Ah que bien le bonjour moussaillons !
J'espère que vous avez passé de bonnes fêtes de fin d'année malgré les conditions actuelles. Comme on dit avec mes amis et mes collègues, je ne vous souhaite pas une "bonne année" mais une "meilleure année" que celle que nous venons de vivre !
Voici donc un nouveau chapitre qui débute un arc de transition de deux chapitres. Je risque d'entendre des cris de fangirls avant la fin du chapitre héhé... Je n'en dis pas plus, on se retrouve à la fin pour le commentaire de l'auteure !

En ce qui concerne le fanart de l'histoire, c'est moi-même qui l'est conçu sur Paint Tool Sai :3 Évidemment il s'agit de mon OC principal, Akira ! Elle est un peu plus jeune que dans l'histoire actuelle.

Merci à Silomede pour sa review et ses mots encourageants ! :D

Rappel de la flotte d'Akira :
Équipage principal - Navire : Mahogany / Membres : Akira (Capitaine), Amerika (Navigateur), Kenban (Musicien), Nanaly (Chanteuse), Sanae (Cuisinière) et Jita (Charpentier naval).

Première unité - Navire : Ebony / Type : Offensif / Membres : Dread Kharbonn (Commandant), Bazal et Wane (frères), Kitanda (rouquine au langage fleuri) et autres personnages lambdas. Ils ont tous des dreadlocks.

Deuxième unité - Navire : Sycamore / Type : Défensif / Membres : Skalpell D. Arzt (Commandant, chirurgien aveugle), Elas (guetteur sale sur lui), Ganryo (gynécologue aux longs bras) et autres personnages lambdas. Ils sont tous médecins.

Troisième unité - Navire : Amaranth / Type : Exploration et protection / Membres : Phasco (Commandant, minks koala), Big Bean (Wotan), Alana (sirène), Francesca (Okama) et autres personnages lambdas. Ils collectionnent les foulards bleus de la Marine.

Citation du chapitre : Ne déprécie pas la tortue, il se peut qu'elle te guide demain (Proverbe ovambo)

Bonne lecture !


Chapitre cinquante-trois

Ne déprécie pas la tortue, il se peut qu'elle te guide demain

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- Sabo, c'est vrai ce qu'on dit à propos des tortues de mer ? La ponte se produit-elle vraiment sur le lieu de naissance de la femelle ?

- Il faut croire. Tu en penses quoi ?

- C'est émouvant mais également… un peu triste. C'est comme si on les forçait à s'accrocher au passé, peu importe ce qu'elles en pensent.

/

- Tu devrais appliquer un peu plus de douceur dans tes gestes, oye. Tu vas finir par arracher une page.

- Ah, oui…

Sanae a raison. Je déglutis et tente de canaliser ma fébrilité. Il n'y a pas lieu de s'agiter ainsi. Hansha ne devrait pas, vraiment pas, instaurer chez moi une telle dépendance intellectuelle. Seulement, elle se rappelle à ma mémoire plus vivement encore que mes problèmes comportementaux. Elle est une épine de rose que je ne parviens pas à extraire de mon épiderme. Pas étonnant que je fasse alors une fixette sur un article consacré à sa prise récente de galon. Mes yeux sautillent d'une ligne à l'autre, comme si je découvrais pour la première fois son contenu. Hansha a gravi les échelons, de Lieutenant, elle est passée Colonelle. Je me frotte le menton, interloquée. Sanae dépose une tasse de thé fumante devant moi.

- Serais-tu perdue avec les grades militaires au sein de la Marine ?

- Tout juste, peux-tu m'éclairer ?

Elle m'explique alors qu'au dessus de Lieutenant, nous retrouvons les insignes de Commandant, de Lieutenant-Colonel et enfin de Colonel.

- Ce qui signifie que Hansha a sauté plusieurs classes, je souffle les yeux perdus sur la page grisâtre.

Je ferme les yeux lorsque retentit à mon esprit la voix haut perchée de La Musaraigne, l'ancien Roi d'Obuolys. Ces événements datent d'il y a quelques mois à présent, mais pour m'être arrimée à ses dires, je me souviens parfaitement de son discours concernant Hansha. Celle qu'il a nommé « l'héritière d'Archontia ».

/

« - Chère Hansha, sachez que je suis votre prodigieux parcours avec le plus grand intérêt. Et dire que personne n'aurait misé sur vous à votre naissance. Nonobstant, c'est bien grâce à votre renommé qu'à l'heure actuelle Archontia abrite pratiquement autant de nobles qu'à Mary Geoise. Vos parents doivent être fiers de vous. D'ailleurs, je ne serai pas étonné que ce soit l'illustre Guniraka Hansha qui fasse profiter de sa présence à la Rêverie de cette année. »

/

Sanae tire une chaise et s'installe en face de moi. Elle me dévisage avant de faire remarquer :

- Cela fait deux mois que tu repousses l'échéance de cette discussion. Il serait peut-être temps de l'entamer ?

Je l'observe à mon tour. Je comprends mieux pourquoi elle a demandé aux autres de sortir de la cuisine. Mon front se plisse, connotant ainsi mon étonnement.

- Alors que nous savons toutes les deux que j'ai eu tort ? Que c'était une erreur de vouloir l'aider ? Que mon besoin de sauver Hansha sur Obuolys a failli coûter nos précieuses existences ? A présent elle est furieuse contre moi. J'ignore si elle va chercher à me nuire mais je ne veux plus impliquer qui que ce soit là-dedans.

Je fais tourner machinalement mon doigt autour de la tasse avant de conclure :

- Si j'espère obtenir des éclaircissements sur elle, je vais devoir chercher par moi-même. Je t'ai déjà assez questionnée à son sujet.

Un petit sourire fleurit sur ses lèvres pulpeuses et fait tressauter son kiseru. Elle rétorque calmement :

- Ce que tu appelles « erreur » aujourd'hui sera une « expérience » demain. Il faut tout en apprendre d'elle.

Elle prend une bouffée de tabac avant d'enchaîner sur le même ton :

- Nous sommes une équipe, Capitaine. Là, maintenant, je suis disposée à te répondre si tu le souhaites. Et seulement si tu le souhaites.

C'est vrai ? Je peux ? J'ai l'impression que le froid qui subsistait entre l'arbalétrière et moi est train de se dissiper de jour en jour. Et puis, j'ai constaté qu'elle ne m'appelait plus « Petite capitaine ». Tout cela me convainc de me lancer. Je m'empresse alors de lui demander :

- Hizumi a évoqué « la Rêverie », supposant que Hansha irait cette année. Est-ce que tu sais de quoi il s'agit ?

Elle ne paraît pas étonnée par cette question, elle sait qu'il me reste tant à apprendre sur les méandres de notre monde. Elle m'explique alors que malgré son titre, la Rêverie n'a rien d'un « rêve ». Il s'agit de réunions qui ont lieu tous les quatre ans et qui se déroulent à Mary Geoise. Elles s'étalent sur sept jours et regroupent les rois, reines et dirigeants des royaumes affiliés au Gouvernement Mondial. Ces chefs évoquent des problèmes et enjeux majeurs de notre ère pour ensuite en débattre. Étant donné que les séances s'étendent sur une semaine, il arrive que les échanges tournent en polémiques et entraînent des nations à se faire la guerre.

Je hoche la tête, absorbant ce déluge d'informations avant de poser une nouvelle question :

- Sais-tu quels royaumes sont impliqués ? Autre que Archontia, je veux dire…

Elle se tait un instant, focalisée qu'elle doit être sur ma dernière phrase. En général, Sanae est loin d'être intrusive. Sauf que là, je sens qu'elle brûle d'en savoir plus sur mon île natale. Pour se détourner de sa curiosité, elle reprend :

- Oui. Nous retrouvons par exemple le Royaumes d'Illusia et celui des Fleurs sur West Blue, le Royaume de Germa sur North Blue, et les Royaumes de Drum et d'Alabasta sur Grand Line. D'autres dirigeants viennent d'encore plus loin, du Nouveau Monde en l'occurrence comme c'est le cas des Royaumes de Prodence et de Dressrosa. Il y en a d'autres bien sûr, mais dis-moi… Tu m'as dit avoir vécu sur l'île de Dawn sur East Blue ?

Je crois que mes sourcils sont partis agripper le plafond. Je m'attendais à tout sauf à ce qu'elle mentionne l'île qui m'a vu naître une seconde fois. Ne pouvant pas répondre décemment, je me contente de hocher le menton.

- Je vois. Sache que le Royaume de Goa, qui se trouve au sein de cette île, est également affilié au Gouvernement Mondial.

Ah… Je me pince l'arête du nez et soupire. Pourquoi faut-il que le peu de nobles que je connaisse soient liés à mon ennemi ? Et donc si j'en crois les propos de La Musaraigne, Hansha, en tant qu'héritière d'Archontia, devra se rendre à Mary Geoise pour la prochaine Rêverie. Le fera-t-elle vraiment ?

Mon doigt flatte la silhouette de la jeune femme sur le journal. Son maintien haut, sa chevelure noir d'ébène, la forme de son visage. La cuisinière surprend mon geste avant que j'en ai moi-même conscience. Elle déclare :

- Je dois t'avouer que je ne m'attendais pas à ce que Guniraka Hansha et toi soyez originaires de la même île, oye.

- Et moi donc, je murmure. Quand je lui ai fait cette constatation, elle a semblé me connaître. Pourtant lorsqu'elle m'a aperçue la première fois et que je me suis présentée, elle n'a pas sourcillé. Alors pourquoi a-t-elle dit « C'était toi » ? Que sait-elle de moi ?

Mes mains se crispent. J'ai renoncé à fouiller mes bribes de souvenir pour dénicher une réponse – au moins une – à mes interrogations la concernant. Malgré mes découvertes sur Pakuta, il manque toujours des pièces de puzzle pour compléter le tableau de mon enfance. En fait je crois… que j'ai peur.

Peur d'être de nouveau enchaînée à mon passé.

Alors je fais tout pour ne pas y replonger. La porte s'ouvre et me fait sursauter. Nanaly passe sa tête blonde par l'embrasure.

- Tu devrais venir sur le pont, Akira. Je suis certaine que ça va te plaire.

Aucun signe d'affolement n'altère ses traits. C'est même plutôt l'inverse, elle resplendit d'un air presque enfantin. D'un coup d'oeil je m'excuse auprès de Sanae, avale le thé tiède d'une traite et bondis à la suite de la chanteuse.

/

Oh… Je ne m'attendais pas à être accueillie par les rayons cuisants du soleil. Nous avons dû quitter le champ magnétique d'une île pour en intégrer un autre. Nanaly s'est déjà changée en conséquence tout comme son frère que j'aperçois plus loin. Un top noir corbeau laisse apparaître le nombril de la jeune femme, et sa jupe portefeuille fait honneur à ses jambes fuselées. Je suis toujours ébahie par son équilibre alors qu'elle chausse des escarpins. Son jumeau s'est en parti dévêtu. Seul un pantalon slim couleur réglisse recouvre ses longues guibolles. Et il porte ses bagues, comme toujours. Ils les arborent même en dormant.

Mes yeux balaient l'étendue marine à la recherche de l'Ebony. La veille, Kharbonn et ses troupes ont repéré au loin une corvette qui déployait le Jolly Roger de Voghi. Pour avoir partagé sa cellule pendant des semaines, il avait eu le temps de mémoriser son emblème qui était inscrit sur son panneau informatif. Lorsque le Commandant de la Première unité m'a contactée pour me dire que ce renégat se tenait à l'horizon, j'ai senti mon sang n'en faire qu'un tour. La voix de Colère était en train de susurrer à mon oreille des instructions que Kharbonn avait déjà pris en chasse l'embarcation pirate de Voghi. Cela fait plus de vingt-quatre heures que la Première unité s'est dépaquetée de notre convoi. Je pense contacter Kharbonn et ses gars s'ils manquent à l'appel ce soir.

Je me rends rapidement compte que mes compagnons ont jeté l'ancre du Mahogany. De même pour le Sycamore qui se tient à une lieue de nous. D'ici je crois reconnaître la silhouette de Ganryo et celle d'Elas dans la vigie.

- Putain Riki t'es complètement inconscient ! braille Kenban. Si ça se trouve ce môme ne sait même pas nager ! C'est pas une enclume comme toi qui vas pouvoir le sauver de la noyade ! C'est ridicule !

Je souris, sachant d'ores et déjà ce que mon meilleur ami va rétorquer à cela. Sa voix me parvient au loin :

- Mon cher Kenban, il faut que tu saches que je préfère être parfaitement ridicule plutôt que parfaitement ennuyeux !

Ça me renvoie à mon séjour sur Bibidia, l'île natale d'Amerika. Je m'approche du bastingage et donc du musicien. Lorsque Kenban m'aperçoit, toutes ses craintes se volatilisent. C'est comme s'il souhaitait exhiber devant moi le meilleur de lui. Le rire tonitruant de mon second m'attire.

Et alors je l'aperçois. A l'extérieur du bateau, debout, sur la mer. Ou plutôt devrais-je dire sur une tortue qui dispose d'une carapace en forme de planche de surf. Et elle n'est pas la seule à posséder cette particularité. Il y en a tout un troupeau de ce côté du navire. Jita se tient également sur l'une d'elles, il est en maillot de bain et a conservé son fidèle cahier au creux de ses bras maigrichons. La vue de ce spectacle me chatouille les zygomatiques. Kenban soupire :

- Et là tu vas me dire que toi aussi tu veux faire mumuse avec ces Tortsurfs.

- Tu as tout compris.

- Vous êtes complètement timbrés ma parole !

Je souris encore plus, me souvenant du dicton de mon second à propos de l'extravagance. Alors je répète, tel le plus important des enseignements :

- L'imperfection est beauté, et la folie est génie.

/

A force de regarder la souplesse des mouvements d'Amerika, on pourrait croire que l'art du surf est une discipline des plus abordables. Ah ah, grossière erreur. J'ai l'impression d'être un tronc d'arbre des plus instables, affreusement rigide et maladroit.

- Je vais tomber !

- Je t'assure que non, réplique doucement le navigateur.

Comment peut-il affirmer cela alors que je n'arrête pas de gigoter pour trouver une meilleure stabilité ? Qui plus est, mes pieds ne cessent de déraper sur la carapace de la Tortsurf. Le reptile ne bronche pas, tout comme ses congénères. On sent qu'ils sont habitués au contact humain, comme si leur seule existence nous permettait de surfer. C'est un peu triste comme raison de vivre… Je dérape encore, hurle comme une poule égorgée et me rattrape in extremis en battant des bras. Pendant que mon cœur regagne peu à peu un rythme convenable, Amerika a le temps d'exploser de rire, d'effectuer une figure sur une vague plus importante et de remettre son bandeau en place. Je vous jure, celui-là…

Je coule un regard vers Jita qui me semble aussi à l'aise que le natif de Bibidia. Le jeune charpentier naval des Crimson Pirates a retiré ses lunettes de soudure. Ce qui signifie…

- Tricheur, je le taquine gentiment.

Je ne distingue pas ses prunelles surréalistes derrière sa frange trop longue, mais son sourire vaut de l'or. Si son don de Mimic peut lui permettre d'apprendre des méthodes qu'il convoite réellement, il n'a aucune raison de se priver. Amerika en vient aux explications pour trouver son équilibre et solliciter le transverse :

- Il faut rentrer le ventre et expirer doucement tout en contractant le diaphragme.

Comme souvent dans ses exercices, la clé se trouve dans la respiration. Je galère pendant une bonne dizaine de minutes tandis que Jita en est déjà à effectuer ses premières pirouettes. Sa Tortsurf émet une clameur d'approbation. Kenban doit être frustré d'être mis à l'écart de ce cours de surf car il finit par nous rejoindre. En grimpant sur la carapace de l'un des reptiles, il déclare :

- Le premier qui se fout de ma gueule, je lui fais tâter de ma guitare. Croyez-moi, un bon coup de manche dans la trogne ça fait des dégâts !

Scrit scrit. Nous nous tournons de concert vers Jita qui nous expose son cahier.

« Tu serais capable de frapper Akira ? »

- Toi, ta gueule ! piaille le musicien les joues rouges.

Nous rigolons tous de bon cœur. Le blond nous foudroie de ses yeux azur, puis papillonne des paupières comme s'il se souvenait de quelque chose.

- Ah au fait, y a Elas qui a appelé. Il se demandait ce que vous branlez.

Je lui fais signe que je lui apporterai les explications nécessaires plus tard. Pour l'heure, il faut savourer ce moment ! « La vie est une longue comédie». Ce n'est pas inscrit dans « Le bon rhum de Binks » pour rien ! Faisons honneur à la légèreté, à l'exultation, à … !

Incartade. La mer change de visage et les Tortsurfs le comprennent avant nous autres humains. Cette fois mes bras ne me sont d'aucune utilité. Je bascule en arrière et me retrouve ensevelie sous des tonnes d'eau salée avant même de saisir pleinement ce qui m'arrive. Un étau se creuse dans ma poitrine, et mes membres se retrouvent captifs de l'océan. Mon Fruit du démon fait planer sa malédiction sur mon organisme. Seuls mes yeux agissent encore et harponnent la silhouette qui vient à ma rencontre.

Jita.

Il est bon nageur, peut-être un peu trop efficace pour son âge. Ses yeux puisent dans ses facultés apprises par le passé pour le rendre une fois encore irréel. Il saisit mon bras et me tire vers le surface. Les courants marins sont capricieux et ne lui laisse aucun répit. Il a beau avoir acquis bon nombre de capacités grâce à son identité de Mimic, sa force reste celle d'un enfant. Il se démène comme un diable pour nous faire regagner l'air libre alors que ma carcasse inerte prend des allures d'enclume pour nous traîner vers les profondeurs. Oh non…

Un autre gabarit agite des bulles sur ma gauche. Kenban. Dès qu'il agrippe la taille de Jita, je sais que nous sommes sauvés. C'est un très bon nageur, l'épisode de Timber Town atteste largement ce fait. Il use de ses grandes jambes pour nous tracter vers la surface. Je sors la tête de l'eau et aspire tout l'air du monde. Une plainte bestiale nous accueille. Ma Tortsurf me fait face et paraît effrayée. Qu'est-ce qui lui arrive ? Jita m'aide à m'arrimer à sa carapace, seulement mes membres sont dépourvus de vigueur. Le contact avec le sel marin m'empêche de maintenir ma prise.

- Ça va ? s'enquiert Kenban en me maintenant par la taille pour ne pas que je coule de nouveau.

Je hoche la tête en grommelant et me laisse aller contre lui. Je sens sa cage thoracique vibrer contre me joue lorsqu'il s'écrit :

- Bordel de chiotte, c'est quoi ce foutoir Riki ?! Il se passe quoi là ?!

La voix d'Amerika semble provenir de l'autre bout du globe :

- La mer, on dirait…

- Merde explique-toi clairement ! On dirait quoi ?

- On dirait des courants serpentins ! Vite, remontons sur le navire !

C'était sans compter l'imprévisibilité de tous ces reptiles inoffensifs qui nous entourent. Paniqués par ce qu'est en train de mijoter l'océan, ils se mettent à couiner. Et, dans une parfaite synchronisation,

ils plongent.

/

Ce qui arrive ensuite me semble aussi brumeux qu'un rêve, aussi obscur qu'un cauchemar. C'est comme si j'avais sombré dans une semi-inconscience. L'eau a anesthésié mes sens, je ne distingue plus que trois choses. Les corps de mes deux compagnons, la carapace de la Tortsurf et le glas que sonnent les abysses. Ça tinte, ça carillonne, ça résonne de façon insupportable. Et alors ça me réveille, pile au moment où mes poumons lancent l'alarme. Manque d'air, brûlure dans mon larynx qui s'ouvre pour accueillir son messie. Mais rien ne s'introduit si ce n'est de l'eau. Encore, toujours de l'eau.

Cette agonie se mêle à celle de la pression sous-marine. Mes tympans gémissent et mes narines se calcinent. C'est ignoble, c'est comme me sentir mourir à petit feu. Les secondes s'égrainent et invoquent d'autres souffrances encore. Je commence à perdre le fil de mes pensées lorsque le vent vient remplacer l'eau. Le vertige me saisit lors de la chute, mon abdomen se creuse. Fort heureusement le sol vient à notre rencontre avant que notre dégringolade ne soit mortelle.

Je me contorsionne sur ce que je pense être du sable et tousse à m'en écorcher la gorge. J'inspire tant bien que mal, et perçois les raclements de gorge d'une autre personne à côté de moi. Kenban. Je reste immobile plusieurs secondes, prolongeant ce contact inespéré avec la terre ferme. J'ai beau être une fille de l'océan, je n'en reste pas moins un être humain incapable de respirer sous l'eau. Et… Attendez, il manque…

J'ouvre subitement mes yeux obstrués par le sel et m'étrangle en me redressant. Mes prunelles brûlées distinguent la petite silhouette de Jita qui gît non loin de là. Kenban doit faire mentalement la même constatation que moi car nous nous ruons de concert vers le garçon. Le musicien le tourne prestement sur le dos et mes mains s'empressent de sonder son pouls. Oh non…

- Il ne respire plus…, je bafouille défaite.

- 'Chier, il a dû avaler trop d'eau. Est-ce que tu crois que tu peux…

Kenban ne termine pas sa phrase, sachant qu'y apposer un point me mettrait encore plus la pression. Il est conscient, tout comme moi, que je représente actuellement le seul espoir de survie de Jita. Je tente de canaliser mon angoisse grandissante et rejette ma chevelure dans mon dos pour ne pas être gênée. Tu peux le faire Akira, tu as étudié bon nombre de bouquin de médecine, tu peux…

- Tu peux le faire, affirme le musicien en plaçant une main sur mon épaule.

Je hoche fébrilement le menton et me place au niveau du buste du garçon. Je lui retire son t-shirt de marin, applique le talon de ma main au milieu de sa poitrine nue et l'autre par dessus. Je me tiens bien droite au dessus du corps de Jita, bras tendus. J'effectue une première compression thoracique, attends que la poitrine se regonfle puis recommence le même manège. Dix fois, vingt fois, trente fois… Puis je me penche vers son visage, relève son menton et pince ses narines. Ma bouche rencontre la sienne pour lui insuffler un peu de vie.

Rien, aucune réaction. Je commence franchement à paniquer, heureusement le dos de la main de Kenban vient cajoler mon front pour essuyer la sueur qui y perle. Le contact de ses bagues froides sur ma peau bouillante m'apaise un peu. Je reviens au niveau du buste et reprends le massage cardiaque. Je siffle, haletante :

- Ce n'est pas... terminé Jita, tu entends ? Il te reste tant... à découvrir, tu ne peux pas…

Crachat et toux. Je suis tellement stupéfaite que l'immobilité s'empare de mes membres. Kenban réagit plus promptement et fait rouler le garçon sur le côté pour l'aider à évacuer l'eau de ses poumons. Il lui tapote délicatement le dos et lui glisse des paroles rassurantes à l'oreille. J'avoue être émerveillée par ces gestes. L'instrumentiste a toujours exhibé son désaccord à propos de l'admission de Jita au sein de l'équipage. Alors le fait qu'il se montre aussi tendre, ça me chamboule. Les doigts du garçon aux cheveux de jais se mettent fébrilement à tracer des lettres dans le sable humide.

« Maki »

Qu'est-ce donc ? J'écarquille les yeux et une sueur froide gagne mon dos lorsque je devine la pointe d'une épée contre mon biceps.

- Pas un geste.

La voix grave et inconnue ne trahit aucune inquiétude. Seule de la surprise y réside. Comment est-ce possible ? Je n'ai discerné aucune présence fonder sur nous. A n'en pas douter, cette personne qui me menace de son fer est assez expérimentée pour dissiper son aura. J'avise l'expression atterrée de Kenban. OK, à tout les coups notre opposant est connu.

- Retourne-toi l'Écarlate, et réponds uniquement à ma question.

J'obtempère, la sueur dégoulinant le long de mon cou dégagé. Un homme. Son visage ne me dit rien mais je suis persuadée que mon registre sur les pirates renommés le connaît bien. De grande taille, son long caban bleu de minuit épouse sa large musculature. Sa peau est halée et son crâne est couronné par une explosion de mèches rouge grenadine. Des bandages recouvrent son front, signe d'une récente convalescence. Je suis un instant interloquée par ses lèvres charnues teintées de parme mais mon attention se déporte vers un autre protagoniste posté en retrait. Lui non plus je ne l'ai pas senti approcher. Sa longue chevelure blonde n'adoucit pas la rudesse de ses traits en partie camouflés par des lunettes de soleil. Le logo imprimé sur son bandana noir m'interpelle mais je n'ai pas le temps de réfléchir plus longtemps.

- Qu'es-tu venue faire par ici ? bougonne le pétard rouge.

Ah, vaaaaste question. Je n'ai même pas encore eu un seul aperçu concret de ce qu'est ce « ici ». Néanmoins, mes prunelles curieuses avides de découverte ne peuvent plus s'empêcher de s'abreuver des alentours. Et je suis alors ébaubie par les merveilles de la Nature. Une fois de plus.

Des cascades.

Elles nous entourent. Les courants marins sont tels que les trombes d'eau ne chutent pas, bien au contraire elles remontent ! C'est renversant, c'est le moins qu'on puisse dire. Ainsi donc l'île se situe au centre d'un ravin aqueux. Avec des tels flux contraires à proximité, je comprends mieux l'incident de tout à l'heure et le comportement des tortues. Elles non plus ne peuvent pas expliquer les mystères de Grand Line.

Le reste de l'île est nettement plus basique, son diamètre n'est pas très excessif. Une étendue plate et sableuse, de petits bassins aqueux recouvrant toute la surface. Mais ces grains… Ils sont…

- Il me semble t'avoir posé une question.

Les longs cils du bretteur se froncent, signe qu'il commence à perdre patience. Bon, autant jouer la carte de la franchise :

- Je ne sais absolument pas ce que nous fabriquons ici.

A son expression, je devine que j'ai peut-être été trop honnête. Kenban choisit ce moment pour voler à mon secours :

- Mon bon vieux Rockstar – car c'est comme ça que tu t'appelles hein ? J'ai déjà vu ta trombine sur un avis de recherche, pouah 94 000 000 de Berrys c'est pas rien ! Je te tire mon chapeau imaginaire mon gars ! Eh ben écoute, tu vas jamais nous croire mais il se trouve que mes compagnons et moi faisions quelques chevauchées à dos de Tortsurfs là-haut. Et puis tout à coup elles ont eu envie de faire coucou aux abysses et il y en a une qui nous a amenés tous les trois ici. Sacrée aventure n'est-il pas ?

Rockstar ? Ça m'évoque quelque chose… Réfléchis Akira… Les deux hommes échangent des regards mi-amusés mi-suspicieux. Pour conclure les explications, le musicien désigne la tortue qui a atterri non loin de là. Elle se débat avec le sable et peine à rejoindre la cascade dans mon dos. C'est bien ce que je pensais. Ces grains sont épais, humides, uniques en leur genre. Aucun d'entre nous n'a subi de séquelle après la dégringolade, signe que la sable a amorti notre chute.

- On fait quoi Rockstar ? s'enquiert le blond. Sans compter les membres de l'équipage, jamais personne n'est parvenu à déjouer les courants marins jusqu'ici. On contacte le chef ?

- Il ne navigue pas dans ce coin actuellement mais on perd rien à lui passer un appel.

Leur chef ? L'arme du rouquin quitte mon épaule et je peux me pencher pour admirer ce qui se tient derrière lui. Je discerne quelques habitations construites sur pilotis. Du mouvement attise mon observation. Il s'agit d'un drapeau hissé en haut d'un pilier en bois. Pavillon noir où trône en maître un Jolly Roger des plus reconnaissables.

Deux sabres aux manches rouges.

Et un crâne de mort dont l'un des orbites est strié par trois griffes.

Impossible de me tromper. Les muscles de mes pommettes sont réquisitionnés pour afficher le sourire le plus lumineux que j'ai exhibé ces derniers temps.

- Cette île appartient à Shanks Le Roux, n'est-ce pas ?! je lance gaiement.

Ma réaction paraît les surprendre, et c'est presque un euphémisme. Et je ne parle même pas de l'ébranlement de mon ami musicien…

- En effet, rétorque le pétard humain d'un air méfiant. Peut-on savoir pourquoi ça te fait autant plaisir ?

Me faire plaisir ? Oh que oui. Depuis le temps qu'on me compare à lui, depuis le temps que Luffy me vante les qualités de celui qui lui a transmis son chapeau de paille. J'espérais tomber sur lui un jour et je ne pensais pas que ce dernier arriverait si rapidement. Je ne me sens pas du tout de taille aujourd'hui pour rencontrer l'Empereur pirate qu'on nomme « Le Roux ». En revanche je suis apte à rencontrer un homme, Shanks, celui-là même qui fascine mon petit frère et qui a peint les nuances de l'amour sur le visage de Makino. Je suis prête, je le suis depuis que Luffy a mentionné cet homme devant moi.

Je me redresse, n'éprouvant plus aucune défiance envers ces hommes qui jouissent de la protection du Roux. Ils me reluquent comme si j'avais perdu la tête pour m'exposer à la menace de leurs lames. Je déclare sans me départir de ma joie et de mon impatience :

- J'aimerais le remercier comme il se doit. Où puis-je le trouver ?

Et là ils se mettent à soupirer en chœur. Le blond aux lunettes secoue son visage et marmonne :

- Et voilà, ça recommence…

Hein ? Comment ça, « ça recommence » ?

/

Ace a rencontré Shanks l'an dernier sur Grand Line.

Leur entrevue s'est produite sur une terre hivernale alors que la nôtre se fera sur une île estivale. Quel drôle de parallèle, en tout cas j'ai tellement hâte de rencontrer Le Roux que je ne tiens plus en place. Nanaly et Amerika ont dû s'y prendre à deux pour me tirer vers l'une des constructions sur pilotis et pour me forcer à m'asseoir sur le perron. Et Sanae a dû me lancer son regard de tueuse pour que je me mette à déguster ce qu'elle avait préparé pour toutes les personnes logeant actuellement ici, sur Kaskade.

J'enfourne une énième bouchée de bonheur – riz relevé avec du curry, du cumin et de la cassonade -, les yeux rebondissant sur les remontées aqueuses, lorsque une bouteille fait son entrée dans mon champ de vision.

- On dit que le ratafia est une énigme et que son secret réside au fond de la bouteille.

Je souris au blond pourvu de lunettes de soleil et trinque avec lui.

- Ça tombe bien, j'aime le rhum.

Je suis encore un peu déstabilisée par la jovialité de l'équipage du Roux. Rockstar et son ami semblaient tellement flegmatiques la semaine dernière, lorsque la Tortsurf a traîné Kenban, Jita et moi-même jusqu'ici. Kaskade, île paradisiaque qui ne figure sur aucune carte maritime. Aucun bâtiment ne peut atteindre cet endroit à moins de posséder à son bord un navigateur des plus expérimentés. Sanae m'a narré hier la légende à propos de cette zone. On raconte que le champ magnétique n'appartient à aucune péninsule et qu'aucun marin n'a croisé ne serait-ce qu'un bout de terre dans le coin. A présent nous savons que ce mythe est erroné.

Je coule un regard sur mon partenaire de boisson. Il s'est mis à chanter gaiement avec ses homologues. Niveau festivité, cet équipage pulvérise même la Première unité des Crimson Pirates. Il ne se passe pas un instant sans qu'ils fassent les mariolles. Pourtant derrière leur enjouement constant, je perçois une déroutante maturité. Comme si, en une fraction de seconde, ils pouvaient braquer une arme sur nous s'il nous prenait l'idée de tromper leur cordialité. Ce ne sont pas les coéquipiers d'un Empereur pour rien. L'expérience a forgé ses lettres dans leurs iris.

- C'est qu'il a l'air drôlement bon ton repas ! s'exclame la voix grave de Rockstar.

Je ris, me retenant de lui rappeler qu'il vient d'engloutir la même chose. Sanae n'est plus dans les parages, elle a dû rentrer dans l'une des baraques en bois. Certaines d'entre elles sont de véritables infirmeries, ce qui a évidemment nourri l'intérêt des membres de la Seconde unité. Il se trouve que Kaskade est un lieu de repli pour l'équipage du Roux. Lorsqu'ils subissent de lourds dommages, et qu'ils naviguent sur Grand Line, les blessés viennent se rétablir ici. Je comprends mieux pourquoi le crâne de Rockstar était bandé à notre rencontre, lui aussi était convalescent.

Profitant de l'absence de l'arbalétrière, je décide de partager ma collation avec l'homme pétard qui me remercie d'une tape dans le dos. La dynamique n'a pas toujours été aussi réjouissante entre nous tous. Pour sur, lorsque j'ai annoncé que je voulais rencontrer leur Capitaine, les membres de l'équipage du Roux ont exprimé toute leur lassitude. Pour que je cite mot pour mot les mêmes propos qu'Ace, il devait s'agir d'une entourloupe. Surtout qu'ils ne me croyaient pas lorsque je leur certifiais qu'Ace était mon frangin. Pour une raison que j'ignore, mon frère aîné a mentionné une « compagnie féminine » mais pas de « soeur » dans ses explications. Que de propos blessants que je ne parviens pas à extraire de ma tête. J'ai dû évoquer mon lien avec Luffy et exhiber mon tatouage au creux de mes reins pour qu'il daigne contacter leur chef. Comme ils l'avaient prévu, Shanks ne voguait pas dans le coin et il lui faudrait au moins sept jours pour rejoindre Kaskade.

Nous sommes justement le septième jour. Ce qui signifie que le mentor de mon petit frère devrait surgir d'un moment à l'autre.

Je bois une dernière gorgée de tafia – il est un peu trop chargé à mon goût - et prends congés de mes hôtes. Il y a quelque chose qui me reste en tête depuis que je suis arrivée ici. Un mot. « Maki ». Et la curieuse que je suis se doit d'élucider ce mystère.

Je repère sans mal Jita qui joue sur le sable avec Amerika, Kenban et… et la Tortsurf.

- Et voilà le travail, on vous a bien niqués ! raille le musicien. Hein dis Karma ?!

Et ne voilà-t-il pas que la tortue claque sa nageoire dans la main du blond. OK, je crois que j'ai loupé une étape… J'analyse deux piquets gradués et plantés dans le sable. Celui de l'équipe Kenban/Karma est davantage enseveli que celui du groupe adverse. J'imagine qu'Amerika n'a pas utilisé son Fruit du démon, en tout cas il n'a pas la défaite amère contrairement à son partenaire. Il faut dire que Jita est encore un enfant, je suis contente qu'il expose de plus en plus ce qu'il ressent. Je le rejoins et lui tapote l'épaule.

- On apprend peu par la victoire mais beaucoup par la défaite.

Il me sourit. Je m'apprête à enchaîner mais suis interrompue par le bras de Kenban qui s'enroule autour de mes épaules.

- Ma douce, c'est moche de faire espérer ce pauvre gnome.

- C'est encore plus désobligeant de le sous-estimer, je réplique taquine.

- Impossible de subir une déculottée avec un duo pareil, t'en penses quoi Karma ?

Et ne voilà-t-il pas que la Tortsurf émet un cri d'approbation. Vraiment, faut qu'on m'explique un truc ou deux… Je la désigne :

- C'est toi qui l'a baptisée ?

- Ouais parce que depuis qu'elle est dans les parages, j'embaume l'aura divine, je suinte le talent à des kilomètres, je répands l'excellence là où mes paturons arpentent le sable ! C'est le retour du karma pour toutes mes bonnes actions, n'est-ce pas Karma ?

Il me relâche et s'abaisse pour cajoler ladite tortue. Je suis son mouvement des yeux. Pour l'avoir eu collé à moi durant toute sa tirade, je dois bien avouer que Kenban exhale une bonne odeur de soleil. Je m'attarde sur son trapèze, sur ses clavicules rougies par l'astre solaire et sur sa montre à gousset qui rebondie contre son torse sec. J'ouvre la bouche pour dire quelque chose, n'importe quoi, mais ma langue reste inactive. Je me détourne, un peu tardivement ma foi car Amerika a surpris mon regard sur le blond. Il hausse si vivement son sourcil que ce dernier rehausse son bandana. Je m'éructe la voix :

- Ah hrm… Jita, je pourrai te voir un instant en privé ?

Le garçon acquiesce sans se poser de question, ramasse ses affaires et emboîte mon pas branlant en direction du Mahogany. Je me demande comment va-t-on remettre le navire à flot ainsi que le Sycamore ? Peut-être avec l'aide du Fruit de la glaise de mon second ? Les deux embarcations ont chu dans le sable humide qui a amorti fort heureusement leur chute vertigineuse depuis le haut des cascades. Après avoir informé notre position à Amerika à l'aide de l'Escargophone de Rockstar, il leur a fallu deux jours entiers pour réussir à contrer les courants marins et parvenir jusqu'ici. Je n'ai pas beaucoup vu la Seconde unité depuis leur arrivée. Arzt, Elas et Ganryo passent la majeur partie de leur temps dans les petites infirmeries.

Quant à l'unité de Kharbonn, elle nous attend à la surface. L'Ebony a poursuivi l'équipage de Voghi, l'acculant à loisir pour le forcer à suivre un chemin prédéfini. Qu'elle ne fut pas la surprise du renégat de se retrouver de nouveau à proximité du Mahogany et du Sycamore. Une embuscade, voilà ce qui attendait le hâbleur. Kharbonn l'avait bel et bien mené en bateau en le poussant à faire une boucle. La Première unité ne fit pas de quartier et massacra tous les partisans de Voghi. Seulement, ce dernier n'était nulle part. Pourtant les voilures arboraient bien ses couleurs. Et ses coéquipiers étaient morts avant d'avoir pu divulguer n'importe quelle information concernant la position de leur Capitaine.

Jita et moi nous hissons jusqu'au pont de mon navire à l'aide d'une aussière. Puis nous investissons ma cabine et je lui propose de s'asseoir sur mon lit. Il a déjà dégainé son nouveau cahier, paré à me répondre. J'attrape la chaise du bureau et me poste devant le jeune charpentier naval de mon équipage. Les bras croisés sur le haut du dossier et le menton perché dessus, je me contente de l'observer pendant quelques secondes. Je finis par souffler :

- Tu m'as préservée de la noyade, Jita.

Aussitôt il secoue le visage et entreprend de noter quelque chose sur ses pages.

«Toi aussi tu m'as aidé. Et puis c'est pas vrai. C'est Kenban qui t'a sauvée. »

- Tu n'as pas tort, je le remercierai comme il se doit juste après. Mais tu fus le premier à plonger et ta réactivité m'a profondément touchée.

Le garçon baisse la tête. Ce n'est déjà pas facile de lire sur son visage à cause de sa trop longue frange mais là c'est le pompon. Je tends les doigts et rehausse son menton.

- Ta témérité me subjugue un peu plus chaque jour. Car c'est cette même hardiesse dont tu fis preuve en acceptant de rejoindre mon équipage.

Comme je m'en doutais, il n'approuve pas mes dires. Je reprends sur le même ton posé :

- Tu n'es pas monté sur mon navire par hasard, je me trompe ? Toi aussi tu as un but, un objectif qui t'es propre ?

Il hésite, comme s'il jugeait qu'il ne méritait pas toute cette attention. Je patiente calmement, ne souhaitant pas le brusquer. Finalement il écrit :

« Revoir Maki, mon ami. »

Mes orteils se recroquevillent sur le plancher et mon palpitant remue d'excitation. Nous y voilà. Je penche la tête en souriant :

- Qui est Maki ? Une jeune fille ?

Il répond par la négative à l'aide de son menton puis commence une nouvelle phrase :

« C'est un... »

Il suspend son propos manuscrit, butant probablement sur le mot à utiliser. Je lui propose alors d'esquisser un portrait dudit ou de ladite Maki. Et je dois bien avouer que le résultat dépasse les limites de mon imagination. Je tergiverse un peu avant d'oser :

- C'est un lémurien ?

Cette fois Jita hoche si joyeusement la tête que sa frange se disperse quelque peu. J'entrevois la béatitude qui dessine des paillettes dans ses prunelles améthyste. Il s'empresse alors d'étaler une partie de lui sur son cahier avant de me le révéler :

«C'était mon seul ami. Il parle comme Phasco. Depuis que j'ai rencontrer Maki sur le bateau-cirque Zirkus, je ne veut plus manger de viande. Nous avont fini par être séparés, il doit être encore là-bat»

Oh, beaucoup d'informations à intégrer. Donc Maki est un Minks et appartient à la même espèce que Phasco le koala. Et Jita a évoqué un bateau-cirque… Je m'enquiers :

- Tu es resté longtemps sur ce navire ? Qu'y faisais-tu ?

« Le ménage, la cuisine, je lavait aussi le pon. »

Je serre les dents. Encore une fois, Jita a été traité en esclave. Où s'arrêtent donc les atrocités qu'a vécu ce bonhomme ? Mon air grave semble l'attrister alors il se lève et emprunte plusieurs livres de mon étagère. Puis il se met à jongler avec trois, quatre, cinq… en tout huit bouquins ! Fascinée, je me mets à rire et à applaudir cet exploit. Le garçon effectue d'autres tours qu'il a dû copier en observant des jongleurs et des magiciens. Le spectacle vole quelques minutes au temps, des minutes d'un lâcher-prise qu'il serait inhumain d'interrompre. Jita finit par s'écrouler sur mon lit, essoufflé. Je le contemple un instant de plus, émerveillée par les prouesses de ce garçon. Je chuchote :

- Tu as envie de revoir Maki, n'est-ce pas ?

Il se redresse sur ses coudes et acquiesce prestement. Je fais au mieux pour rester la plus impartiale possible lorsque je déclare :

- Phasco a un bon réseau dans le monde, et plus particulièrement sur Grand Line et dans le Nouveau Monde. Dès maintenant je peux contacter la Troisième unité et lui expliquer ta situation. Il t'apprécie, je suis certaine qu'il se ferait un malin plaisir de te venir en aide.

Comme il ne réagit pas, je le rejoins sur le lit et décale ses mèches pour le regarder droit dans les yeux.

- Ce que je veux dire Jita, c'est que tu peux quitter le Mahogany pour l'Amaranth. Tu seras beaucoup moins exposé au danger en intégrant la Troisième unité et en prime tu pourras retrouver rapidement Maki grâce aux connaissances de Phasco.

C'est de joie que je pensais qu'il allait éclater, et non en sanglots. Je suis un peu déconcertée par sa réaction. Je pensais qu'il allait soit se réjouir soit prendre en considération ma proposition pour y réfléchir plus tard. Je n'ai pas songé à ses larmes.

- Qu'est-ce qu'il y a ? je m'inquiète en essayant de lui prendre la main.

Mais il se dégage pour écrire frénétiquement sur son cahier :

« Tu n'a plus besoin de moi, tu me jettes »

- NON ! je hurle.

Mes mains me démangent, la consternation faisant palpiter mes articulations. La délicatesse ne faisant pas partie de mes attributs lorsque je suis courroucée, je plaque brusquement mes paumes contre ses joues. Mes doigts ont déjà écarté sa frange lorsque je déclare durement :

- Je ne t'utilise pas. Tu n'es pas mon instrument, ni mon objet. Tu es un être humain et tu as le droit, au même titre que moi, de choisir ce qui te semble bon pour toi.

Je ravale mon emportement et poursuis plus doucement :

- Je t'ai proposé une voie qui est celle des Crimson Pirates. Je veux juste que tu saches qu'il en existe d'autres, dont celle de la Troisième unité et donc de Maki. Si tu restes à bord du Mahogany, je te promets que nous essayerons de récolter des informations au sujet du bateau-cirque Zirkus lors de nos escales. Cependant là n'est pas notre objectif principal, tu dois en être bien conscient. Réfléchis-y.

Je le libère et il hoche lentement la tête, digérant laborieusement ma franchise. Mes yeux le suivent lorsqu'il quitte la pièce un peu piteusement. Oui, Jita. Je sais ce que c'est. Je sais que c'est douloureux et vertigineux de devoir choisir. Car en faisant un choix, tu fais une croix sur d'autres possibilités. C'est ça, la face cachée de la liberté et il faut savoir en jouir plutôt que la fuir.

Je m'affale dans mon lit, savourant ce bref instant de répit. Je m'apprête à me redresser lorsque de l'agitation sur le pont attire mes sens.

- Jita ? je fais.

Que suis-je bête, il ne peut pas me répondre. La seconde d'après, le vacarme a carrément doublé. Je sors alors en trombe de ma cabine et…

Juste ciel…

- Ah te voilà ! Comme on se retrouve sale catin ?

Mon cerveau fait le tri dans les informations qu'il encaisse.

Jita détenu en otage.

La dague contre sa gorge.

Et l'auteur de cette scène macabre :

Voghi.


Le petit commentaire de l'auteure : Double MOUHAHAHAHAHAHAHA !
Déjà je mentionne tranquillou Shanks Le Roux, fais intervenir quelques membres de son équipage et EN PLUS je vous laisse sur un cliffhanger ! Que je suis ignoble, et que c'est bon d'être méchante.
J'ai écrit ce chapitre il y a deux mois environ. L'ambiance est assez estivale du coup c'est assez incongru de le publier maintenant. Je frissonne et Akira crève de chaud, rien ne va plus !
Le prochain chapitre sera sous tension ! Prenez soin de vous d'ici là.
Ciaossuuuuuuu !