Bien le bonjour !
J'aime écrire chaque chapitre de ma fic mais celui-là est particulier à mes yeux. Mais je ne peux pas vous dire pouuuurquooi... à moins que vous ne le lisiez héhé. On se retrouvera à la fin pour plus d'explications !
Musique qui m'a inspirée pour ce chapitre :
Hiroyuki Sawano - Barricades
Alors j'avais cette musique en tête pour cet arc depuis loooooongtemps. Elle m'a d'ailleurs inspirée pour le nom du phare, la "Barricade". Je l'ai écoutée en boucle pour la moitié/fin du chapitre, c'est-à-dire à partir de la phrase "J'inspire le plus possible d'air ambiant". Bien évidemment vous faites ce que vous voulez pendant la lecture du chapitre ! ;)
Citation du chapitre : Nous mènerons une vie sans barricade, (traduction tirée de la chanson "Barricades" de Hiroyuki Sawano)
Bonne lecture ! On se retrouve à la fin du chapitre pour le petit commentaire de l'auteure !
Chapitre trente-trois
Nous mènerons une vie sans barricade
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- Dis voir Akira, cela ne t'a pas rendu triste de te couper les cheveux pour devenir un « homme » ?
- Pas le moins du monde. J'aurais fait n'importe quoi pour qu'Ace, Luffy et toi m'acceptiez.
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Nous courrons à en perdre haleine dans les rues de Brick Town. Reneg Ade, Amerika et moi ouvrons la marche. Derrière, Kenban et Nanaly peinent à suivre la cadence que nous leur avons imposée. Cela ne m'étonne pas si on analyse cinq minutes leur accoutrement. Je me demande pourquoi le musicien porte ce pantalon slim vert militaire à carreaux qui possède une sangle reliant les deux genoux par derrière. A chacun de mes pas je sens la pierre fraîche me lécher la plante des pieds. Les rues sont bien entretenues sur cette péninsule. Les soldats doivent s'occuper comme ils peuvent étant donné que les habitants de la double-île sont plus qu'obéissants. Aucun débordement. A l'aller, je fus ébaubie de constater que la passerelle qui relie Timber Town à sa jumelle n'était pas du tout surveillée la nuit. Les Marines sont tellement habitués à cette soumission qu'ils réagissent de trois façons différentes. Soit ils viennent tourmenter les citoyens de l'île de bois, soit ils se la coulent douce, soit, pour une minorité, ils patrouillent dans la ville en pierre. Ce qui explique également que nous avons manqué de prudence...
- Merde j'entends des voix à quelques mètres devant nous, siffle entre ses dents le chef des insurgés.
Il fallait s'y attendre. Nous avons fait un boucan de tous les diables toute la nuit. Sans compter le troupeau de révoltés qui sont tous partis en même temps. Je ne vous dis pas le niveau de discrétion, on a dû atteindre des sommets... La Marine nous a pris en embuscade lorsque nous avons quitté la cachette à notre tour. Nous avons réussi à leur échapper fut un temps toutefois il semblerait qu'ils nous ont rattrapés.
- Par ici ! s'écrie Kenban en tentant d'ouvrir une porte.
Il se jette dessus, l'épaule en avant, mais reçoit en cadeau une douloureuse répercussion dans cette dernière. Sûrement n'avait-il pas prévu que cet antagoniste improvisé soit fermé.
- Putain, ça fait mal !
- Laisse.
Amerika se positionne sereinement devant l'entrée et abat son pied dessus. Voilà, il suffisait de laisser faire les professionnels. Cet homme a dû être un cambrioleur dans une vie antérieure... Ni une ni deux, nous nous jetons dedans et refermons derrière nous. Nous voilà plongés dans l'obscurité à l'intérieur de la maison abandonnée.
- Mais que faites-vous au juste ? s'enquiert le navigateur, la surprise teintant sa voix. Je pensais qu'il s'agissait d'un passage secret.
- Ben on se planque, répond Kenban comme si cela semblait la chose la plus évidente du monde.
- On ne va tout de même pas rester ici à jouer à cache-cache ? J'ai passé l'âge.
- Moi aussi je te ferais dire. En revanche si tu as envie de te taper la discute avec les Marines, et bien vas-y mon gars, je te retiens pas !
- Ça marche.
Le bruit de pas de pieds nus se fait entendre sur ma gauche. Je demande, sans vouloir le retenir :
- Que comptes-tu faire Amerika ?
- Je vais faire diversion. Pendant ce temps, vous fuirez et vous irez vous réfugier chez les deux musiciens. Je vous rejoindrai plus tard, Kenban m'a montré où ils vivaient cet après-midi.
Je commence à m'habituer à l'obscurité. Je crois apercevoir le faible reflet de la lune sur les perles du bandeau de mon ami. Je réfléchis, mourant d'envie de l'accompagner. Cependant, je dois apprendre à reléguer des fardeaux aux membres de mon équipage. Je ne peux pas porter le poids du monde sur mes épaules. De plus, il faut que je respecte mon pacte avec Nanaly.
- Le jeunot marque un point, ajoute Reneg Ade. Ça ne sert à rien d'attendre le déluge ici. Si ça peut te rassurer, jeune Capitaine pirate, je vais l'accompagner.
- Très bien.
Amerika est fort. Très fort même. Je souris narquoisement en me rappelant la déculotté qu'il m'a mise lors du jeu de l'Anoloana. J'aimerais que mon attitude lui prouve que j'ai toute confiance en ses capacités. Toutefois je me situe entièrement dans un coin d'ombre, je doute que mon compagnon soit nyctalope. De ce fait, je dresse mon poing dans la mince lueur de la lune.
- Je compte sur toi pour leur faire goûter un aperçu de ce que peuvent accomplir les Crimson Pirates.
- Je ne te décevrai pas, répond le navigateur en apposant son poing contre le mien.
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L'aube colore le ciel de ses délicats pigments lorsque nous parvenons au logement des jumeaux sur Timber Town. Nous pénétrons dans un immeuble en bois doté de plusieurs appartements. En montant les escaliers qui mènent à l'étage, je me prends d'admiration pour l'architecture du bâtiment. Les charpentiers ont travaillé le bois minutieusement. Leur adresse est impressionnante et cela ne concerne pas uniquement cette bâtisse. J'ai également pu le constater lors de mon passage en ville. Malgré les temps rudes, certaines personnes ont encore à cœur leurs métiers.
Kenban insert une clé dans une serrure et ouvre la porte. Il me glisse un clin d'œil et s'efface pour me permettre de passer.
- Si ma douce voudrait bien se donner la peine d'entrer.
Je le remercie d'un bref sourire mais suis devancée – et même carrément bousculée – par Nanaly. L'intérieur est sans nul doute spacieux mais est tellement encombré qu'il paraît étriqué. Deux lits, une armoire, une petite table pourvue de deux chaises et un meuble de rangement. Bon. Ceci est l'équipement de base fourni par le propriétaire et je crois, sans exagération aucune, que cela représente seulement 3% de la surface occupée. Le reste est submergé par des tas d'habits et des instruments. D'ailleurs, ce sont ces derniers qui retiennent toute mon attention. Kenban saurait-il jouer de toutes ces merveilles ? C'est peu probable, personne ne peut posséder un talent pareil.
- Va te positionner devant le miroir, ordonne froidement Nanaly.
Je ne fais rien pour la contrarier et lui obéis. Kenban me fait signe de le suivre. Il s'appuie à ce que je pense être un porte-manteau et me lance un sourire enjôleur :
- Alors comme ça tu es prête à remplir docilement les trois conditions imposées par Nanaly ? Elle est où ta fierté de pirate ?
- C'est simple : je suis prête à la reléguer au second plan pour vous avoir à mes côtés.
Son sourire s'agrandit et découvre même ses dents parfaitement alignées.
- Si tu craques pour ma sœur ou pour moi tu peux me le dire maintenant, ça nous éviterait des intrigues mièvres à rallonge. Autant la jouer franco. A ce moment là, je comprendrai mieux pourquoi tu nous veux à ce point sur le même bateau que toi.
- C'est plutôt toi qui craques pour ta sœur, non ?
L'espace d'une seconde je vois son front se plisser mais il reprend bien vite son aplomb naturel.
- Tu as raison dans un sens, mais non celui que tu crois. Je ne peux pas vivre sans elle.
Il ne me laisse pas le temps de surenchérir et retire la masse de vêtements suspendus. Je ne peux freiner une plainte en découvrant l'intégralité de mon reflet. Un miroir. Il ne s'agissait pas d'un porte-manteau mais d'un miroir. Et diablement grand qui plus est. Jamais je ne me suis considérée avec autant de netteté. Je me contente de détailler mes orteils, n'ayant jamais été à l'aise avec mon image.
- Retire ton short, somme la blonde les bras chargés d'habits.
Je laisse tomber le tissu au sol sans la moindre hésitation. Il faut que je fasse comprendre à Nanaly qu'elle ne m'impressionne pas avec ses trois conditions. Je les remplirai et elle sera contrainte d'honorer sa promesse.
Trois conditions. Prescrites par la chanteuse. A accomplir pour que Kenban et elle intègrent les Crimson Pirates.
Première condition : changer d'apparence.
Pour le moment elle ne m'a divulgué que celle-ci. Elle a affirmé d'un ton tranchant que j'avais l'air d'une paysanne qui s'apprêtait à aller au champ. Mon allure ne correspond pas à l'idée qu'elle se fait d'un pirate, encore moins d'un Capitaine d'un équipage. Pour reprendre ses mots touchants, j'aurais l'air d'une gueuse.
- Ne te vexe pas Nanaly, mais je voudrais comprendre en quoi mon apparence te concerne ?
- Il est hors de question que Kenban et moi soyons sous les ordres d'une pouilleuse.
J'espère au moins qu'elle aura la présence d'esprit d'éviter des vêtements aussi provocants que les siens... En comparaison, la tenue proposée par l'aubergiste appartenait à une sainte. Elle me lance presque à la figure une longue jupe saphir. J'avoue être un peu interloquée. Depuis que je suis sur l'île de Dawn, je n'ai plus porté d'habit aussi long. Je ne bronche pas et enfile le tissu. Il est ample, s'évase à partir de la taille et m'arrive aux chevilles. Nanaly se penche sur mes hanches. J'imagine qu'elle va rajuster la jupe mais en fait elle rajoute par dessus une autre texture qu'elle noue sur le côté. Une étoffe épaisse rose pèche semblable à un paréo. J'arque un sourcil. Cela ne s'avère pas très pratique pour se mouvoir. La blonde se recule pour contempler le résultat et conclut :
- Il manque quelque chose.
Je déglutis bruyamment et tandis qu'elle fouille dans ses affaires je tente de songer à autre chose. Oui, c'est ça. Pensons à cette journée surchargée. La vision de la jeune femme mystérieuse en train de briser la nuque de l'ivrogne me donne un haut-le-cœur. Non Akira, projette une réminiscence moins sanglante. Le second souvenir qui me tire de là concerne les deux musiciens.
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- Si Nanaly et moi sommes ici c'est pour une bonne raison.
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Nanaly s'affaire autour de ma taille. Je porte ma concentration sur son frère.
- Pourquoi aidez-vous les révoltés de la double-île ? Si j'ai bien compris, vous n'êtes originaires ni de Timber Town, ni de Brick Town. Alors pourquoi ?
Le pianiste semble mesurer le taux de confiance qu'il peut m'accorder. Il croise les bras derrière sa nuque et répond, plein de malice :
- Pour faire simple nous avons vécu une situation en partie similaire sur notre île natale. Un pirate réputé s'y est installé avec son équipage et ils ont remis à neuf une usine. Il était devenu un courtier qui tirait les ficelles dans l'ombre et il n'a pas tardé à faire détonner l'équilibre précaire de la péninsule. Bien sûr il était assez habile pour que personne ne s'en rende compte. De riches fournisseurs qu'il avait à la bonne d'un côté, des laissés-pour-compte de l'autre. Je te dis pas la situation de merde.
Je ne m'attendais pas à ce qu'il se confie aussi facilement. Sa nonchalance diffère de celle d'Amerika. On dirait qu'il me conte une histoire qui ne lui appartient pas. Pourtant, je lis sur ses lèvres les termes « mystères » et « secrets ». Je poursuis et lui demande comment se nomme ce fameux corsaire.
- As-tu entendu parler de Don Quichotte Doflamingo, le Grand Corsaire ?
Grand Corsaire... C'est le titre que le Gouvernement Mondial a souhaité attribuer à Ace, titre que mon... frère a refusé.
- Non pas vraiment, j'avoue un peu honteuse.
Il baisse les bras. Mince, il va...
- L'histoire est bien trop longue à narrer, bien plus qu'une musique.
C'était sûr. Je n'ai pas su faire honneur à ses révélations. Je réfléchis à la meilleure façon de me rattraper mais c'était sans compter l'intervention de la blonde :
- Voilà, c'est terminé pour le bas.
Je me tourne vers le miroir et manque de défaillir. Faite que le plafond s'écroule sur ma tête ! Nanaly a ajouté une couche supplémentaire. Une sorte de cape rouge cardinal encercle ma taille et flotte sur les côtés et à l'arrière de mon corps. Elle touche presque terre. Pour la faire tenir, elle a ajouté une énorme ceinture en cuir.
- Je ne vais jamais pouvoir me battre avec toutes ces épaisseurs !
- Ce n'est pas mon problème.
Je fronce les sourcils mais ne rétorque rien. Je soupçonne la chanteuse de vouloir me mettre des bâtons dans les roues. Peut-être souhaite-t-elle me forcer à renoncer à remplir ses conditions ?
- Maintenant enlève le haut.
Je retire la chemise et la fais voler à travers la pièce. Soit. Elle saura que je suis agacée mais que je n'ai pas abdiqué.
- Je peux quitter la pièce si tu veux, dit Kenban.
- Non cela m'est égal, je réponds un peu surprise par sa prévenance.
J'attrape l'ourlet de mon débardeur, le passe par dessus ma tête et l'envoie rejoindre son partenaire de cette journée. Le blond place une main sur ses yeux.
- J'étais sur qu'elle ne portait pas de soutien-gorge...
Je me tourne vers Nanaly et lui offre mon buste. Je ne sais pas ce qu'elle décèle dans mes pupilles mais cela lui fait renoncer au corset outrageusement osé qu'elle souhaitait au préalable me faire porter. Merci mes prunelles, je vous dois une fière chandelle. Elle me tend une chemise. Elle est blanc cassé et est boutonnée jusqu'à la base du cou. Ses manches m'arrivent au milieu des biceps et sont enserrées aux extrémités par des petites lanières brunes. Je souris.
- Je n'ai pas fini, me prévient Nanaly en découvrant mon air réjoui.
Punaise, j'aurais dû exhiber une tête d'enterrement au lieu de cette mine de gamine bienheureuse... La chanteuse déboutonne le bas de la chemise et le noue au dessus du nombril. Elle accroche le nœud avec une épingle pour que mon ventre soit totalement à découvert. Instinctivement je place une main sur ma cicatrice dorsale qui est partiellement visible. Le manteau sans manche en fourrure que je portais jadis pour cacher mon dos me manque. Bizarrement, cela ne m'enchante pas de le leur montrer.
- Une blessure de guerre ! s'extasie le blond. Ma parole, tu es une vraie bagarreuse ! En fait c'est la tienne d'histoire qui me semble la plus intéressante.
- Cette cicatrice n'est pas une fierté personnelle. Je dirais, au contraire, qu'il s'agit d'une ignominie qui résulte de ma faiblesse.
- Tu as fini de jacasser ? s'enquiert Nanaly en s'armant d'un peigne. A présent, je vais m'occuper de cette tignasse.
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Je papillonne des paupières au même rythme que mon reflet, me reconnaissant difficilement. Depuis que je suis arrivée sur l'île de Dawn, soit lorsque j'avais huit ans, je ne me suis jamais réellement préoccupée de mes cheveux. La seule fois où ils m'ont tracassée fut lorsque je voulais qu'Ace, Sabo et Luffy me voient comme un garçon égal à eux. A ce moment, je m'étais tranchée la tignasse avec un poignard. Le reste du temps, ce fut Magra qui s'occupa de cette besogne. En grandissant, je me suis rendue compte que mes cheveux ne me gênaient plus pour me mouvoir à mon aise. De ce fait, je les ai laissés pousser. En revanche, ma coupe était toujours aussi négligée. Une raie au milieu et quelques mèches ondulées sur le front. Point barre.
A présent, je me rends compte qu'une coupe de cheveux peut transformer à la fois la silhouette et l'allure d'une personne. La blonde a dévié légèrement la raie sur la droite. Et surtout, elle a écarté toutes les mèches de mon front sur les côtés. A présent, elles serpentent devant mes oreilles ou se mêlent aux autres cheveux. Tout mon visage s'en trouve modifié. Jamais je ne l'ai distingué aussi bien. Une bouche toute fine, des sourcils minuscules, des pommettes hautes. Et pour une fois je ne détourne pas les yeux. Mon front plutôt haut est enfin dégagé et mes prunelles sont parfaitement apparentes. Je me plaignais de ma frange trop longue pas plus tard qu'hier. A présent je n'aurai plus aucun souci de visibilité. Je m'apprête à remercier Nanaly mais cette dernière à le don pour fracturer ma gaieté toute neuve.
Des chaussures à talons aiguilles.
Au même moment, la porte s'ouvre et Amerika fait son apparition en compagnie de Reneg Ade. Je suis tellement écœurée par la perspective de porter de telles immondices que je les remarque à peine s'approcher de nous. J'essaie par tous les moyens de trouver une formulation affable qui fasse comprendre à la blonde mon dégoût pour les chaussures – qui plus est des chaussures à talons. Mais c'est sans espoir.
- Plutôt crever que de porter des souliers ! crachons Amerika et moi synchroniquement.
- Ah ah ah ! Trop fendard, Rik aussi s'est senti concerné ! s'esclaffe Kenban en se tordant de rire.
- Amerika ! je m'exclame folle de joie de le revoir. Alors, comment ça s'est passé ?
Le pantalon de Reneg Ade est déchiré à partir des genoux. Je note les nombreuses éraflures sur leurs jambes.
- Ce n'est rien, m'assure le navigateur en tapotant mon épaule. Nous avons dû nous jeter plusieurs fois à terre pour éviter les balles des Marines. En tout cas on peut dire qu'ils ont la gâchette facile dans le coin. Je ne voulais pas utiliser mon Fruit du démon, histoire de rester un tant soit peu caché sur Timber Town. Si j'avais utilisé mon pouvoir je suis persuadé qu'ils auraient retourné toute la ville pour mettre la main sur moi. Enfin bref, cette petite aventure n'est pas importante. Ce qui l'est bien plus c'est ce que j'ai devant moi.
Je n'arrive pas à déchiffrer son sourire. Serait-il en train de se moquer de moi ? C'est fort probable. Je me gratte la tête, un peu embarrassée.
- Vas-y, fais toi plaisir. Dis ce que tu penses au fond de toi : je ressemble à un sac, pas vrai ?
- Ce n'est pas du tout ce à quoi je songeais, répond Amerika visiblement surpris.
- Vraiment ?
- Je t'assure. Je pense au contraire que tu es très classe.
Mon cœur bégaye. Je suis... classe ? Déjà quand j'étais petite je souhaitais devenir aussi classe qu'Ace. Y serais-je parvenue ? J'en doute mais a priori ce n'est pas le cas de mon compagnon. Il saisit le pan de ma cape et la soulève.
- Cela va créer un sacré effet lorsque le vent soufflera dedans.
- Hrm, hrm.
Nous nous tournons d'une même âme vers Nanaly qui exhibe toujours les chaussures sous nos yeux. Je crois que je préfère m'arracher les ongles des orteils plutôt que de chausser ces abominations. Cela siérait à merveille à n'importe quelle femme mais pas à moi. Kenban, toujours hilare, passe un bras autour du cou de la chanteuse.
- Oublions les chaussures ma sœur et passons à ta deuxième condition, d'accord ?
- Si tu veux.
Impressionnant ! Les paroles de ce jeune homme valent de l'or lorsqu'il s'adresse à sa frangine. La belle blonde semble réfléchir au meilleur moyen de me faire flancher. Cela dure de nombreuses minutes et pendant tout ce temps elle ne bouge pas d'un cil. Reneg Ade a déjà fumé trois cigarettes. Je perçois les nombreux coups d'œil qu'il me lance. J'en déduis qu'il brûle de me faire part d'une information cruciale mais qu'il n'a pas envie de changer de sujet. Quel homme respectueux et mature.
- Voici la deuxième condition que tu dois respecter pour que Kenban et moi rejoignions ton équipage : détruire « La Barricade ».
Silence de mort. Le bourdonnement de la mouche qui s'agite autour de l'ampoule est assourdissant. Le navigateur croise les bras sur son torse musclé et dit :
- Tu peux préciser ?
- Cela me semble superflu mais si tu insistes. Comme vous le savez cette double-île est sous le joug du Lieutenant Guniraka qui réside au phare nommé « La Barricade ». Vous vous débrouillerez comme vous voulez mais cette femme et ses Marines doivent quitter l'île. Ainsi Kenban sera satisfait et nous pourrions enfin quitter cet endroit lamentable.
Nous nous mûrons dans un mutisme poignant, tous en proie à d'imposantes réflexions. Cette condition n'est pas des plus simples à remplir et pourtant... Elle coïncide pleinement avec mes désirs. Il faut libérer ces îles qui courent à leur perte. Et pour cela il n'y a qu'un chemin possible à emprunter : battre Guniraka Hansha. En revanche, un détail dans sa requête me gêne...
- Nous devons agir maintenant, affirme le chef des insurgés en éteignant sa cigarette.
Nous l'écoutons attentivement.
- Jeune Capitaine pirate, il faut que tu saches que ton discours mordant de tout à l'heure a réveillé la hargne de mes gars.
Il se passe la main sur son crâne luisant et rit, un peu amer :
- Je n'arrête pas de les sermonner et il a suffi que tu pousses une gueulante une seule fois pour titiller leur orgueil. Ça doit être leur côté masochiste qui est ressorti. A présent, je peux te certifier qu'ils sont prêts à en découdre.
- Il a raison, je les ai vus comme je vous vois, approuve Amerika. Ils sont gonflés à bloc.
Impeccable. Je ne pensais pas me mettre autant en colère mais j'avais en tête cette finalité. Je voulais attiser la rage des révoltés pour les motiver au risque de me les mettre tous à dos.
- Je propose que nous nous scindons en deux divisions. Le premier groupe attirera le gros de la garnison en dehors de « La Barricade » tandis que le deuxième donnera l'assaut sur le phare.
- Simple et efficace, dit Kenban. J'adore ce genre de plan.
Oui, cela me paraît cohérent. Et pourtant... Pourtant quelque chose me démange. Je fixe mes mains. Mon énergie bouillonne entre mes phalanges et chatouille mes veines. Ça y est ! J'ai trouvé ce qui me pose problème ! Je reprends ma respiration et annonce d'un ton ferme :
- Et si je vous dis que tout le monde attirera la majeure partie des hommes de Hansha en dehors du phare et moi seule irai au front, est-ce que ce sera toujours un bon plan à vos yeux ?
J'entends les protestations de Reneg Ade et de l'instrumentaliste résonner mais je fais en sorte de devancer tout le monde en haussant le ton :
- Ceci est MA condition et par conséquent mon affaire.
Cela ne les tranquillise absolument pas. Je poursuis :
- En tant que Capitaine je n'ai pas encore pu montrer à mon navigateur de quoi je suis capable. Il est temps de remédier à cela et je souhaite faire d'une pierre deux coups en me confrontant à Guniraka Hansha. Je vous promets que je vais réussir.
Le chef des révoltés me hurle que c'est de la folie mais je n'en ai cure. Un souvenir remonte à la surface.
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- J'irai seule !
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Celui où Luffy s'était fait capturé par Porchemy (cf. chapitre neuf). Ace et Sabo avaient décidé de protéger l'argent qu'ils avaient durement amassé plutôt que de sauver ce qui allait devenir notre petit frère. Je m'en étais offusquée et avais pris la résolution de tirer Luffy de ce mauvais pas par mes propres moyens. Et j'avais crié cette courte phrase remplie par ma détermination. Je souris. Il est temps de l'employer de nouveau :
- J'irai seule !
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J'inspire le plus possible d'air ambiant, le contient et le relâche en dioxyde de carbone. Et je me répète le même refrain pour gainer ma propre détermination :
Je suis le bouclier qui résiste aux boulets de canon. Je suis le mur indestructible et inébranlable. Je n'échouerai pas, je ne fléchirai pas.
J'avance sans me presser sur la place vide. A quatre cent mètres de moi se dresse le phare « La Barricade ». La mer ne paraît même pas à l'horizon, ce qui est tout de même un comble pour un phare. La base est complètement entourée de remparts et de douves. J'aperçois un pont-levis remonté. Devant le fossé gorgé d'eau sont érigées quatre arches placées aux points cardinaux. Bon. Quelle était la définition d'une barricade déjà ?
« Barricade (n.f) : obstacle servant à se protéger d'intrusion et à se mettre à couvert de l'adversaire dans un combat. »
Je suis l'intrusion. Je suis l'adversaire. Même si les révoltés ont attiré sur Timber Town les soldats présents sur la place la tâche ne semble pas moins épineuse. Reneg Ade a fait exploser de nombreux pâtés de maisons. Pour sur, cette action invraisemblable de la part d'une nation soumise a dû surprendre plus d'un Marine. Kenban, Nanaly et moi avons attendu à couvert que la moitié de la division de Brick Town se soit ruée sur le lieu de l'explosion pour nous approcher du phare. Aux abords de la base, les jumeaux se sont arrêtés. Tant mieux, j'allais leur demander de me laisser seule. D'ailleurs je ne comprenais toujours pas ce qu'ils pouvaient apporter à cette bataille jusqu'à ce que la chanteuse me décrive le nombre d'âmes grouillant dans « La Barricade ». Cela m'a complètement décontenancée. Comment pouvait-elle détenir cette information ? Kenban m'a alors adressé un clin d'œil, l'air de dire « Les explications seront pour plus tard, ma douce ». Et ils sont partis.
J'ai pu constater la véracité des propos de Nanaly : aucun soldat ne se tient sur la place. Ils sont tous à l'intérieur du phare ou sur les remparts. Je m'arrête à environ trois cents mètres d'eux. Cette façon de faire ne me plaît pas. Je ne souhaite pas infiltrer discrètement la base ennemie.
Dois-je me rappeler qui je suis au juste ? Je suis évidemment un membre d'ASLA.
Et les membres d'ASLA n'ont pas pour habitude d'agir en catimini.
J'inspire à nouveau de l'air mais cette fois c'est pour l'expulser brutalement :
- Hansha ! Montre-toi, je suis venue détruire « La Barricade » !
J'aurais pu éclater mes cordes vocales. D'autres personnes font leur apparition sur les créneaux des remparts. Je suis beaucoup trop loin pour entendre quoi que ce soit. De toute évidence, ils ne doivent pas me prendre au sérieux. Après tout je suis une femme. Seule de surcroît. Je dois avoir l'air d'une détraquée mentale.
Très bien, jouons à ce petit jeu. Je concentre mon flux dans mes orteils et le déploie devant moi. Puis je presse l'une de mes plantes de pieds contre le sol et la coulisse vers l'avant. Une parcelle de pierre deux fois plus grande que moi se surélève. Je la saisis et la propulse dans les airs. Puis je bondis et frappe dedans avec ma jambe imbibée d'énergie. Juste ce qu'il faut pour un « rejet » et non pour une « destruction ». Le rocher voltige dans les airs, et s'écrase à l'ouest de la base.
Raté.
Je claque ma langue, déçue de mon entrée. Ce n'est pas le moment de me couvrir de ridicule. De plus les Marines vont se demander d'où je sors cette force phénoménale. Ainsi je ne dois pas tergiverser. Je me décale, recommence le même manège en me concentrant davantage. Ma jambe percute l'énorme parcelle de pierre. Celle-ci vole au dessus d'une arche et va se fracasse contre les remparts. Cette fois je discerne distinctement des hurlements. Une petite partie des créneaux est remplacée par un trou béant. Il est un peu haut pour moi et je ne pense pas l'atteindre en sautant. Tant pis, j'improviserai. Nul doute que les soldats ne vont pas tarder à réagir. Je n'attends pas une seconde de plus et fonce vers l'arche. Je suis totalement ébahie par la mobilité de mes mouvements. Mes trois épaisseurs se marient parfaitement avec mes gestes. Certes, je me sens plus lourde qu'auparavant mais il suffira de s'habituer. Dans le bas de mon dos, je sens le drapeau des Crimson Pirates enroulé et maintenu par ma grosse ceinture. Il en va de même pour un harpon relié à une longue corde que m'a prêté Reneg Ade.
Les Marines ne semblent pas très réactifs. Je ne suis plus qu'à une centaine de mètres lorsque les premiers tires surgissent. Les coups de feu me frôlent. La plupart martèle le sol et j'esquive le reste. Constatant que je suis agile en plus d'être dotée d'une grande force physique, les soldats changent de tactique. Je m'en rends compte lorsque le premier boulet de canon file dans ma direction. Je roule sur le côté pour éviter le gros de l'explosion. Je vois. Vraisemblablement, même s'ils ne sont pas très dégourdis ils sont bien armés. Je me relève, reprends ma course mais suis de nouveau interrompue par de nouveaux obus de différentes pièces d'artillerie. Je place mes bras en croix devant moi pour me protéger des projectiles.
Un.
Deux.
La déflagration me consume la chair. Un genou à terre, je m'efforce de reprendre mes esprits. Je ne m'attendais pas à ce que ce soit aussi douloureux. Mes oreilles sont obstruées, je n'entends plus que mon souffle profond ainsi que... Un autre son étouffé. Qu'est-ce que c'est ?
De nouveaux tires de canon.
Mon instinct prend le dessus et mon poing s'abat sur le sol. Un monticule de pierre vient me protéger de l'explosion. Le sol vibre, je ne dois pas rester là. Je me redresse avec le refrain en tête.
Je suis le bouclier qui résiste aux boulets de canon. Je suis le mur indestructible et inébranlable. Je n'échouerai pas, je ne fléchirai pas.
Je passe par dessus ma protection partiellement détruite et cours, et cours, et cours vers l'arche. Je constate que de nombreux soldats sont descendus des remparts en se servant de cordes. Visiblement abaisser le pont-levis ne fait pas partie de leurs projets. Sûrement se disent-ils qu'il vaut mieux ne pas me créer de chemin. Les canons ont cessé le feu pour ne pas blesser les Marines qui viennent se battre sur la place. Cette fois je suis à la portée des fusils et de mitraillettes. Je bloque ma respiration et relâche mon flux en arc de cercle devant moi. Les balles sont désintégrées lorsqu'elles percutent mon bouclier invisible. Je suis assez près de l'arche pour entendre mes ennemis.
« Comment fait-elle cela ?! » « Serait-ce une détentrice d'un Fruit du démon ?! » « Que quelqu'un prévienne le Lieutenant Guniraka ! » « Tu veux rire ? Nous serions châtiés pour l'avoir dérangée ! »
Mes membres tremblent, le sang me monte à la tête. Je ne pourrai pas maintenir cette protection très longtemps. Je ne suis plus qu'à une cinquantaine de mètres. Des Marines armés de sabres me foncent dessus. J'aperçois sur leurs traits faciaux toute la crainte qu'inspire l'anormalité que je suis. Je n'ai pas de temps à perdre avec ces balourds. Je désactive mon bouclier ce qui manque de me faire chuter tellement la pression était intense et dégaine le harpon de Reneg Ade. Le premier bretteur est devant moi et fend l'air avec son arme blanche. Je bondis sans ralentir, prends appui sur ses épaules et saute
haut si haut
et loin si loin.
Je suis une mouette. Si Gaviota me voyait elle paillerait de jalousie.
Je tiens fermement le harpon, vise l'arche et je sens. Mes muscles se contracter, se raidir, se durcir. Et je projette le crochet de toutes mes forces. Qui s'incruste violemment dans le granit de l'arche. Je saisis la corde qui glisse entre mes doigts et m'arrache la peau. Je raffermie la prise juste à temps et vole en direction des remparts.
« Mais bon sang ne la laissez pas passer ! » « Tirez ! Tirez-lui dessus nom d'un chien ! » « Dans les airs elle est vulnérable ! » « Hors de question qu'elle pénètre « La Barricade » ! »
Je fends l'air à toute vitesse et passe sous l'arche. Les coups de feu se remettent à retentir dans l'atmosphère. Des balles m'effleurent et égratignent ma peau à la surface mais je n'en ai cure. Toute mon attention est focalisée sur le rempart. Je dois absolument le passer. Je bats des jambes pour me donner davantage d'élan et mon corps est entraîné vers le ciel. J'attends l'instant où je ne pourrai plus monter dans les airs pour relâcher la corde.
Maintenant !
Grâce au trou que j'ai créé dans les créneaux au début de l'affrontement, je passe au dessus du rempart. Et c'est en exécutant cette prouesse que je prends conscience que j'ignore totalement ce qui m'attend à l'intérieur de cette forteresse.
Des centaines de soldats équipés pour me tuer. Et qui guettent mon intrusion.
J'en ai le souffle rompu. Nanaly m'avait pourtant prévenue ! Tant que je ne suis pas redescendue au sol j'offre toutes les ouvertures dont ils sont avares. Avec l'élan que j'ai pris je risque d'atterrir en plein milieu de cet attroupement. Soit dit en passant, il faudrait déjà que je parvienne à poser pied à terre. Ni une ni deux, je puise dans mon énergie et l'étends tout autour de moi. Et on me tire dessus, on me bombarde, on me mitraille. Néanmoins, toutes les balles deviennent poussière au contact de la barrière érigée. Lorsque je ne suis plus qu'à quelques mètres du sol, ce dernier se courbe et un cratère se forme sous moi. De nombreux soldats tombent à l'intérieur. Je désactive le bouclier et cette fois ça ne loupe pas : je m'effondre. Le sang coule de mon nez et un étau imaginaire me compresse le crâne. Rarement je n'ai été aussi exténuée. Mais la fatigue n'est rien car
Je suis le bouclier qui résiste aux boulets de canon. Je suis le mur indestructible et inébranlable. Je n'échouerai pas, je ne fléchirai pas.
Maintenant que je suis parmi eux, ils ne peuvent plus me tirer dessus. Ils risqueraient de se blesser involontairement. Je vais devoir me battre sans avoir recours à mon Fruit du démon, mieux vaut économiser mes forces. Je me dégage de la masse humaine que j'ai entraînée dans ma chute et observe les environs. Les Marines ont l'air complètement décontenancé. Sûrement ne s'attendaient-ils pas à un tel fauteur de troubles. Je ne peux que les comprendre : personne n'a jamais remis en cause l'autorité du Lieutenant.
« La situation devient critique à présent, il faudrait contacter le Lieutenant de toute urgence ! » « Mais que dis-tu ? Aurais-tu perdu l'esprit ?! L'ennemi est juste devant nous ! » « Il a raison, il suffit de l'abattre ! »
Je fronce le nez, consternée de devoir en arriver là. Je souffle :
- Je ne le dirai qu'une seule fois : partez.
« Vous avez entendu ça ? » « Hors de question d'abandonner « La Barricade ! » » « Cette fille nous prend pour des bleus ! »
Je serre les poings. Très bien, je ne retiendrai pas mes coups. Le signal est donné, l'assaut est lancé.
Je fais le vide dans ma tête, ne pensant qu'à ce combat. Je visualise le reflet des lames qui pourraient m'aveugler tellement elles sont nombreuses. Esquive, esquive, gifle sur une joue. Esquive, esquive, parade d'une offensive. Je fais le vide dans ma tête, ne pensant qu'à ce combat et qu'aux habitants de la double-île. Une année qu'ils subissent les caprices de Guniraka Hansha ainsi que la terreur qu'elle leur inspire. Il me tarde de découvrir à quoi elle ressemble. Une année que les citoyens vivent dans la misère et sont prêts à se vendre à cette Marine corrompue pour subvenir à leurs maigres besoins. Esquive, esquive, coup dans la nuque. Esquive, esquive, tacle qui fait chuter un soldat. Je fais le vide dans ma tête, ne pensant qu'à ce combat, qu'aux habitants et qu'à l'injustice et l'incompréhension de cette situation. En vérité, ma tête est bien remplie en pensées à présent. Ces citoyens soumis, privés de leurs droits. Je suis une pirate, une hors-la-loi, une criminelle. Ils me honniraient s'ils apprenaient mon identité. Je n'ai pas oublié les insultes des insurgés. Mais c'est précisément parce que je suis une pirate que je suis la plus apte à leur enseigner le sens du terme « liberté ». Toutes ces pensées tournent en rond dans ma tête. Et me mettent hors de moi.
Je m'appelle Colère.
Plus aucune esquive, coup de poing dans l'abdomen. Plus aucune esquive, coup de coude dans la mâchoire. Plus aucune esquive, coup de genou dans la cuisse. Crac, crac, crac. La fureur décuple mes capacités au fur et à mesure. Je ne ressens plus la fatigue, je ne ressens plus toutes ces lames qui parviennent à atteindre ma peau. Ce sont des piqûres de moustiques par rapport à la blessure que j'ai subie enfant et dont je garde la marque dans le dos. Le pont-levis s'abaisse, les soldats qui m'avaient attaquée à l'extérieur viennent en renfort.
« Contactez immédiatement le Lieutenant ! »
Je frappe, je percute, je cogne tout ce qui m'entoure. Les hommes tombent un à un à terre. Crac, crac, crac. Je fais abstraction des hurlements et des os que je brise. Je, je, je...
Je suis seule à tenir encore debout.
Je reprends hâtivement ma respiration. Les battements de mon cœur butent contre ma cage thoracique. Tous mes membres sont douloureux. Mes jambes ne me soutiennent que par miracle. Je baisse les yeux sur mon corps et écarquille les yeux. Je suis ruisselante de sang, mes habits sont en lambeaux. Tous les autres gisent à terre. La colère s'effrite. J'espère n'avoir tué personne...
Avec tout ce sang sur toi, ça m'étonnerait.
C'est faux... Ce sang m'appartient.
A quoi bon t'en faire ? Tu es déjà une meurtrière, l'aurais-tu oublié ? Tu as tué ton père, souviens-toi...
Un vertige me prend et je me force à rester aussi droite qu'un piquet. Ce n'est pas terminé, concentre-toi Akira. Guniraka Hansha ne s'est pas encore montrée. Le plus dur reste à venir. Je titube vers le phare et ne prends même pas le temps d'observer l'édifice. Possède-t-elle une porte ? Je n'en ai aucune idée. J'espère au moins qu'elle bénéficie de fenêtres. La façade est construite intégralement en granit qui prend l'apparence de briques. J'en agrippe une, et une autre plus haut et commence la longue ascension. Enfin, « longue » est un terme bien prétentieux car
Une voix masculine se fait entendre :
- Tu n'iras pas plus loin, mécréant.
On me tire dessus.
Le petit commentaire de l'auteure : Bon, je reconnais que je suis une vraie saloperie d'arrêter l'action sur cette dernière phrase mouhahahaha ! Déjà parlons de la tenue d'Akira dans ce chapitre : il représente le nouveau look d'Akira imaginé par Nanaly. Retenez bien ces fringues car c'est sa tenue officielle ! *smile*
Le chapitre vous a-t-il plu ? J'ai mis toute mon énergie dans l'écriture du combat d'Akira. C'est le premier véritable combat à mort qu'elle mène toute seule depuis qu'elle a pris la mer. Pas d'Ace, ni de Luffy, ni d'Amerika pour l'aider. Elle est seule. Je voulais construire un affrontement où le lecteur pourrait ressentir toute la progression de la narratrice de cette histoire. Quand j'ai relu ce chapitre avant de le poster, je fus très émue. Je me suis dit "5 années d'écriture, 33 chapitres pour arriver à ce stade, elle est enfin là, Akira pirate et guerrière". N'hésitez pas à me faire part de votre ressenti ! A bientôt !
Ciaossu !
