Musique :

Lost Control (With Lions).


SACRO-SAINT CRÉTIN

13


— Celui qui a fait ça est une très mauvaise personne.

Qui que ce soit présent dans la pièce, vivant et conscient de la gravité de l'acte perpétré ici, n'irait pas contredire Ella.

Qui verrait quelque chose de "bon" dans le meurtre ?

Les responsables n'étaient pas systématiquement mauvais, mais… les conséquences étaient toujours très loin de ce qu'ils espéraient tous.

La réaction de Lucifer fut également bien loin de ce que Chloé espérait.

— Le mal est une conception toute humaine, Miss Lopez. Quoi de plus normal lorsqu'on connaît vos origines.

Devant les regards interloqués de Chloé, Dan et Ella, il ajouta ;

— "Et Dieu créa l'Homme à Son image" ?

— J'ai une préférence pour ; "Il a été meurtrier dès le commencement, et il ne se tient pas dans la vérité, parce qu'il n'y a pas de vérité en lui", récita Dan du coin de la pièce.

Chloé avait croisé son regard passé la première partie de citation, aussi agacée que culpabilisée par la dernière partie concernant la vérité. Elle avait conscience que ses paroles la concernaient autant qu'elles concernaient Lucifer. Elle savait ne plus pouvoir repousser une réelle discussion sur ce qui s'était passé ce soir-là au temple.

Elle ne pouvait pas non plus dire la "vérité", comme il l'exigeait implicitement ici.

Qu'était-elle supposée dire ?

Lucifer a mis au pas une invasion de démons possesseurs de corps décédés avant de partir en Enfer maintenir l'ordre pour notre sécurité à tous ?

Lucifer soutint le regard "mauvais" de Dan, bloc impassible - presque amusé de l'attaque biblique moralisatrice réservée au Diable - jusqu'à l'insinuation d'un cruel manque de vérité dans tout ce qu'il pouvait dire ou faire depuis le commencement. Il se tendit devant la porte grande ouverte sur la rue, les voisins et autres curieux résidant ou non dans le quartier de leur nouvelle victime.

Il ne tint qu'à l'intervention d'Ella que l'échange de citations ne tourne à un échange moins politiquement correct, voire de poings, sur une scène de crime.

— Vous voyez ? On ressent tous ce manque aujourd'hui ! Tout ça parce qu'il existe quelqu'un de suffisamment dérangé pour tuer le jour du Grand Patron...

Elle secoua la tête, son appareil levé doucement à hauteur de son visage navré pour un nouveau cliché de celui de la victime, fixation mortuaire d'un crime profanatoire envers Dieu.

— Le dimanche est Son jour. Ça et le jour de Ben, dit-elle.

— Ben ? répéta Chloé, intriguée.

Ella hocha la tête et passa la lanière de son appareil sur son épaule avant de prendre du matériel dans son sac posé à ses pieds.

— 'Ben & Jerry's' Karamel Sutra dans mon canapé après l'office.

— Quelle fieffée gourmande vous faites, Mis Lopez ! Après la sanctification d'une entité incorporelle décérébrée qui plus est ; ajouta Lucifer, insistant exagérément sur le mot "décérébré" lorsque son regard croisa celui de Dan.

Partagée entre amusement et un conflit intérieur de plus en plus pesant, Chloé se garda bien de croiser le regard de l'un comme de l'autre, autrement plus intéressée à résoudre ce crime que les problèmes relationnels de son ex et futur conjoint.

Futur conjoint ?

Cette dénomination passa si vite dans le train de ses pensées qu'elle ne s'en étonna qu'après-coup. Ce n'était pas tant la dénomination que son implication qui la dérangeait.

De dénominations pour les définir, elle et Lucifer ; Chloé en avait à la pelle.

"Roi et Reine de l'Enfer" gagnait la médaille de l'exagération, quoique pas tant exagérée pour la réalité des faits. Mais c'était un fait, plus qu'un souhait, plus qu'un mot bien à eux.

Pour eux.

Les autres mots étaient simples, plus compliqués, qui ne convenaient pas totalement à leur couple. Même le mot couple sonnait…

À côté ?

Partenaires, compagne et compagnon…

Petit-ami ? Ugh, non ; elle n'était plus une enfant.

Deckerstar ? Plus un titre élogieux qu'une réelle définition de ce qu'ils étaient.

Qu'étaient-ils finalement ?

Que pouvaient-ils être en quatre mois de temps ?

Que pourraient-ils retrouver après huit mois - plus pour lui - de séparation ?

Retrouve qui a fait ça, Chloé. Retrouve un peu de normalité dans ta vie.

Cette autre pensée amena un long soupir sur ses lèvres. Il y avait tellement mieux qu'un meurtre pour retrouver une "vie normale" après que le Diable eut commencé à y faire son nid. Un sourire étira ses mêmes lèvres alors qu'elle imaginait Lucifer se nettoyer les plumes comme n'importe quel autre oisillon de la faune terrestre.

Après tout, Dieu pouvait très bien s'être inspiré de ses enfants pour créer le reste, comme Il s'était inspiré de Lui-Même pour créer l'Homme.

Penser au meurtre fut également rassurant, rassurant - quelque part - de constater que sa vie n'avait jamais été… banale, même dans le cadre de la "normalité".

Elle ne l'avait jamais été de toute façon.

— Quel bazar… dit Chloé en regardant autour d'elle.

Elle enjamba un vase en terre cuite brisé devant la porte ouverte, probablement posé à côté de celle-ci pour égayer l'intérieur modeste de la victime. La décoration était modeste elle aussi, à l'image du quartier. El Sereno n'était pas vraiment une escale pour touristes et encore moins pour le reste de L.A.

Chloé ne put s'empêcher de faire le rapprochement avec le meurtre de Penelope Sanchez.

L'East Los, encore.

Encore une mort mystérieuse, qui sortait du cadre des meurtres recensés le plus souvent dans cette partie de la ville du moins, en moins de deux semaines.

Peut-être juste une coïncidence ?

Sanchez n'habitait pas dans ce genre de quartiers défavorisés, au contraire de Jessie Evans - étendue sans vie entre l'entrée de la cuisine et le salon, son visage enfoui dans le tapis circulaire de la largeur de la table basse ; un assemblage de bois d'occasion et de verres de différentes couleurs pour le dessus.

Et les cambriolages étaient monnaie courante par ici.

Chloé secoua la tête.

Tout de même… qui irait agresser une jeune femme au mieux de sa forme physique en pleine journée ?

— Ouais, y'a définitivement eu lutte ; commenta Dan en montrant les craquelures dans le verre, à côté d'une tasse dont le contenu imbibait désormais le tapis autant que tout le sang perdu par Jessie.

— Elle connaissait peut-être son agresseur ? s'interrogea-t-elle sans cesser de regarder la théière encore intacte sur le bord de la table.

Lucifer se pencha en avant, inspectant l'intérieur du récipient avec un reniflement dédaigneux.

— Qui l'aurait tué pour avoir servi de la poudre séchée parfumée ?

— On ne tue pas pour si peu, répliqua Dan.

Lucifer se redressa, secouant la tête.

— Et vous faites partie du L.A.P.D…

Dan le regarda droit dans les yeux.

— Un point de détail qu'il voudrait mieux pour vous garder à l'esprit, l'avertit ce dernier.

Lucifer arqua un sourcil.

— Excusez-moi ?

— Ella, il faudra analyser le thé une fois de retour au commissariat, sait-on jamais… s'empressa de les couper Chloé, approchant sa seule main gantée de la théière en céramique bleu. Elle est encore tiède.

— Je vous déconseille d'en boire, Inspectrice ; lui dit Lucifer, l'étrange menace de Dan oubliée pour l'instant.

Cette dernière leva les yeux au ciel en enfilant son autre gant.

— Parce que c'est une pièce à conviction utile à l'enquête ?

— Parce que c'est imbuvable ! répondit-il avec sérieux. Du thé en sachet… Voilà un véritable blasphème !

— Alors c'est vrai ? Les Britanniques sont très à cheval sur l'art du thé ? s'amusa Ella de son emportement en prenant des clichés supplémentaires de la table, tasses brisées et théière tiédie d'un meurtre qui glaçait le sang.

— Je ne suis pas Britannique. Je suis Diabolique.

Ella parut dubitative.

— Et l'accent c'est pour… ?

— Pour aller avec mon charme naturel, répondit Lucifer avec le même sérieux.

— Vraiment ? s'étonna Chloé.

Il haussa les épaules.

— Je maîtrise toutes les langues parlées présentes et passées, Inspectrice. Il aurait été idiot de ma part de ne pas en tirer parti. Et puis… je sais qu'il vous plaît tout particulièrement. C'est preuve que mon choix était le meilleur, hm ?

Elle aurait pu difficilement nier, pas avec ce frisson d'excitation qui remonta jusqu'au creux de ses épaules. Elle le fusilla du regard, cependant - agacée qu'il ne respecte plus autant les barrières professionnelles qu'ils s'étaient imposés depuis son retour.

Agacée de se rendre compte qu'il ne les dépassait pas la seconde suivante, que c'était simplement la… "normalité".

C'était eux.

C'était elle qui vivait les choses différemment, qui y voyait beaucoup plus qu'une taquinerie sans suite.

Mais la suite viendrait.

Elle venait à toute vitesse, comme toutes les pensées honteuses qui suivirent ce frisson d'anticipation.

— Lucifer…

Inspectrice ? s'enquit-il de cette "meilleure" intonation pour son charme diabolique.

— C'est une scène de crime.

— De toute évidence.

— On se concentre sur le crime ? proposa-t-elle.

— Super idée, dit Dan.

Lucifer hocha la tête, son sourire amusé - fier, peut-être, de l'effet qu'il savait avoir sur elle - ne quittant pas son visage tandis qu'il repartait vers la porte, Ella lui soufflant au passage, pouce levé ;

— Super choix, mec.

— Merci, Miss Lopez.

Secouant la tête, Chloé tira sur ses gants et fléchit les doigts avant de prendre un des cadres tombés sur le tapis. Le verre était fendu sur le milieu, une diagonale presque parfaite en travers du texte préservé de la poussière et du sang qui avait imbibé une bonne partie de la laine synthétique.

— On dirait que notre victime était croyante elle aussi, dit-elle, ses doigts passant sur le verre à hauteur de la croix qui surplombait le texte.

Elle fronça les sourcils.

— C'est quoi, du latin ?

Elle n'eut pas le temps de décrypter la première phrase que Lucifer s'était à nouveau rapproché d'elle pour essayer de lui prendre le cadre des mains.

— Cela serait approprié en ce dimanche de sainteté, dit-il.

Chloé écarta sa main gantée de la sienne tendue par-dessus son épaule, lui donnant une pichenette réprobatrice sur le bout des doigts.

— Autant que de ne pas contaminer les éventuelles preuves. Gants ?

Lucifer leva les yeux au ciel.

— Bien sûr… Les gants éviteraient assurément la contamination de la sacro-sainte Parole Paternelle par mon toucher diabolique, comment n'y ai-je pas pensé plus tôt ?

Chloé rit doucement, l'expression boudeuse de Lucifer désarmée par sa réaction. Un sourire purgea son visage de la tension pesante des accusations infondées, quoique parfaitement compréhensibles, de Dan à leur égard. Désireuse de faire perdurer cette légèreté sans gravité pour le crime grave perpétré ici, Chloé s'abstint de regarder en direction de son ex, ni même d'écouter de trop près ses soupirs et marmonnements insultants près de la fenêtre.

Elle reporta son attention sur le cadre.

— "Quasi gregem, sunt posuit in inferno; mortem facit eorum pascua...", lut-elle à haute voix. "Gregem"..."gregem" ; ça veut dire "bande" ou "groupe", non ? "Inferno" pour l'Enfer et "Mortem" pour mort. C'est un peu macabre.

— Plus précisément ; "Comme un troupeau, ils sont mis dans le séjour des morts. La Mort en fait sa pâture. Et bientôt, les hommes droits les foulent aux pieds, leur beauté s'évanouit, le séjour des morts est leur demeure" ; traduisit Lucifer avec une aisance qui n'étonna que deux personnes présentes sur trois.

Enfin… Chloé s'habituait encore, lentement mais sûrement.

Passée son étonnement, Ella frissonna devant le corps.

— Les Psaumes… grogna-t-elle en secouant la tête. Pas ma partie préférée du Livre Saint.

— Nous sommes deux, dit Lucifer. Non pas qu'il y ait matière à préférer quoi que ce soit entre ces lignes rébarbatives. Mais je m'étonne de vous voir connaître quelques mots latin, Inspectrice ! ajouta-t-il en se tournant vers elle.

Haussant les épaules, Chloé reposa le cadre où elle l'avait trouvé.

— Quelques mots, c'est tout.

C'était le moindre à connaître après des jours passés sur le net ou le nez plongé dans des écrits obscurs. Elle n'en avait retiré que cela d'utile, vraiment ; vraiment agacée que chaque site, chaque livre lu d'une page à l'autre, chaque source terrestre d'informations disponible ait donné raison à Lucifer sur un point.

La perception humaine craignait vraiment.

Des siècles et des siècles de sanctification, d'échanges d'idées sur le Bien, le Mal, sur Dieu, le Diable, sur l'Enfer, le Paradis ; des années de jugement imbécile prétendument poussés sur chaque détail de cette si grande question - Comment fonctionne l'Enfer ? - et personne ne s'était toujours mis d'accord là-dessus.

Comment l'Humanité avait seulement pu se mettre d'accord sur le fait que le Diable et le Mal ne faisaient qu'un ?

Unis dans la bêtise, éparpillés dans la véritable connaissance.

Chloé connaissait le Diable, au moins.

Mais elle voulait connaître davantage.

Elle s'était promise de ne plus faire cavalier seule dans cette quête de… perceptions multiples depuis Kinley, depuis le départ de Lucifer. Et elle n'avait pas été seule, les premiers temps. Linda l'avait écoutée, répondu aux questions générales sur Lucifer, comme Amenadiel sur la gestion de l'Enfer du temps où il complotait contre son frère pour le ramener là-bas. Maze y avait été de ses commentaires sur les frontières de l'Enfer ; qui passait, qui les gardait et pourquoi.

"Il y a certaines créatures qui ne sont bienvenues nulle part, tu sais ?"

Puis chacun s'était fait à la possibilité devenue peu à peu vérité ; la vérité étant que Lucifer ne reviendrait pas.

Mais il était revenu.

Et il repartirait, encore.

Chloé était résolue à ne pas le laisser partir aussi facilement que la première fois. Et s'il devait partir malgré tout, eh bien… elle voulait s'assurer d'avoir fait tout ce qui était possible pour le garder auprès d'elle, en sécurité.

Il était revenu, quand tout laissait croire que non, quand tous lui disaient qu'il n'avait pas eu le choix, que c'était la seule solution pour tout le monde.

Qu'il eût fait un marché avec Dieu, que l'Enfer ne pût contenir le grondement indiscipliné des démons que pour quelques mois, que Michael ne fût pas Lucifer, qu'il ne fût pas le Roi légitime… tout ça sonnait comme "vérité", tout ça devait encore être démontré, démenti avec de la chance.

Avec quelques recherches.

Des recherches qu'elle ne tenait pas à partager pour le moment.

À quoi bon ?

Elle savait déjà ce que chacun dirait de tout ceci ; énoncé différemment selon l'interlocuteur, mais le message resterait la même déception, ce même poignard dans le coeur pour elle.

C'est ainsi, on n'y peut rien.

Elle ne pouvait pas abandonner.

Pas juste parce que cette dernière semaine de recherche s'était révélée infructueuse à chaque nouvelle intersection empruntée, pas juste parce que Lucifer semblait s'accommoder de la situation…

Pas juste parce que "c'était ainsi".

C'était d'eux qu'il s'agissait, c'était lui - Lucifer, son… son indéfinissable moitié - qui importait pour elle.

— Je serais ravi de combler les trous linguistiques pour vous Inspectrice, susurra Lucifer avec un sourire en coin.

Chloé tourna légèrement son visage vers le sien, plus proche qu'elle ne l'aurait cru. Il ne tenait qu'à un mouvement de plus de combler l'espace restant, ses pensées tournées intenses pour le double-sens de sa remarque.

La sensation proche de son corps près du sien aurait presque pu occulter le reste. Elle-même n'était pas loin d'occulter le reste, ses sens enhardis par le manque. Cela faisait des jours qu'ils n'avaient plus été aussi proches l'un de l'autre, encore moins ensemble aussi longtemps dans la même pièce.

N'eut été ce nouveau meurtre signalé dans le courant de l'après-midi, Chloé ne l'aurait probablement plu vu avant mardi soir - soir de leur rendez-vous -, occupée qu'elle avait été avec la paperasse pour l'affaire encore non-résolue du meurtre de Sanchez et lui, occupé de son club et d'autres choses toujours plus importantes qu'une autre dose "barbante" de paperasse. Éplucher les dossiers des volontaires du centre avec Francis n'entrait pas dans les prérogatives de leur partenariat, selon lui.

Et si elle voulait être honnête, ça n'était pas non plus entré dans ses prérogatives personnelles de "résultats" ou de "pistes solides".

Dan avait eu raison là-dessus ; la personne qui avait fait ça avait également été suffisamment intelligente pour donner un faux nom et enlever sa photo de son dossier personnel. Il avait même pris soin de ne donner qu'un profil partiel et inexploitable sur les caméras de surveillance du centre. Il était d'autant plus intelligent de prendre un junkie comme complice principal d'un meurtre quand on pouvait entendre la description globale de Francis.

Un coup les cheveux à hauteur d'épaules et bruns, puis courts et roux, les yeux globuleux et gris, ensuite petits et verts…

Elle ne l'admettrait jamais mais…

Lucifer avait eu raison de ne pas s'impliquer davantage, même si elle aurait voulu l'avoir auprès d'elle malgré tout.

Chloé avait été réticente à le laisser vaquer à ses occupations - quelles qu'elles fussent -, mais elle ne pouvait pas non plus le garder auprès d'elle de jour comme de nuit sous prétexte que ces jours, ces nuits, viendraient à se terminer bientôt.

Ses mains devinrent très vite moites, collées au latex comme elle aurait aimé pouvoir se coller à lui, à ses lèvres, pouvoir oublier la moindre parcelle de vide de sa vie. Son coeur battit le rythme d'une panique qui ne lui était plus si étrangère maintenant.

Un coup pour l'Enfer et ses mystères qu'elle ne comprendrait jamais.

Un autre pour le temps passé, passant encore.

Le suivant pour le temps présent, le temps restant.

Avant mardi.

— Pas sûr que les croyances de cette femme nous aident à combler les trous qui entourent son meurtre… marmonna Dan.

— Voyons, Daniel ! s'exclama Lucifer en détournant son visage de celui de l'inspectrice. C'est Son jour !

Chloé toussota, les joues rosies, avant de se redresser.

— Dan a raison. Revenons à nos moutons.

Le rire de Lucifer emplit la pièce tandis que sa main effleurait l'avant-bras de sa partenaire, celle-ci frissonnant d'un plaisir inapproprié et inattendu sous sa manche.

— Oh, bien trouvé Inspectrice ! Quoique j'aurais plutôt choisi "brebis" pour coller à l'image simpliste du troupeau précité ici.

— Ella ? s'enquit Chloé.

Ella écarta quelques mèches encore poisseuses du sang de la victime de la plaie, juste derrière l'oreille gauche.

— Elle est morte du coup porté à la tête, c'est sûr - vu la quantité de sang sur le tapis. Peut-être…

La légiste réfléchit une seconde, regardant autour d'elle les débris de céramique, puis la batte de baseball qui avait roulé sous le canapé.

— Probablement asséné par un objet contondant ?

Ella tourna le manche entre ses doigts, le bois poli par les années et son utilisation fréquente révélant une tache de sang coagulée un quart de cercle plus tard.

Définitivement un objet contondant.

Lucifer lâcha une exclamation amusée.

— Le baseball est définitivement Son truc.

Chloé haussa les sourcils.

— Vous n'aimez pas le baseball ?

— Il n'aime pas les sports d'équipe en général... marmonna Dan dans son coin, ses yeux posés sur son calepin.

Lucifer accueillit cette remarque d'une regard noir sans pour autant répondre à la provocation.

— J'ai mes raisons. Qui aimerait voir un home run aussi regrettable, de toute façon ? murmura-t-il, sincèrement peiné par le sort de la femme étendue à leurs pieds.

Elle était jeune, oui.

Beaucoup trop jeune, plus que Chloé.

Cette dernière regarda sans un mot les traînées de sang partant des cheveux foncés de feu Jessie Evans - trente ans, caissière dans une supérette du coin et sans enfants ; sans famille proche ou connue - vers sa joue et le coin de son oeil gauche; ouvert sur cette éternelle question.

Pourquoi moi ?

C'était sans doute son imagination, mais maintenant qu'elle savait, Chloé s'imaginait très bien cette question se répéter encore et encore pour les nombreuses victimes culpabilisées avant leur mort, tourmentées après celle-ci pour l'éternité entière.

Jessie en faisait-elle partie ?

Être croyante ne vous protégeait de rien.

Kinley le savait, où qu'il fusse torturé en Enfer.

Le regard de Chloé repartit naturellement vers son partenaire.

Pouvait-il savoir si elle était en bas, elle aussi ?

Elle pinça les lèvres en sachant qu'il ne tenait qu'à quelques mois terrestres d'avoir réponse à cette question, peut-être moins si l'estimation de Lucifer se révélait inexacte. Comment savoir si l'Enfer, si cette "Lilith" et Michael pouvaient tenir la bride serrée jusqu'à son retour ?

C'était l'Enfer.

L'Enfer pour jamais liée à Lucifer.

Et si quelque chose se produisait ? Si Michael flanchait devant la tâche, s'il la rendait plus compliquée pour Lucifer une fois de retour ? Et si Lilith se lassait de faire le boulot du Diable, si jamais elle voulait plus - davantage responsable du maintien de l'ordre infernale en l'absence du seul roi légitime ?

L'Enfer a été ainsi conçue qu'aucun démon ne peut s'emparer du trône. Seul un être céleste peut régner. Un ange...

Eh bien, Chloé et Lucifer étaient ainsi conçu qu'aucun des deux ne pouvaient vivre sans l'autre, sans écouter leurs besoins.

Peut-être même plus Lucifer qu'elle, "simple" miracle désireuse de voir le Diable rester ?

Je suis bien le dernier à ne pas écouter mes désirs, n'est-ce-pas ?

Je ressens aussi beaucoup plus.

Je veux plus ; pour toi, pour moi.

Plus.

Était-elle seulement en mesure de lui donner ce dont il avait besoin, ce qu'il désirait le plus au monde ?

Elle fut tirée de ses pensées par la sonnerie d'un téléphone.

Lucifer sortit le sien de sa poche intérieure, jetant un oeil au nom affiché sans même décrocher. Chloé eut un sourire en coin.

— Ne me dites pas que Maze fait encore des siennes…

— Après le marché que vous nous avez imposé par la force, Detective ? Elle n'oserait jamais ! Je me suis suffisamment excusé pour être tranquille une décennie entière.

Elle vit Dan hausser un sourcil sceptique.

— Y'en a qui sont vernis.

— Je vais prendre l'appel à l'extérieur, annonça Lucifer, ce à quoi Chloé fronça les sourcils.

— Pourquoi ?

— C'est pour notre rendez-vous, dit-il en contournant le corps sans vie de Jessie.

Chloé ignora le cri tout excité d'Ella de l'autre côté de la table basse.

— "Notre" rendez-vous, oui ; répéta l'inspectrice, Lucifer déjà pratiquement dehors. Qu'est-ce que vous cachez ?

— Rien, Inspectrice. Je suis Diable à cultiver le mystère, voilà tout.

Ne lui laissant pas l'occasion de le retenir davantage, Lucifer sortit sur le perron, portable à l'oreille, hors de portée de toutes oreilles indiscrètes ; celles de Chloé comme celles de toute autre personne vivante alentour.

Ella cria plus fort sa joie pour son amie.

Oooooh ! C'est trop mignon !

— On peut se concentrer sur le corps à nos pieds ? demanda Chloé d'un ton embarrassé.

— Je ne demande que ça… dit Dan en s'approchant dudit corps, plus agacé qu'il n'était au départ.

-xXx-


L'après-midi n'était pas encore terminée que Chloé avait atteint un agacement quasi similaire, quoique certainement pas pour les mêmes raisons. L'irritation monta d'un autre cran lorsqu'elle leva les yeux de ses papiers.

— Dis-moi que tu n'as pas commandé de montgolfière ou un jet privé, dit-elle.

Lucifer leva les yeux de son portable, principale source d'irritation de Chloé - juste après ledit possesseur de l'engin, fantomatique partenaire de ces dernières heures d'investigation. Elle était bien consciente que les débuts d'enquête n'étaient pas systématiquement… passionnants, passé la découverte et analyse de la scène de crime ; les photos et papiers dispersés sur son bureau pouvaient en témoigner.

Elle savait aussi que Lucifer n'était pas du genre à rester en place plus de quelques minutes, mais le voir partir prendre coup de fil sur coup de fil, qu'importe ce qu'ils étaient occupés à faire - interroger les témoins, rassembler les preuves, potasser les témoignages récoltés et les très rares images de surveillance disponibles dans ce secteur d'habitation…

Ça commençait sérieusement à lui taper sur le système.

D'autant plus quand il mettait un point d'honneur à la maintenir dans l'ignorance.

D'autant plus quand elle n'arrivait pas à tenir la bride à ce sentiment de panique en interrogeant, rassemblant et en potassant les indices disponibles.

Cela était devenu pire au fil des heures.

Elle ne parvenait à se concentrer sur rien, quand elle ne devrait avoir à l'esprit que la meilleure façon de trouver la personne qui avait fait ça à cette femme.

Rien n'avait assez de pouvoir sur le Diable.

Rien de ce que ferait Lucifer ne rendrait la situation "normale".

— Commander un jet privé ? répéta ce dernier. Pourquoi ferais-je une chose pareille ?

— J'en sais rien. C'est toi qui tiens les rennes de notre rendez-vous, on dirait.

— Il est plus question d'un manche et de tableau de commandes dans ce cas précis, dit-il en rangeant son portable dans sa poche après ce trentième échange de textos.

Chloé arqua un sourcil, ce à quoi Lucifer répondit après s'être assis sur le bord du bureau ;

— Pas de commandes extravagantes d'aucune sorte, tu as ma parole.

— Pas de montgolfière ?

— Pas la moindre. La météo ne s'y prête que très peu, de toute façon.

Elle sourit.

— Pas de jet privé ?

— Aucun de commandé pour l'occasion, Inspectrice. J'en ai trois en ma possession.

La voyant écarquiller les yeux, il leva la main avec un sourire amusé.

— Et aucun que je ne prévois d'utiliser.

Chloé respira un peu mieux. Souriant elle aussi, elle attrapa une photo coincée sous le postérieur de son partenaire qu'il souleva lentement pour elle, son sourire s'élargissant. Tirant la photo d'un coup sec, elle détourna le regard de son fessier tentateur.

— J'espère bien ; le prévint-elle. J'ai Trixie toute la semaine et je ne me vois pas demander à Maze de la garder plus longtemps qu'une soirée.

— Pourquoi ne pas demander à ton ex, en ce cas ?

— Parce que dans le mot "ex" il y a "ex" ?

— Un mot court si l'en est, que l'inspecteur Crétin semble mettre un temps considérable à intégrer, hm ? pointa Lucifer en sortant sa flasque de son autre poche.

Dévissant le goulot sous le regard réprobateur de Chloé, il haussa les épaules.

— Enfin… les êtres décérébrés comme lui ne sont pas réputés pour leur rapidité d'esprit.

Chloé posa la première photo devant elle pour en piocher une autre, à l'opposé de son partenaire. Elle haussa les épaules à son tour, ses doigts passant sur les yeux sans vie de Jessie Evans.

— Ce n'est pas tant notre…

Elle hésita si longtemps que Lucifer avait déjà avalé deux-trois gorgées de whisky et revissé le goulot. Passé un quatrième mouvement circulaire de ses doigts autour du bouchon en argent, il arqua un sourcil intrigué.

— Notre… relation le problème que la façon dont tu es parti, parvint-elle à dire sans buter sur le mot.

L'expression dubitative de Lucifer ne disparut pas.

— J'ose espérer que tu ne prévois pas d'autres "excuses marchandées" pour ton ex, dit-il d'un ton suspicieux.

Chloé leva les yeux au ciel.

— Ce n'est pas ce que j'avais en tête….

— Tant mieux ! Je ne voudrais pas avoir à calmer ce charmant "Crétin" autrement que par mon charme naturel.

Naturel ? Elle n'aurait pas dit ça ainsi.

Diabolique ? Oui, plus approprié.

— Je m'étonnes de lui avoir manqué d'une quelconque façon, cela dit ; poursuivit Lucifer, sourcils froncés. Qu'aurais-je dû faire, déposer un panier de pudding devant sa porte avec une carte d'adieu ?

— Ce n'est pas toi.

Il se retourna vers elle.

— Mais tu viens de dire que-

— Oui, c'est toi. Ça a un rapport avec toi et ton départ, mais…

Chloé poussa un profond soupir, ses doigts tapant les bords du cliché à répétition.

— … c'est ma faute, dit-elle.

— Comment cela ?

Un autre soupir franchit ses lèvres tandis qu'elle croisait le regard perplexe de Lucifer. Elle regarda autour d'elle, s'assurant qu'aucune oreille indiscrète ne traînait dans le coin, s'assurant que Dan était toujours occupé à son propre bureau - figure solitaire d'une droiture professionnelle qu'elle peinait de plus en plus à respecter depuis qu'elle savait toute la vérité sur Lucifer.

Elle n'osait même pas penser aux fois d'avant, tous ces détails étranges qui avaient bien failli lui faire franchir cette limite cruciale entre le "bien" et le "mal", ce qui était permis ou non pour rendre justice aux victimes… Tous ces détails qui n'avaient qu'une seule et même origine ; le Diable assis sur son bureau.

Ce couteau qui avait disparu des pièces à conviction, quand Lucifer s'était présenté "soûl" - enfin.. maintenant elle savait que c'était littéralement impossible pour lui - sur une scène de crime, soûl ou à deux doigts de tomber de fatigue - ingérable en plein milieu d'une enquête pour meurtre.

Bon sang, il lui avait fait dépassé les limites dès les premiers jours de leur rencontre.

Il avait "kidnappé" leur principal suspect dans un accident de voiture, lui avait donné une arme et l'avait joué règlement de compte façon vieux western.

Comment pouvait-elle encore s'étonner que Dan ne lui fasse pas plus confiance que ça ?

Après tout cela, après ce qui était arrivé à Charlotte…

Cette faveur demandée au temple maya, c'était-

C'était une belle connerie de sa part.

— Je… J'ai… Je lui ai demandé de m'aider à couvrir nos traces au temple maya cette nuit-là ; avoua Chloé sans oser regarder Lucifer.

N'entendant rien de plus que leur souffle respectif et le brouhaha alentour, elle finit par redresser le menton, intriguée par son silence et plus surprise encore par son expression de pure perplexité.

— Il y avait tes empreintes un peu partout, s'expliqua-t-elle. Les miennes aussi, c'était… J'aurais difficilement pu camoufler ce carnage en suicide collectif toute seule. Je ne voyais pas qui appeler d'autre.

— C'était un risque inutile, Inspectrice ; dit-il enfin.

— Je pouvais encore moins risquer de perdre mon badge, Lucifer ; répliqua-t-elle, agacée par sa réaction.

— Je voulais dire par là qu'il fallait appeler Maze.

Chloé fronça les sourcils.

— C'est une démone d'accord, mais pas sûre qu'elle puisse faire disparaître autant de corps sans attirer l'attention…

— Sans attirer l'attention, peut-être pas ; admit volontiers Lucifer en inclinant la tête de côté. Mais sans attiser la curiosité simpliste de ton ex-conjoint, certainement. Justement parce qu'elle est une démone. Ça n'aurait pas été la première fois qu'elle nettoie derrière moi…

Sur ces mots il piocha une photographie sur le bureau, l'inspectant avec un intérêt mitigé avant de noter le regard perplexe de sa partenaire sur lui.

— Quoi ? Ne me dis pas qu'un incendie criminel aurait été plus difficile à couvrir qu'un "suicide collectif", hm ?

— Un incendie ? répéta Chloé.

— Eh bien oui, n'est-ce pas la meilleure façon de détruire les empreintes et de rester fidèle aux faits ?

Effectivement. Si elle avait demandé à Maze de l'aider plutôt que Dan… Elles n'auraient eu qu'à se débarrasser des corps les plus "abîmés" par cette affaire et pour le reste, eh bien…

Ce n'était pas strictement un "feu de joie", mais-

— C'est vrai. Je n'y avais pas pensé, admit-elle après quelques secondes.

Pour sa défense, elle avait eu bon nombre de choses en tête cette nuit-là. Faire intervenir Dan dans cette affaire avait paru la moins pire de toutes. Maintenant, avec un peu de recul, ce recul que Dan ne pouvait certainement pas avoir ; c'était comme si elle s'était tirée une balle dans le pied.

— Quelle idiote… grommela-t-elle.

— Allons, allons… gardons ce titre pour ton ex, tu veux bien ? la réconforta Lucifer avec douceur.

— Dan n'est pas suffisamment idiot pour ne pas se poser des questions, Lucifer. De très pertinentes questions…

— Et c'est un problème ?

Chloé secoua doucement la tête, ses yeux repartis vers le bureau de Dan ; vide. Puis vers celui du Lieutenant. Elle pinça les lèvres, regardant Lucifer.

— Ça pourrait l'être s'il décide d'en parler à quelqu'un. Ce qu'il serait parfaitement en droit de faire.

Lucifer la scruta un moment.

— Tu sais que tu n'as pas à trouver d'excuse à sa possible trahison, n'est-ce-pas ?

— Ce n'est pas le cas, se défendit-elle aussitôt. Et il ne me trahira pas.

Elle l'espérait en tout cas.

Lucifer hocha la tête, désireux de la croire, de croire en sa confiance pour cet homme qui le détestait depuis presque le premier jour de leur rencontre. Il reposa la photographie sur le bureau, son index s'attardant sur les bords brisés du service à thé de la victime.

— Je ne demande qu'à le croire et très franchement, je n'ai rien contre une énième chasse au Diable au nom de la Sacro-Sainte Bêtise de mon Père porté par le Sacro-Saint Crétin du département - tant que tu es pas dans les parages et que cela n'aura aucun impact sur ta sécurité et celle de Béatrice…

Il lui sourit ; sacro-sainte expression de son attachement pour elle et son bien-être, autant que pour celui de sa fille.

Ou je pourrais prendre les choses en main ?

Chloé plissa les yeux.

— En venir "aux mains" plutôt, non ? Vous ne vous insultez pas déjà suffisamment chaque fois que vous vous croisez ?

— Je pensais "en venir à d'autres extrémités", en fait ; dit-il en croisant ces mains accusées à tort sur ses jambes.

Elle le dévisagea. Lucifer leva ses pouces et mima l'envol maladroit d'une vérité parfaitement dissimulée entre ses omoplates.

Chloé ouvrit la bouche.

— Comment t'as su ?

Les deux partenaires tournèrent la tête vers Ella, bras croisés sur sa poitrine et l'ours polaire léchant allégrement une glace dégoulinante de chocolat fondu sur son T-shirt.

— Su quoi ? demanda Chloé.

— Hin hin ! Dis-moi d'abord ton secret, Decker - que je puisse te louer comme il faut ! s'exclama son amie en secouant la tête.

Lucifer rit, amusé.

— Quoi de plus normal en ce jour "Saint"; dit-il. Après tout, vous êtes un miracle de Dieu !

Cette remarque à double-sens lui valut un regard agacé dudit miracle.

— Difficile de te dire comment j'ai su si je ne sais pas de quoi tu parles, Ella ; soupira-t-elle.

— Tu veux une ovation traditionnelle, hm ? J'avais prévu une petite chorégraphie Decker-power mais bon… C'est toi le "miracle" ! consentit Ella avec un haussement d'épaules.

— Et plus encore, commenta Lucifer avec un large sourire.

Chloé ignora du mieux qu'elle put cette intonation charmeuse qui charmait certaines parties de son corps plus qu'elle ne pouvait les contrôler. Elle ignora la pensée qui suivit son regard, d'abord levé d'exaspération, puis baissé sur son entrejambe et ses mains un peu plus bas.

La pensée, le souvenir de ses mains entre ses propres cuisses.

"N'importe où, Chloé."

Elle l'ignora.

Elle essaya.

De toutes ses forces.

— Tu avais raison - parce que tu es in-cro-ya-ble-ment talentueuse ! ; insista Ella sur ces deux derniers mots. Ce thé avait bien quelque chose de pas net !

Lucifer se redressa, rendant "l'ignorance"' de Chloé plus aisée.

— Hormis son goût de cendres ?

L'inspectrice sourit, le taquinant ;

— Ça vous connaît la cendre, hm ?

Les lèvres du Diable hésitèrent entre grimace et sourire ; son regard, entre révolte et désir.

Elle le regarda. Longtemps.

Elle devrait arrêter.

— Son goût aurait été le cadet des soucis de Jessie si elle l'avait bu.

Chloé se libéra de son regard et de sa gêne d'un rapide mouvement de tête, fronçant les sourcils.

— Elle n'en a pas bu ?

— Il semblerait que Le Sacro-Saint Crétin lui ait épargné un arrière-goût déplaisant aux portes de la mort ; dit Lucifer avec un demi-sourire.

— Et pas n'importe lequel ! renchérit Ella. Ce qui nous ramène à ton talent incomparable pour débusquer des pistes inattendues, Chloé.

Elle posa le papier plié dans sa main sur le bureau avec un moulinet du bras d'une exagération incomparable, jouant ensuite des épaules pour accompagner une mélodie victorieuse connue d'elle seule dont elle chanta néanmoins les premières notes.

Decker-power ooooon, go on and wooooon !

Chloé lut le papier, relevant la tête peu après vers Ella, toujours occupée à se dandiner devant son bureau.

— Tétrodotoxine ?

Ella fit une pirouette et claqua des doigts.

— Yup ! Alors ? Comment tu as su ?

Lucifer prit le papier sur le bureau, fronçant les sourcils.

— N'est-ce-pas la même substance qui a écourté la vie de notre précédente victime ?

Chloé hocha la tête.

— Mrs Sanchez, oui.

— On dirait que notre homme court toujours, ajouta Lucifer en reposant le papier sur le bureau.

— 'Tue' toujours ; murmura Chloé.

— Comment tu as su ? répéta Ella pour la troisième fois.

Chloé soupira, secoua la tête.

— J'en sais trop rien. C'est juste… C'est le deuxième meurtre prémédité dans l'East Los en moins de deux semaines, alors…

— Alors tu es géniale, Decker-girl ! la félicita Ella d'une tape sur l'épaule qui fit sourire Chloé.

— Merci.

— Celui-ci n'est pas aussi "prémédité" qu'espéré, Inspectrice ; dit tout à coup Lucifer.

Elle le regarda, lui-même occupé à regarder les diverses photos de la scène de crime éparpillées sur son bureau. Son expression était plus synonyme de concentration que les dernières heures, plus synonyme du Diable en quête de justice que son partenaire en quête de distractions.

Plus immortel qu'humain.

Elle s'imagina cette même expression dans un contexte plus infernal.

Elle s'imagina le Roi en action.

Un autre frisson remonta entre ses omoplates.

— Comment ça ?

— Eh bien, regardez tout ce désordre. Ça ne ressemble pas à notre homme ; il était bien plus méticuleux pour la mise en scène du premier meurtre. Les choses ne se sont pas passées comme il l'espérait. Comme "prémédité"… ou "infusé" ? ajouta-t-il, un sourire léger et fier effaçant la fierté royale de l'instant précédent.

Chloé regarda les photos plus attentivement elle aussi. Maintenant qu'elle savait que les deux meurtres étaient liés sur un détail, d'autres - de prime abord sans importance les premières heures de l'enquête - pourraient apparaître et donner une piste plus solide encore.

Une photo après l'autre, elle repensa à la dernière scène de crime, passa en revue ces détails intrigants autour de l'empoisonnement.

L'une empoisonnée par l'intervention d'un tiers.

L'autre presque empoisonnée... Par une tierce personne, également ?

Peut-être.

Peut-être pas.

Francis avait versé le poison au centre et l'avait ensuite suivie pour s'assurer qu'elle allait bien - rongé de remords. Il avait perdu sa trace quelques minutes plus tard et, davantage rongé par ce qu'il avait osé lui faire, avait rebroussé chemin - jusqu'à un café, où il avait entendu les sirènes une heure plus tard.

Les images vidéos du café le mettait hors de cause pour le reste, même si le plus gros du mal fait était de son… fait.

La croix sous l'oeil de Penelope.

L'eau mélangée au chlorure de sodium autour de sa tête, face contre terre.

Chloé n'avait rien vu de tout ça chez Jessie Evans.

Mais c'était un meurtre "désordonné", comme l'avait si bien fait remarquer Lucifer.

Ça avait tourné à un autre genre de meurtre, beaucoup plus désordonné que prévu par le commanditaire.

Peut-être que Jessie l'avait vu mettre le poison et s'était défendue ?

Peut-être bien qu'ils se connaissaient ? D'avant le meurtre ?

— Que disent le reste des analyses ? Tu as trouvé autre chose ? demanda-t-elle à Ella.

Tournant la tête, elle vit cette dernière secouer la sienne.

— Juste que l'heure de la mort coïncide presque à l'arrivée des secours - les voisins ont été plutôt efficaces sur ce coup…

— "Coincide" ? répéta Chloé. Coïncider à quel point ?

Ella haussa les épaules.

— Au point que notre homme se serait fait épingler s'il était resté une minute de plus ? Mais il va se faire épingler, ajouta-t-elle avec conviction. Parce que le "Decker-power is ooooo—

— Même si j'apprécie la mélodie, Miss Lopez, il faudrait sérieusement penser à travailler le refrain ; la coupa Lucifer.

— Une minute de moins et on l'aurait eu… murmura Chloé, agacée.

Lucifer se tourna vers elle. Il lui sourit.

— Eh bien, si cela peut vous réconforter Inspectrice… je pense que notre suspect est largement plus frustré que vous ne l'êtes.

Chloé arqua un sourcil.

— Vous lui avez gâché le plaisir, précisa Lucifer. Être interrompu en plein acte quand la première fois était si parfaite… Il ne doit plus tenir en place !

Chloé écarta son siège du bureau, sourcils haussés et bouche ouverte sur une réalisation qui coulait de source. D'autant plus quand le poison n'avait pas coulé comme initialement prévu par leur suspect. Rien ne s'était passé comme il l'avait voulu ; la tétrodotoxine, la mort lente par suffocation et paralysie, le reste de son M.O.

En plus de l'inattendu avait suivi l'inachevé.

C'était un pari… un quitte ou double, mais…

Vu le côté compulsif du premier meurtre, vu les détails…

Il y avait une chance que—

— Vous avez raison, dit-elle.

Elle croisa le regard de Lucifer.

— On devrait se faire pardonner, non ?

Il arqua un sourcil.

— Qu'avez-vous en tête ?

— Une entrevue privée.

Lucifer ne mit pas longtemps à comprendre ce qu'elle avait à l'esprit, une lueur d'excitation désarmant sa perplexité passée. Il lui sourit, elle aussi.

— Bien sûr ! Cela demande quelques préparatifs, mais cette pauvre âme en peine mérite bien tous ces efforts, n'est-ce-pas ?

Ella, qui les avait regardés tour à tour, à chaque réponses et déductions d'un partenaire à l'autre, lâcha un bruit entre exclamation et soupir attendri, ses mains pressées contre l'ours polaire friand de glace.

Haaaaan ; je pensais pas ça possible mais… à vous échanger des paroles incompréhensibles pour n'importe qui d'autre et vous comprendre malgré tout ; vous êtes encore plus mignons !

Ella tapa dans ses mains, faisant un pas en arrière avec un large sourire.

Deckerstaaaaar, star piercing the sk—! se mit-elle à chanter en bougeant épaules et hanches, rapidement arrêtée par Lucifer et sa main levée.

— Vous venez de me rappeler pourquoi j'interdis les karaokés dans mon club, Miss Lopez.

Chloé se leva, notant le retour de Dan.

— Je vais rappeler les effectifs autour de la scène de crime et demander à Dan de garder Trixie pour la soirée.

— Rappelez-lui la signification du mot "ex" au passage, Inspectrice ! cria Lucifer dans son dos, soupirant ensuite ; P-... OK, si vous pouviez arrêter de m'enlacer à tout bout de champ, Miss Lopez…

Le sourire amusé de Chloé disparut au fur et à mesure que ses pas la rapprochaient du bureau de son "ex". Ce dernier ne leva pas le nez de son ordinateur, pas même lorsqu'il était évident qu'il ne pas pouvait pas ne pas avoir remarqué l'inspectrice près de l'escalier.

— Hey, Dan.

— Chloé.

— Tu as une seconde ? J'ai un service à te demander ; lui demanda-t-elle en se triturant les mains.

Dan lâcha un profond soupir et fit glisser sa chaise de côté pour lui faire face.

— J't'écoutes.

— Tu peux garder Trixie une nuit supplémentaire ?

Il haussa les sourcils, apparemment surpris. Il se redressa sur son siège, mains sur les bras de celui-ci, son expression changée en un instant.

— Oh.

— Je dois surveiller la maison de la victime - 'y a peut-être une petite chance qu'il revienne sur les lieux, alors… Je risque d'en avoir pour une bonne partie de l'après-midi. Toute la nuit, probablement ; s'expliqua Chloé.

— Bien sûr, pas de problème. C'est pas plus mal, en fait.

Il sourit ; un sourire tendu.

— Je me voyais mal passer la nuit tout seul, dit-il en se frottant les mains.

Chloé fronça les sourcils, l'interrogeant du regard. Il continua à se frotter les mains, ne répondant qu'en évitant son regard d'abord, en le cherchant ensuite ;

— Ce soir c'est… ça fera…

Son regard repartit vers son bureau, vers la photographie posée à gauche de son écran - le sourire perdu de Charlotte Richards, celui de Dan - perdu, lui aussi.

— Oh, Dan… souffla Chloé. J-... Je suis désolée, je n'avais pas réalisé que ça ferait un an cette nuit.

Elle avait été si agacée par son comportement de ces dernières semaines qu'elle ne s'était même pas demandée pourquoi il avait été plus agressif ces derniers jours. Elle n'avait pas cherché plus loin quand il était venu récupérer Trixie vendredi soir, quand il lui avait à peine adressé la parole et coupé court à ses questions sur ses occupations et enquêtes en cours.

Elle n'avait pensé qu'à elle, qu'à sa détermination à lui faire payer les secrets qui entouraient Lucifer.

Elle n'avait même pas pensé—

Chloé se mordilla la lèvre inférieure.

— Je peux trouver quelqu'un d'autre pour garder Trixie, si tu préfères… Maze est sur un contrat, mais je—

— Non, non ; refusa Dan en se levant, rassemblant quelques papiers posés sur son bureau dans un dossier. Ça ira, t'inquiètes. Et puis… je préfère autant garder notre fille loin des acolytes louches de ton mec vu les derniers évènements.

— Maze ne ferait jamais de mal à Trixie, Dan.

— J'aimerais le croire ; comme j'aimerais croire que Lucifer n'est pas un mauvais gars, mais…

Il poussa un profond soupir.

Chloé regarda par-dessus son épaule Lucifer montrer à Ella des images et vidéos sur son téléphone, l'une approuvant d'un hochement de tête, l'autre souriant à chacun de ses commentaires inaudibles d'ici - loin, très loin de cette image de "mauvais gars".

Très loin de ce que Dan pensait savoir de lui.

Elle se retourna vers ce dernier.

— Écoute, je sais que tu m'en veux pour l'histoire du temple ; dit-elle en tendant la main vers lui. Mais ce qui s'est passé là-bas est plus compliqué que tu ne crois, Lucifer est plus compliqué que ça… mais certainement pas mauvais.

— Peut-être. Ou peut-être que c'est toi qui vois plus que ce qu'il n'est ; rétorqua Dan. Comme toujours, comme pour le meurtre de Charlotte.

— Dan, Lucifer n'a rien à voir avec—

— Je sais.

Dan se passa une main sur le visage, soupirant à nouveau.

— Je sais qu'il n'est pas aussi responsable que je le voudrais. Mais il savait ! Il savait qui était Pierce, bien avant q-

Sa voix se brisa, son regard s'égara vers le reste du commissariat et Chloé détourna le sien, affligée par son chagrin, cette perte qui luisait dans ses yeux.

Il déglutit, yeux baissés vers le sol.

— J'essaie de passer au-dessus, d'avancer. J'essaie, Chloé.

— Je sais.

— Mais je ne pourrais pas le faire sans comprendre. Pourquoi n'a-t-il rien dit ? Pourquoi toi tu ne me dis rien à propos de cette nuit au temple ?

Chloé pinça les lèvres.

— Je ne peux pas te répondre, Dan.

Sa réponse, qui n'en était pas une, déplut fortement à ce dernier.

— En ce cas, je ne peux pas permettre que ma fille fréquente un présumé meurtrier de masse.

Chloé fronça les sourcils, plus agacée que navrée par la situation. Elle croisa les bras sur sa poitrine, levant le menton avec défiance.

— Dommage, parce que c'est déjà fait.

— Quoi ?

— Lucifer est passé l'autre soir. Tu sais… Notre soirée Taco's qui ne te "disait rien" ?

— Sérieusement Chloé ?! siffla Dan, furieux. Tu as perdu la tête ?

— Lucifer n'est pas un meurtrier, Dan !

— Dis ça à Pierce.

Choquée qu'il mette l'affaire Pierce sur le tapis pour cautionner son comportement absurde, Chloé prit une profonde inspiration, ses ongles s'enfonçant dans sa chemise pour éviter un geste malheureux.

— Légitime défense et tu le sais.

— C'est bien la seule chose que je sais, oui ; s'exclama-t-il.

Elle s'approcha de lui, le tirant loin de son bureau, jusqu'à l'angle mort de l'escalier, loin des regards et oreilles surnaturelles indiscrètes. Certains collègues commençaient déjà à leur lancer de drôles regards, dont Lucifer et Ella.

— Tu devrais t'estimer chanceux ! répliqua-t-elle, furibonde. C'est plus que ce que j'ai jamais su avec Malcolm et l'affaire Palmetto.

Dan secoua vivement la tête, levant le doigt.

— N'essaie pas d'utiliser Palmetto pour cautionner tes secrets, Chloé !

— Pourquoi ? Parce que tu es le seul en droit d'en avoir ?!

— Parce que ce n'est pas la même chose !

— Vraiment ?

Il hocha la tête.

— Je ne participais pas aux magouilles de Malcolm ! J'ai fermé les yeux, peut-être… mais je n'ai pas hésité à l'arrêter quand il était prêt à te tuer !

— Trop aimable ! répondit Chloé avec amertume.

— Je me suis livré à la police ! J'ai fait ce qu'il fallait quand la situation l'exigeait.

— Quand il était trop tard, oui.

Dan se tut, blessé, conscient que cela n'avait pas empêché son ancien coéquipier de kidnapper sa fille, de mettre en danger Chloé et d'autres personnes sur le passage chaotique de cette âme tourmentée libérée à seule fin de ramener Lucifer en Enfer.

Chloé aurait presque envie de sourire.

Qui aurait cru qu'il suffisait d'un prêtre fanatique pour ramener le Diable en Enfer.

Presque un cliché.

— C'est vrai, admit Dan d'une voix plus calme. C'était trop tard.

Il la regarda.

— Je ne veux pas que ça t'arrive, à toi aussi. Crois-moi Chloé, tu ne veux pas vivre ça…

Chloé secoua la tête, la gorge serrée.

— C'est différent ici. Crois-moi, Dan.

Il hocha la tête.

— Donne-moi de quoi croire, alors. Et si tu ne peux vraiment pas, eh bien… Laisse-moi au moins croire que je sais encore ce qui est le mieux pour ma fille.

Elle le laissa repartir vers son bureau sans un mot, sans d'autres choix que de croire comme les autres que le Diable n'était bon qu'à faire le mal, qu'à répandre le chaos autour de lui.

C'était peut-être vrai dans le fond.

Sa vie n'avait jamais été aussi chaotique que depuis qu'elle l'avait rencontré.

Pourtant, Chloé n'avait la sensation d'être fermement ancrée dans la réalité, dans ce monde déchiré entre la logique des uns et le chaos apocalyptique des autres, qu'auprès de l'homme qui avait tout provoqué.

Ce même homme qui lui offrit un sourire rassurant, stable dans le chaos qu'était sa vie, lorsqu'elle le rejoignit.

— Prête à partir, Inspectrice ?

Elle hocha la tête.

Lucifer se leva, tirant sur ses manchettes, puis les pans de sa veste.

— Parfait. Plus vite nous réglerons cette affaire, plus vite je pourrais retourner aux préparatifs.

Chloé sourit, récupérant ses clés de voitures dans son tiroir.

— Pas de yacht non plus ?

Avant que Lucifer ne puisse la rassurer - ou l'angoisser, tout dépendait de la réponse et des lubies du Diable -, Ella secoua la tête, sautillant presque sur place.

— Oh non, non non ! C'est mieux que cent yachts !

Alors que Chloé dévisageait son amie, Lucifer la fusillait du regard.

— Miss Lopez-...

Cette dernière leva les mains, mimant ensuite une clé tournée à hauteur de ses lèvres, largement courbée sur ce qu'elle savait des préparatifs et pas la principale concernée qui fronça davantage les sourcils.

— Yup! Pas d'inquiétude, Luci-juan! Ces lèvres sont scellées ! jura-t-elle d'un ton solennel quoique surexcité.

— Merci, la remercia Lucifer ; autant agacé par le diminutif que l'intervention d'Ella.

— Je dirais juste… que tu as trouvé la perle rare, Decker ! ajouta la jeune légiste en donnant un coup de coude à cette dernière. C'est que le Diable est un incorrigible romantique !

— Je vous demande pardon ?! s'offusqua ce dernier.

Chloé aurait juré l'avoir vu rougir la seconde d'avant ; difficile à dire. Sûrement sa vue qui lui joue des tours.

Ella leva à nouveau les mains en reculant vers son labo, un large sourire sur ses lèvres "presque" scellées.

— Si vous étiez vraiment le Diable, bien sûr !

— Je le suis !

Ella leva les yeux au ciel.

— C'est ça. À plus, Deckerstar, staaa—

Le reste de la mélodie se perdit dans son labo.

Chloé tourna la tête vers Lucifer, définitivement plus rouge qu'il n'était supposé l'être. De colère, d'embarras, de sa forme diabolique suspectée fausse par la jeune légiste… Toujours difficile à dire.

— Romantique, hm ? le taquina-t-elle.

Il évita son regard.

Diabolique, Inspectrice ; la corrigea-t-il. Y allons-nous ?

Il n'attendit pas son aval qu'il avait déjà traversé la moitié du commissariat à grandes enjambées, l'arrière de son cou encore échauffée par l'insinuation humiliante d'une possible tendresse dans son caractère.

Le sourire de Chloé s'étirant jusqu'à ses oreilles, nettement moins rouges que celle du Diable, cette dernière lui emboîta le pas.


NA :

Gros gros chapitre, ouf !

C'est que ça devient récurrent avec cette fic :D

Le chapitre 14 viendra moins vite que je le prévoyais (je me suis aperçue que je le prenais dans le mauvais sens passé 1700 mots, je peux tout refaire ), juste le temps de me remotiver (j'espère que ça ne prendra pas des semaines, comme vous).

Merci pour vos reviews sur le chap 12, n'hésitez pas à réitérer pour celui-ci (que je vous remercie d'avoir pris le temps de lire) et je vous dis…

A la prochaine !

PS : verset cité par Dan - (Jean 8;44)