Précédemment…
Cylia arrive à Marineford accompagnée par un Vice-Amiral sympathique. Elle passe une soirée en compagnie de confrères qui respectent ses idéaux depuis les événements de Nebulandia. En parallèle, elle commence à faire le nécessaire pour qu'elle puisse naviguer avec ses compagnons sur les eaux du Shin Sekaï.
Chapitre 77 : Défis
Nous avons passé notre soirée dans une très belle taverne. Nous avons sympathisé, assis autour d'une table, sur un fond de musique accompagné par la voix mélodieuse d'une ravissante jeune femme. Personne n'a vraiment abusé de l'alcool, mais la bière a malgré tout coulé à flot. J'ai su rester raisonnable étant donné que je tiens moins bien que les autres.
La taverne dispose d'hébergement, de cette manière j'ai pu me trouver une chambre où dormir. Et en plus, je l'ai fait aux frais de la Marine. Quand je pense au métier que j'exerce, il m'apporte des avantages non négligeables. Je touche un salaire tous les mois, serte il n'est pas énorme, mais du moment que je suis en service, tous les frais sont pris en charge par la Marine et il est rare que je ne le sois pas. Je prends très peu de congés et mes dernières vacances étaient avec Misa (1).
Je n'ai pas de maison où rentrer et l'océan est ma seule demeure. Mes compagnons me sont tous précieux et ma seule famille c'est eux. J'ai profité d'une partie de la matinée pour dormir en me permettant de rester au lit jusqu'à dix heure passée. Une fois bien reposée, je décide de me reprendre en main et de rejoindre les salles d'entrainements. Je préfère consacrer mon temps au renforcement musculaire car j'ai vraiment beaucoup de travail de ce côté là…
Dans la pièce, où se trouve bon nombre de machine, je suis la seule femme. Quelques-uns utilisent des accessoires, comme des haltères. Le sol est en plastique de couleur blanche tandis que les murs sont peints en bleu. Naturellement, ici les couleurs de la Marines sont dominantes et même omniprésentes. Non pas que cela me perturbe, surtout après mes échanges avec certains confrères la veille et puis, je dois dire que la vue que j'ai n'est pas déplaisante. Les hauts des hommes présents n'ont pas de manche et les tissus sont léger... Ils permettent de voir parfaitement les muscles qui se contractent sous l'effort. Mais aucun n'est torse nu, question de discipline. Bien sûr, ce n'est pas une obligation sur mon navire. Du coup, mes compagnons s'entraînent à moitiés nus. Par contre, je ne les perçois pas vraiment comme des hommes, mais plus comme des proches et je ne ressens jamais la moindre attirance physique pour eux.
Tandis que certains regards convergent dans ma direction, je retrouve avec plaisir l'un des officiers de la veille. Il se lève, on se salut et après quelques échanges, nous décidons de faire une séance d'entrainement commune. Rien de tel que l'esprit de groupe pour se motiver.
Lorsque la faim se fait sentir, nous nous rendons au réfectoire où je fais la connaissance d'autres collèges. Lorsque certains me proposent de faire des simulations de combat, j'hésite un peu. Qu'est-ce que je ferais si je donne une mauvaise impression ? Lorsqu'ils perçoivent ma gêne, ils m'encouragent en me mettant au défi. J'imagine que j'ai l'occasion de montrer un peu ce dont je suis capable. Mon indécision ne dure pas bien longtemps et juste après le repas, nous allons donc tous ensemble dans une pièce spécialement conçue pour ce type d'entrainement. Les murs sont solides, en prévision des utilisateurs de fruit du démon.
Les heures passent vite et j'arrive finalement à monter dans leur estime. Quelques visiteurs sont venus, parfois je me dis que les Marines sont de vrais commères… Lorsque nous avons commencé à nous entrainer, y allant sérieusement, le mot est vite passé. Mais je finis par les laisser, expliquant que j'ai à faire. Une douche s'impose avant que je me rende au port, où Garp doit arriver sous peu.
Xxxx
Après s'être rendue présentable en revêtant un tailleur jaune pâle et son uniforme, Cylia attends sur le quai. Lorsqu'elle perçoit le navire du Vice-Amiral, elle sourit, repérant son équipage juste derrière. Ne tenant plus, elle prend la forme de son zoan et s'envole pour rejoindre ses compagnons…
-CAP'TAIIINE !
Dès que je suis sur le pont, je reprends forme humaine.
-Vous nous avez manqué !
Certains d'entre eux se mettent à chialer, d'autres ne tiennent plus et se jettent sur moi.
-Vous…
Avec la prise bien trop forte de quelques-uns, j'ai du mal à respirer.
-Vous m'étouffez !
Ils me relâchent et se reculent d'un pas. Je tousse tandis qu'ils restent agglutinés autour de moi. Après avoir repris une respiration descente, je me redresse et un large sourire se dessine sur mes lèvres, ça fait un bien fou de les revoir !
-Vous aussi vous m'avez manqué les gars.
Plusieurs d'entre eux me font des tapes amicales et un autre m'ébouriffe les cheveux. Même si nous ne nous sommes pas séparés bien longtemps, nous sommes vraiment contents de nous retrouver.
-Dites, Cap'taine ! On peut faire demi-tour ?
Je regarde l'homme qui vient de prendre la parole. La demande est presque une supplique. Je me retourne et me fraye un chemin jusqu'au bastingage où je regarde le navire de Garp qui s'amarre au quai. Je reporte mon attention sur mes compagnons derrière moi.
-Je me doute bien que Marineford n'est pas un endroit très agréable pour vous. Mais il vous faut faire avec, si on veut pouvoir naviguer sur le Shin Sekaï.
Un silence suit mes paroles. L'un de mes hommes finit par prendre la parole, une hésitation transparaissant dans sa voix.
-Donc… ça veut dire que…
La phrase laissée en suspens est finie par un autre.
-On va s'y rendre ?
Il est vrai que je ne me suis sans doute pas suffisamment interrogée sur leur souhait. Peut-être ne désirent-ils pas naviguer sur des eaux aussi périlleuses ? C'est compréhensible… je dirais même presque logique.
-C'est que… ce n'est pas encore fait mais…
Je m'en veux maintenant… merde ! J'ai envie de me frapper. Mais je dois assumer mes fautes et leur dire clairement la vérité. Je ferme les yeux un instant et respire un bon coup pour me redonner de l'assurance. Ce qui, je dois bien l'avouer, me fait défaut en cet instant. Lorsque je les rouvre, je n'hésite plus pour leur expliquer la situation actuelle. Ils doivent savoir.
-Il faut que notre cher navigateur réussisse des tests. C'est un examen obligatoire pour assurer que nous sommes en mesure de nous y rendre. Ensuite, il va nous falloir récupérer un nouveau navire. Celui-ci ne résisterait pas aux tempêtes violentes. Le Vice-Amiral Garp va se charger d'appuyer notre dossier, alors je ne doute pas que ça sera rapidement réglé.
Lorsque je termine ma phrase, mon cœur palpite dans ma poitrine. Même si je tente de ne rien laisser paraître, j'ai peur de leur réaction… et s'ils étaient furieux ?
Mais… qu'elle n'est pas ma surprise lorsque j'entends leurs cris d'approbations. Leur joie est tellement vive que j'en reste pantois.
-POUR LA CAP'TAINE, HIP HIP HIP !
Tous à bord, hormis moi, répondent avec entrain.
-HOUURRAAAA !
Des poings sont levés, des bras glissent sur les épaules des voisins proches et un immense brouhaha domine rapidement le pont. Mais l'effet de surprise passé et malgré mon questionnement, je me ressaisie. Afin d'attirer l'attention de tous, je siffle fort. Ça fonctionne vu que j'arrive à récupérer un peu leur regard.
-On en rediscutera après les manœuvres. Je veux tout le monde à son poste !
-Oui Cap'taine !
-Et appelez-moi « Commandante » en présence d'autres Marine. Je ne veux entendre aucun « Cap'taine » tant que nous serons à Marineford ! Sinon, je sévirais. J'hausse le ton, me suis-je bien faite comprendre ?
-Oui Madame !
Bon, je suis un peu rassurée, j'ai réussi à me faire prendre au sérieux.
-Maintenant, rompez !
Chacun d'entre eux sait ce qu'il a à faire. Comme une mécanique bien rodé et l'expérience jouant, le navire est rapidement amarré. Même si nous sommes à Marineford, je ne leur impose pas l'uniforme. Ils restent libres de le porter ou non. Autant dire qu'à part moi… personne ne l'a.
Maintenant que mon ordre a bien été exécuté, ils sont tous de nouveau face à moi. La discipline militaire n'est vraiment pas leur point fort… Mais je les trouve mignons et ils font des efforts malgré tout. Ils se sont mis en rang, enfin… en « presque rang », car aucun d'entre eux ne tiens vraiment à sa place. Heureusement qu'ils n'entendent pas mes pensées, s'ils savaient que je les trouve « mignons » quand ils tentent de respecter les lois de la Marine… Ils laisseraient tomber sur le champ.
-Bien, les inventaires ont-ils été fait en mon absence ?
Alors, ça m'étonnerait vraiment que ce soit le cas. Mais bon… je vais demander quand même.
-Oui m'dam' !
Je ne peux m'empêcher de faire les gros yeux. Je ne m'y attendais pas du tout ! Je me racle la gorge pour me redonner contenance. Bon, par contre, je mettrais ma main à couper qu'ils n'ont pas remplis les dossiers à rendre au service de ravitaillement.
-Les formulaires ?
C'est Beart, l'homme qui a une voix en accord à son physique, à l'image d'un ours, qui me répond.
-Ils sont sur votre bureau Madame. Je vais vous les chercher ?
Je ne sais même pas ce qui me choque le plus… Est-ce le fait que ce soit lui, qui pourtant exècre toute forme de littérature, qui m'ait répondu ? Ou bien parce qu'ils ont respecté l'une des procédures habituelles de la Marine ?
-Euh…
En tout cas, je retire ce que j'ai dit : Il n'y a pas moyen que je me coupe la main !
-Ou-oui, merci Beart.
Quelle mouche les a donc piqués ? Je n'ai même pas à les engueuler ?!
Tandis que Beart rentre à l'intérieur du navire, je reporte mon attention sur notre navigateur. C'est un quinquagénaire, un homme simple d'apparence qui n'a pas un physique hors norme. Il est l'un des rares du navire à avoir constamment une tenue irréprochable. Il porte toujours une chemise au col élégamment ouvert, qui est changée tous les jours. Elles sont généralement accompagnée par un pantalon gris ou noir et il porte une paire de chaussure en cuir brun foncé. Une cigarette est toujours postée sur ses lèvres (2) et avec sa posture perpétuellement détendue, il démontre une grande assurance. Avant de finir à Impel Down, il faisait partie d'un équipage pirate qui naviguait dans le Nouveau Monde depuis plusieurs années. Ils se sont fait attraper, lui et quelques survivants de son ancien équipage, après une défaite contre d'autres pirates.
-Georges, je t'ai inscrit pour les tests réservés aux navigateurs du Nouveau Monde. Il faut que tu le réussisses afin que l'on obtienne le passe-droit pour nous y rendre. Je t'ai mis Cassius comme assistant. Vous allez devoir porter votre uniforme. C'est la réglementation… Au mieux, je peux m'arranger pour qu'il soit minimaliste. Ça ira ?
-Bien sûr Commandante, vous n'avez pas à avoir d'inquiétude.
Sa voix pleine de confiance me rassure. J'apprécie beaucoup Georges. Il pourrait être mon père, vu son âge. Qu'elle fierté j'en aurait retiré… Il a vraiment un grand charisme et je lui fais confiance. Il a une famille qui l'attends sur une petite île de West Blue et il souhaite gagner sa liberté pour vivre auprès d'eux. Lorsqu'il aura fini de travailler sous mes ordres, il se posera définitivement. Après tout, je le comprends, passer dix ans à Impel Down ce n'est pas rien. Ça change un homme…
-Parfait, je compte sur vous.
Une voix provenant du quai m'appelle. Je me retourne pour trouver l'un des officiers avec qui j'avais passé une soirée la veille.
-Oh, bonjour Capitaine ! Je vous prie de m'excuser un instant et je suis à votre écoute.
Mon officier supérieur me fait signe qu'il n'y a pas de problème. Il reprend une discussion avec un homme l'accompagnant. Je perçois Beart qui revient, il me donne le dossier que j'avais demandé et reprend une place dans les « presque rangs ».
-Cassius, je m'approche de lui, je te charge de donner le dossier au service des ravitaillements. Attends juste une seconde…
J'attrape un stylo de la poche interne de mon manteau d'officier et j'ouvre le document dont je parcours les pages, m'arrêtant sur les points clés, avant d'apposer ma signature à plusieurs reprises.
-Voilà.
Je lui tends le document, il l'attrape et me demande l'autorisation avant de mettre pied à terre. Naturellement, je la lui donne et ordonne à mes compagnons de commencer à préparer le déchargement entier du navire. Lors de notre dernière escale à la base du G3, nous avons coupé court à la procédure, mais normalement il faut vider le navire. Seuls les effets personnels et quelques vivres restent à bord. Ils savent que dès que Cassius sera de retour, ils auront l'autorisation de tout déposer sur le quai, où une équipe envoyée par le service de ravitaillement s'occupera de la réception. Nous ne recevrons nos vivres que lorsque nous aurons reçu un ordre de mission ou bien lorsque j'aurais donné nos prochaines manœuvres au QG.
Maintenant que j'ai donné les ordres, je quitte le navire pour retrouver le Capitaine qui m'avait interpelé plus tôt.
-Je m'excuse de vous avoir fait patienter Monsieur.
-Allons Commandante, ne faites pas preuve d'excès de politesse. J'ai vraiment apprécié pouvoir faire votre connaissance hier.
Son regard se pose sur le pont de mon bateau, où sont mes compagnons.
-Vous êtes vraiment quelqu'un pour arriver à obtenir quelque chose d'eux. Mais bon, j'ai quelque chose pour vous !
Il pique ma curiosité.
-Quelque chose pour moi ?
-Oui en effet Commandante ! J'ai une bonne nouvelle.
-Oh, qu'est-ce que c'est ?
Il rit devant ma réaction.
-Ah ah ah ! Avec un sourire, il se reprend. Le hasard a bien fait les choses, c'est moi qui ait traité la demande pour votre navigateur. J'ai pu vous obtenir une place pour lui et son assistant pour les tests de demain matin. Ils ont rendez-vous à huit heures dans l'aile gauche du bâtiment 6C, salle du Balra. Je venais vous remettre leurs convocations en main propre, j'ai juste besoin de votre signature.
-Bien sûr !
Après avoir jeté un coup d'œil sur le document, je fais ce qu'il me demande. Je le lui rends et il le range dans un porte document qu'il a sous le bras.
-Vous êtes fabuleux, Capitaine. Je n'aurais jamais cru pouvoir leur faire passer l'examen dès demain ! En principe, ça prend entre un à deux mois… Ça n'a pas dû être facile d'obtenir cette place ?
-Non en effet ! Mais ne vous en faites pas pour ça, c'était un plaisir de vous rendre ce service.
-Et donc maintenant, comment puis-je vous remercier ?
Ma demande ne le surprend pas réellement et son sourire s'élargie alors qu'il me répond.
-Laissez-moi vous inviter au restaurant ce soir. Mes parents en tiennent un, ils seront ravis de faire votre connaissance. J'ai entendu que le Vice-Amiral souhaite vous faire rencontrer son fils… Mais je tiens à tenter ma chance avant !
Je sens mes joues chauffer et mon cœur s'accélérer, je ne suis pas du tout habituée à ce genre d'attention. En même temps, étant officier, j'ai plutôt tendance à faire fuir les hommes. La justice est autant respectée et aimée que crainte par les civils. Ils ne veulent pas avoir de problèmes, donc sauf s'ils ont besoin de nous, ils préfèrent rester à distance.
En dehors de Shanks, mes précédents partenaires étaient tous dans la Marine. Mais s'était pendant mes classes. J'avais besoin de… hum… d'évacuer et de décompresser même si c'était un instant. Mais il n'y avait rien de sérieux. Toutes les fois où je l'ai fait, moi comme mon partenaire étions sous les effets de l'alcool. Et puis, ce genre de chose arrivent pendant les classes. Elles peuvent se révéler difficile à vivre, on compense donc comme on peut.
-Vous n'allez pas me refuser quelque chose d'aussi simple ?
Il semble un peu attristé.
-Non bi- bien sûr ! Je… euh…
Je soupire, d'autant plus gênée par mon bégayement. Lui, il ne semble pas en être gênée, ni s'en amuser. Auquel cas, je lui en aurais fait la remarque. Son sourire ne quitte pas ses lèvres et au contraire il s'élargit même.
-Vous pouvez compter sur moi, Capitaine.
-Parfait !
-Par contre, je suis en service alors je resterais en uniforme. Vous êtes sûr que ça vous ira ?
Ou encore : comment trouver une fausse bonne excuse pour tenter de se dérober.
-Il n'y a aucun problème !
Visiblement, c'est raté. On est à Marineford, il n'y a rien de dérangeant ici à conserver son uniforme quel que soit le lieu où l'on se trouve.
-Bien, je reviens vous chercher à dix-neuf heures !
Je devine facilement à son ton qu'il est plus que ravis. Bon… je lui devais bien ça. Lorsque je me retourne, je vois que le déchargement du navire a avancé. Sur le pont, de nombreuses caisses sont entreposées et les gars sont en train de s'occuper du pointage avec l'équipe envoyée par les services de ravitaillement. Je suis rassurée de me rendre compte qu'aucun d'entre eux n'a entendu mon échange avec le Capitaine.
Je dois trouver Georges et Cassius. Lorsque je suis sur la passerelle, Cassius vient de lui-même à ma rencontre.
-Ne vous en fait pas Commandante, je suis le seul à avoir entendu votre échange avec votre collège. Les autres n'en savent rien.
Je rougie et il s'en amuse. Il a vraiment dit ça pour me rassurer ? J'en doute moi !
Le soir venu, Cylia se rend comme promis au restaurant avec son confrère. Ses compagnons, qui ne sont guère à l'aise à Marineford, passent la nuit à bord. Souhaitant être solidaire, Cylia en fait de même lors de son retour de soirée, qui était dans un cadre des plus romantique. Le lendemain matin, Georges et Cassius se rendent comme prévu à leur examen, accompagnés par Cylia.
L'attente est intenable… mais il va être midi dans dix minutes, donc c'est bientôt terminé. Le point positif, s'est que les réponses données par les candidats sont directement saisies informatiquement. Donc, les résultats sont donnés à la fin. Bien que j'ai entièrement confiance en Georges et Cassius, je ne peux pas m'empêcher d'être anxieuse…
Il est vital qu'ils réussissent cet examen.
-TIC TAC TIC…
Ce bruit me prend la tête. Le temps passe bien trop lentement et fixer l'aiguille des secondes n'aide en rien.
-TAC !
Ah ! Plus que huit minutes et s'en sera enfin finis de cette attente interminable.
-Quel plaisir de vous revoir, Commandante !
La voix masculine qui brise le calme ambiant me fait sursauter.
-Désolé, je ne voulais pas vous surprendre.
L'homme en question est le Capitaine avec lequel j'ai diné la veille. On voit à son physique que comme tout bon officier, il s'entraine régulièrement. Mais il n'est pas dans la démesure, il m'a même avoué ne pas être un homme de terrain. Il préfère une bonne stratégie à une attaque frontale. Il a ri lorsque je lui ai avoué que dans mon cas, même si je fais preuve de prudence, je suis plus partisante pour un bon combat.
Sa tenue est toujours impeccable et il porte le haut classique de l'uniforme sous son manteau d'officier. La veste n'est que légèrement entrouverte, ne permettant pas de voir la peau de son torse. Même son foulard bleu marine est parfaitement noué autour de son col. Il s'avère qu'il est réputé pour son comportement exemplaire. Contrairement à moi, car bien que j'ai réussi à obtenir de bons retours, je ne suis clairement pas un modèle en tant qu'officier…
Je me décale sur le banc sur lequel j'attends afin de lui faire comprendre qu'il peut s'assoir à mes côtés.
-Bonjour Capitaine, il n'y a pas de problème.
Un petit silence s'installe, seulement perturbé par le bruit des secondes et minutes de l'horloge.
-Je me doutais un peu que j'allais vous trouver ici.
Sans quitter des yeux le cadran indiquant l'heure, j'exprime ma surprise.
-Ah ?
-Oui, car vous êtes le genre de supérieur à s'impliquer vraiment pour ses subalternes.
-Hum…
Je ne les vois pas comme des « subalternes »… Ils sont mes compagnons et même lorsque j'ai de simples soldats sous mes ordres, je les considère avant tout comme des êtres humains. C'est sans doute la différence que j'ai avec bons nombres de mes confrères. Mais au fond, c'est aussi ce point qui m'a valu la reconnaissance d'une partie d'entre eux.
-J'espère vous revoir rapidement, Commandante. Je pense que vous n'allez pas rester bien longtemps à Marineford.
Je lui reporte mon attention et il se met alors lui aussi à me regarder droit dans les yeux.
-Vous allez repartir dès que possible, mais ça sera quand ?
-Le Vice-Amiral Garp doit soutenir une requête afin que je puisse obtenir un nouveau navire. Je pense retourner à bord pour l'attendre et je lèverais les voiles dès que j'aurais eu son aval.
Je devrais donc recevoir mon ordre de mission en même temps que sa visite. Le ravitaillement sera rapide et je pourrais quitter Marineford avec les gars. La porte de la salle d'examen s'ouvre enfin et je me lève en voyant des candidats sortir.
-Vous ne pouvez pas retarder un peu votre départ ?
Il me sort de mes pensées et son petit sourire en coin lui donne un certain charme. Je réfléchie un instant avant de lui répondre.
-Le devoir nous appelle, Capitaine. Et il est de mon devoir de rendre justice rapidement. Je ne peux pas perdre de temps. Et puis… j'hésite avant de poursuivre ma phrase, je ne le veux pas non plus.
Je dois lui faire passer le message, même si c'est de manière indirecte. Quelqu'un d'intelligent comme lui n'a aucune difficulté à comprendre. Mais au lieu de se laisser abattre, il conserve son sourire. Il réajuste simplement sa casquette, un geste traduisant malgré tout un certains mal-être.
Il se lève et se met juste devant moi, me surplombant. Il a réagi comme un homme, mais étant une femme, j'ai plus de mal à ne rien laisser paraitre. Je dirais même que c'est peine perdue, car je ressens trop de remord. Je baisse la tête, lui cachant mon visage sous ma casquette. Sa proximité me gênant brusquement, je n'arrive pas à parler d'une voie assurée.
-Je… euh… je suis désolée…
Je ne suis pas de nature méchante et ça ne joue pas franchement en ma faveur. Heureusement qu'en situation de combat, je compte sur mon instinct animal. Il dépose sa main sur mon épaule et je sursaute à ce contact. Dans la même foulée, je relève le menton et le regrette lorsque mon regard croise le sien.
-Ne vous en faites pas, Commandante, je n'ai pas dit mon dernier mot. J'aurais d'autres occasions pour réussir. J'aime le défi, votre côté inapprivoisable m'a fait d'autant plus tomber sous le charme.
Cette fois, ce n'est pas dit indirectement ! Beaucoup trop mal à l'aise, je ne tiens plus et décide de prendre la fuite. Je me retourne et dès que je vois Georges et Cassius qui m'attendent à deux pas, je m'en vais sans demander mon reste. Bien sûr, mes compagnons se mettent à me suivre automatiquement.
Le Capitaine, à qui j'ai clairement manqué de respect sur l'aspect hiérarchique, me hèle une dernière fois.
-Je vous l'ai dit, Commandante : Je suis un homme stratégique. J'utiliserais mes propres armes, celles qui seront efficaces !
-AU REVOIR CAPITAINE.
Je ne prends pas le risque qu'il en rajoute encore. Je préfère donc couper court à tout possible surenchérissement d'un ton sans appel. Malgré moi, je me retrouve à ressentir une certaine colère. Le tout mêlé à une immense gêne qui a dû rendre mon visage bien trop rouge. Il n'est pas question que je lui montre ça une seconde de plus ! Même si ça veut dire que je dois fuir. Je n'ai jamais affirmé être quelqu'un de fière.
La réaction de mon supérieur est de rire, ce qui me fait presser le pas. Lorsque nous quittons enfin le bâtiment, je ne ralenti pas d'un iota mon allure.
-Je pense que vous pouvez arrêter de fuir, Commandante. Il ne vous a pas suivi, vous savez.
Je m'arrête brusquement et je me retourne pour regarder mes compagnons. Tous deux arborent des sourires narquois. Cassius continu sur sa lancé, tandis que Georges ne dit pas un mot, le laissant faire.
-Vous ne nous avez pas même pas demandé si nous avions réussi l'examen.
-Vous avez réussi ?
Malgré moi, je parle toujours sur un ton colérique. C'est Georges qui me répond, entendre sa voix posée me calme un peu.
-Oui, bien sûr Commandante.
Je soupire, rassurée par cette bonne nouvelle. Comment ai-je pu me laisser distraire d'une chose aussi importante ? Je me trouve immature sur ce coup.
-Bon, on va fêter ça au restaurant ce midi. C'est moi qui vous invite.
En plus, ça va me permettre de me calmer un peu. Si je rentre au navire dans cet état, ils vont tous comprendre qu'il s'est passé quelque chose. Il n'est pas question qu'ils sachent quoi que ce soit !
-Ne vous y sentez pas obliger, ce test n'avait rien de compliqué.
Les examens officiels de la Marine sur la navigation du Nouveau Monde n'ont rien de « compliqués » ?! On n'a clairement pas le même niveau. Cet homme inspire le respect de bien des manières.
-Non, j'y tiens, en tant que votre officier supérieur, je m'en fais un devoir. Cet examen n'est pas réputé pour être facile, les navigateurs formés pour aller là-bas ne sont pas bien nombreux. On a de la chance de vous avoir tous les deux à bord, sinon j'aurais été dans l'obligation d'incorporer des soldats professionnels aptes dans nos effectifs.
-Dans ce cas, c'est avec plaisir que nous vous suivons, Commandante.
Cassius acquiesce lui aussi d'un geste de la tête.
-Vous présentez bien tous les deux et comme nous ne sommes que tous les trois, je vais vous amener dans un établissement réputé.
Cassius relève ce que je viens de dire et comprend que je vais en avoir pour mon argent.
-Vous savez, peu importe où vous nous amenez, nous serons honorés rien que par votre geste.
-Je partage son avis.
-Ne vous en faites pas ! J'avais envie d'y manger depuis un moment, alors c'est une excellente occasion. Et partager ça avec mes compagnons rendra l'expérience d'autant plus savoureuse. N'est-ce pas ?
Ils me sourient avant de me répondre par la positive. Nous nous rendons donc sans perdre de temps dans l'un des meilleurs établissements privés de restauration de Marineford.
Lorsque nous finissons notre repas, il est treize heures et effectivement, j'en ai eu pour mon argent. Quand il s'agit de tels « folies » les coûts sont à notre charges. Et le moindre encas, verre de vin ou dessert coûte une fortune. Mais peu m'importe dans le fond, car c'était vraiment sympa de partager ça avec eux deux et c'est une bonne manière de les féliciter.
Lorsque l'on retourne au navire, je suis bien plus calme que lorsque j'ai quitté le Capitaine. Heureusement pour moi sinon j'aurais été assaillie par les gars. Ils n'auraient pas lâché le morceau tant qu'ils n'auraient pas obtenu une vraie réponse. Ils sont plus tête de mule que des femmes parfois… et aussi plus commères ! Enfin, ça dépend desquels mais globalement, ils le sont tous plus ou moins.
Ils sont des plus joyeux lorsqu'ils entendent que Georges et Cassius ont effectivement réussi l'examen. Mais alors qu'ils sont félicités par tous à bord, je vois sur le quai le Vice-Amiral Garp qui arrive. Je descends sous les regards d'une partie des gars qui veulent suivent l'échange qui va avoir lieu.
-Alors Cylia, tes hommes ont réussi ?
-Bonjour Vice-Amiral ! Oui Monsieur, ils ont été reçus tous deux.
-Parfait ! Tiens, ton prochain ordre de mission !
J'attrape le papier qu'il me tend, je le parcours brièvement des yeux et ne peux m'empêcher de sourire en le lisant.
-Donc, ça veut dire que…
-Oui gamine, tu as ton ordre de mutation au G2. Tu dois récupérer un navire à Water Seven avant de t'y rendre. Voilà ton second ordre de mission, avec les explications sur les procédures de Marijoa.
-C'est génial !
Je saute littéralement de joie. Mais je me reprends rapidement, ne tenant pas à manquer de respect à Garp dans un tel endroit. Je me racle la gorge avant de reprendre et fais un salut militaire après l'avoir remercié comme il se doit. Je file d'un pas pressé au service de ravitaillement et dès que nous sommes prêts, nous prenons le large.
-Direction Water Seven les gars !
Les cris plein d'entrains de mes compagnons me répondent.
À suivre…
NDA : Petit point concernant la soirée de Cylia avec ses confrères Marines. Étant donné que ça n'impacte pas sur l'histoire, je ne l'ai pas raconté.
(1) Petit rappel : lorsque Cylia était avec Ace, elle n'était pas en vacances mais en service. Officiellement sous la responsabilité de Garp.
(2) Parce qu'on ne le dira jamais assez : Fumer est dangereux pour la santé, si vous avez besoin d'assistance pour arrêter, des numéros verts existent pour vous y aider (en France je le confirme du moins).
