Merci à Oo-chan, ma beta.

Précédemment…

Ace remporte le petit duel entre lui et Cylia. Après avoir pris chacun une bonne douche, ils se retrouvent et il lui demande alors de l'emmener sur son dos pour lui faire faire un tour. Toutefois, la jeune femme n'apprécie guère d'avoir quelqu'un sur son dos et depuis l'incident avec Misa, elle est bien trop blessée à l'idée de laisser quelqu'un de nouveau s'envoler avec elle.

Chapitre 72 : Profiter

-Où penses-tu aller comme ça ?

-Quoi… ?

Je me retourne, de manière à lui faire face. Toutefois, je me suis reprise et j'ai pu effacer de mon visage cette facette fragile que je déteste.

-Je ne vois pas où est le problème.

-Hein ?

Mais qu'est-ce qu'il dit… ?

-Tu nous as fait partager notre sang, même si tu ne m'as pas demandé mon avis… et que tu ne sais rien de mon géniteur. Quand tu le sauras, sans doute regretteras tu ton geste à ce moment-là. Mais il n'empêche, d'une certaine manière, ce lien de sang ne fait-il pas de nous des frères et sœurs ?

Je reste ébahi par ce qu'il vient de dire.

-Finalement, ne penses-tu pas que j'ai le droit de faire un tour… ?

-M'as-tu dit tout ça dans cet unique but ?

Il ne me répond pas, mais nos regards encrés l'un dans l'autre nous permettent de communiquer plus efficacement qu'oralement. J'obtiens ainsi ma réponse.

-Non…

Je retourne ma tête tandis qu'il retire sa main de mon épaule. Je prends le temps d'intégrer le poids des mots qui viennent d'être dit.

-Je sais qu'on ne se connaît que depuis peu tous les deux, mais…

Je me retourne pour être face à lui.

-Quelque chose me dit qu'on l'on a de bonnes chances de très bien nous entendre. On aura l'occasion de mieux causer pendant qu'on fera la tournée des bars. On risque d'en avoir pour plusieurs soirées, ça nous laisse du temps.

Il sourit et je suppose qu'il serait incorrect de lui refuser ? Sentant ma gêne, je me gratte l'arrière de la tête à cause d'un tique nerveux qui me revient régulièrement. Je sens mon cœur battre fort dans ma poitrine et un petit nœud dans mon estomac traduit mon embarras. Mes joues me semblent un peu plus chaude et sans doute légèrement rosies.

-Et bien… je soupire, ok… accroches toi bien par contre.

Ma réponse semble lui faire très plaisir. Je prends la forme de l'animal mythique juste devant lui, ayant une taille assez grande (1), je me penche de manière à lui facilité l'accès. Il ne perd pas de temps et c'est réjoui qu'il monte sur mon dos. Je le sens s'agripper avec force, usant de ses muscles et attrapant mes plumes. Le sentant bien calé, je déploie mes ailes et après quelques puissants battements, je parviens à prendre de la hauteur. Très rapidement, nous dépassons largement la cime des arbres de la forêt.

Tandis que nous commençons à avancer, je continue de battre des ailes de manière à prendre d'avantage d'altitude. Les vents m'aident dans cet exercice et rapidement, nous avons une excellente vue. De si haut, les distances sont rapidement parcourues.

Je plane, donnant des coups d'ailes de temps à autre. Le village de Fushia, déjà modeste, l'est encore plus vue d'ici et on remarque bien qu'à côté de la capitale, il est tout petit. Mais pourtant, même Goa ne semble pas grande de notre point de vue. Tout se fond parfaitement dans le paysage, le panorama marin et son air m'hypnotise presque...

Le vent sifflant est comme une mélodie rendant l'envie toujours plus irrésistible de se perdre dans l'étendue d'eau. Le bleu à perte de vue donne l'impression d'une infinité d'exploration, d'aventure… comme si l'eau salée coulait dans nos veines, faisant alors de nous ses enfants. Nous sommes sujets à pouvoir écouter ses envoûtants chants qui nous attirent irrémédiablement dans ses bras.

Oui, nous autre marin, on ne peut pas vivre ailleurs qu'ici… Comme ensorcelée, je m'en approche. Le soleil commençant discrètement à descendre, prend de claires teintes orangés dont il pare la surface agitée de l'eau. Descendant petit à petit, je finis par voler juste au-dessus. Je laisse alors mes serres toucher le liquide. La vitesse fait que des éclaboussures m'atteignent.

Sur mon dos, Ace s'agite un peu, me laissant m'interroger sur ce qu'il fait. Lorsque je sens qu'il détache la prise qu'il avait avec les bras, je tente de minimiser mes mouvements, volant alors toujours en ligne droite vers le large. Il se relève d'un mouvement hésitant, cherchant à prendre de bons appuis pour ne pas tomber. Il doit falloir une sacrée agilité pour faire ce qu'il fait !

Il se mets à hurler sa joie et le vent sifflant l'accompagne.

On ressent tout deux le même plaisir, le sentiment de liberté qui nous accompagne nous envoi comme dans un état second. Le sang pulse dans mes veines et je me décide soudainement à repartir un peu plus dans les hauteurs. Sentant que j'entame une nouvelle trajectoire, Ace se réinstalle correctement. Lorsque je le sens suffisamment agrippé et d'humeur joueuse, j'ai envie de le mettre un peu au défi.

À présent plus haute, je pars alors sur une courbe très serrée de manière à faire demie tour pour revenir vers l'île. Ne me reposant plus en bonne partie sur les courants d'airs qui permettent de planer, je bats des ailes. Puis, je redescends en piquet et remonte pour aller toujours plus vite. Loin de s'en effrayer, mon hôte semble prendre beaucoup de plaisir, me sommant même d'aller toujours plus vite.

Nous nous amusons donc à ce jeu de vitesse, accompagné par quelques pirouettes. Ne l'oubliant pas, je fais attention à ne pas le faire chuter. Mon dos reste donc très majoritairement face au ciel.


Nous nous prêtons tellement au jeu que nous en perdons toute notion de temps, ce n'est que lorsque le soleil s'efface pratiquement que nous nous arrêtons. Le ciel a alors des teintes violacées pour les lieux les plus éloignés de l'astre, tandis que quelques nuances rougeâtres subsistent à l'endroit où il s'éteint progressivement.

Lorsque nous sommes à la maisonnée et que je touche finalement le sol, il saute agilement à terre. Je reprends forme humaine et son très large sourire est communicatif. Il passe son bras par-dessus mes épaules et j'en fais de même, nous rentrons comme ça tous deux dans la salle à manger.

-Attends-moi ici Cylia, je vais aller chercher le repas de ce soir, j'en ai pour cinq minutes !

-Ok ! Mais… en cinq minutes ? Ça ne fait pas un peu court ?

Je n'ai même pas encore eu ma réponse qu'il s'est déjà mis en route.

-Nan, ne t'inquiètes pas !

Je le laisse donc faire, je m'assoies puis commence à fouiller dans mon sac à dos. Je vérifie la présence de ma carte d'officier, sur lequel est présent mon numéro de matricule. En somme, on dirait une simple carte… mais pourtant, elle permet d'ouvrir nombre de porte, se qui n'est pas le cas lorsque l'on est pirate, commerçant ou simple touriste. Et plus on gagne d'échelons, plus on obtient de liberté. Il me faut vraiment progresser… j'espère un jours prochain pouvoir maîtriser une seconde forme de haki, ça serait vraiment d'une grande aide. Sans ça, je serais toujours contrainte d'être à proximité de Base Marine et de supporter nombre de procédure. Bon, des procédures à respecter, il y en a toujours trop, quel que soit le grade, mais elles sont quand même moins nombreuses.

Alors que je me suis perdue dans mes pensées, Ace est de retour. Il est parti à la chasse et bien que je n'ai pas pu le chronométré, il est clair qu'il ne lui a pas fallu beaucoup de temps pour revenir.

Il traine derrière lui plusieurs animaux sauvages, les pauvres ont dû avoir la malchance d'être à proximités. Ils serviront de repas ce soir…

-Tenez, il lâche les queues des bêtes, faites-les cuire rapidement ! Qu'on puisse vite aller en ville… Il va bientôt faire nuit.

-Oh, Ace !

Il se retourne vers moi, m'écoutant alors.

-Laisses les manger. Tu as raison, la nuit va bientôt tomber et les bars proposent souvent des encas. Je vais nous amener en ville tous les deux, je présenterais ma carte sur place.

Je sors ma casquette de mon sac à dos et la dépose sur ma tête, de manière à ce qu'une fois sous forme humaine, je sois identifiée tout de suite. Une fois fait, je remarque que tous les regards des bandits ont convergé dans ma direction. J'imagine que pour eux, voir cette casquette n'augure généralement rien de bon.

-Ne vous en faites pas, je ne vais pas vous envoyer en tôle hein… On y va Ace ?

Je sors de la bâtisse, mon sac sur mon dos, il me suit et m'interrompt oralement lorsque j'allais changer de forme.

-Par contre, je te préviens, je n'ai pas un rond. Je suis un adepte du resto-basquet(2).

-Il n'y a pas de problème, c'est moi qui régale ! Pour une fois, ça me donnera l'occasion d'utiliser l'argent de ma paye.

-Tu gagne bien ta vie avec ton boulot ?

- On en parlera une fois au bar si tu veux !

Il acquiesce d'un signe de tête et je n'attends pas pour changer de forme. Je le laisse grimper sur mon dos et m'envole en direction de la capitale.

Il nous faut quelques minutes pour y arriver et je profite d'une place avec peu de monde pour atterrir. Il ne nous faut guère attendre pour que des soldats surgissent, légèrement paniqués. Mais lorsqu'ils me voient sous ma forme humaine, ils se détendent immédiatement en percevant ma tenue, ne laissant plus de place au doute quant à mon appartenance à la Marine.

Je me dis qu'il est préférable de jouer le jeu jusque dans les détails. C'est pourquoi lorsqu'ils arrivent juste en face de nous, je les saluts de manière militaire. Je prends ensuite un ton assuré.

-Bonjours Messieurs, je suis Cylia, Commandante de la Marine, officier au sein de la base du G3. Voici ma carte…

Je sors mon papier, leur prouvant alors mes dires. Ils se mettent à faire des sourires accueillants, hypocrisie quand tu nous tiens…

-Bienvenue officier ! Nous sommes ravis de votre présence dans notre ville. Seriez-vous ici pour conduire cet homme en cellule ?

Je jette un petit coup d'œil à Ace, amusée de sa réputation dans ces lieux.

-Non, il m'accompagne pour un autre motif. J'aurai besoin de me rendre auprès des bars des différents quartiers de la ville. Bien sûr, je vais devoir étaler cette tâche sur plusieurs soirs… Puis-je vous demander, Messieurs, votre coopération ? Vos connaissances pourraient m'apporter une aide non négligeable… je vous en serais fort reconnaissante.

Que de manière… mais le résultat est là, ils se sentent valorisés et acceptent ma demande. Ils nous offrent même une carte de la ville sur laquelle ils notent par des croix les établissements qui peuvent nous intéressés en précisant qu'il n'y en a pas dans le haut quartier. Toutefois, quelques-uns sont qualifiables de huppés au centre-ville, pour ceux-là, ils ne mâchent pas leurs mots en me les recommandant très vivement. À l'inverse, certains sont « infréquentables » d'après les gardes. Étrangement, leurs propos me rendent bien curieuses d'aller voir ce qu'il me faudrait « éviter ».


L'un des hommes porte un uniforme qui se détache un peu de ceux de ses collègues, sans doute le responsable. Il fouille brièvement dans ses affaires et en ressort un badge argenté qu'il me tend. Je l'attrape, l'interrogeant du regard sur l'usage de ce dernier.

-Il vous permettra de passer les checkpoints sans problèmes, vous pourrez ainsi parcourir librement notre belle ville.

-Oh, je vous en remercie. Monsieur… ?

-Rox Kronos Madame, j'ai rempli un dossier de candidature pour intégrer la Marine. Je ne l'ai pas encore déposé…

Oh, je sens venir quelque chose là.

-Est-ce qu'il vous serait possible, en échange de l'assistance que nous vous avons gracieusement apportée, que vous vous occupiez de ceci pour moi ?

En effet, je ne me suis pas trompée. En gros, il me demande de soutenir sa candidature quoi… c'est sûr qu'à défaut d'avoir de la famille ou des proches déjà dans les rangs de la Marine, si on peut se faire pistonner par un officier, ça apporte une aide non négligeable.

-Il n'y a pas de problème, Monsieur Kronos. Je me souviendrais de votre nom soyez en assuré.

Il se courbe respectueusement en avant tout en me remerciant. Il me demande alors de l'accompagner, escorté par ses hommes. Après avoir jeté un petit coup d'œil à Ace pour l'interroger silencieusement afin de savoir si ça ne le dérange pas que nous les suivions, j'obtempère et avance à leurs côtés.

Des lampadaires situés de part et d'autre des rues s'allument automatiquement, éclairant la ville d'une lueur orangée. Les lumières des bâtisses qui juxtaposent la route pavée illuminent chaleureusement elles aussi notre chemin. Le ciel c'est paré d'un sombre manteau bleu marine sur lequel quelques premières étoiles nocturnes font leurs apparitions.

Avec la fraîcheur nocturne s'installant, l'humidité de l'air à un regain d'intensité. Suite à une brise trop fraîche, un frisson me parcourt, me faisant brièvement trembler de froids. Je n'avais pas prévu que la température baisserait ainsi. En même temps, je n'ai pas vraiment eu de temps pour me préparer… mon départ a été quelque peu précipité.

Tentant de chasser cette désagréable sensation, je me frotte l'épaule de la main. Après avoir expiré un peu trop fortement, un petit nuage blanchâtre se forme juste devant ma bouche.

-Tu as froids ?

La voix d'Ace me fait sursauter. Je reporte mon attention sur lui et remarque qu'il ne semble pas frissonner alors qu'il n'a qu'un short et une chemise… Je regarde brièvement les soldats et remarque qu'à l'inverse, eux sont un peu plus chaudement habillés. Leurs vestes d'uniformes sont sans le moindre doute plus chaudes que mon t-shirt blanc à manche longue. Je n'ai rien mis par-dessus, mais de toute manière, l'insigne de la Marine est imprimé dans le dos. Même si contrairement à Ace qui est en short, j'ai un pantalon de survêtement, je ne parviens pas à me réchauffer.

Je soupire brièvement et sens le regard des hommes que nous suivons se poser sur moi.

-Un peu, j'imagine que je me suis laissée surprendre par la fraîcheur nocturne de cette île.

-Nous sommes désolé de vous ralentir Madame, reprend alors le soldat de tête, nous sommes arrivés au poste de garde. C'est ici que j'ai laissé le dossier, je vais pouvoir vous le transmettre. En guise de compensation, nous vous conduirons vers l'un des établissements que vous recherchez.

Je lui réponds d'un simple geste de la tête. Nous sommes face à un modeste bâtiment avec un écriteaux de métal sur lequel est gravé « poste de garde ».

-Nous sommes ici à la limite entre la ville basse que nous venons de traverser et le centre-ville. Veuillez attendre un court instant, mes hommes vont rester ici avec vous, j'en ai pour une minute.

Alors que nous attendons comme demandé, je réengage la discussion avec Ace.

-Si le Vice-Amiral Garp ne m'avait pas laissé si peu de temps pour me préparer, j'aurais pu me prendre une veste.

Ses lèvres s'étirent en un rictus moqueur.

-Tu as pensé à prendre de l'alcool mais tu n'as même pas pensé à prévoir des vêtements chauds ? Enfin, on peut s'en passer ici… sauf quand on est frileuse.

Ce n'est pas de ma faute si j'ai froids… ce n'est pas un bon prétexte pour me chambrer !

-Hey ! Ce n'est pas moi qui suis frileuse, c'est toi qui est trop réchauffé d'abord ! Et puis je te signale que l'alcool est important pour faire la fête et il n'y a rien de tel pour nouer des liens. Donc c'est quelque chose de vital !

-Les femmes sont toujours frileuses, c'est dans votre nature ! Il poursuit déjà hilare, et l'alcool ça réchauffe, donc au final tu as prévu ton coup hein ? 'Fin avec la manière dont tu tiens la boisson, tu n'as pas besoin d'en prévoir beaucoup.

Du tac-au-tac, je lui réponds, une pointe de colère transparaissant dans ma voix.

-Mais tu n'as pas fini de te foutre de moi ?

-Et susceptible en plus ! Tu corresponds de plus en plus aux clichés sur les femmes !

-Qu- quoi ?!

Il passe son bras par-dessus mes épaules et me fait une tape amicale, son sourire amusé me laisse sur la défensive.

-Je compatie, ça ne doit pas être facile d'être toi.

Faussement compatissant, il joue la comédie en prenant une expression désobligée.

-Qu- !

Alors que j'allais lui répondre, la porte du bâtiment se rouvre, laissant apparaître Rox qui revient avec un dossier sous le bras. Tiens, ça ne va pas être pratique d'aller boire tout en devant faire attention à ça. Il me le tend, je l'attrape et le range directement dans mon sac tandis qu'il me remercie une nouvelle fois.

Maintenant, c'est sans détour qu'il nous amène devant l'enseigne d'un bar chic du centre-ville.

L'intérieur luxueux du commerce est visible depuis l'extérieur grâce aux larges baies vitrées qui semblent d'une propreté irréprochable. Le pourtour est en noir mat, deux colonnes de pierre blanche dont des fresques finement sculptées ornes les extrémités, sont placées de part et d'autre de la devanture. Bien exposé en hauteur, le nom de l'établissement est soigneusement écris en lettre blanche en italique. Les affaires pour le « Valentina » semblent bien tourner, à en juger par les quelques clients que j'aperçois depuis l'extérieur, qui sont richement vêtu.

-Ace, ça t'ira ?

-Hum ? Si tu payes, il n'y a pas de problème. Tant qu'ils ont ce qu'il faut !

On échange un sourire et je remercie alors les soldats dont Rox, de nous avoir accompagné. Avec la carte de la ville sur laquelle il m'a annoté les différents bars, on ne devrait pas avoir de difficultés à nous repérer les soirs suivants.

Nous entrons dans l'établissement, bien décidé à profiter de cette nuit et des suivantes.

À suivre…


(1) La taille de l'Alicanto : Je l'ai souvent comparé à celle d'un cheval de trait.

(2) Le resto-basquet : il s'agit d'une expression utilisée pour nommer une certaine pratique. Cette dernière consiste à manger au restaurant (ou fast-food) puis de partir en courant sans payer. Dans « les mini aventure d'Ace », on le voit faire ça.