Juillet 1985
La verdure de Loutry Ste Chaspoule s'étendait à perte de vue devant la benjamine des Dragonneau, assise sur une des hautes collines de son village. Adeline Dragonneau venait de terminer sa première année à Poudlard dans le calme. Ce calme, elle le retrouva chez elle, remplit d'une tristesse qui s'installa peu à peu dans son cœur. Stephan était parti quelques jours au Terrier, quant à sa mère, elle passa ses journées à travailler pour oublier elle aussi sa peine. Oui, sa peine d'un mari, d'un père absent. Adeline avait cet espoir un peu fou d'une enfant de onze ans et demi de rentrer et de voir ses parents l'accueillir les bras ouverts. Cependant, en descendant du Poudlard Express, elle n'avait vu que sa mère, un léger sourire sur son visage. En regardant à sa droite, elle vit l'apparence de la famille parfaite : aimante, des parents toujours présents pour leurs enfants, rigolant avec eux, les embrassant. Oui, la famille Weasley au grand complet pour venir récupérer Charlie et Bill. Stephan avait rapidement embrassé leur mère et était parti rejoindre cette famille de rousseur. Une fois rentrée, après des réponses mêlant vérités et mensonges sur son année, la jeune fille était partie dans sa chambre, laissant échapper des flots de larmes sur son visage, son Botruc essayant de la réconforter mais en vain.
1 jour. 2 jours. 3 jours. 4 jours. Du haut de sa colline, elle attendait. Dans deux jours, son frère revenait. Dans quatre, un dîner de la famille Dragonneau au complet était prévu pour le retour de son père. Oui, elle attendait de retrouver une famille, une vraie famille. Était-ce mal ?
À l'aube du jour du dîner, elle réveilla sa mère et son frère toute excitée. Sa mère l'accueillit dans un rire et, sans une once de protestation, se leva pour préparer le petit-déjeuner. Quant à Stephan, il réagit d'une toute autre manière : un grognement sortit de sa bouche tandis qu'il lui envoyait son oreiller en pleine tête. Après lui avoir tiré la langue, elle descendit manger. Les heures passèrent. Elle aida sa mère pour les pâtisseries, lut plusieurs livres sur les créatures magiques, apprit un nouveau sort. Les heures passèrent. Mais, pour le moment, rien. Son père n'était pas encore rentré. Les invités ne devaient pas arriver avant deux heures. Alors Adeline attendait. Dans un soupir, elle monta doucement dans sa chambre, éreintée. Quelques minutes, plus tard, son frère la rejoignit et s'allongea près d'elle.
— « Il va arriver, Adeline. »
— « Cela ne serait pas la première fois qu'il ne rentre finalement pas... »
— « Je te promet que s'il ne vient pas, je vais moi-même en Afrique lui botter les fesses, compris ? » affirma Stephan en esquissant un sourire pour rassurer sa petite sœur.
— « On ne sait même pas s'il y est toujours... »
Cette phrase eut l'effet d'un électrochoc pour Stephan, qui enlaça encore plus fort sa petite sœur. C'est un fait, depuis deux semaines, ils n'avaient eu aucune nouvelle de lui. Leur mère, comme toujours, voulait faire bonne figure, mais les choses étaient de plus en plus difficiles. Pour elle. Pour ses enfants. Ils finirent par s'endormir ensemble et ne furent réveillés que par le bruit sourd d'une dispute se voulant discrète.
— « Cela ne peut plus durer, Alexander. Demain, je prendrai les enfants et nous partiront quelques jours chez une amie à moi. »
— « Excuse moi, il y a seulement eu une urgence. »
— « Il y a toujours une urgence... » répondit leur mère, excédée
— « Mon amour, je suis désolée », dit leur père en essayant de la prendre dans ses bras.
— « Va dire cela à tes enfants ! À ta fille, qui espérait voir son père à son retour de sa première année ! Tu ne peux pas seulement les faire rire ou leur apprendre la vie des animaux fantastiques. Ils ont besoin aussi de l'amour de leur père, de ta présence. »
— « Laisse moi deux, peut-être trois ans, le temps de former un assistant qui pourra me remplacer pour certains voyages. Je vais faire un effort. Ne pars pas. Ne m'enlève pas mes enfants. »
Stephan et Adeline retenant chacun, leurs larmes n'entendirent pas la réponse de leur mère. Leurs parents étaient en train de se briser petit à petit. Tous les deux avaient déjà évoqué cette possibilité de rupture imminente, se doutant fortement qu'Héra, leur mère, ne restait que pour eux.
— « Les adultes et leur problème de couple », ricana sarcastiquement Stephan. « Ne fais pas attention à ça, petite tête. »
— « Je déteste les hommes. »
— « C'est bien, déteste-les jusqu'à ton mariage », s'esclaffa t-il en décoiffant sa petite sœur. « Et n'oublie pas que, si quelqu'un te fait du mal, je l'envoie dans le lac de Poudlard avec une pierre à ses pieds. Tu sais », reprit-il après une pause, « je pense que, parfois, il vaut mieux pas s'attacher... »
— « Plutôt que de souffrir », termina Adeline.
Comment deux enfants, âgés seulement de onze et treize ans, pouvaient se douter que cette phrase, prononcée en chœur, allait les impacter jusqu'à leur majorité ? Comment pouvaient-ils savoir qu'elle allait être gravée au plus profond d'eux-mêmes ? En Adeline qui repousserait Charlie, en Stephan qui ne réussirait pas à avoir une seule relation stable ? Cette phrase, si anodine pour des enfants se bouchant les oreilles pour ne pas entendre un autre conflit éclater entre leurs parents. Pour des enfants essayant de ne pas montrer à leur mère que si, ils avaient entendu ses pleurs durant la nuit, assurant que non, ils ne voyaient pas ô combien ses yeux étaient rouges. Stephan prit malgré lui une place d'adulte dans sa famille : protégeant sa sœur, défendant sa mère et haïssant son père. Quant à Adeline, elle ne voulait qu'une seule chose : revoir sa famille réunie
Quelques heures plus tard, tous le monde étaient réunis auprès d'une grande table de famille. La petite Adeline se précipita vers sa grande-tante sourire aux lèvres.
— « Ma merveilleuse nièce ! » s'exclama Queenie en la prenant dans les bras. « Devine à quoi je pense ? »
— « Je n'ai pas ton talent voyons, tata. Et moi, devine ? » se concentra la petite en fermant les yeux .
— « Chocolat ? »
— « Chocolat ! » rit Adeline.
Un sourire s'afficha sur le visage des deux protagonistes, mais un sourire forcé de la part de Queenie Goldstein. Les membres adultes de la famille savaient que, pendant un temps la jeune enfant avait pu lire dans les pensées, mais tous ignoraient comment Adeline avait fait pour oublier ce passage de sa vie. Elle se souvenait simplement des jeux auxquels elle jouait avec sa tante à propos de son talent de Legilimens. C'étaient ces jeux inoffensifs qui avaient vraisemblablement permis à la jeune fille d'hériter de cette capacité. Suite à cette oubli, personne n'engagea la conversation avec Adeline qui vivait dans l'ignorance, dans un déni suite à une énième dispute entre ses parents il y a quelques années.
(Flash Back)
Cette dernière, âgée alors de huit ans à l'époque, s'était réveillée en pleine nuit, dirigée dans le couloir menant au escalier et avait reconnu la voix de ses parents. Ils étaient encore en train de se disputer.
— « Alexander, quand vas-tu enfin te comporter comme un père ? »
— « Je ne te permets pas de dire de telles choses, Héra ! Je suis présent pour eux. »
— « Oui, une fois tous les quinze du mois. Tu ne savais même pas qu'Adeline commençait à pouvoir lire deux, trois mots dans les pensées ! Tu ne savais même pas que ton fils s'était presque cassé le bras ! Tu ne savais même pas qu'il avait aussi bousculé un de ses camarades Moldus et qu'il avait eu une mauvaise note en mathématiques ! »
— « Tu me fatigues, toujours en train de te plaindre », soupira Alexander Dragonneau. « Je travaille, moi, je te signale. »
— « Et moi, alors ? Je suis une grande botaniste, je te rappelle ! Tandis que toi, tu es le piètre enfant de Nobert Dragonneau. Tu ne seras jamais ton père, Alexander, il serait temps de le comprendre et de l'assumer. Tu n'es pas aussi talentueux que lui. Sois au moins un bon père. »
Suite à cette dernière phrase, la dispute s'était accentuée et Adeline s'était bouché les oreilles, des perles salées commençant à couler. Puis, plus rien. Plus un bruit. Elle comprit dès lors que le calme était revenu. Elle descendit une marche, puis une deuxième pour arriver par la suite dans le salon. Arrivée, elle se cacha dans un coin d'ombre où elle pouvait apercevoir sa mère en larmes, son père la tête dans les mains. Ayant déjà pu s'entraîner sur son frère à son insu, elle se concentra au maximum pour regarder les yeux de ses parents, espérant entendre un ou deux mots de leurs pensées. Selon sa tante, en raison de son jeune âge et de son inexpérience, elle ne pouvait espérer en entendre plus. Pour cela, il fallait plusieurs mois, voire des années d'entraînement.
Amour. Souffrance. Désillusion. Brisure. Ces quatre mots pouvaient résumer les pensées de sa mère. Amour. Souffrance. Désillusion. Liberté. Ces quatre mots pouvaient résumer les pensées de son père.
Sa mère souffrait atrocement de la situation avec son mari, tandis que son père ne rêvait que d'une seule chose : la liberté. Il souhaitait partir. La petite Adeline paniqua, sa respiration se faisant plus forte et rapide. Son père allait-il vraiment les quitter ? Les abandonner une nouvelle fois ? La lumière du salon s'éteignit et elle perdit tout contact visuel avec ses parents. Ils avaient quitté la pièce sans même se rendre compte qu'ils étaient épiés depuis le début. Adeline monta les marches la menant dans sa chambre, sa vision devenant de plus en plus floue. Son père, regrettait-il d'être parent ? Est-ce qu'elle le reverrait le lendemain matin ? Et, si oui, pour combien de temps ? Beaucoup trop de questions dans la tête d'une fillette de huit ans qui doutait de l'amour que son père pouvait a présent lui porter.
Le lendemain elle se réveilla en boule dans son lit, ne se souvenant plus de grand-chose. Il n'y avait que de simples bribes dans sa mémoire. L'inhibition. Le maître mot des mécanismes de défense qu'Adeline avait toujours employé durant son enfance. Le refoulement né lors de cette soirée où la jeune fille avait eu tellement peur qu'elle avait cherché à expulser de sa conscience cette expérience douloureuse. Le refoulement, non-accessible à la conscience, lui permettant pendant un temps de rêver, d'avoir l'espoir d'une famille unie.
Août 1985
Le bruit des oiseaux. Une créature piétinant le sol. Le bruissement du vent contre les feuilles. Une brise légère d'été sur sa joue. Apaisée, Adeline Dragonneau était en train, avec son père, de regarder un petit troupeau de Dirico, le sourire aux lèvres, appréciant chaque instant de ce moment privilégié.
— « Ils sont tellement mignons », murmura Adeline pour ne pas les effrayer.
— « C'est vrai », sourit Alexander. « As-tu bien lu le livre que je t'ai offert ? Dis-moi leurs capacités. »
— « Ils peuvent disparaître s'ils se sentent en danger. »
— « Peuvent-ils voler ? »
— « Non », répondit fièrement la petite fille.
— « Une digne Dragonneau », rit légèrement son père.
Les heures passèrent sans aucune tension ni mésaventure réduisant cet instant en poussières. Adeline avait enfin l'impression d'avoir un père auprès d'elle. La réconfortant si elle tombait maladroitement. Lui racontant des blagues. Lui récitant ses aventures ici et là. La rentrée de Poudlard avait lieu dans deux semaines et, pour la première fois de l'été, elle se sentit remplie d'énergie, prête à affronter tout danger. Toutefois, sur le trajet du retour, elle posa une question qui lui trottait dans la tête depuis un long moment.
— « Dis, papa, vous vous aimez encore, maman et toi ? »
— « Mais bien sûr que oui, nous nous aimons encore », répondit-il après quelques secondes d'hésitation au cours desquelles il avait arrêté sa marche.
— « Vous vous êtes encore disputé, hier... Maman voulait partir. »
— « Adeline, ma tendre petite fille, les histoires d'adultes, disons que c'est compliqué. Le principal, c'est que ta mère et moi t'aimons énormément, tout comme nous aimons ton frère. »
— « Tu vas partir ? » répondit la jeune Dragonneau, retenant ses larmes.
— « Quoi qu'il arrive, je ne t'abonnerai jamais. Je te le promets. Rentrons, maintenant, il se fait tard. »
Cette fois-ci, ni le bruit des oiseaux, ni la créature piétinant le sol, ni le bruissement du vent contre les feuilles, ni la brise légère d'été sur sa joue n'apaisa Adeline. Elle voulait croire de tout son être les paroles de son père. Cependant, des frissons parcourant son corps, une légère tension au niveau de son cœur, l'empêchèrent d'y adhérer entièrement.
Une semaine était passée, Adeline avait gardé la conversation avec son père pour elle. Chaque jour, elle espérait. Chaque jour, il avait tenu sa promesse. Malgré les disputes se faisant de plus en plus nombreuses à propos du départ de son père pour un voyage d'un mois, Alexander était présent pour sa fille. Pour son fils. Alors oui, Adeline y croyait de plus en plus, ignorant les signes. Ignorant les soupirs de fatigue de son père lorsqu'il parlait à sa mère. Elle ne voyait que les moments passés avec lui dans leur jardin, la forêt et sa promesse résonnant dans l'air.
Cependant, tout s'effondra. La brise du vent se fit plus forte et elle emporta les enfants Dragonneau dans un grand tourment. L'une entra dans un mutisme et une solitude plus grande, s'adonnant encore plus à ses tâches de soin des animaux, s'éloignant de tous ceux qui pourraient un jour l'abandonner. L'autre fit sortir son côté extraverti, enchaînant des conquêtes pour oublier. Oublier sa peine, sa rage envers son père.
Oui, que ce soit Adeline, Stephan ou bien même leur mère, ils ne se doutaient pas que, à la veille de leur départ pour Poudlard, ils diraient au revoir à leur père pour six mois. Six mois où les nouvelles ne furent que brèves. Où une promesse fut rompue et rongerait Adeline de l'intérieur un peu plus à chaque fois que leur père partait.
Mais était-ce finalement mal d'avoir eu cet espoir d'une famille soudée lorsqu'on n'a que onze ans ? Cette question, Adeline se la pose tous les jours en se regardant dans la glace, en rentrant chez elle. Sentant qu'au fond d'elle, cette petite fille qu'elle était en 1985, elle était toujours là. Prête à pardonner, prête à aimer. Prête à ressentir à nouveau ce doux contact de son père près d'elle dans la forêt. Prête à rêver de nouveau, à rêver à une énième étreinte d'une famille unie.
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NOTE DE FIN
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Mon dieu. Quelle honte je le sais. Je suis restée je ne sais combien de temps bloqué sur cet OS pour vous fournir ce travaille. Oui vous l'aurez compris je n'en suis pas satisfaite.
Bien entendu cela ne reste qu'un OS complémentaire pour vous permettre de mieux saisir la relation que les enfants Dragonneau ont avec leur père. Les espoirs aussi au fur et à mesure de plus en plus brisée mais toujours présent chez Adeline, même encore aujourd'hui, par rapport à son père. Mais bon, il mériterait d'être retravaillé. Cependant, si cela continué ainsi, je ne l'aurai jamais publié. Alors voila.
Pour rappel il y a un OS n°1 sur la première année d'Adeline. J'ai déjà deux trois idées d'OS concernant la 5e année de Charlie et Adeline (année où donc Charlie comprit qu'il avait une réel attirance). Mais si vous avez envie que certains passages de leur vie avant l'histoire principale soit écrit, n'hésitez pas à m'en faire part.
J'espère que vous avez malgré tout passé une bonne lecture. Merci une nouvelle fois à Mahaut pour la correction
& A bientôt :)
