ATTENTION ! Je préviens que dans ce chapitre, il y a des échanges vulgaires pouvant heurter les plus sensibles. Si vous le lisez, c'est en toute connaissance de cause.
Je vais mettre une annotation au début du passage en question et à la fin.
Il est possible de comprendre l'histoire et le chapitre globalement sans lire ce passage.
Précédemment…
Cylia et Ace ont décidé de faire la tournée des bars. Le premier soir, ils se font interpeler par des gardes de la ville. L'un d'entre eux, un certain Rox Hypnos, demande à la jeune officier de remettre son dossier de candidature à la Marine. Elle comprend aisément qu'il lui demande indirectement de le soutenir, mais malgré ça, elle accepte sans problème.
Chapitre 73 : Liens familiaux
Les soirées dans les bars sont vraiment sympas, nous avons pu apprendre à mieux nous connaitre et nous nous sommes familiarisés avec la présence de l'autre. Ace m'a beaucoup parlé de Luffy, son frère qui n'est toujours pas revenu sur l'île après que le Vice-Amiral l'ait emmené avec lui. Je me demande si je ne partirai pas à son retour ?
Ce soir, nous sommes dans le seul bar que nous n'avons pas encore fait. Il est situé tout à fait en bordure de la ville, le mur d'enceinte séparant la Capitale du Grey Terminal ce trouve juste en face de la devanture. Même le nom du commerce dénote fortement à côté du « Valentina », le « Gourdiflotplumé » (1) n'est clairement pas chic et la clientèle est diamétralement différente.
Comme les fois précédentes, j'ai laissé clairement apparaitre mon appartenance aux rangs de la Marine. Résultat, lorsque je fais mon apparition, un silence s'est brusquement installé dans la salle. Elle est éclairée par des lumières artificielles jaunâtres et le sol recouvert d'un vieux parquet n'a sans doute jamais connu de vernis.
Dehors, le soleil ne s'est pas encore totalement éteint mais comme le bâtiment est à l'ombre, l'air est humide. L'odeur d'alcool est dominante. Malgré les regards mauvais, ainsi que le cadre inconvenable pour une femme… Je me sens plus à l'aise que dans les autres bars qu'on a fréquenté ces deux dernières semaines.
On a tous les deux fait-fi (2) des gens alentours et rapidement nous avons descendu plusieurs verres. Ace tient bien mieux la boisson que moi et en même temps, ce n'est pas difficile. Du coup, ce qu'il boit à un taux généralement plus élevé que ce que je consomme. Bien qu'il me charrie de temps en temps là-dessus, il n'en reste pas moins compréhensif. Je n'aime pas ne pas être maître de moi-même (3), du coup, j'évite autant que possible les excès.
La soirée se passe sans encombre et le fait que je sois de la Marine a sans aucun doute permis qu'on nous laisse tranquille. Bien qu'ils n'aiment pas les membres des forces de l'ordre, ce qui est facile à deviner au vu de l'agressivité que je ressens parfaitement émaner d'eux, ils n'ont pas envie de se retrouver derrière les barreaux, donc ils ne tentent rien. Mais grand bien nous en fasse (4) ! Qu'ils veuillent la bagarre ou non, peu importe.
Mais alors que l'on discute piraterie ensemble, un gamin rentre dans le bar. Comme tout le monde, nous posons tout deux notre regard sur lui. Ce n'est pas un endroit pour un enfant d'une dizaine d'année… Par réflexe, je touche de la main la garde de ma rapière. J'espère qu'aucun type torché ne va pas faire quoi que ce soit à ce jeune (5).
-Pa… papa, appelle l'enfant d'une voix tremblante, j'ai faim…
Il se rapproche d'un homme bourru, assis sur l'un des tabourets du comptoir. La seule personne à ne pas s'être retourné pour regarder le dernier arrivant. Il ignore royalement les paroles du jeune, poursuivant sa discussion comme si de rien n'était.
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Voilà le début du passage en question.
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-Pa'… reprend le gosse. J'ai-
-BAM !
Ledit père a frappé de son poing le comptoir. Il se retourne d'un mouvement si brusque qu'il emporte son verre au passage. Ce dernier se retrouve projeter au sol et il s'éclate.
-JE T'AI ENTENDU SALE BOUSEUX !
Bouseux ?! C'est l'hôpital qui se fou de la charité (6) ! Il est tellement crade que la chemise qu'il porte sans doute originairement blanche est jaunâtre. Ses cheveux n'ont pas dû avoir une goutte d'eau depuis un bon moment vu comment ils sont gras.
Il n'y a plus un seul bruit dans l'enceinte de l'établissement. Tous ont leurs mouvements figés et regardent la scène se déroulant en l'instant. Certains ont des sourires amusés aux lèvres, prenant plaisir à l'idée de pouvoir admirer la souffrance des autres. La majeure partie des clients restent neutre, mais sur aucun d'entre eux je ne lis l'envi d'intervenir.
Soit, attendons de voir comment les choses vont évoluer. J'échange un regard avec Ace, nous nous confirmons de manière muette que l'on est tous deux prêt à agir.
Le père, toujours avec rage, se lève de son siège en le faisant tomber au sol. Le regard mauvais, il s'approche du gamin jusqu'à le surplomber. Bien qu'ils soient apparemment de la même famille, le petit a peur et recule d'un pas. Il semble vouloir prendre ses jambes à son cou… Il fuit du regard l'homme se tenant face à lui.
-Je t'ai dit d'ne pas sortir de ta piaule, ATTARDÉ ! QU'EST-CE QUE TU FOUS LÀ ?
Bien qu'il parle lentement, le ton employé est agressif. Le gamin se met à trembler de peur et le père s'en amuse plus qu'autre chose.
-Tu sais que tu n'es vraiment qu'une saleté de bon à rien ?
Un coup il hurle et l'autre il parle doucement. Ce type est vraiment épris de folie.
-JE T'AI PARLÉ !
Le môme se met à paniquer et il relève la tête vers le visage de son père. Ses tremblements regagnent en vigueur.
-Ou… oui !
-Alors bordel mais pourquoi tu es là, devant moi, BRANLEUR INUTILE !
Il attrape le petit par le col et se penche pour rapprocher leurs visages.
-Parles ou je te fous à poile pour te punir.
La menace à de l'effet, l'affolement du jeune le pousse à reprendre la parole.
-Je… je… j'avais faim…
À cause du surplus d'émotion, le pauvre se met à pleurer. Le père ne le lâche pas malgré son brusque fou-rire.
-Pff ha ha ha ! Tu n'es vraiment qu'un rebu, tu sais… un rictus mauvais s'installe sur les lèvres de l'homme, si tu as faim, tu n'as qu'à te démerder pour te trouver de la tune et te payer de la bouffe. J'ai des potes qui aiment bien les gamins…
J'ai du mal interpréter ce qu'il a dit… ce n'est pas possible, non ?
-Tu vois… bien que calme en apparence, l'agressivité transparait dans sa voix. Je suis un bon père, je te trouve une solution. Hein ?
Il n'obtient aucune réponse.
-RÉPONDS-MOI BORDEL ! JE T'AI POSÉ UNE QUESTION !
Complètement paniqué, le petit reprend la parole.
-OU- OUI !
En plongeant mon regard dans celui du gosse, je me retrouve comme hypnotisée. Me revoyant face à mon propre père et ses crises de nerfs qui étaient aussi brusques qu'inopinées. J'ai l'impression d'être spectatrice d'une scène que je n'ai que trop connu et qui reste malgré moi encré profondément dans ma mémoire.
-N'oublies jamais, JAMAIS, que tu n'es qu'un bon à rien… un rebus de la société, un poids mort qui ne mérite même PAS DE VIVRE !
Le regard de l'enfant hurle pour lui, laissant voir à quel point la tristesse emplis son être. S'en est trop ! Mais pourquoi personne n'intervient ? Et pourquoi je n'arrive même plus à bouger… ?
-Je te l'ai déjà dit, mais je vais te le répéter… encore. Ta mère était une ancienne criminelle qui a été vendue à un bordel. Un assassin, un monstre… une pirate qui a fait partie d'un équipage qui a trop fait parler d'eux par le passé. Mais elle était surtout une RATÉE, tout comme toi ! Je ne t'ai pris avec moi que parce que je ne voulais pas que mes gènes finissent dans un tel endroit ! Et puis, je me suis fait pas mal de tune grâce à elle ! Le coffre était bien là où elle m'a dit !
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À partir de là s'est plus correct.
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Il ressert sa prise sur le col du gamin.
-N'oublies jamais à quel point tu n'es qu'une chose dégoutante ! Tu ne mérites pas-
-PAAF !
L'homme s'est pris le poing d'Ace en pleine tête. Il a perdu l'équilibre et s'est à moitié écroulé sur l'une des tables circulaires. Le poids massif du mobilier a permis que seules des bouteilles finissent à terre. Son nez dégouline de sang et il l'essuie grossièrement d'un revers de la main. Deux hommes qui étaient assis au comptoir se lèvent et l'un d'entre eux chancèle sous les effets de l'alcool. Ils se placent à côté de l'homme toujours vautré sur la table et l'aident à se redresser.
Tous trois ont un rire gras et regardent de haut Ace qui reste de marbre. Derrière lui, le jeune s'est laissé tomber sur les fesses. Il semble être dans un état quasi végétatif, pauvre gamin… Je ne parviens qu'à lire du désespoir dans ses yeux brun, rougi par les larmes qui s'écoulent lentement sur ses joues.
Je me suis trop laissée emporter par mes souvenir et je devrais remercier Ace pour m'avoir sorti de ma léthargie. Je me lève et me place à ses côtés. Autour de nous, les clients se sont écartés tout en poussant le mobilier. Nous sommes donc devenus le centre d'attention. Les bagarres sont monnaie courante dans ce genre d'établissement.
Les trois types face à nous se mettent à rire de plus belle après avoir compris mon intention.
-Pff ho ho ho ! Hey, vous n'êtes pas sérieux là hein ?
Le père du gamin, soutenue par ses camarades, se sent intouchable. Un sourire pervers se dessine sur ses lèvres tandis qu'il me reluque sans le moindre gène.
-Une p'tite femelle comme toi ne dois pas être de la Marine. Tu crois que ton sale tour te protègerais ? Ce n'est pas ton chéri qui te défendra…
Il reporte son attention sur Ace, le seul qu'il estime mériter un tant soit peu de prudence.
-Aller, reprend-il d'un air supérieur, bars-toi de là et peut-être qu'on ne te démontra pas trop ta gueule dès qu'on en aura finis avec ta copine.
Je les ignore et dépose ma main sur l'épaule d'Ace, qui a commencé à se craquer les doigts.
-Hum ?
-Laisses moi le père, s'il te plait.
Il ne me répond pas, mais nous encrons nos regards l'un dans l'autre. J'ai des comptes à régler avec cet homme, j'en fais une affaire personnelle. On arrive très bien à se comprendre et nul besoin d'excès de paroles. Il reporte son attention sur nos pseudos adversaires.
-Ok.
Ce simple mot me fait plaisir. Je vais faire ravaler ses paroles à ce… monstre.
-Rira bien qui rira le dernier, mec.
Il relève le menton, prenant un air hautain.
-Qu'est-ce qu'elle dit cette femelle ?
-Tu as pris du plaisir à rabaisser ce pauvre gosse, je vais en faire de même avec toi…
Sans leur laisser le temps de répondre, on se lance sur eux. En moins de temps qu'il ne faut pour le dire, Ace a rétamé les deux potes. Tous deux sont en train de passer un sale quart d'heure à en juger par les coups que j'entends se fracasser sur eux.
Quant à moi, je n'ai guère le choix. Pour être en droit de frapper ce civil, je dois le laisser m'en mettre une. C'est seulement ensuite que je pourrais lui faire payer au centuple.
-PAF !
Le bourrin ne s'est absolument pas retenu… je vais avoir droit à un joli hématome sur la joue.
-Ha ha ha ! Alors tu es vraiment sûr de- OUTCH !
Je ne me suis pas retenue non plus et mon genou s'est enfoncé entre ses deux jambes. C'est simple, rapide et diablement efficace… enfin, quand on est avec un looser qui ne sait pas se défendre. Il se pli en deux, mais je ne lui laisse pas le temps de se reprendre que j'attrape son bras. Grâce à une prise, je le fais glisser et tomber à terre. En principe, on est sensé amortir la chute mais… je préfère qu'il ait mal. Ensuite, je l'immobilise en me plaçant sur le bas de son dos tout en lui tordant le bras.
Ace a arrêté avec les deux zigotos lorsqu'ils ont perdu connaissances, il a attrapé une chaise et s'est assis patiemment.
-Alors, tu ne dois plus te sentir tout puissant maintenant ?
-Sale gar- AÏE !
-Si je me souviens bien, tu disais que la mère du petit n'était qu'une moins que rien ? On est tous des êtres humains, certains sont pourri je le reconnais… comme toi par exemple. Mais cet enfant n'est-il pas le tien ?! Comment peux-tu lui parler ainsi ? Comment peux-tu tenir de tels propos devant lui ?!
-Si tu es de la Marine, tu dois reconnaitre qu'il ne vaut rien… c'est un enfant de criminelle ! SA NAISSANCE EST UNE FAUTE ! Il regarde en direction de l'enfant, avec un regain de haine. Tu devrais mou- AÏE !
-Tu ne comprendras donc pas…
Je soupire et ferme les yeux un instant. Lorsque je les rouvre, s'est avec une pointe de plaisir sadique que je commence à lui expliquer ce que j'ai prévu pour lui.
-Alors comme ça, tu trouves qu'il ne mérite pas de vivre. Tu sais quoi… j'ai mieux à te proposer qu'une simple rouste.
Il penche sa tête sur le côté, collant sa joue sur le parquet sale et m'observe avec appréhension.
-Hein ?
-Entrave aux forces de la justice, trouble de l'ordre publique, insulte aux forces de la justice, tentative de violence sexuelle sur un officier de la Marine, agression d'un officier de la Marine, violence physique et verbale sur mineur, négligence d'enfant… en déposant une demande d'enquête sur vous, je suis certaine d'arriver à agrandir cette liste. Mais elle est déjà bien suffisante pour vous mettre derrière les barreaux.
Il déglutit.
-Mais j'ai bien mieux pour vous, Monsieur. Vous haïssez les criminels ? Mais vous allez en devenir un ! Je vais vous laisser partir, par contre je vais prendre une petite photo de votre visage et demander que votre tête soit mise à prix. Avec le casier que vous allez avoir, ça sera tout à fait possible ! Et puisque je suis officier, je vais même appuyer personnellement votre dossier pour que la somme soit un peu plus conséquente.
-Vous… vous n'allez pas faire ça, hein ? J'ai… j'ai un gamin à m'occuper !
-À vous occuper ?! Vous vous foutez de moi ! Après ce que vous avez dit devant tout le monde, vous avez le culot de me dire ça ?
Je relève la tête pour m'adresser à Ace.
-Tu peux prendre une photo de la tête de Monsieur ? J'ai un appareil dans mon sac.
Il fait ce que je lui demande avec un sourire aux coins des lèvres.
-Parfait ! Je vous conseille de bien regarder les prochains avis de recherche qui paraitrons, vous devriez voir votre tête. Bien sûr, inutile de vous rappeler qu'en plus de la Marine, vous risquez d'avoir des chasseurs de primes à vos trousses. Si ce n'est pas déjà fait… allez savoir s'il n'y en a pas un dans cette salle ?
Je le relâche finalement. Il prend alors ses jambes à son coup sans perdre la moindre seconde, complètement paniqué. Je m'accroupie devant l'enfant qui a toujours cette lueur de tristesse dans les yeux. Doucement, j'approche ma main de lui, la paume ouverte. Bien qu'il ait peur de moi, je sais qu'il recherche désespérément du réconfort. Je lui parle donc d'une voix la plus douce possible et cherche mes mots pour trouver les bons.
-Chuut… tu n'as plus à avoir peur, je te protègerai maintenant. Tu n'es plus seul…
Le garçon pleure, encore et encore… Les larmes dévalent ses joues un peu trop creuses pour son âge. Il se frotte les yeux avec ses poings fermés et tremble comme s'il avait très froids.
Ne tenant plus, je l'entoure de mes bras avec une extrême précaution. Sa tête se love contre mon buste et je caresse doucement ses cheveux tandis que je patiente le temps qu'il se calme. La fatigue a raison de lui et il s'endort contre moi. Je me relève tout en le portant dans mes bras, je n'ai encore une fois pas besoin de parler pour qu'Ace comprenne mes intentions. Un bar mal fréquenté n'est pas un endroit pour un enfant qui nécessite réconfort et protection.
Nous sortons des lieux, je laisse à Ace l'enfant tandis que je prends la forme de mon zoan. Il s'installe sur mon dos et nous partons pour la cabane des bandits. Je ne peux pas m'occuper correctement d'un gamin, je passe ma vie sur les eaux et un navire n'est pas un endroit pour un enfant. Ce petit doit aussi apprendre à être un peu plus fort, je suppose que le leur confier est une bonne option. Il sera bien entouré en plus…
Demain, je vais devoir retourner en ville pour déposer une plainte auprès des services de l'ordre de Goa. Il va me falloir faire une demande d'adoption aussi… je vais emprunter le nom de Dadan par contre, puisque je ne peux pas utiliser le mien. Comme le père va devenir un criminel recherché, il va certainement quitter rapidement la ville en abandonnant son fils.
J'espère que ça ne sera pas trop long… et que je ne vais pas attirer leur attention (7).
À suivre…
(1) Gourdiflot : mot familier qui veut dire niai. Je ne le connaissais pas personnellement et mon correcteur d'orthographe non plus !
(2) « On a tous les deux fait-fi » : expression signifiant ignorer, dédaigner, négliger…
(3) Par rapport à la consommation d'alcool, je suis pareil ! Je ne bois généralement pas, ou alors que très peu. Je pense comme Cylia : j'ai horreur de ne pas être maitre de moi-même.
(4) « grand bien nous en fasse ! » : expression signifiant que l'on s'en fiche complètement. C'est de l'ironie en fait.
(5) Qualifier quelqu'un de jeune alors qu'on l'est nous-même, ça fait toujours rire nos ainés en général. Mais on n'y peut rien, s'il s'agit vraiment de personne moins âgées.
(6) « l'hôpital qui se fou de la charité » : encore une expression, on pourrait la remplacer par « c'est un comble ». Je les ai enchainés dans ce chapitre…
(7) Aller, je vous aide à savoir de qui elle parle. Rappelez-vous qui l'a adopté !
