Précédemment...
Cylia est menée par le bout du nez par Marco qui arrive finalement à se servir d'elle pour les conduire aux pirates qu'ils traquaient.
Le soir venu, elle fait la fête avec des hommes de la Première Division et s'endort en leur compagnie à la belle étoile. Le lendemain, le Phoenix lui propose un entraînement très spécial et à contre cœur, sachant qu'elle allait le regretter, elle accepte.
Chapitre 51 : Instincts
Sur la demande du Phoenix, nous sommes partis du Moby Dick en volant. Nous nous dirigeons vers une île vierge de toute faune et flore, pour ne pas avoir à s'inquiéter des « dommages collatéraux ».
J'ai eu droit à un repas conçu par le Commandant de la Quatrième Division : Thatch le chef cuisinier. Apparemment, pour qu'il s'occupe exclusivement de la conception d'un repas, c'est qu'il s'agit d'un cas très spécial.
Tout ça ne me rassure pas et visiblement j'ai de quoi être soucieuse puisque Marco à prévu quelque chose de suffisamment dangereux pour que j'y risque bien plus qu'une blessure grave. Mais c'est ce qu'il faut pour que quelqu'un avec mon profil puisse apprendre à résister un tant soit peu au Haki des Rois.
Notre vol dur une bonne douzaine d'heures et je vois finalement se dessiner une île au loin.
En me rapprochant, j'arrive mieux à la discerner et elle semble correspondre à ce qu'il m'a décrit. Il n'y a que de la roche noire et de la terre très foncée, ni arbre ni herbe ni aucun animal n'y vie. Si je devais comparer sa taille, je dirais qu'elle fait six fois le Moby Dick de long.
Nous mettons finalement tous les deux pieds à terre. J'ai pu constater plus tôt que l'île, bien que pas très grande, n'est pas pour autant dénuée de relief. Au contraire, il y a des butes partout avec des cratères en leurs centres. Le climat un peu venteux soulève un parfum de cendre dans l'air, rajoutant encore plus d'austérité à cette atmosphère lugubre.
-Quel cadre... Effectivement, on ne risque pas de déranger qui que ce soit ici. Même avec le haki je ne perçois strictement rien d'autre que nous deux.
-Oui, il n'y a plus personne sur cette île. Elle est bien trop dangereuse yoï.
-Dangereuse... ? Et on-
-Non, on ne risque rien, pas en cette période en tout cas.
-Cette période ?
-La plupart du temps, elle est recouverte de lave en fusion.
-Woooow... Sérieusement ? Il n'y a pourtant pas de volcan.
-Tous les cratères rejettent de la lave. Lorsque ça arrive, l'île s'en recouvre entièrement en très peu de temps. Mais je t'assure de nouveau que tu n'as rien à craindre de cette île.
-Ok... En sera-t-il de même pour toi, Marco ?
Seul le silence me répond. Ses yeux habituellement détendu n'ont en temps normal rien d'effrayant, pourtant cette fois, je les trouve assez déstabilisant. Pourquoi je commence déjà à frissonner ? Pourtant, bien qu'il y ait du vent, l'air est chaud et sec.
J'ai besoin de rompre ce moment de silence en engageant la discussion. Pour cela, je lui demande des explications.
-Bon et maintenant que va-t-on faire ?
-Si j'étais toi, je ne presserais pas les choses, mais le contraire m'arrange bien. Pour te répondre, tu vas devoir développer ta combativité. L'Alicanto est une créature de nature agressive de ce que j'ai pu constater, c'est une bonne chose pour toi qui est au contraire de nature trop gentille. Il va te falloir apprendre à utiliser à ton avantage les instincts de ton animal. Mais tu ne pourras pas te contenter de ça, tu vas devoir apprendre à lutter corps et âme pour ne pas te laisser dominer par ton adversaire physiquement et psychologiquement.
-Et comment va-t-on procéder... ?
-Tu va m'affronter et je me retiendrais de moins en moins. C'est nécessaire pour cet entraînement mais tu pourrais y laisser la vie.
Les mots dénués de sentiments de Marco me touchent. Je me sens perdue... Il a l'air vraiment sérieux !
-Mais je ne doute pas de toi, sinon je ne t'aurais pas poussé à le faire. Mais nous aurions été contraints de changer nos méthodes avec toi...
Changer de méthode ? Je me demande ce qu'il veut dire par là...
-Si tu veux changer d'avis c'est le moment ou jamais.
-Hum... dans ce que tu viens de me dire, une partie était blessante, mais... ce n'est que peu important en comparaison de la finalité.
Je me mets à sourire sous son regard interrogatif.
-C'est la première fois que quelqu'un m'accorde sa confiance... Ca me fait plaisir, mon sourire s'agrandit, vraiment !
Bien que surpris, il me renvois rapidement lui aussi une expression chaleureuse.
-Je vois...
Mais rapidement, il reprend un air très sérieux. Le remarquant, j'en fais de même.
-Donc, que dois-je en conclure Cylia ? Que tu-
-Accepte, oui.
Il me scrute attentivement. Je n'ai jamais vu Marco avec un air aussi sérieux qu'actuellement, même ce fameux soir sur l'île jungle où il m'avait effrayé volontairement. Là, ce n'est pas la même personne, il est différent, il n'y a aucun doute. Je frissonne devant son regard perçant.
-Très bien, ne regrette pas.
-J'ai horreur des regrets, je préfère assumer mes choix la tête haute que de les regretter. Les regrets n'apportent rien de positif selon moi.
-Bien parlée, es-tu prête ?
Je ferme les yeux, respire un bon coup et fais le vide dans mon esprit quelques secondes. Le vent tiède me soufflant sur le visage ne me permet pas d'oublier où je suis et se qu'il va arriver. Mon rythme cardiaque est rapide et je ne parviens pas vraiment à me calmer.
Mais je dois progresser, quelqu'un comme moi n'a pas d'autre choix que de passer par des méthodes extrêmes pour arriver à quelque chose de convenable. Je dois devenir plus forte si je veux arriver à survivre sur les mers et à protéger les hommes qui me suivront. Je n'ai pas d'autre alternatives si je veux assouvir un tant soit peu ma soif de liberté.
Lorsque je rouvre les yeux, c'est avec une forte détermination que je réponds par la positive au Phoenix.
-Oui, je suis prête.
Quelques mètres nous séparent. Dès que j'ai finis ma phrase, Marco change radicalement. Ses yeux habituellement si calmes et reposants deviennent justes effrayant. Ils me font le même effet que le ferait deux yeux rouge me scrutant dans le noir. Il lève sa jambe et fait un premier pas. Bien qu'anodin, j'ai l'impression de voir ce geste au ralenti tellement je focalise entièrement mon attention sur lui.
Tap
Ses mains ne sont pas dans ses poches cette fois mais le long de son corps. Sa tête est bien plus haute que la mienne et pourtant il ne la penche pas lorsqu'il m'observe. Comme s'il me prenait de haut, comme on le ferait pour un adversaire que l'on a envie d'écraser.
Tap
L'atmosphère devient oppressante, particulièrement lourde pour quelqu'un de ma trempe. Je suis déjà prisonnière de la peur. Je me noie littéralement dans son regard. Il me fait peur, je me sens comme une proie face à un prédateur. Un terrible frisson me remonte le long de l'échine. Je n'arrive plus à penser correctement. Je retiens mon souffle, mon cerveau fonctionne au ralenti à cause de cet étrange phénomène causé par le Phoenix. Oui, la peur me dévore les entrailles et me cloue sur place comme une poupée inanimée.
Tap
Deux instincts se bousculent en moi, le premier est de fuir le danger. Mais cette hypothèse est vite rayée du champ des possibles car je n'en aurais pas la capacité. Il me faudrait lui tourner le dos et ça s'avérerait fatal sans le moindre doute ! Le second est bien différent : il s'agit de lui faire face en lui répondant de la même manière, comme un adversaire cherchant à écraser l'autre.
« Manger ou être manger... »
Tap
L'adrénaline commence à se déverser en moi, comme une excitation à cette invitation sanglante. Une partie de moi semble s'en réjouir... est-ce l'animal... ?
« Amusant... »
Non, ça n'a rien de réjouissant ! Je ne veux pas le combattre, il n'est pas quelqu'un de mauvais, je crois... Il est mon ami, je ne veux pas ! Mais lui ne semble pas avoir la moindre hésitation, ses intentions sont claires !
« Je verrais son sang... »
Tap
Mais, il ne veut pas se calmer ?! Je veux reculer... mais en même temps non... Perdue... je suis perdue !
« Affronte-moi donc ! »
Tap
Proche ! Il est trop proche, il ne fait que marcher mais il avance trop vite ! Je ne veux pas que l'inéluctable arrive...
« Merde, tu attends quoi ?! »
Tap
Vais-je devoir lutter pour ma survie... ? Mais n'avais-je pas fais le choix de ne réellement combattre que si mes adversaires représentaient une menace pour les autres ? Je ne mérite pas de vivre, je ne devrais même pas exister.
-« Je veux vivre ! »
Tap
Je n'ai aucune chance de toute manière ! Il est sérieux cette fois, ça se voit !
« Je survivrais coûte que coûte. »
Tap
Vais-je mourir ? Comme ça, aussi stupidement ? Sans rien avoir encore accomplis ? En laissant tomber ceux qui n'ont pas d'autres alternatives que de compter sur moi ? Si c'est manger ou être manger, je préfère encore être dévorée. En plus, il s'agit de Marco. J'ai beau me dire que j'ai le devoir de vivre, il n'empêche qu'au fond de moi, je n'ai pas l'âme d'une combattante. Non, pas du tout même. Je ne suis pas différente de toutes les personnes que j'ai sauvé à Hand Island.
Tap
Il n'y a qu'à constater mon état actuel pour l'affirmer : je suis tétanisée sur place. Et il n'a plus que quelques derniers pas à faire pour que je sois à sa merci. Je... je refuse de mourir... comment faire... ? Que puis-je faire... ? Je veux... être... celle qui... pourra...
« Dévorer... »
Tap
La réponse me parvient enfin, mon instinct animal. Sans plus attendre, je me laisse envahir de l'intérieur par ses désirs néfastes... oui... l'envie d'affronter...la soif de sang... ni bravoure ni lâcheté, juste le goût de livrer bataille, de défendre sa vie en défaveur de son adversaire. Je ne serais pas capable de le faire autrement !
Tap
Alors, je ferme les yeux durant quelques secondes, suffisamment pour laisser mes instincts primitifs resurgir du plus profond de moi-même. Me laissant dominer, je rouvre les yeux avec la combativité nécessaire pour me sortir de la léthargie qui me possédait.
Et juste au bon moment car Marco, maintenant proche, s'élance sur moi. Je fais la même chose et au moment où nous sommes à proximité l'un de l'autre, nous levons nos poings. Le plus rapide sera celui qui arrivera à atteindre l'autre en premier et c'est lui qui y arrive, me mettant une monstrueuse droite, permettant d'ouvrir le début du combat.
La puissance mise dans celle-ci me fait carrément voler sur plusieurs mètres, m'encastrant dans l'une des butes de roche noire dans un bruit assourdissant, dominant même le sifflement du vent. Du sang me remonte dans la bouche, mais l'adrénaline me permet de ne pas plier et de rester dans la partie.
Heureusement, car Marco est déjà de nouveau face à moi et mon haki me prévient de sa prochaine tentative. Je prends appuis avec mes jambes sur la roche derrière moi afin de m'élancer dans les airs au-dessus de Marco. Avec cette perspective aérienne, je perçois la jambe de mon adversaire détruire la bute sur laquelle j'étais juste avant.
J'atterris dans son dos et lance mon coude au niveau de sa nuque, mais étant vif, il réagit avant que je ne l'atteigne et m'attrape. Il se retourne et me tire vers lui, créant une ouverture au niveau de mon bras déplié. Ne pouvant m'extirper de sa poigne, je vois arriver dangereusement la fracture.
Effectivement, il soulève son genou et vise mon bras, mais juste avant que l'inéluctable arrive, mon corps humain se change au profit de l'Alicanto.
Ne me tenant à présent que les plumes de l'extrémité de l'aile, son attaque en devient inutile et il me libère. Je profite de sa proximité à mon avantage et tente de l'écraser sous mon corps plus massif. Mais il est trop réactif et esquive en reculant rapidement. Il contre-attaque et prend une forme hybride, lui permettant de se trouver au-dessus de moi dans les airs. Il profite de sa position et bien que je sache de ce qu'il va faire, je n'ai pas le temps nécessaire pour l'éviter. Il m'assène alors un puissant coup de jambe, ses bras étant remplacés par ses ailes.
Sous l'impact, cette fois bien plus violent que le premier, je perds ma forme de zoan et de nouveau le sang me remonte la gorge. Je le crache en toussant, mais je poursuis rapidement notre combat sans attendre, laissant des traînées rouges couler sur mon menton. J'évite un second coup de Marco qui a repris forme humaine et me relève.
Notre lutte acharnée se poursuit. Suivant son exemple, je prends une forme hybride et tente de lui asséner un coup en y mettant plus de force, profitant ainsi de l'agilité du corps humain et de la force de l'Alicanto. Il l'évite encore aisément et contre. Je sais que je vais m'en prendre une et je me retrouve violemment projetée en l'air.
La douleur que je ressens me fais crier de souffrance, j'ai fermé les yeux un très court instant, mais a ma grande frayeur, il est avec moi en l'air en forme hybride prêt pour un deuxième coup.
J'ai tout juste le temps de réagir par réflexe et laisse mon fruit couler dans mes veines afin d'encaisser tant bien que mal. Il me propulse au sol et je m'enfonce dans la roche volcanique, mon corps hurle de douleur.
Ma vue se brouille. Du sang s'écoule de mon nez et de ma bouche. Ma respiration c'est coupée et je peine à la retrouver. Lorsque je retrouve mes sens correctement, mon cœur rate un battement.
Marco vient de m'attraper la jambe et m'a envoyé valser une fois de plus, me faisant me fracasser contre une autre bute à quelques mètres de là. Mon corps est figé, aussi bien par la douleur que la peur. Il aurait pu...
-Je te conseil de te rependre, ça sera la seule fois que je te fais un cadeau yoï.
Et il tient parole car il repart à la charge et se place juste en face de moi. Je me redresse et nous entamons un échange simple mais tout aussi dangereux. Nous ne frappons pas forcément fort mais c'est tout de même toujours autant risqué pour moi.
Il feinte et me fait une balayette. Ne l'ayant pas prévu, je n'arrive pas à l'éviter et je tombe par terre. Il vise aussitôt ma gorge. S'il l'atteint... mais je ne me laisse pas faire et je le repousse à l'aide de mes serres, me permettant d'avoir la force nécessaire pour tenter de compenser sa puissance.
Même si j'ai pu l'empêcher d'accéder à un point vital, ce contre m'a toutefois mis en situation de faiblesse encore une fois et je vais en payer le prix.
Il m'attire à lui et me donne un puissant coup dans l'estomac. Le problème est que la force mis dans ce dernier a cette fois laisser de grosses trace à l'intérieur. Je bien malgré moi les dégâts causés. À cause de tout le sang présent dans ma gorge, j'étouffe. Je tousse violemment, mes poumons n'arrivant pas à se remplir. La peur de la mort me saisit de l'intérieur, je sens mon cœur battre si fort que je n'entends que ses battements. Même le vent qui me fait frissonner n'est pas audible.
Ma vue se brouille mais la précipitation finit par me permettre de récupérer un peu d'oxygène. Je sens que je perds conscience... ce n'est pas bon... du tout. Une silhouette humaine se dessine tel une ombre dans les quelques rayons de soleil qui traversent miraculeusement le ciel pourtant chargé de nuages grisâtres. Le soleil est orienté directement vers l'homme qui me surplombe de sa toute grandeur. Il se penche lentement vers moi, son bras tendu se rapprochant dangereusement de ma gorge.
Mais mon corps n'en peut plus... J'ai conscience que cette main seule pourrait m'être mortelle. Et pourtant, je sens que même mes instincts ont été dominés par lui. Mais...
La main s'est déposée sur ma gorge, de longs doigts la serre.
MAIS !
Je REFUSE de m'avouer vaincue ! Je REFUSE de sombrer dans l'inconscience ! Je REFUSE de me soumettre !
SI je dois mourir, si je dois perdre ce combat, alors se sera lorsque je serais morte. Tant que mon âme réside dans ce corps de chair et de sang, alors... Alors je ne me laisserais dominer par personne ! Qu'importe si je n'ai pas la force de lutter contre lui et même si mon corps m'abandonne, je ne baisserais pas les bras pour autant.
Contre toutes attentes, il n'y a aucune force exercée sur ma gorge, j'arrive toujours à respirer. La main s'en détache même et se dépose sur mon épaule. Elle ne me semble plus dégager la moindre hostilité... pourquoi... me semble-t-elle presque... chaleureuse ? Pourquoi me devient elle agréable... ?
N'était-ce pas celle de mon ennemi ? Mais... Marco l'est-il... ? Non ! Oui... ?
-Reposes-toi, tu as réussi. Tu n'as plus à t'en faire, je te ramène à bord.
Oh... un proche... Oui, Marco n'est pas un ennemi. S'il me dit que je n'ai plus à me soucier du combat que je menais, alors c'est que je peux me laisser aller... me reposer... un peu.
Inutile de me le répéter une seconde fois, je me permets enfin de me relâcher et mes yeux se ferment. Avant que le sommeil lourd et réparateur ne me gagne totalement, mes oreilles me permettent d'entendre quelques derniers mots soufflés dans le vent.
-Je suis désolé, yoï.
À suivre...
