Bien le bonjour !
Voici la réponse aux lecteurs pour mon dernier chapitre :
Cocochoco78 : Un grand bravo à toi pour avoir lu toute ma fic et je te remercie pour avoir pris de ton temps pour le faire. Je suis ravie de constater que mon style te plaît, j'ai mis des années à le développer donc avoir ce retour de ta part me fait plaisir *smile*. En ce qui concerne Ace, arf je peux comprendre ta frustration ! J'espère que les aventures d'Akira te plairont quand même en attendant que nos deux compères se revoient hihi.
Musique qui m'a inspirée pour ce chapitre :
Xenoblade Chronicles X OST - No EX 01
Vous pouvez utiliser (si vous le souhaitez) cette musique lorsque la phrase "C'est exact. Je suis Akira, Capitaine de l'équipage des Crimson Pirates." apparaît. Je trouve qu'elle colle bien avec la fin du chapitre, d'autant plus qu'il s'agit du thème du personnage central de ce passage. Évidemment, j'en parlerai davantage à la fin du chapitre !
Citation du chapitre : On ne peut haïr un adversaire quand il se bat (Francis Bossus)
Bonne lecture ! On se retrouve à la fin du chapitre pour le petit commentaire de l'auteure !
Chapitre trente-quatre
On ne peut haïr un adversaire quand il se bat
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- Des griffures de tigres, des morsures d'araignées, des bleus que m'ont causés des cerfs...
- Ah ! Et là ce sont des piqûres de guêpes, n'est-ce pas ?
- Ah ah ah, mon corps fait vraiment peur à voir ! Tu as de la chance Sabo, Ace et toi recevez beaucoup moins de blessures que Luffy et moi. Vous êtes doués.
- C'est juste que nous avons plus d'expérience.
- Mais tu sais quoi ? Je n'en veux absolument pas à tous ces animaux qui m'ont attaquée. Ils ne cherchaient qu'à se défendre.
/
On me tire dessus.
Je lâche aussitôt prise et me retrouve à terre. La tête tournée vers le ciel, je distingue une silhouette immaculée qui se dresse à une fenêtre. Les bras croisés sur son large torse, une femme m'observe d'un air hautain. La douleur me ramène à ma propre situation. Un trou perfore mon épaule gauche. Je tâte mon omoplate et constate que la balle est ressortie. Je suis soulagée mais je ne suis pas tirée d'affaire pour autant. La douleur est aiguë toutefois je me suis longuement entraînée à la reléguer au second plan.
- Qu'une vermine de ton espèce vienne troubler ma tranquillité est une insulte ! Si j'étais toi, je partirais sur le champ !
La femme rejette sa longue chevelure ébène derrière son épaule. Tandis qu'elle saute dans les airs en effectuant toute une série de pirouettes grotesques, j'arrache le haut d'un soldat pour nouer un bandage temporaire sur ma blessure. Je me redresse sur mes jambes qui sont devenues aussi fragiles que de la paille et m'efforce à lever mon membre endommagé. Je me mords les lèvres. C'est bien ce que je craignais : je ne pourrai plus me battre avec mon bras gauche pour le moment. Un rire mesquin s'élève dans les airs.
- Petite effrontée, tu ne daignes même pas m'admirer lorsque j'effectue la plus spectaculaire de mes cabrioles ! Ignorerais-tu qui est mon illustre personne ?
- Je présume que tu es Guniraka Hansha, Lieutenant de la Marine.
Elle se dandine et glousse comme une pintade en passant de nouveau une main dans ses cheveux. Guniraka Hansha, cette femme terrifiante dont seul le nom fait trembler les péninsules jumelées, cette femme despote qui va à l'encontre des desseins de la Marine serait ce...clown ?! J'avoue être pour le coup sidérée. Je profite de son verbiage qui vente ses capacités pour la reluquer. Elle porte un uniforme blanc ouvert sur ses jambes à partir du bassin. La traîne lui arrive jusqu'aux chevilles. Son long col entrebâillé laisse la place à une fraise qui pend jusqu'au niveau de sa poitrine. Un baudrier sombre et doré ceint sa taille. Elle porte un short noir moulant ainsi que de longues genouillères de la même teinte dont une partie est camouflée par ses chaussures. Elle chausse d'ailleurs des bottes blanc de plomb et dorées. Son imposant corps semble à l'étroit dans ses vêtements. On dirait que les coutures vont lâcher d'un moment à l'autre. Quant à son visage, il est rectangulaire et... original. Je ne m'attendais pas à cela ! Comme quoi l'habit – pour le coup le physique - ne fait pas le moine.
- ...légendaire, brillante, glorieuse, somptueuse Gunirak...
- Excuse-moi mais est-ce que tu peux la boucler deux minutes et te battre sérieusement ?
Je suis en train de me vider de mon sang, je n'ai pas une seconde à perdre avec son bavardage incessant. Le Lieutenant semble pour le coup scandalisée. Puis elle pouffe comme une guenon et pointe son énorme pistolet en silex dans ma direction.
- Aurais-je des problèmes d'audition ? Niet, c'est tout simplement impossible. Je suis la perfection même ! Nonobstant ce fait indéniable, pendant un instant j'ai bien cru que je ne t'effrayais pas misérable vermisseau !
Je puise dans mes dernières réserves d'énergie et projette une onde vers l'arme à feu de mon adversaire. Le pistolet vole dans les airs, je n'ai plus assez de force pour le supprimer.
- C'est le cas.
Une flopée de gouttes de sueur apparaissent sur son visage. Le goût du fer se répand dans ma bouche. C'est le signal. Celui qui m'avertit que je ne pourrai plus utiliser mon énergie qu'une seule fois. Après quoi je perdrai probablement connaissance. Je n'ai pas le choix, je ne peux vaincre personne dans cet état de faiblesse omniprésent. Sans mon Fruit du démon je suis fichue. Avec ma main valide, je me frotte les yeux. Je dois en finir maintenant. Un pas vers elle.
- Co-comment as-tu fait cela ?
Panique. Aurait-elle loupé l'intégralité de l'invasion dont je suis la pionnière ? Ignorerait-elle que les révoltés ont détruit une partie de la ville sur Timber Town et que la moitié de ses troupes est partie les affronter ? Au final les Marines sous son commandement n'ont pas dû la prévenir du carnage sur la double-île. Mais tout de même ! Elle aurait au moins dû entendre les coups de canon ! Pourquoi se montre-t-elle seulement maintenant ? Se cachait-elle, bien à l'abri dans ce phare ? Un deuxième pas. Tous ses membres sont pantelants.
- Que-que fais-tu ? D'ailleurs qu'est-ce qui te permet de me faire face de la sorte ? Observe-toi : tu n'es qu'un rat d'égout souillé par du sang impur !
- Je ne suis pas un rat mais une pirate.
Un troisième pas. Elle sursaute au terme « pirate » et s'apprête à décamper mais quelque chose la retient. Serait-ce sa fierté ? Je peine à le croire. Et j'ai encore plus de mal à me dire qu'un Lieutenant de la Marine se tient devant moi. Elle qui est la cause de tous les maux des habitants de toute la péninsule. Elle qui agit à l'encontre de son propre camp. Quelle personne détestable.
- Tu ne viens pas... te battre ? je souffle difficilement. Si tu ne le fais pas je vais te prendre « La Barricade ».
- Me « battre » ? Moi, la grande Guniraka Hansha ? Quelle nigauderie, insolente en plus d'être une fripouille de pirate ! Je ne vais pas me salir les mains pour un être inférieur de ton espèce !
Un quatrième pas. Je suis toute proche à présent. Elle semble le réaliser et porte sa main au fourreau accroché à sa ceinture.
- Si-si tu fais un pas supplémentaire, je te préviens je ne réponds plus de rien !
Allez Akira, encore un pas et un coup. Tu ne peux pas t'effondrer maintenant. Pas devant cet imposteur, cette brebis déguisée en loup. Je détends mes muscles et avance
d'un pas.
Elle s'égosille et dégaine son sabre. La lame tranche l'atmosphère dans un geste qui manque cruellement d'assurance. La panique a semé les graines de la médiocrité dans son corps. Je me penche pour éviter l'attaque qui passe au dessus de mon nez et fais un tour sur moi-même. Le plat de ma main percute sa mâchoire et propulse son visage vers le ciel. Mon bras tremble douloureusement lorsque mon flux gravite jusqu'à ma paume. Quelques dents du Lieutenant sont fracassées. Des gouttes écarlates déshonorent son uniforme. Cette tenue éblouissante qui me crame la rétine. Blanc, blanc, blanc. Lumière, lumière, lumière.
Ténèbres.
/
- Je t'en prie Luffy, laisse-moi te porter jusqu'à ton « pays ».
- Hors de question !
- Mais tu saignes énormément !
- Je m'en fiche ! Ce n'est pas une morsure de croco' qui va me faire tomber !
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Tu as raison, Luffy... Ce ne sont pas quelques coups d'épée qui vont me faire tomber. Je n'aurais jamais pensé que le simple fait d'ouvrir les yeux quémanderait autant d'efforts. Combien de temps suis-je restée inconsciente ? Je prends quelques secondes nécessaires à réguler ma respiration. J'ai un goût de mort dans la bouche. Je remue pour réveiller les membres les plus paresseux de mon corps et pousse sur mes bras pour me mettre assise. Je me suis écroulée sur le corps robuste de Guniraka Hansha. Une énorme tache rougeâtre macule ses vêtements en son centre. Je passe la main sous mes lèvres. Du sang. Je l'introduis dans ma bouche. Du sang. Je crois que je me suis un peu trop emballée en ce qui concerne l'utilisation de mon Fruit du démon. J'ai eu recours plusieurs fois à une technique que je viens à peine de découvrir. C'était totalement imprudent.
J'ai la tête qui tourne. Je la relève vers la mine du Lieutenant. Elle n'est pas belle à voir. Ses cheveux se sont décrochés...Hrm... Son crâne est en réalité presque chauve. Une idée extravagante traverse mes doigts avant d'atteindre mon cerveau. Et c'est ainsi que je pose ma main sur son entrejambe. Ah oui, c'est bien ce qui me semblait. Guniraka Hansha est un homme. Pourquoi s'être déguisé en femme ? Pour charmer ses soldats ? Je n'en ai aucune idée et pour l'heure cela ne m'intéresse que vaguement. Je prends appui sur mes pieds. Je tombe. Je prends appui sur mes jambes. Je tombe. Je prends appui sur mes bras. Je tom... ah non cette fois c'est la bonne. L'une de mes épaules brûle. Je visualise la tour... enfin le phare et titube dans sa direction. Si je chute de nouveau je ne pourrai plus me redresser. Mes jambes sont bien plus endolories que mes bras. Je me cogne contre du granit. Ah, je crois que j'y suis. Mais je ne peux plus la ravager. D'ailleurs... pourquoi souhaiter sa destruction ? Ce...monument n'a pas souhaité devenir une base de la Marine. Si je l'annexe, je ferai en sorte qu'elle retrouve sa liberté. Oui, ça me paraît bien.
Je lève les bras et agrippe les pierres rectangulaires. Et je monte. Une brique après l'autre. Une brique après l'autre. Une brique après l'autre. Une brique après l'autre. Une brique... l'autre. Une... …l'autre. Une... Une...Wouho ! J'ai failli m'évanouir. Il faut que je pense à quelque chose sinon je ne vais pas parvenir au sommet. Qu'est-ce que disait Luffy déjà ?
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- Je m'en fiche ! Ce n'est pas une morsure de croco qui va me faire tomber !
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Oui, voilà. Ce ne sont pas quelques coups d'épée qui vaincront ta grande sœur, Luffy. Une brique après l'autre. Une brique après l'autre. Mes jambes pendent dans le vide, inertes. Une brique après l'autre. Une brique après l'autre. Seuls mes bras travaillent. De la lave en fusion se dégorge de mon épaule gauche. Je ne sais même plus pourquoi j'ai aussi mal. Une brique après l'autre. Une brique après l'autre. Et mes pensées courent un véritable marathon pour m'empêcher de sombrer. Une brique après l'autre. Une brique apr... Ah, tiens, je suis parvenue au toit. De la sueur ruisselle sur mes yeux. Ma tête est une chaudière. Mes biceps me tirent une dernière fois jusqu'à la cime de l'arbre. Pourtant ce végétal me semble incroyablement froid et dur. Ce n'est pas une cime... Je ne suis pas sur l'île de Dawn. Il s'agit...du sommet ! Le sommet, oui. Le sommet du phare appelé « La Barricade ». « La Barricade » qui se situe sur Brick Town. Je tâte mon dos à la recherche du drapeau des Crimson Pirates et le trouve. Je le déroule et le plante dans ce qui me semble être une fissure. Puis je permets à mes yeux de se promener sur les horizons. Tout est flou. Je ferme les paupières. Et souris. Ce n'est pas grave si je ne vois plus rien pour le moment. Le vent est bien là, lui. Il souffle et me câline. Et me murmure que j'ai réussi.
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Je frissonne. Quelque chose de frais enveloppe mes membres endoloris et bouillants. Cela apaise les multiples lésions qui peignent mon corps. Alors je lâche prise et m'abandonne totalement dans ce cocon de bien-être. Le visage enfoui dans la texture gluante, je bénéficie des odeurs de terre qui trouvent mes narines. Mes tympans vibrent douloureusement à l'entente des hurlements qui sont proches, s'approchent et se rapprochent encore. Des mains retournent mon corps dans ce lit visqueux et tâtent mon corps. L'une d'elle se pose sur mon front moite. Bruit de petites perles de bois qui s'entrechoquent. Je souhaite la saisir cette main mais je ne peux plus faire le moindre geste. Alors j'ouvre les yeux. Je n'y arrive pas. J'effectue de multiples tentatives et finis par y parvenir. Je cligne lentement des paupières pour chasser les nuages de mes prunelles. Des visages sont penchés sur mon corps, celui d'Amerika tout proche de ma tête. Un bandage entoure tout le tour de son crâne et un pansement recouvre sa joue. De la glaise m'entoure sur les côtés. Mon compagnon est venu me déloger de ma tour grâce à ses pouvoirs. Je l'entends dire :
- Je vais finir par croire que tu adores être recouverte de sang.
Il doit parler normalement mais ses dires se sont transformés en murmures avant d'atteindre mes oreilles. Les seuls sons que je discerne sans mal sont tous ces cris alentours. Comme s'il avait lu dans mon esprit, le navigateur répond à mon interrogation insonore :
- Les révoltés et les habitants exultent de s'être enfin débarrassés de ces Marines corrompus.
Il désigne les inconnus qui sondent mon corps.
- Reneg Ade a fait venir les meilleurs médecins de l'île.
- Nous sommes en train de faire des tests pour savoir à quel groupe sanguin elle appartient. On doit lui administrer une transfusion au plus vite !
Est-ce moi ou les médecins ne sont pas très flegmatiques ? Un autre se tourne vers Amerika et déclare :
- Sans vouloir me montrer désobligeant, je préfère vous prévenir tout de suite que les probabilités qu'elle s'en sorte sont infimes.
- Ne vous en faites pas, tout ira bien pour elle.
Le médecin éponge la sueur de son front et rétorque :
- Comment pouvez-vous être aussi confiant ? Vos connaissances en médecine doivent être très limitées, ne voyez-vous pas toutes ces coupures et ces blessures ? Et je ne vous parle même pas des lésions musculaires et...
- Elle est forte. Très forte. Voilà pourquoi elle ne succombera pas.
Le navigateur me sourit. Une autre émotion éclot parmi les embryons de douleur. De la joie. Une joie immense qui résulte du fait d'avoir pu rendre Amerika fier de moi. Fier d'être sous mon commandement. Voilà ce que je lis dans ses prunelles noisette. Je m'escrime à ouvrir la bouche pour le remercier mais c'est peine perdue. Un nouveau visage hilare fait son entrée dans mon champ de vision. Il s'agit de l'un des deux jumeaux, reste à savoir lequel.
- T'es un sacré numéro, ma douce ! Planter ton drapeau la haut, tu t'es pris pour un Empereur pirate ou quoi ? Et après t'es restée statufier en haut du phare pendant deux bonnes heures ! Poh la la, qu'est-ce qu'on se fend la poire avec toi !
Kenban. J'aurais du m'en douter, Nanaly n'est pas du genre à se réjouir aussi ouvertement. Alors que la fatigue m'assaille de nouveau, je décide pour une fois d'y succomber. Car deux faits indéniables viennent de laisser une empreinte toute fraîche dans ma tête :
Brick Town est libérée.
Timber Town est libérée.
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Je suis une momie.
Je m'observe dans le miroir, totalement abasourdie. Tout mon corps est recouvert de bandages excepté mon visage. Je soupire et dis :
- Amerika, je crois que tu devrais donner des cours de « self-control » aux médecins avant qu'on parte. Ils ont légèrement exagéré leurs soins.
- Si je te révélais la quantité de coupures que tu t'es faites tu resterais muette de stupéfaction durant une bonne dizaine de minutes, rit le navigateur. Je ne compte plus le nombre de points de suture qu'ils ont dû te faire.
Il est en train de rassembler le peu d'affaires que nous possédons. Notre départ est proche. J'épie de nouveau mon reflet. Ils n'ont même pas épargné mes orteils. Voyons le bon côté des choses : je n'ai pas besoin de m'habiller. Enfin, ça c'est moi qui le pense car Kenban ne semble pas de cet avis. Il s'approche tout sourire avec des habits qu'il cache derrière son dos. Je ne le sens pas...
- J'espère que tu ne vas pas me forcer à porter un corset avec un décolleté qui plonge jusqu'aux enfers...
- Sans vouloir t'offenser ma douce, tu n'es pas très menaçante avec ton accoutrement de momie, ton attelle d'épaule et ta béquille.
J'ai dormi. Mais vraiment beaucoup dormi. Trois jours et trois nuits. Et encore, cet état léthargique aurait pu se prolonger si Nanaly ne m'avait pas lancé un sceau d'eau glacée à la figure. Tout porte à croire que la patience n'est pas son fort. J'ai cru que ma tête avait percuté un iceberg lorsque je me suis réveillée en sursaut. J'ai observé ses lèvres bouger sans comprendre un traître mot de ce qu'elle annonçait. Elle n'a pas voulu répéter et est sortie prestement de l'appartement. Kenban qui était plié en deux de rire a bien voulu répondre à ma requête.
- Elle a dit « Kenban et moi allons vous accompagnement temporairement dans vos pathétiques aventures. La troisième condition est de nous permettre de jouer dès que le besoin se fait sentir. »
Pour le coup je fus complètement sonnée. Amerika s'est alors assis au bord du lit et m'a tendu des serviettes pour que je me sèche. J'étais bien trop surprise pour m'en occuper du coup c'est lui qui s'y est attelé. J'ai remarqué que des bandages recouvraient également ses bras en plus de son visage. Lui aussi a dû trimer dur dans cette bataille. J'ai balbutié :
- Pourquoi un tel revirement de situation ? Cela n'a pas de sens, je pensais qu'elle me détestait. Pourquoi ne me met-elle plus de bâton dans les roues ?
Le natif de Bibidia m'a répondu que la chanteuse n'est pas prête de changer de comportement et qu'elle risque de toujours se montrer aussi glaciale. Elle s'est construite une protection de façade diablement impénétrable. Toutefois mon compagnon est persuadé que je suis la seule à pouvoir guider Nanaly. Curieuse, j'ai demandé :
- Qu'est-ce qui te l'affirme ?
- Lorsque nous affrontions la Marine sur Timber Town, elle était constamment tournée vers l'est, soit vers Brick Town. Suite à notre succès, nous nous sommes dirigés vers « La Barricade » pour voir comment tu te débrouillais. Dès qu'elle t'a aperçue au sommet du phare telle une statue de marbre malgré ta perte de connaissance, elle s'est arrêtée et ne t'a plus quittée du regard.
Amerika me sourit et balance la serviette humide derrière lui.
- Ses yeux brillaient.
J'ai souri en contemplant le vide. J'avais raison. Il n'est pas trop tard pour aider Nanaly. Et peut-être Kenban aussi. Sa gaieté excessive semble cacher quelque chose. Après quoi nous nous sommes mis d'accord sur notre départ imminent. Le blond défait mon attelle le temps de passer mon bras dans la manche courte de la chemise. Il la replace sous le tissu, directement sur les bandages. Il m'observe et constate :
- J'ai bien fait de demander à des couturiers de refaire la réplique exacte de la tenue choisie par Nanaly. T'en voilà raide dingue !
- C'est vrai j'y tiens beaucoup finalement. Je te remercie de cette attention.
Amerika nous annonce qu'il nous attend dehors avec nos affaires. Je m'appuie sur le musicien pour enfiler la longue jupe saphir. Je me suis rarement sentie aussi insignifiante.
- Et toi Kenban, qu'est-ce que ça te fait de rejoindre mon équipage ?
Je n'emploie pas l'adverbe « temporairement », gardant espoir de l'effacer de cette phrase. Je n'ai pas oublié ce qu'il m'avait confié avant la bataille. Qu'il voulait aider la double-île car sa situation lui rappelait celle de son île natale. Dans un sens, nous partageons un point commun : l'altruisme. J'aimerais lui faire comprendre cela. Il se redresse, glisse délicatement ses mains de chaque côté de mon visage et souffle :
- Je suis flatté.
La jovialité de Kenban est parfois exagérée, c'est vrai. Mais à ce moment je suis persuadée qu'il est tout ce qu'il y a de plus sincère.
/
Je suis sur une vague. Elle me porte jusqu'à une destination inconnue. Je me sens légère comme une plume. Gaviota bat des ailes tout près de moi. L'onde maritime m'a demandé de garder les yeux fermer jusqu'à nouvel ordre, du coup j'obtempère. Je sens que je vais aimer cette surprise. La vague possède des bras, des mains, des visages. Et des sourires.
Vague humaine.
Les révoltés m'escortent. Les habitants doivent être tout autour puisque je les entends très clairement. Leurs remerciements se gravent petit à petit sur mes tympans. Il n'y aura bientôt plus de place, je ne suis pas habituée à autant de gratitude. Un pirate n'est pas censé être adulé, je suis un peu déconcertée. Mes pieds finissent par rencontrer du bois. Le timbre grave de Reneg Ade vibre tout près de moi :
- Tu peux ouvrir les yeux, Capitaine des Crimson Pirates.
Une fois encore j'obéis et je réalise à la seconde quelque chose.
Un bateau est une beauté quel que soit l'endroit où on le voit.
Celui-ci est un peu plus grand que ma première embarcation. Il possède un mât et une cabine. C'est terminé les nuits à la belle étoile. Quoi que si ça me manque je ne vois pas pourquoi je devrais me priver.
- Attrape Capitaine !
Je me retourne juste à temps pour réceptionner ma béquille, ma besace et le tuyau ASLA. Amerika profite d'être moins chargé pour serrer les mains de quelques révoltés. J'imagine qu'il s'agit d'insurgés qui ont combattu à ses côtés. Il s'attarde plus longuement auprès de Reneg Ade et les deux hommes échangent une accolade. J'aime ce tableau. Le chef des révoltés me serre la main. Sa poigne est puissante. Je dis :
- Merci de m'avoir fait confiance.
- Rik ne mentait pas lorsqu'il me disait que tu étais modeste ! s'esclaffe Reneg Ade. Ce serait plutôt à moi de te remercier, tu ne crois pas ?
Il désigne le bateau du menton.
- J'espère que ce présent te fait plaisir. Nos charpentiers vous auraient volontiers construit une plus grande embarcation mais j'ai cru comprendre que vous étiez pressés.
Je ne réponds rien, lui souriant simplement. L'appel du large ne s'explique pas, il se ressent. Un nombre impressionnant de valises circulent au dessus des têtes des habitants et attirent mon attention. Je crois avoir ma petite idée quant à l'identité de leurs propriétaires...
- Sublime Nanaly, où souhaites-tu qu'on dépose tes affaires ?
- A votre avis ? Si vous avez d'autres questions de cet acabit, gardez-les pour vous.
La jeune femme marche d'un pas décidé vers le bateau. La provocation est de mise puisqu'elle porte un minuscule top cerise qui cache difficilement sa poitrine menue et un pantalon moulant de manière indécente. Elle est suivie par une foule d'admirateurs.
- Toujours aussi froide...
- ...et épicée ! On t'aime !
- Tu vas tellement nous manquer ô déesse de nos songes !
- Ma sœur déchire grave ! glousse Kenban en sifflant avec ses doigts osseux.
Je lève les yeux au ciel. Je ne vois pas quel miracle va nous préserver du naufrage avec toutes ces valises. Je ne sais même pas si on possède la place nécessaire pour les stocker. Je tends la main à la blonde cependant cette dernière méprise cet échange symbolique et va s'enfermer dans la cabine. Amerika fronce les sourcils, mécontent que la chanteuse m'humilie de la sorte. Je lui fais signe de ne pas y prêter attention. Comprendre la chanteuse quémande de la patience. Une tonne cinq de valises déboulent sur le bateau. L'embarcation penche légèrement en arrière ce qui fait exploser de rire l'aventurier de Bibidia :
- Je ne suis pas contre un peu de challenge ! Naviguer va me sembler plus ardu tout à coup.
Des plaintes féminines s'élèvent près du quai. Trois femmes surgissent de la foule et agrippent férocement la veste à carreaux de Kenban pour ralentir ses mouvements.
- Ken-d'amour, tu ne vas tout de même pas me quitter maintenant ?
- Tu m'avais promis de jouer un air de clarinette rien que pour moi !
- Bas les pattes pimbêche ! A moi il avait promis de passer une dernière nuit en ma compagnie !
Je hausse les sourcils, un peu surprise. D'accord, je crois comprendre un peu mieux quel genre d'homme est Kenban. Finalement si on creuse un peu le sujet ce n'est pas si surprenant. La beauté des jumeaux est à couper le souffle, il va falloir nous préparer à parer des émeutes à l'avenir. Le blond lance un sourire mi-charmeur mi-désolé vers ses dames.
- Mes poupées, sachez que mon cœur s'est fait dérober par la plus exquise des voleuses.
Il fait volte-face et saisit la main que je lui tends pour monter sur le bateau. Puis il se penche et embrasse mes doigts. Voilà autre chose : je suis officiellement une briseuse de ménage. Les regards assassins des trois femmes me transpercent, je ne sais plus où me mettre. Outrées, elles partent à toutes jambes.
- Ne m'utilise pas pour mettre fin à tes liaisons, je grogne en retirant ma main.
- Mais je ne suis pas en train de jouer ma douce, susurre-t-il d'un ton suave.
Amerika défait les amarres pour prendre le large. Je trouve le prétexte de l'aider pour me tirer de cette situation gênante.
- Défais la garcette pour libérer la voile et tiens-toi prête à étarquer, me lance-t-il par dessus son épaule. Je m'occupe du gouvernail.
- Bien.
/
Les cris pour nous remercier semblent encore retentir à mes oreilles. Pourtant Timber Town et Brick Town ne sont plus que des points à l'horizon. Le navigateur nous a assuré que la tramontane allait nous conduire rapidement vers le sud malgré notre charge conséquente. Il a expliqué qu'il s'agit d'un vent puissant, froid et sec qui se déguise en d'authentiques rafales. Mon visage est frappé par toutes mes boucles mais ce n'est pas désagréable. Kenban est en train de discuter avec Amerika. Il semblerait que le blond aie l'habitude de bourlinguer sur les mers mais il avoue que la navigation n'est pas sa tasse de thé. Nanaly ne s'est toujours pas montrée. J'irai la voir plus tard, pour le moment je préfère goûter la fraîcheur de l'air. Le soleil est aux abonnés absents, on dirait qu'il va pleuvoir d'un moment à l'autre. Je me tourne vers le natif de Bibidia et déclare :
- Tu as dû t'en apercevoir mais j'ai utilisé notre drapeau pour libérer le phare. Ce serait bien que tu en refasses un.
- Aucun problème, par contre je n'ai plus de poudre. J'aurais dû acheter de nouvelles peintures tant qu'on était sur Timber Town. Ça ne fait rien, j'irai m'en dégoter sur la prochaine île.
- Des pirates qui n'exhibent aucun Jolly Roger, vous n'êtes pas nets dans vos têtes tous les deux, ricane le musicien.
Je fais bonne figure mais sa remarque me blesse un peu. « Des pirates » au lieu de « nous ». Il semblerait que lui non plus ne se voit pas rester avec nous indéfiniment. Pour changer de sujet, je demande poliment :
- Que contiennent toutes ces valises qui sont à deux doigts de transpercer le pont du bateau ?
Le concerné essuie son visage trempé par les embruns et répond :
- Pour un quart d'entre elles je dirai qu'elles renferment des fringues et pour le reste mes instruments.
- Ne me dis pas que tu sais tous les utiliser ? je fais stupéfaite.
- Eh si !
- Impressionnant, admet le navigateur.
Je m'apprête à exiger une démonstration mais je suis interrompue par les piaillements affolés de Gaviota. La mouette s'agite devant moi. Je plisse le nez.
- Ce n'est pas normal... Pourtant il n'y a rien à l'horizon.
- Détrompes-toi.
La voix cristalline me fait sursauter. La chanteuse est sortie de sa cachette et a les yeux rivés sur l'étendue d'eau salée. Nous l'imitons mais il faut être réaliste : il n'y a rien. Même la double-île est à présent trop loin pour être discernable. Le visage de Kenban perd ses traits amusés et scrute celui de sa sœur.
- Que veux-tu dire ?
- Une cinquantaine de personnes viennent dans notre direction.
Encore cette étrange faculté qui lui permet de détecter des âmes autour d'elle ? Il faut vraiment que je la questionne à ce sujet. Elle se tourne enfin vers son frère et lui demande :
-Que va-t-il se passer ?
- Pour le moment je ne vois rien d'alarmant.
J'avoue être dans l'incompréhension totale. Ces jumeaux ne savent peut-être pas se battre mais ils possèdent de toute évidence des aptitudes uniques. Amerika ne paraît pas aussi perturbé que moi par cette étrange conversation.
- Ce sont des détenteurs de Fruits du démon ? je m'enquiers auprès de lui.
- J'ai déjà posé la question à Kenban, il m'a répondu que ce n'était pas le cas. Cela me semble bien plus complexe que ça.
- Les voilà, affirme la blonde.
Un bâtiment naval fend effectivement la mer vers nous. Il est immense, je compte trois mâts qui sont tous pourvus de vigie. Toutes les voiles sont immaculées et possèdent un symbole doré. On dirait des ailes de mouette. Deux colories ressortent clairement sur la coque. Celui du dessous est zébré et d'un vert impérial dégueulasse. Celui du dessus paraît plus personnel et est entièrement doré.
- Qui est-ce ? je demande même si je me doute de la réponse.
- La Marine, révèle l'instrumentiste.
- Peut-être que ce navire vient uniquement chercher les soldats vaincus et ligotés sur la double-île, suppose le navigateur.
- Non, riposte farouchement Kenban en secouant la tête. Ils vont venir à notre rencontre et...
Je me penche pour examiner son visage. Il est tendu et ses yeux sont dilatés. Qu'on me pince si je me trompe mais je jurerais qu'il n'est plus avec nous. Je pose délicatement une main sur son épaule et chuchote :
- Kenban... ?
Le jeune homme revient à lui mais une angoisse terrible fige son visage. Il articule difficilement :
- ...Prenez vos sacs.
Mon cœur tambourine dans ma poitrine et mes poils se hérissent. Mon sixième sens braille.
Alerte. Alerte. Alerte.
Tout le monde obéit au musicien sans un mot. Je lâche ma béquille pour saisir également le tuyau ASLA de ma main valide. Je lève les yeux vers le vaisseau de la Marine. Il ralentit et arrive à notre hauteur. Que nous veulent ces cinquante personnes en question ? Nous n'arborons même pas de Jolly Roger, ils ne peuvent pas savoir qui nous sommes. S'ils souhaitent nous affronter je pense qu'il n'est pas exagéré de prétendre que nous sommes en très mauvaise posture. Je ne peux pas faire un pas sans trébucher, Amerika ne peut pas modeler le bois avec ses pouvoirs et les deux jumeaux n'ont aucune notion pratique de combat. Grâce à une manœuvre habile, le navire s'aligne à côté de notre embarcation. Silence total. Tout le monde est sur le qui-vive.
Tap-Tap, Tap-Tap.
Quelqu'un marche. Une silhouette finit par apparaître près du bastingage du navire et nous domine aisément.
- Je m'absente un peu plus de trois jours pour débarrasser la double-île de cadavres occasionnés par ma propre personne et c'est à ce moment là que j'apprends que des pirates ont vaincu toute la garnison disposée sur l'île. Et ce quelques heures à peine après mon départ des lieux. Comme c'est à la fois fort décevant et frustrant.
Cette. Voix.
Et cette tenue. Uniforme blanc ouvert sur des jambes à partir du bassin et dont la traîne arrive aux chevilles. Un col entrebâillé laissant la place à une fraise. Un baudrier noir et doré qui ceint sa taille et le fourreau d'une épée qui y est accroché. Un short noir moulant, de longues genouillères de la même teinte et des bottes blanc de plomb et dorées. C'est exactement la même tenue que portait le Lieutenant qui occupait « La Barricade », celui qui s'appelait Guniraka Hansha.
- Tu es...
Ma voix se perd dans la stupeur. De longs cheveux noir d'ébène et épais volent dans tous les sens. Deux yeux rubis sont posés durement sur moi. Teint de porcelaine, frange qui serait droite s'il n'y avait pas tout ce vent. C'est la fille mystérieuse, celle qui se cachait derrière une capuche et qui a tué de sang-froid un ivrogne sous mes yeux. Ce n'est pas...
Et alors mon esprit fait le rapprochement et comprend tout. Presque tout.
Guniraka Hansha qui est en réalité un homme déguisé. La perruque qui s'est décrochée à la fin de l'affrontement. Cet alcoolique qui a reconnu le visage de la jeune fille lorsqu'il a retiré sa capuche. Et qui lui en voulait à mort. Mais c'est lui qui perdit brutalement la vie. Parce qu'il s'est soumis et ne s'est pas révolté. Timber Town et Brick Town, deux îles soumises au joug d'un Lieutenant de la Marine. Un Lieutenant qui n'a l'air d'en avoir rien à faire de la qualité de vie des habitants qui se sont soumis. Mes lèvres tremblent et ne veulent pas révéler l'horrible vérité. Néanmoins, je parviens à prendre sur moi et à répéter :
- Tu es...
- Je suis Guniraka Hansha, Lieutenant au Quartier Général de la Marine et anciennement Lieutenant qui siégeait dans « La Barricade » sur Brick Town.
J'ai l'impression de faire un cauchemar. Je m'agrippe au garde-fou pour ne pas m'écrouler. Cette femme avec qui je commençais à sympathiser est en réalité mon ennemi naturel. Et pas des moindres. Elle est celle qui sema un désordre sans nom mêlé de souffrance sur la double île. Elle est celle sur laquelle je devrais reporter toute ma colère.
- Mais alors, qui ai-je affronté à « La Barricade » ? je demande à haute voix sans vraiment m'en rendre compte.
- Ma doublure. Plus précisément une piètre copie incapable d'intimider qui que ce soit. Il faut croire que l'efficacité fait défaut à mes rangs. Les impuissants n'ont pas le droit d'entacher ma réputation, qu'ils restent tous croupir sur la double-île.
Elle rejette sa chevelure en arrière exactement comme l'avait fait son remplaçant. Tout en elle respire la confiance. Nous sommes clairement à sa merci. Tout comme le fut l'ivrogne dont elle brisa facilement la nuque. Je réfléchis à toute allure à la signification de la venue secrète de la véritable Guniraka Hansha dans Timber Town. Et je crois comprendre une partie de ce mystère. Elle portait un ensemble noir et une capuche pour ne pas être reconnue par la population. La question est à présent la suivante : pourquoi ? Pourquoi s'est-elle déplacée jusqu'à la ville de bois ? Malheureusement je n'ai pas le temps d'analyser davantage le problème.
- On m'a informée du grabuge que vous avez engendré sur les deux îles. Les soldats m'ont essentiellement dépeint le portrait de la personne qui a lancé l'assaut sur ma base. Il s'agirait d'une jeune fille aux cheveux écarlates et qui possède un étrange pouvoir de destruction. Toi, je présume ? fait-elle en me désignant du menton.
Je reprends tout à coup mes moyens et prononce d'une voix forte :
- C'est exact. Je suis Akira, Capitaine de l'équipage des Crimson Pirates.
- Des pirates ? Avec en outre à leurs têtes une femme. Voilà une chose qui n'est pas courante. J'aurais dû m'en douter lorsque tu as prononcé cette tirade où tu évoquais ton désir d'être libre de faire ce qu'il te chante.
Le terme « pirate » semble réveiller ses subordonnés car toutes une rangée de Marines fait son apparition contre le bastingage. L'ensemble de leurs fusils est pointé dans notre direction.
- On attend vos ordres, Lieutenant Guniraka !
- Je ne vous ai nullement demandé d'intervenir. Rompez messieurs, je vais m'en occuper.
Les soldats à sa charge paraissent déroutés mais s'inclinent et disparaissent de notre champ de vision. Je sens qu'Amerika esquisse un mouvement à côté de moi. Les yeux de sang du Lieutenant dardent une autorité écrasante dans sa direction et il s'immobilise. Elle porte sa main à son fourreau et annonce :
- Akira, j'apprécie ton audace que je tiens à souligner devant tous les êtres qui nous entourent. Avec de l'audace on peut tout entreprendre. Cependant, sache qu'on ne peut pas tout accomplir. Toi qui te targues à plonger dans la misère des autres pour aider les plus démunis, laisse-moi te poser cette question.
Je sais exactement ce qu'elle va me demander. Mot pour mot. Ses yeux sont rivés aux miens. J'entends mon cœur tambouriner dans ma poitrine et j'ai l'ahurissant sentiment que le sien bat au même rythme que le mien. Pourtant je n'éprouve aucune peur. Encore cette impression ? Celle qui me dicte que nous partageons un invraisemblable point commun.
- Sache que la misère mène à la révolte ou à la soumission. Que choisis-tu ?
- La révolte. Peu importe ce qui va m'arriver ici même, peu importe ce que tu vas me faire, ce sera toujours la révolte.
Mes yeux s'écarquillent de stupeur. Un sourire énigmatique vient dessiner ses lèvres. Je crois y déceler de la satisfaction.
- Il va s'en dire que c'est la réponse la plus captivante que j'ai entendue depuis des lustres. Permets-moi de vérifier si ce ne sont que des mots ou bien tes honorables ambitions.
Sur ces belles paroles, le Lieutenant dégaine son épée. Que compte-t-elle faire à cette distance ? Les hurlements affolés des Marines n'augurent rien de rassurant.
« Que faites-vous Lieutenant Guniraka ? » « Pourquoi prenez-vous la peine de sortir votre épée du fourreau ? » « Nous sommes en pleine mer, c'est beaucoup trop risqué ! »
Elle ne les écoute plus. Moi non plus. Je ferme les paupières pour chercher mon énergie. Elle n'est nulle part. C'est impossible ! Je fouille chaque recoin de mon corps en vain. Tant pis, je vais quand même essayer. Je me concentre comme j'ai l'habitude de le faire dans ces cas-là et m'escrime à sortir le flux de mon être. Sort !
Tremblement. A l'intérieur de mon corps. Douleur insoutenable dans tous mes membres qui se tétanisent. Je comprends alors. Je suis en train de payer mes excès lors de l'assaut sur Brick Town. Je n'ai pas encore récupéré, dans tous les sens du terme.
Tremblement. Cette fois sur le bateau. Je titube, tombe sur le pont entraînée par le poids de mon sac et ouvre enfin les yeux. Mes coéquipiers sont dans le même état que moi. C'est-à-dire dans un abîme d'incompréhension. Hansha n'a toujours pas bougé du navire ennemi.
- Que s'est-il passé ? je m'enquiers angoissée.
- Je l'ignore, répond le navigateur. Elle a exécuté un mouvement à l'horizontal avec son épée et il y a eu cette secousse.
Est-ce moi ou notre embarcation est en train de pencher dangereusement ? Je me faufile jusqu'au garde-fou et
Choc cérébral.
La coque est découpée dans toute sa largeur. La partie du dessus, celle où mes compagnons et moi sommes, est partiellement détachée du bas. Et elle penche. Non... Comment est-ce arrivé ?! Je lève ma figure paniquée vers Hansha. La sienne est de marbre. La pointe de son épée est dirigée vers le ciel. Et puis s'abat vivement. Vers le sol. Convulsion du bateau. Gerbe d'eau qui me trempe jusqu'aux os. Je patine. Le tuyau toujours en main, je m'agrippe comme je peux aux planches du pont et me hisse jusqu'au bastingage. J'ai l'impression de gravir une montagne. Je me retourne pour constater les dégâts mais suis aux antipodes de la réalité.
Notre embarcation est entièrement fendue en deux.
Kenban et Nanaly sont agrippés également au garde-fou mais sur l'autre partie du bateau. Je vois Amerika s'agiter pour trouver une solution. Ses pieds ont déjà été accaparés par l'eau. Celle-ci lèche mes compagnons, les absorbe et les déguste au fil des secondes. J'écarte de mes pensées la Marine, le navire, Hansha et son attaque spectaculaire. Tout ce que je vois c'est mon bateau s'immerger et mon équipage sombrer dans les ondes maritimes. Je hurle à pleins poumons :
- Tenez bon !
Que dire d'autre ? Que faire ? L'océan atteint mes jambes à présent et me prive du peu de force physique qu'il me reste. Ma main gauche relâche petit à petit et contre ma volonté la barre du bastingage. La droite le tuyau ASLA. C'est comme si on me demandait de choisir entre l'un ou l'autre. J'observe l'appétit vorace de la mer et murmure, catastrophée :
- Ne me fais pas ça...
Alors je cesse ma prise sur le garde-fou et enserre de mes bras le tuyau. Je glisse et percute l'eau salée. Aussitôt tous mes membres se figent et sont comme ankylosés. Et moi qui me suis durement entraînée pour supporter cette entrave... Plonger dans la mer est dix mille fois plus oppressant que s'introduire dans une rivière. Je ne peux même pas tourner la tête pour chercher mes amis. Telle l'ancre d'un navire, je m'enfonce dans les profondeurs,
et coule
et coule
et coule.
Le petit commentaire de l'auteure : Je pense que certains d'entre vous l'avaient peut-être deviné à l'avance : la fille mystérieuse et Guniraka Hansha sont en vérité une seule et même personne. D'ailleurs, la musique utilisée durant ce chapitre est son thème principal. Je cherchais une chanson avec peu de paroles mais avec une instrumentale imposante. Quoi de mieux qu'un OST de Xenoblade Chronicles ? C'est une véritable mine d'or cette licence !
Enfin bref, nos quatre compères sont en très mauvaise posture... Niark j'adore le suspens !
Ciaossu !
