Bien le bonjour !
Je voulais tout d'abord remercié darkgon pour son follow, ça me fait vraiment plaisir ! Et aussi Lullaby14 pour son follow et son favori, je suis gonflée à bloc ! *smile*
Ce chapitre est un huis clos et sa narration est pour le moins... particulière ! Je ne souhaite pas spoiler mais garder juste cette information en tête pour la bonne compréhension de ce chapitre :
Akira = police normal
Colère = police en italiques
Exception évidemment à la première phrase du chapitre qui relate un passage de l'enfance d'Akira et de Sabo.
J'ai beaucoup de choses à vous dire concernant ce chapitre du coup on se retrouve à la fin !
Citation du chapitre : La personne la plus hésitante à faire une promesse est celle qui la respectera avec le plus de foi (de Jean Jacques Rousseau)
Bonne lecture !
Chapitre quarante-sept
La personne la plus hésitante à faire une promesse est celle qui la respectera avec le plus de foi
/
- Tu sais Sabo, chaque matin je me réveille en me remémorant les quatre promesses que les membres d'ASLA ont confiées à l'océan ce jour là.
/
R…
J'entends.
Quelque chose.
R...lle...oi !
Quelqu'un. Est-ce qu'on m'appelle ? Cette voix... Cette intonation... Elles me semblent familières. Comme si elles faisaient partie de moi. Je...
Réveille-toi !
Je... Je n'ai pas la force. Mes yeux refusent de s'ouvrir. La torpeur est beaucoup trop considérable... Je sens ma tête dodeliner, incapable de conserver un maintien haut.
RÉVEILLE-TOI !
Tais-toi Colère... Laisse-moi dormir... Je me sens vide, j'ai perdu toute envie. Que m'arrive-t-il ? Pourquoi est-ce que je suis dans cet état ? Où sont partis mes objectifs ? Pourquoi ne m'animent-ils plus ? Pourquoi tout me semble aussi dérisoire ?
Regarde-toi, tu fais peine à voir. Et tu te dis Capitaine pirate ?
La ferme... Tout ce que je demande c'est qu'on me laisse tranquille...
Où est partie ta détermination ? RÉVEILLE-TOI JE TE DIS !
Arrête de hurler, tu me casses les oreilles... Rien. Rien n'a d'importance en ce monde...
Si cela n'a pas d'importance comme tu dis, alors laisse-moi prendre ta place...
J'ouvre subitement les yeux avec mille aspirations en tête. Ma poitrine se gonfle d'un air nauséabond. Je suis à deux doigts de tousser pour extraire cette fétidité mais je me retiens. Je m'ébroue pour retrouver une vision claire.
La première chose que je discerne est physique. Mes bras sont joints et accrochés au dessus de moi, ils me lancent terriblement. Combien de temps suis-je restée inconsciente ? Beaucoup trop longtemps à mon goût. Il faut que je parte d'ici. Mes poignets sont toujours menottés de granit marin. Celui-ci est relié à une chaîne fixée à une plaque de métal, elle-même collée à une poutre. Le bois semble terriblement solide. Me voilà bien.
La deuxième chose que je discerne est visuelle. Je me trouve dans une cellule assez vaste avec une dizaine d'individus. Où sommes-nous ? La ville semblait recouvrir toute la superficie d'Obuolys. Je hume de nouveau l'air. Une odeur d'humus est décelable parmi la puanteur ambiante. Serions-nous... sous terre ? Et où se trouve mon équipage ?
- Ben alors, c'est maintenant qu'elle se réveille la nénette ?
Mes yeux se posent sur celui qui vient de sortir ces propos déplacés. C'est à moi qu'il parle ? Il ne sait pas à qui il a affaire. Plutôt jeune, maigrichon, des cheveux filasses, des yeux insolents qui me reluquent de la tête au pied. Je m'éclaircis la voix avant de demander :
- Qui es-tu ?
- Parce qu'en plus d'être fainéante tu ne sais pas lire ?
Je fronce les sourcils et le regarde par en dessous. Puis mes prunelles remontent vers une petite pancarte accrochée au dessus de lui. « Voghi 71 000 000 de Berrys - Impel Down ». Je plisse le nez. Il a quasiment le quadruple de ma prime, ça ne doit pas être un tendre malgré son allure efflanquée. Je constate que toutes les personnes enfermées ici possèdent leur propre enseigne. Une nouvelle vague d'épuisement me submerge. Ma tête part sur le côté. Cependant je refuse de me laisser aller. Je me mords les lèvres pour rester éveiller, le visage penché vers le sol terreux et mes jambes croisées. Deux fléchettes assoupissantes. Voilà ce que je me suis pris avant de m'écrouler. Leur effet doit être encore d'actualité.
- Combien de temps suis-je restée endormie ? je marmonne pour moi-même.
Quelque chose rentre dans mon champ de vision. Un petit pied exsangue et squelettique trace une forme dans le sol. Ou plutôt devrais-je dire un chiffre. « 1 ». Son auteur n'est autre qu'un petit garçon chétif assis à ma gauche. Je n'ai jamais vu une personne aussi maigre. Ses fins cheveux noirs lui camouflent le visage. Ils sont sales et de toute évidence ils n'ont pas été peigné depuis des lustres. Sur sa pancarte il est marqué « Jita Au meilleur prix ». Pourquoi a-t-il inscrit ce chiffre ? Me répondait-il ?
- Un ? Une heure ?
J'attends une réaction et au bout de quelques secondes il secoue sa figure de droite à gauche.
- Un jour ?
Cette fois il hoche la tête. Une journée... Il a pu se passer tellement de choses en une journée, je n'ose le concevoir. Je me penche vers le petit garçon qui baisse un peu plus la tête, intimidé. Il n'a pas l'air de vouloir discuter plus que ça. Quoi que « discuter » est un bien grand mot dans son cas puisqu'il n'a rien dit oralement. La fatigue mène un nouvel assaut. Punaise elle ne veut pas me laisser tranquille celle-là ? Je penche la tête vers l'arrière, les yeux fixés sur mes poignets entravés. Cette fois mes dents percent mes lèvres et du liquide rouge dégouline le long de mon menton que j'imagine déjà envahi par du sang séché. Il ne faut pas que je me rendorme. Une présence à ma droite attire mon attention. J'écarquille les yeux.
Guniraka Hansha.
Elle est assoupie dans la même position que moi. Ses menottes ne sont pas en granit marin, signe évident qu'elle ne possède pas de Fruit du démon. « Guniraka Hansha Au meilleur prix – Mary Geoise ». Je tente de m'écarter d'elle mais mes pieds rappent inutilement sur le sol terreux et mon tronc ne se décale pas. Je la toise longuement. C'est bien la première fois qu'elle semble insignifiante. Je devrais en profiter pour la tuer. Si je soulève mon bassin, je pourrais l'étrangler avec mes jambes.
Non !
Comment ça ? Qu'est-ce que tu...
Malgré tout ce qu'elle a fait, je n'éprouve pas l'envie de mettre fin à ses jours. Je n'ai pas oublié ce qu'elle a prononcé avant que des hommes du Roi Hizumi ne nous endorment avec des sarbacanes. Je venais de lui révéler que, comme pour elle, Archontia était ma terre natale. « C'était toi ». Pour quelles raisons a-t-elle dit ça ? Quels souvenirs lui sont revenus ? Quel passé avons-nous en commun ? Je scrute avidement sa chevelure épaisse en quête de réponses, n'importe laquelle, qui pourrait mettre fin à mes interrogations. Je meurs d'envie de comprendre ce qui nous relit. Cela m'a toujours semblé important, comme une sorte de sixième sens, mais c'est encore plus le cas maintenant. Je cale mon visage contre mon bras. Réfléchis Akira, réfléchis. Que t'a dit Sanae au sujet de Hansha ? Réfléchis...
Je profite de longues minutes de silence pour classer tout ce que je sais la concernant. Seuls des quintes de toux et des reniflements se répercutent contre les murs en pierre du cachot.
Sanae :
- Elle a dix-sept ans.
Elle a le même âge que moi.
Sanae :
- Guniraka Hansha avait dix ans lorsqu'elle a intégré la section d'espionnage.
Dix ans... Maintenant que je sais qu'elle vient d'Archontia, ce nombre me parle. Il me renvoie involontairement à mon père, à cet homme que j'ai tué tout aussi involontairement. Mes émotions jonglent dans mon estomac. Je me focalise sur ces fameux « dix ans » pour conserver ma placidité. Je suis persuadée que cela a un rapport avec mon enseignement...
Sanae :
- Elle maniait les armes blanches avec une dextérité surnaturelle.
Les armes blanches... Là encore ça m'évoque quelque chose en rapport avec mon passé, celui que j'ai recouvré à Pakuta. De quelle arme blanche s'agissait-il ? Un poignard ? Une lance ? Une faux ? Mes yeux se perdent encore sur la silhouette du Lieutenant. Son baudrier est vide. Il lui manque... son épée...
Horad :
- C'est pour cela que tu dois emmagasiner le maximum d'informations. La partie théorique prendra fin lorsque tu auras dix ans. Ensuite, place à la pratique. J'ai déjà contacté d'excellents bretteurs.
Akira :
- Oh oui, une belle épée ! Une aussi immaculée que les vêtements des Dragons Célestes !
Ma bouche s'ouvre d'horreur, mes dents retiennent un cri de justesse. Trop de ressemblances, beaucoup trop de points en commun pour que ce soit une simple coïncidence. Les Dragons Célestes... Hansha est venue sur cette île pour leur acheter des esclaves. Elle est liée à eux. Une autre réminiscence de Sanae vient conclure le défilé des souvenirs que j'ai invoqués :
Sanae :
Et le plus renversant dans cette séance d'entraînement c'est que... elle ne s'était jamais battue avant. Elle avait consacré toute son existence à la lecture. Elle lisait tout ce qui aurait pu lui être utile plus tard.
Comment... comment ai-je pu passer à côté d'autant d'évidences ? Ma respiration se bloque dans ma poitrine. Mes cils flagellent mes yeux. Je voudrais arrêter de cogiter, ne plus suivre mes pensées jusqu'à leur conclusion inéluctable. Mais elles se déroulent comme un parchemin et je sais au fond de moi qu'il faut que j'en lise la fin. Les lettres se dessinent toutes seules devant mes prunelles et s'assemblent pour former des mots, puis des phrases.
Hansha et moi avons suivi le même parcours. Nous avons grandi à Archontia avec un avenir qui nous était prédestiné dès notre naissance. Nous avons multiplié les révisions, jour après jour, subissant ce bourrage de crâne délibérément. La partie théorique a pris fin à nos dix ans et ensuite nous étions prêtes à apprendre le maniement d'une arme. Une épée. Nous n'avions pas besoin de faire nos preuves pendant longtemps, notre talent était inné. Grâce à nos lectures et apprentissages théoriques, nous connaissions par cœur toutes les parades, savions d'avance comment placer une estocade pour faire mouche. Le Gouvernement Mondial avait les yeux rivés sur nous, futures Dragons Célestes que nous sommes. Et pour intégrer leurs rangs divins, il fallait leur apporter sur un plateau la tête des porteurs du D.
CEPENDANT
Cela ne s'est pas passé ainsi. Du moins pour moi. Les pensées sombres de ma mère ont contrecarré les projets de mon père. A huit ans, elle m'emmena avec elle dans le but de faire de moi un monstre en me forçant à ingérer le fruit de la répulsion, celui là même qui avait ravagé son île des années auparavant. Mon père mit fin à ses ignobles intentions en l'assassinant. Il porta un coup à mon crâne pour m'annihiler au lieu de quoi il étouffa mes souvenirs. Puis je le tuas malencontreusement et l'océan porta l'amnésique que j'étais alors vers l'île de Dawn, vers ma seconde vie. Ayant tout oublié, je suis devenue une toute autre personne.
Je comprends alors.
Hansha est mon reflet.
Elle est ce que j'aurais dû devenir.
C'est... c'est à peine croyable... je
- Hé l'Écrevisse !
Une voix éraillée brise le silence ambiant. Mes yeux refusent de quitter la silhouette de mon reflet. Je suis en train d'imprimer chaque détail infinitésimal de son être quand tout à coup une tempête d'indifférence saccage ma tête, me faisant perdre de nouveau goût à tout. Ma conscience se fait la malle...
- Oh l'Écrevisse, c'est à toi que je m'adresse. T'as la tignasse rouge, oui ou chiotte ?
Je relève la tête vers mon interlocuteur. C'est à moi qu'il parle le barbu ? Son visage buriné est encadré par de lourds dreadlocks noirs. « Dread Kharbonn 274 000 000 de Berrys – Impel Down ». En désignant du menton ma pancarte, ses tresses fouettent son torse imposant.
- C'est pas courant une donzelle qui possède une prime sur sa tête, poursuit-il. T'as fait quoi pour l'obtenir ?
- Ton Capitaine t'a tellement culbutée que t'as fini par te faire remarquer par la Marine ? ironise Voghi.
Kharbonn lui lance un regard exaspéré, de toute évidence il n'approuve pas ses dires sexistes. Et moi encore moins.
- C'est moi le Capitaine de mon équipage, benêt. Tu devrais revoir ta conception de la femme, ça t'éviterait de sortir de telles aberrations.
La rage et l'incrédulité noircissent ses yeux. Il ne devait pas s'attendre à ce que je riposte de la sorte, si on compare ma prime ridicule à la sienne. Kharbonn se tord de rire tout comme l'homme assis à ses côtés. Il est beaucoup plus jeune, peut-être la vingtaine. Lui aussi exhibe de très longs dreadlocks mais les siens sont bruns et une partie est retenue en chignon. Un tatouage rouge en forme de deux griffes enjolive sa joue. « Bazal 23 000 000 de Berrys avec son frère – Tequila Wolf ». Kharbonn est tellement hilare qu'il en oublie sa question. D'ailleurs les deux hommes sont rejoints dans leur fou rire par un koala qui claque ses pieds l'un contre l'autre. Je plisse le nez. Impel Down, Tequila Wolf. Ce sont donc des lieux. Serait-ce là où le Roi Hizumi compte nous envoyer ? Cela me semble cohérent puisque, selon Sanae, Tequila Wolf est un pont qui est construit principalement par des anciens criminels. Quoi de mieux que des pirates en guise de main d'œuvre non rémunérée ? Je lorgne de nouveau sur la prime ahurissante de Dread Kharbonn. A n'en pas douter, toutes ces personnes emprisonnées sont puissantes.
J'écarquille les yeux.
Une idée insensée me traverse l'esprit. Je ne peux que l'avouer : pour accomplir mon rêve il faut que les Crimson comptent davantage de membres. Et là on me propose tous ces redoutables individus. Je ravale mon impatience de dénicher une issue de secours pour les analyser. Sans me compter, y a exactement quatorze captifs. Ceux dont j'ai déjà retenus les noms sont cet écervelé de Voghi, les deux hommes aux dreadlocks Dread Kharbonn et Bazal, le petit Jita et Guniraka Hansha naturellement.
Des reniflements intempestifs attirent mon regard. Trois enfants. Ils pleurnichent et réclament leurs parents. Leur destination est la même : Punk Hazard. Voilà encore un endroit qui m'est inconnu. Il y a également des personnes pour les moins... atypiques. Un homme dont le cou est si long qu'il cache sa pancarte. Une sirène – oh!- « Alana » qui s'entretient avec...euh... - je ne sais pas trop pas comment le définir... un homme-poisson ? Il porte le nom de « Meness ». Tous deux semblent terrifiés du sort qui leur est réservé. Et un... koala coiffé d'un foulard bleu, accessoire qui m'est étrangement familier « Phasco ». Ces trois-là sont prévus pour Sabaody. Sanae l'avait vaguement évoqué, je me sens frustrée de ne pas savoir ce qui se trame sur cette île. Je reste une minute sans bouger, à les observer. Je peine encore à croire à une telle diversité des espèces. Le monde regorge de tellement de mystères.
Deux trentenaires se montrent très silencieux et désintéressés. Le premier a la peau extrêmement blanche, même dans cette semi-pénombre je suis capable de noter ce détail. Ses cheveux d'albâtre sont raides, rejetés en arrière, et lui arrivent au milieu du dos. Sa sérénité est exemplaire. « Skalpell D. Arzt 117 000 000 de Berrys – Mary Geoise ». Je m'arrête longuement sur sa pancarte et fais au mieux pour ne rien laisser transparaître. Néanmoins, l'incrédulité doit quand même réussir à déformer mes traits. Un porteur du D ? Ici ? Mary Geoise... C'est là où résident les Dragons Célestes. Il ne fait aucun doute que cet homme devait faire partie du convoi de Hansha. Il se tourne vers moi. Je crois halluciner au début puisqu'il a constamment les orbes fermés mais il m'adresse un sourire. Perturbée, je me concentre vers l'homme assis à ses côtés. Celui-ci est nettement plus encrassé. On dirait qu'il s'est roulé dans la poussière. Cheveux anthracite en bataille, barbe courte négligée. Ses yeux sondent le sol à la recherche de je-ne-sais-quoi. « Elas 48 000 000 de Berrys – Impel Down ». Dread Kharbonn, Elas et moi sommes les seuls dont les menottes sont en granit marin. Ainsi nous sommes trois à détenir un Fruit du démon. Toutes ces personnes recherchées... Ça me tue de le reconnaître, mais le Roi Hizumi gère son business d'une main de maître.
Au fait, qu'est-il inscrit sur ma pancarte ? Je contorsionne mon cou pour l'apercevoir au dessus de mon crâne. « Akira 20 000 000 – Tequila Wolf ». Je vois. Je ne suis pas assez estimée pour intégrer la prison sous-marine d'Impel Down. Je prends appui sur mes pieds et me surélève quelque peu. Puis, sous les yeux intrigués ou blasés des détenus,
j'abats l'arrière de ma tête contre la pancarte.
Celle-ci se brise en mille morceaux. Du sang dégouline de mon crâne et je devine qu'il vient colorer le col de ma chemise sans manche. La douleur me donne un coup de fouet pour annoncer :
- Je suis Akira l'Écarlate, Capitaine pirate qui revendique la liberté comme postulat de mon équipage, les Crimson Pirates. Personne n'est en droit de m'imposer une destination, les voiles de mon navire me mènent où je le souhaite. En mouillant notre embarcation sur Obuolys, mes compagnons et moi avons promis de libérer tous les prisonniers de cette île. Sans exception.
Je vérifie que j'ai bien toute leur attention avant d'enchaîner avec encore plus de vigueur :
- Si je vous sors d'ici, promettez-moi d'intégrer mon équipage.
Les réactions ne manquent pas d'exploser d'un bout à l'autre du cachot. Elles sont hétéroclites, pour sûr, mais aucune n'est réellement positives. Voghi ricane comme une hyène Dread Kharbonn et Bazal se bidonnent puis se mettent à discuter d'autre chose pour clore le sujet la sirène, l'homme-poisson, le koala et l'individu au long cou me fixent comme si quelque chose ne tournait pas rond chez moi. Le crasseux n'a pas mis longtemps à m'ignorer pour reprendre ses recherches incompréhensibles les enfants se mettent à chouiner de plus bel Hansha dort toujours le jeune garçon a levé le visage vers moi mais sa frange beaucoup trop longue cache son expression. Seul Arzt, l'homme portant un « D » dans son nom, est resté tout à fait stoïque. Bien qu'il ait toujours les yeux fermés, je sens bien que son attention est dirigée vers moi. De ce fait je défis sa curiosité en me tournant également vers lui. Au bout d'une éternité, il finit par lâcher :
- Sais-tu depuis combien de temps suis-je enfermé ici ?
A nouveau quasiment toute l'attention se porte sur moi dans l'attente de ma réponse. Et leurs prunelles me révèlent alors quelque chose. Tous. Ils se sont tous résignés à sortir d'ici un jour. Ils attendent simplement la transaction entre le Roi et une tierce personne. Sûrement ont-ils essayé de trouver une moyen de sortir, de déjouer les menottes comme moi en ce moment. En vain. Certains conservent même des traces de sang séché autour de leurs poignées. Et ils ont fini par renoncer. Je ne suis pas dans mes meilleures dispositions pour réfléchir posément. Ainsi je réponds évasivement :
- Trop longtemps ?
Un imperceptible sourire vient remonter ses joues imberbes et sculptées dans du marbre.
- Cette réponse dépend de la proportion de patience de chacun. Pour ma part, cela ne fait que quelques semaines que je suis terré ici avec Elas. Et c'est bien peu de choses par rapport à ce qu'endure ce garçon qui est là depuis plus longtemps que nous tous réunis.
Je me tourne aussitôt vers Jita qui s'est recroquevillé sur lui-même. Sa pancarte est la seule qui affiche « Au meilleur prix ». Pour quelle raison ? Qu'a-t-il de si particulier ?
- Pourquoi me racontez-vous ça ? j'enchaîne, méfiante.
- Pour que tu saches que nous sommes tous passés par le stade de l'insoumission. Tout ceux qui arrivent ici sont persuadés qu'ils vont sortir par leurs propres moyens. Mais ce n'est qu'utopie. Reste à savoir quand tu seras prête à la réaliser.
Mes rétines deviennent vite douloureuses, mes globes ont rarement été aussi ronds. Si seulement un troisième bras pouvait pousser entre mes omoplates pour lui arracher la bouche. Je ne peux plus les supporter. Ces personnes qui essayent d'attenter à mes principes et qui m'incitent à renoncer. D'abord Hansha, puis lui. Je crache :
- Vous vous dérobez, couard.
Arzt répond toujours sur le même ton :
- Je ne fais qu'émettre mon avis. Il me semble être encore libre de mes pensées et de mes propos.
Mon corps est agité par des spasmes de fureur. L'emploi du terme « libre » dans sa bouche me rend folle. Je vocifère, me fichant bien de rameuter des gardes :
- Vous confondez la fuite et la liberté ! Vous ne pouvez pas être libre d'une prison que vous construisez en restant croupir ici ! Elle vous suivra n'importe où et plus jamais vous ne serez capable d'exprimer un avis qui vous est propre puisque vous avez renoncer à être vous-même en abandonnant !
- Non mais écoutez-moi cette catin ! s'esclaffe Voghi.
- Faut arrêter de planer l'Écrevisse, rétorque Dread Kharbonn aigri. Tu t'exprimes bien mais tes projets burlesques n'ont aucun poids dans cette cellule.
Je tire sur les menottes qui me rentrent dans la peau. A peine ai-je repris mon souffle que je m'écris de nouveau en ignorant soigneusement sa remarque :
- Alors, tant que vous n'abdiquez pas, la liberté sera toujours de votre côté. Vous êtes libres de changer d'idée et de choisir un futur différent. Ici, je ne décèle qu'une liberté pour nous. Celle de nous battre corps et âmes, becs et ongles pour la conquérir ! Et briser notre captivité !
C'est seulement lorsque je sens une décharge électrique venir titiller mon bras que je me rends compte que mes hurlements ont attiré des gardiens jaunes. Le taser agit comme une morsure qui gagne du terrain et qui chauffe à chaque centimètre avalé de ma peau. Puis la douleur gagne l'intérieur de mon corps. Il brûle mes os, porte à ébullition mon sang et liquéfie mon cerveau. Je suis si confuse, si sonnée, que j'oublie où je suis.
Et je sombre.
Quelques minutes à peine.
Car ma rage agit comme un grappin qui se cramponne à la réalité. Hors de question de perdre connaissance. Mes mains s'escriment à s'extirper de leur entrave en granit marin. Ma peau s'écorche. Je m'arrête momentanément. Bon sang, trouve un moyen de t'évader. Trouve-le !
Un pied entre de nouveau dans mon champ de vision. Celui du petit squelettique. Il tremblotte un instant puis son talon dessine des formes dans la terre. Quand il a fini, il se tourne timidement vers moi. J'analyse son dessin que je ne comprends pas.
- Qu'est-ce que c'est ?
Il ne dit rien, ce qui a le don de m'exaspérer.
- Parle !
Son menton se montre plus loquace que sa langue puisqu'il désigne la poutre au dessus de ma tête. Je la relève et comprends que son ébauche représente le pavé de métal vissé à la poutre. La chaîne reliée à mes menottes est accrochée à cette plaque. Je m'apprête à lui demander davantage d'informations lorsque je constate qu'il est de nouveau en train de dessiner. Cette fois il reproduit maladroitement les quatre vis qui retiennent la tablette en métal. L'une d'entre elles semblent plutôt mal en point. Ma tête navigue encore au dessus de moi. Et alors je l'aperçois.
La vis détériorée. C'est presque imperceptible mais la plaque est légèrement décrochée de ce côté. L'espoir se décuple dans mes veines. Je m'incline vers la frêle stature de Jita. Cette vision ramène une facette beaucoup plus tendre l'espace de quelques secondes. Il est si petit, son apparence si fragile ne m'aurait jamais laissé supposer qu'elle cachait ce courage. Celui de me venir en aide alors que personne ne me soutient dans cette cellule. Je me penche encore plus vers lui en faisant gémir mes épaules et lui offre mon sourire le plus affectueux.
- Merci infiniment.
Son visage est toujours tourné vers moi lorsque je replonge dans les méandres de ma fatigue.Et me redresse. L'espoir est bien là, effervescent, toutefois il n'a aucune effet sur ma force physique. Le granit marin agit comme un garrot qui empêche mon flux de se déverser en dehors de mon corps. Mais même entravée, je n'abandonnerai pas. J'enroule la chaîne autour de mes doigts pour empêcher au maximum les menottes de me cisailler les poignets.
Et je tire.
Je tire comme une forcenée vers le sol.
Et tire,
encore,
encore,
encore
et tire encore.
/
Et tire,
avec plus d'acharnement,
avec plus de vigueur,
avec toujours plus de férocité,
depuis plus d'une journée.
La sueur ruisselle du haut de mon crâne vers mon menton. Ma chemise sans manche me colle comme une seconde peau. Mes clavicules et mes omoplates m'ont depuis longtemps délaissée pour s'adonner à la douleur. Mes biceps tétanisent à cause de la position inconfortable dans laquelle m'ont placée les gardiens mais aussi à cause de mon obstination. Malgré mes précautions pour épargner au mieux mes poignets, ces derniers sont écorchés et le sang trace des rivières sur mes bras.
Je ne me suis assoupie qu'une seule fois et je soupçonne que ce soit l'évanouissement qui m'ait emportée. A mon réveil, des gardes jaunes étaient en train d'ouvrir la cellule. Ils ramenaient avec eux des marmites. Ils nous ont administré eux-mêmes quelques cuillerées d'une soupe exécrable puis nous ont emmenés chacun notre tour aux toilettes. Impossible d'échapper à leur vigilance pendant le trajet. Je ne devais pas me faire davantage remarquer. Je compris alors que tout ce cirque ne survenait qu'une seule fois par jour. Lorsque je fus de nouveau enchaînée, j'ai demandé à Jita combien de temps je fus évanouie, il a tracé « 2H » dans la terre avec son talon. Cette pause forcée n'a pas été bénéfique à mon sommeil. Mais je refuse de me laisser aller.
La rage.
Voilà ce qui me maintient réveiller et qui m'anime. Une fureur monstre, indignée de cette situation. La mienne, celle de l'île, et surtout celle beaucoup trop confortable du Roi Hizumi. Cet homme qui se prend pour le maître du monde, qui ose même défier ouvertement le Gouvernement Mondial en retournant sa veste et en emprisonnant Guniraka Hansha. Ni le cachot privé d'air, ni les liens de fer massif, ni la tour de pierre, ni les murailles de bronze travaillé de peuvent enchaîner la force de nos âmes. Je vais le lui enseigner. S'il pense pouvoir faire de moi une esclave... Il devrait redouter de me savoir aussi proche de lui.
Pendant cette journée mes oreilles ont eu le temps d'enregistrer certaines informations. Déjà j'entends par moment des sortes de détonations au dessus de nous. Serait-ce la Marine qui affronte les sbires de La Musaraigne ? J'ai pu également noter mentalement ceux qui étaient liés avant de se retrouver ici. Ainsi je peux certifier que Kharbonn est le Capitaine de Bazal tout comme Arzt est le Capitaine d'Elas. Ces deux équipages possèdent un point commun : le reste de leurs membres sont dispersés dans d'autres cellules souterraines. Du moins c'est ce qu'ils imaginent. Alana, la sirène, est la sœur de Meness, l'homme-poisson. Mes yeux aussi m'ont été précieux. J'ai constaté que les gardiens jaunes exécutent rarement des rondes. Le Roi Hizumi est-il assez sûr de lui et de nos entraves pour nous laisser quasiment sans surveillance ? La réponse est oui, évidemment. Cela m'exaspère encore plus.
Et renouvelle la jauge de ma fureur.
Je tire plus fort que jamais et...
CLIC
...et je sens mes attaches s'abaisser légèrement. En relevant la tête je me rends compte que toute la partie droite de la plaque s'est décollée. Deux vis me tombent dessus. Le soulagement est tellement envahissant que la fatigue en profite pour mener une offensive des plus sournoises. Mes dents rentrent dans mes gencives pour me maintenir éveillée. Toutes les conversations se sont interrompues et j'obtiens l'intégralité de l'attention de chacun. Ils sont tous estomaqués.
- Mille millions de sabords..., susurre Dread Kharbonn dans sa barbe.
Je tente de reprendre mon souffle démoli et essuie mes lèvres gorgées de sueur sur mon avant-bras. Puis je répète les mêmes mots que la veille, l'éreintement faisant chuter ma voix sur certaines syllabes :
- Si... si je vous sors d'ici, promettez... promettez-moi d'intégrer mon équipage...
- Putain oui, un milliard de fois oui !
Je sursaute. Qu'est-ce que vient de dire Voghi ? Ai-je mal entendu ? Il met prestement fin à mes élucubrations puisqu'il enchaîne, désespéré :
- J'intégrerai ton foutu équipage si tu me sors de là ! Par pitié !
Il n'a plus rien du piraté exécrable qu'il était jusque là. Toute sa physionomie connote l'aliénation. Alors comme ça il accepte d'intégrer mon équipage ? Quel retournement de veste prodigieux. J'arque un sourcil sans lui répondre, méfiante avant tout. Je scrute mes autres compagnons de cellule. Personne ne dit rien, certes, cependant je ne décèle plus aucune trace de moquerie sur leurs traits. Même les enfants se sont tus pour me dévisager. Seul Elas ne prête aucune attention à ma personne. Je plisse le nez. Quelque chose a changé chez lui. Ses yeux ne furètent plus d'un bout à l'autre du cachot. Ils sont fixés sur ses genoux, ou plutôt devrais-je dire sur le rat qui se dresse dessus. Les lèvres du détenu remuent mais je n'entends rien d'ici. Qu'est-ce qu'il fabrique ?
Mes yeux se ferment d'eux-mêmes alors je suis contrainte de me mordre le bras à sang. Ce n'est pas le moment de leur servir une piètre image de moi, pas après avoir renouvelé ma demande. J'inspire et expire puis recommence à tirer,
tirer,
tirer,
déchirant un peu plus mes muscles à chaque tentative.
/
CLAC
Au début, j'ai l'esprit tellement embrumé par l'épuisement et par la redondance des mouvements, que je crois que, ça y est, j'ai décroché totalement la plaque. Alors pourquoi mes bras sont encore suspendus ?
Et la douleur vient ensuite, se frayant un chemin tel un fou qui slalome entre les pions. Et qui atteint finalement le Roi de mon corps. C'est-à-dire ma cervelle. Tout mon bras droit s'éveille au supplice. Je le sens se disloquer du reste de mon corps. Je plonge ma tête contre mon autre biceps pour étouffer un hurlement. Qu'est-ce qui se passe ? C'est bien trop pénible pour que ce soit un simple élancement musculaire. C'est à peine si j'ose regarder. J'essaie de tirer de nouveau les chaînes mais la douleur empire. Quelqu'un s'adresse à moi mais le vrombissement dans mes tempes m'empêchent de discerner quoi que ce soit. J'inverse mes mains pour que celle de gauche ait une meilleure prise. La morsure dans mon épaule droite réveille nerveusement mes autres membres. Mes pieds dérapent sur le sol.
Bon sang, je ne peux plus tirer que d'un seul bras. Je sais pertinemment que je devrais me reposer, m'assoupir un peu pour récupérer. Mais les gardes jaunes ne vont pas tarder à nous apporter notre repas frugal et à nous emmener faire nos besoins. Une journée doit être passée depuis qu'ils nous ont fait ingérer cette soupe insipide. Ils vont tout de suite remarquer que la plaque qui retient mes chaînes s'est partiellement décrochée. Et j'aurais alors fait tout ça pour rien.
Je tire et je gémis, je tire et je geins, je tire et je pleure.
Des larmes de douleur fusionnent avec la sueur. Allez, je ne peux pas me permettre de rester ici plus longtemps ! Personne n'est en droit de me mettre des chaînes !
Je tire, ignorant la douleur, ignorant tout ce qui m'entoure excepté cette fichue plaque
qui se décroche.
Mes bras sont entraînés vivement vers l'avant, emportant avec eux mon corps qui n'était pas préparé. Je m'étale sur le sol. De la terre s'acoquine avec mon épiderme trempé. Je n'ai même pas le temps de savourer ma victoire que la douleur s'unifie à la fatigue et cette combinaison fatale jette un voile noir sur ma conscience.
Le petit commentaire de l'auteure : Ce chapitre est un huis clos, certes, mais il s'y est passé beaucoup de choses ! De nouveaux mystères surviennent (pourquoi Akira se sent aussi éreintée et vide d'envie ?) alors que d'autres commencent petit à petit à être résolus. Entre autres une partie du passé de Hansha.
Parlons en de Hansha, qui plus est de son nom. Guniraka Hansha. Maintenant je peux vous révéler son origine :
Hansha = reflet en japonais. Elle est le miroir d'Akira, ce que la rouquine aurait pu devenir si elle n'avait pas perdu la mémoire.
Guniraka = Gun comme "pistolet" en anglais pour rappeler son affiliation à un ordre militaire. Et surtout "iraka" qui est un anagramme de "Akira" ! Eh ouiiii les mêmes lettres sont utilisées !
Vous l'auriez compris, j'ai l'histoire de Hansha en tête depuis son apparition ! J'espère que ces révélations vous auront plu, je pense que la brune n'a pas fini de vous surprendre.
Dans ce chapitre, Colère prend largement le pas sur Akira. C'était assez déconcertant pour moi de rédiger ses passages car Colère est tellement différente d'Akira par bien des aspects ! Moins tolérante, plus impitoyable et... Ah je n'en dis pas plus !
Beaucoup de personnages font leur entrée dans ce chapitre. Je donnerai la signification de leurs noms au prochain chapitre héhé.
Portez-vous bien ! A tout bientôt !
Ciaossuuuuuu !
