Bien le bonjour !

Commençons par répondre au commentaire de mes chers lecteurs et lectrices :

Kasumihime17 : Hihi sois rassurée je ne compte pas abandonner cette fic, sache même que jamais je ne le ferai j'y suis beaucoup trop attachée :3. Peut-être as-tu eu ce doute en voyant la date de publication du premier chapitre, c'est à dire en 2015. Je publie un chapitre par mois, je sais que c'est peu mais j'aime peaufiner mes chapitres et avoir de l'avance. Par ailleurs j'ai une autre fic à écrire en parallèle. En tout cas je suis bien contente que tu aies dévoré ma fic, ce qui n'est pas une mince affaire à présent qu'elle compte 43 chapitres ! Merci beaucoup pour ta lecture et ton commentaire, j'espère que la suite des aventures d'Akira te plaira :) !

Je tenais également à remercier 000xx000, lila-liss, maoul9 et, saky20100 pour leurs récents follows ou favoris ! Merci, merci beaucoup !

Je voulais également vous délivrer le portrait chinois de Sanae, maintenant qu'elle fait partie de l'équipage :

Portrait d'Akira : chapitre 30
Portrait d'Amerika : chapitre 31
Portrait de Kenban : chapitre 35
Portrait de Nanaly : chapitre 37

Portrait de Sanae :
Age et date de naissance : Vingt-huit ans, elle est née le 27 avril
Poste : Cuisinière
Couleur préférée : le rouge
Animal préféré : le panda
Plat préféré : Riz pilaf et porc au caramel
Boisson préférée : le thé vert sencha
Fleur préférée : la digitale
Thème musical : Cécile Corbel - Arrietty song (version japonaise)
Explication du choix de musique : Cette musique est tellement zen ! Avec ses inflexions asiatiques elle colle parfaitement aux origines de Sanae. Et je trouve que cette musique possède un petit côté "mystérieux", après cela reste mon interprétation !

Citation du chapitre : Quand la mer est tranquille, chaque bateau a un bon Capitaine (proverbe suédois)

Bonne lecture ! On se retrouve à la fin du chapitre pour de petites anecdotes !


Chapitre quarante-trois

Quand la mer est tranquille, chaque bateau a un bon Capitaine

/

- Je me demande à quoi on ressemblera quand on sera tous Capitaine de nos navires. Je suis certaine qu'Ace et toi, vous vous battrez pour avoir la plus grosse prime.

- Et Luffy fera tout pour trouver un cuistot rapidement, histoire de lui remplir le ventre.

- Ah ah ah !

- Et toi...

- Si tu ne trouves rien ce n'est pas grave.

- Si ! Toi je te vois debout sur le bastingage avec des cheveux longs, si longs qu'on pourrait te reconnaître depuis les terres.

/

Mes mains sont jointes devant moi et mes phalanges se livrent un duel sans merci. Elles se cognent entre elles depuis si longtemps qu'elles sont tout engourdies. Néanmoins je n'y fais pas attention, étant plongée dans mes notes. Notre prochaine étape s'appelle « Reverse Mountain ». Il s'agit d'une montagne qui fait office d'accès pour Grand Line.

...haut de forme...

Les courants marins des quatre Mers se rejoignent vers le sommet avant de s'unir pour former le premier flux de Grand Line. Un canal ascendant permet cet étrange exploit qui défit les lois de la gravité.

...il était noir et surtout il possédait...

Tout cela semble à portée de n'importe quel marin inexpérimenté pourtant Sanae nous a mis en garde. Plus le navire est considérable, plus il est difficile de passer sans dommage.

...il possédait une paire de grosses lunettes sur son chapeau. Exactement comme lui.

Avec une embarcation aussi imposante que le Mahogany, il va falloir placer la prudence en tête de nos qualités. Et cela concerne chaque membre des Crimson Pirates. Nous ne parviendrons pas à passer si nous ne sommes pas coordonnés. Alors qu'est-ce qui me retient dans cette cabine depuis hier ? A cette chaise ?

Sabo s'est fait tuer.

Je devrais être sur le pont avec le reste de mon équipage qui affronte la tempête. Je frotte énergiquement mes yeux cernés par la fatigue. Ma voix, éraillée par la non-activité, s'extrait du fond de ma gorge :

- Tu es mort. Il y a des années de ça, tu es...mort. Sabo, tu...

On toque cinq fois à ma porte. Amerika. Il n'y a que lui qui procède ainsi, c'est comme un code. C'est la sixième fois qu'il essaie de me parler. J'ignore si Sanae leur a raconté quoi que ce soit. Je rejette ma carcasse contre le dossier de la chaise et pousse un profond soupir. Je n'ai revu personne depuis que j'ai beuglé l'ordre de quitter le port de Logue Town. Après la nuit blanche que j'ai passée je dois avoir une tête à choquer la sensibilité du plus téméraire des pirates. Mais ce n'est pas le moment de songer à mon image. Mon équipage est là dehors, je ne peux pas me défiler maintenant. Mes lugubres pensées reviendront me hanter plus tard.

- Entre.

Le natif de Bibidia s'exécute et referme derrière lui. Cela n'a duré qu'une seconde ou deux et pourtant cela a suffi à une bourrasque pour pénétrer la cabine et secouer le hamac. Amerika s'adosse contre la porte sans me quitter des yeux. Des milliers de gouttes de pluie agrémentent sa peau halée.

- Je n'ai pas beaucoup de temps, me fait-il savoir d'emblée en désignant l'extérieur.

- Je m'en doute, ils ont besoin de toi.

Le navigateur hoche lentement la tête puis déclare d'un ton solennel :

- Sans doute, mais ils ont encore plus besoin de toi Akira. J'ai besoin de toi.

Cette phrase applique un baume sur mes tourments intérieurs et m'incite ainsi à les repousser pour le moment. Amerika se déplace agilement jusqu'à moi et trace des arcs de cercle sous mes yeux. J'imagine que mes cernes sont encore plus visibles que je ne le songeais. Mon teint doit être verdâtre et mes lèvres sèches à cause de la déshydratation. C'est pour cette raison qu'il s'enquiert :

- Pouvons-nous compter sur toi ?

Pour toute réponse je me lève d'un bond, toujours sans le quitter des yeux. Puis je comprime son épaule et m'élance d'un pas énergique vers la porte. Enfin, énergique, c'est un bien grand mot. Je n'ai rien mangé depuis le sandwich de la veille que j'ai d'ailleurs à peine touché. Ma vision se trouble mais je ne ralentis pas pour autant. J'ouvre en grand la porte.

Je suis copieusement accueillie par le déluge.

Je n'ai pas fait trois pas sur le pont que me voilà trempée jusqu'aux os. Ma vision se trouble de nouveau mais cette fois c'est la pluie qui est fautive. Sanae nous avait parlé de cette tempête qui se déclencherait juste avant l'entrée de Reverse Mountain. Un phare était censé nous guider pendant une partie du trajet, j'imagine que nous l'avons dépassé depuis un moment. Le navire est loin d'être stable, des tonneaux n'arrêtent pas de se balader d'un bout à l'autre de l'embarcation. Les éclairs envahissent le ciel et me permettent de distinguer l'emplacement de mes compagnons. Je me fige et lève mes bras face à moi. J'ouvre en grand la bouche.

Je ne tremble pas.

Je souris, puis ris. Pourquoi avoir peur ? Je ne suis pas seule. Même là, au milieu de cette tempête infernale, je me sens entourée comme je ne l'ai jamais été. Je presse mes poings contre mon front et serre les dents.

/

- Parfois, le courage est la fabuleuse capacité de faire face à ses craintes.

/

Sabo, est-ce que tu te souviens m'avoir dit cela un jour ? Est-ce que tu regardes ? Vois-tu Nanaly et Kenban en train de batailler avec les écoutes? Ils sont maladroits et pourtant ils se démènent pour nous sortir de là. Vois-tu Sanae qui tient fermement la barre et qui se penche vainement pour apercevoir l'avant du Mahogany ? Elle ne doit même pas savoir où on se dirige mais elle y met du cœur. Vois-tu ce grand gaillard qui vient de me rejoindre, son sourire faisant écho au mien ? C'est Amerika, mon meilleur ami. Aucun mot ne peut parfaitement décrire toute l'affection que je lui porte. Que je leur porte. Ils sont mes coéquipiers, mes trésors. Avec eux à mes côtés je n'ai plus peur. Je n'aurai plus jamais peur de l'orage.

- Écoutez-moi ! je m'époumone pour me faire entendre.

Leur attention est aussitôt tournée dans ma direction, signe qu'ils m'ont attendue pendant tout ce temps. Je les regarde tour à tour en hochant la tête, leur montrant ainsi que je suis de nouveau là. Avec eux. Je désigne tout l'accastillage qui roule sur le pont.

- Nanaly, occupe-toi d'accrocher les barils de poudre à canon contre le bastingage ! Kenban, va dans la vigie, il nous faut une vision d'ensemble sinon on court droit à la catastrophe !

Ils ne protestent pas et s'affairent immédiatement. Nanaly, qui a délaissé ses escarpins pour être pieds nus, glisse sur le plancher mais ne perd pas de vue son objectif. Kenban grimpe quatre à quatre les échelons pour atteindre le nid-de-pie. Je sais qu'il n'est pas à l'aise avec l'altitude et pourtant il prend sur lui pour nous. Je me tourne vers la cuisinière qui tient toujours la barre.

- Sanae, continue de manœuvrer le Mahogany.

Enfin je fais volte-face vers Amerika.

- Je vais m'occuper des voiles du mât d'artimon et donc de la poupe. Je te laisse te charger du mât principal et de l'avant du navire. Je te délégue toutes les directives pour nous sortir de ce merdier.

Je m'essuie le visage pour distinguer le sien. Il est serein, nullement inquiet. Il presse mon bras.

- Disons adieu à East Blue. Bientôt nous naviguerons sur Grand Line.

Il a raison. Tandis que je monte à quatre pattes les marches qui mènent à la dunette, je laisse promener mon regard vers l'horizon indistinct. Je n'oublie pas que c'est la mer d'East Blue qui m'a portée jusque l'île de Dawn. On peut appeler cela un hasard mais cela ne m'empêche pas d'être reconnaissante. J'ai rencontré mes frères ici, j'ai crée les Crimson Pirates, elle signe le début de mon aventure.

Bye bye East Blue.

/

Une baleine.

Immense. Gigantesque. Si colossale qu'on l'a tout d'abord pris pour un pilier émergeant de l'eau. Voilà comment on nous souhaite la bienvenue sur la Route de tous les périls. Elle est en plein milieu du passage et prend quasiment toute la place. La gueule dirigée vers le ciel, elle ne semble pas nous apercevoir. Encore heureux. Et on y va tous de notre petit commentaire :

- Ce n'est pas croyable...

- Je suis persuadé que celui-là pense avoir le nombril plus haut que sa bouche.

- On s'en tamponne de ça Riki ! Tout ce qu'on peut dire c'est que c'est un enfoiré d'opportuniste !

- Là, juste là, je n'ai pas rêvé ? Il t'a regardée Akira, je suis certaine qu'il prépare un mauvais coup et ça ne me plaît pas !

On est tous tellement estomaqués par ce spectacle qu'on oublie que notre embarcation est en train de foncer dessus. Tous, sauf Sanae qui est déjà passée plusieurs fois par Reverse Mountain. Le Mahogany change de trajectoire et vire à bâbord. Nous nous tournons vers elle. Le gouvernail tremble sous sa poigne de fer, preuve qu'elle est en train d'user de toute sa force physique pour maintenir la direction.

- Un coup de main ne serait pas de refus, oye.

Sa phrase nous fait le même effet qu'un réveil. Amerika claque dans ses mains pour s'accaparer notre attention.

- Akira, va aider Sanae à maintenir la barre à bâbord. Les jumeaux et moi, nous allons nous charger des voiles. Le courant marin est contre nous cette fois-ci, on va devoir compter sur le vent.

Je m'exécute sans tarder et cours dans les escaliers qui mènent à la dunette. Le bateau est pris de secousses. Je m'agrippe aux rambardes pour ne pas tout dégringoler. Que se passe-t-il ? Est-ce la baleine qui nous attaque ? Je garde mon souffle et grimpe les dernières marches qui me séparent de l'arbalétrière. Je comprends aussitôt le problème en découvrant son front dégoulinant de sueur et à son expression crispée. La baleine n'a pas bougé. C'est le flux maritime convergeant vers le cétacé qui est notre principal souci. Plus nous nous approchons du mammifère, plus l'attraction est puissante. Le cap du Mahogany est presque revenu à son point de départ. Si nous ne faisons rien, nous allons nous écraser contre ce que je pense être le ventre de cette baleine !

- Tiens bon Sanae ! je hurle en la rejoignant.

Je glisse mes bras entre les siens bandés et contractés. Je saisis d'autres poignées de la barre, prends appui sur mes jambes et use de mes muscles pour virer de bord. Pendant un instant la barre ne semble pas décider à tourner puis finalement nos efforts semblent payer. Mais c'est encore insuffisant. Et nos pieds ne veulent pas s'arrêter de glisser contre le plancher. L'un des genoux de Sanae percute le pont. Mes bras tétanisent rapidement et j'en comprends aussitôt la cause. Si seulement j'avais pris le temps de me nourrir correctement depuis hier. Je lève les yeux et discerne les voiles à travers mes cils grêlés de transpiration. Dépêche-toi Amerika, dép...

Embardée. Déportement sur la gauche. La barre se débloque aussitôt. Sanae se retient de justesse aux poignées du gouvernail tandis que je me casse la figure contre le plancher. Je roule sur le côté pour observer les mâts. Certaines voiles ont fait leur apparition tandis que d'autres ont été ferlées. Le navigateur a trouvé la bonne combinaison pour nous laisser porter par le vent. En quelques secondes nous avons rejoint le courant qui contourne la baleine sur la gauche. Nous diriger sera plus aisée à présent. La cuisinière reprend sa place de timonière provisoire et pousse un profond soupir. Je me relève et lui adresse un regard interrogateur. D'un coup de menton elle désigne Amerika qui a grimpé sur la vergue du grand-mât. Sûrement est-il en train de régler les balancines du hunier.

- N'oublie jamais que tu as énormément de chance.

- Pour ?

- Pour avoir rencontré un navigateur aussi talentueux, conclue-t-elle en souriant.

Puis elle toise mon visage d'un œil sévère pendant presque une minute entière. Le temps s'écoule toujours aussi lentement pour elle.

- Quand la mer est tranquille, chaque bateau a un bon Capitaine. Maintenant qu'elle est plus agitée, ce n'est pas le moment de flancher.

Je comprends alors. Je comprends qu'elle ait pu douter de ma force mentale en me voyant enfermée dans ma cabine pendant plus d'une journée. Je comprends qu'elle ait pu remettre en cause mon statue ainsi que sa décision de nous rejoindre, de rejoindre une Capitaine aussi ondoyante. Je hoche la tête. Que dire de plus ? Ce sont mes actions qui feront évoluer son point de vue à mon sujet, pas mes dires.

/

Roule, roule, roule. Je crois que jamais je ne verrai de carte aussi grande que celle-ci. Sanae pose le bento, dont elle m'a forcée à avaler le contenu, et trois verres à chaque extrémité pour la faire tenir.

- Nous sommes ici.

Sanae pointe du doigt une position sur le plan. D'une écriture délicate et calligraphique, il y est annoté « Cap des Jumeaux ». D'autres noms parsèment le papier jauni par le temps et froissé par les récurrentes utilisations. Sachant que l'objet appartient à la personne la plus précautionneuse de l'équipage, j'imagine que la cuisinière a dû souvent s'y référer pour qu'il soit dans cet état. Amerika et moi tournons nonchalamment autour de la table, les yeux rivés sur les croix qui désignent sans aucun doute les destinations arpentées par la brune. Les marques sont plus ou moins grosses, selon la superficie de l'île j'imagine.

- Je ne suis pas cartographe du coup ce plan conçu par mes soins est plutôt approximatif, oye. Comme vous pouvez le remarquer j'ai déjà posé le pied sur de nombreuses îles de Grand Line. On m'envoyait en mission un peu partout, du coup je n'ai jamais suivi un itinéraire en particulier.

- Alors comment cela se fait-il que tu possèdes ton propre Log Pose ? s'enquiert Amerika en piochant dans le bol de cacahuètes.

Je lorgne sur l'objet cité accroché au poignet du navigateur. Depuis que nous avons dépassé le Cap des Jumeaux, l'aiguille rouge est braquée dans une direction que nous suivons sans rechigner.

- C'était au cas où je me perdrais en mer. Comme je vous l'ai déjà expliqué, en sortant de Reverse Mountain le Log Pose désigne l'une des sept routes de Grand Line. La boussole enregistre plus précisément le champ magnétique d'une île et se recharge en fonction de ce dernier. Le temps requis varie d'une île à une autre. Ainsi, vous comprendrez que tant que nous suivons ce Log Pose, il est quasiment impossible de s'égarer sur Grand Line. Il nous mènera toujours quelque part. Voilà pourquoi je l'avais toujours sur moi.

Je hoche la tête. Qui aurait cru qu'un si petit objet pouvait se montrer aussi précieux ? Je note pour au moins la centième fois la chance que nous avons de compter Sanae parmi nous. Elle est fabul...

- Fabuleux, répond Amerika en détachant le bracelet-boussole. Voyons sans plus tarder si nous nous dirigeons vers une île que tu connais déjà.

La brune lui sourit. Visiblement, c'est cette finalité qu'elle voulait atteindre en entrant dans la cuisine avec sa carte. Elle saisit le Log Pose et le pose pile à l'endroit où nous nous situons. L'aiguille pointe vers une croix. Au dessus est inscrit « Timu ». De concert, mon meilleur ami et moi nous tournons vers l'arbalétrière. Jamais je ne l'ai vu avec un air aussi réjoui. Elle reste là pendant quelques secondes à simplement contempler la représentation sommaire de notre future destination. Je fais de même qu'elle mais demande quand même, envieuse d'en savoir plus :

- Tu es déjà allée sur Timu si je ne m'abuse ?

- En effet, c'était il y a fort longtemps, oye.

Elle se redresse en clignant des paupières et me regarde droit dans les yeux. Ses prunelles charbons brillent d'une joie évidente.

- C'est un endroit fascinant, une île printanière. Je suis agréablement surprise que ce soit notre première destination. Il faut croire que ce navire est placé sous une bonne étoile.

Je lui souris, reconnaissante d'un tel compliment. Kenban choisit ce moment d'allégresse pour faire une entrée propre à lui. C'est-à-dire en fanfare.

- Mazette !

Le blond franchit en un instant les quelques mètres qui le séparent de nous et balance sur la carte de Sanae ce qu'il tient entre son bras. En l'occurrence un barbeau gluant aussi grand que la jambe d'Amerika. Le poisson sautille sur place et salit copieusement au passage le bien de notre cuisinière. Celle-ci dégaine aussitôt un couteau de sous son tablier et le lance en plein dans la tête du barbeau pour qu'il arrête de gesticuler. Heureusement que tout s'est passé en un éclair sinon j'aurais pu penser qu'elle allait planter le musicien avec son arme. Kenban lève un pouce vers elle, pas du tout conscient de ce qu'il vient de faire.

- Visez-moi le poiscaille que j'ai choppé ! fait-il remarquer en se donnant des grands airs. C'est un sacré mastrodonte !

- Mastodonte, je le reprends automatiquement comme je le faisais avec Luffy. Il n'y a pas de « r ».

Cette leçon d'élocution ne suffit pas pour calmer le blond qui fait mine d'embrasser ses biceps. Cela ne fait que quelques minutes qu'il s'est assis sur le garde-fou pour tenter de pêcher un poisson. Il faut croire qu'il possède une chance folle. On peut être certains que Kenban va passer ses prochaines journées à tenter de réitérer cet exploit juste pour nous impressionner. Pendant que la star du jour est occupée à batifoler avec ses muscles maigrelets, Amerika me fait un signe de tête dans sa direction. Je comprends par ce geste qu'il me demande si je me suis réconciliée avec l'instrumentiste. Je grimace en guise de réponse. L'éloquence me fait défaut cette fois-ci, quelle régression ! Si j'en suis mon carnet de bord près de neuf jours sont passés depuis notre querelle. Si on peut appeler cela comme ça. La vérité c'est que je ne me sens pas encore capable d'avoir une conversation avec Kenban tout en conservant mon calme. Je viens à peine de border Colère dans son lit, je la sens encore s'agiter quand je repense à ce qui s'est passé dans le vestiaire des filles. Quand je repense à la vision que le musicien a de son Capitaine. Quand je repense à ses deux doigts sur ma nuque. Même si on peut appeler cela de la lâcheté, il serait équitable de souligner que ce défaut ternit aussi l'image du blond. Je me souviens de notre départ de Timber Town. Il ne s'était même pas excusé auprès des femmes qu'il avait entourloupées. Raah, rien que de me souvenir de la façon dont il traite la gente féminine me met hors de moi !

Je fais volte-face pour regagner mes quartiers quand la porte de la cuisine s'ouvre de nouveau. Mon regard croise celui de Nanaly qui me sourit timidement. Puis elle scrute tour à tour Amerika et Sanae et ses yeux se voilent légèrement. Elle n'a pas encore totalement confiance en eux mais je sens qu'il y a une amélioration. Surtout en ce qui concerne la cuisinière. Avec Amerika... on va dire que c'est délicat.

- Nanaly, quel bon vent t'amène ?

Et on ne peut pas dire que le navigateur n'y mette pas du sien. La chanteuse est un peu désorientée puis finit par désigner l'extérieur avec son pouce :

- Gaviota se bat encore contre la martin-facteur.

/

Crispation.

Colère écarquille les yeux à son réveil et sursaute dans son lit.

Froissement.

Elle s'extirpe de ses draps d'un impétueux coup de pied et se rue vers la porte où sont gravées les lettres « AKIRA ».

Déchirure.

Et elle l'ouvre à la volée.

Et c'est toute la colère que je conserve, que je retiens, que je lâche de temps à autre et que je récupère malgré moi qui est en train de faire surface. L'énergie s'extrait aussitôt de mes doigts et vient pulvériser une bonne partie du journal que je tenais. Je ne peux pas voir ça, je ne le souhaite pas. Les morceaux restant se répandent sur mon bureau. Ma vision fléchit tout comme mes jambes. Je m'appuie contre le meuble avec mes bras, mes phalanges contractées enserrant les bords. Mes cheveux, à l'instar d'une prison, me coupent de tout ce qui m'entoure comme pour me forcer à voir. Les yeux baissés, je ne parviens pas à me détourner des mots encore visibles sur les copeaux du journal. Ils sont là et s'incrustent dans le bois. Plus tard, je sais que j'aurais beau gratter, gratter, gratter, ils ne partiront jamais de mon champ de vision. De ma mémoire.

Ace aux Poings Ardents

Rejoindre

Equipage

Barbe Blanche

- Menteur..., je murmure cet acide qui me consume les gencives.

Ce n'est pas possible... Ace, dis-moi que mes yeux me jouent des tours... Je t'en supplie, je t'en supplie, je t'en supplie. Ace, par pitié...

Crois tu... Crois-tu que je ne me souvienne pas de ta promesse proclamée au bord de cette falaise ce jour- ? Penses-tu vraiment que je ne me rappelle pas de chaque mot que tu as employé ? Sais-tu ce que tu représentais pour moi ? Ce que tu représentes encore en ce moment bien malgré moi ? Je t'ai toujours placé sur un piédestal, t'écoutant avec plus d'attention que quiconque, t'observant plus souvent que n'importe qui. Ta promesse, elle est marquée au fer rouge dans mes souvenirs. Elle est soigneusement classée parmi les dossiers dans ce tiroir qui t'est destiné.

/

- Je ne prendrai la fuite devant personne, je ne m'avouerai jamais vaincu !

/

Regarde donc la vérité, tu t'es avoué vaincu ! Tu as abandonné tes principes ! Tu as baissé les bras pour les croiser devant toi et pour laisser cet homme te passer les menottes de son équipage. Tu t'es... Mon Dieu, je parviens à peine à le penser. Tu t'es détourné de la liberté que tu avais si durement acquise, celle pour laquelle nous nous battons depuis toujours. Et ce pour quoi ? Pour te mettre sous le commandement d'un autre Capitaine.

- Menteur ! je vocifère en empoignant les morceaux du journal qui ont survécu au premier assaut et en les faisant disparaître définitivement.

/

- Je n'aurai jamais peur de quoi que ce soit, je surmonterai chaque obstacle qui me barrera la route !

/

Mais il était LÀ l'obstacle ! Il était là ! Un Empereur pirate décide de te prendre sous son aile et toi tu... tu acceptes ? Ne cherchais-tu pas à être reconnu par tes propres moyens et non par le biais du prestige d'un autre homme ? N'est-ce pas pour cela que tu as refusé de faire partie des Sept Grands Corsaires ? Comment as-tu pu choisir cette horrible facilité pour accomplir ton rêve ? Ignoble facilité. Jamais je n'aurais envisagé que... que... - ce n'est pas possible, ce n'est pas possible, ce n'est pas possible – que tu te mettes sous les ordres de quelqu'un. Où sont partis tes principes ? Ta fierté ? Que fais-tu de la vision que j'avais de toi ? Je me dégoûte. Tout ça... Ça me dégoûte, j'ai l'impression de faire un cauchemar. Tu n'es...

Qu'est-t-il ? Lui qui te fait tant souffrir. Dis-le...

Ma tête n'est plus qu'un bûcher qui flamboie d'une rage désespérée. Des veines gonflent contre mes tempes. Ma respiration est saccadée, l'air s'est absenté. L'atroce déception fait frémir mes muscles. Les mots imprimés sur feu le journal dansent devant moi. Ils me narguent putain ! Tu n'es...

Dis-le...

Tu n'es qu'un lâche

LÂCHE lÂcHe LâChE lââââââche LÂCHE lâche LÂche lâCHE LÂÂÂÂCHHHHE

Et un...

/

- Peu importe ce qu'il t'arrivera sur les mers et sur les autres terres, tu tiendras toujours cette promesse que tu as faite, tu comprends ?

- Akira, tu sais pertinemment que je ne fais jamais de promesse en l'air.

/

- MENTEUR !

Mon bras, véritable tsunami, déblaye tout ce qui se trouve sur le bureau. L'assaut de cette vague est fatale pour l'encrier qui explose au sol et dont le contenu se propage jusque sur mes pieds. La plume s'envole vers le plafond, préférant redevenir un oiseau plutôt que de me servir d'instrument pour écrire. Pas assez. Ce n'est pas assez. Colère réclame plus pour étancher sa soif. J'empoigne la chaise et la balance contre le mât qui traverse la pièce à la verticale. Le siège éclate dans un craquement sinistre. Pas assez. Ce n'est pas assez. Je darde un regard plein d'animosité au tuyau ASLA posé dans un coin. La tentation est grande... Au lieu de quoi je saisis le bureau que je soulève et me tourne vers le mur de l'entrée dans l'intention de le fracasser dessus. Après ça je m'occuperai des étagères que je...

Amerika.

Il se tient près de la porte d'entrée qui est fermée, les bras le long du corps. Depuis quand est-il dans la pièce ? C'est la première fois qu'il n'utilise pas son code avant de rentrer. Son expression reste indéfinissable à cause du voile de fureur qui me couvre encore la vue. Nous restons là à nous jauger pendant d'interminables secondes, lui sans bouger d'un cil et moi avec le bureau que je porte toujours au dessus de la tête, prête à le réduire en bois inutilisable. Ma respiration tapageuse est la seule musique que nous discernons. Enfin, il passe sa large paume sur son visage, s'attarde sur son bouc. Puis il me désigne d'un geste de la main.

- Qui es-tu ?

Je manque de pouffer de rire tellement sa question n'a aucun sens. Mais l'heure n'est pas à la plaisanterie. Je repose le bureau au sol, mes bras commençant à tétaniser de leur inactivité. Je réponds d'une voix déjà lasse :

- Arrête, je ne suis pas d'humeur pour tes devinettes. Ni pour t'écouter.

- Tu l'ignores sûrement mais je discute beaucoup avec Kenban, et plus récemment avec Sanae.

- S'il te plaît Amerika..., je soupire excédée.

- Ils m'ont raconté certains événements auxquels je n'ai pas assistés. Des événements dont tu es l'auteure.

Je me mords les lèvres, le menton tremblant encore de rage. Mes yeux supplient la porte de s'ouvrir pour qu'il s'en aille. Je n'ai pas eu le besoin de me confier au navigateur au sujet de ce qu'il s'est passé sur Logue Town. Il n'est pas dupe, mon enfermement pendant une journée entière parlait pour moi. Il a bien perçu que je ne me confiais pas dernièrement. Aujourd'hui je n'ai pas ce besoin non plus. Je souhaite juste qu'il quitte ma cabine. Remarquant que je l'ignore visuellement parlant, il approche d'un pas. D'un signe de la main je le décourage de s'avancer plus. Mais cela ne le fait pas taire pour autant.

- Kenban est un bon acteur, on le sait bien. Tu n'as même pas dû t'apercevoir de ce que tu lui avais fait.

Je pousse un gémissement plaintif. Je n'en reviens pas qu'Amerika me sorte cette histoire qui ne le regarde pas. J'ai refusé les avances de Kenban car elles étaient déplacées. Pourquoi le blond ne s'en remet pas ?

- Je l'ai poussé au sol, je rétorque comme si cela ne signifiait rien.

- Tu lui as fêlé le poignet.

Cette fois je ne peux pas l'écarter de mon champ visuel. Fêler. J'ai fêlé le poignet de Kenban ? J'ouvre la bouche pour dire je ne sais quelle excuse qui justifierait mes actes mais Amerika me devance :

- Celle qui lui a fait cette blessure est la même personne qui s'en est prise à des citoyens innocents sur la place de l'échafaud de Logue Town. Tu n'as fait aucune différence. Des femmes enceintes, des personnes âgées, des... des enfants, bon sang Akira !

Ses gestes sont de plus en plus fébriles.

- Je savais que cela ne me concernait pas mais je ne pouvais pas m'empêcher de ressentir de l'inquiétude. J'ai travaillé Sanae pour qu'elle me raconte ce qu'il était advenu là-bas. Et nom d'un requin de potence, tu n'imagines pas à quel point c'était une tâche compliquée ! Selon elle tu as piqué une crise subitement, sans qu'aucun signe ne le présageait. Et maintenant je te retrouve en train de saccager tout ce que les habitants de Timber Town ont construit pour toi.

Ma bouche est toujours ouverte pour parler, pour lui répondre, mais je ne sais plus que dire. Toutes les récentes explosions de Colère me reviennent en mémoire, leurs causes aussi. Cependant jusqu'à lors j'omettais consciemment leurs conséquences. Mais malgré cette révélation...

Je suis toujours là...

Colère est toujours bien présente. Amerika s'avance un peu plus vers moi mais ma posture braquée, fortement sur la défensive, le dissuade de m'atteindre. Je vois bien qu'il est blessé que je place cette distance entre nous. Il pourrait se mettre à hurler pour me tirer les vers du nez. Au lieu de quoi, sa voix s'adoucit pour dire :

- La Akira que j'ai rencontrée sur Bibidia, celle qui pense posément, qui agit avec honnêteté, qui parle gentiment, celle qui m'a transmis son rêve n'aurait jamais fait cela. C'est pour ça que je vais me répéter : qui es-tu ?

Je me tourne vers lui pour lui faire face. Il est sérieux. Maintenant qu'il se tient aussi près je le vois bien à la façon qu'il a de me toiser. On dirait réellement qu'il vient de me rencontrer. Or, cette fois je ne peux plus répondre « Akira. Juste Akira » comme à notre première rencontre car je suis plus que ça. Je...

Je ne suis pas seule.

Je baisse la tête vers mes orteils. Des tessons de l'encrier se sont plantés dedans mais je n'ai rien ressenti. Ma langue passe sur mes dents en quête d'une réponse à servir au navigateur. Mais elle n'en décèle aucune. Ou plutôt il y en a tellement que je ne sais laquelle privilégier. Trop. Trop d'émotions m'ont traversée depuis que j'ai quitté l'île de Dawn il y a presque deux mois. Je suis envahie par tout ce qu'il me reste à entreprendre, par les responsabilités d'un Capitaine d'équipage, et par tous ces éléments qui me contrarient, me blessent, m'attristent et par Colère, Colère qui me tient de plus en plus souvent la main pour marcher à mes côtés.

De l'aide. En ai-je besoin ? En ai-je envie ? Amerika serait ravi que je lui fasse confiance une fois de plus. Mais la confiance... Ce nom féminin qui peut détruire tout ce en quoi on a foi quand on l'enraye. Du bout du doigt je touche ma lèvre inférieure qui tremble cette fois d'affliction. J'avais confiance en Ace plus qu'en n'importe qui dans ce monde. Je revois sa stature déterminée, son regard implacable qu'il tournait vers l'océan. Je revois ce petit garçon, cet homme à présent qui m'a transmis sa motivation au fil des années. Je revois tous les traits de son visage qui me fascinent autant. Mon cœur est en lambeaux. J'ai mal.

Si mal.

Tellement tellement mal.

J'avais confiance en lui putain !

Confiance en lui pour qu'il ne rompe pas sa promesse, confiance pour qu'il signe sa propre ligne de conduite enduite de liberté, confiance pour qu'il devienne le plus respecté des Capitaines, confiance pour que

je puisse continuer à l'admirer.

- Laisse-moi seule, je murmure dans une expiration réfrigérante.

En quelques enjambées j'atteins la salle de bains. Je referme la porte derrière moi et guette des bruits de pas. Au bout de quelques minutes, j'entends Amerika sortir de la cabine. Je soupire de soulagement et me repose contre le lavabo. Attendez... Est-ce que je viens vraiment d'être soulagée de me retrouver loin d'Amerika ? Je ne bouge pas d'un millimètre mais je discerne distinctement ma conscience en train de se rouler en boule. C'est vraiment arriver ? Cette conversation ? Le rejet de la bienveillance de mon meilleur ami ? Le... le journal aussi ? Pourquoi est-ce que j'ai l'impression de vivre ma vie à la troisième personne ? Je me sens tout à coup éreintée, subissant le contrecoup de ma nuit blanche décuplée par cette journée de folie. Une barre me traverse le front, preuve que j'ai trop cogité dernièrement. Je relève mollement la tête vers mon reflet dans le miroir et mets quelques secondes à encaisser le choc. Je comprends pourquoi Amerika ne m'a pas reconnue. Je ne me suis jamais observée avec ces traits là.

Les traits de la Colère.


Le petit commentaire de l'auteure : Eh bêh que d'émotions !
Revenons un peu sur la symétrie du chapitre. Vous avez peut-être remarqué qu'il y a deux passages où Akira se retrouve seule pour faire une introspection : au début et à la fin. Et chaque passage est consacré à l'un de ses frères, Sabo et Ace.
Dans le premier, on retrouve une Akira toute chamboulée et émotionnellement atteinte de ce faux espoir qu'elle s'est fait sur Logue Town. Le fait qu'elle croit que Sabo était vivant à raviver sa douleur, celle-ci étant décuplée par le fait qu'elle ne parvienne plus à se remémorer son visage. Akira, profondément chagrinée, perd pied mais heureusement Amerika est là pour la remettre sur les rails ! Car oui, en tant que Capitaine elle doit parvenir à gérer ses émotions pour guider son équipage ! C'est ce que lui reproche entre autre Sanae.
La fin du chapitre a été encore plus dur à écrire, croyez-moi... On connait tous cette admiration si pure qu'elle est limite malsaine que ressent Akira à l'égard d'Ace. Elle retient chacune de ses paroles, ce qui est encore plus le cas de sa promesse. Promesse, d'ailleurs, qu'elle a interprété à sa façon. Si on compare sa réaction à celle de son petit frère, Luffy n'a pas été déçu en apprenant qu'Ace rejoigne Barbe Blanche. Akira si, elle est tellement renversée par cette nouvelle qui se cumule à temps d'autres blessures internes qu'elle se laisse envahir par la Colère (la fameuse !). C'était un passage compliqué à mettre à l'écrit car je n'étais absolument pas d'accord avec Akira. De plus, cette fois elle repousse le soutien d'Amerika, c'est d'ailleurs la première fois qu'elle rejette son aide. Donc, oui, Akira qui ne parvient pas à gérer ses émotions, va de mal en pis...
Qu'est-ce que je vous réserve pour la suite ? Ah ça ! Mystères ! *smile*
Ciaossuuuuuu !