Bien le bonjour !
Exceptionnellement je publie rapidement car j'avais toujours un chapitre d'avance sur un autre site par rapport à celui-ci et j'ai voulu supprimer l'écart. J'avais cette idée en tête depuis un moment mais je pense que c'est le moment idéal car le chapitre 46 n'est pas très long.
Je voulais également remercier gong222, msbhkllr et Hikary279 pour leurs follows et leurs favoris ! Je suis contente que l'aventure vous plaise ! Merci beaucoup !
Ensuite, j'aimerais vous faire savoir que deux musiques m'ont inspirée :
Akame ga kill OST - Le chant de Roma
Plus précisément, je trouve qu'elle colle parfaitement à l'ambiance à partir de la phrase "L'immonde Musaraigne explose d'un rire sinistre". Ouais c'est MEGA précis mais l'évolution de la musique colle avec la fin du chapitre aha ! Tellement épique cette musique, quelle belle création !
Mortal Kombat OST - Theme Song 3
Y a tellement de versions du thème de Mortal Kombat, je dois dire que mon préféré est celui du troisième opus sur SNES. C'est bizarre à dire vu que c'est un jeu violent et gore mais il fait partie de mon enfance (genre 6, 7 ans, oui oui, on remercie mes deux grands frères *smile*) ! Il ne colle pas autant au chapitre que "Le chant de Roma" mais il m'a inspirée pour la scène d'action. Et puis ce thème, aaaaaah qu'il est épique ! Il fait partie des classiques des jeux de combat.
Citation du chapitre : Choisis ta destinée ; échec, victoire ; combat mortel (paroles tirées du thème de Mortal Kombat)
Bonne lecture ! On se retrouve à la fin pour le petit commentaire de l'auteure !
Chapitre quarante-six
Choisi ta destinée échec, victoire combat mortel
/
- Tu sais Akira, tôt ou tard nous serons confrontés à des combats où nous jouerons notre vie.
- J'imagine. C'était le cas contre Porchemy ?
- Oui. Cette fois là on a eu beaucoup de chance. Ce ne sera pas toujours le cas.
/
Je mets dix secondes avant de pouvoir recommencer à ingérer de l'air. Une interminable sueur froide vient me glacer l'épine dorsale.
Hansha est là. Elle est vraiment là. Cela fait un peu plus d'un mois que je l'ai rencontrée sur Timber Town. D'abord en tant que femme mystérieuse qui camouflait son identité, dont la curiosité égalait la mienne et qui m'intriguait. Puis en tant que Guniraka Hansha, Lieutenant au Quartier Général de la Marine, qui a pulvérisé ma seconde embarcation en deux coups d'épée, qui a presque envoyé les Crimson au trépas et qui m'intrigue encore plus. Un peu plus d'un mois, donc. Et pourtant j'ai l'impression d'avoir grandi d'une année depuis notre dernière rencontre.
Je cligne des paupières, me remémore ce qu'elle vient d'annoncer devant toutes les personnes présentes sur cette place :
- Je constate que tu es toujours aussi brillante pour fabuler, Sanae.
L'angoisse me noue les tripes. Et celles de Sanae aussi visiblement. Elle qui est si douée pour rester maîtresse d'elle-même, je vois son visage se décomposer par l'épouvante. Nous venons de réaliser exactement la même chose.
/
- Lorsque Hansha eut treize ans, le Gouvernement Mondial en personne a décidé de lui faire quitter notre section.
/
S'il y a bien une personne ici qui est étroitement liée au Gouvernement Mondial, c'est Hansha. Par conséquent, elle est parfaitement au courant de l'actualité des primes du monde entier. Et donc de celle de notre cuisinière. Elle sait qu'elle est toujours recherchée pour 218 000 000 de Berrys. Et si Hansha a suivi les événements de Qing Chà, elle est également informée que Sanae a rejoint les Crimson. Sa venue ne pouvait pas plus mal tomber. Mes autres compagnons n'en mènent pas large non plus. Nous sommes tous figés dans l'instant présent qui nous souffle que notre plan tombe à l'eau. Les applaudissements du Roi Hizumi me font sursauter.
- Oh très chère Guniraka Hansha, vous êtes pile à l'heure !
- La ponctualité fait partie des principes fondamentaux de tout bon soldat, ne soyez donc pas si ébahi pour une telle banalité.
J'en rirais presque si la situation n'était pas aussi critique. Comme je m'y attendais, elle n'est pas du genre à se soumettre à l'autorité de qui que ce soit, Roi y compris. Ce dernier ne paraît pas offensé pour autant. Au contraire, le ton tranchant de la brune semble lui plaire. Masochiste en plus d'être pervers, il cumule les défauts abjects. Les yeux rouge sang de Hansha sont toujours braqués sur Sanae. Elle finit par lâcher :
- Quelle ne fut pas ma surprise lorsque j'appris que La Fouine avait vilement quitté son affectation pour retourner se terrer sur son île natale. Plus d'une fois l'envie de te faire descendre de ton perchoir m'anima, mais cela n'avait que bien peu d'importance comparé à mes activités. De toute évidence, mon caprice aurait été d'autant plus dérisoire puisque tu as quitté ton nid de ta propre volonté. Et ce pour quoi ? Pour de misérables forbans ? Je ne te pensais pas si décevante, Sanae.
- Ta fatuité est toujours d'actualité on dirait, Hansha.
Bien que toujours ébranlée par l'échec irréversible de notre plan, l'arbalétrière ne se laisse pas faire. Je considère les deux femmes charismatiques qui se livrent un beau duel de regards. Elles se sont côtoyées pendant trois ans, je me demande quelle relation elles en avant que Hansha fut arrachée de la section d'espionnage par le Gouvernement Mondial. Une section qui se nomme donc « CP4 », si je me réfère aux paroles du Roi Hizumi. Je glisse un regard vers lui pour noter sa réaction. Ou plutôt devrais-je dire son manque de réaction. Cela ne l'a même pas fait sourciller d'apprendre que la mise en scène de Sanae – et donc la nôtre – ne servait qu'à le berner. Il savoure le spectacle qui se joue sous ses yeux en se pinçant ses moustaches. Enfin, il s'éructe la voix et annonce :
- Que nous vaut la visite de l'héritière d'Archontia ?
Un hoquet d'horreur se coince dans ma gorge. Que...que vient-il de dire ? Vient-il réellement de mentionner Archontia ? C'est... c'est...
impossible impossible impossible.
Cela me semble tellement improbable improbable improbable que je patiente cinq secondes, persuadée que je vais me réveiller de ce cauchemar. Mais rien ne se passe. Je ne pensais pas qu'on oserait évoquer mon île natale devant moi. Pas après avoir coupé les ponts avec tout ce qui me reliait à mon passé. C'est impensable impensable impensable, il ne peut pas savoir d'où je viens. Les seules personnes au courant sont Amerika, Kenban, Nanaly, mon grand-père maternel et les habitants de Pakuta. Mais le Roi n'a pas pu l'évoquer sans raison. J'avale le peu de salive qui a investi ma bouche et me prépare psychologiquement à affronter le regard lourd de savoir de Hizumi.
Mais ce n'est pas moi qu'il regarde.
Je suis convaincue que, à certains moments de notre vie, lorsque le choc est trop insoutenable, la Terre s'arrête de tourner. Le temps ne peut plus avancer. Nos cœurs rechignent à battre et notre cerveau à encaisser la vérité.
Hansha.
C'est à Guniraka Hansha que La Musaraigne s'adresse.
Je sais pertinemment que je ne devrais rien laisser transparaître, que je devrais rester maîtresse de mes émotions, mais ces dernières sont trop violentes et m'empêchent de me tenir debout. Je tombe à genoux en faisant un effort surhumain pour garder ma conscience éveiller. Je sens le regard que pose Sanae sur moi. Je ne lui ai jamais parlé de mon passé, elle ne doit pas saisir ce qui se passe dans mon for intérieur. Personne parmi nos ennemis ne fait attention à moi. Le sourire de Hizumi est immense lorsqu'il poursuit d'un air intéressé :
- Chère Hansha, sachez que je suis votre prodigieux parcours avec le plus grand intérêt du monde. Et dire que personne n'aurait misé sur vous à votre naissance. Nonobstant, c'est bien grâce à votre renommé qu'à l'heure actuelle Archontia abrite pratiquement autant de nobles qu'à Mary Geoise. Vos parents doivent être fiers de vous. D'ailleurs, je ne serai pas étonné que ce soit l'illustre Guniraka Hansha qui fasse profiter de sa présence à la Rêverie de cette année.
Mais qu'est-ce qu'il raconte ? Mon cerveau est comme déconnecté. Face à son mutisme, le Roi se croit bon de poursuivre dans un murmure :
- A moins que vos objectifs soient tout autre ?
La seconde suivante Hansha a posé tranquillement sa main sur son fourreau. Des exclamations mêlées de frayeur et de surprise éclatent dans ses rangs et dans ceux du Roi. La frange droite du Lieutenant ne cache en rien ses yeux sanguins qui pourraient assassiner le Roi sans qu'elle ne fasse rien. Cependant, elle finit par répondre d'une voix posée :
- Il me semble fortement que mes transactions sont toujours identiques alors cessez immédiatement de m'importuner avec vos questions inconséquentes.
Hizumi se frotte plus vivement les moustaches sans se départir de son sourire. Le tempérament aiguisé du Lieutenant de la Marine n'est décidément pas pour lui déplaire. Il tape dans ses mains et quatre gardes jaunes s'éclipsent.
- Bien, bien, bien. Les esclaves commandés par les Dragons Célestes sont prêts pour l'échange. Comme convenu quelques pirates possédant une prime sur leurs têtes feront également partie du voyage pour que vous puissiez les placer à Impel Down. J'ai ouï dire que vous raffoliez de mets sucrés, de ce fait mes meilleurs cuisiniers ont préparé un savoureux crumble qui saura réjouir votre palais. J'espère que le Gouvernement Mondial saura se montrer généreux pour mes loyaux services.
La femme aux longs cheveux noirs tend la main vers l'un de ses soldats. Elle ne lui adresse pas un regard, comme si son existence même ne valait rien. Et il ne s'agit pas que de lui. Tous ceux sous ses ordres sont détachés d'elle visuellement parlant. Il n'existe aucun lien affectif entre le Lieutenant et ses recrues. Le soldat, empressé, dépose une bourse dans sa paume, bourse qu'elle jette à terre à quelques mètres devant elle. Le Roi Hizumi la considère un instant en se léchant les babines. Sans doute rêve-t-il de s'approprier cette femme que rien n'effraie. Du moins à ma connaissance. Il fait signe à l'un de ses gardes qui ne tarde pas à lui rapporter la sacoche. D'ici je crois percevoir les pièces qui s'entrechoquent entre elles. Amerika en profite pour se rapprocher de moi et s'enquérir de mon état mais un gardien lui aboie de ne pas bouger. La Musaraigne prend le temps de soupeser la bourse puis l'ouvre pour découvrir son contenu. Un léger froncement de sourcil vient enlaidir son front.
- Nom d'un souriceau, serait-ce ma vue qui baisse ou ces messieurs du Gouvernement se sont montrés particulièrement généreux cette fois-ci ?
- Je crains que cette bonté dont vous les honorer n'est pas de leur ressort mais plutôt du mien, renchérit Hansha.
- Oh, très intéressant. Puis-je savoir ce que vous désirez m'acheter avec ce surcroît monétaire ?
Et alors, pour la toute première fois depuis qu'elle est apparue avec sa division, Hansha se tourne vers moi. Ses orbes vermillons se harponnent aux miens pour ne plus les quitter. Lentement, elle lève un bras dans ma direction et me désigne du doigt. J'ai un mal fou à respirer. J'ai l'impression que tout ce qui se trame ici n'est que hallucination. Les informations concernant Hansha trottent dans ma tête sur un circuit sans fin. Et avec à la tête de cette procession « l'héritière d'Archontia ». Je n'ose plus quitter le Lieutenant visuellement parlant. Du coup je me fie à mon ouïe pour interpréter la réaction du Roi. Il dit d'un ton incertain :
- Excusez s'il y a méprise, mais si je comprends bien vous voulez m'acheter les Crimson Pirates ? Il est vrai que la bourse contient bien assez d'argent pour votre commande et ce petit équipage.
- Non, je souhaite juste me procurer leur Capitaine.
- Hors de question... grommelle Amerika qui se tend à mes côtés, prêt à utiliser les pouvoirs de son Fruit du démon.
- Oye, oye, oye !
Sanae braque son arbalète sur Hansha. Je vois bien que notre cuisinière est anxieuse et qu'elle cherche une solution à cette situation épineuse. Elle déclare d'une voix forte pour se donner contenance :
- Je ne cesse de le répéter et cela commence à bien faire. Les Crimson Pirates sont mes prisonniers, ils n'appartiennent à nul autre que moi. C'est pourquoi...
Le Lieutenant ne la laisse pas mettre un point à sa troisième phrase. Elle saisit son fourreau avec une grand dextérité et trace vivement un arc de cercle dans notre direction. Une onde virulente nous effleure tous, je sens la puissante de cette attaque à distance me mordre les bras. Elle fait même trébucher les jumeaux. Et pour finir elle percute l'arbalète de Sanae qui vole à quelques mètres derrière elle. La cuisinière fronce les sourcils, plie instinctivement les genoux pour se mettre en position de défense et introduit sa main sous son tablier, prête à dégainer une autre arme. Hansha n'a pas l'air de s'en alarmer :
- J'admets que ton jeu d'actrice est surprenant, Sanae, mais votre supercherie connaît une fin précoce ici-même. Personne n'est dupe, tous les individus présents sur cette place ont saisi le lien qui t'unit à ces forbans.
Le sourire convaincu du Roi ne dément pas ses dires. Je n'ose pas penser. Penser me ramène trop à l'échec de mon plan, au fait qu'il n'y aucune issue autour de nous et que nous allons peut-être tous mourir incessamment sous peu. Tout s'enchaîne trop rapidement. J'ignore quoi faire pour nous sortir de là. A force d'être tendue, les menottes en granit marin sont en train de laisser des traces sur mes poignets, me rappelant que trop bien à quel point je suis insignifiante en ce moment.
- En cette façon, à l'heure effective, vous appartenez tous au Roi Hizumi, conclue Hansha.
- CHICHICHI !
L'immonde Musaraigne explose d'un rire sinistre, nous signifiant à mon équipage et moi qu'il savait tout. Tout. Depuis le début. Il ne faisait que jouer avec Sanae, ne cherchait qu'à se divertir. Et nous sommes tous tombés dans le panneau. Je me sens tellement misérable que je n'ose pas me relever. Mes yeux se baissent sur ma jupe framboise trouée qui décrit un cercle autour de moi. Je perds alors tout lien avec la réalité. Je ne parviens pas à y croire. Se faire avoir aussi bêtement. Qu'allons-nous devenir ? Hansha va probablement me tuer une fois qu'elle m'aura achetée. « Acheter ». Suis-je réduite à n'être qu'un vulgaire objet ? Ma fierté prend une raclée. Amerika et Kenban vont-ils devenir des gardes à la solde de ce Roi malfaisant ? Terrés dans cet arbre, enfermés, à l'écart du grand air, aucun des deux ne pourra réaliser son rêve. Sanae sera-t-elle emprisonnée en attente de savoir ce que La Musaraigne fera d'elle ? Ou va-t-elle rejoindre directement son harem personnel ? Et Nanaly ? Oh mon Dieu Nanaly... Alors que je lui avais promis de la protéger. J'écarquille les yeux à m'en défaire les rétines. La discussion que j'ai eue récemment avec la chanteuse me revient en mémoire :
/
- Tu sais ce que je serai capable de faire à une personne qui s'en prendrait à toi ?
- Je te promets que je vais faire des efforts, essayer de travailler... ça. Akira, je ne souhaite pas que tu deviennes une meurtrière.
- S'il le fallait, je le deviendrais pour toi.
/
Mais oui...
Je serai prête à devenir n'importe quoi
n'importe quoi
N'IMPORTE QUOI
pour eux, pour mon équipage.
Je bats des paupières. J'ignore ce qui s'est passé entre temps, mais des gardes et des soldats de Hansha sont à présent sur nous. Je bondis sur mes jambes et mords sauvagement la main d'un gardien jaune qui s'apprêtait à saisir Amerika. Il hurle à la mort tandis que j'enfonce encore plus profondément mes dents dans la chair. Un goût de fer envahit ma bouche. Il m'assène un coup sur le crâne mais je ne lâcherai pour rien au monde. Ma tête effectue un vif mouvement vers la droite
et je lui arrache une partie de la main.
Son mugissement emplit toute la ville. Je crache le bout de chair et d'os par terre. Du liquide rouge me coule sur le menton alors que je défie l'assistance du regard. Répugnance. Effroi. Je me délecte de la terreur que je représente. L'expression horrifiée de mes compagnons n'apaisent pas ma Colère. Je tonne :
- Nous ne sommes pas à vendre ! Personne ne s'en prendra à mon équipage ! Vous m'entendez ?! PER-SON-NE !
Et c'est la débandade. Des dizaines et des dizaines de gardes jaunes et de soldats fondent sur nous. Lances d'un côté, fusils de l'autre. On me prend aussitôt en ligne de mire. Par réflexe j'essaie de placer un bouclier avec mon énergie devant moi mais rien ne se passe, entravée que je suis. J'entends la détonation mais ne ressens aucune douleur. Et pour cause : un mur de glaise vient de surgir du sol. Je tourne la tête. Amerika se tient juste derrière moi, les bras levés devant lui. Il a les sourcils froncés, concentré comme jamais. Il regarde aux alentours. Je sens qu'il prépare quelque chose. Je pousse une exclamation de surprise. Mais bien sûr ! Nous sommes entourés de terre ! Les conditions sont idéales pour que la navigateur puisse utiliser toute l'étendue de son Fruit du démon !
Je recule vers lui, gardant toujours nos ennemis en visuel. Ils sont de plus en plus nombreux. Les Marines essaient de nous éliminer en nous tirant dessus. De leurs côtés, les sbires du Roi guettent une ouverture pour nous diviser et nous affaiblir. Les troupes de Hizumi et de Hansha ont tout à gagner à s'allier contre nous. Mais la glaise peut devenir un rempart redoutable pour tout type d'ennemi. Je cherche des yeux les autres membres des Crimson pour voir s'ils ont compris la tactique du natif de Bibidia. Kenban et Nanaly, à l'instar du navigateur, n'ont plus leurs fausses menottes en glaise. Ils se cramponnent l'un à l'autre. Quant à Sanae... Elle s'éloigne de nous pour récupérer son arbalète. Elle est bien décidée à faire front en solitaire comme elle l'a toujours fait. Je m'apprête à la rappeler à l'ordre mais suis devancée par la chanteuse :
- Sanae !
Elle allonge la main vers la cuisinière et l'invite à nous rejoindre. Cette dernière plante deux de ses couteaux dans les tibias des gardiens puis finit par se tourner vers nous. Une étincelle s'illumine dans les prunelles charbon de l'arbalétrière lorsqu'elle aperçoit Nanaly et sa main tendue vers elle. Chamboulée, elle hésite, puis accourt vers nous. Serrés les uns contre les autres derrière Amerika, nous pouvons entendre nos respirations haletantes et entendre nos cœurs battre à l'unisson. Mes yeux sont rivés sur le dos robuste de mon meilleur ami. Je réalise à quel point j'ai toute confiance en lui et en ses capacités.
A présent que nous sommes rassemblés, Amerika peut montrer toute la portée de son talent. Il s'accroupit et pose ses larges paumes contre le sol froid. La terre devient molle à nos pieds. Elle gonfle, gonfle, gonfle. Le navigateur se redresse et écarte les bras. Aussitôt la glaise se sépare et forme une barrière de taille humaine autour de notre groupe. Puis mon meilleur ami prend une profonde inspiration, expire et enfin
il devient un fauve.
Tout son corps se meut pour effectuer toutes les acrobaties possibles et inimaginables. Ses bras et ses jambes tracent des cercles parfaits dans les airs et sur le sol. La glaise se synchronise avec sa danse. De barrière elle devient rempart. De rempart elle devient muraille. De muraille elle devient tsunami. Je souris, émerveillée. Ça c'est de « La Barricade », n'est-ce pas Hansha ? Amerika valse, sautille, gesticule tout autour de nous. Rien ni personne ne peut plus nous atteindre. Je suis tellement fascinée par ce qu'il fait que j'entends à peine les cris de frayeur de nos assaillants. Le prédateur est à l'extérieur de l'arène mais ce n'est pas pour autant qu'il ne peut pas atteindre ses proies. Un puma. Le navigateur n'a jamais aussi bien portait son animal totem. Il termine la ronde qu'il a effectuée en dansant tout autour de nous. Il ralentit, se stabilise et se tient droit. Ses muscles sont contractés, sa veste sans manche est imbibée de sueur. Cette technique doit lui demander énormément d'énergie. Enfin, il abaisse les bras.
Et la vague de glaise s'écroule en cascade sur les ennemis qui nous encerclent. Les voilà tous ensevelis sous la matière favorite d'Amerika qui durcit à vue d'œil. Le tsunami glaiseux n'a pu atteindre les tribunes, ainsi le Roi est indemne et son harem aussi. Il n'a pas l'air inquiet et observe en silence le spectacle qui se déroule devant lui. A l'inverse je ne vois Hansha nulle part.
- Youhou ! Tu gères Riki ! exulte le musicien en administrant une frappe sur l'épaule d'Amerika qui vacille. Profitons qu'ils soient tous dans la merde pour se tailler d'ici !
- Bonne idée..., bafouille Amerika en essuyant la sueur qui perle jusque sur son menton poilu. Partons.
- Vous n'irez nulle part, mécréants.
De concert, nous nous tournons vers la provenance de cette voix. Nous savons tous à qui elle appartient. Moi la première. La glaise se fissure à un endroit en particulier puis explose en tous sens. Hansha jaillit du trou, fourreau en main. Elle fonde sur nous à une allure hallucinante, sans faire le moindre bruit. Son corps est quasiment couché sur le sol, on dirait un serpent qui va se jeter sur nous, ses longs cheveux d'encre voltigeant derrière elle. Elle veut nous tuer. Sanae s'interpose entre elle et nous. Elle a récupéré toute son assurance. Elle sort de multiples couteaux de sous son tablier, les fait jongler entre ses doigts et les lancent tous vers le Lieutenant. Sans ralentir, celle-ci en pare une partie, en esquive une autre et se trouve à la hauteur de l'arbalétrière. Notre camarade esquisse un mouvement du poignet. Un autre couteau s'extirpe de la manche de son uniforme et vient se loger dans sa paume agile. Sa précédente attaque n'était qu'un leurre ! Sanae écarte ses pieds pour s'abaisser, et porte une estocade en direction de sa gorge. Son mouvement suinte tellement la perfection que n'importe quel adversaire serait mort, la carotide lacérée.
Si à mes yeux les réflexes de Sanae étaient déjà phénoménaux, ceux de Hansha le sont encore plus. Elle s'agenouille en comptant sur son élan pour glisser. Ses genouillères râpent le sol et sa tête se renverse en arrière. La lame rase son nez caucasien, mais ne l'atteint pas. La cuisinière n'a pas le temps de faire volte-face. Le Lieutenant a déjà bondi sur ses jambes. Nous ne pouvons même pas reculer que la voilà sur nous. Sur moi. Son fourreau fouette l'air et finit sa course sur ma gorge sans la heurter.
- Refluez-vous promptement, dit-elle à mes compagnons, ou votre Capitaine passera de vie à trépas.
Kenban voudrait s'interposer mais il est retenu par un Amerika essoufflé. Nanaly et Sanae s'écartent également. Mes amis laissent un diamètre d'environ vingt mètres entre eux et nous. A chaque inspiration je sens le fourreau me rentrer un peu plus dans la gorge. Nos prunelles sont encrées dans leur contraste. Bleu et rouge. Non, je m'étais trompée. Hansha ne voulait pas me racheter pour me tuer. A quoi ça lui aurait servi ? C'est la première fois que je vois la totalité de son visage d'aussi près. Ses yeux en amande un peu bridés, son regard méprisant. Ses sourcils longs et fins. Sa chevelure lisse, épaisse, qui lui arrive aux reins. Sa peau laiteuse où ne repose aucune cicatrice. Ses fines lèvres remuent pour annoncer :
- Je te dois des félicitations pour avoir survécu au naufrage de ton rafiot (cf. chapitre trente-quatre). Les propos que tu as tenus ce jour-là n'étaient donc pas que des promesses jetées en pâture. Mais est-ce encore le cas aujourd'hui alors que tu végètes dans une situation encore plus miséreuse ? Choisiras-tu la révolte au détriment de la soumission ?
C'est bien ce que je pensais. Elle souhaite que je ploie le genou devant elle. Sinon elle ne se sentira pas victorieuse. Je cale ma respiration sur la sienne et lance un regard profond à Amerika. Surtout, n'intervenez pas. Je déclare posément :
- Toujours.
Un sourire satisfait étire les lèvres de Hansha. C'est tellement étrange sur sa figure, on sent que ses traits ne sont pas habitués. Elle m'avait également sortie le même visage la première fois que j'ai refusé de me soumettre. Elle est si difficile à comprendre, si paradoxale. Elle souhaite assujettir tout le monde mais une fois que c'est fait elle perd toute forme d'intérêt pour la personne concernée. A l'inverse, plus on lui résiste, plus elle...
Le fourreau quitte ma gorge pour me flageller violemment la joue. Je crache du sang sur le sol. Kenban essaie de se défaire de l'emprise d'Amerika mais n'y parvient pas malgré la fatigue du navigateur. Pitié, non. Ne bougez surtout pas. Qui sait ce qu'elle pourrait vous faire ? Elle ne me tuera pas, pas tout de suite. Mais vous... Le fourreau relève mon menton ensanglantée vers elle. Son sourire ravi et malsain n'a pas quitté sa bouche :
- Tu devrais passer l'arme à gauche, Akira l'Écarlate. Cela t'éviterait les pires sévices que te réserve la prison sous-marine d'Impel Down.
- Jamais.
Cette fois un rire s'échappe de sa gorge. Le fourreau vient heurter mon épaule à une vitesse impressionnante. Je geins de douleur mais tiens bon pour ne pas flancher. Tout est décuplé avec ces menottes en granit marin. A travers le rideau de mes cheveux, je peux entrevoir son exultation de plus en plus démesurée. C'est donc bien ça. Plus on lui résiste, plus elle s'intéresse au sujet qui lutte contre elle. Est-ce aussi pour cette raison qu'elle se camouflait pour arpenter les rues de Timber Town ? Pour dégoter des individus qui refusaient sa suprématie ? Nouvel assaut dans mon ventre. Je suis pliée en deux. Et elle n'aura de cesse de s'acharner. Encore et encore. Jusqu'à ce que ma conscience lâche, jusqu'à l'abandon de mon obstination. J'ouvre les yeux, la vue nébuleuse à cause de la souffrance. Je retiens une exclamation de surprise.
Une chaîne.
Il y a une chaîne imaginaire qui relit mon pied au sien. Je me redresse, lentement, difficilement, mais sûrement.
Guniraka Hansha. Lieutenant de la Marine. Ce monstre qui a causé tellement de malheurs sur Timber Town et Brick Town, qui rachète des esclaves pour le compte des Dragons Célestes. Cette femme, qui a le même âge que moi, qui fait ma taille, qui est née également à Archontia. Et alors c'est un secret bien trop grand pour moi. Il me domine subitement, et s'extrait de moi :
- Archontia. J'y suis née.
Le fourreau qui s'apprêtait à me cogner le bassin se fige dans l'air. A peine ai-je prononcé ces mots qui sont sortis contre ma volonté que le sourire de Hansha disparaît. Ses yeux s'implantent dans les miens pendant des décennies. La stupeur transpire de ses joues, de ses sourcils haussés. Je dois exposer la même expression. Je n'en reviens toujours pas d'avoir dit ça. Alors que j'avais supprimé mon passé de mon existence. Et soudain le mépris omniprésent qu'elle adresse à quiconque quitte ses prunelles rubis. Elle est redevenue une jeune femme normale. Sa bouche s'ouvre et elle souffle :
- C'était toi...
Je n'ai pas le temps de m'étonner. Je n'ai pas le temps pour quoi que ce soit.
Car la forme de l'arbre change.
Ou plutôt devrais-je dire que son fût se métamorphose. Des centaines de cavités s'ouvrent dans l'écorce. Partout, autour de nous. Cette coordination n'augure absolument rien de b...
Piqûre. Dans mon cou. Je le tâte et retire une minuscule fléchette. Une torpeur exponentielle s'empare de ma conscience qui s'affaisse. Je vacille et fais un effort surhumain pour tenir debout. Qu'est-ce qui s'est passé ? Qui m'a tiré dessus ? Une seconde morsure dans mon dos. Je vais m'écrouler. Je... Est-ce Amerika que j'entends hurler ? Ou bien... ou bien Nanaly ? Je relève difficilement la tête vers Hansha.
Elle... elle se fait bombarder de fléchettes assoupissantes. Elle s'en reçoit des dizaines...des.. des vingtaines sur tout le corps. Elle...
Derrière elle... Le Roi Hizumi qui...
Je m'effondre à terre.
Le Roi Hizumi qui sourit.
Le petit commentaire de l'auteure : Aaaaaaaaah c'est le début des emmerdes ! Hizumi qui sourit, ce n'est décidément pas normal ! Le chapitre n'est pas très long mais j'ai voulu couper la stratégiquement parlant, j'espère qu'il vous plaira quand même *smile*
La grosse révélation du chapitre est la suivante : : Hansha vient d'Archontia, l'île natale d'Akira qui se trouve sur Calm Belt ! Eh oui ! Bon, je ne peux pas trop vous en dire malheureusement, il va falloir patienter encore un peu :3
Portez-vous bien jusque là ! Ciaosssuuuuuuuu !
