Précédemment…

Lors d'une soirée dans un bar malfamé, Ace et Cylia assistent à une bien triste scène entre un père et son fils. Ne pouvant pas supporter la cruauté de l'homme, ils interviennent. Après l'avoir puni comme il faut, ils rentrent en emportant l'enfant délaissé avec eux.

Chapitre 74 : liens familiaux 2

Il fait nuit noire lorsque nous arrivons chez les bandits des montagnes. Avec Ace, nous discutons de se que nous allons faire. Le gamin est debout à nos côtés, bien réveillé.

-Ace, il est tard… on verra demain pour confier le petit à Dadan. Il peut venir à Fushia avec moi en attendant.

-Inutile ! On va s'occuper de ça tout de suite.

Lorsqu'Ace passe la porte d'entrée de la maisonnée, j'hésite un instant avant de le suivre accompagnée par l'enfant.

-DAADAAANN !

Ace a hurlé si fort que tout le monde doit être réveillé maintenant… heureusement qu'il n'y a pas de voisin. Mais qu'elle voix il a ! La susnommée arrive en trombe, le regard encore ensommeillé.

-QUOI ?! Qu'est-ce qui se passe ?

-Voilà un nouveau gamin dont tu as la charge.

Il y a un petit silence avant qu'elle ne commence à réagir.

-Hein ?

Oh, commencerait-elle à assimiler l'information ?

-QUUOOII ?!

Elle s'approche du gamin d'une vive démarche, en colère. Elle le pointe du doigt et le petit se blotti contre moi. Elle relève le regard pour encrer ses yeux dans les miens. Je n'ai rien dit pourtant moi… Elle articule exagérément ses mots, avec sa forte voix.

-C'EST HORS DE QUESTION !

Ace n'intervient pas et me laisse me débrouiller. Il lève la main et se dirige vers une porte tout en baillant avec une absence totale de discrétion.

-Moi, je vais me coucher !

Ok… c'est sympa d'être solidaire ! Je soupire et reporte à nouveau toute mon attention sur Dadan. Je suppose que je n'ai pas le choix, je vais user de cette méthode là…

-Laissez-moi être claire sur un point. Vous avez deux possibilités : Soit vous acceptez sans rechigner et vous vous en occupez comme il faut… Soit vous refusez et vous irez derrière les barreaux. Oh ! Et laissez-moi vous prévenir. S'il vous vient à l'esprit de tenter de vous débarrassez de moi, chose qui me semble peu possible… Il y aura une enquête, étant donné qu'officiellement, je suis sensée être en service. Je vous laisse deviner se qu'il pourrait advenir de vous…

Elle papille des yeux et reste immobile un instant. Puis brusquement, elle change de comportement et se baisse pour parler à l'enfant en prenant un air gentillet.

-Bonjour mon petit… comment tu t'appelles ?

-Arvïn (1).

-Bien, bien… Alors Arvïn, tu vas vivre avec nous à partir d'aujourd'hui. Tu vas devoir être sage, d'accord ?

L'enfant ne lui réponds pas et Dadan attend un instant sa réponse qui ne vient définitivement pas.

-Ah aussi, je compte faire les choses en ordre. Je vais remplir les papiers d'adoptions pour vous.

Elle se redresse et m'observe avec surprise.

-Quoi ?!

-Ce gamin est actuellement sous la responsabilité de son père biologique. Comme il est en fuite, je vais déposer la demande pour qu'il ne soit plus son tuteur. Félicitation, vous allez être maman !

-QUOIII ?! Je ne signerais jamais pour faire un truc pareil !

-Je n'ai pas besoin de votre signature… Je vais le faire à votre place. Je suis une représentante de la justice je vous rappelle. Je suis certaine que le service administratif du royaume de Goa y sera très sensible.

-Il n'est pas-

-Vous préférez finir votre vie en prison peut-être ?

-Oh, je vais être maman !

-Ravis de voir que vous vous en réjouissez. Bon, je vous laisse le petit. Il a faim, donnez-lui à manger avant de le mettre au lit. Sur ce, je vais vous laissez ! J'ai de la paperasse à faire… Bonne nuit.

Je quitte la maisonnée sans me retourner pour me rendre rapidement à Fushia, où je retrouve avec plaisir mon lit.


Au petit matin, je suis à Goa devant les bâtiments des services d'administration de la ville. L'architecture toute de pierres blanches crée un contraste avec les toits recouverts de tuile d'un rouge vif. Les bâtisses sont entourées d'un jardin, il est fermé par une clôture faite de métal peint en blanc ivoire. De beaux arbustes et buissons parfaitement vert sont artistiquement taillés en formes diverses. De modestes parterres de fleurs blanches parfumes légèrement l'air… Il fait un peu frais en ce début de matinée, mais pour faciliter mes démarches, j'ai pris mon uniforme. Du coup, grâce à la veste de tailleurs et la cape d'officier, je n'ai pas trop froids.

Je réajuste la casquette sur ma tête et respire un bon coup avant de me lancer. Je dois faire preuve d'assurance pour obtenir de leur part se que je veux. Pour le jeune Arvïn, je n'ai guère le choix. C'est un jeune qui a tout l'avenir devant lui et il doit avoir toutes les cartes en main pour devenir se qu'il souhaitera plus tard.

D'une démarche emplie d'assurance, je pénètre dans l'enceinte du bâtiment principal.

Cylia passe toute sa matinée à remplir des dossiers administratifs et à user de diplomatie pour obtenir se qu'elle désir malgré l'irrégularité de la situation. Sa position d'officier au sein de la Marine lui permet de passer outre bon nombre de procédure. Elle finit par obtenir un rendez-vous dès le lendemain afin de finaliser l'adoption du jeune garçon par Dadan. L'absence de l'enfant ainsi que de l'adoptante est exceptionnellement admis, afin de ne pas incommoder un officier.

Le lendemain matin, alors qu'elle ressort de son rendez-vous, des soldats du royaume en uniforme d'apparat l'abordent…

-Bonjour Commandante, vous êtes bien la dénommé Cylia ?

-Oui, c'est bien moi… que puis-je faire pour vous Messieurs ?

-Nous avons cette lettre à vous remettre.

Il me tend un papier enroulé sur lui-même et cacheté avec de la cire rouge. Je reconnais le sceau de la famille royale. Voyant que les soldats ne partent pas, je suppose qu'ils attendent que je lise le courrier afin que je leur fournisse une réponse à retourner.

Quel que soit le contenu de cette lettre, maintenant que je porte l'uniforme, je n'ai guère le choix que de l'ouvrir immédiatement. Dans le cas contraire, j'aurais fait exprès d'ignorer un courrier venant de gens qui ne m'ont adopté que par intérêt.

Lorsque je lis les quelques lignes finement écrites d'encre noir, je ne peux m'empêcher d'être contrariée. J'ai même un nœud d'appréhension à l'estomac rien qu'en pensant aux prochains événements. Je me reprends afin de ne rien laisser paraitre aux soldats devant moi, je me dois d'être professionnel en tant que représentante de la Marine.

-Vous pouvez dire à sa Majesté que je suis honorée de sa considération à mon égard. Je me présenterai cet après-midi à l'heure indiquée au Palais Royal. Veuillez prévenir vos gardes que j'arriverais via la voie des airs sous forme animale.

Je tends la lettre ouverte aux soldats qui attrapent le document.

-Très bien Madame. Ils font un salut militaire, si vous le permettez, nous allons disposer.

Je leur réponds d'un simple hochement de tête. Dès qu'ils ont le dos tourné, je soupire discrètement. Je ferme les yeux et me masse les paupières tout en songeant à se qui va bien pouvoir se passer durant l'entrevue.

N'étant plus d'humeur à user de patience, je prends ma forme de zoan alors que je suis toujours dans les jardins. Après quelques énergiques battements d'ailes, je me dirige vers la résidence des bandits des montagnes. Lorsque j'arrive, je sens plusieurs regards converger dans ma direction.

Dadan se poste à l'encadrement de la porte et sans prendre en compte sa présence, j'avance jusqu'à l'entrée de la maisonnée tout en ayant la tête légèrement baissée. Ainsi, le haut de mon visage est masqué par ma casquette. Lorsque j'arrive devant elle, je ne ralentie pas d'un iota mon allure. Mon énervement doit leur être visible car personne ne dit le moindre mot. Même la patronne des lieux ne dit rien, me laissant simplement passer. Je m'assoie sur un tabouret posé contre un mur. Les bras croisés sur ma poitrine, je me plonge dans mes pensées, appréhendant se qu'il m'attend après déjeuner.

-Eh bien, qu'est-ce que t'as pour te mettre dans cet état ? Ça ne s'est pas passé comme tu voulais ?

La voix d'Ace me fait légèrement sursauter et je relève le menton pour l'observer, sans prendre la peine de masquer la colère qui m'habite.

-Si, je n'ai pas eu de problème. L'adoption d'Arvïn s'est bien passée, Dadan est maintenant sa mère adoptive. Il s'appelle Arvïn Curly à présent.

Je soupire en pensant que je devrais garder un minimum de contenance face au jeune garçon. Je me lève et m'avance vers le bambin qui est sagement assis par terre. Lorsque nos regards se croisent, il me semble lire une lueur d'admiration dans ses prunelles. Ace ayant bien compris qu'il se passe quelque chose, il renchérit avant que je n'arrive à hauteur du petit.

-Et donc, qu'est-ce qui t'a mis de mauvaise humeur ? Tu étais encore ravie en partant.

Je m'arrête brusquement, il ne lâchera pas le morceau avant d'avoir obtenu une réponse. Il est bien plus tête de mule que moi… Sans me retourner, je lui donne sa réponse.

-Je ne t'avais pas dit que j'avais été adoptée, il me semble.

-Non. Et… ?

-Lorsque j'ai intégré la Marine, la famille Royale de Goa m'a adopté. C'est grâce à eux que j'ai obtenu mon fruit du démon. Mais ne te trompe pas, ils ne l'ont fait que dans l'unique but d'avoir le prestige qu'ils obtiendraient grâce à ma carrière idéalement brillante. Aujourd'hui des soldats sont venus me voir quand je sortais de mon rendez-vous, j'ai reçu une convocation au palais pour cet après-midi.

J'entends les cris de surprise autour de moi.

-C'est vrai qu'ils m'ont été utiles, car sans eux, je n'aurais pas obtenu mon fruit du démon, s'est certain. Mais il n'empêche que je ne les porte pas vraiment dans mon cœur. Je ne les ai jamais vu, j'ai pu connaitre mon nom de famille qu'en lisant un document administratif au QG. Ouais… ils ne voulaient même pas que je le connaisse.

Cette fois, je tourne la tête vers lui, regardant alors par-dessus mon épaule.

-Je n'ai qu'une seule famille, Ace. Et ce n'est pas eux.

Son visage prend un air interrogatif. Devant sa question muette, je reprends.

-Tu fais partie de ma famille, mais je ne parlais effectivement pas uniquement de toi. Mais tu auras tes réponses en temps et en heure, il est trop tôt.

Je coupe court à notre échange, reportant mon attention sur Arvïn.

-Vraiment ?

Il insiste…

-Vraiment. Tu n'obtiendras rien de plus de moi cette fois, Ace !

-Même bourrée… ?

Le ton était taquin et des anecdotes dont j'aimerais oublier l'existence me reviennent en mémoire. Nos soirées de beuveries étaient sympas, mais elles se sont parfois retournées contre moi… Je ne tiens vraiment pas assez l'alcool.

Gênée de m'être rappelée ce souvenir, je lui réponds avec moins d'assurance qu'avant.

-Hum hum.

J'entends son rire amusé dans mon dos. Je m'accroupie pour être à la hauteur du petit qui m'observe avec grande attention.


-Coucou mon copain, tu as bien dormi ?

-Ou… oui Madame !

-C'est bien… la Dame t'a bien donné à manger ?

-Des restes de la veille ont été sortis et-

J'entends quelqu'un déglutir non loin.

-Tout le monde s'est jeté dessus ! Tellement vite que je n'ai eu que du riz.

Toujours assis, il se redresse un peu et tape le sol de ses poings. Le regard brillant d'une détermination nouvelle, il reprend d'une voix pleine d'assurance.

-La prochaine fois, moi aussi j'en aurais ! Et ça sera MOI qui aura le plus à manger !

Prise au dépourvu par tant d'aplomb, je ne réponds que d'un « Huumm ! ». Il se lève, je le suis dans son mouvement et il m'attrape par le bras.

-Moi aussi… je serais comme vous un jour !

-Comme moi… ?

-Oui ! Vous êtes forte… vous m'avez protégé, j'ai pu sortir de la ville ! Papa ne me fera plus jamais de mal et en plus je vais pouvoir manger maintenant ! Je veux être comme vous plus tard ! En plus, vos habits sont classes !

-Hein ? Tu veux devenir comme moi ? Qu'est-ce que tu veux dire ?

-Vous êtes une Marine ?

-Euh… ouais…

-Et bah quand je serais grand, je serais moi aussi un Marine ! Encore plus fort que vous, comme ça je pourrais te protéger ! Comme tu l'as fait avec moi !

Alors ça, je ne m'y serais jamais attendue… je ne pensais pas qu'un enfant puisse m'admirer. Et surtout, ce gamin… qu'elle force de caractère. Deux jours plus tôt, il était encore tout effrayé et il avait grandement besoin d'être rassuré. Est-ce que s'est sa jeunesse qui lui permet de s'adapter aussi facilement ? Même si ça y contribue, je me doute qu'il n'y a pas que ça.

La surprise passée, je lui retourne son sourire et lui ébouriffe tendrement les cheveux.

-Je ne peux que t'encourager alors… Tu sais quoi ?

-Nan ? Dis !

Son entrain m'amuse.

-Quand il sera temps pour moi de reprendre la mer, si le même désir t'habite… alors je te laisserai la casquette de mon uniforme. D'accord ?

-Wouuuaaa ! C'est vrai ?!

-Ouais !

-Vrai de vrai ?

-Vrai de vrai !

-Vrai de vrai de vrai ?

-Euh… ouais !

-Vr-

-STOP ! Je ne te mens pas, promis.

Il me regarde avec des yeux brillants, visiblement plus que content. Je me relève et reporte mon regard sur les bandits à proximité.

-Quand est-ce qu'on mange ?

-Ace a déjà ramené le repas, la viande va arriver d'une minute à l'autre.

-Cool !

Je m'assoie à côté d'Arvïn, à même le sol. Je lève ensuite le bras pour faire signe à Ace.

-Ace ! Rejoins-nous !


L'une des extrémités de ses lèvres se redresse. Il accède à ma demande et se place de l'autre côté du gamin.

-Alors comme ça, commence-t-il en s'adressant à lui, tu veux rejoindre la Marine plus tard ?

-Ouais ! Comme M'dam' Cylia !

-Dans ce cas, reprend Ace, on sera des ennemis plus tard ! Je vais devenir un grand pirate, d'ici à se que tu prennes la mer, j'en serais déjà un depuis longtemps. Il prend un air provocateur, tu n'as pas fini de te prendre des déculottés gamin.

Arvïn réagit au quart de tour, se levant pour se mettre face au futur pirate.

-Je serais fort ! Si tu es un méchant, alors je te mettrais derrière les barreaux !

Ace éclate de rire et il dépose sa main sur son chapeau afin d'éviter que celui-ci ne tombe de sa tête.

-En plus tu te moque de moi ! Quand je serais grand, je m'occuperai de toi !

Ace arrête de rire, mais un très large sourire demeure sur ses lèvres. Il se lève, surplombant Arvïn. Tous deux se regardent les yeux dans les yeux, se lançant alors dans un duel silencieux. Il n'y a plus un seul bruit dans la grande salle principale. Les deux jeunes hommes sont devenus le centre d'attention.

-Alors s'est donc un défi entre homme, Arvïn.

Face à lui, le petit garçon prend un air tout aussi sérieux que son homologue.

-Oui, ça l'est.

Et bien, si ce n'est pas viril tout ça ! En fin de compte, même du haut de ses douze ans, Arvïn sait se comporter comme un homme si c'est nécessaire… Il est plus mature que je ne l'étais à son âge.

Quatre hommes arrivent chargés d'un plat surdimensionné sur lequel il y a de la viande encore fumante. Dès que le plat est déposé, tous se jettent dessus. J'ai envie d'en avoir une part, mais l'idée de me mêler à la cohue générale ne me plait guère. Du coup, je n'ai pas le moindre scrupule à tricher en utilisant mon fruit du démon pour me déblayer un chemin.

Une fois deux morceaux de viande en main, je retourne m'assoir. En l'espace de deux minutes, il n'y a plus un seul morceau de viande disponible dans le plat. Ace s'est endormi et l'un des bandits tente de lui faire lâcher prise sur la nourriture qu'il tient dans sa main. En vain visiblement, c'est qu'il a de la poigne même pendant ses crises de narcolepsie !

Le petit Arvïn vient se mettre à côté de moi, un simple bol de riz en main. Il a les joues gonflées et les sourcils froncés, sa mine boudeuse est juste adorable ! Je ne peux pas empêcher d'émettre un petit gloussement amusé, se qui ne lui échappe pas.

-Ce n'est pas gentil de se moquer de moi, M'dam…

Son ton tristounet ne fait que le rendre d'autant plus mignon.

-Je ne me moque pas, je te le promets. Tu es juste trop mimi quand tu boudes !

J'entends Ace se mettre à rire, m'informant donc qu'il s'est réveillé de sa sieste involontaire.

-Baah alors le mignon petit chouchou de Madame, reprend-il moqueusement, on chouine parce qu'on a été trop faible ?

Ses provocations fonctionnent trop bien, Arvïn se met en colère et se lève.

-Je ne suis PAS mignon !

Il tape de son pied le sol, mécontent d'être la cible des moqueries d'Ace. Le seul résultat obtenu est qu'il s'en amuse d'avantage…

-Tiens, c'est pour toi.

Je lui tends l'un des deux morceaux de viande que j'avais attrapé. Je me doutais qu'il allait se faire avoir. C'est pour cette raison que j'en avais pris un peu plus…

-C'est… c'est vrai ?!

Il est tellement content que ses yeux sont pleins de larmes. Je lui fais un sourire et lui met sa part dans les mains. Heureux, il s'assoit tout en baragouinant un remercîments la bouche pleine.

Une fois le repas fini, j'ai un coup de fatigue. Je m'allonge donc sur le parquet, toujours vêtue de mon uniforme. Je pose mon bras sur mes yeux pour me protéger de la lumière et prend une profonde inspiration, avant de soupirer.

-Tu n'as pas peur de ne pas te réveiller à temps pour ton entrevu avec le Roi ?

Sans bouger, je réponds à Ace calmement.

-Aucune chance que je m'endorme, j'appréhende bien trop pour ça. Je me repose juste un peu.

Un silence s'installe quelques secondes.

-Tu as un mauvais pressentiment ?

Je décale un peu mon bras, pour lui jeter un bref coup d'œil.

-Ouais. J'ai déjà vécu quelques fois des situations déroutantes, qui étaient… compliquées. C'est le moins qu'on puisse dire…

Je repense à Hand Island, lorsque le civil avait son arme pointée sur mon cœur. Ou encore la fois où je me suis retrouvée à terre et que l'un des hommes de Shanks allait m'achever… J'ai eu de la chance.

-Mais cette fois, il s'agit de ma famille adoptive. Et quelque chose me dit qu'il va se dire des choses qui ne vont pas me plaire.

-Si tu ne veux pas y aller, personne ne peut t'y obliger.

-Je ne suis pas du genre à me dégonfler.

Il me répond d'un petit sourire en coin. Je referme les yeux et tente de me détendre un peu.


Quelques heures plus tard…

S'il y a une chose que je n'apprécie pas, c'est le manque de ponctualité. Je suis arrivée à l'heure au palais, on m'a conduit dans une salle et on m'a demandé de patienter. Ça fait maintenant deux heures que j'attends ici bordèle ! DEUX HEURES ! Et il n'y a rien pour s'occuper, à part regarder des décorations tapes à l'œil que je trouve moches. Je ne suis pas une artiste dans l'âme, très loin de là. Alors me laisser avec ça comme seule occupation… moi qui suis hyperactive ! Sales enflures, ses culs de babouin des mers… ils m'irritent autant qu'une voile déchirée par la tempête… Ganaches (2) en mers, parasites, som-

-Merci d'avoir patienter Madame.

La voix d'un servant qui vient d'arriver m'a légèrement surprise, je n'en montre rien et sort mon sourire le plus hypocrite.

-Je vous en prie, ce n'est rien.

J'étais juste à deux doigts de me casser par la fenêtre mais bon…

-Si vous voulez bien vous donner la peine de me suivre.

Je n'en ai pas envie, le mouchard (3) !

-Bien sûr.

Je me lève et suis donc le servant vêtu comme un majordome des anciens temps. Que c'est moche… Il porte du vert, du rouge, du blanc, ah du bleu aussi… Il veut jouer les arcs en ciel ou quoi ? Et cette coiffure, pourquoi porter des cheveux blancs ? Cette queue de cheval est tout sauf viril ! BEURK.

Je ferme les poings et tente de me calmer un peu. Je suis un peu trop sur les nerfs… et je vais mine de rien avoir une entrevue avec la famille royale de Goa. Je porte mon uniforme, je dois donc agir comme un officier en service.

Lorsque nous arrivons dans la large salle d'audience, le servant me salut et se retire. J'avance donc sur le tapis rouge jusqu'à être à quelques mètres des larges escaliers menant au siège sur lequel trône le roi. L'homme est accompagné par une femme et une jeune fille, qui a une tête affreusement moche d'ailleurs.

Ils me regardent et ne prennent pas encore la parole, comme s'ils attendent quelque chose de moi. Non… ils ne pensent tout de même pas que je vais m'agenouiller ou même ne serait-ce que courber l'échine pour leurs gueules ? Je ne suis pas ici pour une mission diplomatique, ils ont plus besoin du Gouvernement Mondial que l'inverse. Je n'ai pas à démontrer de servitude envers eux si je n'en ai pas reçu l'ordre.

Je fais donc un salut militaire, la tête haute. De cette manière, ils vont parfaitement comprendre mes positions et ils leurs seraient inconvenant de m'exiger de plier les genoux. Le roi comprend le message et prend donc enfin la parole.

-Hum, hum ! Bonjour officier, bienvenu dans notre royaume.

-Bonjour Messire le Roi, je reporte mon regard sur les deux personnes à ses côtés. Mesdames…

La fille me répond par un sourire hautin, la femme elle conserve son visage fermé. Le roi reprend…

-Je vais aller droit au but, vos derniers prouesses mises en avant dans la presse nous ont rassurer quant à notre choix.

Je ne comprends pas…

-Votre choix ?

-Oui, malgré votre… basse condition de… roturière,le mot est prononcé avec dégout. Nous vous avions fait l'immense privilège de vous tolérer parmi les nôtres.

Je pense avoir bien compris se qu'il est en train de me dire… mais je vais malgré tout demander confirmation.

-De me quoi… ?

-Vous faites partis de la famille royale grâce à votre nom. Son regard devient dur, mais bien sûr vous n'oublierez jamais que votre sang n'appartient qu'à la basse peuplade.

Il ne manque pas d'orgueil… saleté ! Bien caché derrière les murs de ton palais, tu te sens tout puissant. Si seulement tu pouvais prendre conscience à quel point tu n'es RIEN.

-Je vous serai gré de nous pas oublier, Messire, que vous insultez malgré tout un officier de la Marine dans l'exercice de ses fonctions. Permettez-moi de vous rappeler que la Marine est rattachée au Gouvernement Mondial. Démontrer autant de mépris à un représentant en public… est-ce là véritablement vos intentions ?

Son regard grandement déstabilisé est une excellente récompense. J'ai touché un bon point, la royauté de Goa fayote comme ce n'est pas possible auprès du Gouvernement Mondial. En réalité, s'il me manquait réellement de respect, l'affaire serait simplement étouffée. Mais j'ai quand même réussi à vraiment le perturber. Après tout, je n'ai pas tort d'agir ainsi… la famille royale m'a adopté pour justement tirer profit de ma fonction d'officier. Je n'ai exploité qu'un juste retour.

-Ce n'était absolument pas dans nos intentions ! Nous ne voulons pas créer de confusion, Madame l'officier. Nous avons à vous parler personnellement, non pas en tant qu'officier mais en tant que membre de notre famille.

Il se met à exprimer un grand plaisir, je redoute ce brusque changement.

-Nous avons une bonne nouvelle ! Malgré votre basse naissance, vous êtes de la noblesse. Vous portez notre nom ! Donc, lorsque vous aurez réussi à vous distinguer grâce à de grandes prouesses militaires, nous vous garantirons une nouvelle vie !


J'ai vraiment peur de comprendre…

-Nouvelle vie… ?

-Oui, très chère ! Un mariage, nous avons déjà quelques potentiels bons partis. Lorsque vous aurez fait part au monde entier de vos exploits en tant qu'officier, je n'ai aucun doute que les prétendants se ferons plus nombreux ! Nous pourrions avoir d'agréables surprises. Après tout, certains pays puissants pourraient être impressionnés par votre réussite ! Nous fondons de grand espoir en vous. C'est pour cette raison que nous vous avons fournis ce… fruit du démon.

Je me demande bien comment ils ont réussi à l'obtenir. On parle d'un zoan mythique…mais pourtant, ce n'est même pas se qui me perturbe le plus…

-Mariage… vous voulez me marier ?!

-Oui ! Lorsque vous aurez été suffisamment utile, nous vous ferons le privilège d'élever votre place dans la société. Vous pourrez avoir l'honneur de porter en vous un enfant noble.

-QUOI ?!

J'ai haussé la voix, se qui ne plait pas à la femme au visage froid qui se met brusquement en colère.

-De quel droit haussez-vous le ton face à votre roi ?! Restez à votre place, sale rat de roturière !

-Et vous de quel droit vous permettez-vous de prendre ainsi des décisions à ma place ? Je n'ai pas souvenir de vous avoir juré allégeance !

Le roi outré lui aussi se lève de son siège.

-Vous êtes une ingrate ! Vous ne vous rendez même pas compte de l'honneur que nous vous faisons. Vous avez de la chance que malgré votre basse naissance nous vous offrons un vrai avenir !

-Mon avenir n'appartient qu'à moi ! Je-

-Ça suffit ! Vous faites partie de la famille royale du royaume de Goa, le Gouvernement Mondial à connaissance de ceci. Vous ferez se que nous vous dirons de faire ! Nous avons déjà fait part de nos intentions à votre égard, ne pensez donc pas avoir la liberté de refuser. Vous opposez à nous vous placerai dans une très fâcheuse situation pour vous… ne l'oubliez jamais. Et puis, nous faisons ça aussi pour vous !

Mon cul oui…

-Une fâcheuse situation ?

-Vous ne désirez pas malencontreusement vous retrouvez dans l'illégalité… ?

-Je ne ferais rien qui provoquerais ça…

-Certaines choses arrivent parfois très vite… des preuves sont toujours facilement accessibles.

Ils me dégoutent… j'ai un affreux nœud à l'estomac. La colère est autant dirigée vers eux qu'envers moi-même, à cause de mon incapacité à me défendre. Moi qui désir la liberté… je n'en ai aucune. Le roi calmé se rassoit, un air hautain sur le visage.

-C'est une menace ?

Cette fois-ci, c'est la femme qui me répond.

-Allons, vous allez faire juste se qui est le mieux pour votre avenir ! Toute femme capable d'enfanter doit bien remplir son devoir naturel. Vous ne déroger pas à la règle, encore plus lorsque vous avez obtenu votre noblesse.

S'en est trop… je ne peux plus rester ici une seconde de plus. Je fais demi-tour, montrant mon dos au roi et à sa… suite. La voix du roi, amusé, me fait me stopper. Sans me retourner, je m'arrête pour entendre les crasses qu'il va dire.

-Allons… quelle impolitesse ! Ah la fougue de la jeunesse… Vous êtes bien un officier de la Marine pour faire preuve d'autant de hargne ! Ah ah ah ! Mais c'est une qualité pour une combattante je suppose.

Je reprends mon chemin, j'ai autre chose à faire que perdre mon temps pour eux.

-Ne vous incommodez pas avec les informations que nous venons de vous faire part. Pour l'instant, concentrez-vous sur votre carrière. Nous vous en reparlerons lorsque nous aurons l'occasion de vous revoir à l'avenir.

Donc, la prochaine fois que je poserais le pied ici, se sera incognito. Je n'ai aucune envie de leur laisser l'occasion de faire avancer leurs projets. Lorsque je me serais « illustrée » comme ils disent, je compte bien rester dans les eaux du Shin Sekaï. Il ne sera pas question de revenir ici… se sera trop dangereux pour moi.

Je savais bien que mon mauvais pressentiment était justifié. Je quitte le plus vite possible le palais, prenant ma forme de zoan dès que l'accès au ciel m'est possible. Je veux retourner sur mon navire pour prendre la mer avec mes compagnons. Il me faut aborder quelques sujets vitaux avec Ace (4), d'ailleurs, on n'a toujours pas parlé de son père. Peut-être qu'il m'en dira plus lorsque je vais l'informer de mon départ ?

À suivre…


(1) Arvïn : C'est assez joli comme prénom je trouve, enfin c'est mon goût hein… pour une fois que je ne trouve pas un truc bizarre !

(2) Ganache : Non, il ne s'agit pas de pâtisserie ! C'est aussi un mot familier signifiant qu'une personne est inutile, incapable et stupide. Si vous avez toujours le doute, regardez sur le Larousse en ligne.

(3) Mouchard : quand je pense à cette insulte utilisée par Cylia, ça me fait rire. Si on réfléchit, un mouchard sur les mers, il y a plus de chance que se soit un Marine infiltré dans un équipage pirate. On voit bien là l'influence de son équipage et de ses « connaissances ».

(4) Une petite information pour vous : ça sera des points très importants pour la suite.