Je préfère autant prévenir avant, attendez-vous à de l'émotion dans ce chapitre.

XxxxX

Précédemment…

Cylia et son équipage suivent un plan ordonné par le QG de la Marine. Au début, tout se passe bien mais lorsqu'ils arrivent au lieu prévu pour l'embuscade de leurs poursuivants, il n'y a personne… Sans autre possibilité, l'équipage doit affronter une partie de la flotte des Crochus sans aucune assistance.

Ils s'en sortent, non sans peine. Les dégâts sont conséquents : leur navire prend l'eau, plusieurs hommes sont blessés et dix sont mort. Isao, qui est le meilleur bretteur de l'équipage, fait parti des nombreux blessés. La suite du plan se présente très mal… Cylia prend donc une décision : elle jouera les appâts, accompagnée par Albert, pendant que ses hommes prendront la fuite grâce à l'un des navires ennemis non endommagé.

Chapitre 92 : La haine

Malgré la pluie battante, la fatigue des combats et l'épuisement qui m'accable, je continue avec acharnement à faire avancer notre navire grâce à mon fruit du démon. Albert est à bord, faisant de son mieux pour colmater les fuites restantes. Bien que nous soyons sortis de la zone anormalement sombre, la luminosité reste très basse. Les nuages massifs d'un gris très foncés parant le ciel d'un épais manteau n'y sont certainement pas pour rien. L'averse me brouille la vue, m'obligeant à me reposer sur les instincts aviaires pour me diriger vers l'île que je sais n'être pas bien loin.

La pluie agressive m'alourdie et mon fardeau ne m'aide pas non plus mais je ne peux pas l'abandonner… sinon nos adversaires traqueraient tous les navires environnants, à défaut de nous trouver. Le vent siffle et me pousse sur le côté, m'obligeant à lutter contre lui pour ne pas trop m'éloigner de ma trajectoire. Plus bas, les eaux tumultueuses me promettent une mort certaine si je me relâche. Mon cœur bat à tout rompre. Est-ce l'épuisement ou l'appréhension de la bataille perdue d'avance qui fait pulser aussi violement mon sang dans mes veines ? Albert m'accompagne, mais en pensant à ce qui nous attends, j'ai peur. Oui, j'ai peur… peur qu'il lui arrive quelque chose. Peur de ne pas avoir les compétences nécessaires pour le protéger. Ç'est plus l'inverse qui risque de se produire… et cette pensée, bien qu'un peu rassurante car je sais qu'il est un combattant très fort, m'inquiète au plus haut point.

Dans un combat, les vainqueurs exigent toujours quelque chose de ceux qu'ils ont vaincu. C'est ainsi que ça marche depuis toujours, que ce soit sur terre ou en mer, entre des pirates ou non… Cette règle est universelle. Quand je vaincs en tant qu'officier, je prends la vie de mes adversaires. Mes collègues prennent la liberté des pirates qui sont alors mis aux arrêts. Ils finissent leur vie derrière les barreaux d'une prison… Je ne sais pas quel sort m'attend, en tant qu'utilisatrice de zoan mythique j'ai conscience d'avoir une trop grande valeur pour être simplement tuée. Mais finir comme la prisonnière d'une flotte pirate n'est pas un sort enviable à la mort. Albert par contre…

Je ferme les yeux, visualisant une scène qui fait frissonner tout mon être de crainte. Pourquoi cette vieille tête de mule n'a-t-elle pas voulu partir avec les gars ?! Mon corps me semble tellement lourd… Je n'aurais pas dû fermer les paupières car je n'ai plus envie de les rouvrir. Une partie de moi souhaite que je me laisse aller et que j'arrête de lutter de toutes mes maigres forces contre les aléas de la météo et du destin. Pourtant, ma raison et mon instinct de survie garde encore le dessus, me poussant à continuer d'avancer.

-BOOOUUUUM ! BOUUM !

-PLOUF ! PLOUUF !

Je sursaute en reconnaissant le bruit des boulets de canon qui ont fini heureusement à l'eau. J'augmente le battement de mes ailes, pousser par l'adrénaline qui me fait oublier les hurlements de mes muscles épuisés. Je renforce l'intensité du lien entre moi et le navire, le faisant sans aucun doute briller encore plus vivement de sa couleur dorée. Je sens que l'on prend de la vitesse, d'autres boulets de cannons sont tirés et en regardant brièvement autour de moi mon cœur a un raté. Tous les navires restant des Crochus sont regroupés en une flotte composée de huit navires de guerre.

Je continue de me donner à corps perdu pour nous faire atteindre l'île inhabitée où nous avions stationnée quelques jours plutôt. Mes poumons me brûlent, l'oxygène me manque et mes muscles s'engourdissent mais je ne m'écoute pas car l'île se dessine enfin dans mon champ de vision. Je ne ralentie pas encore l'allure afin de ne pas être à portée des coups de canons de notre ennemi. J'attends d'être proches des cotes pour le faire, usant de mes dernières forces pour tracter le navire sur le sable. Je n'ai pas vraiment envie de le voir couler et je ne sais pas si Al' a eu le temps de finir de colmater toutes les fuites.

Dès que je sais que notre navire ne coulera pas, je reprends brusquement forme humaine. Je me sens alors tomber de haut, mes paupières sont closes et mon corps n'a plus l'adrénaline me permettant de bouger. Par contre, aucune douleur ne vient, pourquoi ?

-Hey…

Une voix me semblant lointaine m'atteint. Qui… est-ce ?

-Réveilles-toi !

Elle me semble… familière. Elle n'est pas loin et la personne qui me parle est toute proche.

-HEY !

-Aaah !

Je me redresse brusquement et je sens deux bras me porter. C'est Albert, il nous conduit dans la forêt en courant.

-Ne t'en fais pas, tu pèses le poids d'une plume. Profites-en pour te refaire un peu de force, nos adversaires ne t'en laisseront plus le temps et ils devraient arriver d'une minute à l'autre.

-Hum… d'accord Al'… Dis ?

Sans s'arrêter de courir, il descend son regard sur moi. Il n'a plus ses lunettes de vue sur les yeux et son arme dépasse de son dos où elle est attachée.

-Tu as peur de mourir ?

Ma question ne le surprend pas. Par contre, sa réaction me déstabilise un moment. Il me répond avec un sourire aux lèvres.

-Non.

-Pourquoi ?

-Parce que j'ai pu reprendre la mer après avoir perdu toutes ses années à Impel Down. Je ne suis pas un jeunot, j'ai vécu pas mal de choses… mais tu sais quoi ?

Je l'écoute avec toute l'attention qui m'est permise de fournir en ce moment. Souhaitant savoir se qu'il va dire, je l'incite à poursuivre en lui répondant.

-Non ?

-Le temps passé avec toi et les gars, toutes les opportunités que tu nous m'as offerte, tu n'as pas idée à quel point ça me rend heureux. Alors même la mort ne peut pas me retirer la satisfaction que je ressens grâce à toi ! Qu'elle vienne donc si elle veut ma peau, elle ne me fait pas peur !

Pris par l'impulsion du moment, je me redresse un peu et toujours en étant portée par lui, je le serre dans mes bras et enfoui ma tête dans son cou. Je sens que mon geste le surprend car il se tend, mais malgré tout il se laisse faire sans rechigner. Mine de rien, il a aussi un souffle de fou… il court toujours et n'est même pas un chouia essoufflé.

-Bah dites donc, quel élan d'affection !

Je décale ma tête, la gardant très proche de la sienne.

-Tu sais quoi ?

Je reprends les mêmes mots qu'il vient d'utiliser plus tôt, jouant alors un peu avec lui. Je sens une lueur interrogative briller dans ses yeux gris.

-Nan ?

J'approche mes lèvres de sa joue et y dépose un baisé.

-Je t'aime ! (1)

Je vois son visage devenir rouge et il manque de peu de trébucher mais se reprend rapidement. Il me porte un regard plein de reproche, non sans conserver une teinte légèrement rougie sur ses joues où une barbe naissante grisâtre parsème sa peau.

-Hey ! Tu as failli nous faire tomber !

Il regarde de nouveau face à lui. Il reprend alors la parole et un petit sourire moqueur se dessine sur ses lèvres.

-En plus, votre amant Phoenix n'apprécierait pas de vous entendre me dire ça.

-Qu- !

-Comment je sais que vous avez déjà conclu ? Hum, tu sais, le haki de l'observation permet d'entendre même des chuchotements dans le creux des oreilles.

Cette fois-ci, c'est à mon tour d'être très gênée.

-Capitaine…

Je reprends tout de suite mon sérieux.

-Ils ont déjà accosté et il y en a sur nos traces.

-Tu nous emmènes où ?

-À un point qui me permettra de les tirer comme des lapins.

Je réfléchie un moment avant de lui répondre.

-Très bien, je compte sur toi. Tu sais déjà où tu vas, lorsqu'ils seront trop proches de toi, je te couvrirais pour te faire gagner du temps pour que tu puisses les canarder.

Il ne répond pas tout de suite et la pluie continue de tomber sans relâche. Même les arbres ne nous protègent pas du déluge qui descend du ciel.

-Entendu.

Nous finissons par arriver au pied de la paroi d'une montagne rocheuse très abrupte. Face à elle, il y a la forêt avec de nombreux arbres. Je sais déjà que même en se cachant derrière les troncs, ils n'échapperont pas aux balles couvertes de haki d'Albert.

-Je vais m'avancer un peu.

-Ok, je vais me positionner. Soit prudente…

-Toi aussi.

Je cours pour me placer plus en avant. Je n'ai pas à attendre bien longtemps pour entendre les premiers bruissements des pas de nos poursuivants. Je touche la garde du Wakizashi, comprenant aux bruits qu'ils sont nombreux.

-PAN !

Le premier coup d'Albert est très vite suivi d'autre et des cris hargneux me parviennent. Je ne me laisse pas refroidir, je dois le protéger et lui faire gagner le maximum de temps. Il tire plusieurs salves de balles, ne s'arrêtant qu'à de très brefs moments, sans doute pour recharger son arme. Mais bien que je sache que ses coups font mouches, les adversaires sont trop nombreux. Les premiers pirates de l'équipage des Crochus arrive rapidement à mon niveau, je n'hésite pas et les attaques en première. Je me retrouve assaillit par leur nombre. Malgré ma fatigue, je combats avec rage et férocité, usant sans retenu de ma forme hybride pour les projeter. J'utilise mes serres pour déchiqueter les chaires et je dégaine même parfois le wakizashi lorsque l'un de mes bras n'est pas sous la forme de l'aile de mon zoan.

J'entends des coups d'arme à feu venant non pas d'Albert mais d'en face. Je ne comprends pas car je suis entouré par leurs compagnons, ce n'est donc pas moi qu'ils visent. Albert continu de tirer, je le sais aux corps qui tombent sur le sol sans que je n'en sois à l'origine. Avec le temps, je fini par arriver à trouver l'individu à l'origine des coups de feu. Ce n'est autre que le Capitaine des Crochus, je le sais car j'ai vu sa tête dans le dossier de renseignement sur l'équipage. Il ne s'arrête pas de tirer et je tilt enfin sur ce qu'il fait. Il y a moins de morts causés par Albert qu'au début. Ce gars… contre les coups puissant et précis d'Al' ! C'est surhumain... Je me suis un peu laissée déconcentrer et je n'arrive pas à éviter correctement un coup de sabre qui m'entaille la cuisse.

-SUIVEZ BIEN LES ORDRES ET NE LA TUEZ PAS !

C'est lui qui vient de crier à ses hommes, sans détourner le regard ou arrêter de tirer.

-J'M'OCCUPE D'SON CAS !

Un homme avec une forte carrure, vêtu à la manière un gladiateur, s'approche de moi rapidement. Il porte un filet et il a des épées courtes à sa taille. Il n'est naturellement pas seul, d'autres de ses compagnons suivent son mouvement et m'attaquent. J'évite de justesse un coup de sabre recouvert de haki. Je n'arrive pas à me débarrasser de ce sabreur, je ne fais qu'éviter ses coups et encore… ce n'est pas tout à fait vrai.

J'évite de justesse le filet qu'il me lance et l'attrape pour tenter de le lui soustraire. Mais la surprise me gagne en le touchant… mes forces me quittes. C'est fait en granite marin !

-PFF HA HA HA ! Vous n'êtes pas les seuls à disposer de granite marin, Marine !

Je l'ai relâché aussitôt et esquivé un autre coup de sabre de justesse. Par contre, ma jambe douloureuse ne supporte pas mon poids et je tombe par terre. Une balle tirée juste à côté de moi fait reculer mes adversaires. Je me redresse mais remarque avec agitation qu'un grand nombre d'entre eux m'ont dépassé. J'attrape par mes serres l'un des pirates et le jette sur l'homme gladiateur. Plutôt que de l'éviter, il attrape son compagnon. Je profite de cette distraction pour prendre ma forme de zoan et m'envoler. Je pourrais fuir, mais mon intention n'est pas là. Déjà, je manque de force et je m'inquiète avant tout pour Albert !

Je fonce sur lui en le voyant combattre des hommes au corps à corps avec son fusil pour contrer les coups de ses adversaires. Lorsque j'arrive proche de lui, je le vois recevoir une balle dans le ventre. Je reprends forme humaine et cri de désespoir à cette vue.

-AALLBEERT !

Mon atterrissage brusque me fait plier de douleur à cause de ma jambe. Des hommes me clous alors au sol et l'un d'entre eux me plante son arme dans la cuisse.

-AAARRG !

La douleur irradie dans tout mon corps. J'entends la voix de l'un des hommes, pleine d'aversion.

-On est loin d'en avoir fini avec toi, l'officier…

Je bouge un peu la tête afin de pouvoir regarder Albert. Il a la tête basse et ferme les yeux, mais je vois qu'il respire encore. Il se tient le ventre avec ses deux mains et de part et d'autre il a des armes braquées sur lui. On me force à mettre mes mains au-dessus de ma tête, lorsque je comprends ce qu'ils ont l'intention de faire, j'ouvre la bouche pour protester mais ils plaquent mon visage au sol et clouent une lame dans mes mains, la plantant dans la terre. Une violente douleur me traverse et mon cri est contenu dans ma gorge. Je respire vivement, j'ai mal partout mais je m'inquiète avant tout pour mon frère. Est-ce qu'il va s'en sortir ? Il a besoin d'un médecin ! Je décale mon visage du sol pour pouvoir leur parler. Je ne vois que les pieds d'une personne se tenant debout à côté de moi.

-Un médecin… je vous en supplie, laissez un médecin le soigner… Je… ferais ce que vous voulez…

La personne s'accroupie, puis m'attrape les cheveux et me les tire pour me faire soulever la tête. Le poignard planté dans mes mains me fait alors affreusement mal. Mon regard est rivé sur Albert, qui semble mourir lentement.

-Tu crois que je vais avoir de la pitié pour vous… ? Tu te trompes grandement, vous nous avez attaqué et tué pas mal de nos compagnons. Il approche sa bouche de mon oreille, la seule raison pour laquelle j'ai ordonné que tu sois gardée en vie est que tu peux nous rapporter un max… On va te revendre sur le marché noir après t'avoir brisé suffisamment pour que tu oubli jusqu'à ta condition d'être humain. Je ferais le nécessaire pour nous protéger de la colère du Yonkou que tu te tape…

-Capitaine, hèle un autre homme, v'voulez pas que je lui mette mon filet d'ssus pour éviter qu'elle utilise son fruit du démon ?

-Nan c'est bon, elle était déjà à bout de force ça se voyait. Elle ne pourra rien faire d'autre que d'hurler ou se lamenter… je préfère autant qu'elle est la force de le faire. Tuez-le !

-NAAAAAAAAANN !

Un pistolet est pointé sur la tempe d'Albert. Il relève alors la tête pour me faire un sourire rayonnant.

-PAN !

Le temps semble se figer lorsque je vois son sang éclabousser le sol et Albert tomber lourdement sur le côté. La tristesse m'accable, mon impuissance me dégoûte de moi-même et de mon corps inutile. Mon esprit se perd dans les limbes du désespoir. Ma conscience se pare lentement d'un voile noir. Une haine puissante, écrasante, dominante, s'empare de mon être. Les instincts sauvages jaillissent violemment en moi, l'un d'entre eux prenant le contrôle : Celui de TUER.

-Créatures révulsantes…

-Quoi… ? L'homme a un hoquet de stupeur, hey hey ! Il se redresse brusquement et recule d'un pas. C'est… pas humain ce truc !

Subitement, mon corps prend la forme de l'Alicanto et les armes plantées sont éjectées. Un hurlement puissant est poussé, laissant éclater mes pulsions sauvages assassines. La seconde suivante, les deux humains proches sont déchiquetés. Le sang gicle sur mes plûmes dorées et la pluie s'abattant sur tout le monde ne suffit pas à laver le sol souillé. Un autre cri, puis mon corps se meut tout seul, contrôlé par des instincts inhumains.

La minute qui suit, nombre d'humains proches sont massacrés. L'animal ressent le danger lorsque ceux encore en vie dégaines, dont plusieurs armes à feu qui me sont braquées dessus.

J'ai peur.

L'instinct de survie du zoan mythique réagit, surgissant avec virulence et faisant le nécessaire pour ne pas mourir. Les coups partent mais ils ne parviennent pas à traverser mon corps... Ayant raté leur chance, plusieurs autres sont sauvagement tués par mes serres et mon bec. Lorsqu'il n'y a plus rien qui bouge, un nouveau cri, encore plus furieux que les autres, s'élève.

Je vais massacrer ses humains…

Les blessures sont ignorées et les ailes sont déployées. De puissants coups me propulsent dans les airs, je vois les navires des humains amarrés et me dirige alors vers eux. Lorsque j'approche, des coups de feu sont tirés, mais cette fois-ci encore la volonté de survivre du zoan écrase le reste, faisant recouvrir d'un manteau noir mes plûmes normalement dorées. Lorsque j'arrive sur le pont, une danse macabre prend place. Le rouge domine rapidement et tant qu'il y a une seule once de vie humaine… ça continuera.

Les hommes sont déchiquetés les uns après les autres. Lorsqu'il y en a qui fuit et s'ils sont repérés, ils subissent eux aussi le même sort que leurs congénères. Quand il n'y a plus d'humains, la fureur, la douleur, la colère perdurent encore. Alors les mats des navires, sur lequel trônes le Joly Roger des Crochus, est pris en cible. Le bois et les toiles noires des voiles subissent ma folie qui semble inarrêtable. Le ciel continu de pleurer et un nouveau cri déchirant est poussé. Le zoan mythique est toujours déchainé, rien ne semble pouvoir stopper sa crise, pas même le temps qui s'écoule…


Une nuit est passée, durant laquelle le ciel c'est découvert. Pendant tout ce temps, la rage tapie en moi ne s'est pas calmée. Les navires ont subi cette colère, lorsque l'un fini par sombrer dans les eaux, je passe au suivant. Le soleil levé depuis peu permet de voir correctement et un navire apparait non loin de moi.

Les humains sont des menaces. Ils doivent donc mourir.

Cette phrase raisonne en boucle dans mon esprit, comme une logique naturelle s'imposant à moi. Les humains sont la source du mal qui m'accable. Cette souffrance… cette douleur… cette haine, c'est… insupportable ! Un hurlement passe la barrière de mon bec. Mon cœur est si douloureux…

J'ai si mal… à l'aide…

Mes poumons se vident, je les rempli d'air rapidement et reprend mon cri. Mes cordes vocales sont poussées à leur limite, mais la douleur m'irradiant de l'intérieur est bien plus terrible. L'image d'Albert se faisant tirer dessus écrase mon âme.

Les humains sont à l'origine de mon mal. Ils doivent mourir.

La logique animale prend encore le pas, alors… les ailes sont déployées et quelques battements me permettent de prendre la direction du navire qui continu de s'approcher. Mon regard se pose dessus mais ma conscience, disparue, me fait ignorer la tête de mort aux trois cicatrices agrémentées de deux sabres entrecroisés derrière. Une… aura ? Effrayante entoure le navire, mais la haine surpasse cette envie de le fuir. Je me dépose sur le pont sans douceur, mes pattes soutenant avec difficulté mon corps. Mon esprit est complètement embué par la haine… Mais malgré tout, la fatigue physique et l'atmosphère effrayante me fige sur place.

-Eh bien… quelle soif de sang, Cylia !

Un humain se démarque des autres, je… le connais ? Mais il est l'une de ses créatures révulsantes ! Son air reste malgré tout parfaitement calme, il se tient droit et fier. Il a quelque chose d'imposant, une force qui irradie de tout son être.

Les humains sont la cause du mal : il doit mourir.

Mais il réagit avant moi et ouvre la bouche pour donner un ordre.

-Calmes-toi.

Son ordre ne laisse absolument pas de place à l'objection et automatiquement l'animal en moi se calme. Mon esprit, tapis au fin fond de mon être refait surface. Je le reconnais… comment ai-je pu penser à une telle chose ?! Ces cheveux roux, cette posture, cette attitude, ce physique… c'est Shanks ! Un sentiment de culpabilité me ronge en songeant aux pensées que j'ai eu à son égard… Je reprends forme humaine. Je ne serais dire si c'est le poids des remords ou l'épuisement accablant mon corps, mais mon genou rencontre le sol en parquet du navire. Je baisse la tête et pose mon regard sur l'état de mes vêtements. Du sang en quantité tâche mon tailleur et du bout que j'en vois, ma cape n'est pas non plus épargnée.

-Cylia-

-Désolée !

Je serre les poings fortement et je sens mes ongles rentrer dans la paume de mes mains malmenées. Lentement et non sans difficultés, je me relève, je redresse la tête et mon regard rencontre celui de Shanks qui s'est d'avantage rapproché de moi. Ma jambe ne supporte plus mon poids malgré toute ma volonté et je manque de tomber, mais il me rattrape avant. J'halète et même s'il me soutient, j'ai des difficultés à ne pas m'écrouler. L'une de mes mains se referme sur l'un des pans de sa cape, l'autre est déposé sur son épaule pour m'aider à garder un semblant d'équilibre. Je rapproche mon visage du sien afin de lui parler correctement.

-Je ne te demande pas de me pardonner, je-

-Hoy hoy ! Il me semble t'avoir demandé de te calmer. Ne t'en fais pas, ce n'est rien ! Il sourit, tu es en vie et c'est le plus important.

Je laisse ma tête choir contre lui. Sans doute me suis-je relâchée physiquement, car je sens qu'il renforce sa prise sur moi.

-Merci…

-On va avoir besoin de discuter, mais tu dois d'abord te faire soigner.

J'acquiesce d'un son de gorge. J'entends des hommes se rapprocher et doucement, Shanks me fait m'allonger. Je suis ensuite soulevée du sol grâce à une civière et déplacée. Alors que le sommeil me gagne, sans doute causé par la fatigue, une pensée me fait rouvrir les yeux.

-Ah ! J'ai un coup de fil à passer, je dois appeler les gars !

Tandis que l'on m'amène à l'intérieur du bâtiment surplombant le pont, j'ai déjà commencé à faire le numéro de Doc Amort. Je n'ai pas à attendre longtemps avant qu'il décroche.

-Oui ?

-Doc' ! C'est moi, comment allez-vous ?

-Cylia ! On n'a pas rencontrer d'autre ennuis en chemin-

On me dépose sur l'un des lits dès que nous sommes dans ce qui me semble être une infirmerie. Un homme vêtu de plusieurs outils et portant une paire de gant commence aussitôt à inspecter mes mains blessées. Je coupe Amort afin d'aller rapidement à l'essentiel.

-D'accord, écoute… retournez sur la dernière île où nous avons stationné. C'est là que je suis et ne soyez pas surpris par ce que vous allez trouver.

Je reporte mon regard sur le médecin, qui a sorti plusieurs outils, dont des pointus.

-Prévenez Shanks si je ne peux pas le faire moi-même, mes hommes sont en route pour me rejoindre. Ils sont à bord d'un des navires de l'ancienne flotte des Crochus. Dites-lui pour moi que je lui serais reconnaissante s'il pouvait s'occuper d'eux si je ne suis pas en état de le faire…

Il fait un signe de tête à un autre gars présent dans la pièce. Ils s'échangent juste un regard avant que le second ne sorte, puis le docteur commence à approcher une… seringue ! De ma peau ! Il veut me faire quoi ?!

-Eh ! N'approchez pas ça de moi !

Je dégage brutalement mon bras, mais l'effet de surprise passé, il le rattrape et le maintien par la force. Je commence à me débattre violement, lâchant l'escargophone négligé.

-Hey, aidez-moi à la contenir !

-NAAN !

-Bon sang, deux autres hommes aident le médecin, calme-toi ! Je te fais cette piqure et on n'en parle plus !

Me sentant au bord du gouffre, mon sang pulse dans mes veines. Ma crainte éveille l'animal qui s'était pourtant enfin calmé.

-Du gaz ! Doc parle fort pour se faire entendre depuis le combiné, n'utilisez pas une piqure si elle est consciente, c'est dangereux ! Surtout si elle a besoin de soin, ne déconnez pas !

-Tss ! Entendu, je prépare ça.

Je suis toujours maintenue au lit par la force, mais l'outil diabolique est enfin éloigné de moi. Je me calme un peu en sentant le danger s'écarter et ne cherche plus à me débattre.

-Gardez-moi en ligne, je suis son médecin de bord et je connais son dossier médical.

Peu de temps après la demande de Doc Amort, le docteur me met un masque sur la bouche. Un gaz agréablement frais remplis rapidement mes poumons. Quelques secondes après, je sens mes paupières devenir lourdes. Je ne lutte pas et me laisse agréablement sombrer.

À suivre…


(1) Je le précise, s'il y en a qui n'ont pas compris, elle l'aime comme un proche et non pas comme un conjoint mais l'entendre lui dire ça l'a surpris malgré tout.