Précédemment…
Cylia part dans la forêt du Mont Corvo pour chercher Ace qu'elle doit rencontrer. Elle le trouve après avoir mis à mort un prédateur et tout les deux font alors connaissance. Il l'amène alors chez les brigands des montagnes où ils discutent autour d'une bouteille de rhum.
Chapitre 70 : Le sang d'Ace
-Dis-moi, Ace…
-Mh ?
J'attrape la bouteille qui est maintenant vide et la secoue de droite à gauche, cassant l'ambiance devenu trop lourde avec un brin de bonne humeur et de légèreté.
-On a fini de partager cette bouteille… alors, tu en as pensé quoi ? Il est bon hein…
Il est surpris de mon revirement de sujet, néanmoins il ne s'y oppose pas.
-Vu la vitesse à laquelle on l'a siroté à deux, c'est clair. Même si j'en ai bu beaucoup plus que toi… il affiche un rictus moqueur, serait-ce un signe que tu ne tiens pas l'alcool ?
Je ne suis qu'humaine moi… me vider une demie bouteille de rhum seule ? Ça m'est impossible… ou alors je me serais retrouvée lamentablement torchée. Mais oui, en comparaison avec la plupart des hommes qui boivent en ma compagnie, on peut dire que je ne tiens pas bien l'alcool.
Ce n'est pas pour autant que je l'avouerai ! Question de fierté… même si je n'en ai que très peu. Je lève donc le menton, gardant ainsi la tête haute.
-Humpf !
Le voir de nouveau sourire légèrement me rassure un peu. Le sujet n'est pas agréable pour lui et même moi j'ai abordé certaines choses qui me sont douloureuses et qui sont encore bien trop fraiches dans ma mémoire.
Je me redresse et laisse la bouteille vide à terre, puis je tends ma main à Ace pour lui demander silencieusement de me suivre.
-J'ai besoin de prendre l'air…
-Ça ne doit pas être facile de ne pas tenir la boisson.
-C'est ça, moques-toi de moi !
-Tu n'as pas besoin de me le dire, c'est déjà ce que je fais.
Je prends les devants et quitte la maison, suivi de près par Ace.
-Tu n'es pas gentil…
-Mais un pirate n'est pas gentil. Pourquoi je le serais ?
-Niaah niaah niaah… humpf !
L'air extérieur me fait un grand bien, mais malgré ça, étant habituée à l'air marin, je me retrouve quelque peu dépaysée.
-Il n'y a pas à dire…
-Hum ?
-Je ne suis pas à l'aise sur terre. On est tellement mieux sur la mer !
On se souri mutuellement. Il n'a pas encore pu prendre la mer mais on se comprends malgré tout. L'appel du large, on le ressent tout les deux.
Nous nous éloignons de la maison et je profite de l'absence d'oreilles indiscrètes pour en revenir à notre sujet d'origine.
-Tu peux m'expliquer se qui te fait dire que tu es une malédiction pour l'humanité ?
Il se rembrunit.
-Tu n'es pas un mauvais gars, qu'est-ce qui te fait dire ça ?
Bien que je me doute de la réponse, toutefois rien ne me garantit que se que j'ai pu lire auparavant soit vrai ici.
-Comment peux-tu affirmer que je ne suis pas quelqu'un de mauvais ? On vient à peine de se rencontrer ! Il parle d'une intonation plus agressive, ne crois pas me connaitre Marine.
-Effectivement, je suis une Marine. Mais c'est bien ça qui m'a permis de croiser pas mal de pirate, et je fais entièrement confiance à mes instincts pour me faire un avis sur eux, à savoir s'ils représentent une menace ou non. J'ai ma propre manière de percevoir se qu'est la justice.
J'arrête de marcher et il en fait de même après avoir fait un pas de plus que moi, l'obligeant alors à se mettre de profil pour que l'on puisse continuer à se regarder.
-Tu n'es pas dans ce cas de figure, sinon je l'aurai ressenti.
Je défais le nœud de ma ceinture en tissus sous son regard interrogateur, j'enlève le wakizashi qui y était accroché et lui lance. Je remets mon vêtement en place tandis qu'il ne comprend toujours pas pourquoi j'ai fais ça.
-Je t'ai expliqué qui m'a remis ceci, je devrais le percevoir comme une menace à éliminer au nom de la justice, un dangereux criminel qui est néfaste rien de plus... Mais pourtant, je le considère comme un Humain avant tout, exactement comme toi…
Je laisse un silence s'installer après mes dernières paroles. Le bruit du vent qui s'engouffre dans la cime des arbres, remuant les feuilles dans une mélodie sauvage dans laquelle se joint des chants d'oiseaux anime cet instant. Paradoxalement, alors que le cadre prête à la détente, l'atmosphère entre nous deux est lourde. Je dois placer un peu d'humour, même si je dois en prendre pour mon grade.
-À tel point que j'en suis tombé raide dingue.
-Qu-
-Je parle de Shanks hein, je précise, mais tu l'avais compris. Non mais franchement, il est beau gosse le bougre… tu n'as pas idée à quel point et j'ai de quoi l'affirmer ! L'ayant déjà vu nu… d'ailleurs, il serait un parfait model pour une toile sexy. Hum !
Je renifle, sentant le sang affluer vers mon nez (1).
-Humm… euh… écoutes, je ne veux pas te mettre mal à l'aise… enfin je m'y prends certainement mal.
Ne le voyant plus réagir, je commence à paniquer.
-AH ! Désolé hein ! Enfin, je veux dire que-
Un maigre sourire étire ses lèvres.
-C'est bon, tu n'as pas à t'inquiéter.
-Non, ça ne va pas ! Je ne peux pas laisser quelqu'un parler de soi de cette manière… Ecoutes, pour moi, rien en toi ne représente un monstre. Tu m'as bien dit que le problème vient de ton sang ?
À mon humble avis, vu ses dires, Ace est bien son fils.
-Dans ce cas, dégaine le wakizashi et montres le moi.
-Quoi ?
-Dégaines et entailles toi la main Ace.
Il est trop surpris pour réagir immédiatement. La provocation marche la plupart du temps sur les pirates, je vais laisser l'officier le convaincre de faire se que je lui demande.
-Fais-le ! Où alors es-tu trop chochotte pour faire ça ? Oh… désolé mon pauvre petit ! Je t'en ai trop demandé…
-Quoi ?!
J'avance vers lui jusqu'à me retrouver à quelques centimètres de son visage.
-Tu m'as parfaitement entendu… je te crois trop faible d'esprit pour arriver à faire se que je te demande.
Je n'ai pas besoin d'en dire davantage, la colère que je lis sur son visage, bien que prévisible, à quelque chose d'effrayant… Je recule un peu et il se coupe la paume de la main comme demandé. Du liquide carmin s'en écoule, tombant dans la verdure à ses pieds.
Nous nous échangeons un regard et silencieusement, je lis parfaitement dans le sien un « Je ne suis pas un lâche. ». Je lui réponds d'un discret sourire, puis sans un mot de plus, je récupère le wakizashi et en essuie la lame avec un mouchoir sorti de la poche de mon pantalon. Je sens bien son regard inquisiteur, se demandant sans doute qu'est-ce que diable je compte faire ?
Alors j'attends une seconde, amusée du suspense. Puis je fais exactement le même geste que lui, c'est-à-dire que je m'entaille la paume de la main. Maintenant que moi aussi j'ai mon sang qui s'écoule, j'attrape fermement sa main et les remontent jusqu'à nos visages.
Interdit, il ne réagit qu'après un instant, mais il finit par tenter de retirer sa main, toutefois je renforce ma prise et nos mains restent jointent laissant nos sang s'entremêlés (2). Il n'y met pas du sien, pourtant il a bien plus de force que moi. S'il faisait un geste brusque, il pourrait s'extirper, quitte à se qu'il me fasse mal.
-Que- NON ! Tu fous quoi là ?! Tu ne m'as pas compris, je t'ai dit que mon sang est maudit !
-Arrêtes avec tes âneries-
-MERDE !
Cette fois, il s'arrache de ma poigne et je n'ai pas la force nécessaire pour le retenir. Il s'emble être furieux mais une lueur que je n'arrive pas à définir brille dans ses prunelles onyx.
-Écoutes-
-NON, c'est TOI qui m'écoutes ! Tu n'as pas la moindre idée du sang que tu viens d'accepter, si tu en avais la moindre conscience, tu n'aurais jamais agi de cette manière.
-Ace, je ne te connais que depuis peu de temps, c'est sûr que c'est gonflé de ma part et encore le mot est petit… Mais crois-moi, je ne reviens pas sûr se que je fais. Je ne regretterais pas, ton sang en moi n'est pas un déshonneur ou une impureté.
Il m'observe de manière perplexe.
-Penses-tu que j'aurais toujours ça sur moi si j'étais une menteuse ?
Tout en lui disant ça, je tends devant moi le wakizashi.
-Je suis peut-être de la Marine, Ace. Mais je n'ai qu'une parole. Tu sais, j'ai accepté un lien d'amitié avec l'un des Empereurs du Nouveau Monde… Même lorsque j'ai rejoint la Marine, je ne l'ai pas renié ! Franchement, ils sont considérés comme les pires criminels, aussi bien par les civils que par le Gouvernement Mondial.
Je ferme les yeux un instant, repensant à lui. Après cette courte pause, je rouvre les paupières et plante mon regard dans le sien.
- En plus, il est de notoriété publique qu'il a été tout de même sur le navire de Gol D Roger !
J'ai fais exprès de le nommer, il est visible qu'il en est d'autant plus troublé.
-Qu'est-ce que tu penses de lui… ?
Sa voix était cette fois incertaine, comme s'il redoute un peu ma réponse.
-Du Roi des Pirates ?
Il hoche la tête en réponse.
-Hum… je ne l'ai pas connu et les rumeurs qui courent sur lui ne sont pas suffisamment fiables pour que je me fasse un vrai avis sur lui.
Un silence suit ma réponse. Comme s'il s'attendait à se que je continue, mais non, je lui ai répondu moi !
-Et… il me fixe dubitatif, c'est tout ?
-Baaaah… ouais, pourquoi ?
J'imagine qu'il n'est pas habitué à ce genre de réponse.
-Venant d'un officier… comprends bien que je ne m'attendais pas à ce genre de réponse.
-Peut-être… après, en principe, un officier ne se fout pas sur la gueule avec un autre officier...
-Hein ?!
-C'est impoli de dire « hein » comme ça Monsieur, on dit « comment » !
-Je t'en fais des remarques moi, Mademoiselle la squatteuse.
-Hein ?!
-Tiens ! Je croyais qu'il fallait dire « comment » ?
-Humpf !
Je tourne la tête sur le côté et relève le menton en faisant une mine boudeuse.
-Tu t'es battue avec un autre officier ? Tu en avais parlé il me semble tout à l'heure.
En entendant son regain d'intérêt, il retrouve toute mon attention.
-Tiens, Monsieur est curieux ?
-Un peu, entre pirate, les différents se règlent avec les poings. Mais je ne pense pas que ces méthodes soient appliquées par les Marines.
-Non… j'ai eu de la chance cette fois ci, mais en principe, j'aurais dû aller au trou.
-Au trou ?
-Oui, me faire incarcérer pendant une certaine période en punition de mon comportement impropre à l'image que doit véhiculer tout Marine et causant des troubles au sein de nos troupes.
-Oh… vu la phrase sortie d'un bouquin, ça sent le vécu nan ?
Je n'ai pas franchement envie de parler de ça… c'est la honte. Mais qu'est-ce qui m'a prise d'aborder un sujet pareil ?
-Huuumm… ouais, un peu…
-Et… ?
Son sourire mi amusé, mi sérieux me fait comprendre qu'il ne lâchera pas l'affaire… à mon grand désarroi.
-Oui, c'est déjà arrivé. Trop de fois même… et comme le temps passé au trou est progressivement prolongé, la prochaine fois, c'est trois semaines d'internement que je vais me taper ! Sérieux, ça me fait pratiquement un mois complet… quand je me dis que c'est doublé la fois suivante, je prends encore plus peur.
-Pfff ! Tu es plaisante tu sais ?
-Euh… je ne suis pas sûr que ce soit un compliment, mais je vais l'interpréter comme tel. Enfin j'avais de bonne raison de lui en mettre une à ce type ! Laisse-moi te raconter. Mais d'abord, je dois faire quelque chose pour se que je nous ai fait faire.
Je commence à déboutonner ma chemise et le voyant détourner le regard, je vois là une parfaite occasion de pouvoir enfin me moquer un peu de lui.
-Oh ! Môssieu est pudique ?
-Non mais c'est toi qui ne l'est pas assez ! Et puis qu'est-ce que tu fous ?!
Je rigole devant son agitation.
-Tu sais, je vis en mer, donc je suppose que ma pudeur s'est en partie fait la malle.
Une fois retirée, je met un bout dans ma bouche et tire sur l'autre extrémité avec les mains. Le tissu ainsi malmené ne résiste pas longtemps avant de se déchirer. Tandis qu'il ne me regarde toujours pas, j'attrape sa main blessée sans prévenir, le surprenant alors.
-Je n'allais tout de même pas te laisser ainsi ? C'est ma responsabilité de t'aider à te soigner, alors laisses moi faire s'il te plait.
Il ne me répond pas mais ne tente rien pour autant, me laissant alors m'occuper de lui. Je sens son regard, repensant à sa remarque d'un peu plus tôt je me sens maintenant un peu gênée de me retrouver recouverte d'un simple soutien-gorge.
Lorsque j'ai fini de lui bander sommairement la main, je fais la même chose pour moi, tout en sentant une chaleur sur mes joues qui doivent sans doute s'être un peu rosies. Je me concentre donc sur se que je fais, tentant un peu d'oublier sa présence.
Lorsque j'ai fini de me soigner, je sursaute en sentant une chemise m'être déposée sur les épaules. Je relève le regard et perçoit le dos d'Ace torse-nu à quelques mètres devant moi. Son geste bien que simple, me fait plaisir. Tout en l'enfilant, je le remercie donc.
-Merci.
Il lève la main en signe de réponse.
Je me mets à trottiner pour le rattraper. Une fois à sa hauteur, je remarque un sourire amusé sur ses lèvres.
-Tu comptes me suivre ?
-Bah oui, pourquoi ?
Il se contente d'accélérer la cadence sans me répondre. Un peu surprise, j'en fais de même afin de ne pas le laisser me distancer. Mais c'est peine perdue, punaise il est bien plus agile et rapide que moi !
-Hey !
Sans m'en rendre compte, je l'ai perdu de vue. Embêtée, je triche donc et après un bref repérage à l'aide du haki, je retrouve sa trace rapidement. Je prends alors ma forme de zoan, laissant l'oiseau au plumage doré prendre forme à la place de mon corps humain qui n'est visiblement pas au niveau. Et dire qu'il n'a même pas couru… Je déteste mes stupides petites jambes. Dire que par le passé, j'étais fière de mes foulées… ça me semble risible aujourd'hui.
Sans perdre trop de temps et pour éviter qu'il sorte de l'humble périmètre que j'arrive à recouvrir de mon haki. Je bats alors des ailes et tant bien que mal me retrouve au-dessus des arbres. Leurs épais feuillages représentent une complication pour cette seule tâche.
Avec ce corps, il ne me faut guère de temps avant de planer au-dessus de lui. À travers la végétation, grâce à la vue développé de mon zoan, je l'aperçois marcher à une allure soutenue tout en se frayant un chemin avec aisance.
Lorsque l'on se retrouve à proximité d'un large étang, je profite qu'il y ait l'espace nécessaire pour atterrir sans encombre. Lorsque je reprends forme humaine et que je relève la tête dans sa direction, je le vois adossé contre un large roché noirâtre, les bras croisés sur son torse maintenant dénudé.
Lorsqu'il voit que je l'observe, il siffle et réajuste son chapeau orange tout en ayant l'une des extrémités de ses lèvres largement remontée.
-Eh bien… je ne m'attendais pas à ça.
-Tu ne m'as pas laissé le choix…
Une petite idée me passe par la tête, un petit jeu de rôle auquel j'espère qu'il va se prêter.
-C'est que vous avez de bonnes foulées, Monsieur le pirate.
Il ne comprend pas, je pousse alors un peu plus loin la comédie.
-Allez-vous continuer de fuir ou allez-vous m'affronter, Capitaine Ace ?
Cette fois, il a compris et je vois tout de suite à son air qu'il compte bien se prêter au jeu… qui aurait presque pu ne pas en être un, puisque dans peu de temps, il va être un pirate et je suis une officier de la Marine.
-Je ne tourne pas le dos à mes ennemis, je ne veux pas avoir de regrets. Vous avez osé vous en prendre aux miens, Mademoiselle l'officier. Vous allez voir ce qu'il va vous en coûter…
Il joue bien la comédie et son air provocateur m'appelle à la confrontation. Je sens mon rythme cardiaque s'accélérer tandis que nos regards se livrent déjà un duel silencieux. Je pose lentement ma main sur la garde de ma rapière et lorsque je fais le premier pas, il se met lui aussi en position.
Les hostilités sont lancées lorsque nous nous jetons tout deux dans la mêlée.
À suivre…
(1) Le saignement de nez de Cylia : Sans mentir, elle est vraiment perverse quand elle s'y met… mais ça me fait bien rire !
(2) J'aimerais savoir si vous vous étiez attendu à ça ?
N'hésitez pas à laisser un petit mot, ça fais toujours plaisir.
