Ah que bien le bonjour !
Je n'ai pas grand chose à dire aujourd'hui hormis que je me suis replongée dans l'ambiance et l'univers de cette fic qui me tient tant à coeur. Après 9 mois à écrire d'autres histoires et à publier par-ci par-là les chapitres que j'avais en réserve, ça m'a fait tout drôle de revenir à cette fic. Mais c'est en relisant les derniers chapitres que j'ai ressenti toute l'affection que je porte pour mes personnages et pour ceux de One Piece. J'espère que la suite vous plaira, j'ai pris tellement de plaisir à l'écrire :3
Merci à Silomede pour sa review, son follow et son favori ! Contente que mon histoire te plaise :3 Et merci aussi à .1996 pour son favori, bienvenu à bord à toutes les deux ! :3
Rappel de la flotte d'Akira :
Équipage principal - Navire : Mahogany / Membres : Akira (Capitaine), Amerika (Navigateur), Kenban (Musicien), Nanaly (Chanteuse), Sanae (Cuisinière) et Jita (Charpentier naval).
Première unité - Navire : Ebony / Type : Offensif / Membres : Dread Kharbonn (Commandant), Bazal et Wane (frères), Kitanda (rouquine au langage fleuri) et autres personnages lambdas. Ils ont tous des dreadlocks.
Deuxième unité - Navire : Sycamore / Type : Défensif / Membres : Skalpell D. Arzt (Commandant, chirurgien aveugle), Elas (guetteur sale sur lui), Ganryo (gynécologue aux longs bras) et autres personnages lambdas. Ils sont tous médecins.
Troisième unité - Navire : Amaranth / Type : Exploration et protection / Membres : Phasco (Commandant, minks koala), Big Bean (Wotan), Alana (sirène), Francesca (Okama) et autres personnages lambdas. Ils collectionnent les foulards bleus de la Marine.
Je pense que les premiers mots du chapitre vont vous donner envie de mettre une certaine musique de l'anime en fond sonore *smile*
Citation du chapitre : Chante avec moi cet air du large connu des grands pirates ! (paroles de "Binks no sake")
Bonne lecture ! On se retrouve à la fin !
Chapitre cinquante-deux
Chante avec moi cet air du large connu des grands pirates !
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- Tu sais Akira, à ce qu'il paraît il existerait une musique que les pirates se transmettent de génération en génération ! J'aimerais bien la connaître un jour.
- Moi aussi ! Comme ça on pourra la chanter tous les quatre quand on se retrouvera !
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Si la peur m'envahit,
Ce sera mon dernier soupir.
C'est ainsi,
Je ferai une croix sur mon bel avenir.
Yo-ho-ho-ho Yo-ho-ho-ho !
Yo-ho-ho-ho Yo-ho-ho-ho !
Tout le monde chante en chœur cette célèbre musique qu'est « Le bon rhum de Binks ». Elle nous vient de la Première unité et a mis tout le monde d'accord sur un point : cette chanson relie les cœurs. Selon Kharbonn, la légende raconte qu'elle a été reprise de nombreuses fois il y a cinquante ans de cela par l'équipage du Rumbar dont les membres étaient quasiment tous des musiciens. Kenban était tellement emballé par cette histoire qu'il a demandé à la Première unité de la chanter pour qu'il puisse créer une partition. Et nous voilà, une fois de plus, à l'accompagner de nos voix qui se réverbèrent contre les murs de la salle de musique du Mahogany. Les doigts effilés du blond passent gaiement d'une noire à une blanche sur son piano.
Tous les membres de mon équipage sont présents, hormis Jita qui est parti se coucher dans ma cabine. La chambre des garçons se trouvant à côté, je ne suis pas certaine qu'il aurait pu y dénicher aisément les bras de Morphée. Pour ce soir, les représentants de ma flotte sont Dread Kharbonn, Bazal, Wane, Kitanda et d'autres membres de la Première unité. Ils sont toujours partants pour s'enivrer. D'ailleurs j'ai noté que les deux frères et Kenban s'entendent nettement mieux lorsqu'ils ont un coup dans le nez. Ganryo le gynécologue – argh ! - de la Deuxième unité est également assis dans la salle et est nettement plus social que son comparse zoologue qui a préféré rester sur le Sycamore.
Tandis que ma pinte trinque avec celle d'un homme aux dreadlocks et avec celle de Sanae, j'observe plus attentivement la salle. Quelques pirates dansent en se tenant par les épaules, Kharbonn et Kitanda ont une descente impressionnante et Nanaly discute avec Amerika. Je répète : Nanaly discute avec AMERIKA. N'allez pas croire qu'ils flirtent, non pas du tout. Mais ils se parlent normalement, la blonde ne fuyant plus le navigateur. Avec Jita elle a un peu plus de mal, je crois qu'elle est jalouse du jeune garçon car je passe beaucoup de temps avec lui. En revanche, avec les membres de la flotte elle fait des efforts et ses progrès payent.
Moi-même, je me sens plus proche que jamais de mon équipage. Je leur ai tout raconté, pour Colère et pour mes autres sautes d'humeur inexplicables. Par contre je ne me suis toujours pas résolue à évoquer les altercations de ma personnalité à ma flotte et surtout au professionnel en la matière, j'ai nommé Arzt. En ce moment l'enchaînement des sauvetages réussis de peuples en détresse et l'harmonie au sein des Crimson Pirates ont empêché le réveil de Colère. Néanmoins, même si les « crises » sont moins longues, il m'arrive encore de me sentir... éteinte. J'ai fait de nombreuses recherches dans mes livres et je crois être parvenue à une conclusion, une conclusion que je n'arrive pas à admettre. Quoiqu'il en soit, si à l'avenir cette léthargie survient à nouveau, je me suis juré d'en informer Arzt.
Je m'évente. Wouha, c'est qu'il fait chaud tout à coup ! Je tape du pied au rythme imposé par le piano. J'adore cette chanson. Et si c'était de cette musique que me parlait Sabo quand nous étions petits ? Oh Seigneur ce serait tellement dingue ! « Le bon rhum de Binks » est entraînante, tout le monde est sur la même longueur d'onde et les paroles sont pertinentes. Je les soupçonne d'être bourrées de sens cachés, à tel point que chaque personne l'ayant écoutée puisse faire sa propre interprétation. Pour ma part, je me sens liée à certaines phrases.
« Adieu port de ma jeunesse, adieu mon village natal, chante avec moi quelques couplets, le navire met les voiles. » Cela me ramène à l'île de Dawn que j'ai quittée pour un voyage à durée indéterminée.
« Les vagues sont mon lit douillet, le bateau est ma maison. Et à son mât flotte au vent, un noir pavillon. » Je suis chez moi ici. Sur le Mahogany, avec eux tous. Sur Grand Line, en tant que pirate.
« Quoi que tu fasses mon ami, tu finiras les os blanchis. La vie est une longue comédie, pleine d'aventures, promis ! ». Ceux qui ont inventé cette musique ont raison sur toute la ligne. La vie n'est pas un long fleuve tranquille. Elle est semée d'embûches, et ce encore plus lorsqu'on possède un objectif tel que le mien. Alors il faut savoir savourer les bons moments, ceux qui agrandissent nos sourires et font bondir nos cœurs d'allégresse.
Je m'en vais de bon matin,
Livrer le bon rhum de Binks...
- Attendez les gars, on a un problème !
L'intonation de voix de Wane est tellement paniquée que toute la pièce s'interrompt, Kenban y comprit. Le jeune homme aux dreadlocks proclame d'un air désemparé, les bras ballants contre ses flancs :
- Comment va-t-on livrer le rhum si on n'en a plus ?
Ah. Problème existentiel. Tous les yeux convergent vers le baril qui est outrageusement vide. Un reste d'alcool goutte – ploc ploc – contre le sol. Bazal frappe son petit frère dans le dos :
- C'est que t'es l'roi des cons toi ! Pourquoi on irait s'emmerder à le livrer ?
- R'pète un peu ?!
Provenant d'un Wane totalement éméché et tenant à peine debout, cette menace est parfaitement risible. Son aîné poursuit en dressant un doigt :
- Mais t'as raison sur un coin... euh un point : il nous faut de la gnôle ! Sinon le Capitaine ne pourra pas être au mieux de sa forme pour narrer ses anciennes aventures !
- Le petit gaillard jargouine bien ! s'exclame Kharbonn en tapant du poing sur le parquet. Autant pisser dans un violon si j'ai pas de tord-boyaux pour me délier la langue !
Il retire son cigare et désigne un membre de son équipage.
- Va me chercher le tafia qu'on a maraudé à ces faces customisées pour que la bamboche puisse battre son plein jusqu'au cœur de la nuit !
- Laissez, je rétorque en me redressant difficilement. Pour ce soir c'est moi qui invite. J'vous dois bien ça pour votre intervention.
- T'assures l'Écrevisse ! T'es une vraie corsaire !
Kharbonn lève longuement sa chope presque vide dans ma direction et hoche la tête. Même s'il a presque trois fois mon âge, il est toujours là, à me respecter publiquement. Les deux frères font une moue dubitative. Pour eux, plutôt mourir que d'être reconnaissant. Kenban leur envoie un coup de pied au derrière et je l'entends s'écrier :
- Alors les deux mongoles, vous avez vu ? Akira c'est la meilleure !
En temps normal, cette réplique lui aurait valu de nombreuses blessures de la part des frangins. Heureusement pour le musicien, ils ont l'alcool rieur. Je quitte la pièce en chancelant et pénètre dans la chambre des garçons. C'est que le bateau vacille un peu trop, ce n'est pas normal... Je discerne des pas dans mon ombre et il m'est facile de deviner de qui ils proviennent.
- Laisse-moi d'viner, tu viens m'aider à porter les barils ?
- Tout juste, acquiesce Amerika les bras dans le dos. Sur quoi as-tu jeté ton dévolu ?
- Encore du rhum, ça devrait convenir non ? Ils ne semblent pas s'en lasser, et puis tout le monde aime le rhum, même moi donc c'est dire !
- Alors comme ça le saké s'est fait détrôner ? me taquine-t-il tout en sachant à l'avance ma réponse.
- Faut pas déconner non plus.
Surpris par ma vulgarité, il rigole comme un gorille et je ne tarde pas à le rejoindre. Nous grimpons à grandes peines l'échelle qui mène à la trappe tellement nous sommes euphoriques. Arrivés sur le pont, nous ne faisons pas deux pas que je me mets à tanguer dangereusement. Horrifiée, je me tourne vers le navigateur :
- C'est qu'y'a de la houle cette nuit !
- Non, en fait je crois que...
Ses lèvres s'ouvrent de plus en plus pour découvrir ses dents. Je le sens pas ce sourire...
- Je crois que tu es complètement pompette.
- Je... je ne suis pas pompette ! je m'offusque.
Mais malgré toute ma bonne volonté ma voix sonne beaucoup trop enfantine. Ma vision est de plus en plus brumeuse à mesure que les secondes s'égrainent. Ah. Nouveau problème. Je crois que l'alcool est en train de faire effet. Je ne vais jamais pouvoir retourner en bas dans cet état, j'aurais l'air de quoi ? D'une ivrogne ? Baaaah c'est ce que sont les pirates après tout, je ne devrais pas m'en faire pour ce soir ! Je ris de ma désinvolture. Et puis c'est bon le rhum, ça m'a presque réconciliée avec les boissons alcoolisées. Je me lèche les lèvres pour essayer de retracer cette saveur délicieuse, en vain. Je lorgne sur Amerika qui a l'attention plongée dans le ciel nocturne, le sourire aux lèvres. Je lui donne un coup de coude et sors :
- Kenban m'a dit que tu avais tes chances avec Kitanda.
Cette phrase suffit à le ramener sur terre. Il croise les bras et m'adresse un sourire narquois :
- Akira qui parle d'histoires de cœur, on aura tout vu.
- Ne te moque pas de mouuua !
- Je ne me moque pas de « touuua », c'est mignon.
Mignon ? Je plisse les yeux puis finis par pouffer. C'est fou comme le terme « mignon » peut avoir deux significations différentes en passant de la bouche d'Amerika à celle de Kenban. Quoique même venant de lui j'ai l'impression que ça me dérange de moins en moins. Je m'accoude franchement à l'épaule – beaucoup trop haute – du natif de Bibidia. Je susurre – enfin, je « crois » susurrer :
- Tu sais que tu peux tout m'dire à moi, j'suis ton amie.
- Ma meilleure amie.
- Alors comment tu la trouves Kitanda ?
- Elle est belle.
Je crois que mes sourcils ont atteint la vigie. J'analyse le visage détendu d'Amerika mais il ne semble pas saoul. Kitanda. Belle. Nanaly est belle, magnifique même, d'une splendeur inégalable. Sanae aussi, la grâce de ses mouvements est hypnotisante. Mais Kitanda... Elle jure comme un véritable charretier, ses cheveux ont l'air encore plus emmêlés que les miens, ses sourcils sont constamment froncés à tel point qu'on ne distingue pas facilement la couleur de ses yeux. Alors c'est justement pour toutes ces raisons que je trouve l'affirmation d'Amerika touchante. Belle. Sur ses lèvres, c'est l'adjectif le plus merveilleux qui soit. Car la beauté qu'il souligne n'est pas que physique, elle qualifie également l'âme.
Je n'ose rien surenchérir alors il me donne une pichenette sur le nez. Je m'écarte en me tenant les narines et ne mets pas longtemps avant de perdre l'équilibre. Dans cet univers vitreux où je suis amputée de ma stabilité, Amerika représente ma béquille. Et sans lui eeeeeh ben je vacille ! Mais vraiment ! Je l'entends s'esclaffer bruyamment :
- On dirait un crabe scoliotique !
En gesticulant ainsi je ne vois pas plus loin que le bout de mon nez. C'est fort pratique ! Je percute alors le bastingage. Tellement prévisible. Oh purée il ne manquerait plus que je passe par dessus bord ! Une poigne me retient par le bas de ma chemise blanche sans manche. La figure d'Amerika est juste à côté de la mienne. J'le fais tellement marrer que des larmes s'amoncellent sur sa paupière inférieure. Voir une telle expression sur ses traits fait imploser en moi un puissant sentiment de bien-être. A cela s'ajoutent tous les visages souriant des membres de mon équipage et de ma flotte qui participent à la fête. Ce soir, nous nous délectons d'une bouffée de bonheur. Un caquètement vient confirmer mes pensées. La mouette se pose sur mon épaule incertaine. Amerika la désigne :
- Kenban s'inquiète pour moi et cherche à me trouver une compagne. Bientôt il va essayer de me caser avec Gaviota.
Nous rions encore comme deux pintades jusqu'à agacer tout à fait la mouette qui prend son envol. Des « Ô s'couuurs, ô s'couuurs ! » retentissent dans la voie lactée, signe que Gaviota est encore en train d'emmerder Cockatoo, le cacatoès de Kharbonn. Il l'a trouvé il y a un mois sur une épave pirate échouée en mer.
Le navigateur et moi passons les quinze minutes suivantes à admirer la toile céleste, mes cheveux et les perles de son bandeau ondulant dans la brise nocturne. L'air marin me permet de dégriser un peu mais je tourne encore. Amerika doit le saisir en un coup d'oeil puisqu'il me propose son bras pour m'escorter. Son aide est la bienvenue.
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Nous faisons une halte dans la cuisine pour transporter également quelques victuailles. La soirée va probablement s'étaler jusqu'au petit matin, et « on ne peut rien faire le ventre vide ! » Foi de Luffy. Pendant qu'Amerika fouille dans les placards, j'observe le tableau en liège qui regroupe tous les avis de recherche de l'équipage dans son entièreté. Le mien n'est pas resté seul très longtemps. D'abord rejoint par celui de Sanae à la sortie de Qing Chà, voilà qu'il a de nouveaux voisins depuis une poignée de semaines. Ma vision est un peu moins floue, du coup je suis à même de les identifier. Dix. Nous sommes dix à être recherchés par la Marine.
La prime la plus basse revient à Phasco le koala, Commandant de la troisième unité. Elle est de 19.000.000 de Berrys. Bien qu'il soit plutôt inoffensif, sa lubie pour les foulards bleus de la Marine n'est pas passée inaperçue. Nos ennemis n'apprécient sans doute pas cette humiliation. Ensuite nous retrouvons les deux frères dreadlocks, Bazal et Wane, recherchés ensemble pour la somme de 23.000.000 de Berrys. Il me semble que ça ne les enchante guère de former ce duo, bien que leur cohésion soit exemplaire au combat ! Amerika a obtenu sa première prime. Son impressionnante technique qui a mis à mal tant de soldats et de sbires du Roi sur Obuolys n'est pas passée inaperçue. Si on combine cette époustouflante attaque à son combat en solitaire contre bon nombre de Marines sur Qing Chà, on comprend sa mise à prix qui s'élève à 36.000.000 de Berrys. Son affiche, quant à elle, le représente un sourire tranquille aux lèvres et avec de la glaise sur la joue. Elle est parfaite pour lui.
Elas « Le Zoologue » est toujours à 48.000.000 de Berrys, comme avant sa libération. Jita, quant à lui, a obtenu une grosse prime sur sa tête. Savoir qu'un Mimic se balade dans la nature n'a pas dû enchanter le Gouvernement Mondial. Dans la prison d'Obuolys, sa pancarte indiquait « Au meilleur prix ». J'imagine que Hizumi avait refusé toutes les offres jusqu'à sa chute, même celles venant des grandes instances. Il devait avoir comme projet de se faire une sacrée fortune rien qu'avec la vente de Jita. En découvrant sa prime, j'ai alors compris toute l'épaisseur du fardeau qui pesait sur les épaules du jeune garçon rien qu'en étant un Mimic. 65.000.000 de Berrys, et avec l'indication « Only alive ». L'affiche, contrairement à celles des autres, était approximative puisqu'il s'agissait d'un dessin. Une chose est sûre : je ne laisserai jamais personne mettre la main sur lui.
Je m'adosse à la table pour observer les quatre derniers avis de recherche dont les primes s'élèvent à plus de 100.000.000 de Berrys. On retrouve tout d'abord Skalpell D. Arzt « Le Chirurgien aveugle » qui est passé de 117.000.000 à 130.000.000 de Berrys. Malgré la lettre dite « maudite » dans son patronyme, il ne représente pas encore une énorme menace pour le Gouvernement Mondial. Pour sur, le Commandant de l'unité défensive est placé souvent en retrait pendant les escarmouches. En revanche, serait crédule celui qui supposerait que Arzt soit faible. Cet homme est redoutable.
En bas du podium, nous me retrouvons avec toujours la même photographie que lors de l'obtention de ma première prime : de profil, les cheveux se livrant au vent, les poings serrés, le regard déterminé et du sang. Du sang qui recouvre une bonne partie de mon corps. Pas étonnant qu'on m'est attribué facilement le surnom « d'écarlate » que j'avais moi-même choisi. A la base c'était pour définir ma chevelure et non cet air sanguin que l'on m'impose sur la photo. Ma prime de 20.000.000 a augmenté petit à petit sans connaître une véritable explosion. Elle est actuellement de 205.000.000 de Berrys. Je suis considérée comme le Capitaine des Crimson Pirates et de sa flotte. Toutefois je ne suis pas la seule investigatrice des événements d'Obuolys et de ceux qui ont suivi. Le Gouvernement Mondial n'est pas encore décidé à décerner la prime la plus élevée des Crimson à une gamine de dix-sept ans.
Sanae occupe la seconde place. Son avis de recherche s'est renouvelé : de 218.000.000 il est passé à 220.000.000. Faut-il supposer que les grandes instances aiment les chiffres ronds ? Allez savoir... La photo de la cuisinière s'est actualisée. Elle ne la représente plus lorsqu'elle a déserté le CP4 mais lors de ses prouesses sur Obuolys. J'ignore combien de marines et de sbires jaunes a-t-elle dû affronter dans les souterrains mais le nombre doit être faramineux. Munie de ses arbalètes, agenouillée, elle est plus charismatique que jamais.
Enfin, Dread Kharbonn se tient en haut du podium. Ça doit être aussi parce qu'il possède une plus grosse prime que ses acolytes ont plus d'estime pour lui que pour moi. De 274.000.000 en sortant d'Obuolys, elle s'élève aujourd'hui à 294.000.000 de Berrys. Il allie à lui seul grandeur, intrépidité et puissance. Son jargon « fleuri » et son allure font de lui un authentique corsaire. Il aurait pu prendre ma place et mener ses troupes vers un nouvel objectif. Seulement, là ne sont pas ses aspirations. Il m'a donné sa parole sur l'île de l'immonde Musaraigne et m'a même protégé d'une mort certaine en parant l'estocade de Hansha. L'honneur. Voilà ce qui prévaut chez cet illustre forban.
Amerika me rejoint, les bras chargés de nourriture. Il désigne du menton le tableau en liège.
- Qu'est-ce que cela te fait d'être à la troisième place ?
Je n'ai nullement besoin de réfléchir. Je réponds sérieusement.
- Je m'en fiche complètement à présent.
Il sourit et attend patiemment la suite.
- Ce ne sont que des chiffres. Ce n'est pas ça qui me rendra plus forte ou qui sauvera autrui.
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Lorsque nous revenons dans la salle de musique avec de quoi abreuver et nourrir tout ce beau peuple, toute l'attention est accaparée par Kharbonn. Nous avons dû trop tarder, j'ai même eu le temps de décuver. Les autres devaient s'impatienter d'entendre l'une de ses histoires. Quoique là on dirait qu'il disserte surtout sur ce qui lui tient le plus à cœur : l'honneur. Je souris faiblement. Qu'est-ce que je disais à propos de cet homme ? L'auditoire est tellement suspendue à ses lèvres que personne ne remarque les deux barils tant attendus. Je décide de me la jouer discrète et m'assieds aux pieds de Kenban. Le blond est allongé sur la banquette du piano et bois les paroles du Commandant de la Première unité. Ce dernier exhibe ses grandes paluches :
- L'honneur, c'est comme une bonne bouteille de gnôle. On ne joue pas avec elle si on ne sait pas jongler. Il faut savoir la tripatouiller avec habilité sinon c'est niet, nada, on en réclame pas de ta camelote ! C'est comme si tu allais au caboulot, que tu commandais un grand cru et qu'on te servait de la piquette ! Non, moi j'vous le dis, on retrouve deux types de lascar. Il y a ceux qui observent les rouages de l'honneur comme il y en a qui admirent les étoiles. Et y a les pleutres, les gascons, ceux qui jargonnent sans se creuser la caboche et qui parlent d'honneur alors qu'ils ne savent même pas l'orthographier !
- Comme cet enfoiré de Voghi, n'est-ce pas boss ? fait Wane le regard orageux.
Voghi, l'un des prisonniers qui m'a promis d'intégrer mon équipage. Et qui n'a pas respecté sa parole puisqu'il est parti de son côté. Ce rappel de manque d'honneur jette une enveloppe glaciale sur mon corps. Une boule de rancune vient se loger dans ma gorge et j'ai beau toussé, impossible de l'extraire. Mes pensées s'assombrissent à mesure que je me souviens de cette... de cette ignoble trahison. Je déglutis. Attendez... Peut-on vraiment parler de « trahison » ? Le mot est un peu fort. C'est sûr, ce scélérat a manqué à sa parole mais nous nous connaissions à peine, il...
Une félonie ! Comment pardonner un tel parjure à quelqu'un qui ne respecte pas ses promesses ?!
Je tressaille, les yeux figés sur mes orteils. Non... Cette sensation... Ma main vient agripper mon pouls près de mon cœur, comme pour se convaincre que ses battements sont bien de mon ressort. Je reconnais cette sensation... Je suis parvenue à l'endiguer pendant deux mois. Un bruit du verre explose contre le sol et me fait sursauter. Mon attention se reporte sur Kharbonn qui en est l'auteur :
- Ce maquereau, il mérite d'être poursuivi par l'ombre de Rocks D. Xebec en personne jusqu'à la fin de sa misérable existence !
Des chuchotements s'élèvent. Rocks D. Xebec ? Qui est-ce ? Personne ne semble le savoir hormis Kharbonn et Sanae. L'indignation du Commandant déteint sur moi à vitesse grand V. Pour ne pas alerter les autres, je profite de l'agitation qu'a suivi le monologue de Kharbonn pour m'éclipser dans la chambre des garçons. Là je m'appuie au mur et libère un souffle profond. D'autres rancœurs viennent se rappeler à ma mémoire avec mesquinerie. Je m'adosse et plaque mes mains contre mon visage.
Maîtrise la, maîtrise la. Calme-toi, il n'y a pas lieu de s'énerver...
Et pourtant si. Il m'a menti. Voghi s'est joué de moi...
Ce n'est qu'un saligaud de forban ! Je n'ai que faire de sa promesse !
Et là c'est moi qui me fourvoie. Je sais comment je fonctionne, je sais ce qui m'importe. Les engagements, les pactes et autres assurances...
Arrête !
Il faut que je me souvienne de la manière dont me traitait ce misérable dans la prison. Il me méprisait, me voyait comme une catin. Il ne m'a jamais respectée ! Je sais ce que méritent ceux qui me souillent.
Arrête, je t'en conjure...
La mort la mort la mort la mort la mort la mort la
Je retire mes mains et l'ensemble de mes traits se figent dans une haine inapaisable. La pénombre de la pièce donne naissance à une plume imaginaire. Une plume imaginaire qui vient tracer dans mon esprit des phrases à l'encre indélébile.
Ceux qui souhaitent m'avilir et me traîner dans la boue.
Ceux qui n'ont pas d'honneur et qui brisent leurs promesses.
Ceux qui me barrent la route.
Je les…
Je…
Je les tuerai.
Le petit commentaire de l'auteure :
Le début de chapitre m'a tellement donné envie de chanter, j'ai écouté Binks no sake durant tout ce passage ! J'ai voulu dépeindre une ambiance propre à une soirée pirate. Donc l'alcool coule à flots, la fête bat son plein et la gaieté est au rendez-vous. Ça m'a fait rire de faire Akira pompette avec un Amerika hilare, je les aime tellement tous les deux.
Nous découvrons également les primes de certains membres de l'équipage. Et le chapitre se termine sur des principes que prône Colère. Quiconque les méprisera subira son courroux...
Dans le prochain chapitre on retrouvera des personnages d'un équipage que vous connaissez tous... *ris sous cape*
Prenez soin de vous surtout, on se retrouve bientôt !
Ciaossuuuuu !
