Bien le bonjour !
Merci à Alexandra281 pour son follow et son favori héhé. Bienvenue dans cette folle aventure !
Larien Faelivrin : Merci beaucoup pour tes reviews régulières, ça me touche beaucoup :3 Tes compliments aussi me vont droit au coeur, j'espère que la suite te plaira !
Cela fait ENCORE un bail que je n'ai pas posté ! *sueur froide* Et une fois de plus ce n'était pas très judicieux car dans le précédent chapitre j'ai introduit encore plus de personnages *ris comme une timbrée*
Voici un petit récapitulatif pour que vous puissiez vous y retrouver :
Dread Kharbonn : grand pirate barbu, Capitaine de son propre équipage, dreadlocks. Sait invoquer des armes en les extrayant de son corps.
Bazal : subordonné de Kharbonn, dreadlocks.
Wane : subordonné de Kharbonn, petit frère de Bazal, dreadlocks.
Kitanda : subordonnée de Kharbonn, rouquine qui ne mâche pas ses mots.
Skalpell : aveugle, Capitaine pirate.
Elas : subordonné de Arzt, parle aux rats.
Ganryo : subordonné de Arzt, tribu des Longs bras.
Voghi : Capitaine pirate vulgaire et méprisant les femmes, a disparu après l'apparition de Smoothie et de ses soeurs.
Jita : petit garçon qui a indiqué à Akira que sa plaque était mal vissée pour qu'elle puisse tenter de tirer sa chaine et casser son entrave.
Phasco : koala qui parle et coiffé d'un foulard bleu.
Alana : sirène, soeur de Meness qui est mort (tout comme l'homme au long cou et un enfant)
Deux enfants
Francesca : Okama
Big Bean : Wotan, un hybride né d'une union entre un homme-poisson et un géant.
La narration est quant à elle toujours particulière ! Petit rappel :
Akira = police normal
Colère = police en italiques
Exception évidemment à la première phrase du chapitre qui relate un passage de l'enfance d'Akira et de Sabo.
Citation du chapitre : Maintenant je te hais, de tout mon putain de cœur (traduction de la chanson « Pretty on the outside » de Bullet for my Valentine)
Bonne lecture ! On se retrouve à la fin pour quelques anecdotes !
Chapitre quarante-neuf
Maintenant je te hais, de tout mon putain de cœur
- Cette scène était terrifiante... Ces deux individus du Grey Terminal qui se détestaient à un tel point qu'ils voulaient s'entretuer... C'est triste d'en arriver là.
- Je suis d'accord avec toi Akira.
- Dis Sabo, tu crois qu'ils vont pouvoir se réconcilier un jour ?
- C'est dur à dire... Dans certains cas, la haine grossit au fil du temps. On dit même qu'elle ne s'expire pas, qu'elle asphyxie un peu plus chaque jour.
/
Je souris encore lorsque Sanae fouille derrière son tablier qui pend sur ses fesses et en sort un Escargophone. Le gastéropode se retrouve affublé d'un bandeau rouge.
- Gatcha.
- Rik, tu me reçois ?
Des interférences se propagent dans la pièce trop exiguë pour tout ce monde qui l'a remplie.
- Oui. Je ne t'ente... pas très bien mais ça... aller le temps de... communication. Tu as trouv... Akira ?
- Elle est avec moi. Nous avons délivré le maximum de détenus. Prépare-toi, nous allons rejoindre la sortie et...
- Pas besoin, je l'interromps.
La brune se tourne vers moi. Ses sourcils ne peuvent contenir un haussement lorsqu'elle découvre mon visage.
- Que veux-tu dire ?
- Pas besoin de sortie alors qu'il y en a une juste au dessus de nous, je complète en pointant le nez vers le haut.
La plupart des regards suivent le mien. Hormis quelques fentes pas plus grosses que ma main, le plafond de terre ne propose aucune échappatoire.
- Y a pas l'ombre d'un dégorgeoir, l'Écrevisse, fait remarquer Dread Kharbonn désenchanté.
Oui, il n'y en a pas. Du moins pas encore. Je me plie en deux, mon énergie devient incontrôlable. Elle est déjà en train de grignoter mes vêtements par endroits. Les fissures à mes pieds se propagent un peu plus et certains les remarquent. Dont Sanae qui range le gastéropode et allonge son bras vers moi. Je recule juste avant qu'elle n'atteigne ma peau.
- Non, ne fais pas ça...
- Tu as un plan ? Que veux-tu que l'on fasse, oye ?
- Rapprochez vous tous. Le plus près possible de moi sans me toucher. Ser...serrez-vous...
Ma poigne étreint ma gorge. Je ne peux même plus parler sous peine de dégager mon pouvoir par ma bouche. J'agrippe mes tempes et peine à ralentir les battements détraqués de mon cœur. Mon sourire s'agrandit. C'en est presque grisant. J'ose un regard vers les autres et constate avec agacement qu'ils ne sont pas assez proches. Vu mon état, une telle proximité avec moi ne doit pas les réjouir. J'aimerais leur hurler d'avancer mais je ne peux pas. Heureusement Sanae semble comprendre le message et s'improvise en chef d'orchestre. A l'instar d'une baguette, sa voix coordonne la troupe. Elle reçoit l'appui de Skalpell D. Arzt et de Phasco le koala qui font des signes pour nous rassembler. Au bout de quelques secondes, l'arbalétrière se penche à mon oreille :
- C'est bon, même pour le Wotan. Nous sommes tous amassés dans un rayon de cinq mètres, oye.
Je n'aurais pas pu entendre un mot de plus, pas pu attendre une seconde supplémentaire.
Je me redresse,
j'expire,
et mon énergie éclate comme un fruit trop mûr.
Je la propage à l'extérieur de notre cercle et elle dévaste tout. Elle se délecte du sol poussiéreux, se goinfre en dévorant les murs rocailleux, savoure les barreaux de la cellule et engloutit sans ménagement le plafond terreux. Son appétit est vorace, elle est avide de n'importe quelle matière alentour. Des cris d'effroi me percent les oreilles mais je suis bien trop concentrée pour en être perturbée. J'inspire à nouveau et bloque mon pouvoir pour qu'il forme un bouclier autour de nous.
Avec tout ce que j'ai détruit, l'inévitable se produit. L'architecture au dessus de nous s'effondre et se dirige droit vers nous.
- Kyaaa, ça va nous tomber dessus ! s'écrit Francesca en se plaquant contre Dread Kharbonn.
Ça n'arrivera pas. Je lève mon bras valide, le gauche, vers le plafond pour monopoliser mon énergie vers le haut. Un nombre incalculable de débris, de monceaux de terre, de pierres, de décombres percutent la barrière pour finir désintégrer. Je plisse le nez en avisant mon bras tremblotant. Mon corps est démoli par le surmenage. Néanmoins je ne dois pas lâcher. Je ne dois pas.
Une minute ou deux passent et les éboulis sont de moins en moins nombreux. Mon trop-plein d'énergie se tasse au moment où plus rien ne nous tombe dessus. Au début, seul le silence est présent, il a cousu une fermeture sur les bouches des anciens captifs. Puis les lèvres se défont pour laisser échapper une exclamation de joie. Nous sommes tous spectateurs de la même chose. Là-haut, à plusieurs dizaines de mètres de nous, nous pouvons distinguer la surface d'Obuolys. Des frappes amicales se mettent à pleuvoir sur mon dos.
- Mademoiselle Akira, c'était extraordinaire, gaza ! exulte Phasco le koala en sautillant sur place malgré la charge des deux corps qu'il porte.
- Ce fut un divertissement des plus mirobolants, commente Arzt en souriant.
- Nom d'une coloquinte à la graisse de hérisson, c'est que t'en as dans le bide l'Écrevisse ! Gwahahahaha ! jubile Kharbonn.
La cuisinière est déjà en train de préparer ses arbalètes-grappins. Toujours aussi clairvoyante. Ma vision se trouble et je sens mon corps partir vers l'arrière. Mais une petite main vient soutenir mon dos. Je me retourne et découvre le visage squelettique de Jita. Comme le koala le porte, le petit garçon est à ma hauteur. La partie la plus tendre de moi-même, celle qui est éreintée depuis plusieurs jours, ne s'éveille que l'espace de quelques secondes. Juste assez pour lui sourire.
/
Pendant que Sanae et Kharbonn sont occupés à remonter le Wotan, nous observons tous la ville sans un mot. Ou plutôt ce qu'il en reste. Des centaines et des centaines de cadavres de Marines, de gardes jaunes ou quelques civils jonchent le sol. L'odeur ici à la surface est encore pire que celle du souterrain. Le fût de l'arbre est partiellement détruit et nous laisse entrevoir le ciel. Ce dernier est très clair, presque blanc. C'est l'aube. Les maisons closes se sont effondrées, les seuls bauges qui subsistent sont en feu. D'ailleurs l'incendie commence sérieusement à prendre des proportions inquiétantes, il devient compliqué de respirer normalement. Nous devons nous dépêcher. Depuis trois jours, la vie est devenue une véritable course contre la montre. Je parcours les ruines du regard pour déceler un ancien chemin encombré par des gravats. Je crois reconnaître celui que nous avons emprunté pour rejoindre la place cernée par des gradins. Les restes d'une enseigne gît au sol. « 28 ». Oui, ça me revient, c'était le numéro de l'un des bordels que nous avons croisés. Je m'adresse aux deux ex-détenus qui me soutiennent :
- Vous deux... Partez par là.
- Quoi ? Mais...
- Cela concerne tout le monde ici, je déclare d'une voix un peu plus forte. L'heure est grave, nous devons évacuer les lieux avant que les pirates de Big Mom ne détruisent Obuolys. En prenant ce sentier, vous tomberez sur mon navigateur. Embarquez avec lui à bord de mon navire, vous serez déjà plus en sécurité qu'ici.
A ma grande surprise, des protestations s'élèvent autour de moi. Qu'est-ce qui leur prend tout à coup ? Ne voulaient-ils pas sauver leurs peaux avant tout ? Maintenant qu'ils peuvent prendre leurs jambes à leurs cous, ils rechignent à partir. Seuls Bazal, Wane, Kitanda et les autres membres de l'équipage de Dread Kharbonn se taisent. Contrairement à leur Capitaine, ils n'acceptent pas de faire partie des Crimson Pirates. Des cris sur notre droite attirent notre attention. Des gardes jaunes tentent de s'enfuir au loin, pris en chasse par des pirates de Big Mom. La voix d'Arzt s'élève tout près de moi :
- Je vois, je crois concevoir ton raisonnement. Tu te dis que nous faisons une cible facile en étant aussi innombrable.
- Oui. Dès que Sanae et Kharbonn auront remonté le Wotan, nous vous rejoindrons.
- Pas question d'abandonner le Capitaine ! beuglent en chœur les deux frangins aux dreadlocks.
- Plutôt crever ! hurle un autre qui agite sa rapière dans les airs.
Je soupire.
- Très bien, Bazal, Wane, Kitanda et toi, je fais en désignant celui qui vient de parler, vous restez. Les autres déguerpissez. Arzt, je te les confie.
Le concerné semble peser le pour et le contre puis finit par accepter. Les deux ex-détenus me relâchent doucement et je prends sur moi pour ne pas m'écrouler par terre. Une petite main attire mon attention en agrippant ma jupe en lambeaux. C'est celle de Jita qui est sur pieds. Malgré sa très faible constitution, il se sent capable de marcher par lui-même à présent. J'ignore quoi faire du coup je lui souris, mais ce n'est vraiment pas mon fort. Le koala tapote sa tête et ils rejoignent le reste du troupeau qui est déjà quelques mètres plus loin. Ne restent plus que Bazal, son petit frère, Kitanda la rouquine, l'homme à la rapière et Hansha allongée au sol. Sanae l'a remontée en première. Personne n'a voulu l'emmener au bateau, ce qui ne m'étonne pas. Moi aussi, j'aimerais l'abandonner, mais...
A présent que le gros du groupe est loin, je m'effondre à genoux. Non, ce n'est pas bon, si je reste prostrée je vais perdre ce fil tenu. Ce fil de plus en plus fin qui me retient à ma rage. Je fronce les sourcils. Il faut que je pense au Roi Hizumi, à cette ordure perfide qui...
- Hé regardez ! Je rêve ou c'est ce fumier d'Hizumi là-bas ? déclare Wane en pointant une direction.
- Il est où ce bâtard ?! clame Kitanda en saisissant sa hache.
- Attendez, ce ne serait pas Charlotte Compote avec lui ? s'enquiert Bazal en retenant son frère et sa camarade.
Hizumi. Ce résidus d'immondice, ce scélérat de la pire espèce. Il est vraiment là ? Si près de moi ? Mes yeux s'écarquillent et mes mains se crispent sur le sol qui se désagrège déjà. Lui faire payer, lui faire payer, je dois lui faire PAYER. Je me redresse en titubant et suis les regards des personnes aux dreadlocks. Là-bas, à une cinquantaine de mètres de nous, le Roi Hizumi. Il est debout et se tient dans un état déplorable. Une gigantesque femme se dresse juste derrière. Elle possède une longue chevelure frisée bleu sarcelle. Une enfant de Big Mom. Elle surveille ses moindres faits et gestes ainsi que ceux d'autres sbires jaunes qui sont à genoux.
Quoi ?! C'est tout ?! Ils vont le capturer et l'amener à leur mère ? Non, je ne peux pas le tolérer ! Après toutes les horreurs qu'il a commises, il mérite de souffrir de souffrir de souffrir dès maintenant ! Mes pieds affermissent leurs prises sur le sol. Je ne suis pas étonnée de sentir la terre se fendiller dessous. Car mon fruit du démon réagit si bien à ma colère. Mon énergie est déjà sortie en hâte par tous les pores de mon corps, ma chevelure de braise danse au rythme des flammes. On m'appelle mais je n'écoute pas.
Et mes prunelles scellent mon champ de vision en le réduisant à un seul point. Mes bras sont tellement contractés par ma fureur que je ne parviens plus à les bouger. Je n'en ai pas besoin, ma concentration peut devenir seul vecteur. Je le scrute à m'en décrocher les yeux et alors je sens une partie de mon flux quitter les alentours pour s'éjecter vers lui.
Je peux le faire, je vais le faire, il n'a pas le droit de se tenir debout. Après tout ce qu'il a fait, toutes ces années à développer son système pernicieux et à profiter de ses privilèges d'esclavagiste. Toutes ces vies qu'il a détruites, tous ces êtres qu'il a privés de liberté... Je le hais, je le HAIS !
Hizumi s'écroule.
Sa mine est décomposée par une souffrance pure. Son hurlement s'élève jusqu'au ciel, dévie les nuages. Ce n'est pas encore assez. Je fronce les sourcils et le toise avec plus de véhémence encore. Abîme-toi misérable créature, que tes membres s'étiolent, que la douleur s'imprime si fort dans ton être que tu ne puisses plus jamais l'ignorer. Crac, crac, crac. Je savoure le craquement de ses os brisés que je crois discerner.
- Akira !
Cette fois je reconnais la voix de Sanae toute proche de moi. Je balaie cette information d'un mouvement de l'esprit. Avec toute cette énergie que je dégage, elle ne se hasardera pas à me toucher. Soudain, les flammes m'obstruent les yeux et nous cachent définitivement au regard interloqué de Charlotte Compote qui cherche la cause des souffrances de son prisonnier. Et Hizumi au mien. Mais je n'en ai pas fini avec lui, je l'ai tant regardé que c'est comme si je pouvais percevoir sa silhouette à travers l'incendie et la fumée. Ses lamentations déchirantes qui ne s'estompent pas attestent ma théorie.
Cette constatation redouble encore, toujours plus ma...
- Akira arrête cette folie ! s'époumone Sanae.
Une vive piqûre s'insinue dans mon bras. J'oublie la douleur, j'oublie tout, la seule et unique chose que je n'omets pas est ce Roi déchu. Il braille de toute son âme. Je sens du liquide s'écouler de mon visage, quelque chose remonter dans ma gorge. Comme si ça allait m'arrêter. Stopper mon aversion, enchaîner ma haine MA HAINE, m'enchaîner MOI ! Personne ne m'enchaîne vil cloporte, j'existe pour terrasser des gens de ton espèce, je vais t'exterm...
- AKIRA !
Cette Voix.
Elle jette un grappin sur ma propre personne et ne la lâche plus. Je hoquette, tout mon corps vibre tandis que je stoppe subitement l'activation de mon Fruit du démon. Et renoue avec les alentours. On m'enserre fermement les épaules, un visage se tient tout près du mien. Ses prunelles recherchent celle qu'il connaît au fond de mes yeux. Mes yeux qui s'arquent par l'émotion :
- Am...erik...a...
Quelque chose obstrue ma gorge irritée, je peine à avaler normalement. J'examine son visage éreinté et déformé par l'anxiété.
- C'est terminé Akira, tu n'as pas besoin de t'infliger ça...
Le ton de sa voix m'en apprend davantage que les mots. Quelque chose s'écoule toujours de mon visage. Je passe mollement le dos de ma main sur mon nez. En sang. Je découvre l'auteur de cette « piqûre » que j'ai ressentie. Un carreau d'arbalète fissuré, planté dans mon biceps droit. Sanae a dû tirer de toutes ses forces pour parvenir à m'atteindre. Elle a tenté de m'arrêter mais je l'ai ignorée. Amerika grimace en défaisant doucement sa prise de mes épaules. Je geins en découvrant ses paumes également en sang, la peau arrachée à vif. Il n'a pas hésité à me toucher pendant que je... que je... Je plaque une main affolée sur ma bouche et la retire aussitôt. En sang aussi. Pourquoi j'ai...?
Pourquoi j'ai fait ça ? Je me souviens de tout. De la main de l'un des gardiens que j'ai sectionnée avec mes dents, et de cet autre sbire dont j'ai explosé le crâne contre les barreaux de la prison. Je me souviens de cette fureur intarissable, de ce qui m'a amenée à ressentir ça. A commettre ça. Je me souviens également des idées qui m'ont traversée, de cette indifférence pour tout ce qui existe, même pour lui. Mon meilleur ami. Qu'est-ce que... qu'est-ce que...
Mes dents s'entrechoquent, je m'effondre et Amerika me retient pour ne pas que je me blesse davantage. Le sol est ravagé tout autour de nous, quasiment méconnaissable. Il agrippe doucement ma nuque et me cale contre son torse. Des lumières dansent devant mes yeux et donnent naissance à des voiles noirs. Avant de sombrer dans l'inconscience, je murmure, terrorisée :
- Qu'est-ce... qui... m'arrive ?
/
C'est un piaillement familier qui me sort laborieusement de ma torpeur.
- Calme-toi Gaviota, Akira a besoin de repos.
- Ga...vio...ta...
Ma gorge est encore lancinante. Je cligne faiblement des paupières. Il n'a dû s'écouler que quelques minutes depuis ma perte de conscience car nous sommes toujours à Obuolys. La seule différence c'est que nous sommes à présent à l'extérieur. Le ciel s'est un peu couvert, je suis soulagée de le revoir. Gaviota caquette de contentement en me voyant ouvrir les paupières et se pose sur mon abdomen. J'allonge doucement mon bras valide et tapote sa petite tête plumée. Et souris. Je suis contente de la retrouver, malgré son caractère de cochon elle m'apaise. Je lève un peu plus les yeux et rencontre ceux noisette du navigateur :
- Nous sommes bientôt arrivés au Mahogany, tiens bon.
Il me porte dans ses bras. Je détaille son visage identique à celui de Sanae, la fatigue y étant la même. Trois jours et trois nuits. Amerika... Mes doigts abandonnent le plumage délicat pour effleurer les traits tirés de mon ami. Ses lèvres s'étirent à mon contact, mais son sourire à quelque chose de triste. Je me cale un peu plus contre son biceps et observe les alentours. Sanae marche devant nous, Hansha sur son épaule. J'aperçois le Mahogany amarré à une cinquantaine de mètres de nous. Des pas retentissent derrière nous sur le ponton, il s'agit très certainement de Big Bean. Dread Kharbonn et sa bande se tiennent sur notre droite. J'avise les bras sanguinolent des deux frères aux dreadlocks. Ça me revient. Les projections du mur explosé par Charlotte Citron les ont blessés. Et c'est seulement maintenant que je m'en préoccupe.
- Bazal, Wa... Wane... Il faudra recoudre... vos plaies sur le bateau...
- Euh... Ouais.
Les concernés paraissent surpris que je me tracasse pour leurs entailles. Leur Capitaine sourit et se penche vers moi.
- Ça va comme tu le sens l'Écrevisse ?
Je hoche la tête aussi vivement que je le peux et il se met à ricaner à gorge déployée. Mon corps meurtri me certifie que je suis en piteux état. Je crois que je peux attribuer une mention spéciale à mon bras droit. Entre l'épaule et la blessure que m'a infligée Sanae, il est particulièrement amoché. Tout à coup l'arbalétrière interrompt sa marche à l'avant. Je m'attends à ce qu'elle m'assène une remarque sur ma réaction déraisonnable de tout à l'heure, ou plutôt devrais-je même dire sur mon comportement inhabituel depuis qu'elle m'a retrouvée dans la cellule. Mais non, l'heure n'est pas aux leçons de morale.
- Elle a bougé... souffle-t-elle.
Ni une ni deux, elle saisit le corps inerte de Hansha qui repose sur son épaule et le jette à terre sans ménagement. J'ouvre la bouche pour m'insurger contre ce manque de délicatesse – c'est un comble venant de Sanae – mais suis devancée par Dread Kharbonn :
- Mille sabords ! J'espère que tu n'es pas en train de nous chariboter !
- Skalpell D. Arzt nous avait pourtant certifié qu'elle devait rester inconsciente encore pendant une bonne semaine ! s'écrit Bazal.
Les troupes de Dread Kharbonn dégainent leurs armes et se mettent en position. Sanae a également reculé, a sorti un couteau et se tient aux aguets. Je tourne mon regard vers Amerika qui me dévisage avec attention. Il comprend aussitôt où je veux en venir. Je caresse sa joue pour le rassurer mais rien n'y fait.
- Elle ne me fera... pas de mal.
- Je n'en suis pas si sûr, chuchote-t-il.
- Alors couvre-moi.
Cette autorisation que je lui offre de veiller à ma sécurité suffit à le persuader. Il s'avance vers Hansha et me dépose délicatement à côté d'elle. Il laisse également son bocal de terre tout près de moi. Le bois frais du quai chatouillent mes jambes. Les faibles rayons ne parviennent pas à chasser la brume matinale. J'épie le réveil du Lieutenant de la Marine. Sanae a raison, son corps est en train de se mouvoir.
- Écarte-toi Akira, tu ne dois pas rester à sa portée ! m'invective Sanae.
- Toi aussi tu me... protégeras Sanae, je n'ai rien à craindre.
A l'inverse du navigateur, ma réponse ne semble pas la convaincre. Quelque chose s'est fissuré entre nous. Quelque chose qui était déjà fragile et qui l'est encore plus dorénavant. Hansha remue la tête et me force à revenir au moment présent. Je pose ma main sur son épaule et ce simple - si simple – contact me fait tressaillir de la tête en pied. C'est comme si je touchais mon propre reflet à travers un miroir. Sa clavicule est étonnement chaude, ce détail me fait sourire. Je me racle la gorge pour défricher mon œsophage :
- Hansha.
Elle papillonne des paupières. Ses prunelles rouge rubis sont troubles, son organisme doit encore subir les effets néfastes des fléchettes assoupissantes. Je me penche un peu plus et m'aide de mon bras gauche pour la mettre assise. Elle passe sa main sur son visage. Autour de nous, toutes les respirations se sont coupées.
- Où... où suis-je ? balbutie-t-elle encore à moitié dans les vapes.
- Hansha, je répète d'une voix douce.
Cette fois elle relève son visage vers moi et ses yeux de sang harponnent les miens. Mon cœur se met à battre un peu plus fort. Quelle drôle de sensation d'être ainsi connectée à elle, elle qui est née sur Archontia tout comme moi. J'oublie alors ce qu'elle m'a fait subir, et même toutes les horreurs qu'elle a commises sur Timber Town et Brick Town. Je suis affreuse, mon raisonnement est totalement égocentrique, mais je ne peux m'empêcher de lui sourire. Je poursuis sur le même ton :
- Nous sommes à l'extérieur d'Obuolys. Pendant notre affrontement, des sbires du Roi cachés dans l'arbre nous ont piégées avec des fléchettes assoupissantes. Nous étions prisonnières, mais c'est du passé.
Sa bouche s'ouvre en grand et ses traits deviennent durs, si durs qu'on dirait de la pierre. Mes sourcils tressautent et cette mutation sur sa figure m'engage à retirer ma main de son épaule.
- Tu m'as... aidée... ? s'enquiert-elle dans un souffle réfrigérant.
- Oui, je fais simplement en cherchant à toute vitesse des mots pour la rassurer.
Mais Hansha...
Hansha n'est pas du genre à vouloir être rassurée. Ni aidée. Elle n'est pas mon amie, elle est même plutôt l'inverse. Qu'importe ce qui nous relie. J'aurais dû m'y attendre, elle a toujours tout accompli seule. J'aurais dû le savoir, on ne change pas les autres en un sourire. Ce qui est nécessaire pour changer une personne, c'est avant tout changer sa conscience d'elle-même. Et c'est alors au moment même où ses yeux me crachent des kilos de haine et où sa bouche se déforme par l'exécration que je comprends.
Que j'ai fait une erreur.
- Comment... ?!
Sanae me l'avait pourtant certifié.
/
- Il faut que tu saches que tu ne pourras jamais convaincre Hansha. Elle n'est pas du genre à capituler et malgré vos ressemblances vous ne serez jamais alliées. Jamais.
/
Mais je n'ai rien voulu savoir. J'étais assez présomptueuse pour croire que notre ressemblance pouvait me servir de motif pour lui faire changer de position. Et assez naïve pour espérer que nous pouvions trouver un terrain d'entente malgré nos antécédents.
Ses yeux.
Cela ne dure que l'espace d'une poignée de secondes. Mais ses yeux me garantissent
qu'elle ne me pardonnera jamais.
- Comment as-tu PU ?! fulmine-t-elle.
Je suis lente, si lente pour tout ce qui se joue autour de moi. Un couteau. Celui de Sanae. Elle l'a lancé à l'instant même où Hansha a apposé un point d'exclamation à sa tollé. La lame se dirige droit vers le crâne du Lieutenant. Personne n'a le temps de cligner des paupières qu'elle est déjà en train d'arc-bouter son dos. L'arme effleure son nez et n'est pas encore plantée dans le sol qu'elle lève la main pour saisir le manche à la volée.
Ses prunelles sanguines me jettent des éclairs fielleux. Je m'étrangle, sentant déjà la lame s'enfoncer profondément dans ma gorge avant même qu'elle ne m'atteigne. Heureusement pour ma vie, la glaise jaillit du bocal et m'emporte vers l'arrière. Les quatre membres de l'équipage de Dread Kharbonn se ruent sur Hansha en beuglant comme des bêtes féroces. Le Lieutenant jette le couteau vers les pieds de Sanae pour la déstabiliser et la forcer à reculer. Puis elle bascule vers les individus aux dreadlocks. Aussitôt elle repère le moins habile d'entre eux. Elle esquive les coups de hache et de cimeterres en se contortionnant. Ses mouvements surréalistes défient les limites de la possibilité humaine. Puis elle agrippe le poignet de l'homme à la rapière et le tire vers elle pour le faire vaciller. Son coude fend l'air et vient s'abattre sur le sternum du ferrailleur. Elle profite de son étouffement pour lui voler son arme.
Et elle se tourne vers moi.
Je suis complètement éberluée. Tout cela s'est passé en moins de cinq secondes. Comment peut-elle...
- Comment as-tu pu te PERMETTRE ?! tonitrue-t-elle d'une voix consumée par une rancune inextinguible.
Comment peut-elle se mouvoir avec autant d'aisance alors qu'elle vient de se réveiller ? Elle doit encore ressentir les effets soporifiques des fléchettes ! Bon sang, comment fait-elle ?!
- A terre ! s'écrit Sanae.
Tout le monde s'exécute. Hormis Dread Kharbonn qui est en train de modeler son corps pour en sortir un immense bouclier. Et hormis moi. La glaise m'a écartée d'une vingtaine de mètres et recouvre à présent mon buste et mes jambes comme une carapace. En revanche, je suis bien incapable de bouger. Mon corps, privé d'énergie, est comme désarticulé. Même mes bras ne répondent plus. Je reste bêtement debout à observer Hansha. Une pensée naïve qui résulte de mon incompétente me traverse. Elle ne peut pas m'atteindre. Pas à cette distance, pas sans son épée fétiche. Le bouclier du Capitaine aux tresses se plante devant moi alors que la rapière de Hansha fendille l'espace à l'horizontal.
Et déchire l'air.
Elle y met tellement de vigueur que c'est comme si une bourrasque balayer le quai. L'attaque entre en collision avec le bouclier et le tranche en deux. L'impact est si violent que je suis propulsée à une dizaine de mètres. Mon corps valse dans les airs et s'écrase contre le ponton, tout près du bord. J'ouvre difficilement les yeux et constate que la glaise s'est brisée en mille morceaux. Une sueur froide s'insinue dans mon dos. Si elle n'avait pas été présente pour me protéger, je serais
morte.
J'en claque des dents. Alors que j'avais certifié à Amerika que Hansha ne me ferait pas de mal, que son sauvetage relevait de ma responsabilité. J'avais cru... j'avais cru avoir le droit de lui tendre une main. Pouvoir la sortir du tourbillon néfaste d'Archontia comme l'île de Dawn l'avait fait avec moi. Je pensais pouvoir lui ouvrir les yeux, mais la vérité c'est que les siens le sont depuis le début. Elle est pleinement consciente de ses ambitions. Mon espoir de lui faire entendre raison... Quelle absurdité, voilà où tout cela nous mène...
- Hé le croupion vert, tu vas rester planter là encore longtemps ?! s'impatiente Dread Kharbonn. Sers-toi de tes guibolles colossales et emporte l'arbalétrière et le grand gaillard à la glaise !
- O...Oui ! bafouille Big Bean.
- Capitaine ! s'affolent ses troupes.
- Vous aussi les enfants ! Montez à bord de l'embarcation de l'Écrevisse, je m'occupe de retenir cette donzelle tout azimutée !
Le corps de Dread Kharbonn est encore coupé en deux par l'attaque de Hansha mais se reforme aussitôt. Puis il claque ses mains sur son abdomen est une trentaine d'armes blanches en sort. Il les saisit avec dextérité et fonce sur le Lieutenant. Le Wotan en profite pour s'élancer vers mes compagnons. Amerika est à genoux, épuisé. Sa protection en glaise a dû lui vider le reste de son énergie. Quant à Sanae, elle a dégainé une arbalète mais ses bras tremblent. Elle aussi a atteint ses limites. Big Bean saisit mes deux amis dans ses grandes paluches et cavale vers le Mahogany. Les troupes de Kharbonn hésitent mais finissent par prendre sa suite. Tout ce monde qui courent droit vers moi.
- Tu ne m'échapperas PAS l'Écarlate ! s'égosille Hansha au loin.
Mes yeux commencent à se fermer. J'entends Gaviota émettre des jacasseries. J'essaie de tourner le visage vers elle mais n'y parviens pas. Et c'est à cet instant qu'on saisit mon corps délicatement.
- Guniraka cherche à t'occire par tous les moyens, Capitaine Écarlate. Nous devons te mettre à l'abri.
- Le foulard bleu est terrifiant, gara !
Arzt. Et Phasco. Le médecin place ses mains habilement pour ne pas faire souffrir mon épiderme endolori et me hisse contre lui. Le corps du porteur du D. se met à tressauter, signe qu'il s'est mis en mouvement. Je ferme les yeux. Et la dernière personne que j'entends avant de m'assoupir est Hansha,
qui mugit mugit mugit
toute la haine qu'elle éprouve pour moi.
Le petit commentaire de l'auteure :
Aaaah ce chapitre... Je l'attendais depuis si longtemps ! Mais prenons dans l'ordre.
Déjà Colère. Elle fait un carnage dans ce chapitre, et le faussé se creuse de plus en plus entre elle et la véritable Akira. Je me doute que vous devez vous poser plein de questions sur ses origines, ainsi que sur l'état apathique d'Akira. N'ayez crainte, vous aurez enfin une partie des réponses dans le prochain chapitre ! *smile immense*
Pour les enfants de Big Mom, je ne les ai pas choisis au hasard. Ils ont tous un rapport avec la pomme, alias la spécialité d'Obuolys. Smoothie le jus, Citron le citron, Cinnamon la cannelle et Compote la compote. :3
Et enfin Hansha. Jusqu'à ce chapitre j'ai voulu laisser une ambiguïté sur elle. Va-t-elle rejoindre l'équipage d'Akira ou va-t-elle rester son antagoniste ? Maintenant je pense que vous avez votre réponse. La psychologie de Hansha est complexe est diamétralement opposée à celle d'Akira. L'aider était la pire chose à faire pour son égo et son mode de vie. C'est écrit, Akira a fait une erreur.
Sûrement la pire de son aventure...
Portez-vous bien ! A bientôt pour la suite des aventures :)
Ciaossuuuuu !
