NA :
Joyeux Noël ! (quoi ? Pas encore l'heure ? Oui bon… je suis un peu occupée demain à la même heure, comme tout le monde :D On va pas chipoter !)
Quoi ? Ah, le "oui j'écris tout, puis je reviens" ?
Disons que j'ai ma dose. Ça m'a bien aidé un temps, mais un temps seulement. Justement. De temps en temps, mes besoins changent et changeront probablement encore à l'avenir. Actuellement, je suis dans une phase de "partage en continue et écriture sans triple filet de sécurité".
C'est encore la phase qui marche le mieux et le plus longtemps avec moi. J'espère que tout le monde y trouvera son compte - moi, c'est déjà le cas : je suis super contente de pouvoir à nouveau écrire des petits d'infos et mondanités avant l'histoire qui nous obsède tous ici X)
Petit (gros, en fait - TRÈS gros) remerciement à Alindorie pour son soutien en continu hors publication ces derniers mois, pour avoir supporté mes crises de doutes en trois réécriture minimum de chaque chapitre pondu depuis (vivement le chapitre 19, hin ? XDDD). Aussi petit/gigantesque remerciement à OkamiShadou98 pour nos discussions nocturnes sur certaines de mes idées.
Vous êtes géniales :3
Avertissement - ce chapitre comporte une scène sexuellement explicite.
Musique
'Do it for me' | Rosenfeld.
TOUT EST AFFAIRE DE DÉTAILS
14
Les chiens aboient, la caravane passe.
Chloé sourit une fois les aboiements passés, disparus dans la nuit, plus loin qu'elle ne pût entendre distinctement. Il s'étira avec la direction prise par son regard, la caravane brune garée dans le jardin de la maison d'à côté, les pneus presque disparus sous les mauvaises herbes.
Elle aimait bien le double-sens de ce proverbe, un jugement variable d'une personne obstinée. La force de faire ce qui était nécessaire en dépit des obstacles mis par d'autres sur sa route.
Un proverbe qui incitait à la prudence, à avoir confiance en soi aussi.
C'était ainsi qu'elle interprétait en tout cas.
Passé cet interlude bruyant au calme indissociable de l'obscurité, Chloé retomba aussi sec dans un état de "presque-somnolence". Pas tout à fait les yeux fermés, pas tout à fait ouverts, le corps engourdi des épaules aux chevilles, mais toujours en mouvement sur son siège qui oscillait entre "sommeil confort" et "courbatures du lendemain assurées" en fonction des points précédents. Elle souleva légèrement les hanches, grimaçant après avoir senti l'éveil en ligne droite de son arrière-train.
La prochaine fois qu'elle se retrouverait en planque, elle s'assurerait de prendre des vêtements amples plutôt qu'un jean trop serré et une chemise grise légère comme la brise. À cette heure de la nuit, personne - pas même les suspects - n'irait critiquer une arrestation en pyjama tout confort, si ?
Reposant ses fesses engourdies sur son siège, elle tourna la tête en entendant le gloussement moqueur de son partenaire.
— Quoi ?
— Tu grognes comme tu ronfles, dit-il, chaque mot accompagné d'un autre gloussement qu'il essaya de taire avec une prétendue toux soudaine. J'en viens à me demander si tu gémis de même…
Elle plissa les yeux ; mauvaise tactique pour les garder ouverts dans l'attente de leur suspect.
— C'est la troisième fois que tu m'accuses de ronfler sans preuves concrètes.
— Oh, mais je peux t'en fournir !
Il sortit son téléphone de sa poche, sélectionnant le mode vidéo avant d'ajouter ;
— Donne-toi encore cinq minutes et ça ne sera plus un problème.
Elle pinça brièvement les lèvres.
— Tu sais que j'ai mon arme à portée de main, hm ?
Pour sa subtile menace, le sourire de Lucifer ne l'était pas.
— Ça ne serait que la deuxième fois que tu me tires dessus en opération de nuit. Tu sais que "tirer son coup" est juste une expression, n'est-ce-pas ?
Chloé sourit à son tour, reportant son attention sur la ruelle.
— Ça égaliserait les scores.
— Personnellement, je préfèrerais passer cette planque à m'ennuyer ferme et vider ma flasque.
Chloé ne le contredirait pas sur le premier point, mais critiquait pour sûr le second. D'un regard seulement ; car personne ne pouvait empêcher Lucifer de boire en service, quoiqu'elle l'aurait cru plus prudent niveau quantités auprès d'elle.
Mais c'était peut-être ce qui lui plaisait ?
Plus de sensations, plus vite, en étant mortel.
Ce fût d'un regard plus intrigué qu'irrité qu'elle l'observa avaler la première gorgée après avoir tronqué son téléphone pour sa flasque - toujours remplie, comment ; c'était la grande question, toujours à portée de sa soif d'action.
— Il y a une troisième option, proposa Chloé après la deuxième gorgée.
Il écarta la flasque de ses lèvres, à un centimètre de recommencer si l'option était plus ennuyeuse que la situation de départ. Il arqua un sourcil.
— Je croyais que le sexe au travail était proscrit ?
Chloé leva les yeux au ciel.
— Une quatrième option. Professionnellement raisonnable.
Lucifer laissa échapper une exclamation entre moquerie et déception avant de ramener la flasque à ses lèvres pour une longue gorgée de résignation.
— On pourrait parler de l'Enfer ? poursuivit Chloé. De ce qui t'attends là-bas ?
Il la dévisagea.
— Ne devions-nous pas "profiter de l'instant présent" ?
— C'est pour profiter de l'instant présent qu'il faut en parler, Lucifer.
Il soupira, ses doigts jouant avec le bouchon encore ouvert de sa flasque.
— L'Enfer est "professionnellement raisonnable" comme sujet, c'est vrai. Ce qui m'attends là-bas est… pareil à ce que j'ai quitté - des démons à gouverner, des âmes à tourmenter, du temps à passer… à m'ennuyer tout aussi fermement sur mon trône.
— Tu n'as pas peur que… commença Chloé, ne sachant pas comment formuler la suite.
Lucifer arqua un sourcil.
— Que quoi ?
— Je sais pas. Y'a juste… juste certains points qui me chiffonnent, murmura Chloé en regardant par la fenêtre.
— Lesquels ?
Elle haussa les épaules.
— Je comprends toujours pas comment tu es supposé survivre plus longtemps en Enfer. Huit mois, c'est…
Elle inspira, ferma le poing.
— C'est quoi ? continua-t-elle en se tournant vers lui. Mille ans en bas ? Davantage ? Et tu n'as pas l'air d'en savoir plus à ce sujet non plus donc…
Poing desserré sur sa cuisse, elle lui sourit.
— Ça me chiffonne.
Il lui sourit en retour, de ce sourire si doux qui ne pouvait pas durer.
— Je vois ça ! Eh bien… Je n'en sais rien moi-même, mais je crois que nous pouvons avoir confiance en mon Père et Son besoin compulsif de contrôler ma vie à ce sujet. Il n'aurait pas accepté plus de temps que je ne pouvais supporter sans ta si charmante compagnie. Mais merci d'avoir foi en mes estimations, Inspectrice ! ajouta-t-il avec une intonation faussement blessée.
Suite à quoi, cette dernière secoua la tête.
— L'Enfer n'est pas toi, Lucifer. Tu es mortel, plus vulnérable là-bas maintenant que nous sommes… "liés". Enfin…
Elle fronça les sourcils.
— J'essaie aussi de comprendre comment moi - miracle qui rend le Diable mortel rien qu'en étant près de lui - je pourrais te rendre plus… "fort".
— Je suis le Diable, darling. "Fort" n'est pas un terme assez fort pour définir mes capacités physiques, la contredit-il avec une pointe de fierté.
Encore heureux qu'il ne roula pas des mécaniques pour le prouver.
L'espace d'une seconde, Chloé fut ramenée à une autre nuit, la première nuit "professionnellement raisonnable" après sa fuite en Europe. Lucifer avait retenu une voiture à pleine vitesse d'une seule main, trouée par balle qui plus est, parce qu'elle était là.
Un frisson creusa l'espace entre ses épaules et le dossier de son siège.
Fort, oui.
C'était faible comme mot.
— Mais tu pourrais avoir tort, insista-t-elle.
Il accueillit ses propos d'une expression outrée. Elle leva la main de sa cuisse, arrêtant net ses protestations.
— Pas pour l'Enfer et sa date de… de péremption. Je parle de toi, encore. La dégradation de ton état.
— Je n'ai pas entendu de question.
— Tu ne peux pas laisser l'Enfer plus de quatre mois terrestres, d'accord, mais… ça ne serait pas plus simple d'alterner des périodes plus courtes entre les deux ? Comme… la semaine avec moi sur Terre et le week-end en Enfer ?
Disant cela, Chloé referma la bouche. Ça sonnait comme une garde partagée, non ?
Est-ce qu'elle essayait sérieusement de partager le Diable avec l'Enfer ?
L'Enfer était un lieu, pas une personne !
— Et manquer les meilleures soirées au Lux ? s'exclama Lucifer.
Chloé pinça les lèvres.
— Je suis sérieuse, Lucifer.
— Moi aussi, répliqua-t-il. Certaines personnes profitent du week-end autrement qu'en banalités, Inspectrice.
Notant son regard, il ajouta ;
— Ce n'est pas plus simple, c'est impossible.
— Pourquoi ?
— Pour commencer, aller et venir aussi fréquemment entre l'un et l'autre pourrait tenir mon image, mon autorité. La mienne et celle de Michael, celle de Lilith également.
Encore ce nom…
— Les démons pourraient y voir un nouveau signe de faiblesse. Je contrôle les Portes de l'Enfer, son bon fonctionnement, mais les démons…
Lucifer fit une pause, secouant la tête avec un rictus.
— Les démons n'obéissent qu'à la crainte, qu'à plus "fort" qu'eux, Inspectrice. Si je partais trop souvent, pour des intervalles plus courtes… pour retrouver une humaine, qui plus est… Même mon profond désir de les gouverner n'y suffirait pas.
— S'ils risquent de se rebeller pour quelques jours, que dire de quelques mois ?
— Tu ne prends pas le problème sous le bon angle, dit Lucifer, secouant à nouveau la tête.
— Soit ton absence pose problème, soit elle n'en pose pas !
Et si elle n'en posait pas maintenant, pour presque un mois terrestre de passé, alors…
Alors, il y avait peut-être une chance qu'il reste plus longtemps. Chloé s'accrochait à cette possibilité comme elle s'accrochait au volant ; jusqu'à faire ployer la matière sous ses doigts, sa volonté.
Le soupir de Lucifer accrocha son regard.
— Que penserais-tu du Lieutenant si elle ne venait qu'une fois par semaine, ne restait qu'une heure ou deux et repartait avant la fin de ton service ? Que penserais-tu d'elle si ça devenait systématique ?
Chloé réfléchit un instant, d'abord tentée de dire qu'elle ferait avec, que son travail ne changerait pas, pas plus que son investissement dans celui-ci. Après tout, avec son passé "houleux" et sa relation intime avec le précédent Lieutenant, elle était bien la dernière à se soucier de l'opinion d'un autre sur son travail.
Malgré tout, elle se demanderait pourquoi l'on avait choisi cette personne pour diriger si elle n'était pas capable de rester à son poste.
— Je penserais qu'elle n'en a rien à faire, admit Chloé. Qu'elle n'a pas sa place ici, ou moi la mienne… si ça avait une incidence sur mon travail.
— Précisément. Et si elle partait pour… disons un congé maternité de plusieurs semaines après vous avoir présenté son remplaçant ? enchaîna Lucifer avec une lueur calculatrice dans le regard.
Ici aussi, Chloé aurait très bien pu prétendre qu'elle ne respecterait pas un remplaçant, mais…
Mais ce respect dépendrait avant tout d'une comparaison instinctive entre un dirigeant et l'autre ; les capacités à diriger, soutenir ou sanctionner, de l'un et l'autre.
Si le remplaçant était digne de confiance, elle se plierait à son autorité ; il y avait même de grandes chances qu'elle respecte davantage le Lieutenant pour avoir choisi une personne aussi compétente qu'elle pour la remplacer. Dans le cas contraire, elle ne serait que plus heureuse de retrouver sa supérieure et revenir à une organisation fiable.
Dans le meilleur des cas, personne ne voudrait décevoir son supérieur et ferait tout son possible pour que celle-ci retrouve le service dans l'état où elle l'avait laissée à son départ.
Chloé hocha la tête.
— Je vois.
— Là est la subtilité du pouvoir sur autrui, Inspectrice. La crainte de me décevoir, que je sois là ou non. Ou de me contrarier ; ce qui revient au même, j'imagine.
Il la regarda.
— Qu'y aurait-il à craindre d'un Roi itinérant, hm ?
— Mais tu ne crains pas qu'ils voient en tes remplaçants de meilleurs souverains ? Parce qu'ils sont là et pas toi ?
— Ils ne peuvent pas me remplacer pour de bon, dit Lucifer avec conviction. Plus maintenant.
Ça n'était pas une réponse.
— Tu as donc confiance en ton frère ?
Lucifer lâcha une exclamation moqueuse. Jambe droite fléchie - trop grande pour le si petit espace de sa voiture et ce, même en ayant reculé le siège au maximum - aussi haut que le levier de vitesse ; il y posa sa main, frottant machinalement le tissu anthracite du genou à mi-cuisse.
— Par tous les diables, non ! Mais j'ai confiance en son orgueil.
Chloé pinça les lèvres, ses appréhensions au bord de celles-ci.
— C'est rassurant, murmura-t-elle.
À cela, il rit doucement.
— J'entends par là que mon frère est persuadé de servir une cause plus juste, celle de Père - en l'occurrence. Tu parles d'une originalité ! marmonna-t-il, nez froncé. En tous les cas, Michael s'est toujours considéré meilleur que nous tous dans cette prévisible servilité.
Il leva la main de sa cuisse.
— Si ses semblables ne sont pas à la hauteur de sa si grande présence… Je doute fort que les légions démoniaques associées à son frère déchu le soient davantage.
C'est vrai.
La fierté des anges… elle n'avait pas abordé la problématique sous cet angle. Si Michael était autant arrogant que Lucifer narcissique…
Chloé haussa légèrement les sourcils en imaginant leurs rapports avant qu'il ne soit Roi, déchu.
Un sujet à approfondir, plus tard.
— OK. OK… répéta-t-elle, son regard fixé sur la maison de leur victime. Et pour Lilith ? Elle aurait un certain intérêt à prendre plus de pouvoir qu'elle n'en a déjà, en tant que "Mère des démons".
Elle haussa ensuite les épaules.
— Je suis même surprise qu'elle t'aide volontairement, vu son passif avec ton Père. Avec l'autorité masculine en général.
Lucifer haussa les sourcils.
— Si je ne te savais pas "athée" à la base, je jurerais que tu as été fourrer ton nez dans la kabbale.
— J'ai… fait mes recherches, avoua Chloé à demi-mot.
Des tonnes de recherches ; variées sur leurs réponses, sur les nouvelles questions qu'elles soulevaient.
— Très professionnel de ta part, gloussa Lucifer. Et non, Lilith ne trouverait aucun intérêt à marcher sur mes plates-bandes, Inspectrice. Mes "cendres", devrais-je dire…
— Parce que la kabbale se trompe ?
— Pas entièrement. Lilith est bien la première à avoir eu à supporter la bêtise consanguine d'Adam en plus des commandements de Père. Tout est affaire de détails, en fait…
— Mais l'idée générale est qu'elle est son propre chef et ne supporte pas la misogynie inter-espèce, le coupa Chloé.
Lucifer la dévisagea, s'exclamant ;
— Je rêve ou tu viens de me traiter de misogyne universel ?
Elle ouvrit la bouche sans qu'il ne lui laisse le temps de s'expliquer. Ou de s'excuser, parce que… oui, avec du recul, elle avait peut-être un peu "noirci" le tableau.
La faute à l'Enfer, un sujet sombre en soi.
— Je n'ai jamais moins considéré une personne parce qu'elle n'avait pas de pénis entre les jambes ! Jamais, se défendit-il avec ardeur, vertueux Diable, partisan millénaire des droits de la Femme.
Chloé posa sa main sur son bras, attendant qu'il eût fini sa tirade féministe pour attirer son regard au sien, sa moue boudeuse à son sourire.
— Ce n'est pas ce que j'ai voulu dire.
Elle appuya ses propos d'une pression supplémentaire sur le tissu, autour de son avant-bras, entre le coude et le poignet.
— Vraiment pas, continua-t-elle. Je… j'ai juste un peu de mal à comprendre ta confiance en elle, vu son passif avec Dieu. Après tout… tu es Son fils. Ce genre de liens - même coupés de longue date, spécifia-t-elle en notant la tension sous sa paume, - ça serait suffisant pour pas mal de gens.
— Notre passif est suffisant pour avoir confiance l'un en l'autre, lui affirma-t-il.
Et elle voulait le croire, vraiment, mais…
Mère des Démons, Lilith, insoumise, l'appui nécessaire - ces mots n'avaient de cesse d'envahir son esprit, de taire son objectivité. Lucifer interpréta son silence pour une réserve pas tant feinte que cela et ajouta ;
— Dieu l'a rejetée, tout comme Il m'a rejeté ; parce que nous avons tous les deux refusé Son autorité de front. Nous sommes tous les deux les premiers rebelles de l'Histoire. Nous avons ce lien fort entre nous, ce respect pour l'autre.
Il eut un vague haussement d'épaules, sourit à Chloé qui laissa sa main glisser sur le tissu de sa veste jusqu'à ses propres cuisses où elle enfonça ses ongles.
— Tu vois ? Aucun problème de ce côté-là.
Oh il y en avait un. Un problème de taille.
Détendant sa main, Chloé la frotta d'avant en arrière - comme Lucifer l'avait fait un peu plus tôt. Il fallut trois va-et-vient pensifs pour venir à bout de l'irritation qu'avait entraîné ses ongles. Mais il lui faudrait plus qu'une caresse machinale pour apaiser le reste. Les questions s'entrechoquaient déjà dans sa tête.
Quelle était la force exacte de ce lien ?
Un lien intime, peut-être ?
Entre Lucifer et la Mère de… de Maze, en fait.
Chloé réprima un frisson, se frottant tout aussi machinalement les épaules sous le regard de Lucifer.
— Tu as froid ? Je ne suis pas certain que cette vieille carlingue ait le chauffage, dit-il en se penchant vers les multiples commandes plongées dans le noir.
Elle secoua la tête.
— Ça va. Tu… tu as dit "pour commencer". C'est qu'il y a une autre raison ?
— Il y en a une autre, oui. Tu l'as toi-même vécue d'assez près à mon retour.
À son froncement de sourcils, il pointa du doigt les siens, toujours à enserrer ses épaules, maintenant immobiles entre les plis de sa chemise.
— Quand j'étais transi de froid ? Dans ta salle de bain ?
Chloé ne l'en dévisagea pas moins. Ses mains s'affaissèrent doucement, à hauteur des coudes.
— Je me souviens, mais je ne vois toujours pas le rapport avec un séjour plus court en Enfer ; lui confia-t-elle.
— Le rapport est qu'on ne sort pas de l'Enfer vers la Terre et inversement comme on sort de chez soi, Inspectrice. Nous parlons ici de deux plans d'existence foncièrement différents sur nombre de détails, aussi insignifiants que majeurs.
— Comme ?
— Comme le temps qui passe différemment, le changement d'atmosphère, de températures. Passer de l'Enfer à Los Angeles, c'est…
Il chercha ses mots l'espace de quelques secondes, les trouvant dans la boîte à gants, à en juger par son regard fixe sur celle-ci.
— C'est comme sortir d'une grotte après une éternité dans le noir, entre deux sensations inachevées de chaleur, de froid glacial, de faim, de soif… Si les boucles infernales font tourner le temps en rond, Inspectrice ; le reste de l'Enfer semble l'arrêter complètement.
— Je croyais qu'il passait plus lentement ?
Il hocha la tête.
— Si lentement qu'il s'arrêterait presque. C'est… l'impression qui en ressort, en tout cas. Mon impression. Et quand je reviens ici, eh bien… tout est…
— Trop fort ? l'aida Chloé.
Lucifer acquiesça encore, pointant ses mains du menton.
— Je mets toujours un certain temps à me faire à cet autre rythme, ces détails.
— C'est pour ça que tu n'arrivais pas à te réchauffer tout seul et que tu as dormi tout ce temps… murmura Chloé, se remémorant les réactions de Lucifer passé le porche de son appartement.
Il n'y avait pas eu que les sensations strictement physiques.
Lucifer étant… Lucifer, elle ne s'était pas davantage inquiétée de le voir triturer les objets dès qu'il entrait dans une pièce - vu de loin, si on ne le savait pas Diable, l'on aurait pu croire à une sorte de toc obsessionnel.
Et comme il avait parlé à chaque personne présente dans le commissariat le jour de l'annonce officielle de son retour… Elle l'avait cataloguée dans le classiquement "théâtral Lucifer", mais…
C'était juste un temps de réadaptation.
— À t'entendre, on croirait que je suis cette princesse ignare attirée par les fuseaux aiguisés, dans les livres de ta progéniture ; dit-il avec un sourire proche de la grimace outrée.
— Et il te faut beaucoup de temps pour te… réadapter ?
Lucifer pinça les lèvres, le front plissé tandis qu'il réfléchissait.
— Étant le Roi, un ange qui plus est, c'est généralement plus court que pour n'importe quel autre démon comme Mazikeen ou Lilith. Mais le délai semble s'être rallongé depuis… eh bien, tu sais.
Il pencha la tête de côté.
— Il faut dire que je n'étais pas au meilleur de ma forme en arrivant ici, donc… C'est une affaire de quelques jours, une semaine grand maximum pour que je me remette complètement.
Chloé déglutit.
Le nœud serré dans sa gorge ne l'étouffa que davantage.
— Une semaine… répéta-t-elle d'une voix presque inaudible.
Leur regard se trouvèrent ; résignation pour la lente suffocation de ses espoirs imbéciles d'une alternative.
— Tu comprends maintenant en quoi ta proposition est impossible, murmura-t-il.
Son ton léger n'atteignit pas ses lèvres.
Le noeud initialement coincé dans la gorge de Chloé atteignit le creux de son estomac, une pierre lourde qui manqua de faire chavirer ces quelques mots ;
— Oui… Je comprends.
Mais l'accepter ?
Impossible.
-xXx-
Rester alerte toute la nuit semblait aussi être impossible.
Au mieux, Chloé était distraite.
Distraite par ses pensées sur l'Enfer, Lilith et l'impossibilité de garder Lucifer ici, comme elle l'aurait voulu ; distraite par l'engourdissement de ses muscles à mesure que les minutes d'abord, les heures ensuite, défilaient. Ses mains étaient bien posées sur le dossier de l'enquête, le pouce bien supporté par son index au verso de la feuille, mais…
La sensation se faisait distraite.
Au pire, Chloé était à la limite de donner raison à Lucifer. Elle maintenait ses longs soupirs et reniflements à la limite du son qu'il tenait tant à entendre et enregistrer à son insu jusqu'ici.
Jusqu'à ce que le dossier ne commence à pencher sur ses genoux distraits.
Lucifer rétablit l'équilibre d'une seule main avant qu'elle n'ait le temps de passer le léger sursaut entre éveil et torpeur et que les documents n'aillent s'éparpiller à ses pieds. D'un sourire, il la regarda se frotter les yeux avant de poser le dossier rescapé sur le tableau de bord.
— On dirait que mon émission préférée est en avance !
— Mhm ? marmonna Chloé, encore occupée à frotter son œil gauche. É'ssion ?
— "Les chantiers Albanais".
Elle le fusilla d'un seul œil, frottant une dernière fois l'autre en se redressant sur son siège. Ses lèvres déformées d'une grimace, elle dégagea de sa main les quelques mèches de cheveux coincées dans le support rigide du repose-tête.
— J'ai toujours mon arme, lui rappela-t-elle.
— J'ai toujours de la place pour une nouvelle pénétration, répondit-il du tac au tac.
Elle rit, sa main restant à l'arrière de sa nuque pour un masser le nœud d'inconfort qui s'y était logé alors que son regard se posait naturellement sur l'horloge numérique.
Trois heure cinq du matin.
Lundi matin.
Son pouce ralentit contre sa peau, son regard repartit vers Lucifer, ses pensées… distraites d'un autre genre de pénétration.
Plus conventionnel, dira-t-on.
Enfin… le pénétrant n'était pas conventionnel. La pénétrée ? Un peu plus.
Chloé baissa la main sur une longue inspiration qui ne souffla en rien l'incendie léger à hauteur de ses joues et de son cou, mais ça… ça c'était sûrement parce qu'elle venait de triturer sa nuque en quête de courbatures.
Oui, c'était ça.
C'était pour bientôt, moins de deux jours… leur….
Leur rendez-vous en tête-à-tête.
Celui dont elle ne savait rien, juste la date. Juste qu'elle n'arrivait pas à maîtriser le flot de ses pensées partie la toute première, consciente, à ce sujet. Elle inspira encore, regardant vers Lucifer.
Mais tout était affaire de détails, non ? Des détails, c'était ce dont elle avait besoin pour… juste pour arrêter de penser au pire.
Pourquoi pensait-elle seulement au pire ?
Chloé secoua doucement la tête, pinçant les lèvres.
— Parlant de "pénétration"...
Lucifer tourna la tête, elle évita.
— Comment ça se fait qu'Ella puisse pénétrer les secrets qui entourent notre rencard et pas moi ?
— Encore jalouse ? la taquina-t-il d'un sourire en coin.
Elle secoua la tête.
— Toujours perplexe. Pourquoi en discutes-tu autant avec elle et pas moi ? C'est avec moi que tu sors, pas elle.
— Précisément, Inspectrice.
Elle arqua un sourcil.
— J'ai pensé plus prudent de demander son avis à Miss Lopez qui, comme tu viens si bien de l'énoncer, n'est pas la destinataire de toutes ces attentions intimes. C'est stratégique ; expliqua-t-il. Cela et le fait de t'épargner les détails.
— Stratégique ?
— Oui, te mettre dans le secret ne nous a pas très bien réussi jusqu'à présent. Je m'efforce de suivre tes instructions ! argua-t-il. Éviter les interruptions dramatiques, manipulations et démonstrations masculines idiotes - ce sont tes mots.
Chloé se redressa sur son siège, sourcils froncés.
— Je rêve ou tu viens d'insinuer que nos précédents rencards ratés… c'était ma faute ? s'exclama-t-elle.
Redressée d'un côté, Lucifer sembla se ratatiner de l'autre.
— Eh bien, je-...
— C'est toi qui n'as pas osé te montrer au premier !
— Effectivement, mais…
— Et une de tes conquêtes a ruiné le suivant, ajouta aussitôt Chloé, deux doigts levés pour deux échecs cuisants.
— Comment aurais-je pu savoir que Jana—
Elle leva un troisième doigt.
— Je te fais cadeau du concours du "méritant" avec Marcus, mais le dernier…
Doigt fléchi, pas encore dressé dans l'accusation factuelle de ses plantages en beauté pour la courtiser jusqu'ici, l'emportement de Chloé fléchit lui aussi. Entre ces mêmes doigts, elle revit un fiasco indubitablement de son fait.
Elle revit la fiole, le verre de vin.
Lucifer et sa vulnérabilité qui avaient empêché une seconde tentative, ce qui aurait été de sa faute, assurément.
Chloé déglutit, baissant ce troisième doigt encore fléchi à mi-parcours, baissant les deux précédents à sa suite.
— Peut-être pas le dernier, murmura-t-elle.
Elle eut un léger sursaut quand, deux secondes plus tard, les doigts de Lucifer s'entrelacèrent aux siens, délassant cette vieille culpabilité du pouce à l'auriculaire. Ce ne fut qu'à ce dernier entrelacs que leurs regards se trouvèrent, qu'il lui sourit avec ce quelque chose d'unique ; rien qu'à eux.
— La nuit se suffit à elle-même pour ne pas l'assombrir davantage, Inspectrice.
Elle sourit à son tour, serra leurs doigts joints.
Lucifer suivit le mouvement, discrète pression pour toute celle qu'il aurait pu ajouter sans problème. "Fort" n'était pas assez fort pour exprimer ce qu'elle ressentait.
— Tu sais que je n'en ai que faire, n'est-ce-pas ? Tout cela est derrière nous ; dit-il sans la quitter du regard.
Elle hocha la tête.
— Derrière nous, répéta-t-elle avant de porter leurs mains jointes à ses lèvres, d'y joindre un baiser sur leurs jointures et d'y presser sa joue ensuite. C'est derrière nous, oui. Raison de plus pour ne pas les prendre en exemple pour l'organisation d'un futur rendez-vous.
Leurs doigts s'écartèrent, ceux de Lucifer plus proches de sa joue qu'ils ne l'étaient auparavant. Pour ceux de Chloé restés sur sa main, les siens suivirent la courbe de son visage, du coin de l'œil à l'arête de sa mâchoire.
— Raison de plus pour me faire confiance et tout me dire à moi aussi, poursuivit Chloé.
Lucifer rit, son sourire s'élargissant.
— Et si je préfère garder la surprise ?
— Je déteste les surprises.
Le pouce de Lucifer revint sur l'arrondi de sa joue droite, cercles légers, pression aussi légère sur sa peau.
— Je déteste ne pas être aux commandes, renchérit Lucifer, son regard ancré dans le sien ; inflexible. Il semblerait que nous soyons dans une impasse.
Sur ces mots, son regard s'égara brièvement par-dessus son épaule, sur la rue plongée dans le noir.
— Au sens propre comme au figuré.
Elle sourit, rit presque en faisant descendre ses doigts plus bas, aussi bas que le permettaient ses manches.
— Être un couple est affaire de compromis, Lucifer.
Il arqua un sourcil, sa respiration plus profonde sous les doigts de Chloé, enroulés autour de son bouton de manchette.
— Ah oui ? Du genre ?
L'espace entre son visage et le sien était si infime qu'elle pouvait presque prédire sa prochaine inspiration, quand son souffle chatouillerait sa peau et où exactement. La pression des doigts de Lucifer avait changé, ceux-ci maintenant pressés derrière son oreille.
Elle frissonna.
— Je pourrais revoir ma définition du "professionnellement raisonnable"...
— J'aime cette idée.
— Et tu pourrais revoir ta définition du "rendez-vous surprise" ?
Il inspira, ses yeux baissés - presque clos à le regarder d'aussi près - sur ses lèvres, son nez frôlant le sien.
— Tout dépendra de ta définition du "déraisonnable".
Chloé lui en donna les premiers mots à la seconde où ses yeux revinrent aux siens, où le déraisonnable fut franchi d'un baiser. Elle sentit son frisson sous sa paume, cette pointe de provocation sur le bout de sa langue, l'inspiration d'un souffle, volé d'entre ses lèvres, qu'il essaya de récupérer ensuite.
Une définition rapide, mais incomplète sur les lèvres entrouvertes du Diable.
— Tellement déraisonnable.
— Lucifer…
— Mh ? murmura-t-il en retour, yeux fermés.
Il ouvrit les yeux, sa main presque à la limite d'arracher le premier bouton d'une longue, trop longue série d'entraves à ce compromis raisonnable. Le désir qui s'exprimait dans son regard, ses lèvres ni trop éloignées, ni assez proches de celles de Chloé, son souffle - profond, rapide, à effleurer son menton.
De mains, Chloé fit descendre l'une jusque sous son col et remonta l'autre à hauteur de ses lèvres, traversée d'une toute nouvelle définition.
— Inspectrice ?
Leur définition.
— La ferme.
Ses lèvres reparties vers les siennes, Chloé fut déraisonnablement tirée vers lui, s'asseyant volontairement à califourchon sur le Diable dans une voiture de fonction.
Un gémissement commun accueillit la toute première friction d'une longue série d'autres. Elle écouta le frottement du tissu sous ses jambes, dès qu'elle pressait son corps, ses hanches contre les siennes. Celle du cuir sous Lucifer, de son souffle dans le creux de son épaule dès qu'elle trouva ce point sensible sous son oreille.
Celle de son jean entre ses doigts, emprise réservée sur la courbe de ses fesses d'abord pour s'affirmer à la seconde où elle passa sa langue sur son lobe.
Lucifer frissonna avec ses mains sur sa peau, sur son torse dépouillé de sa chemise jusqu'au nombril. C'était tout ce dont Chloé était capable, dans la mesure de sa faible force - désir - humaine.
C'était bien assez, assez pour qu'il exige, ramène ses lèvres aux siennes.
Elle sentit la cigarette, Merveille enroulée de Bourbon dans sa bouche, s'y perdit un moment. Jusqu'à ce que Lucifer ne la libère, nez à nez, souffle sur souffle.
— Je n'aurais jamais cru dire ça, mais…
— Mais quoi ? l'encouragea Chloé.
Sa bouche, ses yeux, son cou, son torse soulevé sur chaque mot, soufflé contre sa peau…
Elle voulait tout.
Elle le désirait lui, déraisonnablement.
— Tu n'es pas loin de faire venir le Diable dans son pantalon, dit-il avec un sourire. C'est.. c'est une première.
Elle rit, rapprochant leurs visages d'un autre baiser, long, moins profond. Plus étourdissant, d'une certaine manière, pour toutes les manières qu'elle rêvait de le faire venir dans son pantalon.
La main de Chloé passant sur son cou, son torse ; lui, effleura son mamelon d'un pouce. Elle se pencha en avant, pressant l'attache de sa ceinture contre sa peau, jusqu'à le faire frissonner. Encore.
— Il y a peut-être une solution… dit-elle une fois l'attache sortie, tirée vers elle.
Lucifer, qui avait déboutonné plus de boutons qu'elle en triturait de sa seule main, qui avait dégrafé son soutien-gorge et passé sa main sous l'arrondi de son sein gauche, arqua un sourcil.
— Je suis tout ouïe, Inspectrice.
Sur ces mots, son pouce repartit vers son mamelon, y exerça une pression plus longue. Elle gémit, expira, front contre front. Assez proche pour profiter d'un sourire satisfait de ce Diable si attentif, si content de lui.
— Exactement.
Frissonnant, brûlant ; la solution fut étouffée entre leurs corps ; celui de Chloé levée autant qu'il était possible pour laisser la bouche de Lucifer remplacer son pouce, lui-même se contorsionnant sous elle, avec une pratique moins étonnante que bienvenue, pour baisser son pantalon à mi-cuisse.
Pour un coup de langue sur sa peau, Chloé griffa l'arrière de sa nuque, ses cheveux parfaits. Pour la pression experte de ses lèvres autour de son mamelon, elle pressa son autre main contre son membre.
Lucifer appuya, Chloé écarta les doigts de son gland. Il détendit sa main, la sienne revint.
Va-et-viens lents, rapides, mais jamais droits au but.
Les lèvres du Diable manquèrent à son expertise légendaire, essoufflées contre sa peau, autour de son nom.
— Chloé…
Elle enfouit sa main libre dans ses cheveux, appuya sur sa nuque et l'extrémité de son membre. Elle sentit ses doigts s'enfoncer dans son dos, à la limite de la douleur, ce gémissement étouffé autour de son sein, sa langue qui quémandait sa propre litanie.
— Mh… Lucifer…
Puis son autre main délaissa sa poitrine pour effleurer cette ligne erratique - dirigée par les attentions raisonnables de sa partenaire - jusqu'à son boxer.
Comment avait-il déboutonné son jean sans qu'elle ne le remarque ?
Lèvres entrouvertes contre sa tempe, Chloé inspira aussitôt que ses doigts passèrent sous le tissu, sur des lèvres pressées, empressées de savoir tout ce qu'il pouvait toucher. Comment il pouvait la touch—
— Parce qu'il sait exactement ce qu'on veut !
Chloé se figea.
Elle ouvrit les yeux, fermés jusqu'à ce que Lucifer daigne enfin fermer un autre espace entre ses cuisses, entre ses doigts trop lents, trop tentateurs. Son souffle se bloqua dans sa poitrine, ses yeux écarquillés de stupeur sur l'intruse apparue de nulle part sur la banquette arrière.
Bouche ouverte, elle dévisagea cette femme, jambes croisées quand Lucifer écartait les siennes de sa seule main libre, lèvres courbées d'un sourire quand les siennes traçait un chemin lent et déterminé entre ses seins, jusqu'au point culminant qu'était la courbe de son menton.
— Qu-...
— Oh, il est en train de faire ce truc ! Regardez ! s'exclama l'intruse, ses longs cheveux blonds tombant en cascade jusqu'à son décolleté plongeant.
— Braise et bol chantant tibétain ?
Chloé tourna légèrement la tête, donnant plus à gravir d'une multitude de baisers à Lucifer. Une autre femme, blonde également, tête penchée en avant, à essayer de voir par-delà le dossier du fauteuil.
Qu'est-ce que-
— On est dans une voiture ! protesta une voix plus masculine qui lui fit tourner la tête côté conducteur, vers l'homme agacé - ou trop excité peut-être - qui fouillait dans la boîte à gants. 'Manque plus que de la vaseline pour monter au septième ciel !
Puis des applaudissements, sur la banquette arrière à nouveau, Ève sautillant presque jusqu'à toucher le plafond de sa tête avec un sourire ravi.
— C'est très, très excitant !
La vitre côté passager s'ouvrit entièrement. Chloé sursauta tandis que Jana - feu conquête de Lucifer et hôtesse de l'air - s'accoudait à celle-ci, son regard appréciateur sur la prise de Chloé autour d'un engin d'une autre sorte.
— Veuillez attacher vos ceintures pour le décollage… ça va secouer !
— Comm- ? balbutia Chloé avant qu'une nouvelle voix se fasse entendre derrière Lucifer.
— C'est sans importance.
Cette seule voix fit taire toutes les autres, celle de Chloé comprise. Elle fit taire le peu de plaisir resté sous les soins minutieux du Diable. Chloé se retourna, une main pressée sur l'épaule de Lucifer, là où sa chemise avait glissé sous l'emportement d'un désir presque oublié pour cette intrusion multiple, cette dernière manifestation. L'autre main, située plus bas, écartée par celle de cette femme… non, cette créature à l'allure humaine.
Lucifer grogna son assentiment dans son cou. Il tira sur son jean, son boxer, jusqu'à ce que la brise du soir s'immisce sous chaque tissu, comme ses doigts qui y étaient toujours occupés d'un lent mouvement de va-et-vient entre ses cuisses.
Il y avait si peu d'espace entre elles deux, d'une bouche à l'autre. Celle de Chloé, ouverte, muette par la stupeur, l'inquiétude. Celle de cette femme, ouverte sur le lobe de Lucifer, sa langue, son sourire inhumain.
Lucifer rejeta la tête en arrière, son nez chatouillant la tempe de Chloé avant son souffle, rauque d'un nom.
— Lilith…
Le doigt diabolique alla plus qu'il ne revint sur son sexe, autour du bourgeon de désir que Lilith fit taire d'un autre coup de langue, ses yeux bleus posés sur elle, ses cheveux noirs ne faisant qu'un avec l'obscurité. Son murmure pour la seule humaine présente, dépossédée du Diable, de pouvoir le posséder à elle seule ;
— Tu es sans importance.
— Mmh… oui… gémit Lucifer, visage tourné vers Lilith.
Ce mot, cette possession accordée pour la tournure habile de ses doigts autour de son membre gorgé d'un plaisir qu'il avait d'abord craint précoce.
Précoce fut sa réaction ; comment son corps bougea sous elle, comment ses hanches se soulevèrent du siège pour aller à la rencontre, non pas des doigts de Chloé, mais de ceux de Lilith. Elle qui jouait des siens, d'une mélodie plus importante.
Précoce fut la possession du Diable, de ce seul doigt en elle.
Son cri joignit le sien, surprise pour plaisir, plaisir pour plus que Chloé n'était capable de fournir, pour le rougeoiement de cette impasse humaine dans le regard du Roi.
Et Lilith rit, se ravit de son échec.
— Mon Roi…
-xXx-
D'un seul geste et cri étranglé, Chloé ouvrit les yeux, entendant plus qu'elle ne vit la cavalcade effarouchée et persiflante de chats de gouttière pas loin.
— Satanés chats…
Elle tourna la tête, dévisageant entre chaque clignement d'yeux - et il y en eut beaucoup - Lucifer se tourner côté vitre, vers cette rixe de rue à quatre pattes. Elle en était à plus de quinze mouvements oculaires lorsqu'il se retourna, la dévisageant en retour.
— Inspectrice ?
"Inspectrice ?"
Inspirant profondément, elle baissa les yeux vers son entrejambe.
Pantalon.
Ceinture bouclée, irrémédiablement bouclée.
— La vue est à ton goût ?
Chloé ne répondit pas, tournant la tête vers la banquette arrière à s'en tordre la nuque, endolorie par sa précédente position, sans grande surprise inconfortable. Son regard fut fixe, sans le moindre clignement, le temps de scruter chaque centimètre visible de la voiture.
— Inspectrice ? répéta Lucifer.
Elle nota le changement d'intonation ; l'inquiétude supplanter la taquinerie.
Elle déglutit puis tourna la tête, rencontrant l'expression perplexe de son partenaire - habillé, éveillé, normalement "excité" par cette planque qui n'en finissait pas.
Chloé ouvrit la bouche, le feu lui montant aux joues.
Feu.
Lucifer, ses yeux… et…
Ses yeux, elle les tourna côté rue.
— Je… je me suis endormie ? Combien de temps ?
— Assez longtemps pour tout enregistrer.
Une main passée dans ses cheveux, sur son visage, sa bouche entrouverte, Chloé le dévisagea.
— Enregistrer ? Enregistrer quoi ?
Lucifer ne lui répondit que d'un sourire triomphant et d'un doigt pointé vers le plafond, érigé comme un autre membre qu'elle faisait de son mieux pour ne plus imaginer au-delà des bras de Morphée, ses bras… ni regarder vers…
"Chloé…"
Merde.
Son regard parti entre Lucifer et le tableau de bord, elle entendit à peine ce dernier farfouiller dans ses poches une fois sa main baissée enfouie sous le pan de sa veste. Il en tira son téléphone avec un sourire indubitablement victorieux, et diaboliquement taquin, agitant ensuite l'appareil sous le nez de Chloé.
— Mon émission préférée, Inspectrice.
Il fallut une seconde supplémentaire portée par un regard perplexe pour que cette dernière comprenne enfin où il voulait en venir.
Chloé sentit son cœur s'emballer dans sa poitrine à la seconde où le doigt de Lucifer ploya vers l'option lecture de l'enregistrement vidéo.
— Écoutons cela, hm ?
— Non !
Lucifer sursauta, téléphone en main, sourcil arqué.
Chloé, quant à elle, inspira puis expira bruyamment - une sorte de scène bonus à cette émission qu'il avait guetté toute la nuit durant. Elle le savait habitué à d'autres émissions, et se savait assez gênée pour ne pas risquer d'en entendre sa version… personnelle.
Elle avait peut-être crié un peu trop fort, malgré tout.
Clairement trop fort, à voir l'expression de Lucifer.
— Entendu, dit-il sans la quitter du regard, téléphone rangé lentement à sa place dans un silence gênant.
Là tout de suite, Chloé aurait grandement apprécié l'intervention extérieure d'un autre chat belliqueux. Le regard de Lucifer lui brûlait la peau, à plus forte raison qu'elle gardait en mémoire celui rêvé un peu plus tôt ; à comment ses doigts avaient commandé son plaisir, comment lui avait pris du plaisir… tellement plus de plaisir de la main d'une autre.
Cette autre dont elle entendait parler à longueur de temps, qui avait son importance.
Qui avait fait bander, crier le Diable plus vite, plus brutalement qu'elle.
Bon sang….
— Tout va bien, Inspectrice ? s'enquit-il au bout d'une minute gênante, terriblement humiliante à ressasser son dernier fantasme tourné au cauchemar.
Bien.
Très très bien…
Chloé hocha la tête sans le regarder, occupée à se mordiller la lèvre inférieure et triturer ses mains pour ne plus penser aux siennes ou à la façon dont ses dessous pressaient d'une humide culpabilité ses désirs fantasmés.
— Bien, dit-il. Parce que notre invité est arrivé.
— Quoi ?
D'un regard, Lucifer lui désigna la maison de la victime et la silhouette - masculine ? Peut-être… il faisait encore trop sombre et elle était trop loin pour voir clairement - suspecte côté jardin. Le silence s'installa de lui-même, chargé d'une tension bien connue et nettement moins gênante pour les deux partenaires.
Quoique le plus bruyant des deux le brisa rapidement d'un chuchotis inutile, mais instinctif.
— Prête, Inspectrice ?
— Non…
NA
Quoi ? J'ai dit qu'il y avait une 'scène', pas que c'était réel X)
(Prier de ne pas taper avant les festivités hivernales, merci XPPPPP)
Le prochain chapitre sera publié l'année prochaine (je ne suis pas encore certaine du jour, donc aucune spécification, on garde un peu le suspense :D) J'espère que ce cadeau de Noël vous fait plaisir autant qu'il me fait plaisir.
Une review, fav et/ou follow sont très appréciés, comme toujours. Alors, n'hésitez pas - je ne mords pas ;)
Profitez bien - en toute sécurité - des fêtes en famille !
Et Déjà une bonne (meilleure, on croise les doigts bien fort) année à tous et à toutes :333333
