Précédemment...

Cylia se retrouve à devoir lutter contre les pirates de Shanks le Roux. La Marine perd la bataille et les officiers sont les premiers à quitter la Base. Ils ont laissé derrière eux une unité blessée qui n'a pas pu échapper à leurs adversaires. La jeune femme n'hésite pas un instant et part secourir les hommes. Toutefois, elle se retrouve acculée et fini par être sauvée par un mystérieux personnage...

Chapitre 57 : Réveil sur un navire bien connu

Je commence à me réveiller et je garde encore les yeux fermés pour le moment. Je sens que je suis allongée sur un parquet, un courant d'air transporte le parfum des embruns marin et je sens la douce chaleur du soleil sur moi. Un léger mouvement de balancement finit de me convaincre que je suis sans nul doute sur un navire.

-Oh, on dirait qu'elle se réveille Capitaine !

Lorsque je me demande ce qu'il s'est passé avant que je me réveille, les souvenirs de la bataille fusent dans ma tête. Donc la question est : où suis-je actuellement... ?

J'entrouvre les yeux mais la lumière vive m'éblouie. Je fronce les sourcilles et lorsque ma vision s'éclaircit, mon regard, qui était dirigé vers le ciel, croise un pavillon noir flottant au grès du vent en haut d'un grand mat. Quelques rayons du soleil plus lumineux que les autres se déposent dessus : cette tête de mort agrémentée de trois marques rouges sur l'un des orbites et de deux épées entrecroisées derrières ne laissent aucun doute sur le navire où je me trouve !

Une grosse surprise me prend de court mais étrangement, je ne ressens pas de crainte. Non, c'est autre chose. Une tête apparaît au-dessus de la mienne, surplombant mon champ de vision.

Des cheveux roux, une cicatrice à l'œil similaire à celle qui orne le Joly Roger et un sourire qui me fais fondre...

-Alors, on se réveille enfin ?

-Shan- Shanks !

Il recule sa tête et se met à côté de moi. J'en profite pour me redresser, il me tend sa main pour m'aider à me lever et j'accepte volontiers son aide. J'ai connu meilleure forme... Une fois debout, je suis forcée de prendre appuis un premier temps sur son épaule afin de retrouver un semblant d'équilibre.

-Ça va aller... ?

-Euh... ouais, mer... merci...

Wooow, je baragouine déjà... bravo Cylia ! Je tilt quand à ma proximité avec lui, non mais c'est un Empereur Pirate ! C'est Akagami no Shanks, stupide Cylia, tu es officier à la Marine ! Je retire ma main d'un geste vif et laisse un hoquet de surprise sortir de mes lèvres.

Je recule de plusieurs pas, jusqu'à rentrer dans quelqu'un, ou plus précisément, le ventre de Lucky Roo. Je me décale et jette un coup d'œil plus général sur ce qui m'entoure.

Je suis donc actuellement sur le Red Force avec son équipage à bord et bien évidemment, le Capitaine. On est au large, et je me sens... très... très... seule.

Shanks pouffe de rire en avançant tranquillement vers moi. Je ne bouge pas et le regarde assez fixement. Une fois à côté, notre différence de taille est cette fois encore trop cruelle à mon goût...

-Eh bien, détends-toi Cylia ! Ne me dis pas que tu penses comme avant qu'on va te manger ? Dahaha !

Je soupire devant son comportement.

-Non mais Shanks ! En même temps, quel officier saint d'esprit ne ressentirais pas de malaise en étant sur ton navire ?!

Il s'arrête de rire mais m'écoute avec le sourire aux lèvres. Réfléchissant à ce que je viens de dire, je rajoute plus pour moi-même que pour les autres...

-Enfin, je ne suis pas un officier saint d'esprit donc ma logique ne tient pas vraiment la route...

Je commence à réfléchir quant à savoir si oui, je dois être en mode « je panique ! » ou bien « Peace and love my friends ! ». En intense réflexion, je croise les bras et baisse la tête, cette question importante obnubile entièrement mon cerveau...

Et on me laisse faire... Je finis par m'énerver à force de trop réfléchir et grogne de mécontentement, passant ma frustration en m'ébouriffant le sommet de la tête.

-Aaaah ! Ça m'énerve !

-Qu'est-ce qui te fait autant réfléchir, Cylia ?

Ne voulant rien avouer, je croise les bras et tourne la tête afin de rester « fermée ».

-Rien du tout !

-Fais là à d'autre celle-là !

Je tiens mes positions, ne bouge pas et pivote sur moi-même pour lui tourner le dos.

-Humpf !

-Raaah, ne me dit pas que tu vas rester coincée !

-Coincée ?!

-Ouais ! Et tu as l'ordre de te détendre ! Ok ?


Je me retourne vivement après le culot dont il fait preuve.

-Tu es un pirate !

Il me regarde surpris.

-Et ? Oh ! Je n'étais pas au courant... merci de me l'avoir rappelé !

-Tu n'es pas sympa, arrête de te moquer de moi Shanks !

-Mais tu n'as qu'à pas être aussi coincée !

-Je ne suis pas « coincée » ! Mais comprends-moi, je prends une intonation plus féminine, involontairement, mince à la fin Shanks ! Et puis, un Marine ne doit pas obéir à un pirate ! Alors ça fonctionne pour moi, je suis Commandante et en plus, tu n'es pas n'importe quel pirate quand même !

Après l'effet de surprise passé, il a un sourire plus accueillant. Il passe son bras par-dessus mes fines épaules et me pousse à le suivre.

-Ne t'en fais pas, il relève la tête en s'adressant à ses hommes, les gars, sortez le nécessaire pour faire la fête ! Donc, Cylia...

-Euh... oui ?

-Tu vas te détendre, d'une manière ou d'une autre... En attendant, on va juste un peu discuter. Ok ?

-Hum... je ne le sens pas trop là...

Il rigole et continue à m'entraîner dans un coin du pont où se trouve quelques-uns de ses nakamas.

-Ne t'en fais pas ! Aller, assis-toi, ce n'est rien de sensible.

-Tu dis ça, mais c'est plus facile à dire qu'à faire...

Je m'assoie comme demandé sur l'une des chaises disposées autour d'une table de forme circulaire en bois massif vernis. Un parasol rouge et blanc permet d'avoir une couverture d'ombre très agréable avec la chaleur dégagée par le soleil haut dans le ciel.

-Il y a une chose que je dois d'abord comprendre. On ne t'avait pas repéré lors de l'assaut, tu n'as donc pas suivi les formations... Tu étais à l'arrière garde de ce que l'on m'a rapporté, pourquoi ?

-Les autres officiers sont assez grands pour se débrouiller seuls ! Nos unités envoyées en première lignes sont là pour les couvrir. Comme pour servir de chair à canon pour que finalement les gradés se barrent en les laissant sur place... Comme si je pouvais faire un chose pareil ! Je ne cautionne pas de tels comportements, peu importe le motif. Et je précise qu'il ne s'agit pas d'impulsivité, mais de franchise. Je refuse de suivre bêtement le troupeau et de laisser d'autres personnes en payer les frais.

Je détourne le regard, songeant aux différences entre moi-même et les autres officiers.

-On me dit constamment que c'est stupide, que je fais fausse route... que ce n'est pas un comportement digne d'un « vrai » Marine. C'est clair que ça ne joue pas en ma faveur, je n'ai pratiquement aucun soutien de mes « collègues »... ça ne m'étonnerais même pas que Komei ait prévu mes actions et ait adapté ses plans en conséquence.

Je relève la tête pour planter mes yeux dans ceux de Shanks, lui montrant par la même occasion l'attente d'une réponse à ma prochaine remarque.

-Ne vas-tu pas me dire toi aussi que j'ai tort, que je ne devrais pas me comporter de manière aussi... indigne ?

Son expression est cette fois ci sérieuse, ce qui n'est pas forcément très courant chez lui.

-Non et laisse-moi te dire que c'est même tout le contraire. Ça m'a surpris d'entendre qu'un officier était acculé alors qu'ils avaient tous déjà pris le large. Ben a fait le lien avec le fait que quelques unités de soldats n'avaient pas encore pu quitter l'île...

Il me fait un sourire amical, me détendant par la même occasion.

-Ton comportement me surprend positivement, mon amie.

-Amie ? Même si...

-Cylia, lorsque je t'ai offert ma protection et que tu l'a accepté, notre engagement a été celé. Il reste le même car même si tu es une officier, tu ne nous as pas renié. Je dois t'avouer que j'apprécie pas mal ce que tu es devenue... Quand bien même tu es une jeune Commandante ennemie.

Je rougi légèrement à cette remarque qui peut s'interpréter de différentes manières...


-Tu sais, je ne l'ai pas gardé sur moi pour l'intérêt...

-Je le sais bien, sinon tu ne l'aurais pas caché pendant notre assaut.

-Oh, oui... mais je l'ai toujours sur moi pour une toute autre raison. Je sens ma gêne s'agrandir, je l'ai toujours avec moi car tu es et reste un ami. Même si tu es un pirate ennemi !

J'ai monté le ton pour insister sur ma dernière phrase, histoire que les choses restent tout de même un minimum clair. Mais... dire ça devant lui ça me fout les jetons...

-Oh... un ennemi, hein ?

Il me regarde fixement, il n'y a pas à dire, il a un charisme tellement fort que même s'il n'use pas de son haki, il lui suffit d'un regard pour impressionner. Du moins, quand on a suffisamment d'instinct pour le ressentir... mais malgré tout, je dois tenir mes positions ! Je suis actuellement en service, donc je porte l'image de la Marine avec moi que je le veuille ou non.

-Et tu me dis ça juste en face ?

Je déglutie...

-Ou... oui !

-Ok ! Bon, alors Mademoiselle l'Officier, je vous préviens que vous serez notre captive jusqu'à nouvel ordre.

-Captive ?!

-Ouais ! Il se lève, aller les gars, on a une victoire à fêter !

-OOOOHH !

Je soupire et baisse la tête quelques instants. J'ai de la chance d'être une amie car sinon, en plus d'être captive... Brrrrr...

Shanks va se ravitailler en alcool et je ne bouge pas, restant avachi sur ma chaise. Je soupire discrètement et attends que le temps passe pendant que les pirates autour de moi festoient gaiement et bruyamment, surtout bruyamment même...

Les heures finissent par défiler, le soleil commence à jaunir montrant que le soir est déjà arrivé. Je n'ai pas bougé et me suis même assoupie, le menton reposant sur la table face à moi. Je baille, la bouche grande ouverte avec les larmes qui perlent aux coins de mes yeux, pendant que les pirates continuent encore de faire la fête.

Soudainement, alors que je me sentais me rendormir, un puissant frisson me parcourt le corps, me laissant légèrement tremblante un court instant devant la puissante agression que j'ai ressenti. Mon instinct me met en garde immédiatement.

Maintenant redressée sur ma chaise, je plonge mon regard dans celui de l'homme qui est à l'origine de ce moment particulièrement désagréable à vivre. Je reste sceptique quant aux intentions du Roux, même s'il a sans doute fait ça juste pour me réveiller. Et c'est très efficace, je dois le reconnaître...

-Hey Cylia. Tu ne vas quand même pas rester sobre ?!

-Et pourquoi ne devrais-je pas l'être ?!

-Parce que j'en ai décidé ainsi !

Il attrape le dossier de ma chaise et tire dessus. N'ayant pas le choix, je me lève et reste silencieuse, les bras croisés, tandis qu'il la remet à sa place sous la table. Je sens qu'il va tout faire pour me faire picoler. Les pirates ne pensent-ils donc tous qu'à ça... ? Le juste milieu entre la Marine coincée du cul et les pirates qui ne sont pas assez sérieux, ça doit bien exister non ?!

Il passe son bras par-dessus mes épaules et m'entraîne avec lui. Il attrape une bouteille au passage et finit par s'adosser contre le bastingage à proximité de ses hommes. Il rigole en regardant les pitreries de ses camarades sur le pont. Certain sont en train de faire le concours de celui qui arrive à empiler le plus de bouteilles sur son nez. Un jeu d'équilibre d'autant plus difficile quand on prend en compte qu'ils ont énormément de litres d'alcools dans le sang... D'autres préfèrent chanter un air d'opéra, très très très mal... pendant qu'un peu plus loin, des hommes bras dessus bras dessous dansent en rythme sur un air pirate joué par quelques musiciens. Je reste sagement calme, bien qu'ayant le sourire aux lèvres.

Mais une certaine personne ne semble pas vouloir me lâcher la grappe... Oui, quand Akagami no Shanks a une idée en tête, vous ne pouvez plus la lui enlever. Et puisqu'il a décidé de me faire boire, il fera tout pour que ça arrive. Humpf, je n'aime pas cette idée... Ça pue un peu pour moi : il vient de tourner la tête dans ma direction et il s'est arrêté de rire.

-Tu es trop tendue et trop sérieuse... bois ça !

-Je resterais sur mes positions Shanks, du moment que j'ai repris le travail, mes vacances étaient terminées. Donc maintenant, je suis en service... ça ne se voit rien qu'à ma tenue, donc je dois obéir aux ordres ! Et oui, ça m'arrive de le faire, donc : non, je ne compte pas boire !

-Oh... alors tu t'opposes à moi ?

-M'opposer... ?


-Oui.

-Hum... euh... je croise les bras et réfléchis. Oui !

-Très bien, tu l'auras voulu...

Je me mets sur mes gardes, appréhendant la suite des événements. Et j'ai entièrement raison, car une étrange aura me traverse de part en part. L'atmosphère devient écrasante, me poussant subitement à mes dernières limites. Je manque de peu de m'effondrer par terre et me retient de justesse au bastingage, prise par de violents vertiges.

-Ooooh... s'exclame Shanks surpris, voilà qui promet !

Pourquoi j'ai l'impression d'avoir quelque chose qui tente de me dominer... ? C'est... quoi... ça ?!

J'ai clairement la sensation que cette chose m'est monter jusqu'à la tête, je ne tiens plus du tout et glisse contre la rambarde du navire, incapable de bouger, gardant tout juste conscience.

Je suis sûr que c'est lui... et qu'il l'a fait exprès ! C'est donc ça qu'il a voulu dire par « Tu l'auras voulu » ?

-Bah voilà, maintenant tu vas être plus coopérative !

-Capitaine, vous avez un peu triché tout de même... nan ?

-Pfff ! J'm'en fiche !

N'ayant plus la moindre force, je suis avachie au sol, dos au bastingage, la tête basse et le visage caché par ma casquette. Il fait pratiquement nuit, seules quelques traces violacées à l'horizon témoignent d'une faible présence de l'astre du jour.

Shanks ouvre une bouteille avec ses dents, il me relève le visage et me met le goulot dans la bouche en orientant la bouteille pour que l'alcool puisse s'écouler dans ma gorge. Mais même dans cet état, j'ai ma fierté, ou mon "semblant" de reste de fierté plutôt...

Et j'ai décidé que je ne boirais pas ! Donc, le liquide n'arrive pas jusqu'à ma gorge et il s'écoule hors de ma bouche. Pas moyen que j'avale ! Il me prend pour qui ? Non mais il n'est pas sérieux ?!

-Raaah mais qu'elle tête de mule !

Il retire la bouteille de ma bouche. Je relève la tête difficilement et sursaute en le sentant m'attraper par le col de ma veste pour me coucher sur le dos contre le plancher du navire. Je n'ai absolument pas la force de faire le moindre mouvement. Je suis à sa merci...

Il s'accroupit à côté de ma tête et remet la bouteille à la verticale. Le flot s'écoule trop vite et même si une partie s'enfuit d'entre mes lèvres, la majeure partie du liquide s'enfonce dans ma gorge, me faisant à moitié avaler de travers.

-Dahaha ! Voilà qui est mieux !

Une fois la bouteille vidée, il la jette par-dessus son épaule tandis que je tousse fortement.

Quelques hommes de Shanks regardent la scène curieusement, puis ils se mettent à chantonner d'une unique voix :

-Une autre ! Une autre ! Une autre !

Forcément, la réponse ne se fait pas attendre...

-Ok les gars ! Alors rapportez moi une autre bouteille ! On va faire picoler un peu notre jeune « captive » !

-Ne vous en sentez pas obliger hein... je m'en passerais bien moi de ce bizutage !

-Nan, on en a pas fini encore !

-Tenez Capitaine !

-Oh... très bon choix ! Aller... une nouvelle fois, il retire le bouchon de liège avant de le recracher. Il place la bouteille avant de la laisser se vider doucement. Et glou, et glou, et glou... voiiilà !

Je m'étouffe une seconde fois, Shanks me redresse et me frappe dans le dos pour me faire recracher l'alcool que j'avais avalé de travers, par sa faute !

Puis il se met à discuter avec ses hommes. Je n'écoute que d'une oreille distraite ce qu'ils se disent. Le temps passe, je réponds quelques fois lorsque l'on me pose une question ou que l'on me demande mon avis.

Mais au bout d'un moment, je sens très bien que l'alcool me monte à la tête... wooow... je plaaaannneeuuuh ! Ma tête retombe finalement sur quelqu'un, avec qui je passe encore un moment avant que l'on m'incorpore dans un groupe de danseurs. Naturellement, je suis tellement mal en point que si l'on ne me soutenait plus à l'aide des bras qui sont par-dessus mes épaules, je tomberais comme une masse.

Lorsque l'on me laisse enfin un peu plus de tranquillité, je m'endors complètement bourrer.

À suivre…