Harry, du haut de ses huit ans, marchait tranquillement vers le parc pour enfant, un grand chien noir le suivant comme son ombre. L'enfant s'assit sur l'une des balançoires alors que l'animal disparaissait dans un buisson juste derrière. Sirius s'adossa à un arbre, les mains derrière la tête, à l'abri de tout regard dans sa cachette.
- Bien Harry, reprenons là où nous nous étions arrêtés. Quelle est la dernière chose que je t'ai apprise ?
- … pas aujourd'hui, se plaignit Harry.
- C'est toi qui voulais des cours sur l'étiquette sang-pur, gamin. Et des cours, c'est régulier, avança Sirius sans grande conviction.
- T'es même pas convaincu toi-même par ce que tu dis, rit l'enfant. Quoi qu'il en soit, je sais que c'est moi qui t'ai demandé ça mais, pas aujourd'hui, je dois te parler d'un plan d'abord !
- Ah non ! Toi et tes plans restez loin de moi, Harry.
- Je t'explique, en fait …
- Tralala, j'entends rien !
Pendant qu'Harry expliquait son plan à Sirius faisant la sourde oreille, ce dernier souriait de toutes ses dents. Il ne voulait même pas savoir dans quoi allait, encore, l'embarquer son filleul mais il avait un don pour les plans foireux qui fonctionnaient pratiquement à tous les coups. Comme toujours, il se bouchait les oreilles pour ne rien savoir car dès qu'il savait ce qui était prévu, il regrettait de ne pas pouvoir jouer son rôle de parrain correctement et l'empêcher d'agir. Surtout pour des plans de plus en plus téméraires.
Décidant avoir fait la sourde oreille assez longtemps, il retira ses mains de ses oreilles et ce qu'il entendit l'horrifia.
- … sur le Chemin de Traverse …
– Stop ! s'exclama Sirius. Répète ?
- Non, t'avais qu'à écouter. Je sais que tu fais la sourde oreille mais au moins je fais l'effort de tenter de te prévenir !
- Je sais mais répète quand même.
- Donc, je disais, s'exaspéra Harry, qu'il fallait que nous nous procurions quelques objets car …
- Non, ce que tu as dit juste avant !
- Qu'on ne devait pas se faire remarquer ?
- Juste après.
- Sur le Chemin de Traverse ?
Sirius soupira assez fort pour se faire entendre depuis la balançoire alors que l'occupant le regardait avec mécontentement.
- Mais tonton …
- Non, Harry. Tu n'iras pas là-bas tout seul. Je sais que techniquement tu as vingt-trois ans mais physiquement tu en as seulement huit et tu es Harry Potter. Si on te reconnaît sur le Chemin …
- Je sais ! C'est pour ça que je te disais que tu viendrais avec moi !
- Harry, non c'est non. Je suis en cavale en quelque sorte. Je ne suis pas accusé du meurtre des moldus et de Pettigrow comme dans ton passé mais je n'en reste pas moins celui qui a vendu tes parents donc …
- Arrête, tu sais que c'est faux. Tu ne savais pas qu'il allait vous trahir ! Et puis mince ! Je vais avoir vingt-quatre ans …
- Neuf ans.
- … dans quelques jours et il me faut être prêt avant d'aller à Poudlard ! J'ai pu avoir la paix avec les Dursley, donc pas de corvées, mais en attendant je ne peux pas me tourner les pouces indéfiniment ! s'énerva Harry.
Sirius poussa un autre soupir à fendre l'âme. En cet instant, ce n'était pas un adulte dans le corps d'un enfant qu'il voyait mais bien un enfant de neuf ans faisant un caprice. Il prit les choses en mains quand les yeux d'Harry se remplir de larmes en le regardant.
- Ho non, gamin. Si tu continues ton caprice, je te jure que tu l'auras ta fessée.
Cela eut le mérite de calmer l'enfant quelques secondes avant qu'il ne se mette à hoqueter doucement pour finalement se lâcher et piquer sa crise. Sirius n'attendit pas que la première plainte s'échappe des lèvres du plus jeune que ce dernier se retrouvait déjà basculé sur les jambes de son parrain, tout deux cachés dans l'ombre.
- Bien, je te laisse encore une fois une chance, tu te calmes ou je te calme.
Cette fois, la menace était bien réelle et Harry n'eut aucun mal à cesser son caprice même s'il avait toujours les yeux brillants.
Cela arrivait quelque fois, le jeune garçon, même s'il était plus mature que l'âge de son corps, n'avait pas vraiment la maturité d'un adulte, comme si son enveloppe enfantine ne lui permettait pas vraiment de grandir. Il gardait la maturité d'un adolescent de seize ans, même s'il s'était calmé depuis son retour dans le passé mais quelques fois, son esprit dérapait et s'accordait avec l'âge de son corps. C'était souvent pour faire des caprices comme un enfant. Cela devenait trop fréquent ces derniers temps au goût de Sirius.
L'enfant boudait, tournant le dos à Sirius qui ne comprenait pas pourquoi son filleul était si buté sur cette question. Depuis quelques temps, il voulait absolument aller sur le Chemin de Traverse. Comme si sa vie en dépendait.
- Harry … on ne peut pas y aller, tu le sais bien. Je ne peux pas me montrer au grand jour pour te surveiller comme le ferait un adulte pour un enfant de neuf ans. Surtout si l'enfant en question est le héros du monde magique.
- Alors que quelqu'un d'autre m'accompagne, se retourna l'enfant avec son sourire qui signifiait qu'il avait une solution et les ennuis qui vont avec pas loin.
Sirius grogna pour la forme, voyant une catastrophe arriver de loin métaphoriquement et littéralement parlant.
- On devrait partir gamin.
Il se retransforma en chien pour sortir des fourrées, accompagné de Harry qui regarda la bande à son cousin s'installer dans le parc, loin de lui et de son ombre de chien. Ils partirent du parc et juste avant de sortir, Sirius montra les crocs aux enfants. « Pour la forme » dirent les yeux de Patmol en reportant son regard sur Harry qui souriait pour ne pas rire. Quand ils se furent éloignés, la discussion repris normalement mais étrangement pour les gens extérieurs à leur petit duo.
- Il faudrait contacter quelqu'un qui pourrait m'accompagner pour que tu restes sous ta forme canine, résuma l'enfant. Quelqu'un en qui on peut avoir confiance…
L'enfant réfléchissait hésitant entre deux personnes. Il avait des doutes pour le camp de la première, doutes qui s'étaient installés quand il avait vu cette personne pleurer sa mère ce fameux soir et des doutes pour la seconde quant à sa réaction devant Sirius.
- Patmol … Il faudrait trouver un moyen de contacter Rogue ou Oncle Mus …
Le chien grogna d'indignation au premier mais n'eut aucune réaction pour le second.
- Je sais que vous ne vous aimez pas, mais je pense qu'il est de notre côté …, réfléchis Harry. On pourrait le contacter, ce serait une sorte de test pour voir son camp ? S'il fait quelque chose ou pas … tu vois ?
Le chien retroussa les babines, dégoutté à cette idée mais il n'avait pas non plus envie de se frotter à Remus sans avoir d'abord tâté le terrain. Sait-on jamais … Et se balader sous Patmol en plein Chemin de Traverse alors qu'il connaissait sa forme animagus … Le chien finit par couiner pour donner son assentiment sachant pertinemment que le fils de son défunt meilleur ami aurait tout de même mis son plan à exécution, qu'il soit d'accord ou pas. Qu'est-ce que cela pouvait l'énerver de ne pas pouvoir corriger l'enfant et surtout ne pas être en position de pouvoir l'empêcher de mettre en marche ses plans branlants. Si seulement il pouvait prendre forme humaine n'importe où et n'importe quand pour exercer son autorité d'adulte responsable …
- Maintenant, il faut trouver un hibou… souffla Harry.
- Pourquoi voudrais-tu trouver un hibou mon petit ? l'interpella une voix.
Le duo se figea et tourna la tête vers Mme Figgs qui avait entendu la dernière phrase. Que faire ? Après tout, elle était là pour le surveiller de la part de Dumbledore … Mais il ne fallait pas qu'il soit au courant de leur plan. Autant broder et jouer le jeu se dit Harry puisqu'il était déjà dans les ennuis.
- Eh bien … En fait … je crois me souvenir … mais c'est impossible, commença-t-il à dire en détournant les yeux. Il ne savait pas mentir correctement.
- Dit toujours, l'encouragea la folle aux chats du quartier.
- Que mes parents se servaient de hiboux comme la poste …
Mme Figgs le regarda et sourit avant de rire de bon cœur.
- Effectivement mon petit, c'est impossible. Tu as dû te souvenir d'une histoire que te lisait ta maman. Les hiboux ne transportent pas de courrier.
Sur cette phrase, elle lui souhaita une joyeuse fin d'après-midi pour s'empresser de rentrer dans sa maison.
C'était un échec, mais au moins il avait essayé et peut-être éloignés quelques soupçons de lui. C'était ce qu'il se disait en regardant le chien plus loin dans la rue, devant le quatre Privet Drive, semblant se tordre de rire.
- Très drôle Patmol, mais en attendant si je ne peux pas contacter Rogue j'irais seul, dit Harry en arrivant près du chien qui arrêta toute imitation de rire pour le regarder mortellement.
Sans un regard pour l'animal pour bien lui montrer qu'il ferait ce qu'il disait, il se dirigea vers la porte d'entrée qu'il poussa pour laisser Patmol entrer. La maison, parfaitement propre, était silencieuse à l'exception du fer à repasser que l'on entendait dans le salon.
Harry se dirigea vers la cuisine pour prendre quelque chose à grignoter. Il prenait toujours son quatre-heures avant son cousin pour ne pas être embêté et surtout pour avoir un goûté, car s'il avait le malheur de venir après son cousin, il ne restait plus rien. Sauf si les miettes comptaient.
- Je t'ai déjà dit que je ne voulais pas de ce chien dans la cuisine ! tonna une voix pincée et sèche comme sa propriétaire.
- Oui, tante Pétunia.
Harry prit ses gâteaux et monta dans sa chambre, la seconde de Dudley en réalité. Il était plutôt content de cela. Son parrain était venu toquer à la porte des Dursley quelques jours après qu'Harry eut été recueilli de mauvaise grâce. Mais quand l'oncle Vernon avait ouvert la porte, il n'avait trouvé qu'un gros chien noir sur son paillasson. Sans qu'il n'ait eu à faire un geste, l'animal était entré pour se poster devant le placard sous l'escalier. D'un mouvement de patte adroit, il avait ouvert le loquet pour prendre l'enfant et l'emporter en vitesse à l'étage dans la seconde chambre de son cousin. Les Dursley n'avaient rien pu faire, le chien ne partait pas et faisait la loi concernant le bien-être de l'orphelin. Pétunia avait bien tenté d'appeler la fourrière mais un homme aux longs cheveux bouclés l'avait dissuadé de le faire. Vernon l'avait lui aussi vu, mais le temps de cligner des yeux, ils avaient de nouveau un chien devant eux.
Très vite, ils comprirent que ce chien était un anormal, un monstre comme leur neveu. Ils ne s'occupaient pas de l'enfant mais ils pouvaient voir dans la nuit, un adulte le faire à leur place sans aucune trace du chien dans la maison. Pourtant, le matin l'homme avait disparu et le chien dormait au pied du lit, Harry souriant de satisfaction dans son sommeil.
Dans la chambre, Harry se posa devant sa fenêtre, la tête de Patmol sur les genoux, ils se partageaient le goûter.
- Bon, il faut trouver un hibou.
Le chien souffla et regarda le ciel. Il n'y avait rien à faire, son filleul ne démordrait pas de son idée. Avec lassitude, il lui fit comprendre de lui exposer son idée.
- En fait, j'aimerais aller à Gringotts, acheter quelques livres et une baguette.
- Wouf !
- Je sais, le Ministère détecte toutes les baguettes mais si j'arrive à me fournir une baguette illégale …
Les mâchoires du chien se refermèrent doucement sur sa main pour la mordiller et lui dire à quel point cette idée ne lui plaisait, mais alors, pas du tout.
- Je sais mais je voudrais m'entraîner, tonton !
Sirius disparut sous le bureau et une voix s'en éleva.
- Harry, tu sais à quel point ce que tu fais là est dangereux ?
- Oui. Et je sais que pour trouver une baguette illégale il faut aller dans l'Allée des Embrumes. C'est pour ça qu'il me faut trouver quelqu'un qui …
- D'accord, c'est bon, j'ai compris. Je vais voir si je ne peux pas trouver une poste sorcière cette nuit. Mais toi, gamin, fit-il en le pointant du doigt, tu ne bouges pas de ton lit et surtout, tu suis les règles que je te donnerais s'il accepte. Et surtout, surtout, s'il dit non, tu attendras tes onze ans pour aller faire tes courses !
- Mais …
- Une dernière chose qui me tue mais bon, tu lui obéiras. Même mieux qu'à moi, compris Henry James Potter ?
- Oui, déglutit le dit Henry James Potter.
Jamais il n'avait vu son parrain aussi sérieux. Même dans son passé. En fait, le Sirius qu'il avait connu après Azkaban était bien loin de celui qu'il connaissait maintenant. Il était toujours aussi peu sérieux et déjanté mais il jouait de son autorité et savait être raisonnable et se conduire en adulte responsable avec lui quand il le fallait. Il était mature et avait toute sa tête, car il n'était pas occupé à courir après la reconstruction d'un esprit détruit par la prison.
Pour en revenir au Sirius présent, même si sur le coup Harry avait dégluti devant cette figure d'autorité, il ne pouvait s'empêcher de se marrer maintenant.
- Je peux savoir ce qu'il y a de drôle dans ce que j'ai dit ?
- Rien, absolument rien. Mais le bureau casse un peu ton autorité, tonton !
Après ça, le dit tonton perdit Harry qui s'écroula sur le plancher, absolument hilare. En effet, un Sirius mortellement sérieux, aux yeux assassins, le pointait d'un doigt menaçant, dépassant de sous le bureau, ce qui lui enlevait toute crédibilité.
- Bon, bougonna l'animagus. Et si tu me disais enfin pourquoi tu m'appelles « tonton », demanda-t-il pour changer de sujet.
Quand sa crise de rire cessa, Harry se redressa et regarda son parrain.
- Hé bien, même si avant je t'appelais Sirius, j'ai fini par t'appeler tonton à force de t'avoir à mes côtés. En fait, c'est venu tout seul. J'avais l'impression qu'à chaque fois que je t'appelais par ton nom, il y avait une partie de moi qui pleurait comme un enfant qui était seul. Alors que quand je t'appelle tonton, je … me sens bien ? Et puis, c'est toi ce soir-là, qui m'a dit « Tonton Sirius est là », hasarda Harry.
Sirius acquiesça et étouffa son filleul dans une étreinte poilue pour le remercier de ses mots gentils. Harry n'avait pas pour habitude de s'étaler sur ses sentiments.
Dans la soirée, quand la lune fut haute est presque pleine, après avoir écrit la lettre pour Rogue, couché Harry, lui avoir fait promettre de ne pas le suivre et avoir attendu qu'il se soit endormi, Sirius partit enfin à la recherche d'une poste sorcière à plus de minuit.
Il finit par trouver des hiboux postaux qu'il utilisa à l'insu des postiers, donc sans payer, cela va sans dire puisqu'il était recherché. Mais c'était sans compter l'odorat sur-développé d'un des postiers à cette période du mois. Sirius fit demi-tour pour partir de la volière mais une ombre dans l'encadrement de la porte le stoppa.
- Sirius … !
Merci à Angelyoru, lesaccrosdelamerceri, aurel8611, Guest, adenoide, Lia9749, Cocochoco78, Guest et tenshi-no-yoru pour leur review !
Je remercie très fortement Dragsou pour la bêta-lecture de ce chapitre. Son travail est excellent !
Je vous présente mes excuses, chers lecteurs, pour mon retard de publication. Certes que d'un jour mais si dès le début je ne me tiens pas à mes délais, tous vas partir à volo un jour. Sauf que hier je n'avais pas d'ordinateur pendant les 9h de bus et après je suis juste allée me coucher. Enfin bref !
A plus,
Triple A.
