Ah que bien le bonjour mes petits soleils (levants)!
Au moment où j'écris ces lignes, il fait plus de trente degrés chez moi et je dégouline avec l'ordinateur qui surchauffe les jambes xD Comme d'habitude depuis quelques mois, je suis longue pour publiée. Je ne sais plus si je l'ai déjà mentionné, mais j'ai un autre projet que je dois finir avant de pouvoir me reconsacrer pleinement aux Liens du coeur. Je remercie ceux et celles qui me suivent depuis longtemps et qui s'accrochent malgré mon rythme de publication ! Pour me faire pardonner, voilà un bon gros chapitre des familles xD ! Les aventures d'Akira sont celles qui me tiennent le plus à coeur, soyez certain que jamais je n'abandonnerai ma petite rouquine préférée :)

Merci à Kasumihime17 pour sa review ! Contente que tu attendes à chaque fois la suite, ça me motive :3

Je tiens à remercier kianfortin et Nathairy pour leurs follows, et orn6lla pour son favori, contente de vous embarquer dans l'aventure :3 Mais aussi makkyliie et SunnyGirl9 pour leurs follows et leurs favoris ! Tant de personnes qui me suivent, je ne sais plus où me mettre ! *joues rouges*

Ce chapitre marque la fin du deuxième Acte ! Et quel acte, il s'étend du chapitre où Akira prend la mer (chapitre 25) à celui-ci. On dirait que le découpage des deux actes est symétriques, mais ce n'est qu'une illusion étant donné que mes premiers chapitres étaient nettement plus courts xD ! L'Acte III sera, quant à lui, plus concis.

Petit rappel des personnages rencontrés sur Obuolys :
Dread Kharbonn : grand pirate barbu, Capitaine de son propre équipage, dreadlocks. Sait invoquer des armes en les extrayant de son corps.
Bazal : subordonné de Kharbonn, dreadlocks.
Wane : subordonné de Kharbonn, petit frère de Bazal, dreadlocks.
Kitanda : subordonnée de Kharbonn, rouquine qui ne mâche pas ses mots.

Skalpell : aveugle, Capitaine pirate.
Elas : subordonné de Arzt, parle aux rats.
Ganryo : subordonné de Arzt, tribu des Longs bras.

Voghi : Capitaine pirate vulgaire et méprisant les femmes.
Jita : petit garçon qui a indiqué à Akira que sa plaque était mal vissée pour qu'elle puisse tenter de tirer sa chaine et casser son entrave.
Phasco : koala qui parle et coiffé d'un foulard bleu.
Alana : sirène, soeur de Meness qui est mort (tout comme l'homme au long cou et un enfant)
Deux enfants
Francesca : Okama
Big Bean : Wotan, un hybride né d'une union entre un homme-poisson et un géant.

Et voici les deux musiques qui m'ont laaargement inspirée pour écrire chapitre :
Zazie - Je suis un homme
Grégoire - Toi + moi
De la musique française, c'est si rare !

Citation du chapitre : Toi, plus moi, plus lui, plus elle (de Grégoire)

Bonne lecture !


Chapitre cinquante

Toi, plus moi, plus lui, plus elle

Tu nous imagines plus tard, sur le pont de nos navires, face à l'entièreté de notre équipage ? Je ne suis pas certaine de pouvoir aligner deux phrases...

Vide éteinte fourbue vannée blasée indolente impassible

I.N.D.I.F.F.É.R.A.N.T.E

Autant de qualificatif pour me décrire. Je me réveille et me rendors, me réveille et me rendors, me réveille et me rendors un nombre incalculable de fois. Je ne fais plus aucune différence entre le début et la fin de journée. A chaque ouverture de mes globes oculaires, j'entends des voix qui m'appellent avec toujours un peu plus d'insistance. Parfois même on me secoue. Mais rien n'y fais. Je me dégage, je les repousse, et je me rallonge plus confortablement.

Laissez-moi donc tranquille... J'en assez... Vous ne voyez pas que j'ai juste envie de dormir ?

Tout est gris, à vrai dire moi aussi. Aucun rayon ne parvient à m'atteindre, rien ne brille. A quoi bon sourire, pourquoi est-ce que je ferais semblant ? La vie, je ne parviens plus à l'aimer. J'ai des amis, des êtres qui devraient m'être chers, mais cela ne suffit pas. Je ne comprends pas pourquoi je devrais faire l'effort de me lever, que quelqu'un m'explique ! Toutes ces personnes, tous ces amis que j'aimais tant. Toutes ces passions, toutes ces ambitions qui comptaient tellement. Je suis extérieure à tout ça à présent. Je me fiche de tout.

J'en ai marre.

Marre de me battre pour une cause qui est d'office perdue. Pourquoi s'acharner ? Ça ne sert à rien

à rien

à rien

à...

- NON !

Le cri de mon âme me soulève et fait vibrer la pièce. Je jaillis de mon état végétatif pour regagner la réalité. Assise sur un lit, je halète comme si j'avais couru sur plusieurs kilomètres. Tout mon corps est flageolant. Mon esprit est déjà parti en quête de quelque chose qui m'anime depuis si longtemps.

Mon rêve.

Et il le déniche. Oh mon Dieu il est bien là... ! Il est toujours là, présent dans l'intégralité de mon organisme. J'agrippe mes bras, à la fois soulagée et épouvantée. Car ce n'était pas un rêve. Toutes ces pensées obscures... Seigneur... Je ne rêvais pas. Elles m'ont bien traversée, elles m'appartiennent. J'en suis à la fois la créatrice et la bénéficiaire. Cette lassitude sans fin qui m'habitait parfois sur l'île d'Obuolys, elle est revenue.

Obuolys
Ma précédente situation me frappe au visage. Est-ce que nous en sommes sortis tous sains et saufs ? Je revois le corps sans vie de Meness, de l'homme au long cou, de l'enfant et de quelques civils. Non, bien sûr que non...

- Akira !

Un corps se jette sur le mien sans me ménager. Il ne pèse presque rien. Vanille et camomille. J'identifie automatiquement à qui appartient cette odeur et l'étreins par la taille pour ressentir un peu plus sa présence. Nanaly...

- Tout doux ma sœur ! 'Tin je déraille ou c'est moi le plus sensé de la fratrie ?

Kenban.

- Pas d'affolement mon ami, cela fait quelques jours qu'elle est complètement remise.

Je mets un peu plus de temps pour reconnaître la deuxième voix mais suis sûre de moi lorsque j'obtiens une conclusion : il s'agit de Skalpell D. Arzt. Attendez, quoi ?! Il a parlé de « quelques jours ». Cela fait combien de temps que je moisis dans cette inactivité ? J'arpente la pièce des yeux et suis étonnée de constater que ma vision est claire. Et comme l'a stipulé le Capitaine médecin, je ne ressens plus aucun tiraillement physique. Je fais rouler mon épaule qui était luxée. De ce côté aussi tout va bien. Je fronce les sourcils. Je devrais être rassurée de me sentir en forme mais cela n'est pas le cas. Car ça démontre que j'ai dormi longtemps. Trop longtemps.

La chambre des garçons où nous sommes n'est pas bien remplie et a été réaménagée provisoirement en infirmerie. C'est vrai que nous ne possédons pas une telle pièce sur le Mahogany. Je suis actuellement assise sur le lit d'Amerika. Ce dernier est présent et est adossé au fond de la chambre. Il me dévisage longuement, sans aucune trace d'animosité, et je devine que nous avons trois milliards de choses à nous dire. Les jumeaux sont également là – Nanaly dans mes bras et Kenban debout pas loin de nous. Le dernier acteur de cette scène de réveil est Skalpell D. Arzt qui se trouve assis sur une chaise près de mon lit. Je note que ce dernier est nettement plus présentable que lors de notre première rencontre. Sa longue chevelure est rejetée en arrière. Immaculée. Tout comme sa peau, ses cils, ses sourcils, sa blouse de docteur. De ma vie, je n'ai jamais vu quelqu'un d'aussi propre. Attendez... Seraient-ce des perfusions intraveineuses qu'il est en train de ranger ? La chanteuse se redresse un peu et ses deux azurs rencontrent mes deux océans :

- Je n'ai pas arrêté de t'appeler pendant tout ce temps, surtout quand je te lavais les cheveux et le corps. Mais tu m'as...

- Je t'ai « quoi » ? je poursuis inquiète de la voir interrompre sa phrase. Qu'est-ce que je t'ai fait ?

- Tu nous as tous rejetés, conclue Kenban la mine grave.

Je ravale ma salive, me souvenant précisément de toutes les réflexions pessimistes qui m'ont englobée. De cette envie de tous les abandonner pour être tranquille. Ces spéculations me ressemblent si peu, et je crois que c'est ça le plus alarmant. Je rencontre les prunelles noisette du navigateur. Qu'a-t-il senti lorsque j'étais dans cet état ? Je me décale un peu pour me rapprocher du bord du lit, Nanaly toujours sur mes genoux. J'étends la main vers le musicien et l'invite à la prendre. Il paraît un peu perplexe. Auparavant, et en de telles circonstances, je n'aurais probablement pas permis un tel contact avec ce coureur de jupons. Toutefois mon point de vue le concernant a changé le jour où j'ai assimilé ses sentiments sincères à mon égard. Il finit par joindre nos paumes ensemble. Lorsque sa peau rencontre la mienne, je crois discerner des rougeurs sur ses joues. C'est tellement surprenant venant de cet homme qui n'est jamais gêné avec autrui.

- Pardon, Kenban, tout le monde. Je suis vraiment désolée, je ne voulais pas me montrer aussi distante.

Il peine même à affronter mon regard. C'est tellement attendrissant. Il finit par hocher la tête. Je poursuis en m'adressant cette fois à Arzt :

- Est-ce que tu peux me raconter ce qui s'est passé après ma perte de connaissance ?

Je constate qu'il est un peu surpris que je lui demande cette faveur. Après tout j'aurais également pu poser la question à Amerika puisqu'il est présent. Mais je sens que ce n'est pas ce sujet que je dois aborder avec lui. L'homme aux longs cheveux blancs débute son récit par ce nom que j'appréhende tant à présent :

Guniraka Hansha.

Hansha folle de rage, dont le courroux était devenu une véritable menace pour nous. A elle seule, même sous l'emprise des somnifères et dépourvue de son épée fétiche, elle était capable de tous nous tuer. Rien ne semblait pouvoir l'arrêter dans sa quête de m'anéantir. Moi, celle qui lui avais porté secours.

- Si je ne m'abuse, la Fouine t'avait pourtant mise en garde : jamais le Lieutenant de la Marine et toi ne seriez alliées.

- Je sais, dis-je amèrement en contractant mon poing sur ma cuisse.

J'en suis parfaitement consciente à présent. Mon entêtement à sauver tout le monde a failli nous coûter la vie. Le Capitaine médecin ne me laisse pas culpabiliser davantage et continue sa narration. Dread Kharbonn est intervenu pour la ralentir et nous permettre à tous de monter à bord du Mahogany. Big Bean a transporté Amerika et Sanae qui étaient à bout de forces. Arzt et Phasco ont quitté le navire, où nous attendaient tous les prisonniers que nous avions délivrés, pour me conduire à l'abri sur le Mahogany.

Mais personne ne semblait « à l'abri » avec le Lieutenant Guniraka dans les parages. Au moment de lever l'ancre, Dread Kharbonn nous a finalement rejoint, exténué. Il avait eu recours à une technique qui lui avait demandé beaucoup d'énergie pour bloquer Hansha. Bloquer ? C'est ce qu'il croyait car l'horreur a statufié tout le monde lorsqu'ils ont constaté que la soldate se tenait debout au bout du ponton.

Et alors,

elle a levé la rapière qu'elle avait volé à un homme de Kharbonn. Ce dernier tentait d'user de son fruit du démon pour attirer l'arme extraite de son corps. Mais la poigne de Hansha était la plus forte. Elle a esquissé un seul geste bourré d'intensité vers le navire, comme si elle voulait lui porter une estocade.

Et même à cette distance elle perça la coque du navire. A mesure que le Mahogany s'écartait d'Obuolys pour rejoindre Ledynas, l'eau s'infiltrait dans les étages inférieurs. Aucun charpentier naval n'était à bord, personne n'était assez doué pour savoir comment combler la brèche efficacement. Personne sauf...

- Le juvénile Jita.

- Jita ? je répète en croyant avoir mal entendu.

- Oui, lui-même.

Je reste un instant interdite. Ce petit serait un charpentier naval ? Non, ça doit être autre chose... Arzt ne prend pas la peine de développer cette information déconcertante et en vient directement à sa finalité : le Mahogany fut sauvé, tout comme son équipage de fortune. Ils sont arrivés sans encombre sur l'île hivernale de Ledynas.

Tout à coup, le Capitaine médecin consulte sa montre et se lève :

- Il est quinze heures. Il est temps pour moi de prendre le thé. Si vous voulez bien m'excuser.

- Euh oui. Ah ! Peux-tu demander à Jita de venir ici ?

Arzt acquiesce et quitte la pièce, me faisant supposer qu'il doit posséder certaines manies. Je me tourne alors vers Kenban qui vient s'asseoir à côté de moi sur le lit. Il se désigne crânement :

- J'imagine que c'est au chouette gaillard que je suis de poursuivre le récit ?

Je ris un peu. Son égocentrisme m'avait manqué. Il m'explique que lorsque le Mahogany a amarré sur Ledynas, le camp qu'avait installé les jumeaux étaient déjà pratiquement rempli. Une grosse majorité était encore sous le choc des derniers événements. Toutefois, il a fallu s'organiser sans délai. Pour les blessés, des tentes ont été aménagées avec ce que les agriculteurs de Timu nous ont gracieusement donné. Des groupes se sont formés pour aller dénicher du bois pour le feu et des denrées alimentaires pour pouvoir subvenir au besoin de toutes ces personnes. Le Mahogany accueillit en son sein les personnes qui avaient subi le plus de dommage. Il s'agissait pour la plupart d'anciens détenus qui ont dormi plus de deux jours d'affilés.

- Sur le podium des roupilleurs, on retrouve Kharbonn le mastodonte en troisième position qui a dormi une journée supplémentaire. Ensuite il y a ce bon vieux Rik qui a pioncé pendant quatre jours et pour finir Sanae, la championne, qui a dû schloffer pendant cinq jours pour se refaire une santé.

- Et moi je suis hors compétition, c'est ça ?

Je n'ai pas déclaré ces mots comme un reproche mais plus comme une constatation. Nanaly s'écarte un peu pour me regarder droit dans les yeux. Je lis dans les siens une angoisse qui n'a cessé de grandir. Jour après jour. Je me racle la gorge avant d'oser demander :

- Combien de jours je suis restée à végéter ici ? Dix ?

- Non pas dix jours, trois semaines.

La remarque vient de Sanae qui est entrée dans la chambre. Elle porte dans ses bras Jita. L'information percute aussitôt mon cerveau. Trois semaines ! Trois semaines que je suis dans ce lit à repousser le moment de me lever. Je me souviens m'être réveillée plus d'une fois pendant ce laps de temps. Quel sentiment des plus déroutants... et des plus agaçants. Mes yeux se confrontent au regard implacable de Sanae et je déchiffre quelque chose. Une sueur froide me traverse. Ce qui s'est passé à Obuolys s'apparente plus à une victoire qu'à une défaite, même si je ne suis pas totalement satisfaite. Cependant, le regard onyx de Sanae m'expose que

elle regrette.

Pas d'avoir sauvé toutes ces vies. Mais plutôt d'avoir intégré les Crimson Pirates. Rarement je me suis sentie aussi décevante aux yeux de quelqu'un. Le maigre estime que je me porte se fragilise encore plus. Le pire c'est que je comprends l'arbalétrière. Depuis qu'elle a rejoint l'équipage, je n'ai cessé de lui montrer mes facettes les plus détestables. Des facettes que je ne m'explique pas mais qui font partie de moi.

Sanae dépose Jita à terre et le garçon trottine vers moi. Maintenant que je le vois de plus près, je constate qu'il s'est un peu remplumé. Par contre il conserve toujours ce teint cadavérique, comme si, depuis toujours, il avait vécu loin du soleil. Il me sourit timidement et je ne peux m'empêcher de lui renvoyer la même expression. Il a l'air d'aller plutôt bien, me voilà un peu tranquillisée. J'allonge la main et la pose sur son épaule malingre :

- Dis-moi Jita, tu es charpentier naval ?

Il réfléchit un instant puis finit par répondre négativement avec son menton. Ses fins cheveux noirs suivent le mouvement et je me rends compte d'une chose. Avec une frange aussi longue je n'ai jamais pu croiser son regard. Ma main se déplace et je remarque qu'il paraît apeuré lorsque je m'approche de son visage. Sanae vient se positionner derrière lui et il se cramponne à son leggings. Je souffle :

- N'aie pas peur.

Il hoche la tête lentement mais ne relâche pas la cuisinière pour autant. Mes ongles frôlent sa frange comme une caresse rassurante. Puis je place ma paume directement sur son front frais et je relève toutes ses mèches. J'observe cette partie de son visage qui m'était jusqu'à lors inconnue. Ses sourcils sont assez fournis pour son âge et son arqués par une agitation intérieure. Il garde ses paupières fermées tout comme Arzt que je soupçonne d'être aveugle. Néanmoins le cas de Jita s'avère différent.

- Regarde-moi, Jita.

Après mille hésitations, il finit par s'exécuter.

Améthyste parme byzantin colombin indigo glycine lie de vin magenta.

Toutes les nuances et teintes de violet sont logées dans ses prunelles. Cette œuvre d'art qu'il me propose est à la fois anormale et époustouflante. Je dois rester scotchée à son regard plus d'une minute entière. Je crois même que j'en perds mon souffle et ma voix. Je suis bien incapable de parler pendant un certain laps de temps. Enfin, après ce qui me semble être une éternité, je murmure :

- Tu as les plus beaux yeux que j'ai croisés de toute ma vie.

Bien loin de lui faire plaisir, ce compliment l'embarrasse encore plus et il n'arrive plus à soutenir mon observation.

- Jita est un Mimic, se manifeste Sanae.

Je ne pense pas me tromper en disant que je suis la seule désorientée par cette révélation. En trois semaines, les autres ont déjà dû aborder ce sujet. Jita est donc un Mimic. Je ne sais absolument pas ce que cela signifie mais j'imagine que cela à un rapport avec la couleur surnaturelle de ses prunelles.

- Un Mimic ?

La brune continue :

- Il s'agit d'une ethnie quasiment éteinte de nos jours. Il est plus rare de croiser un Mimic qu'un Géant ou qu'un Wotan, c'est pour dire. Les membres de cette lignée possède une particularité : leurs yeux sont capables d'enregistrer tout ce qu'ils voient. Absolument tout. Ils détiennent la plus puissante mémoire photographique du monde. Et c'est précisément pour cette raison qu'ils sont activement recherchés par des malfrats, par des revendeurs et même par le Gouvernement Mondial. Quoi de mieux qu'une personne capable de reproduire aussitôt tout ce qu'on lui inculque ? C'est un gagne-temps monumental ainsi qu'une main d'œuvre de haute qualité. Tout ceux qui sont à la recherche d'un Mimic s'accordent dans ce sens, oye. Le Gouvernement Mondial, quant à eux, les recherchent pour engendrer des soldats de qualité et pour les faire devenir de futurs membres d'un Cipher Pol.

- Cipher Pol ? je répète la gorge sèche.

- Il s'agit de la fameuse section que j'ai évoquée sur Logue Town, celle chargée d'espionnage et de recherche d'informations. C'est une branche divisée en neuf unités. J'en faisais partie également.

Je hoche la tête, assemblant toutes les informations que vient de me divulguer l'arbalétrière. Si je me rappelle bien, La Musaraigne avait associé Sanae au CP4. Quant à Jita... C'est terrible, encore un exemple de la perfidie humaine. Les Mimics sont traités comme des esclaves. Ils doivent être constamment en fuite. Et Jita... Depuis quand est-il séparé de ses proches ? Les a-t-il seulement connus ? Arzt m'avait fait comprendre qu'il était le prisonnier de Hizumi depuis plus longtemps que tout le monde. « Au meilleur prix ». C'est ce qui était inscrit sur sa pancarte. Ce Roi avare cherchait probablement un acquéreur fortuné. Je me tourne à nouveau vers Jita qui a fermé les yeux. Il doit considérer ses prunelles comme une malédiction. Je lui demande d'une voix douce, mais cette fois sur le ton de la certitude :

- Tu as déjà rencontré un charpentier naval, n'est ce pas ?

Il acquiesce puis sort de sa poche un petit carnet et un crayon à papier. Il écrit dessus puis me montre le papier :

« Oui. Jai regarder plusieur persones en aktion don c'était le métier. »

J'arque un sourcil. Toutes ces fautes d'orthographe. J'imagine que personne ne lui a jamais fait de leçon et il n'a pas du lire grand chose dans sa vie. Et si je me souviens bien je n'ai jamais entendu Jita prononcer le moindre mot. Je relâche ses mèches qui camouflent de nouveau ses yeux puis des doigts j'effleure sa tempe. Je saisis délicatement son menton et l'encourage à ouvrir la bouche. Le sang quitte mon visage.

Il n'a plus de langue.

Ou plus précisément elle a été sectionnée. On lui a retiré son droit de s'exprimer verbalement. Il n'était même plus considéré comme un esclave. Il était moins que ça. Un objet. Un si jeune garçon... Il doit avoir à peine plus de dix ans. Il rouvre ses prunelles pour les planter dans les miennes. J'y lis toute sa frayeur, son traumatisme inextricable, toutes ses années à appartenir aux autres et non à lui-même.

Et j'y lis l'espoir. L'espoir écartelé, malmené, délabré, qui n'attendait qu'une chose : qu'on se souvienne qu'il existe.

/

- Comment vont tes mains ?

Je m'adresse à Amerika qui est venu prendre la place de Kenban sur le bord du lit. Il me montre ses paumes qui sont presque redevenues normales, si ce n'est leur légère couleur rosée due à la cicatrisation. Le blond, sa sœur, la cuisinière et Jita nous ont laissés à ma demande. Je voulais m'entretenir en tête à tête avec mon second et meilleur ami. Cela fait une éternité que ça ne nous est pas arrivé. Seulement quelques centimètres nous séparent physiquement, mais en vérité une foule de non-dits nous dissocient depuis quelques temps. Quand je me souviens de notre rencontre, de ces cinq jours incomparables que nous avons vécus sur Bibidia, son île natale, l'envie de pleurer me saisit. Car j'aimerais retourner à cette période de paix, récupérer notre complicité, faire étinceler cette amitié que je n'arrête pas de décolorer. Je lève timidement les yeux vers lui et, alors, j'ose enfin prononcer les mots qui m'ont traversé l'esprit sur Timu :

- Tu me manques.

Et il sourit. Et ce sourire a le pouvoir d'abattre mes blessures internes l'espace d'une poignée de secondes. Sans hésitation aucune, il ouvre les bras et susurre :

- Viens là.

Je ne me fais pas prier pour m'engouffrer dans cet havre de bien-être qu'il me propose. La joue contre son torse, les bras noués dans son dos, je savoure pleinement son aura fortifiante qui me réchauffe les membres. Nous restons ainsi quelques minutes, à ce perdre dans ce court instant de bonheur, avant de recouvrer la réalité. Une réalité que je ne peux pas fuir, qu'il faut que j'affronte encore et toujours. Je murmure :

- Amerika ?

- Oui ?

- Celle que tu as rencontrée sur Bibidia n'existe plus.

Et c'est à la fois une affirmation et une vérité. Trop d'événements se sont passés depuis, et ils ont tous laissé une trace indélébile sur ma personnalité. C'était à prévoir, je ne peux même pas m'en blâmer entièrement. Ce rêve me guide sur une voie bien sombre, semée de mille dangers et parfois même de morts. Des morts que je pourrai causer moi-même, comme sur Obuolys. Et cette voie que je trace avec mes ambitions risque encore d'altérer mon caractère à l'avenir. Dans l'obscurcir. Je n'y peux rien. Toutefois, il y a des changements opérés chez moi que je ne comprends ou ne tolère pas.

Amerika se décale pour plonger ses deux noisettes dans mes océans. Et de l'un de ses grands doigts, il tapote mon buste :

- Si, elle est là.

J'attends la suite, attentive, car je sais qu'il me connaît mieux que moi-même. Il me sourit gentiment.

- Celle que j'ai rencontrée sur Bibidia se tient face à moi. A l'époque, elle était un bourgeon précoce et bourré d'une vitalité attrayante. Comme le font les fleurs, ce bourgeon a ouvert ses pétales, tels des bras tendus vers l'avenir. Il a éclot, mûri, mais les intempéries font que parfois il se ternit. Comme maintenant.

Je hoche la tête tandis qu'il décharge mon visage de toutes les boucles qui me chatouillent. J'agrippe son t-shirt et me laisse volontairement submerger par ses prunelles qui me détaillent. Il sait, il sait, il sait. Et moi aussi je veux savoir. Non, c'est faux, je ne le souhaite pas entièrement, mais je dois savoir. Je balbutie :

- Qu'est-ce que tu sens ? Que te révèle l'air que j'expire ? Dis-moi tout s'il te plaît, sans détour.

- Il y a tellement à dire. Mais avant j'aimerais t'entendre pour pouvoir faire le lien avec ce que tu as vécu intérieurement. Ici, et là.

Il désigne ma tête et mon cœur. Mes lèvres tremblent, accablées par tant de mots, tant de pensées que j'ai retenues et qui m'ont engloutie. Mais la barrière va céder. Elle doit céder. Alors je lui dis tout. Absolument tout depuis Pakuta, depuis ce terrible jour où j'ai recouvré mes souvenirs. Je lui raconte toutes les émotions qui m'ont traversée. Je n'omets rien, je lui livre tout. Je m'attarde surtout sur ce qui s'est passé sur Obuolys et sur ma convalescence dans ce lit. Ma confession est laborieuse, presque abstraite, je m'y égare plusieurs fois. Seulement, il ne me reprend pas. Il reste tout ouïe du début à la fin de mon discours. Et la fin, elle survient bien une heure plus tard. J'ai la gorge sèche. Il se penche, verse de l'eau dans un verre et me le tend. Je ne me fais pas prier pour tout avaler. Je guette sa réaction dans le silence. Maintenant que ma voix ne remplit plus les blancs et que je suis dans l'attente de son verdict, je me sens étrangement calme. Le fait de ne plus être seule à endosser mes propres tourments est égoïstement apaisant. Il réfléchit longuement en se frottant le menton, les coudes sur ses cuisses et les yeux dans le vague. Enfin, il murmure :

- Colère...

Il se redresse et me fait face. Il saisit délicatement mes mains avant de poursuivre :

- Akira, je suis navré si cela va t'être pénible à entendre mais il va falloir te remémorer notre passage sur Pakuta.

Pakuta, l'île de misère où vit, à ma connaissance, mon seul lien de sang existant encore : mon grand-père maternel. Cette destination fut la seconde sur la route que j'ai parcourue depuis l'île de Dawn. Amerika était avec moi lors de cet épisode décisif et tragique où j'ai récupéré mes souvenirs de...

Image image image.

Rouge SANG.

Je plisse le front de douleur, refluant au loin mon passé.

- Je... je suis obligée ? je demande d'une petite voix.

- J'en ai bien peur, oui, répond-t-il en caressant le creux de mes poignets.

Je hoche la tête en lorgnant sur les grandes phalanges de mon navigateur. Puis sur ma peau cuivrée qui se situe en dessous. Elles ne sont plus là, ces chaînes forgées dans mes liens de sang. Je m'en suis débarrassée, je n'ai pas à avoir peur.

- Continue, je fais d'une voix plus résolue.

- Ton grand-père nous a parlé de ton Fruit du démon, celui de la répulsion, le Kujo Kujo no mi. Il a également mentionné le précédent utilisateur de ce fruit et nous a décrit ce qu'il savait à son sujet. Selon lui, une énergie folle bouillonnait sous la peau du détenteur du fruit de la répulsion. Depuis qu'il l'avait mangé, ce n'était plus la même personne. Il était devenu irascible et susceptible. Jusqu'au point de non-retour.

Oui, je m'en rappelle. Je me rappelle également m'être identifiée à cet homme sur le moment. Mais aujourd'hui, ce qui lui est arrivé fait encore plus sens. Je reste suspendue aux lèvres d'Amerika qui poursuit :

- Te souviens-tu du sort de cet homme ?

- Il est mort.

Comment oublier ? Le natif de Bibidia acquiesce :

- Oui. Il délivra toute la puissance de son fruit du démon, dévasta Pakuta et mourut, consumé par la libération excessive de son pouvoir.

Je me revois alors sur Obuolys. A déchaîner mon pouvoir, à décharger tout mon courroux sur La Musaraigne. Inarrêtable, inatteignable. Aveuglée par mon besoin de faire payer à Hizumi ce qu'il avait fait subir à tant de personnes aveuglée par ma révulsion des inégalités et des injustices aveuglée par ma rage qui me maintenait debout au détriment de ma propre santé.

Aveuglée par ma Colère.

- Colère..., je susurre comme une révélation. Tu crois que...

- Oui. Il semblerait que cette Colère soit propre à ton Fruit du démon. Car laisse-moi te dire une chose : cette Colère n'a rien d'habituel, elle te transforme, altère qui tu es au point que je ne parviens même plus à te reconnaître. Dans tous les sens du terme je veux dire.

Je me rappelle alors de ce jour où j'ai découvert qu'Ace avait rejoint l'équipage de Barbe Blanche. J'étais entrée dans un ouragan d'animosité et Amerika m'a vue. Et il m'a posé cette question : « Qui es-tu ? ». En réalité elle n'était pas à adresser à moi, mais à Colère. Je reprends un verre d'eau histoire de conserver des idées intelligibles. Puis je me sers de mes doigts pour énumérer à voix haute toutes les fois où Colère est apparue.

- La découverte de mon passé sur Pakuta.

Il est vrai que j'étais davantage tourmentée, affligée, que véritablement furieuse. Pourtant c'est là-bas que j'ai ressenti vivement ce dégoût pour les inégalités et les injustices. C'est là-bas que j'ai récapitulé mentalement tout ce qui m'avait ébranlée. La soumission de ma mère à la noblesse, ma mère bipolaire, opprimée au point d'en perdre la raison. La fourberie de mon père et son égocentrisme. Leurs décès. Et surtout la mort incompréhensible et si injuste injuste injuste de Sabo. C'est là-bas que c'est concrétiser mon objectif. Depuis cet épisode décisif, combien de fois Colère est survenue pour guerroyer avec moi contre les disparités et les iniquités ?

- Timber Town et Brick Town.

C'est lors de mon assaut sur la Barricade que Colère est née. La situation des habitants de l'île jumelée m'avait mise hors de moi. Je hoquette à l'entente de cette dernière phrase que j'ai prononcée à voix haute. C'est précisément ça. J'étais hors de moi-même. Je me remémore très clairement avoir pensé ces mots « Je m'appelle Colère ». Mais ils ne m'appartenaient pas. Et tous ces Marines que j'ai affrontés, tous leurs os brisés. Et si... et si certains étaient morts pendant cet affrontement ? Je m'étais convaincue du contraire pour me rassurer mais en réalité je n'en ai aucune garantie. Je déglutis et poursuis :

- Qing Chà.

L'île natale de Sanae. Je sens encore les deux doigts de Kenban tracer une ligne depuis la racine de mes cheveux noués jusqu'au col de mon kimono. Ma main intolérante a alors broyé son poignet sans que je m'en rende compte. J'ai blessé l'un de mes compagnons, celui-là même que j'ai promis de protéger. Je réprimande ma respiration qui tentait de s'enfuir et expose un quatrième doigt :

- Logue Town.

J'ai cru que Sabo était vivant. Cet espoir m'a fait perdre la raison. Toutes ces personnes que j'ai bousculées, poussées, envoyées valser. Je n'y suis pas allée de main morte.

- Le journal qui évoquait Ace. Et enfin Obuolys.

Inutile de revenir sur ces épisodes. Pour l'un, Amerika y a directement assisté et pour l'autre je l'ai déjà détaille tout à l'heure. Et pour finir toutes ces intervalles fugaces où j'ai parlé ou agi crûment. Était-ce moi ? Ou elle ? C'est à devenir fou. En tout cas je dois reconnaître quelque chose : Colère prend de plus en plus de place. Quel est son objectif ? La réponse me paraît tout de suite évidente. J'en fais part à mon ami :

- Colère souhaite la même chose que moi. J'en suis persuadée. La différence – qui est de taille – est... qu'on ne s'y prend pas de la même façon.

C'est vrai. Elle veut tout comme moi supprimer les inégalités et les injustices qui divisent les peuples. Par contre elle cherche davantage à annihiler ceux qui profitent de leurs influences et de leurs puissances pour assujettir les autres. Elle est sensible au sauvetage des individus en détresse mais cette vocation vient au second plan. Par conséquent, nous avons le même rêve dans notre ligne de mire mais nos méthodes pour l'atteindre divergent. « Nous ». J'agrippe ma nuque et ma tête fléchit. C'est tellement anormal de se nommer comme ça. Le « nous » a remplacé le « moi ». Comment préserver ma santé mentale après une telle révélation ? Mon corps, mes actions, mes pensées, tout cela n'est plus totalement de mon ressort.

Je soupire. Le Kujo Kujo no mi Colère. Ça fait quasiment dix ans que Luffy m'a fait prendre conscience que mes pouvoirs étaient dus à un Fruit du démon. Dix ans et voilà que je lui découvre encore des subtilités. J'inspecte mes paumes, je perçois l'énergie qui gigote en dessous.

- La Colère. Tu as raison Amerika, sur toute la ligne. Je m'étais déjà faite cette réflexion plus d'une fois. La Colère influe sur mes facultés. Je ne suis jamais aussi forte que lorsque je suis en Colère.

Je plisse le nez.

- Ce qui signifie que mes pouvoirs sont bridés quand je ne suis pas furieuse. C'est un cercle vicieux...

- Nous trouverons une solution, me rassure-t-il aussitôt en massant mon épaule guérie. Tu as appris à te battre d'une certaine façon. Dès à présent, il te faut en dénicher une nouvelle. Je t'aiderais. Nous t'aiderons tous si tu l'acceptes.

J'acquiesce en souriant faiblement. Il le sait probablement mais cette tâche s'avère bien alambiquée, presque irréalisable. D'un côté, Colère se nourrit de ma haine et je ne suis pas certaine de pouvoir y renoncer facilement. Tellement de choses me contrarie et me dégoûte dans ce monde. D'un autre côté, elle peut également facilement prendre ma place lorsque je n'ai plus l'envie de lutter, comme sur Obuolys. Je lorgne sur le verre, la gorge soudain aride. Il est vide, tout comme moi lorsque j'étais...

- Et qu'as-tu senti pendant mes trois semaines de convalescence ? je m'enquiers d'une voix mal assurée.

Je lis dans ses yeux noisette que lui aussi avait différencié Colère et mon apathie nébuleuse. Il se frotte de nouveau le menton, plongé dans une intense réflexion. Enfin il déclare :

- C'est compliqué à expliquer. Quand tu es en proie à cette léthargie, je sens que c'est bien toi et que ce n'est pas toi à la fois.

Je cligne des paupières. Je n'ai rien compris. En notant mon expression ahurie, il explose de rire.

- Je t'avais prévenu.

- Essaie toujours.

- Pour faire simple, c'est très différent de Colère. Colère peut être personnifiée. Alors que lorsque tu es amorphe, je sens bien que tu es là, que cet état t'est propre. Par contre, les aspirations de Akira-normale et Akira-déprimée sont contraires, diamétralement opposées. C'est... déroutant. De te savoir éteinte alors qu'en réalité tu es pleine d'ambitions. C'est comme si tu t'étais dénudée et que tu avais jeté tous tes habits qui symbolisent tes rêves. Toi qui est pleine de bonté, te voilà transformer en égoïste.

« Amorphe » « éteinte » « dénudée » « égoïste. Tant d'adjectifs péjoratifs. Auparavant, je n'envisageais pas qu'on puisse me qualifier ainsi. Tout est différent à présent. Je balbutie en regardant ailleurs :

- Est-ce que tu crois que... je suis malade ? Médicalement parlant je veux dire.

- Je l'ignore, répond-il en secouant la tête l'air peiné. Il faut que nous surveillons ça de près. Et si ça refait surface, il serait plus judicieux d'en parler à un professionnel, Arzt par exemple.

Je hoche machinalement la tête et ferme les yeux, accablée par tout ce qui m'arrive. Il y a tant à faire. Mon rêve me prend déjà tout mon temps et mon énergie. Il ne manquait plus que des complications rappliquent. Des complications qui impactent sur ce que je suis. A l'avenir, si je ne canalise pas ma rage je risque encore de blesser ou tuer autrui. Et mon étrange indolence pourrait faire surface d'un moment à l'autre, comme sur Obuolys. Ça pouvait difficilement être pire. Un doigt tapote là où se situe mon cœur.

- Si tu savais le nombre de larmes qu'il contient. Je peux même le percevoir dans ton air, c'est dire. Cette promesse que tu t'es faite sur Pakuta, celle de ne plus jamais pleurer de tristesse... Tu dois t'en douter mais à mon sens ce n'était pas raisonnable. A ce moment-là tu avais du cirage dans le ciboulot.

Autrement dit je n'avais pas les idées très claires. C'est regrettable mais même l'expression amerikanienne ne parvient pas à ramener ma bonne humeur. L'anxiété qui ternit son regard me peine alors j'objecte d'une voix à la fois douce et résolue :

- Je me doute bien que cette promesse ne te plaît pas. Cependant, nous avons deux visions discordantes concernant ce sujet. Selon mon, il est dangereux de se laisser aller à la volupté des larmes. Si je m'abandonne au chagrin, j'aurais l'impression qu'il ôte mon courage et me prive de ma volonté.

Le soupire excédé que pousse le navigateur emplit toute la pièce. Il secoue le menton et je lis sur ses lèvres un « plus têtue qu'un bourricot ». Il scrute longuement le plafond avant de revenir vers moi. La lampe tempête révèle un éclat doré dans les prunelles de mon ami. Il prononce, hardi :

- Très bien, tu as gagné – pour le moment ! Je sais à quel point les promesses peuvent être déraisonnablement importantes pour toi. Alors ouvre bien grands tes esgourdes : je ne peux pas te promettre de régler tous tes problèmes mais je peux te promettre que tu ne les affronteras pas seule. Jamais.

Amerika... J'en tressaute d'émotions. Les prémices d'un sourire vient étirer mes lèvres. Du bout du doigt j'effleure le bouc de son menton. Je l'aime tellement. J'aime tous mes amis et mes frères d'une façon unique. Mais cet amour que je lui porte est le plus pur de tous. Il n'y a ni attente, ni exigence, ni tentation entre nous. Notre amitié est la blancheur même. Je me redresse et enferme ses temps avec mes paumes. Les perles de son bandeau cliquettent lorsque j'appose mon front contre le sien. De cette façon, je lui transmets tous les remerciements du monde. Il le sait.

Nous restons dans cette position vivifiante quelques minutes puis il finit par s'écarter.

- Bon, il est temps d'aller parler à tout ce beau monde qui n'attend qu'une chose : que tu te réveilles.

- Tu veux dire qu'en trois semaines personne n'est parti ?! je m'exclame surprise.

- Avec quel bateau ? Il n'y a que le Mahogany. Bon d'accord, si on y réfléchit bien les troupes de Dread Kharbonn ou celles de Skalpell D. Arzt auraient pu facilement nous piquer le navire lorsque Sanae et moi étions inconscients. Arzt m'a expliqué un jour pourquoi il n'a pas agi comme ce qu'il est, c'est-à-dire comme un pirate. Tu sais ce qu'il m'a dit ?

Je secoue le visage, alors il poursuit en imitant la voix de l'albinos :

- « Dans la vie, seuls les vainqueurs peuvent réécrire l'histoire. Le Capitaine Écarlate s'est chargée de la nôtre alors qu'elle ne nous devait rien. Un tel acte de bonté ne peut être éclipsé ». Ils auraient pu nous duper, mais ils ne l'ont pas fait, ce qui prouve que ce sont des hommes de principes.

Il me lance un regard et j'y déchiffre de la considération à mon égard. Il est fier que je fus capable de me faire des alliés aussi influents et dignes. Pour ma part je ne suis pas aussi optimiste que lui. Rien n'est encore scellé. Kharbonn, Arzt, et tous les autres ont très bien pu m'attendre par respect et non pour me suivre dans l'aventure des Crimson. En se levant complètement, Amerika me fait signe de ne pas bouger et revient avec...

- Une cape ?

- Je l'ai confectionnée pendant ta convalescence avec l'aide d'une couturière et d'un brodeur. J'y ai moi-même inscrit la touche finale au centre.

J'arque un sourcil, intriguée, puis je la déploie sur le lit. C'est...

- ...un message, disons en chœur le navigateur et moi.

Nous rions discrètement, notre complicité venant à peine de refaire surface après une hibernation interminable. Je frôle le tissu écarlate et plus précisément le mot peint dessus en blanc. Pas de doute, c'est bien Amerika qui en est l'auteur. Ce dernier me tend la main :

- On y va ? Ils t'attendent.

Ce à quoi je réponds aussitôt, déterminée :

- Oui.

J'attrape sa paume et me mets enfin debout. A peine ai-je fait quelques pas qu'un détail capte mon attention. Je n'ai pas trébuché, j'avance normalement, mais...

Mes jambes...

Ont-elles toujours été aussi branlantes ?

/

Tout ce monde.

Se tiennent face à moi une bonne partie de la population d'Obuolys. Anciens gardes bleus et bordeaux, les Crimson ayant refusé, d'un accord tacite, d'offrir l'asile aux sbires jaunes du Roi. Il y a également beaucoup de femmes qui se prostituaient sur l'île, des civils, ainsi que les ex-détenus des prisons souterraines. Parmi eux nous retrouvons une majorité de pirates. Je remarque que les équipages de Dread Kharbonn et de Skalpell D. Arzt se sont reconstitués pendant ma convalescence. Evidemment j'imagine que tous leurs membres ne sont pas présents, qu'ils ont été exportés ou tués avant notre intervention. Le reste des anciens prisonniers sont des civils qui étaient destinés à la vente. Je reconnais Phasco le koala, Alana la sirène, Big Bean le Wotan et Francesca l'Okama. Très peu d'enfants sont présents sur ce terrain enneigé. J'aperçois uniquement les deux garçons qui étaient enfermés avec moi.

Le paysage est immaculé, je suis certaine qu'il doit plaire à Arzt. Le sol s'est vêtu d'un élégant manteau polaire, seuls quelques perces-neige viennent trahir cette surface d'un blanc pur. Au loin, une forêt se dresse majestueusement et doit abriter en son sein une faune et une flore propre au climat de l'île. Je frisonne. Nanaly a insisté pour que j'enfile au moins l'un de ses pulls et un poncho. Même si j'ai horreur des manches longues, je ne voulais pas la contrarier. Et à présent je ne peux que la remercier mentalement de son attention car la température doit avoisiner les -10 degrés. Sur l'île de Dawn j'ai fait de la résistance au froid mais l'atmosphère est nettement plus crue sur Ledynas.

Derrière moi, sur le pont du Mahogany, sont présents tous les membres de mon équipage. Amerika, Kenban, Nanaly et Sanae. Jita est également là, collé aux jambes de l'arbalétrière. On dirait une mère et son fils. Ce tableau réveille un sourire sur mes lèvres.

Et un piaillement l'agrandit encore plus. Gaviota bat des ailes au dessus de moi, folle de joie de me retrouver. Je lui tends mon doigt et elle vient se poser dessus. Elle est plus légère que dans mon souvenir. Peut-être qu'elle ne trouve pas la nourriture à son goût sur cette île hivernale. Je m'avance vers le bastingage pour m'exhiber aux yeux de tous et allonge le bras pour que la mouette soit sous les feux des projecteurs. Et c'est plongée dans un puissant sentiment de sérénité que je commence mon discours :

- Je suis un être humain. Il y a des matins où je me réveille, les yeux égarés vers le ciel. Je vois les mouettes, les goélands, les cormorans, les albatros et les pélicans. Je vois Gaviota et je me dis parfois que j'aimerais être comme elle. Avoir la liberté tatouée sur mes ailes, le vent faisant constamment onduler mon plumage. Mais voilà, je ne suis pas un oiseau.

Je souris à mon amie volatile, lui caresse le bout du bec puis l'incite à prendre son envole. Pendant un moment tous les regards convergent vers elle, captivés par sa danse aérienne, avant de revenir vers moi. Le poing contre mon cœur, je poursuis :

- Je suis un être humain au cœur de lion, je suis un être humain plein d'ambitions et d'espoir. Mon espoir n'est pas de croire que tout ira bien, mais de croire que les choses auront un sens. L'espoir est le pilier de notre monde. Alors je distribue deux choses pour le cultiver : l'amour et la révolution.

A ces mots, je présente mes mains comme si je pouvais leur montrer ces deux entités imperceptibles qui font partie de moi. Les mots me viennent naturellement. Je les pioche dans mon vocabulaire, les assemble à l'instinct et ils forment des phrases qui me correspondent. C'est curieux. Je ne me sens ni heureuse ni triste. Je suis mortifiée par tout ce qui s'est passé sur Obuolys, je crois pouvoir affirmer sans retenue que je ne pourrais jamais omettre de ma mémoire cet épisode. Seulement, le soutien d'Amerika et de mes amis est une véritable aubaine qui me sauve du naufrage cérébral. Ainsi, c'est immergée dans un profond sang-froid que je prononce ce discours. Les visions de tout ce qui me répugne m'assaillent, je sais bien que je vais devoir les évoquer pour que toutes ces personnes puissent assimiler ce pour quoi je me bats. Quand je pense à ce que je m'apprête à dire, je sens Colère tenter d'ouvrir sa porte. Cependant cette fois je suis bien décidée à la juguler. Je proclame :

- Je suis un être humain et je mesure toute l'horreur de notre nature. Tous ceux qui jouissent de privilèges fondés sur le malheur des autres, ils sont de l'homme la négation. Vous autres, vous êtes plus aptes que moi à ressentir les injustices. Vous avez été confrontés plus longtemps à la facette la plus sombre et la plus exécrable de l'être humain. Vous avez été considérés comme de la poussière, comme des corps qu'on enferme dans des cages et non comme des cœurs qui battent.

Des cœurs qui battent, qui manifestent leurs vitalités. Il ne faut jamais qu'ils oublient qu'ils existent, que leur chemin n'est pas fini, qu'ils ont une chance que n'ont plus les défunts. Je vois à leurs visages graves que leurs passés ont laissé des traces indélébiles sur ce qu'ils sont. Par conséquent, il faut absolument que je leur dise que...

- Ce monde regorge de tant de lumières que le soleil fait pâle figure à côté de lui, de tant de couleurs qu'aucun tableau ne pourrait jamais contenir, de tant de rires qu'on pourrait presque craindre de ne plus jamais pleurer. Mais ce monde là est encore invisible, ce monde conçu pour les êtres humains qu'eux-mêmes abandonnent.

Je me penche et observe le sol givré. Je meurs d'envie d'y poser mon pied nu, de sentir la morsure perçante de la glace. Alors je saute. A peine y ai-je posé un orteil, que je frissonne des pieds à la tête. Je m'ébroue et m'accroupis. Mes doigts caressent cette terre d'ivoire. Je me souviens que Nanaly assimilait toujours le froid à ce qui est mort. Cependant, à mon sens, un sol aussi étincelant recèle de bien plus de vie que nous tous. En prévision de ce que je m'apprête à accomplir, je murmure :

- Pardon.

Je me relève et mon énergie afflue vers la plante de mon pied droit que je fais coulisser vers l'avant. La terre se morcelle et une énorme parcelle de pierre se détache, j'entends des exclamations de surprise se propager. La majorité d'entre eux n'a pas assisté à mon déchaînement sur Obuolys. Je promulgue :

- Je suis un être humain bourré de défauts. Je suis instable, imprudente, sensible, dotée d'une énergie dangereuse. Beaucoup trop dangereuse pour moi-même et surtout pour les autres. Comment venir en aide à autrui avec un pouvoir conçu pour détruire ? C'est une énigme que je me répète sans cesse, ainsi je m'attelle chaque jour à trouver une solution. Avec un tel paradoxe, je pensais que tout le monde allait me prendre pour une illuminée, une fillette un peu trop idéaliste.

Je montre les membres de mon équipage qui sont restés là-haut, sur le pont du Mahogany.

- Et pourtant de seule, je suis passée à deux puis à cinq. Et ça peut encore changer, ça peut encore évoluer.

Cette fois je m'avance vers cette masse humaine qui ne me quitte pas des yeux. Je n'en reviens pas que tout le monde m'écoute et qu'aucun ne proteste. Une fois au centre d'eux tous, je lève un doigt et désigne au hasard un homme, une femme, plusieurs personnes à la chaîne.

- Toi, lui, elle, eux, tous ceux qui le veulent ou qui sont seuls. Tous ceux qui n'ont plus de point d'attache ou qui n'ont plus de rêve. Je peux vous proposer tout ça. Un foyer et un but. Laissez tomber vos malheurs, il n'est jamais trop tard même quand les nuages noirs ont envahi l'horizon. Il suffit de raviver la flamme de la volonté. A mon sens, la détermination et l'union représentent la meilleure des armées. L'envie, la force, le courage sont les remèdes à la peur qui se mue en mirage.

Je me plante devant une femme d'une vingtaine d'années, certainement une ancienne prostituée. Ses magnifiques prunelles caramel me révèlent à la fois sa terreur et son éblouissement. Lorsque je démêle tous les nœuds de sa vie qui sont présents dans son regard, je conçois que mes paroles dénichent un sens en elle. Je lui souris tendrement et caresse sa pommette gelée avant de susurrer :

- Tout ce que je souhaite pour vous, c'est de distinguer des étoiles dans vos yeux et un sourire heureux sur vos visages.

En regagnant le navire, je m'arrête de nombreuses fois pour déchiffrer un visage souffrant, serrer une paume ou relever un menton penaud. Toutes ces personnes... Les mésaventures sur Obuolys ont déjà tissé une forme de lien entre nous. D'une certaine façon, je me sens rattachée à elles. Au bout d'une kyrielle de minutes, je me trouve de nouveau debout sur le pont. Agrippée au bastingage, je me mets à ricaner :

- Je sais ce que vous vous dites en ce moment. C'est vrai, mes paroles sont naïves. Néanmoins, même si pour l'heure elles ne changent pas le monde, elles vous invitent à me suivre. Pour ceux qui ne me connaissent pas, je suis Akira l'Écarlate, Capitaine des Crimson Pirates. Notre bannière, notre message, sont ceux de la liberté.

J'attrape la cape que j'avais coincée à ma taille, dans ma longue jupe. Je la déploie aux yeux de tous, exhibant sa couleur écarlate ainsi que le mot qu'Amerika a peint dessus en blanc.

Liberté

Les réactions de mon auditoire sont pour le moins hétéroclites. Acclamations et applaudissements sont les réponses les plus positives. Désintérêt et crainte sont les plus négatives. C'est mieux ainsi, que tout le monde soit en phase avec soi-même. Je ne veux forcer la main à personne, pas même à ceux qui m'ont fait la promesse de me suivre lorsque nous étions dans le cachot. Au bout de plusieurs minutes, j'abaisse mes bras et me recule suffisamment pour disparaître de leur champ de vision. Je veux leur laisser le temps nécessaire pour prendre une décision aussi cruciale.

Les membres de mon équipage me rejoignent. Jita le premier, il se jette contre mes jambes. Sa gêne est plus implacable que son entrain, du coup il se recule prestement et joint ses mains dans son dos. Sanae me sourit et ses prunelles sombres pétillent. Elle souffle la fumée de sa pipe avant de prononcer ce simple mot :

- Merci.

- Pour ?

- Pour m'avoir montré pour la deuxième fois cette facette de toi qui m'a poussée à te suivre, oye.

Je reste interdite un moment par sa franchise. La « deuxième » ? Je me rappelle de notre tête à tête au bord de la falaise de Qing Chà. La cuisinière m'avait confié que le discours que j'avais sorti à Nanaly pour la sortir de sa léthargie avait également réveillé quelque chose en elle. Alors c'était ce moment là, la première fo... Une main s'abat sur mon dos.

- Poh la la, t'étais tellement classe ! s'exclame Kenban tout sourire. Tu m'as fait frissonner ! Bon, peut-être que je grelotte aussi parce que je me gèle les couilles.

- Je pense que tu devrais abandonner ta carrière de pirate-musicien pour devenir poète, le taquine Amerika.

- Je... je crois que mon cœur va exploser..., chuchote Nanaly angoissée.

Nos yeux épouvantés affluent vers elle. Ses longs cils flagellent ses azurs puis elle admet tout de go en me fixant :

- Ça me fait tout drôle quand je te regarde.

Soupir de soulagement général.

- Putain je rêve ! Ma sœur est devenue ma propre rivale ! s'étonne Kenban.

Puis se rendant compte de son aveu, il devient rouge pivoine. La mine confuse du blond nous fait tous pouffer. C'est tellement rare qu'il prenne cet air là. Le seul à garder le silence est Jita. Je me souviens alors qu'il n'a plus de langue. Cette distance qu'il instaure entre nous et lui ne me plaît pas trop. Je m'accroupis à sa hauteur et déclare instinctivement :

- Ça te plairait de venir avec nous ?

- QUOOOOOII ?!

Le cri des jumeaux Mujo fait vaciller le mât. Le blond vient se planter devant moi.

- Attends, t'es sérieuse là ?! Tu veux...

- ...que Jita intègre les Crimson Pirates, oui, je complète en souriant à la cantonade. Enfin, seulement s'il est consentant.

Amerika pousse son rire tonitruant mais rien en lui n'indique qu'il désapprouve ma proposition spontanée. C'est qu'il me connaît par cœur à présent. Sanae fume tranquillement son kiseru, un léger sourire dessiné sur ses lèvres pulpeuses. Je pensais que d'eux tous, elle serait la plus réticente à embarquer Jita dans cette aventure périlleuse. Mais il n'en est rien, elle a dû s'attacher à lui. Nanaly croise les bras sur sa poitrine menue et affiche une mine ostensiblement boudeuse. Peut-être est-elle jalouse que j'accorde beaucoup d'attention à cet enfant ? Elle est mignonne. La mâchoire de Kenban est encore dispersée sur le pont du navire. Quant à Jita... Difficile à analyser son ressenti avec toutes ces mèches qui lui obstruent la vue. J'allonge la main et rejette sa frange. Et alors des dizaines de larmes en profitent pour nous révéler sa réaction. De l'autre main, je les lui essuie.

- Tu n'es pas obligé d'accepter. La route que nous empruntons est des plus imprudentes. Le choix te revient entièrement, tu es le seul à pouvoir décider de ce que tu veux faire de ta vie.

J'ai à peine terminé ma phrase que le voilà entrain de hocher la tête, signant ainsi son entrée dans mon équipage. Je souris, toutes dents dehors et me redresse en lui tendant la main. Ses phalanges maigrichonnes viennent enserrer les miennes.

- Bien.

- Wouho wouhoooo attendez deux secondes, réplique Kenban toujours excédé. Bordel, j'en reviens pas d'être le plus sensé sur ce coup là ! Ce gosse a quoi, huit ans ?

Le concerné dégaine un carnet et inscrit « 12 » dessus.

- C'est pareil ! s'emporte Kenban en se claquant le visage. Écoute moi bien zigoto, ce navire n'est pas un bateau de plaisance mais une caravelle de pirates ! On fait pas du tourisme dessus mais on risque notre vie chaque jour. Même moi qui suis ton aîné de quelques années j'ai mis longtemps avant de l'accepter pleinement ! Alors ne te laisse pas ensorceler aussi docilement par le charme de notre Capitaine complètement bohème !

Jita ne se laisse pas désarçonner par la mise en garde de l'instrumentiste et lui marche sur le pied pour le faire taire. Son offensive nous surprend tous et nous voilà tous plier en deux de rire, même Nanaly et même moi. Ce que c'est bon de les retrouver tous. Le blond n'en démord pas et son air fâché me calme quelque peu.

- C'est un gosse Akira ! Bon, OK, ma sœur et moi étions encore plus jeunes que lui quand nous avions pris la mer. Toutefois nous n'étions pas des pirates, nous n'avions donc pas la Marine à dos. Tu veux vraiment confronter ce lardon à tous les dangers que les Crimson provoqueront ?

Il est vrai que, en tant que Capitaine, j'aurais pu réfléchir avant de faire le choix d'embarquer Jita avec nous. C'est irrationnel, je le reconnais. Mais...

Une main se place contre mon cœur à mesure que mes rêveries ressurgissent.

De douces, si douces pensées...

Une embarcation des plus simples, un pavillon noir garni d'un « S » bleu et lui maniant le gouvernail. Un sourire immense auquel il manque dent, cette impression de délivrance qui a dû l'accompagner avant l'instant fatidique.

Sabo.

Plus d'une fois je me suis laissée aller à imaginer son départ de l'île de Dawn. Ce n'étaient que des rêveries fugaces, la douleur revenant sans cesse assaillir mon cœur à chaque fois que je m'attardais trop. Il était le premier à prendre la mer. Et même s'il n'était âgé que de dix ans, je suis certaine qu'il serait allé loin, très loin, si la malchance nommée Dragon Céleste ne l'avait pas arrêté prématurément.

Libre. Voilà comment a-t-il dû se sentir avant de trépasser. Libéré des contraintes que lui imposait son rang. Alors c'est en souriant de nostalgie que je réponds à Kenban :

- Tu te trompes Kenban. L'âge n'a rien à voir là dedans, il ne doit pas influencer nos choix. Notre taille, notre poids, nos imperfections, notre passé, rien de tout cela ne doit nous freiner. Il n'y a...

- « ...que nous qui puissions savoir quelles sont vraiment nos envies, complète Nanaly. Tout comme il n'y a que nous pour savoir quel sens donner à nos vies. » C'est ce que tu m'as dit sur Qing Chà et tu avais raison.

Touchée d'être citée, j'attrape sa main et noue mes doigts aux siens. Kenban nous examine toutes les deux puis finit par soupirer, à court d'arguments. Amerika ne tarde pas à le rassurer en le saisissant par les épaules. Quant à Sanae, elle attrape Jita pour le soulever et le garçon triture son kiseru avec curiosité.

Et c'est délesté momentanément de mes soucis que je les observe tour à tour, en souriant.

Me voilà de retour chez moi.

FIN DE L'ACTE 2


Le petit commentaire de l'auteure : Et voilà, fin de l'Acte 2 !
Ce chapitre est plutôt décisif dans l'aventure d'Akira. En l'écrivant, j'ai senti toute son évolution, tout le chemin qu'elle avait parcouru depuis son départ de l'île de Dawn. Ça m'a émue, c'est comme si elle avait pris plusieurs années en l'espace de 25 chapitres. Elle est plus mature, plus assurée, certes, mais aussi plus tourmentée.
Dans ce chapitre, on apprend - enfin xD - la vérité derrière Colère ! C'est un élément de son fruit du démon que j'ai en tête depuis quasiment sa création, ça me fait tout drôle de voir que la vérité derrière est exposée au grand jour héhé.

A bientôt pour la suite des aventures ! Je publierai début octobre. Oui je ne devrais pas dire "bientôt" xD ! D'ici là prenez soin de vous !
Ciaossu !