Bien le bonjour mes petites fleurs de cerisier !

J'aimerais remercier FaenaFiliana pour son follow, darkgon pour son favori, mais aussi Cassimomo974 et Anaploufette pour leurs follows ET leurs favoris, ça me fait chaud au coeur d'être suivis ! Merci à tous ! Et en prime j'ai reçu une super review de :

Larien Faelivrin : C'est moi qui te remercie pour ton commentaire qui me motive à fond ! J'espère que la suite te plaira *smile* prends bien soin de toi !

Cela fait un bail que je n'ai pas posté ! *sueur froide* En plus ce n'était pas très judicieux car dans le précédent chapitre j'ai introduit pas mal de personnages...
Voici un petit récapitulatif pour que vous puissiez vous y retrouver :
Dread Kharbonn : grand pirate barbu, Capitaine de son propre équipage, dreadlocks.
Bazal : subordonné de Kharbonn, dreadlocks.
Skalpell D. Artz : aveugle, Capitaine pirate.
Elas : subordonné de Arzt, parle aux rats.
Voghi : Capitaine pirate vulgaire et méprisant les femmes.
Jita : petit garçon qui a indiqué à Akira que sa plaque était mal vissée pour qu'elle puisse tenter de tirer sa chaine et casser son entrave.
Phasco : koala qui parle et coiffé d'un foulard bleu.
Meness : homme-poisson
Alana : sirène, soeur de Meness.
Homme au long-cou.
Trois enfants

La narration est quant à elle toujours particulière ! Petit rappel :
Akira = police normal
Colère = police en italiques
Exception évidemment à la première phrase du chapitre qui relate un passage de l'enfance d'Akira et de Sabo.

Et pour finir une petite musique d'ambiance !
Musique qui m'a inspirée :
Hiroyuki Sawano - DOA

Citation du chapitre : Parce que personne ne veut mourir aussi vite (traduction de la chanson « Reluctant heroes » de Hiroyuki Sawano, ouais ouais on reste avec Sawano)

Bonne lecture ! On se retrouve à la fin pour quelques anecdotes !


Chapitre quarante-huit

Parce que personne ne veut mourir aussi vite

/

- Tu sais Akira, avant que je rencontre Ace j'avais l'impression d'étouffer. Je dépérissais un peu plus chaque jour. C'est vraiment l'impression que j'ai eu, même à cinq ans. Alors j'ai fugué, parce que personne ne veut mourir aussi vite.

/

- C'est quoi ce bazar ?! Comment as-tu fait pour te libérer, salope ?!

- Cette plaque était de toute évidence défectueuse. Il est superflu de se montrer aussi prosaïque avec cette jeune fille.

La... la voix de Skalpell D. Arzt...

- On t'a pas sonné l'albinos !

- C'est déjà assez le foutoir là-haut, on n'a vraiment pas besoin de ça !

Des phrases commencent à percer l'obstacle qu'est l'épuisement pour atteindre mon ouïe. Mon toucher s'éveille alors au même moment. Quelque chose frappe ma cuisse avec virulence. Aussitôt mon instinct prend le dessus. Il attache des fils à mes membres et anime mon corps comme une marionnette. D'un mouvement de hanche je me retourne sur le dos. Ma jambe droite a amorcé le mouvement et la plante de mon pied épouse déjà le visage de l'un des gardes jaunes. Je le repousse de toutes mes forces, un beuglement se dégage du fond de ma gorge. Son crâne se fracasse contre les barreaux de la cellule, laissant une traînée de sang derrière.

Non !

Du mouvement, sur ma gauche.

- Bon sang ! Tu faisais semblant de roupiller, sale chi...

Je ne lui laisse pas le temps de m'asséner ses remarques peu glorieuses. Je m'aide de mes épaules et de mon buste pour changer d'angle. Une décharge se révèle dans l'une de mes omoplates, je serre les dents pour refréner la douleur. Mes jambes s'écartent autour de son visage, telle une paire de ciseaux. Et l'emprisonnent. La surprise lui fait bêtement lâcher son arme. Idiot. Son cou est pris en étau entre mes cuisses. Mes cheveux sales se sont rabattus sur mon visage, je ne peux pas distinguer ses traits. Néanmoins je sens ses ongles se planter dans ma chair. Et j'entends distinctement son souffle haletant qui s'échappe de plus en plus de ses lèvres, l'éloignant peu à peu de la vie.

Non, je ne veux pas... !

Il le faut...

Je ne veux pas faire ça !

Alors que j'allais lui briser la nuque, je sens ma rage se faire brider l'espace de quelques secondes. Celles-ci sauvent la vie au garde. Ses ongles renoncent à perforer ma peau, je sens moins de résistance. Je le relâche, recule et remue la tête pour dégager ma vue. Le corps du garde jaune s'écroule à côté de moi. A son torse qui se lève et s'abaisse, j'en déduis qu'il s'est juste évanoui. Un coup d'œil dans le cachot suffit à me faire comprendre que les gardiens qui devaient nous apporter nos maigres rations nutritives n'étaient que deux. Pourquoi cet effectif réduit ? Un grondement proche d'ici met vite fin à mes élucubrations. Le plafond tremble au dessus de nous, des particules de terre commencent à tomber.

- Hé miss Capitaine, c'est pas le moment de bayer aux corneilles !

Mon corps effectue un soubresaut. Voghi darde sur moi un regard bouffé par l'impatience. Le mien est fixé sur la porte du cachot restée ouverte. Puis sur les deux entrées de la pièce, redoutant des renforts. Enfin sur le garde dont j'ai explosé le crâne contre les barreaux. Tout ce sang... Il est mort. J'ai... j'ai tué cet homme... Non... oh mon Dieu non... J'ai le cœur qui va rompre mes cotes. Que suis-je censée faire à présent ? J'ai promis de délivrer ces prisonniers mais comment ? Et où est mon équipage ? Comment les rejoindre ?

- Capitaine Écarlate.

Cette appellation fige mon univers et mes pensées affolées. « Capitaine ». Ai-je bien entendu ? Je me tourne lentement vers cette voix, vers Skalpell D. Arzt. Il désigne du menton l'un des gardes à terre, celui qui est juste évanoui. Comment peut-il deviner où il se situe alors qu'il garde constamment les yeux fermés ?

- Cet homme doit posséder un trousseau de clés.

Nouvelle détonation au dessus de nous. Le temps presse. Je me jette sur l'homme inconscient et entreprends de le fouiller ce qui n'est pas une tâche facile avec des poignets menottés. Tintement dans cette poche. Trouvées ! La joie n'est que de courte durée lorsque je constate qu'il n'y en a pas assez pour tout le monde. Je sonde également les vêtements de son complice décédé, en vain. Seigneur, ai-je vraiment assassiné cet homme ? Moi ?

/

Tuer un homme, ce n'est pas défendre sa propre cause, c'est tuer un homme !

/

Qu'ai-je fait... Mon Dieu... Qu'ai-je fait du discours que j'ai prononcé à Sanae ? (cf. chapitre quarante). Suis-je devenue une... une meurtrière ? Je focalise mes pensées sur le trousseau pour ne pas flancher. Le comble c'est que je ne suis pas assez habile pour essayer ces clés sur mes menottes, surtout avec tous ces tremblements. Il faudra que quelqu'un le fasse pour moi. Mais qui ? Qui dans cette cellule est digne de confiance ? Instinctivement mon regard se porte sur Jita, puis sur Arzt. Voghi est toujours en train de beugler pour que je me dépêche. Les autres réagissent différemment. Certains sont silencieux, comme par exemple Dread Kharbonn et Elas. D'autres s'agitent sans rien dire. Les derniers sont terrifiés.

Je me mets maladroitement debout pour ensuite m'accroupir devant Arzt. Son acolyte qui parlait à un rat, Elas, ne m'ignore plus. Il dégage une odeur épouvantable. Mes doigts tremblent lorsque je commence à insérer une à une les clés sur les menottes de son Capitaine. Cliquetis. A peine est-il délivré qu'il allonge le bras pour poser sa main sur mon épaule endommagée. Je m'apprête à me dégager mais il me devance en affirmant :

- Luxation de l'épaule. Ça ne doit pas être très tolérable.

Je n'ai pas le temps non plus pour lui répondre qu'il amorce un autre geste sur ma blessure. CLAC. Une plainte s'échappe de mes lèvres et je lui donne un coup de pied pour m'écarter de lui. Que m'a-t-il fait ?! Il se frotte ses poignets contusionnés et les lève en signe de paix.

- N'aie crainte, je suis médecin. Maintenant que je t'ai remis l'articulation en place, il te faut une écharpe et du repos pendant trois semaines, peut-être deux dans ton cas. Je superviserai personnellement ton rétablissement.

- Pa...pardon ?

- Arzt, qu'est-ce que tu chouines ? déclare Elas d'une voix enrouée par l'inactivité.

C'est la première fois que j'entends sa voix. Son Capitaine sourit tranquillement, les traits bigrement apaisés alors que c'est la débandade au dessus de nos têtes.

- Nous ne nous connaissons pas très bien, Capitaine Écarlate, et j'aurais dû éviter de sous-estimer une personne que je méconnais. Cela faisait une éternité qu'on ne m'avait pas donné tort. Je te prie d'accepter toutes mes excuses.

Il incline la tête pour accentuer ses propos. Le fait qu'un homme qui possède une prime six fois supérieure à la mienne ait une telle conduite me laisse sans voix. Et qu'il me nomme « Capitaine » je n'en parle même pas. J'essaie de gigoter et constate que la douleur dans mon épaule s'est amoindrie même si elle est toujours présente.

- Pourquoi tu l'appelles « Capitaine » ? Tu as perdu la boule ?

- Ne le vois-tu pas Elas ? Elle est notre bienfaitrice. A mon sens elle n'avait aucune chance d'arracher ses chaînes. Et pourtant, de chance, elle en a déniché une. Elle a réussi là où nous nous sommes tous enlisés.

- Mais tu n'as rien promis que je sache, réplique sèchement son acolyte.

Arzt sourit encore plus et se tourne vers moi.

- Il a raison. Je ne me suis engagé dans aucune serment avant que tu ne me libères. Tu ne devrais pas accorder une telle confiance à des pirates.

Je fronce les sourcils. Sanae m'a déjà tenu ce genre de propos sur son île natale. Selon elle c'était au delà de l'insouciance. Elle espérait que cela ne me perdrait pas. Mes phalanges se contractent sur le trousseau. Je me le souhaite plus que jamais à ce moment précis. Je m'approche d'Elas et essaie les clés sur ses menottes. Mais aucune ne rentre. Attends, réfléchis Akira, c'est étrange. Pour quelles raisons les deux sbires du Roi ont pénétré la cage s'ils ne possédaient pas toutes les clés sur eux ? Je déglutis. Vaut mieux ne pas y songer. Je m'attendais à ce que Elas panique, à l'instar de Voghi qui ne cesse de meugler. Or il n'a même pas sourcillé. Ne subsiste sur sa figure qu'une indifférence totale. Déconcertée par son manque d'émotions, je m'adresse à son Capitaine :

- Il doit y avoir d'autres gardes qui possèdent des clés. Tout comme il existe d'autres cellules où sont emprisonnés nos compagnons.

Arzt approuve en passant une main dans ses longs cheveux sales qui semblent le répugner. Puis il me prend délicatement des mains le trousseau et essaie les clés sur mes propres attaches. J'ai mon cœur qui bat la chamade, l'impatience de retrouver mon pouvoir destructeur est saisissant. Cependant, le résultat est le même que pour Elas.

- Eh la miss ! J'ai promis le premier alors délivre-moi ! hurle Voghi en s'agitant de plus en plus.

Je l'ignore, reprends le trousseau et m'accroupis cette fois devant Dread Kharbonn et Bazal. Le premier me considère d'un air grave, comme s'il me reprochait quelque chose. La véhémence du second est encore plus palpable. Je me racle la gorge et proclame :

- Je vous offre la liberté. Tout ce qui vous reste à faire c'est de me promettre de rejoindre mon équipage.

- Et puis quoi encore ?! riposte Bazal catégorique. Le grand Kharbonn ne pliera jamais l'échine devant toi ! N'est-ce pas ?

Le jeune homme se tourne vers son Capitaine qui ne pipe mot et se contente de me toiser durement. A mesure que les secondes s'égrainent, le doute se peint sur le visage du plus jeune.

- Kharbonn, ne me dites pas que...

- On n'a pas vraiment le choix, petit. Aaaaah mordienne ! Ça ne m'enchante pas plus qu'à toi mais vu le tohu-bohu au dessus de nos caboches, sois on suit l'Écrevisse, soit on finit ensevelis sous cette chierie !

Cela suffit à clouer le bec à son acolyte. Je reprends :

- Alors ?

- Alors on promet tous les deux de rejoindre les Crim- je-sais-pas-quoi.

- Je ne te fais pas confiance.

Il approche son visage barbu vers moi et ses yeux noirs harponnent les miens.

- Sache que je n'ai qu'une parole, l'Écrevisse. J'ai déjà assez à faire en étant Capitaine pirate, j'ai pas le loisir d'être mythomane.

Je souris faiblement face à son éloquence des plus singulières et essaie les clés sur leurs menottes. Cependant seul Dread Kharbonn se retrouve libéré. Bazal n'a même pas remarqué qu'il était toujours enchaîné, occupé qu'il est à naviguer dans l'incompréhension. Je comprends que cela puisse le scandaliser de se mettre sous les ordres d'une personne plus jeune que lui. Le boucan a quitté le plafond pour se propager dans la pièce d'à côté. « C'est déjà le foutoir là-haut ». Que voulait dire le garde par là ? Mes yeux se promènent de nouveau dans la cellule. Hormis Voghi qui possède une prime, je ne vois pas qui d'autres pourrait embarquer avec moi. Ces gens sont terrorisés, j'ai déjà assez fait de chantage pour aujourd'hui.

Je délivre tour à tour les détenus, en commençant par le petit Jita. Je tapote son crâne au passage. Sans lui nous n'en serions pas là. Tout le monde est affranchi de ses menottes exceptés Elas, Bazal, Voghi, la sirène Alana, un enfant et... Hansha. A vrai dire, je sais quelle clé peut la libérer, Jita me l'a désignée quand je me suis approchée de lui. Comment peut-il être en connaissance d'une telle information ? Quoi qu'il en soit, je n'ai pas encore osé toucher aux attaches du Lieutenant. Comment vont réagir les autres si je la délivre ?

- Putain j'suis sûr que vous allez m'abandonner comme une merde ! gueule Voghi en secouant ses chaînes.

- Si ça ne tenait qu'à moi, je te laisserai pourrir ici ruffian, déclare Dread Kharbonn en s'étirant. T'es aussi insupportable qu'une bonne grosse choléra !

Je ne le pensais pas si grand. Il doit mesurer près de trois mètres.

- Nous allons trouver d'autres trousseaux, je réplique aussitôt pour éviter que la tension s'envenime. Je le...

Fracas. L'une des deux portes de la pièce vole et se brise contre un mur. Une silhouette roule au sol avant même que nous réagissons. Elle se redresse et ses arbalètes visent tous les recoins de la salle, prêtes à être utilisées. Je les reconnais aussitôt.

- Sanae !

Je n'arrive pas à croire que c'est elle. Est-ce que je suis en proie à des hallucinations ? La cuisinière des Crimson Pirates se redresse et bat des cils en m'examinant.

- Petite Capitaine. Tu es bien portante, je suis rassurée, oye.

Un sourire sincère se fiche sur ses lèvres pulpeuses. Elle n'exhibe plus son uniforme de la Marine mais un poncho couleur rouille. Elle fait signe à d'autres individus que la voie est libre ici. Des explosions de joie retentissent alors dans la pièce mais aussi dans notre cellule.

- Wane ! Kitanda ! Les gars ! Gwahahahaha ! exulte Dread Kharbonn en secouant ses tresses.

- Capitaine ! Frangin ! se réjouit le portrait craché de Bazal.

Il se jette sur Kharbonn suivi de près par une femme plutôt grande et d'autres hommes. Ils arborent tous des dreadlocks et tous enlacent l'imposant Capitaine qui administre des savons affectueux sur les cheveux de ses subordonnés. Puis son sourire finit par faner :

- Alors comme ça ce gibier de potence de Hizumi a endoctriné les autres...

Toutes ces dreadlocks... Je me souviens alors qu'un garde bleu qui nous a guidé sur le quai d'Obuolys exposait la même coiffure. Alors comme ça le Roi n'a pas emprisonné tous les membres des équipages ici présents ? Il en a assujetti une bonne partie...

- Je n'en suis pas si sûre, réplique l'arbalétrière en pénétrant dans la prison à son tour. Certains travaillent pour lui sous la menace, principalement les gardes bleus et bordeaux.

Tous les regards se tournent vers elle. Elle est comme ça Sanae. Soit personne ne détecte sa présence, soit celle-ci devient si charismatique qu'il faudrait être fou pour lui couper la parole.

- Que veux-tu dire ? Je ne m'attendais pas à voir une personne comme toi ici, La Fouine. Cela fait des années que plus personne n'a entendu parler de toi. Que nous vaut cette visite ? demande calmement Arzt. Es-tu venue récupérer Guniraka Hansha ?

- Sanae fait partie de mon équipage, je m'empresse de rectifier.

- Quoi ?! s'écrit Dread Kharbonn en frottant sa longue barbe. Attendez je pige pas, Sanae c'est cette femme ? Et c'est quoi cette histoire de « Fouine » ?

Cela ne m'étonne pas que certaines personnes ignorent l'ancienne identité de la cuisinière des Crimson Pirates. Après tout ses activités dans la Marine étaient top secrètes. Par conséquent, j'en déduis que Skalpell D. Arzt doit être très cultivé.

- Foulard bleu, gara ! exulte tout sourire Phasco le koala en pointant Hansha.

J'aurais pu rire de sa remarque déplacée mais la situation ne s'y prête vraiment pas. Et puis un drôle de sentiment me gagne de minute en minute. Peu à peu mes membres s'avachissent. La cuisinière obtient notre attention, même si celle-ci est mêlée à de la suspicion dans le cas de certains. Elle nous explique ce qui s'est passé après mon évanouissement. Comme je le pensais, le Roi Hizumi avait tout planifié. En prenant Hansha comme otage, il voulait probablement marchander avec les Dragons Célestes en personne. Ça devait le démanger depuis longtemps de la capturer mais cette fois l'avarice fut plus forte que sa raison. La Marine se retourna alors contre les troupes de La Musaraigne qui avaient l'avantage du nombre. Et puis une troisième menace est survenue pile à ce moment là. Un équipage pirate des plus à craindre. Les Crimson Pirates profitèrent de cette débâcle pour se retirer et formater une nouvelle stratégie.

- Nous n'avions pas oublié le plan initial qui était de sauver les victimes de cette île. Cela comprenait les détenus mais également les civils et les gardiens bleus et bordeaux. Petite Capitaine, tu as dû te rendre compte que tous n'étaient pas corrompus ?

Je hoche mollement la tête. Leur cas est différent des sbires jaunes qui constituent la garde rapprochée du Roi. On les a forcés à prendre ce poste, la peur agissant comme un parfait bourreau. Peut-être que tout n'est pas perdu pour eux. L'arbalétrière suspend son discours quelques instants pour m'examiner. Ses prunelles sombres passent de mes cheveux emmêlés à mes joues parsemées de terre, de mes yeux cernés à mon menton et mes bras ensanglantés, de mes poignets déchirés à ma longue jupe trouée. Elle reprend :

- Mais avant toute chose nous voulions te sauver toi, oye. C'est pour cela que je suis là.

J'analyse à mon tour l'ancienne Marine. Tout sont corps est constellé de blessures. Elle est venue seule, a dû affronter je-ne-sais combien de sbires jaunes ces trois derniers jours, a libéré de nombreux détenus. Et elle s'en sort avec seulement quelques éraflures. Je souris faiblement. J'aime mon équipage. De toutes mes forces, je ferai tout pour eux. J'ai déjà ressenti cet amour inconsidéré pour chacun de ses membres. Je le sais, je le sais, je le sais. Que je les aime, que je suis soulagée qu'ils s'en soient sortis après mon évanouissement. Je fronce les sourcils.

Alors pourquoi suis-je aussi insensible tout à coup ?

Je regarde alentour. Ça recommence. Ce désintérêt pour tout ce qui m'entoure. Non, c'est encore pire. C'est un détachement pour tout ce qui existe. Cette fatigue inhabituelle que je ne tiens même pas de mon état actuel. Rien n'importe plus que dormir. J'essaie de me focaliser sur quelque chose pour récupérer ma vivacité.

Remue-toi !

Les prisonniers qui accompagnent Sanae font le guet près des deux entrées. Une plus petit partie est en train d'essayer tous leurs jeux de clés sur les derniers détenus de notre cachot ainsi que sur mes menottes. Petit à petit tout le monde se retrouve libre de leurs mouvements. Mis à part Elas. Et moi. Et aussi Hansha puisque je dispose de sa clé à l'insu de tous. Voghi nous incite à décamper en vitesse. Jita s'est approché et agrippe ma jupe, comme si la proximité de toutes ces personnes le mettait mal à l'aise. Je baisse la tête vers le sol. La seule chose que je souhaite est de m'allonger sur ce sol souillé pour dormir. Des doigts claquent devant mes yeux.

- Petite Capitaine, tu es avec nous ? me demande Sanae interpellée par ma déconcentration.

- Ou...oui, je balbutie en frottant mes paupières contre mes avant-bras.

- Amerika essaye d'évacuer un maximum de personnes sur Ledynas grâce à l'Eternal Pose que je lui ai passé.

Je revois l'objet en question posé sur une table au côté de celui qui indiquait l'île d'Obuolys. Cela remonte à une dizaine de jours à peine, sur Timu.

- Il fait sans arrêt la navette entre ici et Ledynas avec le Mahogany. Je te l'ai déjà dit mais ton Navigateur est extraordinaire.

Je cherche une phrase à sortir, n'importe laquelle pour empêcher ses yeux inquisiteurs de me scruter. Je sens que je devrais m'inquiéter pour les autres membres de mon équipage :

- Où sont Kenban et Nanaly ?

- En sécurité sur Ledynas. D'après ce que m'a dit Amerika, ils essayent de mettre en place un campement. Tu peux contacter le Navigateur d'ailleurs, c'est lui qui détient l'autre Escargophone.

Elle me tend le gastéropode mais mon attention forcée ne quitte pas Sanae. Que veut-elle que je fasse de ça ? Cette fois ses paupières s'agrandissent de stupeur. Elle s'approche davantage et pose sa main tiède sur mon bras.

- Akira, qu'est-ce que tu as ?

C'est tellement rare de l'entendre m'appeler par mon prénom. Kharbonn et Arzt m'observent également, intrigués par mon comportement. J'examine toutes ces personnes qui nous entourent. Pourquoi est-ce que j'ai voulu qu'elles me rejoignent ? Je ne parviens plus à y trouver de raison...

Remue-toi !

Je me dégage de l'emprise de Sanae et me tourne vers Hansha. Je m'approche de son corps inerte et m'accroupis. J'entends des murmures dans mon dos. Pourquoi est-ce que je voulais la libérer elle aussi ? C'est tellement étrange, je me souviens précisément de cet envie de lui porter secours même si elle est notre ennemie. Parce qu'elle vient de Archontia et que de nombreux points communs nous relient. Je ne veux pas la tuer, j'en suis certaine, mais là son sort m'importe peu. Je dégaine la clé de ses menottes et entreprends de les lui retirer. Clic. Peut-être que si je la libère je...

- Mille millions de mille sabords ! s'époumone Dread Kharbonn. As-tu une idée de ce que tu es en train de commettre l'Écrevisse ?!

- Ça y est elle disjoncte ! raille Voghi comme si j'étais la dernière des cruches.

- Akira ! m'apostrophe Sanae d'une voix dure.

Je coule un regard vers elle.

- On ne peut pas la laisser là.

- Ça me troue la langue de l'avouer, mais cette femme est dangereuse, reprend Dread Kharbonn en fronçant ses sourcils épais. Le plus prudent serait de la laisser là.

- Cela m'intrigue depuis que vous êtes arrivées dans cette cellule mais pourquoi est-elle inconsciente ? demande Arzt.

C'est comme si je revoyais le scène se jouer sous mes yeux.

- Son corps a encaissé une vingtaine de fléchettes assoupissantes il y a trois jours.

Le porteur du D. acquiesce, il doit savoir de quoi je parle. Il nous apprend alors qu'avec une telle dose dans le corps, Hansha va rester évanouie encore pendant une bonne semaine. D'ici là nous pourrons de nouveau l'entraver. L'arbalétrière arque un sourcil :

- « Nous » ?

- Les équipages de Dread Kharbonn, Skalpell D. Arzt et Voghi vont rejoindre les Crimson.

- QUUUOII ?! s'égosille la troupe du Capitaine aux dreadlocks.

- Soit, fait simplement Sanae qui est toujours aussi dure à impressionner. Mais laisse-moi te dire quelque chose concernant Hansha, Petite Capitaine.

Elle se penche et saisit le corps du Lieutenant pour la hisser comme un sac sur une épaule.

- Tu fais une erreur, déclare-t-elle âprement.

- Ce... ce sera ma responsabilité, je riposte comme une automate.

- Tu n'as pas compris. J'ignore ce que tu as prévu pour elle mais il faut que tu saches que tu ne pourras jamais convaincre Hansha. Elle n'est pas du genre à capituler et malgré vos ressemblances vous ne serez jamais alliées. Jamais.

Cela sonne comme une sentence et je suis prête à me rétracter et à abandonner Hansha ici. Au lieu de quoi je me tais. Je me tais car je n'ai plus la force pour quoi que ce soit. Je ne parviens même plus à simuler.

Laisse-moi...

Kharbonn qui s'explique auprès de son équipage. Leurs mines consternées. Arzt qui est retourné aux côtés d'Elas. Alana la sirène qui se fait porter par l'homme-poisson. Tous deux sont prêts à partir. Celui au long cou qui rassure les trois enfants pleurnicheurs. Voghi qui a formé un attroupement autour de lui. Phasco le koala qui gesticule autour de l'arbalétrière. Le plafond tremble une fois de plus et les cris affolés se répercutent dans la pièce. Les anciens détenus. Tous sont terrifiés mais prennent sur eux pour garder leur lucidité. Je plisse le nez. Pourquoi me suis-je liée à tous ces individus ?

Laisse-moi encore...

Jita revient timidement vers moi et se cramponne de nouveau à ma jupe. Comment lui sourire ? Le rassurer ? Je suis si... si vide...

Laisse-moi encore prendre ta place...

Je me tiens droite et ouvre en grands mes yeux.

- Partons, je proclame d'une voix déterminée.

Sanae me considère un instant. Qu'est-elle en train de se dire ?

- Euh... Que fait-on pour Monsieur Elas, gara ? s'enquiert le koala. Mademoiselle Akira et lui ont encore leurs menottes, mais contrairement à elle Monsieur Elas est encore enchaîné à sa plaque, gara.

- Ça, je m'en occupe ! se manifeste vivement Kharbonn. Les gars, tenez-vous prêts !

- Ouais ! lui répond en chœur sa troupe.

Tout à coup, le corps du barbu change entièrement de couleur. Il devient argenté et lisse, comme du métal. Puis des vaguelettes commencent à prendre forme sur son imposant abdomen. Il écarte les bras et une dizaine d'armes jaillissent littéralement de son ventre pour finir entre les mains de ses subordonnés. Rapière, coutelas, faucille, dague... Il y en de toutes sortes. Les deux frères font tourner leurs quatre cimeterres autour de leurs poignets.

- Fiou, ça fait du bien de retrouver nos armes après tout ce temps à croupir ici, hein dit Bazal ?

- Fais gaffe à ne pas éborgner quelqu'un, frangin.

- Kitanda, je te laisse t'en charger ! aboie Kharbonn.

L'unique femme de cet équipage ne se fait pas prier pour obéir. D'un coup de pied agile elle fait valser sa hache dans les airs puis attrape le manche à deux mains avant d'abattre la lame contre la chaîne d'Elas. Celle-ci se casse en deux illico. A peine le second d'Arzt est sur pieds que des exclamations surgissent près de l'une des entrées.

- Des gardes viennent par ici !

- Qu'ils rappliquent, ils nous serviront d'apéro ! rugit Kharbonn tout sourire en claquant sa hallebarde contre le sol terreux.

Je soulève Jita par les aisselles et le place entre les bras poilus de Phasco. L'animal n'omet aucune objection, bien au contraire, il offre même son sourire le plus éclatant au gamin. Éclatant et terrifiant également, les dentitions des koalas n'étant pas des plus esthétiques. Nouveau tremblement, cette fois qui fait vaciller tout le monde.

- C'est quoi ce bordel encore ?! hurle Voghi.

Des fissures font leur apparition au plafond qui menacent de s'effondrer. Une « menace »... Un détail me revient alors en mémoire.

- Sanae, tu as parlé d'une troisième menace qui s'est impliquée dans cette bataille, un équipage pirate. De qui s'agit-il ?

Je crois que... Non, j'en suis certaine. C'est la seconde fois seulement que l'arbalétrière affiche de l'inquiétude, la première étant lorsque les Marines l'ont pris de court sur Qing Chà.

- Des enfants de Big Mom sont sur cette île. En ce moment même.

Big Mom.

Je revois l'encyclopédie des grosses pointures de la piraterie que m'a offert l'antiquaire de Logue Town. Je l'ai consultée pendant des heures entre Timu et Obuolys. Comment oublier ce nom qui glace le sang de toutes les personnes présentes dans cette pièce ? Le mien y compris.

Big Mom. Une Empereur pirate. Sa famille constitue l'infrastructure de son équipage. Et certains de ses enfants se trouvent ici.

Sur Obuolys.

/

Nous courrons à une allure modérée pour ne pas nous séparer. Notre groupe est comme un bloc. Nous ne voulons laisser aucune ouverture aux Marines, aux sbires de Hizumi, aux pirates de Big Mom ou à n'importe quel autre nuisible. Sanae, Dread Kharbonn et ses dix compagnons sont en tête et interceptent les ennemis que nous croisons. Même avec Hansha sur l'une de ses épaules, la cuisinière fait mouche à chaque tire. Je me tiens juste derrière avec Elas, Arzt et Phasco qui porte toujours Jita. Ensuite viennent les non-combattants, c'est-à-dire Meness l'homme poisson et la sirène, les trois enfants, l'homme au long cou et d'autres détenus. Voghi et quatre comparses avec qui il semble avoir sympathisé ferment la marche.

Nous virons à gauche. Ce souterrain est un véritable labyrinthe. Tous les couloirs sont immenses et identiques. Il y a de quoi perdre la tête. Même Sanae n'est pas tout à fait certaine de la direction à prendre. Par le passé, elle fut envoyer en mission à Obuolys. Elle vint avec un mandat du Gouvernement Mondial pour enregistrer le nom de tous les détenus. Sûrement voulait-il voir si La Musaraigne ne contraignait aucun Marine à l'ilotisme. C'est là que Sanae rencontra le Roi pour la première fois. Elle eut accès à cette galerie et nota dans un coin de sa tête que ce souterrain ressemblait à un hexagone. Et à chaque extrémité on retrouvait un cachot. Pendant ces trois jours elle redoubla de ruse pour éviter les pirates de Big Mom et pour dénicher les trousseaux de clés qui serviraient à ouvrir les cages. Elle en déverrouilla cinq, la cinquième étant la nôtre. Il n'en reste donc plus qu'une. Tout au nord. Avec un peu de chance le geôlier jaune qui détient le dernier trousseau se trouve là-bas.

Vu notre nombre on pourrait croire qu'avancer dans ce dédale de couloirs est un jeu d'enfant mais il n'en est rien. Nous sommes tous éreintés, affamés et affaiblis. Sanae la première qui n'a pas du prendre de repos depuis tout ce temps.

- Stop ! chuchote-t-elle assez fort pour que nous l'entendions tous.

A une intersection, elle se plaque contre un mur et nous l'imitons. Le plus jeune des deux frères, Wane je crois, s'accroupit contre les jambes de l'arbalétrière et tend la tête. Sa figure devient blême :

- Ils sont là, les pirates de Big Mom !

- Tu pourrais parler plus fort encore ! rouspète Bazal.

- Vos gueules les mecs, jappe Kitanda en serrant sa hache contre sa poitrine. D'ailleurs qu'est-ce qu'ils foutent sur Obuolys ?

Nous haussons tous les épaules excepté Skalpell D. Arzt qui s'adresse à son compagnon :

- Elas, quelque chose me dit que tu es derrière tout ça.

Une trentaine de visages se tournent vers le concerné dans une parfaite synchronisation. Le premier à s'emporter est incontestablement Dread Kharbonn :

- Qu'as-tu fait rat de cale ?!

Elas soupire en se grattant ses cheveux broussailleux et finit par déclarer :

- C'est curieux que tu parles de rat parce que ce sont eux qui ont fait tout le travail.

C'est tout. Voilà l'explication de cet homme. Bazal, Wane et Kitanda sont à deux doigts de lui sauter dessus pour l'étriper mais heureusement pour Elas, son Capitaine s'interpose pour le défendre :

- Elas a ingurgité un Fruit du démon qui lui permet de communiquer avec les animaux. Comme son pouvoir est endigué par les menottes en granit marin, il ne peut plus les entendre. Par contre l'inverse est encore possible, tout du moins avec un peu de persévérance.

Je revois le rat qui se tenait sur ses genoux lorsque nous étions dans la cellule.

- Et qu'a-t-il demandé au... rat ? s'enquiert Alana la sirène dégoûtée.

Elle aussi a noté ce détail. Arzt étudie le visage de son compagnon un instant avant d'ajouter, sûr de sa réponse :

- D'aller infester les cuisines et les récoltes de l'île. Comme cette île est affiliée à Big Mom, j'imagine que...

- Attends, Obuolys est en partenariat commercial avec Big Mom ?!

La remarque provient de Sanae. A priori elle ignorait cette information cruciale sinon elle nous l'aurait transmise. Et sûrement aurait-elle refusé qu'on s'occupe du sort de cette île. La cuisinière prend le temps d'éclaircir nos lanternes le temps que les pirates de Big Mom s'écartent de notre périmètre. En vue de leurs puissances, les Empereurs pirates peuvent se permettre d'appliquer ce qu'on appelle « le protectorat » sur certaines îles de leur choix. Ces dernières sont alors préservées de multiples agresseurs qui préféreraient mourir plutôt que défier une péninsule qui a reçu la protection d'un Empereur. Big Mom procède également ainsi à la différence qu'elle exige un acquittement en denrées alimentaires. Le Gouvernement Mondial Big Mom. Cette saloperie d'Hizumi... Il a su tisser son réseau avec de grosses pointures... Arzt reprend la suite de Sanae :

- En infectant la marchandise prévue pour Big Mom, Elas cherchait à rompre le protectorat de cette île et à attirer les foudres de l'Empereur. Une île qui ne respecte pas le pacte établi par Big Mom est détruite, il faut dire que l'indulgence ne fait pas partie de ses qualités.

- Alors comme ça ce rat de cale cherchait à créer un assez gros merdier pour nous donner une chance de nous carapater ? demande Kharbonn en pointant un doigt immense vers Elas.

- Votre sort m'importe peu, réplique nonchalamment le second d'Arzt. Et puis tu as tort, l'arrivée des enfants de Big Mom sur cette île n'aurait rien changé à notre sort. Tout ce que je souhaitais c'était faire payer à La Musaraigne d'avoir emprisonné Arzt. Je n'envisageais pas qu'un élément imprévu allait causer notre libération.

Cette fois tous les regards convergent vers moi. Je ne dis rien, nous ne sommes toujours pas hors de danger. Je demande à la cuisinière quelle est la situation et elle nous indique que la voie est libre. Très bien, poursuivons.

/

Cela fait des heures que nous arpentons ce labyrinthe sans fin. L'impression de tourner en rond grandit de minute en minute même si Sanae nous certifie que nous sommes bientôt arrivés. Cet Hizumi... Quelle sournoiserie de haut niveau. Ce souterrain a été conçu pour rendre fou d'éventuels évadés. Ce n'est pas en train de louper. Certains membres de groupe sont en train de craquer. Voghi en tête qui est de plus en plus irritable. Son agacement déteint sur ses quatre nouveaux compagnons. Les trois enfants se sont remis à pleurer, l'homme-poisson demande sans arrêt à faire des pauses et celui au long-cou discute les décisions de l'arbalétrière. Même les troupes de Dread Kharbonn sont silencieuses, ce qui à mon sens n'est pas bon signe.

Nous ralentissons pour la millième fois à un embranchement. Mes yeux s'attardent sur les jambes des autres. Elles tremblent quasiment toutes. Peu de choses nous poussent à lutter, la fatigue agissant comme un sédatif sur nos ambitions. Je fixe ensuite mes propres membres vacillants et serre les poings. Vivement que je me débarrasse de ces menottes. Une seule pensée me galvanise à présent et porte mon corps harassé.

Le Roi Hizumi. Ce que je vais lui faire subir si je recroise sa route.

Sanae nous fait signe :

- Nous pouvons y...

Je crois que personne ne s'était préparé à ça. A ce mur qui explose sur notre gauche pile au milieu de notre cortège. Je recule par réflexe pour éviter les projections rocheuses. Celles-ci égratignent Bazal et Wane qui ne s'attendaient pas à cet éboulement. De la poussière s'élève nous empêchant de découvrir qui est l'auteur de cette attaque inattendue. S'il détruit tout, c'est qu'il n'a pas peur que le plafond s'effondre sur lui. Un rapide coup d'œil autour de moi me fait prendre conscience que notre groupe est séparé en deux. Il manque Meness, la sirène, l'homme au long cou, les trois enfants, Voghi et ses quatre acolytes.

- Ne me dis pas que tu as encore soif Smoothie ?

- Tu es irrécupérable ! Et puis Perospero nous a pourtant demandé de ne liquider que les sbires de ce Roi méprisable. Aaah rien qu'en l'évoquant j'ai des frissons d'horreur ! Ce que les hommes sont répugnants !

La fumée se dissipe et le temps étend son emprise pour nous figer dans l'horreur.

L'horreur, l'horreur, l'horreur

et la peur.

Trois femmes gigantesques emplissent toute la largeur du couloir. La première exhibe une longue queue de cheval brune, la seconde est plutôt enveloppée et la troisième, la troisième, la troisième

essore comme une serviette le corps de l'homme au long cou. Un liquide orange s'écoule de ce dernier et la troisième femme s'en abreuve goulûment. Son organisme se tord comme s'il ne possédait plus le moindre os. Et son hurlement fait saigner nos oreilles. Toutefois, malgré sa détresse évidente, personne n'esquisse le moindre geste pour l'extirper de là. Car ce que dégage ces femmes... C'est au delà de la puissance. Surtout l'aura de celle à la chevelure blanche et qui continue de déformer l'ancien détenu. Dont il ne reste plus qu'une carcasse à la peau flétrie. Et sans vie. L'auteure de ce massacre cligne plusieurs fois des paupières comme si elle avait commis cette atrocité sans en être réellement consciente.

- Simple réflexe, dit-elle nonchalamment.

Elle relâche le cadavre fané qui plane quelques secondes avant de rejoindre le corps de l'un des enfants. Lui aussi déjà flétri. Les deux autres se sont évanouis sous le choc. Mon haleine hachée est discernable tellement l'atmosphère s'est refroidie depuis l'arrivée de ces trois monstres. Je jette un coup d'œil vers mes acolytes d'infortune. Tout le monde est pétrifié dans la terreur. Même Dread Kharbonn qui possède une prime faramineuse. Même Sanae qui est quasiment inébranlable. Nous ne pouvons pas... Mes ongles se plantent dans mes paumes. Nous ne pouvons pas les laisser s'en tirer comme ça !

Une main ferme vient s'abattre sur mon épaule valide.

- Non, Akira.

La voix angoissée de Sanae effleure mon oreille de telle façon que je sois la seule à l'entendre. Elle est la reine de la discrétion. Je m'évertue à lui faire lâcher prise mais elle ne renonce pas.

- Charlotte Smoothie l'aînée, Charlotte Citron la cadette et Charlotte Cinnamon la benjamine. Ces femmes que tu vois là sont des Ministres de l'Archipel Totto Land, le territoire de Big Mom. Une seule attaque de l'une d'elles pourrait rayer Obuolys de la carte de Grand Line mais a priori elles sont là pour remplir une mission. Cinnamon a déclaré qu'elles ne devaient tuer que les sbires du Roi.

Je m'apprête à protester en lui rappelant le meurtre de l'homme au long cou et de l'enfant mais mon attention est privée d'autonomie puisqu'elle est enrôlée par l'épée démesurée de la blanche. Qu'elle lève au dessus de Meness et Alana qui sont recroquevillés aux pieds des deux autres sœurs. Et elle le plante sans aucun remords dans la chair de l'homme-poisson. Qui s'égosille de douleur. La sirène se met également à hurler en la suppliant d'épargner son frère. En vain. Je grogne et Sanae est obligée de plaquer sa main sur ma bouche et de me retenir par la taille pour m'empêcher d'avancer.

- Ne bouge pas et surtout ne dis rien. Tu vois Smoothie, celle aux cheveux blancs ? Sa prime est quatre fois supérieure à la mienne. Tu comprends ? Un seul geste d'opposition et nous sommes tous condamnés, oye.

Tout mon corps vibre de rage et de frustration. L'arme absorbe la vie de Meness dont le corps subit le même traitement que l'homme au long cou. Je me retiens de mordre la main de la cuisinière.

- Smoothie tu exagères ! rouspète la femme enveloppée en posant ses mains sur ses hanches.

- Citron a raison. En plus tu sais bien que cette technique te fait grandir. Regarde, ta tête atteint le plafond !

Mais... Qui sont... Qui sont ces monstres ?! C'est donc ça les membres de l'équipage d'un Empereur ?! La sirène se met à pleurer sans discontinuer, anéantie. Aucune des trois femmes ne paraît s'en émouvoir. Smoothie se tourne vers nous et je sens les poils de mes bras se dresser. Une prime quatre fois supérieure à celle de Sanae. C'est au-delà de tous ce que je peux imaginer.

- Grande sœur, tu as oublié ce que je t'ai dit ? la réprimande Cinnamon. Perospero nous a défendu de créer un carnage qui nous attirerait les foudres d'autres équipages !

- Pas que ça nous inquiète mais tu sais comment est Mama qui cherche à réunir sur l'Archipel le plus de peuples et de races possible. Nous ne sommes pas là pour tuer d'éventuels futurs alliés.

Smoothie darde sur nous un regard pénétrant. De la sueur dégouline le long de ma tempe. Enfin elle finit par se détourner et par désigner l'un des murs.

- Poursuivons.

La dénommée Citron fait claquer sa paume gigantesque contre une paroi rocheuse qui s'écroule aussitôt. Les sœurs les plus jeunes disparaissent par le trou. Smoothie les imite après nous avoir jeté un regard de mise en garde. Son œil visible d'un bleu givré s'appesantit sur les grosses pointures.

Dread Kharbonn. Sanae. Skalpell D. Arzt.

Pas moi.

/

A présent nous chancelons plus que nous courrons. La rencontre de trois enfants de Big Mom a jeté un voile de prostration sur la troupe. J'ai l'impression d'avoir affaire aux déprimés que j'ai rencontrés dans la cellule. Tout le monde semble être privé d'espoir. Les deux enfants sont toujours évanouis et reposent dans les bras affaiblis d'anciens détenus. Phasco porte la sirène effondrée en plus de Jita. Ce koala m'impressionne. Il est l'un des seuls à conserver son optimisme et à motiver le groupe. Sans lui je crois que certains auraient abandonné.

Je jette un coup d'œil derrière moi. Voghi et ses quatre acolytes sont nulle part. Nous ne les avons pas revus depuis que nous avons été séparés. Je fronce les sourcils. Si jamais ils nous ont...

- Voilà la cellule septentrionale, déclare l'arbalétrière d'une voix épuisée.

Des soupirs de soulagement naviguent dans le couloir. Une heure de plus dans ce labyrinthe et je crois que la moitié d'entre nous serait devenu fou ou aurait abandonné. La cuisinière se plaque à côté de l'entrée de la salle.

- Des gardes peuvent se trouver à l'intérieur, oye. Nous devons...

- Mordieu ! Ils vont pas me courir sur la barbe encore longtemps ce ramassis d'oryctéropes !

Dread Kharbonn prend les devants et défonce la porte avec son pied. Il rentre dans la pièce en rugissant comme une bête féroce. Je tends la tête dans l'embrasure pour le voir abattre cinq gardiens jaunes. Il manie son hallebarde avec une agilité surprenante pour sa corpulence. D'après ce que j'ai vu il est capable d'extraire toutes sortes d'armes blanches de son corps. Pourtant c'est cette hallebarde qui ne l'a pas quitté depuis que nous sommes partis de notre cellule. Avec sa lame il brandit le trousseau de clés qu'il nous manquait. Nous aurions pu exploser de joie si nous n'étions pas aussi éreintés et sonnés par notre rencontre avec les trois filles de Big Mom.

Des voix s'élèvent dans le cachot derrière le Capitaine barbu :

- Capitaine ? Elas ? Par tous les saints, est-ce bien vous ?

Un homme aux longs cheveux blonds et dont les bras possèdent deux articulations relève le visage vers nous. Arzt s'avance vers la cage et sourit :

- Ganryo, mon ami, Dieu soit loué tu n'as rien. Mis à part Elas et moi, je pensais que le Roi avait endoctriné tous les médecins pour les avoir sous la main. Après tout, une île aussi prompt à la débauche est source de maladies. Et puis il avait probablement besoin de leurs services pour fabriquer des contraceptifs.

D'où l'absence totale d'enfants dans la ville. J'arque un sourcil. C'est étrange... Cette cellule me semble largement plus haute que la nôtre. Il n'y a qu'à regarder la taille de la porte. Et puis elle était gardée... Kharbonn et ses compagnons entreprennent d'ouvrir la geôle et de libérer tous les détenus en utilisant également tous les trousseaux de Sanae. Les prisonniers sortent les uns après les autres. Le dénommé Ganryo vient saisir amicalement la main d'Arzt et administre un signe de tête à Elas. Oh... Je viens d'avoir une réponse à mon interrogation. Si cette cage est aussi grande, c'est parce qu'elle abritait un...

- Un géant ! C'est un géant ! s'écrit certains détenus apeurés.

- Vous faites erreur mes chers partenaires, reprend Arzt calmement. Il s'agit d'un Wotan, un hybride né d'une union entre un homme-poisson et un géant. Comment t'appelles-tu ?

- Je... je suis Big Bean... Enchanté.

Ledit Wotan est à genoux et essaie de ne pas nous encombrer. Sa peau est verte et sa crinière grise forme des piques jusqu'au milieu de son dos. Il est impressionnant par sa taille mais je ne décèle aucune agressivité chez lui, c'est même plutôt le contraire.

- Haaaan je vois que de beaux mâles sont venus me chercher, moi, Francesca !

Une femme sort en dernier de la cellule. Elle est affublée des mêmes haillons que les autres mais on sent qu'elle a essayé de se rendre présentable. Ses cheveux rose cerise sont relevés en deux couettes hautes. Même si elle n'a pas dû avoir de produits cosmétiques sous la main depuis son emprisonnement, ses cils sont étonnement longs. J'arque mon autre sourcil. Menton poilu et proéminent, genoux cagneux...

- Je crois que j'ai mal entendu frangin, fait Wane en s'accoudant à l'épaule de Bazal. Il a dit « Francis », non ?

- Ouais il a dit Francis.

- C'est Francesca ! s'indigne la concernée.

- C'est un Okama, chuchote Sanae sur le ton de la simple constatation.

- 'Sont où nos deux captifs ambulants ? s'enquiert narquoisement Dread Kharbonn en agitant le dernier trousseau de clés qu'il vient de récupérer.

Alors qu'il s'occupe des attaches en granit marin d'Elas, je prends pleinement conscience que le moment est venu. Je vais enfin être débarrassée de ces saloperies de menottes. Enfin, enfin, enfin. Trois jours que je suis privée de mon pouvoir destructeur. Je n'entends plus rien, pas même ce que me dit Kharbonn. Tout ce que je discerne se résume à mes poignets ensanglantés et entravés.

CLIC

Mes poignets libérés.

Secousse dans mon corps. Qui paraît tellement minuscule, tellement exigu, tellement insignifiant pour contenir toute cette quantité d'énergie. Celle-ci se déverse en moi avec virulence, remplit chaque centimètre carré de mon organisme. Ma respiration est pantelante, mes paupières élargies. Je titube et encercle mon buste avec mes bras. Je suis une fontaine prête à s'élever dans les airs, un volcan qui va entrer en irruption. Le sol craquelle déjà, des fissures se gribouillent à mes pieds.

Je revois l'expression qu'exhibait le Roi Hizumi avant que ses sbires nous bombardent, Hansha et moi, de fléchettes assoupissantes. Une sournoiserie exacerbée, une satisfaction insupportable, un sourire des plus mesquins. Fier qu'il est de régir un royaume aussi indécent et fétide, d'avoir su établir un réseau aussi influent. J'espère qu'il a bien su jouir de ses prérogatives.

Car son règne prend fin ici et maintenant.

Et alors je fais comme lui.

Je souris.


Le petit commentaire de l'auteure : Ah que re-coucou !
Akira/Colère qui sourit comme une dégénérée à la fin, ça n'augure rien de bon croyez-moi !
Cet arc est un véritable casse-tête et il est décisif pour pas mal de raisons que je ne peux pas encore évoquer. J'ai travaillé dessus durant des jours entiers pour que tout soit cohérent. Quatre forces s'affrontent : les pirates, les Marines, les sbires de Hizumi et les enfants de Big Mom. Quel joyeux bordel !
Bon je dis joyeux mais le chapitre ne l'est pas forcément... Déjà Akira tue. Oui, c'était sous l'emprise de Colère, mais ça fait tout drôle de voir son personnage principal ôter une vie. Et puis il y a d'autres morts dans le chapitre : l'homme au long-cou (dont on ne saura jamais le nom), Meness l'homme poisson et même un enfant ! C'est vraiment un arc rude, autant physiquement que psychologiquement. Et ce n'est pas terminé...
Je vous à bientôt pour la suite des aventures de notre rouquine ! Sur ce, portez-vous bien et prenez soin de vous !
Ciaossuuuuuu !