Notes d'autrice :

Joyeuses fêtes de fin d'année tout le monde !

J'ai dû couper plus tôt que je ne pensais dans le récit - le passage Linda/Lucifer et plus globalement POV Lucifer est reporté au(x) prochain(s) chapitre(s).

(Je réfléchis encore à la transcription de certaines scènes à venir, donc mieux vaut que je ne fasse pas d'autres promesses).

Gros chapitre avec des dialogues à foison – Bonne lecture !

Réponse à Popcorn (et merci à vous tous pour les reviews )

Hihihi ! Je suis ravie que ce chapitre t'ait séduite. Plus de mignonneries à venir X) Encore merci pour ta lecture et ta review adorable.

Musique :

Porcelain | Skott (MrSuicideSheep)


DÉSAGRÉMENTS MYTHIFIÉS

5


Des demandes innocentes de Trixie aux bras strictement métaphoriques de Morphée, le Diable s'y imposa sans efforts. Il avait hanté ses rêves de nuits, occupé ses pensées de jours et continuait encore aujourd'hui.

Toujours plus fort.

La forte « occupation » de ce matin ne se fit pas attendre. Chloé n'avait même pas eu le temps de s'y préparer. Encore une fois.

— Comment va Lucifer ?

Renversant par mégarde du café sur le comptoir de la cuisine, Chloé s'empressa de tout éponger, agacée par sa réaction comme par le retour systématique de Lucifer dans chacune de ses conversations.

Mais à quoi s'attendait-elle ?

Son retour était tout récent.

Et ce n'était qu'un juste retour des choses pour toutes les personnes qui l'avaient patiemment écoutée parler de lui du temps de son absence. Elle ne pouvait pas subitement exiger d'eux un désintérêt total le concernant, « les » concernant.

— I-Il... hm, marmonna-t-elle. Tu ne l'as pas vu depuis qu'il est revenu ?

Linda secoua la tête, les rayons du Soleil passés par la fenêtre du séjour changeant le haut de ses cheveux blonds en or.

— À peine, dit-elle.

— Il n'est pas venu voir Charlie ? Ou Amenadiel ?

— Si, mais il n'est jamais resté suffisamment longtemps pour savoir comment il allait. Je devrais m'y être habituée ; ajouta la thérapeute après un temps. Fuir les véritables conversations est un art où il est passé maître depuis la Nuit des Temps.

— Depuis la « Nuit des Temps » ? répéta Chloé après avoir posé sa tasse fumante de café ainsi que celle de son amie sur la partie du comptoir épargnée par sa maladresse. Comment tu le sais ?

— Amenadiel.

Linda sourit, son regard espiègle troublé par le filet de fumée torréfiée qui s'échappait de sa tasse.

— Il m'en a raconté de belles sur lui, du temps où ils étaient encore les... ; elle ouvrit les guillemets d'une seule main, imitant le ton pompeux de son compagnon à la perfection, serviteurs miséricordieux de Dieu.

Chloé sourit à son tour, se prêtant aux jeux des imitations.

N'est miséricordieux que Son postérieur, Docteur !

Son imitation était médiocre, mais eut malgré tout le mérite de les faire rire de bon matin. Chloé sentit le poids dans sa poitrine diminuer. Ce n'était pas grand-chose, mais toujours plus que ce qu'elle avait pu espérer ces derniers mois. Des rires pour contrer les larmes, des longues conversations pour les silences pesants ; Linda était la parade contre le vide qui menaçait de l'engloutir.

Trixie était sa fille ; Chloé était sa mère, son pilier. Elle n'avait pas pu se résoudre à lui infliger sa peine en plus de son absence.

Dan était son ami, mais le père de leur enfant avant le reste. Et il fallait bien que l'un d'entre eux assure pour le bien-être de Trixie quand l'un faillait. Ça avait été son tour.

Ella était... Ella. Une amie, mais incapable de comprendre dans quoi Chloé s'était embarquée, dans quoi l'absence de Lucifer l'avait laissée. Elle ne savait même pas pourquoi il était parti ; qu'elle lui aurait expliqué et son amie aurait cru à une représentation en partenariat du Diable et de sa Reine en titre.

Amenadiel était occupé du bien-être de son fils. Quoi de plus normal après tout ce qu'il s'était passé ? Si elle avait perdu l'homme - diable et ange - de sa vie, lui avait perdu son frère pour le salut de Charlie, ajouté à celui du monde entier.

Restait Mazikeen. Démone furieuse, abandonnée par son ancien maître et partenaire d'escapades terrestres jusqu'à la dernière en date qui s'était éternisée plus qu'ils n'avaient pu le prévoir tous les deux. Elle s'était trouvée coincée sur Terre, encore une fois seule au milieu de ces humains émotionnels nouvellement appelés « famille » quand la première du genre était partie dans un bruissement d'ailes, sur un balcon.

Linda, elle, était la seule humaine de son entourage à avoir fréquenté le Diable. Elle l'avait vu, écouté, consolé - beaucoup d'actes dans lesquels Chloé se retrouvait. Elle avait compris sa faiblesse devant la vérité, elle avait vraiment compris. Se tourner l'une vers l'autre après cette nuit-là s'était fait naturellement. Elles autorisaient la faiblesse de l'une et l'autre, force et médiocrité humaine s'équilibrant à tour de rôle selon leurs besoins.

Une parade.

Une force.

La parade sonnait plus juste ce matin.

— C'est malin.

— Quoi ça ? demanda Chloé, soufflant sur sa tasse.

— Répondre à ma question par une autre question. Très habile, la félicita Linda.

— Pas tant que ça si tu as repéré le truc.

Linda haussa les épaules, remontant ensuite ses lunettes sur son nez. Les verres présentaient une griffe qui n'était pas là il y a trois jours. Peut-être la griffe de Charlie. Il était aussi adorable qu'intenable. Une vivacité sûrement due à son ascendance céleste, c'est ce que son amie pensait du moins. Mais Chloé, pour avoir vu Linda dans des situations particulièrement cocasses, avait une opinion toute différente à ce sujet.

— Je suis psy, je n'ai aucun mérite.

— Tu ne comptais pas reprendre ce matin, d'ailleurs ? enchaîna Chloé, soufflant encore et encore sans que la tasse ne s'écroule.

Elle devrait sans doute souffler plus fort que cela pour balayer cet air suspicieux du visage de son amie. Quel piètre méchant loup elle faisait devant le faciès de briques de Linda.

— Si, répondit cette dernière, sa suspicion évincée par un autre sentiment. Mais j'hésite encore à laisser Charlie seul toute la journée.

— Il ne sera pas seul. Amenadiel est avec lui, non ? Tu n'as pas à t'inquiéter.

— Je sais bien, mais je ne peux pas m'en empêcher. Ce réflexe a un nom, je crois ?

Chloé hocha la tête, souriant à nouveau.

— La « maternité ».

— C'est ça ! Enfin... Mon travail me manque, c'est sûr ; mais j'ai toujours du mal à m'éloigner de lui aussi longtemps. Je sais que Lucifer m'a assuré que les démons étaient sous contrôle et que ce nouvel arrangement avec son Père éviterait tout nouveau débordement, mais ça reste difficile.

Chloé marqua un temps d'arrêt à l'entente du nom de Lucifer, sa tasse suffisamment proche de ses lèvres pour goûter et non plus souffler l'arôme torréfié du café. Elle rencontra le regard de Linda, loin d'être dupe, si peu « soufflée » par les vaines tentatives de son amie.

— Dériver la conversation sur moi, très habile ça aussi ; dit-elle.

Haussant les épaules à son tour, Chloé baissa sa tasse à hauteur de son menton.

— Je suis flic, je n'ai aucun mérite.

— Tu ne veux vraiment pas parler de lui ou tu ne sais juste pas quoi répondre ?

Chloé soupira. Rien à voir avec ses précédentes tentatives d'écroulement ou du café encore trop chaud pour son gosier, celui-ci encore froissé par sa nuit agitée.

— Un peu des deux, j'imagine.

Linda se pencha alors vers elle, ses avant-bras pressés contre le comptoir et ses mains autour de sa tasse.

— Passons à une question plus simple alors ; comment tu vas, toi ?

Chloé mit quelques secondes à répondre.

— Tu parlais d'une question « plus simple », marmonna-t-elle en détournant le regard.

— Elle l'est. C'est la réponse qui ne l'est pas, en général.

— Tu es plus que prête à reprendre le travail, à ce que je constate.

— Allons, Chloé.

Cette dernière pinça les lèvres, le regard toujours fuyant, à taper du pied puis à hausser les épaules. Son corps répondait pour elle, non ? Ces « effets » de Lucifer sur son corps et ses émotions tantôt puissantes, tantôt fuyantes.

— C'est... C'est comme si j'étais complètement déréglée de l'intérieur. Comme si toute la maîtrise que j'avais sur mes émotions depuis ma naissance avait « régressé » ?

— Tu as des exemples ?

— Hier, j'ai pris la défense de Lucifer. Dan n'arrêtait pas de revenir sur l'affaire du temple maya et—

— Il n'y a rien de mal à défendre quelqu'un à qui tu tiens auprès de ton ex, si ?

— Non, bien sûr que non, mais c'est la façon dont je m'y suis prise qui me dérange, Linda. J'ai... J'ai remis l'affaire Palmetto sur le tapis pour le faire taire. Tout ça est derrière nous depuis longtemps et je n'ai pas hésité à utiliser ce coup bas. Pour Lucifer.

Elle secoua la tête.

— Ce n'est pas normal.

— Dès que Lucifer est impliqué, rien n'est vraiment normal ; fit remarquer la thérapeute avec un sourire compatissant. Et ta réaction ici me paraît tout à fait compréhensible, surtout après ce qui s'est passé.

— Possible, mais il y a ces autres choses, poursuivit Chloé.

— Quelles « choses » ?

— Ces sensations quand il se tient près de moi, quand il reste trop loin de moi. Ces pensées, ces envies qui surviennent de nulle part... Ça me rend dingue, j'te jure.

Elle but une gorgée de café tiédi par ses sensations et réponses simples, notant le sourire de son amie. De la compassion était apparue l'étincelle amusée qu'elle lui connaissait bien. C'était le genre d'étincelle qu'elle brûlait de partager avec les autres, qu'il lui fallait leur faire comprendre au prix de longues discussions.

L'étincelle professionnelle d'une thérapeute accomplie.

— Quoi ? s'exclama-t-elle avec une pointe d'agacement dans la voix.

— Rien, ça sonne juste étrangement familier. J'ai la définition de ce symptôme sur le bout de langue ! Qu'est-ce que ça peut bien être, hm ?

— OK, stop. Linda... stop. Ça n'a rien à voir avec... tu sais.

— « Avec » ? répéta Linda, taquine. Non, je ne sais pas. Mais tu as l'air de savoir.

— Je te hais.

— Ah, ça c'est l'antonyme de ce que tu sais, Chloé.

Cette dernière ferma brièvement les yeux, prenant une longue inspiration.

— Ce n'est pas « d'amour » qu'il s'agit ! Enfin si, mais pas seulement ; c-c'est...

— L'amour ?

Oui !

Continuant sur sa lancée sans laisser le temps à Chloé de se reprendre, Linda insista, tout sourire ;

— C'est ça qui t'inquiète ?

— Oui, évidemment que ça m'inquiète !

Chloé rit, il n'y avait pas de joie, juste l'expiration bruyante de ces angoisses, ces sensations qui - même si Linda persistait à le penser - étaient plus complexes qu'une simple démonstration d'amour entre elle et le Diable.

— Tout est confus depuis qu'il est revenu, Linda. Mes sentiments ; ce que je ressens, ce que lui ressent. Je ne sais plus où sont « mes » limites humaines dans cet amour « littéral » qui nous lie désormais, comme il dit. C'est tout ce qu'il m'a dit. Littéral... répéta-t-elle plus doucement. Qu'est-ce que ça veut dire ?

— C'est compliqué à expliquer, intervint Linda, son sourire redevenu compatissant.

— Je sais. Je-…

Elle soupira.

— J'aimerais juste qu'il essaie, autant que j'essaie de comprendre.

Chloé se savait injuste, mais pour être franche, elle n'était pas certaine qu'une telle injustice soit de son fait. Bien sûr, Lucifer n'avait pas essayé de lui expliquer davantage, mais elle n'avait pas essayé d'en savoir davantage non plus depuis qu'il était revenu.

Elle avait tu le reste. Ils l'avaient tous les deux faits.


Deux semaines plus tôt

oOo

Elle avait attendu quelques minutes.

Puis dix, vingt, trente ; jusqu'à ce qu'une heure entière eût passée et qu'une autre eût commencée.

Elle avait attendu quelques minutes de plus, jusqu'à ce qu'une nouvelle heure s'achève.

Puis elle avait toqué à la porte.

— Lucifer ?

Encore quelques minutes à écouter l'eau s'écouler derrière la porte et elle l'entrouvrit, réitérant sa question aux volutes de vapeur coincées à l'intérieur.

— Lucifer ?

Aucune réponse, toujours cette eau qui coulait.

Chloé resta plantée là, hésitante. Lucifer s'était enfermé dans la salle de bain depuis si longtemps qu'elle n'aurait pas été étonnée de le découvrir transformé en eau, à être resté autant de temps sous ce déversement brûlant qui s'immisçait dans sa gorge, la porte à peine entrouverte. Elle n'avait pas cherché à le déranger avant, consciente qu'il avait besoin de temps pour lui une fois suffisamment remis de... eh bien, de quoi qu'il eût pu se passer là-bas.

Elle avait eu besoin de temps pour elle également.

Après un jour et une nuit passée à le regarder dormir, elle n'avait rien à envier à son état déplorable. Elle n'était pas couverte de restes peu ragoûtants de... de ce quelque chose de l'Enfer, mais elle se doutait du spectacle qu'elle donnait.

Ils n'étaient que les fantômes des personnes qu'ils avaient quitté ou vu partir cette nuit-là.

Alors, une fois Lucifer monté au premier pour retrouver son allure d'antan sous les flots ininterrompus, Chloé avait fait le premier pas pour retrouver la sienne. C'était comme remettre un vieux manteau ; apprécié mais oublié dans un coin à prendre la poussière, ce genre de vêtement que l'on redécouvrait après un temps, pour l'abandon duquel on s'interrogeait sans retrouver la raison initiale.

C'était pesant, léger ; cela remplissait le vide qui l'avait habité, le creusait plus profondément aussi. C'était beaucoup de choses de « revenir » à soi.

Elle posa sa main sur le chambranle, tenant toujours la poignée de l'autre. Toujours balancée entre-deux.

— Chloé...

Balancée vers ce murmure noyé d'eau, elle s'invita sans réfléchir vers ce temps « à lui ». Ce ne fut qu'une fois la porte refermée qu'elle prit conscience de son geste intrusif dans son intimité. En partie tournée vers la porte, elle ne voyait que le coin inoccupé de la baignoire, là le pommeau de douche laissait couler l'eau à foison.

Où—

Ses yeux captèrent un mouvement, bref. Elle regarda Lucifer tout aussi brièvement, assis à l'autre bout de la baignoire, ses bras pressés contre ses genoux ; une masse ferme et tremblante d'ange nu dans sa baignoire.

Sa baignoire.

Nu.

Nu.

Chloé se retourna vivement, son front pressé contre le bois humide de la porte. Elle ferma les yeux, pourtant avertie de ne rien pouvoir voir ainsi.

— J-je... Désolée, je...

Elle inspira, laissa la vapeur s'immiscer à l'intérieur de sa gorge.

La salle de bain était devenue un véritable sauna, comment faisait-il pour rester là sans broncher ?

— Je voulais juste m'assurer que ça allait. Alors... Alors, je vais— ; balbutia-t-elle.

— 'oid.

— Quoi ?

Quelques secondes passèrent avant qu'elle n'entende à nouveau sa voix ; rauque, tremblante. Elle trembla de concert.

— F-froid.

Chloé se retourna aussitôt, oubliant le respect de son intimité pour l'observer plus attentivement. Lucifer n'avait pas bougé et gardait son visage enfoui dans ses bras pris de violents tremblements malgré la chaleur environnante. Bon sang, elle pouvait presque voir sa peau blafarde s'hérisser d'ici.

Comment ne l'avait-elle pas vu plus tôt ?

Il avait tremblé dans son sommeil, mais elle avait alors mis cela sur le compte de rêves agités, d'autant que ses tremblements n'avaient jamais duré plus de quelques secondes, une minute parfois. Il n'avait rien dit, rien laissé montrer en ouvrant les yeux - juste ce sourire, son sourire qu'elle s'était « habituée » à ne plus voir.

Elle n'avait pas vu.

— Bon sang, Lucifer ! pesta-t-elle, autant contre lui que contre elle-même. Pourquoi n'avez— n'as-tu rien dit ?!

Elle ferma l'arrivée d'eau supérieure et ouvrit le robinet central, Lucifer redressant à peine la tête de l'habitacle turbulent de ses bras pour lui répondre. Ses lèvres n'avaient pas encore bleui, mais presque.

— Je l-le... 'is.

Chloé leva les yeux au ciel.

— Évidemment. Pourquoi n'as-tu rien dit plus tôt ?

Elle poussa ses vêtements éparpillés autour de la baignoire d'un coup de pied impatient. Lucifer ne répondit pas, l'arrière de son crâne pressé contre le carrelage perlé d'eau jusqu'ici impuissante à le réchauffer. Il déglutit, les muscles de son cou frémissant, le regard vague.

Ravalant sa frustration, Chloé vérifia la température de l'eau, pressant Lucifer de rester éveillé. Emmener le Roi de l'Enfer aux urgences à la suite d'une sévère hypothermie était bien la dernière chose qu'elle voulait faire.

-xXx-


— Le Diable préférant l'eau aux flammes, qui l'eut cru ?

Ladite créature maritime ouvrit un œil, la moitié d'un regard - lucide, piqué dans son amour-propre. Quelques gouttes de cette eau favorisée roulèrent sous son menton, jusqu'à tomber dans cette multitude aqueuse, celle-là même où il « barbotait » depuis un moment.

Chloé estimait la durée de cette baignade à un "moment », à en juger par la crampe qui remontait de son pied à son mollet. Mais elle rechignait à bouger du sol. Elle était suffisamment bien ainsi, à le regarder suffisamment détendu, suffisamment « bien » pour la regarder elle. Même s'il n'avait toujours pas écarté sa tempe du mur, même si ce n'était qu'un œil.

C'était quelque chose.

C'était lui.

— L'eau est chaude, Inspectrice. Cela suffit à expliquer ma préférence.

Chaude ou non, Lucifer frissonna. Cela continuait à arriver, malgré la température élevée bien au-delà des standards humains ; Chloé n'osait même pas y tremper un doigt, son visage déjà soumis à cette chaleur infernale sans la supporter totalement. Il continuait de trembler à intervalles plus ou moins réguliers.

Mais il trouvait moyen de répliquer à ses taquineries sans claquer des dents ; cette amélioration n'était pas à négliger.

— Vou- tu es certain que c'est assez chaud pour toi ? demanda Chloé, butant encore sur le tutoiement.

Se relevant de sa position semi-assise sur le sol, somme toute inconfortable, elle approcha sa main du robinet sans attendre sa réponse. Il l'attrapa à mi-chemin, chaleur et eau entourant sa paume. La main de Lucifer ne tremblait plus.

Elle retint son souffle.

Elle pouvait encore les sentir glisser sur ses joues, ses doigts passés sur son menton perlé de larmes. C'étaient des larmes à l'époque. Une eau comme une autre, cet autre qui perle de leurs mains jointes, jointe à l'eau ondoyant autour du corps musculeux du Diable.

Chloé laisse son regard naviguer sur leurs doigts, ceux de Lucifer plus que les siens. Elle laissa ses yeux remonter doucement ; poignet, coude et biceps. Jusqu'à la ligne de son cou.

C'était la seconde fois qu'ils se touchaient vraiment, consciemment.

— Ne vous inquiétez pas, c'est parfait ainsi.

Sans se libérer de son emprise, elle laissa finalement ses yeux remonter jusqu'à son visage. Deux yeux ouverts aux siens, cernés mais vifs. La seconde fois qu'ils se regardaient vraiment, aussi.

Elle se souvint de respirer.

— « Vous » maintenant ?

Son expression changea aussitôt et il détourna le regard sous le règne du sien. Elle ne l'avait vu que très rarement ainsi, incertain et... un peu gauche dans son langage corporel. La dernière fois remontait à—

N'était-ce pas lors de ce rendez-vous ?

« Inspectrice. Vous êtes... éblouissante. »

Cela paraissait une éternité.

C'était une éternité.

Probablement plus pour lui que pour elle, mais tout était affaire de perspective, n'est-ce-pas ?

Il lâcha sa main, enfouissant ensuite la sienne sous les flots. La respiration de Chloé ne se fit pas plus conciliante, lente, si lente pour les furieux battements de son cœur. Elle le regarda reculer autant qu'il le pouvait dans sa baignoire bien trop petite pour son grand gabarit. Il pressa son dos contre la paroi, ses jambes pliées perçant l'eau, le tout accompagné d'un léger clapotis. Elle se retint de ne pas regarder plus bas, au-delà de cette transparence aqueuse. Entre ses jambes, passé son bas-ventre, aussi musculeux que le reste.

Sa respiration eut un à-coup.

— Me tutoyer est de toute évidence gênant pour vous, Inspectrice ; expliqua Lucifer, ses yeux rivés sur l'eau fumante.

Elle se concentra sur ses propos, leur donnant un sens, y réagissant avec quelques secondes de retard. Mais il ne remarqua rien, là aussi.

— Oh non. J'ai juste... juste besoin de temps pour m'y faire.

S'asseyant sur le rebord de la baignoire face à lui, Chloé ajouta ;

— J'essaie déjà de me faire à v-ton retour.

Lucifer redressa la tête, la scrutant longuement. Il réprima un énième frisson, forçant ses traits fatigués à autoriser la moitié d'un sourire sur ses lèvres.

— Nous sommes deux, Ins- Chloé, se corrigea-t-il après avoir hésité.

Cette dernière sourit à son tour.

— Gêné ?

Il arqua un sourcil.

— Je suis le Diable. Rien ne me gêne jamais.

— Bien sûr.

Chloé souriait toujours, à s'en faire mal. Elle en revenait à l'utilisation de muscles qu'elle avait oublié plus ou moins volontairement durant une longue période. Ressentir tout ce qu'elle ressentait à cet instant précis était aussi douloureux que grisant. Elle se sentait capable de tout, de rien aussi. Grisée, épuisée.

Intriguée également.

Le silence s'installant entre eux, Chloé profita qu'il eut fermé les yeux pour l'observer plus attentivement. Il ressemblait au Lucifer qui l'avait quittée sur le balcon du penthouse. Peut-être que le temps passé en Enfer était moindrement conséquent que sa première estimation, comment estimer une telle durée de toute façon ?

Le temps sur Terre était relatif.

Le temps en Enfer était...

Qu'était-ce ?

Il était resté là-bas au moins autant de temps passé ici à le pleurer, à l'imaginer çà et là dans sa vie. Elle pouvait le dire avec suffisamment de certitude en voyant toutes ces blessures superficielles, ces hématomes - de la taille d'un poing à la base de sa nuque, d'un doigt sur son biceps droit. Une balafre plus sérieuse traversait son torse en une diagonale parfaite, jusqu'à ses côtes, presque cicatrisée et n'étant plus qu'une ligne « éclairée » sur le chemin mouvementé du Diable.

Il avait eu pleinement le temps de se remettre de ce genre de blessures, alors...

Plus que six mois, à n'en pas douter. Mais combien exactement ?

Quel autre genre de marque aurait-il montré après davantage de temps passé là-bas ? Que lui serait-il arrivé d'autre s'il n'était pas revenu auprès d'elle ? Et s'il n'était jamais revenu ?

— Pourquoi ? dit-elle à haute voix, un murmure perplexe qui amena Lucifer à rouvrir les yeux.

— Pourquoi quoi ?

— Pourquoi es-tu revenu ?

Avant qu'il ne puisse mal interpréter ses interrogations, Chloé se pencha vers lui, jusqu'à effleurer son coude posé sur le rebord de la baignoire. Elle sentit l'eau et les flammes sous sa paume, sans brûler, sans se noyer.

— Je suis... je suis contente - plus que cela - de te revoir, mais je croyais...

Elle soupira, ramenée à ce moment douloureux.

« Ne partez pas. »

— J'avais cru comprendre que ton départ était... définitif ?

L'était-ce encore ?

Il était là, devant elle, mais... était-ce définitif, cela aussi ? Elle ne voulait pas se défaire de ce « manteau », pas encore une fois. Un autre jour sans serait le jour de trop pour elle. Chloé fut surprise qu'une telle pensée la traverse ; à quoi pensait-elle au juste ? Elle ne se connaissait pas si désespérée, même pas durant ces six derniers mois.

La peine, la colère, l'abandon, l'impuissance ; oui.

Mais ce désespoir rugissant dans les tréfonds de son âme, c'était... c'était inattendu.

— Il l'était, en effet. Je ne prévoyais pas de revenir.

Elle lut nombre de choses dans son regard ; regret, résignation, douleur.

Ses doigts se serrèrent brièvement sur son bras. Et il ne voulait pas partir, elle le voyait, le ressentait d'un simple regard ; sous cette eau, à travers ce feu qui exsudait de sa peau, qui traversait la sienne.

Mais il était encore question de cela ; un autre départ, elle le ressentait aussi.

Brûlée, noyée ; Chloé préféra s'enfoncer davantage dans les profondeurs - lâche et désespérée - au lieu d'affronter une nouvelle fois l'inévitable. La gorge nouée, elle pinça les lèvres, demandant en toute lâcheté ;

— Qu'est-ce qui a changé entre-temps ?

Se passant une main sur le visage, il chercha ses mots, sans doute ravi lui aussi de remettre à plus tard la moins plaisante partie de cette conversation. Chloé regarda sa main, sa bague, luisante de noirceur - plus que dans son souvenir.

— Rien n'a vraiment changé, à strictement parler. Pour tout dire, je doute de pouvoir expliquer un concept d'une telle complexité par l'intermédiaire de vos dialectes humains.

Chloé fronça les sourcils à l'entente du mot « dialecte ». Elle se redressa, écartant sa main de sa supériorité dialectique.

— Pour tout dire, je doute de pouvoir parler un autre dialecte un jour ; se vexa-t-elle. Je suis humaine.

— Moins que tu ne le penses, dit-il, une ombre passant dans son regard sans effacer son expression amusée.

Avant qu'elle ne puisse s'interroger davantage à ce sujet, Lucifer continua ;

— Aussi, loin de moi l'idée de mettre en doute ton intelligence, Insp- Chloé. Tu dois juste comprendre que les anges - ce que je ne suis plus, mais qui demeurent la source majeure de mes connaissances - n'ont pas la même conception du monde que vous, encore moins le même langage pour l'expliquer. Votre vocabulaire est limité à vos perceptions autant que notre vocabulaire aux nôtres. Quoique, en tant que Diable attitré, j'en sais plus que tous mes frères et sœurs réunis.

— Parce que l'Enfer a son propre langage ? devina Chloé.

— Précisément. Tu as devant toi la plus rigoureuse Encyclopédie Inter-Espèce de l'Univers !

— Qui barbote dans son bain, ajouta-t-elle.

Lucifer la dévisagea, scandalisé.

— Je ne barbote pas.

Elle arqua un sourcil.

— Possible. Après tout, je suis limitée à mes perceptions, hm ?

— Certes... bougonna-t-il.

Bien qu'elle s'amusât de son air bougon, Chloé ne savait pas quoi penser de cette entrée en matière, ce lexique universel qu'il doutait de pourvoir simplifier pour elle. Si elle n'était pas déjà suffisamment consciente du trou béant qui séparait son humanité de l'immortalité de Lucifer, ce genre de conversation remettait les choses en perspective.

Perspective.

Perception.

— Il doit bien y avoir un terme « humainement perceptible » pour m'expliquer ton retour, non ? insista-t-elle. J'ai besoin de savoir, de comprendre Lucifer.

Un soupir lui échappa, long, dénotant un embarras dont elle ne comprenait pas la nature. Le comprendrait-elle jamais ?

— En termes humainement perceptibles... dit-il enfin, sans la regarder. Nous vivons les désagréments mythifiés de Perséphone.

Chloé cligna des yeux.

Une fois. Deux fois.

— Perséphone ? fut tout ce qu'elle réussit à dire, humainement perdue.

Rapidement suivit de ;

— « Nous » ?

— C'est compliqué à expliquer, je te l'ai dit, mais le mythe de Perséphone est un assez bon point de départ. Perséphone était la fille d'une déesse, selon vos perceptions humaines encore une fois...

— Elle ne l'était pas ?

Chloé savait que les mythes et croyances sur le Diable n'étaient qu'un ramassis d'âneries haineuses et superstitieuses, pour la plupart. Mais devait-elle ignorer l'Histoire entière recensée, contée des siècles et des millénaires durant par la perception limitée de l'Humanité ? Il était certaines choses qu'ils avaient pourtant compris, qu'ils avaient conté avec une assez bonne exactitude.

Dieu existait. Satan existait, il barbotait même dans les eaux fumantes dans sa baignoire « limitée » en termes d'espace. Lucifer était bien le fils de son Père, il s'était bien révolté contre Ce dernier. Ève était réelle alors—

— Elle l'est, enfin... tu l'es ; murmura Lucifer.

La confusion de Chloé devint totale. Elle secoua la tête.

— Je ne...

— Cette histoire constitue un « mythe » pour les humains, Uriel l'aurait défini comme un « schéma possible ». Tu vois ? Tout est question de vocabulaire.

— Mais qu'est-ce que ça signifie, Lucifer ? Et qui est Uriel ?

Lucifer se figea, réprimant un frisson. Ses traits se durcirent.

— Mon frère. Il était doué pour définir lesdits schémas possibles et les communiquer aux autres, qu'ils s'en soucient ou non. Le mythe de Perséphone n'appartient pas au passé, ni à la mémoire de peuples oubliés - c'est une vision d'un avenir possible.

Chloé nota l'emploi du passé concernant son frère, mais jugea plus prudent de ne pas s'y attarder maintenant. La tension soudaine de Lucifer faisait, à elle seule, acte de prudence. Pour l'instant, elle s'évertuait à suivre la perception du Diable et c'était bien assez pour s'occuper l'esprit. Elle regrettait presque le vide des mois précédents.

— Tu veux dire... comme la prophétie découverte par Kinley ? D'où viennent-elles exactement ?

— D'un défaut de vocabulaire, justement. Certains humains peuvent percevoir davantage, expliqua Lucifer, déjà plus détendu que la minute d'avant. Mais percevoir n'est pas comprendre, Chloé. Nous l'avons expérimenté à nos dépens avec la dernière prophétie en date. Têtus comme vous êtes, vous n'avez jamais pu vous empêcher de mettre des mots sur toutes vos découvertes ; peu vous importait si la traduction laissait à désirer dans son ensemble.

— OK, OK mais... l'interrompit-elle. En quoi le my— le schéma de Perséphone me concerne ?

Perséphone, Perséphone. Le mythe de Perséphone ; Chloé l'avait déjà lu quelque part. Trixie avait été fascinée par les contes de fées, anciens comme nouveaux. Elle lui avait acheté un livre pour enfants il y a quelques semaines, sur les mythes et légendes du monde. L'histoire de Perséphone y était, elle s'en souvenait vaguement.

Cette fille innocente. Le Dieu des Enfers qui s'était épris d'elle et—

Prise d'un doute, Chloé dévisagea Lucifer - l'actuel Dieu des Enfers, épris d'elle - fille innocente.

— Il n'est pas question de moi allant en Enfer, j'espère ?

Cela le fit rire, quoique qu'il parut vexé par ses propos. Bien sûr, Lucifer ne l'amènerait jamais de force avec lui nulle part ; elle le savait. Elle le savait fidèle à sa parole, à ses principes. Jamais il ne foulerait du talon la liberté de qui que ce soit.

Mais Perséphone s'était... non, devait se faire enlever par le Seigneur du Monde Souterrain, elle devrait être Reine, manger d'un fruit infernal et le seconder dans ses fonctions. C'était un schéma possible, leur désagrément mythifié comme il disait un peu plus tôt.

Alors...

— Jamais. Je mourrais avant que cela n'arrive, Chloé.

Il n'avait pas buté sur son prénom.

Elle l'avait remarqué. Lui également.

— Non, il est plutôt question de...

Lucifer hésita, il serra le poing sur le rebord de la baignoire avant de croiser son regard interrogateur. Elle l'enjoignit à poursuivre d'un haussement de sourcil, ce qu'il fit - non sans prendre une profonde inspiration au préalable.

Quoiqu'il dût lui révéler maintenant, cela semblait requérir toutes ses capacités respiratoires.

— Il est question de notre... déclaration.

Chloé comprit davantage à quoi il faisait allusion par son embarras manifeste et l'égarement systématique de son regard que par son discours précautionneux. Tout était question de vocabulaire, de perception.

Leur déclaration.

« Je vous aime. »

— Oh.

Elle fronça les sourcils.

— O-OK ? ajouta-t-elle ensuite, toujours perplexe. Je-... Et c'est une question problématique ou... ?

Lucifer sourit.

— Cela l'est plus pour certains que pour moi, oui. Michael me l'a bien fait comprendre en prenant en charge mes fonctions royales, dit-il sur un ton désinvolte en montrant du doigt l'ecchymose violacée sur son cou.

Qu— ?! Michael ?

Il haussa les épaules, grimaçant sous l'action desdits muscles éraflés.

— Un autre de mes frères, pas le plus sympathique. Ni le plus intelligent. Il n'est pas grand-chose d'autre qu'une masse ailée de rage et de dévotion aveugle, à dire vraie.

— Mais pourquoi ?

Reposant sa tête sur le rebord, Lucifer laissa échapper un soupir d'aise, ses yeux mi-clos avertis de l'expression profondément troublée de Chloé.

— Pourquoi quoi, Inspectrice ? marmonna-t-il avec lenteur. Pourquoi cela pose problème à Michael et à mon Père que nous nous soyons déclarés l'un à l'autre ? Pourquoi Michael a-t-il exprimé son mécontentement ainsi ? Ou...

Il étouffa un bâillement, clignant des yeux.

—...pourquoi me remplace-t-il momentanément en Enfer ? Les possibilités sont multiples.

Chloé écarquilla les yeux, les questions – ou les réponses, elle n'aurait su dire quel vocabulaire était le plus approchant – de Lucifer tournoyant douloureusement dans son esprit.

Leur « amour » posait un problème à-à... Dieu ?! C'était...

Oh, mon D—

Lucifer parlait de Perséphone il y a cinq minutes à peine !

Mettre en exergue la divergence de leur perception constituait un euphémisme, là était la perception de Chloé. Cette dernière prit une profonde inspiration, percevant une multitude d'angoisses à l'orée de ses pensées rationnelles.

— Eh bien, disons les trois !

Un second bâillement, complètement découvert, étira ses traits. Il lui répondit, sa tête dodelinant d'un côté - vers le mur, puis de l'autre vers le rebord.

— Eh bien... C'est un problème parce que je ne peux plus rester éternellement en Enfer maintenant que je suis littéralement tien, que tu es littéralement mienne. Cela aurait fini par nuire à ma santé comme à la tienne. Et il se trouve que mes fonctions royales ont pris une tournure très littérale au temple m'ya, donc... Tu vois où est le problème. C'mme Perséphone.

Sa tête se décida pour le mur, plus vaste et plus confortable.

— Michael est du genre à avoir des arguments percutants et... Il me r'mplace parce que...

Les yeux fermés, Lucifer marmonna sa réponse au ras de l'eau. Chloé le dévisagea, partagée entre stupéfaction et inquiétude.

— Lucifer ? Lucifer, eh !

Il tressaillit, à peine.

— Hm ?

— « Parce que » quoi ?

Il inspira, expira lentement ; déjà trop loin pour qu'elle le rattrape, ni ne le retienne bien longtemps. Il ne parvenait même plus à ouvrir les yeux, à laisser les syllabes modeler le mouvement de ses lèvres figées d'un sourire paisible.

— P'rce que... dit-il d'une voix quasi inaudible. Di'u l'a o'...donné. 'vons un marché, Lui e' moi.

— Un marché ? Quel marché ? Lucifer ?

Ce dernier demeura silencieux, profondément assoupi dans les eaux tiédis par ses interrogations. Celles-ci l'avaient aussi épuisé, à n'en pas douter ; un grand nombre de choses - dont son frère Michael - l'avaient épuisé. Elle le détailla longuement, tergiversant sur ce qu'elle devrait faire maintenant. Dormir ainsi jusqu'à ce que l'eau se refroidisse complètement n'était pas une bonne idée, d'autant qu'elle le savait vulnérable à ses côtés, mais Chloé ne pouvait se résoudre à le réveiller.

Son sommeil avait été ponctué de cauchemars la nuit et journée précédente ; il avait besoin de cela. Même Dieu semblait le penser, pour l'avoir autorisé à revenir auprès d'elle.

Momentanément.

Lucifer avait dit « momentanément ».

Un moment, c'était la seule estimation dont elle disposait. Il était là pour un moment.

Chloé soupira, laissant de côté ses préoccupations pour l'observer une fois de plus, lui-même épargné de toutes préoccupations, de tous schémas possibles ou défaut de vocabulaire pour un temps. Elle posa sa main sur sa joue à la suite d'un nouveau tremblement, le taisant d'une caresse.

Il était là.

C'était à la hauteur de ses perceptions.

Elle pouvait taire le reste l'espace d'un moment.


Notes d'autrice :

Voilà - déjà un peu plus d'explications (certes marmonnés dans une baignoire fumante) sur son retour. Que voulez-vous ? J'aime ménager le suspense jusqu'au bout ! Tout cela sera développé au fur et à mesure des chapitres et de l'histoire.

Prochaine publication dans quelques semaines au mieux (vacaaaancessssssssss !)

Merci beaucoup d'avoir fait un détour pour ce chapitre 😉