoie de plus en plus de ses hommes pour incompétence. Plus j'en apprends sur elle plus je la trouve méprisable. En tout cas, l'opinion de Reneg Ade tient la route d'après moi. Je dois être l'une des seules à penser cela car un jeune n'hésite pas à objecter :
- Et comment comptes-tu opérer ? Nous ne sommes qu'une vingtaine je te rappelle. En face sont positionnés des soldats armés et formés pour la bataille. Nous devons attendre d'être rejoints par d'autres volontaires. La précipitation serait fatale.
Reneg Ade s'égosille :
- Mais bordel de merde, c'est parce que notre groupe est constitué de pucelles dans ton genre que les choses n'avancent pas ! Il n'y a que Kenban, ces deux pirates et moi qui bougeons notre cul pour ces îles !
- Comment peux-tu dire ça ?! vocifère l'homme qui a tenu tête à Reneg Ade.
- Ouais chef, tu es injuste !
Le ton monte. Je croise les bras, me renfonce dans le canapé et cale ma tête contre l'épaule du navigateur. Non, vraiment, ces soi-disant révoltés ne sont pas fait pour se battre. Agriculteurs, commerçants, charpentiers, écoliers et j'en passe. Ils n'ont connu que des existences de citadin. Je m'apprête à me lever pour partir mais suis devancée par Kenban. Il frappe dans ses mains truffées de bagues pour attirer l'attention sur lui.
- Voyons les potes, inutile de s'essouffler comme des bœufs en se criant dessus. Je vous propose un petit divertissement pour apaiser les tensions.
- Ouais, une chanson des Efimera ! s'écrie un adolescent beaucoup trop jeune en claquant ses bottes contre le sol.
Reneg Ade n'en démord pas, rongé par la frustration :
- Tss... En fait tu ne vaux pas mieux que les autres Kenban. Non, rectification : tu es pire qu'eux. Tu ne penses qu'à faire mumuse avec tes instruments. J'imagine qu'en vérité l'avenir de Timber Town et Brick Town t'importe peu. Après tout ta sœur et toi n'êtes pas originaires de la double-île. Vous êtes ici juste pour votre putain de bonne conscience et pour vous donner en spectacle.
Grand silence. J'observe attentivement le blondinet, persuadée qu'il va s'emporter. Contre toute attente il ne se défait pas de son sourire. Par contre, je remarque que le reste de son visage est plus grave. Il s'esclaffe :
- Déstresse mon gars, tu vas nous faire un infarctus ! Si je propose une petite pause c'est pour t'éviter de dire des choses que tu regretteras plus tard. On ne résoudra rien dans la colère.
Ce n'est pas faux.
- On continuera la discussion après le mini-concert, quand tout le monde aura pété un coup pour se débarrasser de cette ambiance bien merdique. Ah, et pour finir tu te trompes sur nos intentions. Si Nanaly et moi sommes ici c'est pour une bonne raison.
La concernée consent enfin à sortir de sa solitude pour rejoindre son frère. Tout le monde observe la jeune femme s'avancer gracieusement vers nous dans sa tenue insolite. Elle porte une sorte de veste noire sans manche où sont cousus des motifs triangulaires dorés. Une encolure en cuir tombe sur l'une de ses épaules. Sa veste est jointe au centre de l'encolure puis complètement ouverte juste en dessous de sa poitrine jusqu'à ses hanches. Pratiquement tout son buste est à découvert. Elle porte une mini-jupe blanche et jaune canari à volants. Elle chausse de très longues bottes noires à petits talons avec quelques motifs triangulaires dorés. C'est totalement saugrenu et pourtant force est de constater que cela lui va à ravir. Sa fine et lisse chevelure blonde descend jusqu'en dessous de ses fesses. Ses bras, ses poignets, son cou, ses jambes, ses chevilles... Tout son corps est d'une maigreur presque inquiétante mais sa peau luit d'une parfaite santé. Une fois à notre hauteur, elle déclare, évasive :
- Je le répète : je me fiche du sort des habitants de ces deux îles. Tout ce que je veux, c'est chanter sur les compositions de Kenban.
- Voyons ma sœur, tu vas les froisser ! fait remarquer son frère en lui tapotant le dos.
Maintenant qu'ils sont côte à côte leur ressemblance physique me saute aux yeux. Kenban chausse également des chaussures à talons pour homme qui sont pour sa part compensés. Par conséquent ils font exactement la même taille, je dirais dans les mètres quatre-vingt. Le même visage sans défaut pourvu d'un nez court, d'une bouche mince et de grands et fins sourcils. Le même corps longiligne, la poitrine de Nanaly étant presque inexistante.
- De véritables jumeaux..., je murmure.
- Non pas tout à fait, chuchote Amerika à mon oreille. Regarde l'expression de leurs visages.
Je fais ce qu'il me dit. D'un côté Kenban a un sourire rayonnant scotché à ses lèvres. Il respire la joie de vivre et exhibe ses émotions sans aucun complexe. La passion a rempli des centaines de moules et ce jeune homme les a tous absorbés. De l'autre Nanaly semble être...une entité inhumaine. Je remercie le hasard de m'être assise car un long frémissement me glace les jambes à cette pensée. Terrible pensée, ignoble pensée. Néanmoins plus je la regarde plus je vois le vide, le vide, le vide, le néant qui débouche sur l'abîme qui débouche sur un trou qui débouche sur un zéro absolu qui débouche sur le vide.
Kenban vit. Nanaly n'existe pas.
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Les jumeaux dégainent leur matériel à une vitesse prodigieuse. On ressent tout de suite le professionnalisme dans leurs mouvements d'où suinte une habitude bien ancrée. Nous n'avons même pas le temps de poursuivre l'une des conversations de tout à l'heure avec les autres révoltés. Reneg Ade a remballé sa hargne pour peut-être mieux la ressortir tout à l'heure. Un jeune propose à Amerika et à moi de nous rapprocher pour ne pas en perdre une miette. Intrigués, nous obéissons et nous nous asseyons à terre, tout près des jumeaux. Kenban a retroussé ses longues manches ce qui fait apparaître ses avants-bras qui sont aussi efflanqués que ceux de sa sœur. Il emprunte le tabouret de l'un des insurgés et positionne une sorte de minuscule piano face à lui. Je ne refrène pas ma surprise :
- C'est un jouet ?
Le blond pouffe de rire.
- Fais attention ma douce, c'est comme si tu insultais une partie de mon corps là.
- Palsambleu, ne va pas t'attirer les foudres d'un musicien, plaisante Amerika les bras croisés sur ses genoux relevés.
Kenban lui adresse un clin d'œil complice. Nanaly est déjà prête. Après tout elle n'a fait que sortir une pièce en bois de son sac. Je glisse à mon compagnon :
- Qu'est-ce qu'elle va en faire selon toi ?
- Aucune idée. Peut-être qu'elle va le balancer dans ta tête de toutes ses forces pour que tu arrêtes de tricoter des ancres de bateau.
- Ah non ! Pas touche à ma folie !
- Chuuuuut !
Nous nous excusons auprès des révoltés et nous adoptons une attitude plus exemplaire devant ces deux artistes. Subitement, après un coup d'œil furtif vers son frère, Nanaly lève les mains vers ses oreilles, les paupières closes. Silence total. On pourrait entendre le pas des soldats de la Marine dans les rues de Brick Town maintenant que le bruit s'est endormi. La blonde place le bout de bois près de sa bouche et souffle dessus :
- Écoutez.
Musique, son, la partition se met à ronronner. Six notes sortent du piano. Et la voix de Nanaly, tellement, tellement, tellement douce crée une bulle spatio-temporelle pour me couper de la société. C'est un murmure, une plume d'oiseau qui s'échappe de ses lèvres.
Unique, unique
Seule, seule
Je suis là.
Les yeux de la jeune femme s'ouvrent sur le monde. Ses prunelles sont une décharge, une couleur vive qui se répand sur ses joues, son front, et qui contamine tout son corps à une vitesse fulgurante. Nanaly reprend vie sous mes yeux. Et sa bouche, sa si jolie bouche humide de vie s'ouvre pour me conter une histoire. Le piano s'emballe. Mon cœur s'emballe. J'observe les longs doigts osseux de Kenban effleurer chaque touche avec une agilité stupéfiante sur ce minuscule piano. Et puis de nouveau de faibles notes pour accompagner le chant.
Couplet :
Je ne peux pas respirer sous ces décombres.
La pluie tombe identique à un rêve obscur.
Si tu devais vivre dans ce monde
avec quelles sortes de fleur le décorerais-tu?
Je veux y croire, mais je n'y arrive pas.
L'air devient irrespirable. Je vois de mes propres yeux un fardeau immense peser sur les frêles épaules de la demoiselle. Elle est droite comme un piquet. Elle essaie de me berner, de me faire croire qu'elle n'existe pas. Mais c'est trop tard, j'ai vu cette étincelle luire. Chaque syllabe est parée de mille et une douleurs enfouies. Des souffrances qui comatent durant des périodes interminables pour subir un réveil inattendu lorsque Nanaly chante. Pourtant sa bouche remue vaguement, je ne distingue même pas ses dents. Mais ses mots pèsent des millions de tonnes qui nous écrasent sur place, nous cimentent à la pierre.
Refrain :
Je suis moi-même impuissante et insignifiante
et mon cœur ne cesse de pleurer.
J'entends une voix qui me dit "viens par ici".
Cet insouciant lendemain perdu dans l'infini
attend toujours quelque part.
Unique, unique
Seule, seule
Je suis là.
Détonation, rupture des éclats d'âme qui viennent me réchauffer les bras. Le sang de Nanaly pulse dans ses membres qui s'agitent dans l'espace. Ses mains délicates se serrent lorsque Kenban frappe sur les touches du piano dans un rythme parfait. Les trois-quatre mèches qui lui arrivent au menton chatouillent son visage. Les deux pastels de la chanteuse traversent chaque être qui peuple cette pièce sans les voir. Ils naviguent d'un coin à un autre fiévreusement. Impuissance, insignifiance. Une mésestime de soi terriblement timide qui n'ose pas se mettre en exergue. Des larmes que personne n'est capable de voir glissent sur ses joues laiteuses. Elle pleure pour ce lendemain qu'elle n'a plus la force d'affronter, ce lendemain qui pourtant se montre patient et ne cesse de l'attendre. Et de toute la force de mon être je meurs d'envie d'être cette personne qui lui dit « viens ici ». Viens vers moi Nanaly, je te vois.
Couplet :
Je ne veux pas pardonner à ma moitié
mais il y a une autre moitié que je ne comprends pas.
Si je me bats dans ce monde
quel genre de chanson devrai-je chanter ?
Je veux le savoir avant de la découvrir.
Retour au calme, au couplet. Kenban n'oppose aucune résistance. L'atmosphère se charge de pluie, d'une tempête de tristesse qui menace d'éclater et de les emporter. Nanaly parvient à lui donner les traits glacials de la haine. Sa tête navigue légèrement de droite à gauche, et les syllabes s'allongent telles des rivières qui enflent, qui enflent et deviennent fleuve. Les fines lèvres de la blonde ne forment plus qu'une minuscule ouverte d'où sortent toujours ses blessures. Rancœur pour une personne et incompréhension pour l'autre. Des mystères qui titillent mon esprit et qui le forcent à rester à sa place. Tout ce que je ressens c'est que Kenban n'est pas concerné par ses paroles. Et puis interrogation. Et incertitude. Je m'appelle Nanaly. J'ai peur de ce monde et chanter représente le seul exutoire.
Refrain :
Cette liberté sans foi ni intérêt
j'ai pourtant crié que je la voulais.
Je le sais, mais je fais mine de ne pas le savoir.
Cette lumière intacte et incolore
je l'ai pourtant cherché une fois de plus.
Unique, unique,
Seule, seule.
Je suis là.
Je m'appelle Nanaly et je me lâche de plus en plus, me laissant cette fois guider par la dextérité de mon frère. Et je plonge, je me débats comme je peux dans la boue pour atteindre cette lumière que l'on nomme liberté. Je crie, je m'époumone, je ne m'avoue pas facilement vaincue mais, hélas, personne ne m'entend. Alors je m'englue. Je perds toute notion des émotions et des sentiments, je perds la bataille et je me perds moi-même.
Et le piano rugit. Kenban frappe son piano sans ménagement. La mélodie sort de ses ongles et me pousse hors du corps de sa sœur. Je reprends sagement ma place, à des milliers de kilomètres d'eux et de leur bulle. Une noire, une blanche. Une blanche, une blanche, une noire. Ce n'est pas l'effort qui fait transpirer le blond. C'est la passion. Ils s'abreuvent d'un regard complice qu'ils se lancent et qui ne durent qu'une seconde. Un regard chargé de l'amour le plus fort qu'il m'a été donné de voir. Tous les liens réunis que j'ai créés jusqu'à aujourd'hui font pâle figure à côté du leur. Nanaly se détourne, replace le bout de bois près de sa bouche et se remet à chanter :
Il y aura toujours une place, uniquement pour toi.
Si belle est cette étoile.
Bien que je garde tout secret.
Elle n'a plus besoin de le regarder. Je suis totalement convaincue qu'elle parle de Kenban, de ce frère qui représente tout son univers. De cette source de vie qui parvient à ranimer son corps inerte comme la glace. Le piano agit comme un enchantement. C'est une potion magique qui ranime les morts. Une blanche, deux noires et puis plus rien.
Juste Nanaly.
Refrain :
Je suis moi-même impuissante et insignifiante
et mon cœur ne cesse de pleurer.
Nanaly qui arrache son âme pour la graver dans cette chanson. Nanaly qui devient une bête pleine d'avarice, de luxure, d'envie, de paresse, de gourmandise, d'orgueil, et de colère. Nanaly qui devient une femme plus vraie que nature, plus somptueuse que jamais. Le piano reprend et la guide jusqu'au bouquet final.
J'entends une voix qui me dit "viens par ici".
Cet insouciant lendemain perdu dans l'infini
attend toujours quelque part.
Unique, unique
Seule, seule
Je suis là.
Déflagration. La blonde gesticule dans tous les sens. Son haut qui ne cache déjà pas grand chose se relève par moment et nous révèle un sein. Sa bouche s'ouvre en grand et je parviens à distinguer le fond de sa gorge. Ses cheveux sont des fouets qui martyrisent sa peau lactée. Ses talons tapent frénétiquement le sol au rythme de blanche, blanche, noire, blanche. Cette chanson ressuscite Nanaly. Cette chanson est un conte qui commence par « Il était une fois... » et finit avec du verre brisé. Cette chanson est une fable qui a pour morale « J'ai décidé de renoncer à ce lendemain mais j'attends encore ». Cette chanson est un paradoxe qui défit les lois de la physique. Cette chanson est un cœur qui saigne des litres de larmes et qui ne veut pas sécher.
La mélodie prend fin. Les applaudissements et les sifflements carillonnent à tout va et désintègrent le monde dans lequel cette musique m'avait enfermée. Et pourtant je les sens encore.
Les mots de Nanaly qui emprisonnent mon cœur. Les notes de Kenban qui courent sur mon cerveau.
Amerika place sa main dans mon dos et le frotte doucement. J'ignore qu'elle mine j'affiche mais son geste trahit son anxiété. Lui aussi aurait-il vu/senti/goûté/touché/entendu ce qui s'est joué sur cette scène improvisée ? Et les autres ?
- Toujours aussi incroyables, les gars !
- Kenban, si j'étais une nénette je te baiserais sur le champ !
- Nanaly épouse-moi ! Je suis fou de toi !
- Bon les mecs je commence à avoir la dalle. On s'arrête là pour ce soir et on en reparle une autre fois, OK ?
Je me soulève si brusquement que certains hommes tombent de leurs tabourets. Mon cœur comprimé pompe tout l'air dont mes poumons ont besoin. Je ne sais pas où je trouve la force de hurler mais j'y parviens :
- Vous n'avez honte de rien ma parole ! Votre ramassis de conneries est une honte pour ces deux personnes !
Silence. Puis peu à peu, la surprise se transforme en dédain sur le visage des insurgés. La revoilà, la méfiance qu'il est normal d'éprouver pour un pirate. Mais je n'en ai absolument rien à faire. Ils peuvent me traiter de tous les noms, mon opinion les concernant ne peut pas être pire qu'à cet instant. Parce que pour eux cette chanson n'était qu'une mélodie parmi d'autres. Ils n'ont pas noté la profondeur des paroles et des notes jouées. Ils n'ont pas ressenti cette pulsation vivante. Je me tourne vers les musiciens. Pour une fois Kenban a perdu son sourire et m'examine attentivement. Par contre la réaction de Nanaly m'ébranle. Ou plutôt devrai-je dire son manque de réaction. Pour sur, la belle blonde a repris son masque de marbre. Elle ne laisse rien transparaître. Je ne renonce pas pour autant :
- Vous autres, vous ne pensez qu'à vous amuser et à vous empiffrer ! je m'exclame en m'adressant aux habitants de la double-île. Je commence à comprendre pourquoi Reneg Ade est aussi frustré de collaborer avec vous. Vous êtes plats, lisses, vous ne voyez pas plus loin que le bout de votre nez. Vous passez à côté de l'essentiel, vous ne visualisez pas tout ce que peut dégager une musique, tout ce qu'elle peut révéler !
Les insultes commencent à fuser. « Pétasse ! Saloperie de pirate de dimanche ! Pouffiasse ! ». Reneg Ade fume sa cigarette et observe la scène. Amerika a le front plissé. Les deux musiciens n'ont pas bougé. « Mocheté ! Les femmes pirates n'existent pas de toute façon ! Retourne au lit sale chienne ! ». Ils se lâchent. Toute la frustration accumulée durant cette année à subir l'autorité de Hansha resurgit et me percute comme un tsunami. Toutefois je suis une tour indestructible qui brave la tempête. Je tiens bon. Entre le concert et tous ces cris, à ce rythme on va tous se faire arrêter ce soir. Mais je n'en ai cure pour le moment. Je m'époumone pour couvrir toutes les autres voix :
- Ignares, incompétents, vous vous laissez traîner dans la boue sans rien faire ! Vous n'êtes que des brebis qui attendent sagement le berger pour pouvoir être menées ! Si vous avez besoin d'un guide, sachez que je suis là ! Je ne vous laisserai pas tomber, même si vous me considérez comme une femme bonne à rien qui se plaît à se faire passer pour une corsaire. Mais dites moi plutôt : où est-elle votre rage, votre fureur contre l'injustice qui malmène cette île, votre envie d'en découdre ?!
Arrêt de ce nom masculin singulier que l'on appelle le bruit. Je serre les poings à m'en blanchir les phalanges et me fait emporter par ma haine. Haine des injustices, des inégalités. Qui ont tué bien trop de personnes. La situation de les péninsules jumelées me révolte, alors je hurle :
- RÉPONDEZ !
Deux mains fermes me saisissent les épaules et me forcent à pivoter. Les paumes fraîches de l'instrumentiste se plaquent contre mes deux joues. Ses doigts effilés frôlent mes oreilles et rejettent partiellement quelques mèches ondulées pour mieux dégager mon visage. Ses yeux aux pointes légèrement bridées comme ceux des chats brillent tel un feu d'artifice. Le sourire du blond est éblouissant. Il s'extasie :
- Wouhou ! Je suis fou de ton visage passionné ! Et toi, as-tu été subjuguée par notre musique ?
Son sourire désarme mon effervescence et je ris doucement, en saisissant ses deux poignets pour m'écarter un peu.
- « Subjuguée » est un terme bien faible, vois-tu. Amerika, que tu connais déjà, est capable de percevoir l'essence d'un individu en analysant l'air qu'il inspire. De mon côté je n'ai pas cette faculté extraordinaire. En revanche, votre musique m'a un peu ouvert les portes de ce que vous êtes.
Kenban papillonne des paupières et demande, son sourire enjôleur étant de nouveau de la partie :
- Oh ? Et qu'en déduis-tu ?
La totalité des révoltés ont quitté les lieux, blessés dans leur orgueil. Tant mieux, ils ont besoin de prendre du recul. Seul reste Reneg Ade. Je délaisse les poignets du blond et agrippe ses mains fermement.
- J'en déduis que je veux être votre guide à vous deux également. Je souhaite être cette voix qui dit à Nanaly « viens par ici ». Et surtout je veux devenir votre Capitaine.
Le rire tonitruant de Amerika transperce le silence. Je le connais assez bien à présent pour savoir qu'il ne se moque pas de mes décisions. Il s'agit juste d'euphorie. Ses dires viennent confirmer mes suppositions :
- Eh ben, tu as le vent en poupe Capitaine ! Il me tarde de trouver un bateau pour accueillir deux nouveaux membres d'équipage.
Je l'imagine bien en train de rejeter la tête pour rire à gorge déployée. Pour l'heure, je me contente de cette vision que j'ai du navigateur. Car je ne peux pas dévier mon attention du musicien.
- Ils n'ont pas encore accepté, avertit Reneg Ade.
- Cela ne saurait tarder, certifie l'homme originaire de Bibidia.
Kenban lorgne le fond de mes prunelles plus sombres que les siennes. L'une de ses mains passe de ma main à mon front et retire toutes les petites mèches qui me le cachent partiellement. Je ne bouge pas d'un millimètre et soutiens son regard ardent où flamboient des émotions qui ne demandent qu'à jaillir. Son sourire s'agrandit, il dit :
- Soit, je pense qu'une fois le problème de cette île réglé, Nanaly et moi n'aurons plus rien à faire ici. Je suis partant pour faire un bonhomme de chemin en votre compagnie. Je me fous royalement que vous soyez des hors-la-loi, cela ne nous concerne pas. Néanmoins, je ne suis pas le seul à prendre cette décision. Et selon moi, l'opinion de ma sœur compte double.
Il me lâche et je me tourne vers Nanaly. Celle-ci ne prend même pas la peine de me regarder et lance d'une voix atone :
- Balivernes.
Voyant qu'elle ne compte pas poursuivre, je m'approche et me plante devant elle. Ce qu'elle est grande !
- Développe, s'il te plaît.
- Ce sont des foutaises, des gamineries si tu préfères. Tu t'accordes trop d'importance. Je ne vois pas ce que ça nous rapporterait de vous suivre. Les pirates sont des nids à problèmes. Si mon frère et moi sommes recherchés nous ne pourrions plus chanter d'île en île. Hors faire connaître ses compositions est mon rêve le plus cher. Je refuse de le compromettre pour ta petite personne.
Un début de sourire fleurit sur mes lèvres. Serait-elle en train de s'énerver ? Ça me semble dingue de penser cela mais j'ai le sentiment d'être sur la bonne voie. Je tends doucement une main vers son visage et de l'index je le tourne vers moi. Yeux azurs. Qui ne sont plus vides. Le mépris y est bien planté, j'avais raison.
- Regarde-moi quand tu me parles, je souffle d'un ton autoritaire.
Elle me repousse farouchement. Sa colère gonfle. Je dois me faire violence pour empêcher la commissure de mes lèvres de se retrousser. J'ai déjà l'image d'une Capitaine pirate déchaînée et lunatique. Pas besoin de rajouter à ce joli palmarès « masochiste ». Toutefois son masque hivernal retrouve bien vite sa place et elle poursuit, de nouveau éteinte :
- De toute façon je ne vois pas ce que mon frère et moi pourrons apporter à ton équipage minable. Nous ne savons pas nous battre.
- Alors ça je m'en fiche totalement, vois-tu.
- Que nenni. Sors moi alors une bonne raison de vous suivre dans votre délire de piraterie.
L'attente se fait sentir dans toute la pièce. Je me laisse guider par mon instinct et place ma paume chaude sur le ventre de la blonde. Son épiderme est glacé, comme si aucune vie ne l'habitait. Puis je remonte sans me presser, trace ma route sous sa veste ouverte jusqu'à son sein gauche. Aucune surprise dans son regard. J'entends Kenban chuchoter à Amerika et au chef des révoltés « J'hallucine ou elle est en train de peloter ma sœur ? ». Je presse deux doigts sur un point bien particulier.
Boum boum.
Boum boum.
Le point de la vie. Qui bat avec encore plus d'ardeur lorsqu'elle chante et se dévoile. Je fronce les sourcils et articule distinctement en rivant mes yeux aux siens :
- Je t'ai vue.
Le petit commentaire de l'auteure : Ce chapitre est presque un huis clos à bien y regarder. Néanmoins il se passe pas mal de choses. Akira et Amerika rencontrent les soit-disant "révoltés" des îles jumelées. Trois personnages se démarquent particulièrement : Reneg Ade, et les jumeaux Kenban et Nanaly. D'ailleurs, il y a un jeu de mots évident avec le prénom du chef des révoltés : Reneg Ade, alias "renegade" en anglais qui se traduit par "renégat".
La chanson de Kenban et Nanaly, les ressentis d'Akira... Franchement je n'ai pas vraiment le souvenir d'avoir rédigé ce passage. J'ai laissé ressortir ma fibre "poétique", j'étais comme dans un état second. Je me passais en boucle la chanson, et je passais également de longues minutes à fermer les yeux et à écouter. Juste écouter pour visualiser la scène. Cette version de "Here" m'a chamboulée, a chamboulée Akira. J'espère en tout cas que ça vous a plu !
Ciaossu !
