Me revoilà avec un long, très long chapitre de vingt pages Word. Va falloir s'accrocher les gars !
Et devinez quoi ? Comme je suis la fille la moins constante du monde, j'ai dû changer d'avis en cours de route : ce chapitre n'est pas vraiment le dernier, puis qu'il y aura une sorte d'épilogue (sans doute trop long pour être un simple épilogue, je me vois venir…). C'était soit ça, soit je vous servais le chapitre le plus long du monde, et ça aurait été un peu dur à digérer.
Depuis le dernier chapitre, le nouveau livre de James Dashner (le vénéré) est enfin arrivé en France (Le jeu du maître). Pour ceux qui ne se sont pas encore jetés dessus, je vous conseille vivement de le faire (après l'avoir dévoré en deux jours).
Ah, et quelqu'un d'autre que moi vient voir James Dashner au salon du livre, ce week-end, par ici ? :D (à part mademoiselle La Dictateuse...)
Dernier point : vous avez peut-être remarqué que j'ai changé de pseudo (Bye bye entropythings, bonjour Pwoper Banana-fish. Seuls les vrais comprendront.), mais je suis toujours la même personne, hein!
M'voilà, on se retrouve en bas !
L'air était un peu moins frais que celui de Chicago, mais toujours trop au goût de Newt. Pourtant, il avait ressenti une irrépressible envie d'abandonner le lit qu'il avait occupé deux petites heures pour sortir.
Il se tenait moins droit qu'à l'habitude, les bras croisés sur son torse. Son pull était froissé, son pantalon noir trop bas sur ses hanches, et ses cheveux partaient dans tous les sens. Il s'imagina la grimace de son père, s'il l'avait vu ainsi, et la petite moue de sa mère.
Il s'attarda ensuite sur les deux véhicules face à lui – la Range Rover, et une moto qui appartenait aux propriétaires de la maison. Il savait que Thomas, sans doute profondément endormi à cet instant, avait simplement posé les clés de la Rover dans l'entrée, près de celles de la moto. Mais ce qui, au fond de lui, le déprimait le plus, n'était pas le rappel que, s'il avait clairement la possibilité de fuir maintenant, il se refusait encore à le faire. Non. Ce qui le minait réellement, c'était son égoïsme et sa lâcheté.
Après tout ce que ses parents avaient dû traverser ces derniers jours, Newt ne parvenait pas à se réjouir à l'idée de les retrouver. De retrouver sa vie. La fac, les examens, la bibliothèque. Teresa représentait le seul point positif du tableau morne de sa routine. Bien malgré lui, Thomas, qui l'avait violemment arraché à ce quotidien déprimant, semblait maintenant être une option bien plus réjouissante.
Newt soupira profondément, désespéré par le fonctionnement de son propre cerveau. Il savait que cette nuit, ils avaient eu de la chance. Que s'il s'était senti vivant après coup, il aurait tout aussi bien pu y rester. Il passa une main sur la bande qui couvrait l'entaille de sur gorge, comme pour se le rappeler.
Il n'appartenait pas à ce monde, et il savait qu'il devait retrouver le sien. Seulement, il avait aussi la certitude que rien ne serait plus comme avant.
Il resta encore quelques minutes dehors, principalement à penser à Thomas. Il se demandait ce que le garçon ferait ensuite, si les choses iraient bien pour lui – ce qu'il espérait sincèrement. Puis, rappelé à l'ordre par les plaintes de son estomac vide, il regagna la maison où les vivres apportés par Minho et Brenda avaient été rapatriés.
-TLYG-
« Je compte sur toi pour Newt, Thomas. »
« Je ferai ce que tu m'as dit, il ne lui arrivera rien. »
« On se voit tout à l'heure. »
Un bip sonore indiqua à Thomas que Teresa avait raccroché. Le souffle court, il se laissa tomber sur le lit.
Ça n'avait pas marché. Pour une raison qu'il ignorait, Teresa n'avait pas pu convaincre Janson d'abandonner ses plans.
Thomas se prit la tête entre les mains et se plia en deux, fauché par une vive douleur au ventre.
« Pourquoi… ? » Soupira-t-il
Il savait qu'il n'avait pas fait les bons choix. Qu'il avait merdé. Il avait impliqué ses amis, Newt et Teresa dans quelque chose de très dangereux. Tout ça pour ça. Mais bon sang, il n'avait pas envie de mourir.
Il secoua vivement sa tête et se redressa. Il n'avait pas le droit de se morfondre, pas quand la vie de Newt était encore menacée. Il se précipita vers la fenêtre, le cœur battant. D'ici, il pouvait voir le chemin terreux qui passait devant la maison. Aucun autre habitat en vue. L'endroit n'était qu'à quelques minutes de la ville, mais Brenda avait pris soin de dispenser Thomas de voisins.
En tout cas, il n'y avait pas la moindre voiture dans le chemin. Ils avaient probablement près de deux heures devant eux.
Un bruit de vaisselles fit tiquer Thomas, l'arrachant à sa contemplation minutieuse de la route.
Sans s'en rendre compte, il s'était mis à sourire en imaginant Newt, affamé, s'activant dans la cuisine. Après un dernier regard par la fenêtre, il décida de le rejoindre. Après tout, il vivait sûrement ses derniers instants – malgré les espoirs que semblait nourrir Minho – alors autant les passer en agréable compagnie.
Il attrapa le portable laissé sur le lit, le glissa dans la poche de son jean, et coinça son M1911 dans sa ceinture. Par réflexe, il rabattit son pull par-dessus, même s'il savait que Newt ne la percevrait plus comme une menace, et que lui-même avait gardé la deuxième arme.
Il quitta ensuite la chambre, mais s'arrêta net sur son palier.
Il avait oublié de réfléchir à un détail plutôt important…Newt n'était pas au courant du changement de plan. Thomas passa une main nerveuse dans ses cheveux et souffla. Est-ce que le blond accepterait d'attendre bien sagement l'arrivée de Teresa ? Après tout, c'était beaucoup plus sûr pour lui. Même si ce n'était pas fairplay, le choix le plus simple était sans doute celui de mettre Newt devant le fait accompli.
Attendre que la voiture arrive, lui demander de ne pas bouger jusqu'à ce que Teresa arrive, et partir.
Après une nouvelle minute de réflexion, Thomas décida qu'il s'agissait de la bonne décision. Il abandonna définitivement la chambre pour s'aventurer dans le couloir.
Une odeur de bouillon chimique l'attira jusqu'à la large cuisine américaine qui donnait sur le salon. Arrivé dans l'espace un peu enfumé, il se cala contre le chambranle de la porte, les bras croisés sur son torse. Devant lui, Newt ne l'avait même pas remarqué, trop occupé à s'agiter dans tous les sens. Thomas eut un sourire en coin, amusé de le voir se débattre autant pour faire de simples pâtes lyophilisées.
« Finalement, tu as vraiment du mal avec la nourriture des pauvres, hein ? » Plaisanta-t-il
Newt sursauta et leva vivement la tête vers Thomas. Il répondit à son sourire, l'air un peu gêné d'avoir eu peur.
« Non, je m'en sors très bien. »
« T'es sûr ? Ça commence un peu à sentir le cramé. »
Le blondinet grimaça et retira la casserole bouillante du feu avec des gestes maladroits. Thomas se hissa légèrement sur ses pieds, juste assez pour le voir poser le récipient sur un plan de travail en bois. Avec un reniflement un peu moqueur, il contourna le bar de la cuisine pour le rejoindre.
« La casserole brûlante sur le bois, faut mieux éviter. » Dit-il en déplaçant l'objet
Newt se cala à côté de lui, dans l'angle du bar, et prit son habituel air renfrogné.
« D'accord. Tu as peut-être raison. » Admit-il « Je ne sais de toute évidence pas faire des foutues pâtes. »
Thomas pouffa, amusé de voir Newt prendre la chose si sérieusement. En moins de trois minutes, le garçon avait réussi à le détendre. Cependant, Thomas ne perdait pas de vue la mission que lui avait confié Teresa. Il continua à s'affairer, l'air de rien, tandis qu'il se faisait la réflexion qu'il devait absolument retourner à l'étage, d'où il pourrait voir la voiture venir.
« Tu as pu dormir un peu ? » Demanda Newt d'un ton radoucit
« Comme un bébé. » Mentit-il – depuis qu'il avait infiltré le réseau de Janson, il ne se rappelait pas avoir eu une bonne nuit de sommeil « Et toi ? »
« Oui, jusqu'à ce que mon estomac me réveille. »
« Tiens bon, c'est presque prêt. »
« J'ai survécu à pire. » Répondit Newt avec un petit rire
Thomas se remit à sourire, et il s'empressa de sortir deux bols. La facilité avec laquelle Newt et lui-même échangeaient des banalités était surprenante, mais loin d'être déplaisante. Les choses évoluaient tellement différemment, tellement vite, quand la mort semblait proche.
Il repensa vaguement à la terreur et à la haine qu'il avait lues dans les yeux de Newt, juste après l'avoir enlevé. Puis l'image de leurs baisers s'imposa plus fortement, et il dut se retourner pour s'assurer que le blond ne le verrait pas rougir.
Thomas avait conscience qu'il allait très probablement mourir dans quelques heures. Il torturait déjà son esprit pour réfléchir à un moyen d'empêcher ses amis de voler à son secours. Il ne voulait pas prendre le risque qu'ils soient blessés ou tués à cause de lui. Cependant, il ne put s'empêcher de penser brièvement que, dans d'autres circonstances…mais les circonstances étaient telles qu'elles étaient.
Alors il se força à récupérer son sourire, et il se tourna vers Newt.
« On mange en haut ? Il y a une télé, dans la chambre. »
-TLYG-
Newt était accroupi devant une rangée de DVD, à côté de Thomas, les sourcils froncés sous la concentration. Mad Max, Taken, et autres films riches en fusillades occupaient la plus grande partie de l'étagère. Newt grimaça. Hors de question.
« Ah, il y a des coffrets de série, aussi. » Fit-il en tirant une boîte
Il se demandait bien depuis combien de temps il n'avait pas lâché ses cours et les diners mondains pour ne rien faire devant une série. Finalement, il rangea la boîte en y lisant le mot « vampire ». Il avait toujours préféré les loups-garous.
« Bon… » Souffla-t-il en tournant la tête vers Thomas
Le garçon semblait absorbé par la contemplation d'une autre partie de l'étagère. En y découvrant une collection de Disney, Newt haussa les sourcils.
« Tu veux voir un dessin-animé ? »
« J'en ai pas vraiment eu l'occasion, plus jeune. » Dit Thomas avec un haussement d'épaules
Newt tordit sa bouche en une petite moue entre l'amusement et l'attendrissement, et il attrapa l'un des DVD de la collection.
« Je me demande comment j'ai pu avoir peur de toi, au début. » Se moqua-t-il quand même
Thomas protesta, mais il se leva à sa suite et le rejoignit sur le lit où deux bols fumants tenaient en équilibre.
-TLYG-
« Je peux pas croire qu'elle ait renoncé à sa vie sous l'océan pour un gars qu'elle connait depuis trois jours. » Souffla Thomas, l'air réellement choqué
Newt sentit ses joues se teinter de rouge en se faisant la réflexion que, lui, il s'était bien retrouvé à califourchon sur le gars qui l'avait enlevé moins d'une semaine plus tôt. Pour l'embrasser. Plusieurs fois.
« Les gens font parfois des choses étranges. » Grommela-t-il en rapprochant ses jambes de son torse
« Je te le fais pas dire. » Répondit Thomas dans le vague
Sans vraiment réfléchir, Newt tourna la tête vers lui, et leurs regards s'accrochèrent. Les lèvres de Thomas s'étirèrent en un sourire discret, et Newt s'attarda particulièrement sur elles. Comme sortie de nulle part, l'envie de les embrasser s'infiltra dans son cerveau. En relevant les yeux vers les prunelles brunes, il crut y lire à peu près la même chose.
Mais peut-être s'était-il trompé, car au premier bruit venant de l'extérieur, Thomas se détourna de lui et bondit du lit pour se ruer vers la fenêtre.
Maintenant dos à lui, le garçon semblait s'être crispé.
« Thomas ? » L'appela-t-il
Aucune réponse. Newt se leva à son tour du lit, les sourcils froncés.
« Hé, Thomas ? Qu'est-ce qui se passe ? » Insista-t-il, anxieux
Thomas se retourna enfin, et il s'éloigna de la fenêtre aussi vite qu'il s'en était approché. Il se stoppa net face à Newt dont le cœur s'était mis à battre plus vite en découvrant le visage marqué par l'angoisse de son vis-à-vis.
« Je…je croyais que je gèrerais ça facilement, mais j'ai un peu plus peur que ce que j'imaginais. » Répondit Thomas en ébouriffant ses mèches brunes
« De quoi tu parles ? »
Thomas inspira profondément, puis il posa ses mains sur les épaules d'un Newt qui commençait sérieusement à s'affoler.
« Ecoute, ne m'en veux pas, mais le plan a changé. Il…il y a beaucoup de choses à prendre en compte, maintenant. Tu comprendras plus tard, Teresa t'expliquera sûrement. Pour l'instant, il faut juste que tu restes en sécurité. » Enchaîna-t-il précipitamment
Newt fronça les sourcils à s'en donner mal à la tête, et il recula d'un pas, se dégageant de l'emprise de Thomas. Il ne comprenait presque rien, mais le peu qu'il avait pu saisir ne lui plaisait pas.
« Comment ça, le plan a changé ? » Rétorqua-t-il froidement, avant qu'une autre idée ne lui traverse l'esprit « Tu…attends, l'appel avec Teresa… »
Thomas acquiesça, le regard à la fois sombre et abattu.
« Pourquoi j'ai l'impression que ça ne va pas me plaire ? » Demanda Newt
« Je suis désolé de te mettre devant le fait accompli. Je pensais que ça serait plus simple. »
N'y tenant plus, Newt tenta un pas vers la fenêtre, derrière laquelle se trouvait sûrement la source de la peur de Thomas. Mais ce-dernier l'attrapa aussitôt par le poignet et le tira vers lui avec un « NON ! » paniqué. Perdu et énervé, Newt recula une nouvelle fois.
« Quoi ? Qu'est-ce qui se passe bon sang, Thomas ! »
Quand il répondit, les larmes montèrent aux yeux de Thomas.
« Il ne faut pas qu'ils te voient. » Dit-il
« Qui ? Qui ne doit pas me voir ? »
Thomas désigna la fenêtre d'un signe de tête.
« Les gars qui viennent pour moi. Teresa a essayé de les dissuader. Ils se fichent de l'argent, Newt. Ils veulent juste me voir mort. »
Newt écarquilla les yeux et ouvrit la bouche sans qu'aucun son n'en sorte. Qu'est-ce que Teresa venait faire là-dedans ? Elle était simplement censée leur amener l'argent !
Il secoua sa tête et passa une main sur son visage. Il ne comprenait rien, mais il savait que ces questions n'étaient pas les plus importantes. Thomas venait lui dire que les hommes qui en avaient après lui le tueraient, argent ou non.
« Que…qu'est-ce qu'on fait ? » Fit-il d'une voix dénuée d'assurance
La moue de Thomas l'inquiéta davantage encore.
« Pas on, Newt. Les gars qui sont dehors attendent sûrement qu'il fasse plus sombre pour attaquer. Si je sors avant qu'ils ne cherchent à entrer, ils ne te verront pas. »
« Tu vas te faire tuer. » Souffla-t-il « Tes amis, ils… »
« Ils sont en route. Teresa l'est aussi. Elle va venir te chercher, ne t'inquiète pas. Tout ce que tu as à faire, c'est attendre ici une heure de plus au maximum. »
Newt était tenté par l'idée de se rouler en boule sur le sol et d'attendre bien sagement que toute cette histoire se termine. Mais il ne pouvait pas. Il ne comprenait pas ce qui se passait, ce que Thomas comptait faire, mais il avait l'horrible impression que le garçon courait consciemment à sa perte.
« Newt, je dois y aller. »
Newt leva machinalement les yeux vers Thomas. Il s'était remis à sourire faiblement, faussement. Il lui tendit un téléphone, que Newt prit sans réellement y faire attention.
« Ça va aller. » Fit simplement Thomas
Puis il quitta la chambre d'un pas rapide. En l'entendant sauter les dernières marches de l'escalier, Newt eut l'impression d'un électrochoc. Il glissa le téléphone dans sa poche et se précipita dans le couloir, à la poursuite de Thomas.
-TLYG-
Thomas avait descendu l'escalier à une vitesse folle, et il s'était rué dans l'entrée sans se retourner une seule fois. Il savait que s'il le faisait, il hésiterait.
Il avait peur de mourir, et maintenant qu'il avait laissé à Newt l'unique moyen qu'avaient ses amis de le localiser, il savait que c'était inévitable. Mais plus l'échéance s'était rapproché, plus il y avait réfléchi. Il ne pouvait pas prendre le risque que quelqu'un d'autre que lui soit tué.
Au moins, son dernier après-midi avait été agréable. Bien plus que la plupart de ses journées depuis qu'il avait rejoint Janson.
La gorge nouée, il avança vers l'entrée, laissant les clés de la Rover. Il n'était même plus question de les éloigner. Ça aurait été inutile, puisqu'à la fin, le résultat était le même de toute façon. Il préférait monter directement avec eux, les laisser décider de l'endroit où ils le tueraient, plutôt que de faire lui-même ce funeste choix. Mais, au moment où il posait sa main sur la poignée, il fut tiré en arrière par son pull, et on l'obligea à se retourner.
Il se retrouva face à Newt dont les traits traduisaient sa colère tandis que ses yeux trahissaient sa peur.
« Tu ne peux pas faire ça. » Claqua le blond
Ne fais pas ça, Newt, pensa Thomas.
« On va trouver une solution. On va partir ensemble, rejoindre l'autoroute et rouler jusqu'à ce que tes amis… »
« Et ensuite, quoi ? » L'interrompit-il « Si quelqu'un a payé assez cher pour me voir mort, on va pas me lâcher jusqu'à ce que le travail soit fait. »
Une lueur de désespoir traversa les prunelles ambrées.
« On trouvera un moyen. » Insista Newt
Thomas soupira. Il était clair que Newt lui-même ne croyait pas à ce qu'il disait.
« Mes amis ont essayé. »
Il leva une main tremblante vers le visage du garçon mais effleura à peine sa joue. Il tenta de lui sourire sans pouvoir tirer plus de son corps qu'un rictus.
« Tu as essayé alors que c'était loin d'être ton rôle. » Ajouta-t-il « Merci beaucoup. »
Newt sembla d'abord rester sans voix, alors Thomas se détourna, priant pour ne plus être retenu. Une main se glissa dans la sienne. Il ferma les yeux avec force et se mordit la joue.
« Pourquoi est-ce que tu fais ça ? »
« Parce que c'est injuste. » Répondit Newt « Tu ne mérites pas ça. »
Surpris, Thomas se tourna vers lui. Cependant, il lâcha sa main.
« C'est comme ça que les choses fonctionnent. »
Newt sembla choqué, énervé, même, par sa réponse.
« Alors tu te résignes ? Tu vas juste sortir et les emmener dans le désert pour qu'ils te butent plus facilement ? »
Thomas eut l'impression de recevoir un coup de poing dans le ventre, mais il tenta de ne rien en montrer. Il fronça à peine les sourcils et répondit sèchement :
« C'est ça. »
Puis il se détourna de nouveau, et avant même qu'il n'esquisse le moindre mouvement, Newt se glissa entre lui et la porte. En se retrouvant à quelques centimètres de son visage, Thomas crut un instant qu'il aurait la faiblesse de flancher.
« Attends tes amis. Attends Brenda et Minho. Ils vont t'aider. »
Newt semblait presque implorer. D'abord perturbé, Thomas fut frappé par le peu de lumière qui éclairait encore l'entrée. La nuit tombait, et il savait comment l'on procédait, dans le milieu. On attendait souvent qu'il fasse noir, même dans les endroits reculés comme celui-là, histoire de réduire tous risques de croiser un témoin qui, par conséquent, serait un corps de plus à enterrer.
Ça voulait dire que les hommes entreraient bientôt. Ou peut-être attendraient-ils encore, espérant que Thomas tente de se sauver pour le plaisir d'une course poursuite qu'il avait perdu d'avance.
Dans tous les cas, il fallait qu'il parte vite. A chaque minute, il prenait le risque de faire tuer Newt.
Il ferma son visage, essayant de se faire plus froid, voire menaçant.
« Pousse-toi, Newt. Je te jure que tu comprendras bientôt que c'était la meilleure chose à faire. »
Newt fit « non » de la tête.
« Laisse-moi venir avec toi. »
Face à son air déterminé, Thomas se sentit perdre son sang-froid.
« Bon sang Newt ! » Cria-t-il « Je t'ai kidnappé, tu te rappelles ? J'ai fracassé ta voiture, je t'ai enlevé à tes proches, je t'ai attaché, tu as eu peur, tu voulais rentrer, tu… »
« Tu sais que les choses sont différentes maintenant ! » Le coupa Newt d'une voix plus forte encore
Le cerveau de Thomas s'était mis à tourner à plein régime. Il devait faire quelque chose. Il ne pouvait pas rester à côté du portable, amenant inévitablement ses amis à lui. Il ne pouvait pas rester avec Newt alors qu'il n'était plus qu'une question de minutes avant que les tueurs ne débarquent.
« Tu vas te faire tuer… » Souffla-t-il « Et tu vas faire tuer Teresa. Et mes amis. »
« Qu'est-ce que tu racontes, Thomas ? Il suffit qu'on parte. Tu sais que tu as le choix ! »
Le cœur broyé par la douleur et l'incertitude, Thomas attrapa l'arme toujours coincée dans sa ceinture. Il recula d'un pas, tendit l'avant-bras et appuya le canon sur le torse de Newt. Il dut rassembler le peu de forces qui lui restaient pour affronter le regard du garçon. Un regard choqué, blessé.
« Pousse-toi. » Dit-il en maîtrisant sa voix avec peine
« Tu ne vas pas tirer. » Affirma Newt, malgré la lueur dans ses yeux
« Il faut que j'en finisse avec cette histoire avant que mes amis ne soient tués. »
Son souffle était court, et il devait lutter pour ne pas se tordre en deux tant son ventre lui faisait mal. Il était en train de pointer une arme chargée sur Newt. Il savait qu'il faisait ça pour le sauver, mais le geste ne l'horrifiait pas moins.
« Pousse-toi. » Répéta-t-il « Ne me fais pas tirer. S'il te plait. »
« Arrête, Thomas. On sait tous les deux que tu ne vas pas le faire. »
Thomas faillit hurler de frustration. Comment Newt pouvait-il avoir autant confiance en lui ? Pourquoi prenait-il un risque aussi fou alors qu'il avait une arme pointée sur lui ?
Il sentit les larmes lui monter aux yeux.
« Pourquoi tu tiens tant à me sauver ? » Demanda-t-il à mi-voix
« Je ne sais pas. » Avoua Newt « Mais je sais qu'il y a un autre moyen. Il y a forcément un autre moyen. »
Thomas éloigna l'arme du torse de Newt et laissa retomber son bras le long de son corps. Il ne s'était jamais senti reconnaissant envers quelqu'un, et l'idée que, dans d'autres circonstances, Newt et lui auraient pu avoir quelque chose lui traversa de nouveau l'esprit. C'était une idée insolente et douloureuse.
« J'aurais aimé. » Dit-il « J'aurais vraiment aimé qu'il y ait un autre moyen. »
Il envoya son genou dans le ventre de Newt qui se plia aussitôt en deux en vidant ses poumons de leur air. Sans lui laisser le temps de se remettre, Thomas l'attrapa par le col de son pull et le jeta violemment derrière lui. Cette fois, le garçon poussa un cri de douleur en rencontrant le sol, et Thomas dut se faire force pour ne pas simplement le relever et le supplier de le pardonner. Il le regarda une seconde, étalé à terre, une main sur le ventre, et croisa son regard de pure incompréhension.
« Il faut que tu restes ici. Je t'en supplie, Newt, reste ici. »
Avant même que Newt ne puisse achever de dire son prénom, Thomas fit volte-face, le cœur crevé par la douleur. Sans attendre plus longtemps, il se jeta sur la poignée et claqua la porte derrière lui.
-TLYG-
Newt se redressa difficilement sur les genoux et plaqua ses deux mains sur son ventre. Il n'avait pas douté une seconde que Thomas bluffait, qu'il ne lui aurait jamais tiré dessus, mais le coup, ça, il ne l'avait pas vu venir.
Il se leva complètement, encore un peu sonné, jusqu'à ce qu'un bruit de moteur ne le réveille brusquement. Pris d'un nouvel élan de panique, il attrapa le portable dans sa poche et composa rapidement le numéro de Teresa.
Moins d'une sonnerie plus tard, la voix inquiète de la jeune fille résonna à son oreille.
« Thomas ? » Demanda-t-elle
« Newt. » Corrigea-t-il précipitamment « Je ne sais pas ce que tu as dit à Thomas tout à l'heure, mais il vient de partir, il a dit que des gars attendaient pour le tuer, qu'il devait les éloigner, que… »
Il entendit la respiration surprise de sa meilleure amie, mais ce fut la voix de Minho qui l'interrompit :
« Quoi ?! » Cria-t-il
Newt éloigna le téléphone de son oreille, trop surpris et stressé pour chercher à comprendre ce qu'il faisait avec Teresa.
« Ne me dis pas que tu appelles avec son portable ! »
« Que…si, pourquoi ? »
Cette fois, il lui sembla bien reconnaître la voix de Brenda. Elle était juste bien plus tremblante que la première et seule fois qu'il l'avait entendue.
« Newt, le portable, c'est ce qui était censé nous permettre de le retrouver. Ce qui était censé nous amener à lui pour l'aider. »
Il entendit Brenda et Minho échanger d'autres mots dans la précipitation. Ils semblaient sur le point d'exploser. Et pour cause. Lui-même avait cru recevoir un nouveau coup de genoux dans le ventre. Pourtant, il ne perdit pas son sang-froid.
Il se jeta presque sur le meuble de l'entrée et y récupéra des clés. Pas celles de la Rover, mais de la moto. Il serait bien moins repérable et pourrait plus facilement se déplacer en ville dessus.
Il avait vaguement entendu Teresa l'appeler, mais il n'y prêta pas attention.
Il ouvrit rapidement la porte que Thomas avait claqué trois minutes plus tôt, et il courut jusqu'au deux roues.
« Il vient seulement de partir. » Dit-il en repoussant la bâche qui couvrait à moitié le véhicule « Tracez bien ce foutu portable, parce que je l'amène à lui. »
Un hoquet terrifié de Teresa fut la première réponse, puis la jeune femme hurla presque :
« Non ! Newt, tu restes où tu es ! Thomas a fait son choix, on… »
« Dans combien de temps est-ce que vous serez là ? » L'interrompit-il
« A peu près une heure. » Répondit rapidement Brenda « Je t'en supplie, Newt, rattrape-le. »
Newt tourna la clé dans le contact, priant pour que la moto soit en aussi bon état qu'elle avait l'air de l'être, et qu'elle aurait assez d'essence pour tenir la route. Il entendait à peine les protestations de Teresa.
Il poussa un soupir de soulagement lorsque le moteur se mit à vrombir. Il se retourna rapidement pour récupérer le casque noir – un peu trop grand pour sa tête – caché dans le coffre.
« Dépêchez-vous. » Fit-il simplement
Puis il raccrocha, cala bien le portable dans sa poche et démarra à toute vitesse.
-TLYG-
Les cinq premières minutes, il eut surtout peur de ne pas s'en sortir avec la moto. Il n'en avait fait que deux ou trois fois, et jamais autant stressé qu'à cet instant. Quand il vit qu'il tenait bien dessus et s'en sortait parfaitement avec les commandes, il essaya de se détendre et se concentra sur sa mission. Une mission que sa raison ne put s'empêcher de qualifier de « suicide ».
Il avait peur, mais l'adrénaline le poussait à accélérer encore et encore, sans réfléchir à ce qui l'attendrait au bout.
Il avait déjà parcouru une bonne partie du long chemin terreux menant à la ville, et toujours aucune trace de voiture. Les mains crispées sur les commandes, il poussa la moto jusqu'à son maximum, freinant à peine au premier virage qu'il manqua de rater.
Un vent glacé frappait sa peau, s'infiltrant jusque sous ses vêtements. Il pensa un instant qu'il allait mourir de froid avant même d'apercevoir la voiture dans laquelle Thomas était monté.
Pourtant, il ne parvenait pas à se raisonner. Il n'arrivait pas à se convaincre de s'arrêter et de faire demi-tour.
Au loin, il commença à apercevoir les premières lumières du centre-ville, et son estomac se noua. S'il ne rattrapait pas Thomas rapidement, c'était perdu. Il ne pourrait jamais le retrouver en pleine ville. Pas sans avoir au moins repéré le modèle de la voiture qu'il recherchait.
Il roula encore quelques minutes – peut-être pas plus de cinq, mais il lui sembla qu'il était sur la route depuis une heure – quand l'ombre d'une voiture se dessina à une bonne cinquantaine de mètres de lui. Il lui sembla qu'il s'agissait d'un grand 4X4.
Il ralentit légèrement, gardant ses distances pour être sûr de ne pas être repéré. Au virage suivant, il distingua clairement le véhicule gris foncé. Son pouls accéléra largement le rythme tandis que Newt ralentissait encore un peu.
Il l'avait rattrapé. Non. Il les avait rattrapés. Pas seulement Thomas, mais aussi les tueurs à gage qui étaient à ses trousses.
Il n'hésita pourtant pas. Tout ce qu'il avait à faire, c'était gagner du temps et amener les renforts à Thomas. Et aussi s'arranger pour rester en vie, d'ici là.
Bientôt, ils atteignirent le centre-ville pour le plus grand soulagement de Newt. Il pensait que, parmi les autres voitures, ça serait bien plus simple de les suivre sans se faire remarquer.
Finalement, ce ne fut pas si facile. Il n'avait aucune idée d'où ces gars comptaient amener Thomas, mais ils ne cessaient de changer de rues.
A droite, à gauche, encore à gauche, puis à droite. Newt manqua à plusieurs reprises de renverser des passants, et même de se prendre un mur. Le manège dura au moins un quart d'heure, jusqu'à ce qu'il se rende compte qu'ils quittaient de nouveau la ville.
En très peu de temps, la nuit était complètement tombée. Il n'alluma pas ses phares et garda encore plus ses distances maintenant que la route était quasi déserte. Il ne se fiait plus qu'aux lumières du 4X4 gris.
Le paysage était maintenant digne d'un épisode de Breaking Bad. Une route poussiéreuse, et à mesure qu'ils avançaient, une terre aride et sableuse où la végétation avait peu de place.
Au bout de quelques mètres, un bois se dessina, comme sorti de nulle part, en bordure de la route. Au moment où Newt s'y attendait le moins, la voiture fonça en cette direction.
Il tourna la poignée de frein, laissant d'abord le 4X4 rejoindre les premiers arbres.
Il s'arrêta lui-même sur le bord de la route, à bonne distance du bois qui commençait un peu plus loin. Il descendit de la moto avec difficulté, les membres engourdis par le froid, et retira son casque.
Le ventre serré par le stress, il frotta activement ses mains pour se réchauffer, et avança d'un pas lent. De-là, il ne voyait plus la voiture, mais il était sûr d'avoir entendu des portières claquer.
Il s'était mis à trembler, mais préféra se dire que ce n'était que de froid, et il continua son chemin. Même s'il savait qu'il ne l'avait pas quitté, il vérifia que son pistolet était toujours en place, coincé dans sa ceinture, et il attrapa le portable de l'autre main. Il ne s'était passé qu'une trentaine de minutes depuis l'appel.
Le temps que Teresa, Minho et Brenda arrivent et les localisent, il pouvait se passer pas mal de choses.
T'es taré, se dit-il alors qu'il n'était plus qu'à quelques pas du bois. Complètement malade. Tu vas te faire buter, et tu l'auras bien cherché.
Sur ses propres paroles rassurantes, il passa les premiers arbres. La voiture était garée entre deux d'entre eux. Ensuite, les troncs devenaient trop rapprochés pour avancer autrement qu'à pieds.
A partir de là, il accéléra le pas en priant pour ne pas se faire repérer tout de suite. Il devait se dépêcher de les rejoindre, avant qu'ils ne s'estiment assez loin pour abattre Thomas. Alors il se mit à courir pour rattraper son retard, essayant de suivre une ligne parallèle à celle du chemin qui se poursuivait devant la voiture.
Il râla d'abord intérieurement, se demandant pourquoi les gars n'avaient pas simplement contourné le bois en voiture. Ils amenaient forcément Thomas derrière, sur un terrain où les racines ne les gêneraient pas pour creuser. Peut-être était-ce pour brouiller les pistes ? Pour ne pas laisser des traces de roues ? Newt se rappela que, de toute façon, ce n'était pas plus mal. Ce détail allait sans doute accorder plus de temps à Teresa et aux autres. Il poursuivit sa course sans réfléchir davantage.
Le froid chauffait sa gorge, et son souffle était court. Il était presque sûr que s'il prenait le temps de s'arrêter, il entendrait son propre cœur battre. Cependant, ce fut un autre bruit qui l'interrompit.
Des échos de voix.
Il se stoppa net et appuya une main sur sa bouche pour atténuer le bruit de sa respiration bruyante. Il continua à avancer, lentement cette fois, en faisant attention à ne pas écraser une feuille ou une branche.
Il ne pouvait pas distinguer de mots. Il n'entendait même pas la voix de Thomas, et l'idée qu'il se soit déjà fait tuer lui traversa douloureusement l'esprit. Il accéléra de nouveau, paniqué.
Un rire gras, désagréable, le fit sursauter, mais il ne s'arrêta pas.
« …-de se retrouver dans ces circonstances, tu trouves pas, Thomas ? »
Le sang de Newt se mit à bouillir. Cette fois, il avait bien distingué les mots.
« Réponds ! »
Un cri de douleur – celui de Thomas – suivi l'ordre agressif. Newt accéléra encore, sans toutefois courir par peur de tomber et de se trahir. Au moins, le chemin sur lequel il se trouvait été surélevé par rapport à celui que les autres semblaient avoir emprunté.
Il remarqua enfin les silhouettes. Il se baissa par réflexe et avança un peu. Elles se trouvaient environ trois mètres en-dessous de lui, à un endroit où les arbres étaient presque inexistants. Il faisait plus clair, en bas.
Il s'agrippa à un arbre et s'accroupit derrière lui, à moitié caché par le tronc. Il se pencha seulement pour se rendre compte de la situation.
Il remarqua d'abord Thomas, debout et bien vivant, mais la lèvre inférieure et le menton ensanglantés. Face à lui, un garçon blond assez imposant, qui devait avoir à peu près leur âge, souriait narquoisement. Deux autres gars étaient légèrement en retrait, les mains refermées sur des pistolets, le visage impassible. L'un d'entre eux portait un très grand sac en toile sur le dos, l'air particulièrement chargé.
Newt grimaça et attrapa sa propre arme. Il n'avait aucune idée de comment s'y prendre pour gagner assez de temps jusqu'à l'arrivée des renforts. Il ne savait pas tirer, et il ne devait pas peser deux tiers du poids du gars qui faisait face à Thomas.
« Allez, Tom. » Fit encore le blond, clairement sarcastique « Je ferais bien durer le plaisir plus longtemps, mais j'aimerais dormir quelques heures avant de profiter de ma prime. »
« C'est ça. J'espère que tu pourras te payer une fille ou deux, et que ça t'aidera à réduire un peu ton énorme complexe d'infériorité. » Répondit sèchement Thomas
Newt se mordit la lèvre au sang et tourna vivement sa tête vers les quatre garçons. Il vit avec horreur le garçon blond saisir Thomas par la gorge et lui asséner un coup au visage.
Quand il leva une deuxième fois son poing, Newt cessa de réfléchir. Il bondit sur ses deux jambes et visa – pas le blond, car il avait trop peur de toucher Thomas, mais l'un des deux autres. Il tira.
A l'instant où la pourriture – Newt trouvait que le surnom lui correspondait à merveille – allait écraser son poing sur le visage tuméfié de Thomas, l'homme touché hurla, le coupant dans son mouvement.
L'instant d'après, Thomas retombait sur le sol à plat ventre, mais Newt n'eut pas le loisir de faire plus attention à lui. Il venait de tirer dans l'épaule d'un des trois bourreaux, et maintenant, les deux autres braquaient en sa direction.
Il hoqueta et recula de plusieurs pas.
« Là-bas ! » Cria le blond en le désignant
Un des deux gars, celui qui n'était pas blessé – qui était aussi celui qui portait le sac – se mit à courir en sa direction, montant sans difficulté la pente recouverte de feuilles mortes. Pris de panique, Newt pivota sur ses pieds et commença à courir dans le sens inverse.
Le bruit de pression d'une détente le stoppa net. Il attendit que l'homme tire dans son dos, trop hébété pour faire quoi que ce soit.
« Laisse tomber ton arme et retourne-toi. » Ordonna l'homme « Et garde tes mains en évidence. Un geste suspect et je te troue la peau. »
Newt s'exécuta lentement, tremblant de tout son corps. Quand il fit face au gars qui le visait toujours, celui-ci se rapprocha de lui en deux enjambées et l'attrapa par le poignet. Il le tira si fort que Newt ne put retenir un gémissement – il était sûr d'avoir entendu ses os craquer. La seconde d'après, l'homme le balançait dans la pente.
Il tomba et roula jusqu'en bas où il termina sa route à plat ventre avec un cri étouffé. Il leva la tête et croisa aussitôt le regard horrifié de Thomas. Puis le même bruit de détente pressée détourna son attention. Du coin de l'œil, il aperçut l'homme sur lequel il avait tiré, debout à côté de lui. D'une main, il appuyait sur son épaule blessée. De l'autre, il visait la tête de Newt.
« Petit con. » Cracha-t-il entre ses dents serrées
Newt écarquilla les yeux et roula hâtivement sur le côté, à l'instant même où l'homme tira. Il entendit le bruit de la balle s'enfonçant dans le sol et le cri de Thomas.
Il se redressa rapidement sur ses avant-bras et parvint à s'assoir, mais, quand trois pistolets se pointèrent en sa direction, il s'immobilisa aussitôt.
-TLYG-
Thomas sortit à cet instant de sa torpeur et se jeta devant Newt.
« Ne faîtes pas ça ! » Cria-t-il « Il…il a de l'argent, si vous le laissez partir, il pourra… »
Ben ricana. Thomas sentit un poids tomber dans son estomac.
« Tu connais la règle. Pas de témoin. » Fit Ben en faisant tournoyer son flingue dans sa main « Et puis, cet enfoiré vient de tirer sur Butch. Le moins que je puisse faire, c'est le laisser exploser la cervelle de ton petit copain. »
Thomas faisait fonctionner son cerveau à plein régime sans trouver de solution satisfaisante. Il n'y avait rien qu'ils puissent faire, à deux contre trois hommes armés et hargneux.
Derrière lui, il sentit Newt se lever lentement, et il se rapprocha un peu plus de lui par instinct.
« C'est bon. » Fit Newt à voix assez haute pour que les trois autres l'entendent « Je vous suis. »
« Hors de question. » Protesta ledit Butch « Je veux le descendre tout de suite. »
Le cœur de Thomas fit un bon. Il priait pour Newt ait un plan. Il ne pouvait pas juste l'avoir suivi comme ça bêtement, non ?
« On ne dirait pas comme ça, mais je pèse mon poids. » Dit Newt
Ben haussa les sourcils. Il hésitait. Newt passa alors à côté de Thomas, et il se pencha à peine perceptiblement vers son oreille pour lui murmurer :
« Il faut qu'on gagne du temps. »
« Je m'en tape. » Grogna Butch « Je trainerai volontiers son cadavre sur toute la distance. »
Thomas le fusilla du regard malgré lui – il n'avait pas envie de le mettre en colère plus qu'il ne l'était déjà, mais l'entendre menacer Newt lui donnait envie de lui arracher les entrailles.
« Vas-y, Ben. Donne-lui l'autorisation de tirer. Mais ne compte plus sur moi pour vous suivre gentiment dans ce cas. C'est deux corps que vous allez devoir tirer jusqu'à la sortie du bois, et je doute que ton estropié y arrive tout seul. »
Ben interrogea l'autre homme – celui qui n'était pas blessé – du regard.
« Non. » Râla celui-ci « Je n'ai pas été payé pour ça »
Ben soupira sans réellement avoir l'air embêté, et il s'avança vers Newt. Thomas eut un geste défensif.
« Qu'est-ce que tu crois faire, Thomas ? Tu permets que je fouille ton copain ? »
Newt s'avança, silencieux, et écarta légèrement les bras. De toute façon, ils n'avaient pas le choix.
Ben souleva le pull de Newt pour vérifier qu'il ne possédait pas d'autre arme, puis il passa ses mains le long de son corps, et s'arrêta à sa poche, dans laquelle il glissa sa main. Thomas vit Newt grimacer quand Ben en sortit le portable, mais, après l'avoir observé, il le rangea dans sa propre poche.
« Ne m'en veux pas, mais je vais garder ça. »
Quel abruti, pensa Thomas. Puis Ben désigna un point derrière eux.
« On continue. Inutile de vous répéter le blabla habituel, sur ce qui vous attend avant qu'on vous crève si vous essayez de fuir. »
Thomas et Newt hochèrent la tête en même temps, et ils firent volte-face pour reprendre la route quand Ben leur en donna l'autorisation. Ce-dernier resta derrière eux, à moins de deux mètres de distance, flanqué des deux autres – dont l'estropié qui maugréait encore des plaintes incompréhensibles.
« C'est bon. » Murmura Newt « La balle l'a à peine effleuré. C'est pas comme si je savais viser, non plus. »
Thomas soupira et tourna vers lui un regard sévère.
« Tu as conscience que tu vas sans doute mourir, non ? »
« Tu n'as pas confiance en tes amis ? » Rétorqua Newt avant de reprendre d'une voix encore plus basse « En plus, l'autre abruti a gardé le portable. »
« Imagine qu'ils arrivent trop tard. Qu'ils n'arrivent pas à nous tracer. Même s'ils viennent armés jusqu'aux dents, ils ne pourront plus rien faire pour nous une fois qu'on nous aura tiré dans la tête. »
« C'est pour ça qu'il faut qu'on gagne le plus de temps possible. Ces abrutis ne nous attachent même pas, ça sera plus facile de… »
« De rien du tout, Newt. Ils ne nous attachent pas parce qu'ils ont tellement l'avantage qu'ils n'en ont pas besoin. »
Newt baissa son regard, et Thomas sentit son cœur se serrer.
« C'est à la fois la chose la plus stupide et la plus inconsciente que tu pouvais faire. » Reprit-t-il, toujours de la voix la plus basse possible « Et la chose la plus dingue qu'on ait faîte pour moi. Dans le bon sens, je veux dire. Enfin…je crois. »
« Complimente-moi, Tommy. Mais ne crois pas que tu vas t'en sortir pour ça après avoir bousillé mon estomac. »
Thomas savait que Newt ne lui faisait pas un vrai reproche, qu'il tentait juste de rendre la situation moins dramatique qu'elle ne l'était déjà, mais il ne put s'empêcher de s'insulter mentalement.
« Je ne voulais pas que tu meures. » Dit-il sur un ton d'excuse
« Rassure-toi, je n'ai pas non plus envie de mourir. »
Newt essayait de faire face, mais Thomas voyait bien qu'il était encore plus effrayé que lui.
Bon sang ! Il n'arrivait pas à croire qu'il l'avait embarqué aussi loin dans ses emmerdes. Si on pouvait encore parler d'emmerdes, à ce stade.
Il se mordit la joue, espérant par-là retenir ses larmes d'angoisse et de détresse. A cause de lui, Newt allait sans doute y passer. Si les choses dégénéraient vraiment, Minho, Brenda et Teresa pourraient aussi être blessés, ou pire. Tout ça à cause de lui.
« Je suis désolé. » Glapit-il
Newt le fusilla du regard.
« Arrête. » Fit-il – même dans son murmure, l'énervement s'entendait « Je suis pas suicidaire, tu sais. Je ne serais pas venu ici, si je n'avais pas été certain qu'on avait de grandes chances de s'en sortir. Tous. »
Pas suicidaire, ça restait à prouver, selon Thomas. L'entrée en scène de Newt avait tendu à montrer le contraire. A moins qu'il soit juste complètement inconscient ? Mais peu importait, maintenant. Au point où ils en étaient, ils ne pouvaient plus que prier pour une intervention divine. Ou l'arrivée d'un Minho particulièrement remonté et armé comme un soldat américain au Moyen Orient.
Quelques pas plus tard, Ben et les deux autres se rapprochèrent d'eux soudainement. Thomas sentit le canon d'un pistolet s'enfoncer dans ses côtes, et il devina à la grimace de Newt qu'il n'y avait pas échappé non plus.
Il leva les yeux devant lui et coupa son souffle. Ils étaient à l'orée du bois. Là où Ben avait choisi d'en finir avec lui.
-TLYG-
Un coup de pied dans son dos le propulsa hors du bois. Il tomba avec un cri et s'étala de tout son long sur le sol couvert de sable. La seconde d'après, Thomas s'écrasa à côté de lui. Il n'y fit pas attention tout de suite, trop occupé à tousser pour évacuer le sable qu'il venait d'avaler. Quand il leva la tête, il ne vit qu'une terre craquelée qui s'étalait à perte de vue.
On l'arracha à sa triste contemplation en le tirant par le dos de son pull. Il se retrouva sur ses deux pieds, face à Thomas qui avait aussi été redressé. Il échangea un bref regard avec lui, empli d'angoisse.
C'était maintenant que Teresa, Brenda et Minho devaient arriver. Mais toujours aucune trace d'eux.
L'homme qui tenait le grand sac en toile le fit glisser sur son épaule et en sortit une large pelle un peu rouillée.
« Je commence. » Dit-il simplement avant de s'éloigner de quelques pas
Il enfonça la pelle dans le sol sableux et commença à creuser. Newt le regarda faire avec horreur, le cœur de plus en plus rapide. Et si les renforts n'arrivaient pas à temps ?
Le gars sur qui il avait tiré – Butch, s'il avait bien entendu – le poussa de nouveau dans le dos. Newt partit en avant vers Thomas, qui le réceptionna aussitôt et l'aida à rester debout. Quand il se redressa, accroché au pull du brun, leurs visages furent si proches que leurs nez se frôlèrent presque. Newt réalisa qu'ils tremblaient tous les deux. Pourtant, quand leurs regards s'accrochèrent de nouveau, Thomas lui adressa un sourire. Très léger et infiniment triste, mais un sourire tout de même. Newt eut à peine le temps de le lui rendre. Ben venait de se dresser devant eux, et il les visait tour à tour, l'air complètement détaché, comme s'il tenait un simple pistolet à billes.
Thomas prit Newt par les épaules et le poussa à sa droite avant de se placer devant lui.
« J'allais te demander lequel des deux allait y passer le premier, Tom. Mais on dirait que tu as fait ton choix. » Ricana Ben « Assez courageux, mais totalement inutile. »
Newt tressauta et essaya d'attrapa le bras de Thomas pour le pousser sur le côté, mais avant qu'il ne puisse faire un mouvement de plus, Ben leva la main qui tenait l'arme et l'envoya frapper contre le crâne du brun.
Newt hoqueta de surprise et vit Thomas s'effondrer avec un cri douloureux. Il se jeta à côté de lui et tenta d'amortir sa chute, mais on l'attrapa par le bras avant de le jeter plus loin.
Il retomba sur les fesses et chercha immédiatement Thomas du regard. A quatre pattes sur le sol, il tenait son visage entre ses deux mains. Un long filet de sang s'écoulait depuis le sommet de son crâne, passant jusque sur ses yeux clos pour terminer son chemin dans le sable.
Newt plaqua une main sur sa bouche, à deux doigts de vomir. Il eut l'impression de seulement réaliser ce qui se passait. Teresa, Brenda et Minho n'étaient toujours pas là. Thomas et lui allaient mourir.
« Comme si j'allais accéder à tes volontés, Thomas. » Claqua Ben
Cette fois, il ne semblait plus vouloir rire. Quand Newt croisa son regard, il y lut une haine effrayante. Il recula sur ses mains, apeuré, mais Ben n'approcha pas. C'est Butch – qui avait enfin cessé de pleurnicher pour la blessure infligée à son épaule – qui se traîna jusqu'à lui de son pas lourd et menaçant.
Newt essaya de se redresser. Il se mit d'abord sur les genoux, prêt à se propulser en avant pour tenter d'atteindre Thomas et de gagner encore un peu de temps. A l'instant où il s'appuya sur ses paumes pour se lever, un canon glacé se posa sur son front. Il se laissa retomber à genoux, les yeux écarquillés et la respiration coupée.
A côté de Butch – qui tenait l'arme appuyée sur son front – Ben regardait la scène, les bras croisés, l'air impatient.
« Allez, tire, qu'on en finisse. Je commence à fatiguer. » Râla-t-il
« C'est bon. Je voulais juste m'assurer que ce petit con le voit venir. » Répondit Butch
Newt perçut un infime mouvement, sans doute le doigt qui s'approchait de la détente, et il ferma les yeux avec force.
Tout s'enchaîna ensuite très vite.
L'arme s'éloigna de son visage, comme projetée. Il ouvrit les yeux et vit Thomas rouler sur le sol avec Butch. Il se leva et accourut vers lui pour l'aider, mais une douleur cuisante lui déchira la cuisse et il s'écroula sur le sol avec un hurlement.
Il entendit Thomas crier son nom, mais à l'instant où il leva les yeux vers lui, le garçon était encore aux prises avec Butch. Les paumes plaquées sur le cratère que la balle avait fait dans sa cuisse, il tourna le regard derrière lui. Il devina au regard de Ben que c'était lui qui avait tiré, et il le visait encore. Le troisième gars, lui, avait lâché sa pelle et tenait Thomas et Butch en joug, attendant sûrement qu'ils soient séparés pour ne pas blesser son coéquipier.
Newt se retourna vers Thomas et le vit se faire plaquer violemment sur le sol. Il remarqua aussi l'arme de Butch, à égale distance d'eux et de lui. Il savait qu'au moindre mouvement, Ben le criblerait de balles. Mais il allait se faire abattre, de toute façon. Alors il prit appuie sur sa jambe valide et se projeta sur le côté. Il cria, tituba et manqua de tomber quand il dut utiliser le muscle de sa jambe blessée – finalement, l'adrénaline n'atténuait pas toute la douleur – et il se jeta le plus proche possible de l'arme.
Ce n'était toujours pas assez. Il avait mal évalué la distance. Il se mordit la lèvre et laissa sortir ses larmes tandis qu'il rampait comme il le pouvait vers le pistolet.
« Pathétique » Entendit-il au-dessus de lui
Ben l'avait rapidement rejoint, et il visait cette fois sa tête. Trop tard, se dit Newt. C'est foutu.
Il entendit une autre fois Thomas l'appeler désespérément, et un premier coup de feu parti. Newt sursauta, puis il comprit que ce n'était pas sur lui qu'on venait de tirer en entendant Thomas crier. Il enfonça ses ongles dans le sol et étouffa un gémissement plaintif.
« Arrête-toi là. » Ordonna Ben, sûrement au gars qui venait de tirer sur Thomas « Laisse-le moi. »
Puis il tourna une dernière fois la tête vers Newt qui ferma instantanément les yeux, et le deuxième coup parti.
-TLYG-
Après avoir envoyé ses deux pieds dans le ventre de Butch pour s'en débarrasser, Thomas s'était redressé et précipité vers Newt. En voyant Ben juste à côté de lui, il n'avait pas tenu. Il avait hurlé son prénom sans cesser de courir, puis il fut fauché par la balle. Il tomba aussitôt, le souffle coupé par le choc. Il n'eut même pas le réflexe d'amortir sa chute, trop sonné.
Une boule de feu venait de traverser son torse, calcinant sa chaire sur son passage. Il se plia en deux et posa ses mains sur le cratère ensanglanté, la bouche ouverte sans qu'il sache s'il avait crié.
Il lui sembla entendre Ben, mais il ne put saisir ses mots. Puis, malgré la douleur, bien pire que ce qu'il avait pu connaître jusque-là, l'image de Newt s'imposa avec lui. Il leva ses yeux mouillés de larmes en sa direction, et le bruit d'un deuxième coup de feu lui vrilla les tympans.
Son cœur fit un énorme bond, et il fut sûr d'hurler cette fois-là. Un hurlement qui exprimait une souffrance bien plus vive que celle que lui infligeait la balle. Il s'en brûla les cordes vocales, puis il se laissa tomber en avant, gémissant, oubliant jusqu'à sa blessure.
Il n'y avait aucun doute pour lui.
Ben venait de tuer Newt sous ses yeux.
Mais Ben tituba, la main plaquée sur le ventre. Thomas le vit reculer de plusieurs pas, puis les deux autres le rejoignirent. Il ne chercha pas à comprendre ce qui se passait. Il n'en était plus capable. Il voulait juste que l'un d'entre eux vienne l'abattre lui aussi.
D'autres coups de feu brisèrent le silence, puis un bruit de moteur. Il ne s'en soucia pas et se contenta de tourner son regard vers le corps de Newt. C'est là qu'il le vit bouger. Tenter de se redresser.
Il ne rêvait pas. Newt était vivant.
Comme s'il venait d'être réveillé en sursaut, il se redressa sur ses genoux et ignora son vertige. Une dose d'adrénaline et de bonheur fusa en lui. Il comprit alors que les renforts étaient arrivés. De là où il était, il pouvait apercevoir l'ombre d'une voiture. Devant elle, trois silhouettes tiraient en direction de Ben et des deux autres, qui s'étaient réfugiés derrière les premiers arbres du bois mais répliquaient toujours.
« Thomas ! »
Thomas sursauta. C'était la voix de Teresa. Même si elle était assez loin de lui, il put intercepter son regard d'un bleu incroyable. Elle lui fit un signe de tête en direction de Newt.
Il se mit alors à courir vers lui, se baissant régulièrement pour éviter les balles ennemies. Newt était pris entre deux feux, et lui aussi, maintenant.
Au moment où il arriva à côté de lui, le garçon, allongé sur le dos, essaya de se redresser.
« Thomas ! » S'écria-t-il « Tu…oh mon dieu tu es bless -»
Thomas se jeta au-dessus de lui, le plaquant au sol une nouvelle fois.
« Ne bouge pas ! » Lui dit-il
Il savait que ses amis faisaient du mieux pour se débarrasser de Ben et des autres tout en les couvrant, mais ils n'étaient pas non plus dotés de superpouvoirs. Alors jusqu'à ce que Newt soit en sécurité, Thomas décida de s'en faire le bouclier.
« Tu es blessé. » Répéta Newt, focalisé sur le sang qui s'écoulait de la blessure pour atterrir sur son pull
« Toi aussi. » Constata douloureusement Thomas
« Juste la jambe. Mais toi, tu as besoin de soin tout de suite. Ça…ça pourrait avoir touché ton foie. »
Newt s'était mis à pleurer à chaudes larmes. Il passa un bras dans le dos du brun et appuya doucement dessus, l'obligeant à se baisser.
De l'autre main, il remonta le pull de Thomas sur son ventre, serra le tissu entre ses doigts et l'apposa sur le cratère fait par la balle.
Thomas se laissa faire, en prenant soin de ne pas toucher la cuisse blessée du garçon. Il appuya son front contre le sien et ferma les yeux, puis ils attendirent tous les deux, terrorisés à l'idée d'entendre un de leurs amis se faire toucher.
« Ne t'endors pas, Thomas. » Souffla Newt
« Promis. »
Newt avait bien jugé. Depuis plusieurs minutes déjà, Thomas luttait contre le sommeil. La douleur cuisante avait disparue. La joie immense de voir que Newt était en vie lui avait permis de tenir un peu plus, mais désormais, son corps lui rappelait qu'il avait perdu beaucoup trop de sang.
A mesure que les minutes s'écoulaient, il entendait de moins en moins le bruit des coups de feu. Ils devenaient sourds. Du sable se souleva non loin d'eux. Il fut presque sûr de reconnaître la voix de Brenda. Puis d'autres coups de feu. Et la voix de Minho. Si proche que Thomas l'imagina vaguement très proche, à s'avancer pour mieux pouvoir dégommer Ben. Il entendit un cri. Pas celui de l'un de ses amis. Il s'affaissa un peu plus sur Newt, à bout de force.
Il avait promis, mais rester éveillé devenait trop difficile.
« -mas ? Hey ? »
Il se sentit légèrement secoué, et il ouvrit les yeux pour tomber dans les prunelles ambrées, plus inquiètes que jamais.
« Tu m'as fait peur. » Gémit Newt
« Désolé, je suis là. » Murmura-t-il
« Tiens bon. Je t'en prie. Tiens bon, Tommy. »
Newt leva juste assez la tête pour combler la faible distance qui les séparait encore, et il déposa ses lèvres sur les siennes. Thomas ferma brièvement les yeux, le temps du contact, puis, quand Newt s'éloigna, il s'obligea à réunir ses forces pour lui adresser un sourire rassurant.
Il se dit que, s'il devait mourir ici, il aurait tout de même eu de la chance. Il reposa son front sur celui de Newt et ferma une nouvelle fois ses paupières, malgré lui.
-TLYG-
Newt était sûr d'avoir entendu Brenda pousser un cri satisfait. Il lui semblait bien que Teresa avait dit quelque chose du genre « plus qu'un », et il n'eut même pas la force de s'en étonner.
D'autres coups de feu. Encore et encore. Et cette douleur horrible qui lui rongeait la jambe et se répandait dans tout son corps. Mais il devait tenir, ne pas céder à la tentation de s'évanouir, pour maintenir Thomas en vie.
Après qu'il l'ait embrassé, il se passa peut-être cinq ou six minutes. Puis on accourut vers eux.
« Thomas. Je crois que c'est fini. »
Thomas répondit par un gémissement étouffé, puis il tenta de se redresser au-dessus de lui.
« Ne bouge pas ! » S'empressa de lui dire Newt « Ils vont nous aider. »
Moins d'une minute plus tard, les bras de Minho attrapait Thomas pour le soulever doucement.
« Bordel mon pote, t'as pas intérêt à nous claquer dans les doigts maintenant. »
Quand Minho le souleva et l'emmena loin de lui, en direction de la voiture, Newt eut envie de le suivre en courant, mais ni sa jambe ni Teresa ne l'aurait autorisé. La jeune femme venait de s'asseoir à côté de lui, l'air à la fois inquiète et heureuse. Ses longs cheveux noirs étaient collés sur son visage par la transpiration, et des larmes roulaient sur ses joues. Pourtant, elle était toujours aussi belle.
« Newt… » Souffla-t-elle « Tu es vivant. »
Il aurait aimé se redresser, la serrer dans ses bras de toutes ses maigres forces, mais la douleur était trop vive maintenant. Il se rendit compte malgré tout d'à quel point Teresa lui avait manqué.
La jeune femme glissa un bras sous ses épaules, et Newt s'agrippa à elle. Brenda accourut à cet instant vers eux, et elle aida Teresa à le relever.
« Hey, toi. » Lança Brenda – elle avait l'air un peu trop enthousiaste pour être sincère, ce qui était normal, compte-tenu de l'état de Thomas
Newt lui adressa un léger sourire, puis il se laissa emmener jusqu'à l'arrière de voiture que Brenda avait rapproché d'eux. C'était un grand 4X4, un peu semblable à celui de Ben.
Ben. Newt ne savait même pas si lui et ses hommes étaient morts, ou s'ils avaient juste pris la fuite. Pour l'instant, il s'en moquait. Quand il monta à l'arrière, il vit Minho, lui-même blessé et recouvert de bandage, assis dans ce qui servait de grand coffre, la tête de Thomas sur ses genoux. Une femme s'activait autour de lui.
« C'est un médecin. » Lui dit Teresa en montant à sa suite, tandis que Brenda se mettait derrière le volant « Elle va s'occuper de toi aussi. »
Newt hocha négativement la tête.
« Je vais bien. Il faut qu'elle se concentre sur Thomas. »
Teresa acquiesça simplement. Newt tourna la tête vers Thomas dont les yeux étaient clos. Vis. Par pitié vis, se répéta-t-il plusieurs fois.
Puis un vertige s'empara de lui.
« Newt, ça risque de faire un peu mal. » Entendit-il
Il se tourna vers Teresa, complètement étourdi. Il vit que Teresa avait découpé le tissu de son pantalon autour de sa blessure. Elle versa quelque chose dessus, et il dut se mordre le poing pour ne pas hurler. Son amie se crispa, mais elle continua, les mains légèrement tremblantes.
« Laisse-toi aller, je t'en prie. » Lui dit-elle, au bord des larmes « Tombe dans les vapes, Newt. Tu ne risques plus rien. »
Newt ne voulait pas. Il avait le sentiment que, s'il s'évanouissait maintenant, il ne verrait plus jamais Thomas. Teresa passa une main sur sa joue, la caressa tendrement, puis, de l'autre, elle appuya une compresse humide sur la cuisse de Newt. Cette fois, il ne put retenir un cri. Il avait l'impression que la blessure s'était étalée sur l'entièreté de son corps. Avec une dernière pensée pour Thomas, il capitula et perdit conscience.
Concernant l'épilogue, je vais faire le plus vite possible, mais trois contrôles plutôt pas sympas du tout m'attendent très prochainement, et un exposé.
Réponses aux reviews
La Dictateuse : Bon, je l'ai écrit ce chapitre qui m'a valu de nombreux « et ton Newtmas ? », contente ? XD Si tu savais comme je souffle là, même si c'est pas tout à fait fini x) Je suis vraiment, vraiment suuuuuuuper heureuse que tu aies aimé le dernier chapitre (même si tu as ragé contre Brenda), mais je t'avoue que je stresse grave pour celui-là maintenant ! T'as vu, j'ai à peine séparé Thomas et Newt ? Pas comme toi *tousse*
Naws-you : Mouahaha, j'avoue que j'aurais pas pensé à Teresa moi x) Je suis contente d'avoir pu t'étonner avec le coup du père de Teresa n'empêche ! « Le pauvre Newt il croit qu'il s'y connait un peu dans le plan mais en fait tout le monde fait tout dans son dos », tu m'as tuée, c'est trop ça ! Benisounet, je l'avais évoqué vite fait dans un autre chapitre (le gars qui avait, en gros, voulu se taper Brenda, et que Thomas avait fracassé pour la défendre, et qui bossait pour Janson à la base). C'était pour changer un peu de Gally dans le rôle du méchant tu vois x) Du coup, pas tout à fait le dernier chapitre au final^^ Merci beaucoup pour ta review :)
Maeva Cerise : Aaaah contente que tu aimes Teresa ! :D J'espère que ce chapitre t'aura plu du coup :) Merci beaucoup !
Clemladin : Teresa et son équipe de choc haha x) Désolée, je n'ai pas trop laissé la place à la romance tu as vu, mais un peu quand même ! :p Merciiii !
MJ Read : Oui, tu avais trouvé, je m'incline ! Wow, si tu es pas spécialement sur le Newtmas, je suis d'autant plus contente que tu aies aimé la première scène du dernier chapitre :D Haha ouais, aucun lien entre Teresa et Thomas, et j'ai décidé que Minho apprécierait Teresa dans ma fic :p En fait, j'aime beaucoup le personnage de Teresa, et ça m'a toujours un peu énervé que tous les personnages s'acharnent à la détester alors qu'elle fait partie de ceux qui ont pris le plus cher pour sauver Thomas qui lui, est aimé d'à peu près tout le monde x) Du coup…voilà ! Bon, du coup, y aura un épilogue au final (pour éviter le chapitre de 43 pages, tu vois le genre). Merci beaucoup, en tout cas ! J'espère que tu auras aimé ce loooong chapitre
Mo : Raaaaah désolée de t'avoir frustré, c'était nécessaire :p Si, si ! Allez, ne sois pas triste, encore un chapitre finalement ! Promis, j'ai d'autres fics à venir :D Merci beaucoup pour cette review touuute mignonne :D
Papuche-chan : Oooow la plus belle ! Roh, n'étale pas notre vie se- …notre vie comme ça sur ff ! C'est gênant…n'empêche, ui, tu as posté la centième review petit bébé de moi, tu toujours spéciale, tu toujours parfaite :3
AngelWinchester : Wow, c'est tellement horrible de ne pas avoir internet, je compatis ! En plus tu reviens pour me mettre une review super mignonne, c'est adorable ! Des lectrices comme toi faudrait en fabriquer x) ça m'a tuée que tu penses un instant que Teresa était le grand patron XD Raaaah en plus tu aimes Brenda et Minho, et leur relation avec Tommy, je suis encore pluuuuuus contente ! :D Mouhaha oui, Teresa fait sa gamine pourrie gâtée…qui sort avec une Kallach XD M'voilà voilà, ça me fait vraiment très plaisir tu aies aimé, j'espère que ce sera le cas pour ce chapitre et que tu ne vas pas trop galérer à avoir internet, parce que ça doit être l'horreur quand même ! Merciiiiiiii pleiiin de bisous !
