Chapitre 2 : Décision
Oscar s'était donc rendue à la demeure de la Cruz, chez le frère de Maria-Isabella, dans une immense maison bourgeoise dans le quartier noble de Madrid.
Elle apprit alors que la jeune mère et son fils étaient en visites en Espagne, ils avaient donc élus domicile chez don Esteban de la Cruz, et ils ne repartiraient que dans quelques mois. Elle rencontra en plus de cela, Alejandro de la Vega, le père du petit Diego, qui lui parait fort sympathique pour sa tolérance et son sens de la justice qu'Oscar avait pu déceler pendant ses conversations. Oui, car les jours qui suivirent cette rencontre, Oscar avait fini par se rapprocher un peu plus de cette famille et à devenir une amie proche de Maria-Isabella. Cette amitié venait sans doute de la confiance qu'Oscar leur avait donné en lui avouant son secret : elle leur raconta toute sa vie, du début à la fin, leur expliquant qu'elle était en réalité une femme et non un homme, suivant ainsi une éducation masculine. Alejandro et Maria-Isabella lui promirent alors qu'ils garderaient le secret et qu'elle disposait de leur protection si jamais elle avait le moindre souçi.
Visiblement, elle était tombée sur une bonne famille car elle apprit un peu plus tard, que les de la Vega était très respectée, faisant partie de la noblesse espagnole qui vivait en Californie.
Seule, de nouveau, dans sa chambre d'auberge, elle s'allongea tout habiller sur le lit et ferma les yeux. Voici deux bonnes semaines, qu'elle menait une routine qui lui plaisaient et l'apaisaient. Pour la première fois depuis la mort de son mari et de son fils, elle se sentait sereine.
Le visage de Diego lui revint dans son esprit. Elle avait apprit à l'aimer comme une mère, même si elle savait que jamais elle ne pourrait remplacer Maria-Isabella. L'innocence de Diego la rendait nostalgique.
"- Oscar, racontez moi comment vous avez battu à l'escrime, le señor Victor de Girodelle, lui avait-il demandé le soir-même. Une histoire qu'elle avait raconté maintes et maintes fois au petit garçon, mais qu'elle ne se lassait pas d'exaucer son souhait.
Elle était devenue en quelques sortes une protectrice pour lui.
Un soir, alors que l'hiver se terminait peu à peu. Alejandro avait convoqué Oscar dans son bureau privé mis à sa disposition par son beau-frère, le temps de son séjour. Surprise, Oscar se demanda bien pourquoi don Alejandro voulait lui parler.
"- Oscar, vous êtes un ami pour nous et nous sommes reconnaissants envers vous de consacrer votre temps à notre fils...
- Et vous avez un fils merveilleux, Alejandro, assura-t-elle.
- Oui, un peu casse-cou, rit le père, mais je suis content qu'il n'est pas été complètement seul ici, à Madrid."
Il marqua une pause. Oscar aperçut dans son regard que le sujet était beaucoup plus sérieux qu'elle ne le pensait. Il lui tendit alors une lettre et d'autres papiers. Oscar, en les lisant, écarquilla ses yeux. Elle ignorait si elle devait être contente, ou bien nerveuse, voire sceptique.
"- Qu'est ce que...Commença-t-elle en levant les yeux vers Don Alejandro.
- Oscar, je voulais vous montrer toute mon amitié et ma gratitude que j'ai envers vous, en vérité, c'est l'idée de ma femme, expliqua-t-il, vous avez été autrefois colonel de la garde française et nous avions pensé que vous pourriez retrouver un poste facilement avec ce titre signé par le vice-roi en personne. J'ai pu parler en votre faveur à de nombreux officiers qui ont accepté de vous faire rentrer dans l'armée. Vous avez ma bénédiction et celui de nombreux de mes amis, que vous avez pu rencontrer."
Oscar hocha la tête, fixant toujours la feuille :
"Capitaine Oscar François de Jarjayes, sous l'Ordre Militaire Espagnol, est déclaré apte à exercer sur le sol espagnol et dans les colonies du royaume d'Espagne..."
"- Pourquoi...je ne sais...comment, hésita-t-elle la tête remplie de questions.
- J'en viens donc à une faveur provenant de mon fils, déclara Alejandro.
- Pardon ?"
Oscar crut mal entendre. Qu'avait avoir Diego la dedans ? Pourtant, elle fut soudainement très touché. Ainsi le petit garçon était attaché à elle ?
"- Diego aimerait que vous veniez avec nous en Californie, annonça-t-il, c'est aussi le souhait de Maria-Isabella, mais Diego me l'a demandé en premier. Nous avons besoin d'un commandant à Los Angeles, et j'ai tout de suite pensé à vous..."
Il avait demandé cela comme le jour, où il lui avait remercié d'avoir sauvé son fils. Oscar ne savait quoi dire. C'était tellement...inimaginable. Il est vrai qu'elle savait que la famille de la Vega ne resterait pas longtemps en Espagne, mais elle n'avait jamais envisagé ce qui pourrait se passer après cela. Elle avait préféré fermer les yeux, ne voulant pas connaître la douleur de leur futur séparation. Mais là, maintenant, elle avait une occasion pour tout recommencer à zéro. Du moins, elle pouvait espérer vivre et avancer sans regarder derrière elle, ses souvenirs qui la tourmentaient.
"- Prenez votre temps pour réfléchir, Oscar, ajouta-Alejandro, je sais que j'ai un peu forcé la main, mais voyez-vous le temps nous ait compté. J'ai donc prit les dispositions nécessaires au cas où notre proposition vous interresserait.
- Je ne sais que dire, Alejandro, souffla Oscar, il est vrai que c'est un peu brusque...
- Prenez votre temps, mi amigo, répéta Alejandro, ma femme et moi pensions ainsi vous aider...Mais si cela ne vous plait guère, nous comprendrons.
- Permettez moi de réfléchir à cela, dit Oscar en s'inclinant avant de sortir.
Elle referma la porte et poussa un soupir. Sa main se porta à son front et elle se rendit compte qu'elle tremblait. Pour quel raison ? Elle n'en savait rien, elle ignorait si elle était mal à l'aise ou bien heureuse de cette opportunité qui s'ouvrait à elle. Reprendre l'uniforme, rester auprès de personnes qui lui étaient chers...
Ce cher petit Diego. Il avait demandé à son père qu'elle vienne avec eux.
Elle étouffa un rire amusé mêlé à un soulagement. Au moins, elle savait qu'elle était aimée dans cette maison, et qu'elle ne craignait pas les mauvaises langues ou bien quelques soucis de mésententes.
Alors qu'elle s'apprêta à quitter la maison, Maria-Isabella vint à elle. Oscar ne pouvait de nouveau s'empêcher de la comparer avec Marie-Antoinette. Elle chassa rapidement ses pensées quand elle rencontra les yeux noisettes de la jeune mère qu'elle avait transmis à son fils.
"- Mon époux vous a donc parlé de notre proposition ? S'enquit-elle.
- Oui, j'aimerai y réfléchir, assura Oscar.
- Vous n'êtes pas obligé d'accepter le poste, vous pouvez tout aussi bien redevenir vous même."
Oscar comprit ce qu'elle voulait dire, mais pourtant elle ne souhaitait plus porter de nouveau des robes, sa féminité ne lui a guère été une chance durant toutes ses années : la première fois, elle avait voulu séduire un homme ; la deuxième fois, pendant 3 ans, pensant vivre comme toutes les femmes...
"- Je suis moi-même ainsi, la rassura Oscar, merci, Maria-Isabella."
C'est alors que Diego descendit précipitamment de sa chambre pour venir auprès d'eux.
"- Oscar, s'exclama-t-il de sa voix fluette, vous partez déjà ?
- Diego, il est tard, tu aurais du être coucher depuis longtemps ! Lui reprocha sa mère.
- Mais...j'attendais Oscar ! Protesta le petit garçon.
- Il devait parler avec ton père et...
- N'ayez crainte, Maria-Isabella, je vais le faire coucher, intervint Oscar tranquillement, et je m'en irais ensuite, c'est indigne de moi de partir sans saluer le jeune señor."
Le visage de Diego s'éclaircit, tandis que sa mère esquissa un sourire reconnaissant envers elle.
"- Si vous le souhaitez, Oscar, mais ne le faîtes pas trop veiller, je crains qu'il ne prenne de mauvaises habitudes pour plus tard.
- Ne vous inquiétez pas, rit Oscar, je veillerai à ce qu'il se couche sans caprice."
Dans la chambre de Diego, Oscar s'assit sur le petit lit tandis que le garçonnet s'enfonça dans ses couvertures. La pièce était spacieuse et meublée de façon très simple, avec quelques jouets en bois. Mais il y avait plus de livres qui encombraient la chambre, posés sur un petit bureau, des fauteuils et mal placés dans les étagères. Cela n'étonna pas Oscar qui savait très bien que le jeune Diego, malgré ses 5 ans, savait déjà lire et écrire ; il était passionné par la lecture et était curieux de tout ce qui l'entourait.
"- Dans deux semaines, père a dit que nous partions en Californie, vous viendrez ? Demanda Diego lorsqu'elle le recouvra plus correctement.
- Je l'ignore, Diego...mais vous aurez vos parents auprès de vous, c'est tout ce qui compte.
- Mais je vous aime bien aussi ! Et mère, aussi ! Vous serez tout seul ici !
- Qui vous a dit que j'étais toute seule ?"
Diego cligna des yeux, comme s'il était surpris de sa question dont la réponse lui semblait évidente.
"- Parce que vous ne pleurez plus."
C'était au tour d'Oscar d'être surprise.
"- Vous pensez que si on pleure, c'est parce qu'on est seul ?
- Quand je pleure, mère ou père ou bien Oncle Esteban sont toujours là auprès de moi pour me consoler, quand vous aviez pleuré, vous étiez seuls."
La logique d'un enfant était si simple...Mais Oscar doutait que Diego comprenait que la vie d'une grande personne était beaucoup plus complexe. Pourtant, elle était émue de le voir s'inquiéter pour elle, alors qu'elle n'était qu'une étrangère, ne venant pas d'un même pays. Dieu avait voulu que la rencontre soit faite...Diego lui donnait l'affection que son fils défunt aurait pu lui offrir, il représentait ce qu'elle n'avait jamais pu obtenir. Et sans doute, Maria-Isabella l'eut-elle deviné pour lui proposer de venir avec eux. Le destin lui a permit de rencontrer ces personnes merveilleuses qui lui ont ouvert les bras sans arrière pensée, sans dédain.
"- Dormez, Diego, et rêvez, préféra-t-elle dire, demain sera un autre jour."
Elle posa un baiser sur son front.
"- Bonne nuit, Oscar, bailla Diego en fermant les yeux, visiblement fatigué.
- Bonne nuit, Diego."
Et tandis qu'elle refermait la porte puis sortait de la demeure, des larmes glissèrent de ses joues. Jamais elle n'avait éprouvé autant de bonheurs. Ce garçon venait d'enlever ce brouillard qui la rendait aveugle envers la vie.
Sa décision était prise.
