Bien le bonjour !
Merci à cynder fury pour son follow, bienvenu dans l'équipage ! :D
A la base, ce chapitre et le suivant ne faisaient qu'un. Quand je me suis relue aujourd'hui, je me suis dit que le contenu était un peu trop dense et indigeste à la lecture. Car je ne publie plus aussi rapidement qu'avant et que du coup d'un chapitre à l'autre vous ne devez plus avoir tous les éléments de l'histoire en tête. De plus, le dernier chapitre que j'ai publié était déjà assez conséquent. Du coup je voulais que celui qui va suivre soit plus aéré et moins long.
Ce chapitre marque le début de l'Acte III qui commence avec une petite ellipse. Les Crimson Pirates se sont bien agrandis... Petit rappel des personnages qu'Akira a rencontré durant l'arc d'Obuolys :
Dread Kharbonn : grand pirate barbu, Capitaine de son propre équipage, dreadlocks. Sait invoquer des armes en les extrayant de son corps.
Bazal : subordonné de Kharbonn, dreadlocks.
Wane : subordonné de Kharbonn, petit frère de Bazal, dreadlocks.
Kitanda : subordonnée de Kharbonn, rouquine qui ne mâche pas ses mots.
Skalpell : aveugle, Capitaine pirate.
Elas : subordonné de Arzt, parle aux rats.
Ganryo : subordonné de Arzt, tribu des Longs bras.
Voghi : Capitaine pirate vulgaire et méprisant les femmes.
Jita : petit garçon qui a indiqué à Akira que sa plaque était mal vissée pour qu'elle puisse tenter de tirer sa chaine et casser son entrave.
Phasco : koala qui parle et coiffé d'un foulard bleu.
Alana : sirène, soeur de Meness qui est mort (tout comme l'homme au long cou et un enfant)
Deux enfants
Francesca : Okama
Big Bean : Wotan, un hybride né d'une union entre un homme-poisson et un géant.
Et voici la musique officielle des Crimson Pirates, équipage et flotte compris !
Two steps from hell - Impossible
C'est LA musique de la piraterie pour mes oreilles, je la trouve juste fabuleuse !
Citation du chapitre : Les vagues dansent ! Roulez tambours, le tintamarre commence ! (paroles de Binks no sake)
Bonne lecture ! On se retrouve à la fin pour le petit commentaire de l'auteure !
Chapitre cinquante et un
Les vagues dansent ! Roulez tambours, le tintamarre commence !
/
- Tu aimes beaucoup la lecture, n'est-ce pas Sabo ?
- C'est vrai. Tu sais ce qu'il y a de fabuleux dans une histoire ? C'est qu'à chaque nouveau chapitre, j'ai l'impression de débuter une nouvelle histoire. Comme si un nouvel Acte commençait.
/
Deux mois plus tard…
- Tu verrais Big Bean ! Il met un point d'honneur à débusquer la garcette sur les voiles pour ensuite les ferler, gara !
Je pouffe en imaginant la scène. Le Wotan en train de courir d'un bout à l'autre de L'Amaranth pour carguer les voilures. Je me trémousse histoire de faire tanguer le hamac. J'aime cette sensation, j'ai l'impression de sentir les remous de l'océan sous mon dos.
- Ça doit lui faire plaisir de rendre service aux autres, j'ajoute doucement la bouche contre le combiné de l'Escargophone.
- Tu l'as dit, gara ! L'autre coup je l'ai appelé « Géant vert » par rapport à sa taille et à sa couleur de peau. C'est sorti tout seul, je m'en suis immédiatement voulu ! J'ai cru que ce colosse allait se vexer mais, au contraire, il trouvait ça sympatoche !
Je ris encore plus, la main sur le ventre pour essayer de canaliser l'agitation de mon corps et pour éviter de tomber. Il n'y a pas à dire, Phasco, le Commandant de la Troisième unité, est l'une des personnes les plus farfelues que j'ai rencontrées. Contrairement à Kenban qui est conscient de son humour, le Minks ignore que ses répliques peuvent faire mouche. De plus, le koala possède bien d'autres qualités. Je les avais parfaitement en mémoire lorsque je lui ai proposé de devenir l'un des trois Commandants de ma flotte. Je n'ai pas oublié qu'il était l'un des seuls à se montrer optimisme lors de notre évasion des souterrains. Il motivait les troupes alors qu'il était lui aussi épuisé et qu'il transportait dans ses bras Jita et Alana la sirène. Mental d'acier et force physique alors qu'il n'a que vingt-deux ans. A cela s'ajoute un courage qu'il a exhibé en venant me chercher avec Arzt alors que Hansha n'était qu'à quelques mètres de lui. Un sourire fait travailler les muscles de ma bouche. Phasco est une bonne personne en plus d'être un navigateur surprenant. Avant d'être enfermé, il était un explorateur solitaire. Je continue :
- Fais gaffe à toi. A force de collectionner les foulards bleus, les Marines t'ont dans leur viseur. D'ailleurs, tu savais qu'ils t'avaient attribué un avis de recherche ?
- QUOIIIII ?!
- Voyons Phasco-chou, sois un peu plus attentif ! rouspète une autre voix à proximité du Minks. Je t'ai montré le journal pas plus tard qu'hier !
- Ah oui c'est vrai, gara.
J'identifie alors Francesca lorsqu'elle aborde un sujet qui me déplaît fortement :
- Akira-chou, voudrais-tu bien revenir sur ta décision concernant ta garde-robe ?
Mes yeux font un tour entier dans leur enclos rien qu'à l'entente du terme « garde-robe ». S'il y a bien un champ lexical que je ne maîtrise pas, c'est celui de la mode.
- Navrée Francesca mais je ne suis pas faite pour porter de beaux vêtements. Par contre Nanaly adore les ensembles noirs que tu as confectionnés pour elle, dis-je pour détourner son attention.
- Oh tu m'en vois ravie ! Cette jeune fille est une véritable déesse, je n'ai jamais croisé une personne aussi ravissante mis à part son frère. Ces deux apollons sont une véritable source d'inspiration pour moi !
Je suis d'accord avec elle : les jumeaux sont resplendissants et ce encore plus depuis qu'ils revêtent les habits conçus par l'Okama, couturière de la Troisième unité. Ils ont gagné en renommée et les concerts des Efimera accueillent de plus en plus de spectateurs. Heureusement pour leur notoriété, tout le monde ignore leur affiliation avec les Crimson Pirates, à l'exception bien sûr des membres de l'équipage et de la flotte. Francesca passe du coq à l'âne et me demande des nouvelles du Commandant de la Première flotte. Cette fois je me retiens de rire, je n'ai pas envie qu'elle croit que je me moque d'elle alors que je respecte ses sentiments. Même si ces derniers ne sont pas réciproques, l'amour peut être fascinant.
Nous papotons encore quelques minutes jusqu'à ce qu'elle me repasse Phasco. Il m'explique que son unité cherche un armateur pour fournir au convoi ce dont il a besoin en poudre et en armes blanches. Il est vrai que, en cas de bataille, nous pouvons compter sur le Fruit du démon du Commandant de la Première unité. Néanmoins je préfère ne pas alourdir ses efforts et donc posséder d'avance une artillerie conséquente. Je remercie le koala et l'informe que nous avons rassemblé bon nombre de foulards bleus. Nous les volons aux Marines que nous croisons. Cette nouvelle semble l'enchanter au plus au point. Nous finissons la conversation en fixant un point de rendez-vous pour la semaine prochaine. Je note la position actuelle de son unité.
- Parfait. D'après ma mémoire, l'île où vous êtes en ce moment figure sur la carte de Sanae. De notre côté, nous sommes en route pour Kabel mais nous en avons encore pour près de vingt jours de voyage. J'enverrais Gaviota pour vous guider jusqu'à nous. Remercie toute l'unité pour sa contribution, portez-vous bien.
- A bientôt, gara !
Je raccroche et reste un moment songeuse à imaginer L'Amaranth et toutes les personnes qui se trouvent dessus. Il s'agit d'un brigantin qui peut contenir une centaine d'hommes. Le navire est de loin le plus grand de la flotte. L'amarante qui a servi à construire sa charpente lui donne une teinte violacée que Phasco affectionne tout particulièrement. Quoique, le koala avait souhaité dénicher de prime abord un bateau bleu, il a fallu lui expliquer que c'était impossible à moins de repeindre le bois. Seulement depuis que nous avons volé L'Amaranth, il n'a plus jamais évoqué le problème de couleur, à croire que la teinte splendide du brigantin a fini par le conquérir.
L'Amaranth est le seul navire pacifiste de la flotte et n'arbore donc pas le Jolly Roger des Crimson. Il regroupe un bon nombre de non-combattants qui ne souhaitent pas prendre part directement aux affrontements. L'Amaranth est une sorte de havre de paix, une arche, pour ceux qui ne savent plus où aller et qui recherchent simplement la compagnie des autres pour se redresser. Car c'est ça, la vie. Trébucher, pour mieux se relever. C'est ce que j'ai essayé de faire comprendre à toutes ces âmes brisées pendant notre séjour sur Ledynas. Après mon réveil, nous sommes tous restés deux semaines supplémentaires. Je voulais parler à chaque personne, savoir d'où elle venait et ce qu'elle avait enduré jusque là. Pas à un seul moment je n'ai tenté de les convaincre à nouveau de me suivre. C'était à eux seuls de décider. C'est ça, être libre.
Big Bean, Francesca et Alana ont fait le choix de me rejoindre, comme un peu moins de la moitié des survivants d'Obuolys. La majorité des nouveaux membres vogue sur L'Amaranth, le reste est dispatché entre la Première et la Deuxième unités. Ceux qui ne m'ont pas suivie se sont éparpillés aux quatre coins du monde. En parlant d'eux, quelques anciens détenus se sont donné pour première mission de ramener chez eux les deux enfants présents dans mon cachot. Personne ne sait pourquoi ils devaient être vendus à Punk Hazard, pas même Sanae.
Je bascule sur le côté pour descendre du hamac. Je contemple un moment les livres que je me suis procurés au fil des jours. Ils remplissent un tiers de la bibliothèque confectionnée par les charpentiers de Timber Town. Beaucoup de documentaires sur notre ère actuelle et sur celle de Gold Roger. J'imagine que tout ce qui est retranscrit là dedans n'est pas foncièrement exact, mais il est toujours bon de s'instruire. Je possède également quelques livres de médecine. J'aimerais un saisir un pour le dévorer mais j'ai d'autres priorités. Je dépose l'Escargophone sur un coin du bureau et m'assieds face à mon journal de bord. En notant la date d'aujourd'hui quelque chose me frappe.
Nous sommes le 14 août.
Cela fait six mois que je suis partie de l'île de Dawn. Six mois en temps réel mais mon esprit s'est fortifié d'au moins dix ans. Mûrir. A mon sens, on mûrit lorsqu'on devient l'autorité de sa propre vie mais aussi de celles des autres. C'est un bagage que transporte chaque Capitaine. Je tourne les pages pour avoir une vision d'ensemble de mon aventure. Tant d'îles où nous sommes intervenus en suivant le Log Pose ou des Eternal Pose dénichés sur notre route. Tant d'affaires où nous nous sommes incrustés sans crier gare. Aucune d'entre elles n'était faciles, les difficultés sont devenues monnaie courante. Toutes ces aventures nous ont endurcis et rapprochés. Elles ont également permis aux trois unités de la flotte de croître en accueillant quelques personnes croisées ici et là.
Lorsque je finis d'inscrire les événements mineurs de la matinée, je referme le carnet et me rends dans la salle de bain. J'ouvre le robinet et m'asperge le visage d'eau froide. Je m'appuie contre le lavabo et inspire profondément avant de m'observer dans le miroir. Il n'y a rien à faire, je déteste toujours autant mes yeux. Même si selon Ace leur couleur rappelle la teinte de l'océan, alias cette étendue marine que j'affectionne tout particulièrement, je ne parviens pas à reconnaître que ce sont les miens. Qu'ils m'appartiennent alors que ceux de ma mère sont identiques. Plus je les sonde, plus je me dis que... Je serre les poings. Qu'il existe une similitude entre nous, autre que celle-ci. Je m'efforce de détourner mon attention en ramenant quelques mèches sur mon buste. Mes cheveux ont poussé, pour le plus grand bonheur de Nanaly qui aime les brosser quand ils sont humides. Elle boude à chaque fois que je refuse ses propositions de coiffure. C'est ainsi, je ne souhaite pas être jolie.
- Belebelebelebele...
Le gastéropode sonne sur le bureau. A la place des oreilles de koala, il arbore des cils blancs et un semblant de veste immaculée. Pas de doute, il s'agit du Commandant de la Deuxième unité. Je décroche :
- Gatcha.
- Bien le bonjour, Capitaine Écarlate.
- Bonjour Arzt, comment vont les passagers du Sycamore ? Mais... Serait-ce Kenban que j'entends hurler en fond sonore ?! Qu'est-ce qui lui arrive ?
- Justement c'est pour ce motif que je te contacte.
/
J'avance sur le pont du Mahogany, mes pieds nus épousant chaque latte, chaque centimètre de bois. Et à chaque fois que je me tiens sur cette partie du navire, je ne peux m'empêcher de me souvenir du « Serment des Capitaines ». C'était il y a deux mois, sur Ledynas. Un vent violent et froid venu du nord s'était levé sur l'île, « l'aquilon » d'après Amerika. Je me rappelle de mes trois futurs Commandants et de moi-même. De nos corps positionnés en ronde, de nos poings tendus vers le centre. Et de cette dague qui rentre dans notre chair. Ainsi, il faut que nos quatre mains soient assemblées pour former un cercle parfait. Je lève ma paume droite pour examiner la cicatrice indélébile. Les paroles que j'ai prononcées me reviennent également en mémoire.
«- A compter de ce jour, nous naviguerons sous le même pavillon. Même si chaque unité conservera sa propre autonomie et ses codes, nos couleurs seront identiques. Nous sommes et serons l'équipage écarlate, les Crimson Pirates ! »
Mes narines remuent. Un doux fumet s'échappe du hublot ouvert de la cuisine. Je souris à l'idée que Nanaly soit enfin parvenue à réaliser un plat réussi. Cela fait des semaines qu'elle s'acharne aux fourneaux sous la supervision de l'arbalétrière. La chanteuse s'est mis bille en tête de s'améliorer dans le domaine de prédilection de Sanae. Elle ne le dit pas ouvertement, par fierté, mais elle cherche à nous faire plaisir. Je lui en ai fait la remarque récemment. Elle s'est empourprée et s'est empressée de démentir en feignant l'indifférence. Absolument adorable.
Le Sycamore de la Deuxième unité entre dans mon champ de vision. Il s'agit d'un sloop particulier puisqu'il ne possède que deux mâts au lieu de trois. Sa petite taille le rend extrêmement maniable et rapide. Il s'est suffisamment approché du Mahogany, je peux le rejoindre sans problème. Même pas besoin de passerelle, une écoute devrait suffire. J'en défais une qui n'influe pas sur notre direction. Puis je monte sur le bastingage et m'élance. Mon corps navigue entre les deux embarcations que l'espace d'une seconde. Et je lâche prise. Un bois très clair vient accueillir la plante de mes pieds.
- Essayeriez-vous de vous défiler, Capitaine Écarlate ?
J'ai à peine le temps de reprendre ma respiration que Ganryo est déjà là, accompagné d'un infirmier et de son homologue féminin. Le ...hrm... gynécologue – j'ai un peu de mal avec cette fonction – déplie ses quatre articulations pour me proposer une blouse blanche. Je soupire, un brin égayée :
- J'aurais beau m'infiltrer de nuit vous seriez toujours là pour me vêtir et me laver. Hé ! Je vous ai déjà dit que je peux le faire toute seule ! je m'insurge à l'intention des deux infirmiers.
Munis de bassine, l'un d'entre eux me savonne déjà les bras tandis que l'autre astique mes pieds. Et toujours sans prendre en compte mes reproches. Ce n'est pas qu'ils contredisent mes ordres, disons plutôt que la maniaque attitude de leur Commandant a déteint sur eux. Une fois qu'ils ont fini, ils s'éclipsent comme si de rien n'était. Sûrement vont-ils astiquer un autre coin du navire déjà archi-propre.
- Brubrubru !
Mon agacement n'est que de courte durée, le rire surréaliste de Ganryo y met fin précocement. J'enfile la blouse et le suis à l'étage inférieur. Sa longue queue de cheval blonde se balance en cadence. Voilà bien le seul détail féminin chez ce colosse de deux mètres vingt. Je lui demande les dernières nouvelles du Sycamore, alias la division défensive de ma flotte. Il me répond jovialement tout en s'octroyant quelques pauses pour frictionner le mur en bois de sycomore. Aaah ces maniaques de la propreté ! Arrivés à l'infirmerie, Ganryo ouvre la porte, me laisse entrer et referme derrière moi. Il doit sûrement avoir d'autres occupations.
Mis à part moi, trois personnes sont présentes dans la pièce. Skalpell D. Arzt – dit « Le Chirurgien aveugle », Kenban et Jita. Le premier, bien qu'atteint de cécité, m'adresse un petit signe de tête. Il sait que c'est moi. L'instrumentiste des Efimera n'a pas l'air dans son assiette. Il est allongé sur un lit et on dirait qu'il va s'évanouir d'un moment à l'autre. Qu'a-t-il ? Quant à Jita, il est assis sur une chaise et est déjà en train d'écrire sur son grand cahier. Il me le montre lorsque j'arrive à sa hauteur.
- « Bonjour Akira, comment tu vas ? »
Je caresse ses cheveux tendrement et lui réponds calmement :
- Fort bien, je te remercie. Ta phrase n'est pas tout à fait correcte, comme il s'agit d'une question il faut que tu inverses le verbe et le sujet. C'est plus poli.
Il hoche la tête, et s'empresse de rectifier sa faute. Il a fait des progrès en deux mois. Sanae, Arzt ou moi-même lui donnons quelques cours quand nous avons un peu de temps. Le Commandant de la Deuxième flotte lui a prêté des lunettes de chimiste teintées. Soit dit en passant, pour posséder un tel objet, la fabrication des remèdes d'Arzt doit être assez... explosive ! Enfin bref. Ce présent a fait rudement plaisir au jeune homme. Pour sur, les yeux des Mimics sont tellement puissants qu'ils leur donnent occasionnellement de fortes migraines. Ainsi, le verre teinté empêche Jita de tout mémoriser. Je crois qu'il apprécie beaucoup le médecin. Un soir, il m'a révélé sur son cahier que comme il était muet et Arzt aveugle, il se sentait compris. Je ne peux m'empêcher de sourire en observant ce garçon chétif mais plein de bonne volonté. Les Crimson Pirates peuvent se diviser en quatre. Trois unités et mon équipage qui comporte six membres en me comptant. Amerika, Kenban, Nanaly, Sanae. Et Jita.
- Un vampire ! C'est un suceur de sang !
La détresse de Kenban me ramène à lui. Il est en train d'agiter un ail et une croix aux nez d'un Arzt imperturbable – quoique un peu amusé. Je réprime un rire et invoque tout mon sérieux pour dire :
- Monsieur Kenban Mujo, je vous écoute. Quel est le problème ?
- Un vampire te dis-je ! Il est aussi blafard que Gecko Moria, le Grand corsaire ! Et il veut me chouraver mon sang ! Mâte-moi ça, même ses cils sont immaculés !
- Jeune homme, il me semble que ce dont vous m'accuser relève en vérité d'un défaut de production de mélanine, rétorque paisiblement Skalpell D. Arzt.
Le blond se penche à mon oreille :
- Mais qu'est-ce qu'il chouine ? Je pige rien à son charabia.
- Il veut dire par là qu'il est albinos.
Kenban ne pipe mot à cette révélation. Je pouffe. Je n'en reviens pas qu'il n'ait pas souligné ce détail avant. Pourtant nous côtoyons la Deuxième unité quasiment tous les jours, contrairement à la division de Phasco le koala. Je remarque la seringue entre les mains du médecin. Je poursuis en assenant un coup de coude dans les côtes du musicien. :
- Enfin bon, c'est pour ça que tu as les nerfs qui se croisent sur l'estomac Ken-chan ? Pour une inoffensive prise de sang ?
- Sacré nom de merde, on croirait entendre Riki ! D'ailleurs tu dis n'importe quoi, je flippais même pas ! Et puis crotte, arrête de m'appeler « Ken-chan », on dirait un gosse ! Je te rappelle que j'ai un an de plus que toi !
- Et ce Monsieur en a trente, donc niveau maturité et expérience professionnelle je pense qu'on peut largement se fier à lui.
Je ne compte plus le nombre de fois où Arzt et son unité ont soigné un membre de la flotte. Dans le domaine de la médecine, ils me sont tous supérieurs, j'ai tellement à apprendre d'eux. Mes yeux se harponnent à ceux plus clairs de Kenban, comme pour lui lancer un défi. Il présente son bras au docteur. Je ricane intérieurement, il a mordu à l'hameçon plus rapidement que je ne l'escomptais.
- Je n'ai PAS peur.
- C'est vrai, tu es brave.
/
Détonation au loin, suivie d'une houle imprévue. Je me cramponne au montant du lit pour ne pas m'affaler sur Kenban. Nous parvenons tous les quatre à la même conclusion. Des boulets de canon. Nous sommes en train de nous faire canarder. Ce qui est plutôt rare étant donné que notre convoi comprend trois navires et qu'il peut rebuter les forbans les plus belliqueux. Qui nous attaque de front ?
- La Première unité est probablement déjà sur le coup, intervient Arzt en pansant l'articulation du musicien.
Je suis d'accord avec lui. Il ne s'agit pas de l'unité offensive pour rien. Je fais volte-face et lance :
- Restez ici, je vais dans la vigie pour voir qui en a après nous.
Je regagne le pont à vive allure. Nouveau coup de canon qui atterrie tout près de nous. Une gerbe d'eau arrose tous ceux présents sur le pont du Sycamore. Les premières montées d'angoisse s'élèvent. Pour les forcer à conserver leur calme, je tonne :
- Gagnez les soutes et les ponts à canon pour charger les mousquets et les tromblons ! Ganryo, reste proche de l'Escargophone d'Arzt et guette mon appel ! S'il sonne, ce sera le signal que la Première division aura besoin de votre aide et de celle du Mahogany !
Tout le monde obtempère. L'idéal avec cette unité, c'est qu'ils m'ont tous acceptée comme Capitaine. Hélas je ne peux pas en dire autant avec certains membres de la Première. Heureusement, leur Commandant est là pour m'apporter tout son respect. Je rejette ma tignasse trempée en arrière et retire la blouse qui me colle la peau. Puis je grimpe l'échelle pour rejoindre le nid-de-pie. Comme je m'y attendais, j'y trouve...
- Bonjour Elas. Verdict ? Pirates ? Marines ?
- Non, des chasseurs de prime.
Il me tend une longue-vue. Comme souvent le guetteur et dermatologue de la Deuxième unité n'est pas très loquace. Il n'y a qu'avec Arzt qu'il devient bavard. J'ai toujours trouvé leur relation particulière, pourtant ils sont les extrêmes opposés. Là où Arzt est maniaque et nickel sur lui, Elas est nonchalant et terne. De plus Elas est le seul qui n'est pas obligé de porter la blouse lorsqu'il se tient sur le Sycamore. Je me demande pourquoi... Je remercie le trentenaire du menton et place un œil contre la lunette.
Le schooner qui nous fonce dessus est plutôt imposant. On peut lire sur ses voilures « Cazadores ». Ce nom... Il me dit vaguement quelque chose... Des chasseurs de prime... Mais oui ! Ils étaient mentionnés dans l'un des articles affichés sur l'île de Seagull ! (cf. chapitre trente). Ce que ça remonte ! A priori nous sommes leurs prochaines victimes. Ils sont tous affublés de sombreros et agitent leurs sabres d'abordage qui imitent le bruit des maracas.
Détonation. La coque du schooner est assaillie par l'artillerie lourde de L'Ebony. Les hurlements féroces de la Première unité résonnent jusqu'ici. Je souris et déplace la longue-vue pour observer la frégate noir d'ébène. Elle est encore loin, les Cazadores ne devaient pas s'attendre à ce qu'elle fasse mouche. Bien que ralentie par trois mâts massifs, L'Ebony est parfaite pour les affrontements. En effet, elle est équipée de vingt-six canons à longue portée. De même, la présence de deux gaillards – un avant et un arrière – favorisent une vue d'ensemble de la mer. Personne ne peut le nier : la frégate de Dread Kharbonn – dit « L'Arsenal » - est le meilleur atout offensif du convoi.
- Allons saborder ces clowns outrecuidants qui commencent à m'escagasser les oreilles avec leurs grains ! Ils se sont crus au carnaval de San Faldo ou chiotte ?
Cette fois je ris. La grosse voix de Kharbonn se répercute jusqu'ici. Le schooner change de cible et fonce droit vers L'Ebony. Les chasseurs de prime ont dû comprendre qu'ils devaient se débarrasser tout d'abord de la frégate pour éviter davantage de dommages. Le Commandant de la Première flotte a déjà activé son pouvoir. Nous sommes trois détenteurs de Fruits du démon de type Paramécia. Amerika et son fruit de la glaise, Elas et celui du zoologue et moi avec celui de la répulsion. Le fruit du métal de Kharbonn est plus rare puisque c'est un Logia. Par conséquent il est matière, les coups passent à travers son corps. Il lui permet également d'extraire tous types d'arme de son organisme et donc de fournir son unité. Là où la Seconde division privilégie les armes à distance, la Première unité favorise les armes blanches.
Abordage façon pirate. Kharbonn m'a déjà fait remarquer que mon équipage agissait comme les Révolutionnaires tandis que le sien sont des forbans, des vrais. Ils déciment nos adversaires, ils pillent, ils picolent, ils aiment accrocher dans leurs dreadlocks ou autour du cou les babioles qu'ils volent, tels des trophées de guerre. D'ailleurs, L'Ebony, le Sycamore et L'Amaranth sont trois navires qu'a volés la Première unité à d'autres flibustiers. Un souvenir conquiert ma cervelle.
/
- Non mais je rêve ! Ace, ton attitude est tout à fait...
- Scandaleuse ? Je sais.
- Partir sans payer et refiler ta note !
- Tu ne vas pas me faire croire que tu n'es jamais partie sans payer ?
/
Je souris nostalgique ( 23). Que me dirait-il s'il apprenait que les Crimson avaient volé trois de ses quatre navires ? J'observe la Première unité. A présent ils ne tuent que lorsque c'est « nécessaire » - et je ne suis pas certaine que nous ayons la même définition de ce terme. Je me suis déjà querellé plusieurs fois avec Kharbonn à ce sujet et c'est tout ce que j'ai pu obtenir de lui. Dans un sens ça fait partie du Serment : ne pas altérer les principes des équipages. Il faut juste que je l'accepte, même si ça m'est insurmontable.
La Première unité déferle sur les Cazadores en poussant des cris primitifs. Bazal et Wane font aller habilement leurs cimeterres. Bazal, vingt et un ans est l'aîné de Wane, dix-neuf ans. Ils sont tous les deux bruns, basanés et aux prunelles jaunes. Les dreadlocks de Bazal sont nouées en partie en chignon et descendent jusqu'au creux de son dos. Quant à Wane, ses tresses sont libres, épaisses et lui arrivent à la nuque. Leurs sourcils sont presque inexistants – encore plus imperceptibles que les miens donc c'est dire ! - ce qui rend leurs regards plus durs. Pendant la mêlée, un sourire espiègle est constamment affiché sur leurs lèvres. On sent qu'ils ont l'habitude de se battre en duo. Ils leur arrivent très souvent de se prendre la tête pour savoir qui est le second officiel de Kharbonn. En revanche ils sont sur la même longueur d'ondes lorsqu'ils s'engueulent avec Kenban. Ces trois-là se ressemblent sous un certain angle mais ils ne peuvent pas se voir en peinture. Je crois que les deux frères ne peuvent pas trop me sentir non plus. De toute la flotte, ce sont eux qui me reconnaissent le moins en tant que Capitaine. Pour eux Dread Kharbonn est leur seul et unique chef.
Une flopée du jurons attire ma longue-vue. Ils proviennent de la seule femme de cette unité, Kitanda, vingt-quatre ans. Niveau vulgarité, je crois qu'elle pulvérise Kenban et Kharbonn réunis. De ce que j'ai saisi, tous ses camarades la considèrent comme un homme et cela relève de son souhait. Tandis que sa hache passe d'un mercenaire à un autre, ses dreadlocks roux voltigent dans tous les sens. Les nattes sont très serrées sur la gauche de son crâne. Le reste de ses dreadlocks n'a pas la même longueur et est d'ordinaire rassemblée d'un seul côté. Tout comme son Commandant, elle a accroché pas mal de bricoles dans sa chevelure. Sa peau laisse apparaître des taches de rousseur sur ses pommettes et ses épaules dénudées. C'est une vraie dure à cuire qui ne se laisse pas approcher facilement. Surtout pas par Kenban avec qui elle se livre à de spectaculaires duels d'insultes. Un vrai régal pour nos oreilles...
Une particule de glaise vient repousser un ennemi qui se tenait dans son dos. Oh !
- Amerika, je ne peux m'empêcher de souffler.
C'est vrai que de nous tous il est bien le seul à avoir noué des liens solides avec la Première unité. Je souris en ne perdant pas une miette de ses acrobaties et de ses techniques. Comment détester Amerika ? Il est la personne la plus fabuleuse de cette planète, tout le monde rêverait de l'avoir pour ami. Kitanda s'est tournée vers lui et vocifère :
- Va gesticuler ailleurs bâtard ! Tu me gênes putain !
Ah ah... Je rectifie : tout le monde rêverait de l'avoir pour ami SAUF Kitanda. Le navigateur ne semble pas déboussolé par cette injure, bien au contraire. Il lui sourit amicalement ce qui a le don d'exaspérer encore plus la rouquine. Un autre rugissement retentit :
- Venez vous délecter de mon Hokotanso, bougres de chihuahuas à la sauce tartare ! Gwahahahaha !
La hallebarde de Dread Kharbonn atteint une dizaine de personnes d'un seul mouvement. Il est incontestablement doué. Son arme, Hokotanso, fait partie des 21 Grandes lames, les Ô Wazamono. On dirait qu'elle a été forgée pour cet homme de quarante-six ans qui mesure quasiment trois mètres. Dread Kharbonn est l'incarnation du corsaire : tricorne à plumes, un manteau de Capitaine forban, une chemise ample et encrassée, une large ceinture en cuir et des bottes de mousquetaire. A cela s'ajoute des dreadlocks noirs et une barbe également nattée. Pendant le Serment des Capitaines, l'utilisation d'une dague pour tracer une cicatrice sur nos paumes était de son ressort. D'après lui, c'est une tradition qui lui vient de son père. « Les promesses ne doivent pas être que des germes de pipeaux, mais de véritables mutilations pour nous remémorer que nous sommes obligés de porter nos burnes jusqu'au bout du chemin ». Kharbonn est rustre, charismatique, parfois intimidant, et pourtant il est le seul de la Première unité à me considérer pleinement. De ce fait, je crois que je peux me permettre d'affirmer que je m'entends bien avec lui.
Trois unités en plus du Mahogany, la flotte des Crimson Pirates est ainsi constituée.
Le petit commentaire de l'auteure :
Quel beau bazar, j'espère ne pas vous avoir perdu en cours de route xD ! La flotte d'Akira est constituée. En résumé nous retrouvons chez les Crimson Pirates :
- L'équipage principal sur le Mahogany, dirigé par Akira qui est également le Capitaine des Crimson Pirates. On y retrouve Amerika, Kenban, Nanaly, Sanae et Jita.
La flotte :
- La Première unité sur l'Ebony, l'unité offensive, dirigée par Dread Kharbonn. On y retrouve entre autres les frangins Bazal et Wane, et Kitanda. Ils ont tous des dreadlocks.
- La Deuxième unité sur le Sycamore, l'unité défensive, dirigée par Skalpell D. Arzt. On y retrouve entre autres Elas et Ganryo.
- La Troisième unité sur l'Amaranth, l'arche des Crimson Pirates, dirigée par Phasco. On y retrouve les noms combattants (Big Bean le Wotan, Francesca l'Okama et Alana la sirène).
D'ailleurs le nom des bateaux proviennent tous de noms de bois, d'arbres ou de plantes. En anglais, Mahogany signifie "acajou" ; Ebony "ébène" ; Sycamore "sycomore", Amaranth "amarante".
A bientôt pour la suite des aventures ! Je reprends l'écriture, ça devrait venir plus rapidement :3
Ciaossuuuu !
