Précédemment…

Lorsqu'elle se rend à sa base d'affectation, le G2, Cylia reçoit un ordre de mission. Forcée d'accepter, elle prépare mentalement son équipage à la bataille qui les attend prochainement. Une bataille qui risque d'impliquer l'un des quatre Empereur : Shanks le Roux.

Chapitre 91 : Danger

Les dernières nuits n'ont pas été très agréables pour moi. Mon sommeil est perturbé par des cauchemars, dès que je ferme les yeux et que je m'endors, je vois les visages sans vies de mes compagnons… de mes frères. Les remords et la profonde tristesse que je ressens me font alors pleurer et battre mon cœur de manière effréné. Je me réveille, les joues humidifiées par les larmes que j'ai réellement versées. Plusieurs fois, je me suis renseignée sur nos adversaires, demandant autant d'informations que possible sur eux. La journée, je débrief les gars sur se que j'ai appris et nous nous entrainons aussi tour à tour.

Nous finissons par arriver à proximité de notre cible. Tout le monde se tient prêt et nous redoublons de vigilance pour parer à toute éventualité. Le matin est très frais et tout en expirant, de la fumée blanche sort de nos bouches. J'ai donc mis un pantalon et une veste en plus des accessoires que je porte habituellement.

L'après-midi, voyant que c'est toujours calme, je finis par m'éclipser un moment, juste après avoir ordonné de préparer le navire et d'avoir réparti les tâches afin d'être prêt au moment de passer à l'action. Je me rends dans ma cabine, referme la porte à clé et m'allonge sur mon lit, les yeux fermés. Je commence à faire le point, songeant réellement que mon pressentiment n'est pas dû à la crainte du combat, mais par l'arrivé possible d'événements non maitrisés. La situation pourrait-elle m'échapper ? Pourquoi ? Comment éviter ça ? Comment est-ce que je dois réagir si ça arrive ? Car oui, j'en suis convaincue, quelque chose ne va pas bien se passer. Quoi ? Je ne le vois pas encore, c'est aussi pour ça que je dois prendre le temps de réfléchir à tête reposée tant que je le peux encore.

Dehors, le temps est clair, nos adversaires auront donc le temps de voir arriver. Pour se qui est de notre organisation, nous adapterons la stratégie établie. Une équipe est chargée d'utiliser les canons, les tireurs longues portés seront postés de manière à pouvoir faire feu sur les ennemis à distance et les plus forts de l'équipage sont chargés de protéger le navire autant que possible des boulets de cannons adverses. Pour ça, j'ai entièrement confiance en nos bons éléments. Les autres serons en attentes, prêts à lancer l'abordage dès que la situation le permettra.

La flotte des crochus à dans ses effectifs un tireur réputé maîtrisant le haki mais nous ne savons pas sur lequel de leur navire il se trouve actuellement. Donc, je ne dois pas prendre les devants en partant à leur rencontre sous ma forme de zoan. Il n'y a qu'un navire en face, on ne fera pas de prisonnier et nous en laisserons juste quelques-uns prévenir leurs compagnons. Ainsi, nous pourrons suivre le plan et prendre le large après avoir patienté trois jours dans le coin, le temps nécessaire pour que le reste de leur flotte nous rattrape. Dès qu'ils seront en vue, nous partirons jusqu'au point de rendez-vous, tandis qu'ils seront sur nos talons. La zone prévue est idéal pour tendre un piège. Le Shin Sekaï regorge de surprise, car là où nous allons, de très épais nuages empêchent pratiquement la lumière du soleil de nous atteindre. Sachant qu'ils penseront avoir affaire à un navire isolé, ils ne prendront surement pas le temps de bien se regrouper avant de passer à l'offensive. La stratégie est donc de détruire rapidement les navires qui arriveront sans leur laisser le temps de prévenir le reste de leur équipage qu'il s'agit d'une embuscade. En principe, nous avons peu de chance que Shanks vienne nous chercher ici, surtout sans raison.

Hum… serait-il possible que mon pressentiment-

-Toc toc toc…

Je sursaute et me redresse brusquement. Il me faut a peine une seconde pour descendre du lit et ouvrir la porte.

-Cap'taine, un navire pirate est en vue. C'est notre cible et ils viennent à nous !

-Très bien, merci d'être venu me prévenir.

-Hum !

-Je me rend sur le pont immédiatement, tu peux aller reprendre ton poste.

Il me fait un signe de la main avant de partir rapidement. Je pose ma main sur la garde du wakizashi et souffle un bon coup. La mission est déjà en cours, j'aviserai donc sur le moment selon se qui arrivera. Advienne que pourra ! Je remonte jusqu'au pont et en ouvrant la porte, un courant d'air glacial me fait frissonner un instant. Le bruit du vent siffle désagréablement dans mes oreilles. J'avance d'un pas assuré en ignorant les aléas de la météo qui aurait pu être plus capricieuse que ça. Une fois à la proue du navire, je perçois effectivement leur Joly Roger sur fond noir. Il s'agit d'une tête de mort blanche de profile avec un long nez exagérément crochu.

-On maintient notre cap, vous êtes prêt à leur botter les fesses les gars ?

Je me retourne pour me retrouver face aux gars regroupés. Je vois immédiatement l'excitation qui les habite. L'envie de combattre, de mettre sa vie en jeu et de montrer à chacun sa valeur en tant qu'homme.

-HOOOW !

Une voix parmi les autres se fait plus entendre.

-ON EST TOUJOURS PRET CAP'TAINE !

Ils continuent d'exprimer leur excitation et quelques uns lèvent leur poing en l'air pendant que d'autre sont bras dessus bras dessous. Tous sont gonflés à bloc ! Je souris devant le tableau qu'ils dépeignent, mais je ne peux m'enlever cette boule au ventre. Discrètement, je cherche Albert du regard. Lorsque je le trouve, il remarque tout de suite mon geste, lisant en moi comme dans un livre ouvert et il me fait un clin d'œil d'encouragement. Je lui souris, avant de reporter mon attention sur les gars.

-TOUT LE MONDE À SON POSTE !

Aussitôt, tous se déplacent avec empressement. Ils sont habitués puisque c'est loin d'être notre première bataille ensemble. Toutefois, l'adrénaline reste la même, qu'importe les habitudes qui sont prises.

-Capitaine, Albert parle avec calme, ils sont à ma portée.

Il attend donc mon feu vert pour ouvrir les hostilités.

-Très bien Al', fais toi plaisir et plombe en un maximum.

Un sourire sadique se dessine sur ses lèvres. Les gars sont tous à leurs poste, je recule et attends avec les hommes chargés de lancer l'abordage. Albert retire son fusil de son dos, il enlève ses lunettes de vue, charge son arme et se positionne pour faire feu.

Une détonation résonne. Puis d'autres tires suivent rapidement le premier, Albert est concentré et ne s'arrête de tirer que lorsqu'il doit recharger. Cet homme est impressionnant, par connaissance, je sais que ses coups de feu font mouches et pourtant ils sont encore loin. Il est le seul sur le navire pour le moment à pouvoir commencer à attaquer. L'une de nos forces est la variété de nos combattant. J'ai aussi réfléchi à l'aspect stratégique lorsque j'ai sorti des gars d'Impel Down, la polyvalence est un atout dans un équipage.

Quelques minutes après, un second tireur longue portée commence à ouvrir le feu. Les navires se rapprochent d'un coup beaucoup plus vite puisqu'un puissant vent nous pousse subitement vers notre opposant. Nos tireurs canardent de balle les ennemis. Lorsque les deux navires sont à la même hauteur, leurs courses s'arrêtent brusquement puisque tous deux s'entrechoquent, rendant le sol instable. Avoir le pied marin permet de ne pas perdre l'équilibre malgré ça et l'abordage est immédiatement lancé. Je suis le groupe et me joins à la bataille. Des passerelles relient les deux ponts, les hommes les utilisent et les armes blanches s'entrechoques déjà. Les bruits de la bataille couvrent tous les autres : les armes à feu hurlent pendant que les sabres se heurtent les uns aux autres. Les hommes rugissent leur soif de sang et des corps heurtent violemment le sol. Voyant que l'on a clairement le dessus, comme en témoigne le plancher adverse rougis par le sang des pirates, je ne laisse pas la folie de mon zoan mythique éclater. De la neige en quantité se met à tomber du ciel mais le blanc ne reste pas longtemps immaculé.

Dans la cacophonie dû au combat, j'entends malgré tout un matelot des crochus témoigner oralement avec indignation son amertume à notre égard.

-BORDEL ! DEPUIS QUAND LA MARINE COMBAT DE CETTE MANI- AAARG !

Beart a attaqué l'homme avec une puissante frappe dans l'estomac et du sang sort brusquement de sa bouche. La force de notre homme ours est sidérante, se prendre un coup de poing sans qu'il ne se retienne inflige des dommages fatals au corp.

-SALE OFFICIER, MEEEUURT !

Merde !

-PAN !

Je me suis déconcentrée un court instant, mais heureusement que les gars ont toujours un œil sur moi. Je remercie silencieusement l'homme qui m'a sauvé la vie et il me répond d'un sourire avant de reporter très rapidement son attention sur un pirate non loin de lui. La bataille se termine sur notre victoire, mais des échanges ont lieux encore entre deux adversaires. Un cercle humain c'est formé autour d'eux. Curieuse, je m'interroge tout de suite sur ce qu'il se passe. Je dépose donc ma main sur l'épaule de l'un de mes hommes qui se décale en me reconnaissant. D'autres font pareil, me laissant atteindre le premier rang.

-CLANG !

Je reconnais Isao et le pirate le plus primé du groupuscule que l'on a affronté. Personne n'est intervenu, bien qu'ils se livrent clairement à un combat à mort. Un seul ordre de ma part et son adversaire serait abattu, évitant tout risque à Isao. Mais quand bien même… je fais comme tous les gars, j'assiste silencieusement à ce duel. Leurs sabres se cognent avec violence l'un contre l'autre. Leurs muscles se bandent, puis les lames glissent l'une contre l'autre et chacun tente de toucher son adversaire. Mais ils sont à pieds d'égalité, aucun des deux ne se démarque.

XxxxxxX

Une demi-heure, voilà le temps qu'il s'est écoulé depuis que tous deux s'affrontent dans ces conditions. La neige ne s'est pas arrêtée, laissant le sol de bois plus glissant que jamais. Pourtant les échanges se poursuivent malgré ça. Toutefois, le sang répandu n'arrange pas non plus le terrain… et Isao glisse en arrière en plein duel.

-ISAOO !

J'ai crié son nom avant même de m'en rendre compte et tout se passe très vite, trop vite même pour qu'on puisse intervenir, ne restant que spectateur de la scène qui se joue. L'adversaire en profite, il lui lance un coup de sabre recouvert d'une couche bien noire de haki. Ils ont commencé à l'utiliser depuis un certain temps, mais faiblement. Isao ne le maitrisait pas encore parfaitement jusqu'à peu. Dans cette situation il va… !

Malgré que peu aurait parié sur sa victoire en cet instant, la réalité est différente. Dans sa chute, voyant le coup de son ennemi arriver, il a lui aussi recouvert son épée d'une couche noire de haki. Puis, contre toute attente, la lame d'Isao a coupé comme du beurre le sabre de son adversaire. Je retiens mon souffle en tant que témoin de cette scène. Il parvient à retrouver ses appuis sur ses pieds et enchaine sur un second coup, sa lame toujours recouverte de haki traverse alors son opposant. On l'entend un court moment agoniser, avant qu'il ne s'effondre sur le sol où son sang colore un peu plus la neige fraichement tombée.

Isao est essoufflé, mais il expire lentement et retire le sang de sa lame d'un geste vif avant de la rengainer. Il a tout juste le temps de faire ça que je lui saute au cou. Surpris par mon geste inattendu, il ne réagit pas tout de suite.

-Je savais que tu allais gagner, mais…

Je ne termine pas ma phrase, sentant que ma voix allait me trahir. Je cache mon visage contre le torse de mon frère.

-Ne me fais plus de peur pareille !

Il répond finalement à mon étreinte, m'aidant à calmer mes légers tremblements. C'est dû au froids… rien d'autre !

-Merci de ne pas être intervenue, Capitaine.

-Hey, intervient la voix d'un compagnon, Isao !

Je ne bouge toujours pas, profitant un court moment encore de cet instant.

-Fais gaffe, notre mère poule a le cœur fragile ! Ménage-la, hein !

Je me décale, n'appréciant pas d'être charriée.

-JE N'AI PAS LE CŒUR FRAGILE !

-Ooooh… comme c'est meugnon, la Cap'taine veut faire la dure.

Non mais il est en train de se foutre de ma gueule là ? Je ne rêve pas ?!

-Tu sais quoi, j'ai besoin d'un coup de main avec ma paperasse… tu vas m'aider.

-Quoi ?! Naaaaann !

Les autres se moque de lui.

-Si ! C'est un ordre. Je me retourne vers Isao, bravo, je suis fière de toi. En tant qu'officier supérieur et surtout en tant que sœur. Je lève un bras bien haut, pour Isao : HIP HIP HIP !

-HOUURAAA !

Je leur laisse quelques minutes pour profiter de cette petite victoire. Mais rapidement, je les rappelle à l'ordre.

-Aller, au boulot les gars. Récupérez se qui peut être utile, le reste laissez-le sur place. Mettez le feu au navire et on s'en va sur l'île la plus proche comme prévu, on attendra que le reste de leur flotte nous prenne en chasse.


Trois jours plus tard…

-CAPITAINE !

Quelqu'un entre dans ma cabine, dont la porte était restée ouverte. Je déplace mon regard du rapport déposé sur mon bureau à mon homme dont l'agitation m'informe déjà de se qu'il va me dire.

-UNE PARTIE DE LA FLOTTE DES CROCHUS EST EN VUE !

-Calmes toi, il y a combien de navire ?

-Il y en a six !

Six navires et leur flotte en est composée de quinze. Les infos et l'enquête à leur sujet ne laisse place à aucun doute, ce détachement nous a pris en chasse mais il est sans le moindre doute suivi par le reste de la flotte.

-On va suivre les ordres et faire reprendre les opérations. On quitte cette île, mettez le cap sur la zone C, celle du rendez-vous. On doit absolument garder une bonne distance entre eux et nous. Je me lève, faisant grincer la chaise sur le parquet. Fais passez le message aux autres !

-Roger !

Il repart en courant. Je me tourne rapidement et j'ouvre l'un des placards de ma cabine pour récupérer ma casquette ainsi que mon manteau d'officier de la Marine. Je coiffe ma tête de la casquette portant l'étendard de la Marine tout en avançant d'un pas rapide dans le couloir. Lorsque j'ouvre la porte à l'extrémité, je me retrouve sur le pont. Le vent souffle fort et le navire est déjà en mouvement. D'un geste sec et ample, je dépose mon manteau sur mes épaules, me parant alors avec le kanji « Justice ». Mon arrivée est tout de suite remarquée par les gars qui font déjà le nécessaire pour que nous suivions le plan comme prévu. Nous avons tout anticipé et ils savent se qu'ils ont à faire. Je me rends à la poupe du navire pour m'assurer par mes propres yeux les dires qui m'ont été rapportés. Je confirme alors qu'il y a bien six navires à nos trousses.

Le ciel est paré de nuages grisâtres, rendant la lumière du soleil plus atténuée qu'elle ne le devrait en ce début d'après-midi. Le vent est faible donc l'avancé de notre navire n'est pas bonne, même si nos poursuivant rencontre logiquement le même problème que nous, ils avancent plus vite. Leurs navires sont plus grands que le nôtre et leurs voiles leur permettent donc d'avancer plus rapidement que nous. S'ils ont de bons tireurs, ils pourraient nous canarder avant que l'on atteigne le lieu d'embuscade.

-Tssk…

Plongée dans mes réflexions, je me coupe du reste des personnes présentent sur le pont.

-Qu'est-ce qu'il y a Cylia ?

-AAH !

Je fusille du regard Albert qui m'a fait méchamment sursauter. Bien évidemment, il n'a aucun remord et ma réaction n'a pour seul effet que de le faire discrètement rire. Il fini par toussoter faiblement pour faire taire son rire et prend la parole, toujours d'une voix calme et peu forte.

-Tu ne devrais pas te faire autant de mouron. Il pose sa main sur mon épaule, n'oublies pas que je suis là pour toi. Et eux…

Il pointe son pouce vers l'arrière, par-dessus son épaule.

-Ils t'ont toi, je sais très bien que rien ne peut leur arriver avec une mère poule pareille comme Capitaine.

-Hum…

Je m'adosse au bastingage tout en gardant le silence. Albert le respecte et m'observe toujours avec attention de ses yeux plissés sous ses lunettes. Je fini par lui parler à cœur ouvert, sur le ton de la confidence.

-Je les protégerais quoi qu'il arrive, Albert. Ils sont ma priorité.

-Je le sais bien. Fais toi confiance et suis ton instinct, moi je te protègerais toi.

Je lui fais un petit sourire, l'esprit de nouveau calme grâce à ce court échange.

-Merci.

Il me retourne mon sourire.

-Je t'en prie, c'est normal.

Je ferme les yeux et respire un bon coup. À partir de maintenant, tout va s'enchainer rapidement. Les heures qui suivront seront mouvementées et riches en action. Lorsque je rouvre mes paupières, c'est avec une résolution nouvelle. J'avance vers l'avant du navire d'un pas déterminé et je sens les regards des gars se poser sur moi. En cet instant, je n'ai pas le droit de fléchir ne serait-ce qu'un peu. En tant qu'officier les commandants, je dois inspirer la confiance et neutraliser les doutes qui pourraient s'immiscer en eux.

-JE M'OCCUPE DE FAIRE AVANCER LE NAVIRE, PREPAREZ-LE POUR MES MANŒUVRES !

Je n'ai pas besoin de donner les tâches qu'ils ont à faire en détail, ils savent quoi faire et agissent en conséquence. Je n'attends pas et utilise mon fruit du démon pour prendre la forme de mon zoan. Je déplie mes ailes et donne une puissante impulsion afin de décoller. Je fais alors le tour du navire et crée plusieurs liens, se manifestant en formant de chaines dorées sans forme physique. Lorsque j'en ai fait suffisamment, je passe devant le navire et commence à l'attirer vers moi, il prend donc en vitesse, nous permettant alors d'éviter que nos poursuivant nous rattrapent.


Il nous faut trois heures pour atteindre le point de rendez-vous, la météo a tourné et des pluies torrentielles s'abattent sur nous. La pluie tombe en goute démesurées, ce qui m'alourdie et le vent soufflant fort ne m'aide pas non plus. Ça fait un temps fou que je lutte pour ne pas me déporter… Je n'ai pas l'esprit tranquille avec cette météo, les tempêtes peuvent vite faire tourner une situation au vinaigre dans le Shin Sekaï… elles sont dangereuses. Ce n'en est pas une, mais on n'en est pas loin...

Dans le secteur où nous nous trouvons, d'énormes nuages noirs obstrues les rayons du soleil. Il fait effectivement presque nuit en plein après-midi et la visibilité est donc très mauvaise, exactement comme s'était indiqué dans le dossier de renseignement... Cet endroit est en effet idéal pour une embuscade. Bien que nous ne les voyons pas, je n'ai sans doute pas mis assez de distance entre nous et les navires ennemis. Comme prévu dans le plan, ils se ferons canarder par les navires de la Marines tapis dans l'obscurité de cet endroit. J'arrête ma course et freine celle du navire, pris d'élan. Je reprends forme humaine une fois sur le pont et tente de reprendre mon souffle. Je manque d'air et j'ai besoin de temps avant d'arriver à reprendre une respiration plus calme. Je suis accroupie, les mains appuyées sur les genoux et le front perlant de sueur. Je reste ainsi pendant se qui me semblent être plusieurs minutes, mais je fini par me redresser quand mes poumons, mes muscles et mon estomac me le permettent enfin. Je remarque que les gars semblent avoir à me parler, ils attendaient que je sois en état pour les écouter.

-Capitaine !

C'est le seul officier présent sur le navire, en dehors de moi, qui prend la parole. Je vois bien qu'il a une question à poser.

-Oui ?

-Nous n'avons reçu aucun contact de la flotte qui devrait être présente ! Est-ce… normal ?

Quoi ?

-Vous avez tenter une procédure C2 ?

-Oui Capitaine, ça n'a rien donné…

-C'est impossible… s'il y a des navires de la Marine à proximités, on les aurait forcément en ligne !

Je tilt sur se que je viens de dire « S'IL y a des navires de la Marine». Un silence s'installe sur le pont. Ils n'auraient pas osé… si ?

-PAF !

Le bruit d'un corps tombant lourdement sur le sol nous fait tous sursauter. Tout le monde se retourne et on remarque que l'un des notre s'est fait mortellement toucher par une balle. Je cri pour me faire entendre, pousser par un puissant désir de protéger l'équipage.

-TOUT LE MONDE À COUVERT !

Punaise, ils sont déjà si prêts ?! C'est mort, nous ne pourrons pas éviter la confrontation ! On va devoir affronter seul les six premiers navires…

Dans un mouvement de masse, nous nous sommes planqués comme nous pouvions pour ne pas nous faire tirer comme des canards.

-CAP'TAINE, ON A VOT' FEU VERT ?

Sous cette pluie torrentielle, nous sommes obligés d'user des cordes vocales pour se faire entendre à distance.

-EVIDEMMENT ! MASSACREZ-LES !

-PAN !

Aussitôt dit, aussitôt fait… je devine immédiatement l'identité de celui qui vient d'ouvrir le feu par des conditions pareilles.

-NAVIRES ENNEMIS EN VUE À BABORD !

Quoi ? Ils n'auraient pas dû arriver par derrière ?!

Lorsque je porte mon regard dans la direction indiqué, mon cœur ratte un battement.

-ALERTE ! LES BOULETS DE CANNONS !

-JE M'EN OCCUPE !

Il s'écoule juste une seconde avant que le bruit de boulet de canon tirés retentisse.

-BOOUUUM !

-PAAN !

-PREPAREZ-VOUS À L'ABORDAGE ! MONTREZ-LEUR DE QUEL BOIS ON SE CHAUFFE BORDEL ! JE VEUX VOIR LEUR SANG GICLER !

-HOOOOO !


Deux heures après…

-Quel est le rapport des dégâts ?

C'est le second officier du navire qui répond à ma question.

-Dix morts, quinze blessés dont cinq dans un état grave. La coque du navire a été touchée, une équipe composée de cinq hommes valides est en train de colmater les fuites, mais on prend l'eau Capitaine…

Ça n'a rien d'une victoire. Moi compris, on est actuellement quinze en état de se battre. De ce que j'ai vu pendant la bataille, Isao n'est plus en état. Il ne fait pas partie de ceux qui sont en danger de mort, mais… il doit se reposer. Après Albert, qui lui est toujours valide, il est notre meilleur combattant. On a affronté six navires adverses, on s'en sort de justesse avec des morts et des blessés sur les bras. Je ne parle même pas de l'état de notre navire qui prend l'eau alors qu'une tempête pourrait bien pointer le bout de son nez. Comment pourrions-nous nous en sortir alors qu'il reste huit navires ennemis à combattre ?! Mon mauvais pressentiment s'est avéré justifié, mais j'aurais vraiment préféré le contraire.

-Vous allez tous quitter le navire pour en prendre un de ces pirates, sauf Albert qui reste avec moi. Partez en direction du G2, comme tu es le seul officier du navire avec moi, le commandement des gars te revient en mon absence. Je te les confis…

Il reste bouche bée, ne sachant pas quoi me répondre. Par contre, j'entends rapidement des indignations autour de moi.

-VOUS COMPTEZ FAIRE QUOI CAP'TAINE ?!

-PAS QUESTION D'VOUS LAISSEZ SEULE !

-OUAIS, ON RESTE VEC' VOUS !

-ON VA LES ECLATTER SES SALES FI-

J'interviens avant qu'ils n'aient le temps d'en dire plus. On n'a pas de temps à perdre… je dois ABSOLUMENT les protéger. Je refuse d'avoir plus de morts !

-STOOP ! SILENCE !

Aussitôt, il n'y a plus une seule parole prononcée sur le pont.

-Allez chercher les gars qui réparent le navire.

Mon ordre est exécuté, j'attends alors que tous soient réunis pour parler.

-Vous allez tous prendre le plus petit des navires ennemis.

C'est le seul qui n'a pas été touché par nos cannons…

-CAP-

-SILENCE !

Cette fois, je serais intransigeante, même si ce n'est pas dans mes habitudes. Ils doivent retrouver leur liberté quel qu'en soit le prix, pour ensuite retrouver les leurs en un seul morceau. Je refuse qu'ils meurent, je ne le permettrais pas ! Il y a trop de mort déjà, beaucoup trop ! Tout ça à cause de ma stupidité…

-Vous allez mettre le cap sur le G2, contactez-les dès que vous serez à portée des lignes et demandez des renforts en expliquant la situation. Prenez soin des blessés et partez sans vous retourner. Je vais attirer nos ennemis dans une autre direction pour vous faire gagner du temps. Seul Albert m'accompagnera, je n'accepterais personne d'autre. Est-ce bien clair ?

-MAIS- !

-C'EST UN ORDRE DIRECTE DE L'OFFICIER VOUS COMMANDANT ! JE NE TOLERERAIS AUCUNE OBJECTION, ALORS EXECUTEZ MES ORDRES SANS PERDRE DE TEMPS !

Je les vois serrez les poings. Je ne suis pas du genre à leur parler comme ça. Je ne le fais jamais, c'est la première fois, mais je n'avais pas le choix. En silence, je les vois se mettre en action pour faire se que j'ai exigé d'eux. Je dépose ma main sur l'épaule de l'homme à qui je laisse le commandement en mon absence. Je me rapproche au plus près de lui et lui parle de manière à se que lui seul m'entende.

-Ils n'enverront personne, je le sais. Je compte sur toi pour prendre les mesures nécessaires pour qu'ils poursuivent leur devoir jusqu'à se qu'ils retrouvent leur liberté.

-C'est à vous de faire ça, Capitaine…

-S'il te plait, promets-moi de me rendre ce service.

On ne pourra pas les vaincre c'est sûr, même si Albert et moi leur livrons bataille. Je ne sais pas si je m'en sortirais, mais j'ai conscience qu'en tant qu'utilisatrice de zoan mythique, je n'ai aucune chance de ressortir libre d'une défaite contre des pirates. J'aurais aimé savoir Albert avec eux, pour les protéger et pour le défendre face à se qui nous attends. Mais résonner cette vieille tête de mule est peine perdu… il fera se qu'il lui chantera quoi que j'en dise. Alors autant ne pas m'opposer à sa volonté, je n'ai pas la force pour objecter. Après avoir pris un moment pour réfléchir, je remarque que je vais avoir une réponse à ma demande.

-Entendu, il soupire, je le promets.

Quelques minutes après, ils prennent le large comme je leur ai ordonné. Je suis maintenant uniquement avec Albert et notre navire me semble bien vide.

-Ils sont là, Capitaine. Il pointe une direction du doigt, je ne vois rien. À une demie heure de notre position je dirais.

-Très bien, merci. J'espère qu'ils ne vont pas me tirer à vue…

-Aucune chance, je ne connais pas un seul pirate qui jetterais à l'eau une carte menant à un trésor (1). Vous valez bien trop chère en tant qu'utilisatrice de zoan mythique, si vous tombez à l'eau vous vous noierez… ils ne feront pas une chose aussi stupide.

-Très bien, tu me rassures un peu. Avec cette météo et ma condition physique actuelle, je ne sais pas combien de temps je pourrais tenir. Alors on va les amener sur l'île de tout à l'heure et faire de notre mieux une fois sur place.

Je prends la forme de mon zoan aussitôt ai-je fini ma phrase. Je prends mon envole et crée quelques liens avec le navire, j'espère qu'ils ont eu le temps de colmater les brèches et qu'il ne prend plus l'eau… Enfin, on verra bien… mais maintenant que j'y repense, mon instinct ne m'avait pas trompé. Cette fois, je ne pense pas avoir les moyens de me sortir de ce guêpier…

À suivre…


(1) « (…) je ne connais pas un seul pirate qui jetterais à l'eau une carte menant à un trésor. » : Il y a Baggy ! *rires*