Partie V – Just the way I am
Merci à Titou Douh pour toutes ses reviews !
All I wanna do is just hold somebody
But no one ever wants to get to know somebody
I don't even know how to explain this
I don't even think I'm gonna try
La fumée des cigarettes se mélangeait aux vapeurs d'alcool dans un pot-pourri à l'effluve de débauche. Cela faisait une semaine que les six jeunes étaient enfermés ensemble, planqué dans cette piaule immonde, se relayant toute la journée pour observer les allées et venues de sorciers plus inintéressants les uns que les autres. S'ils avaient tous conscience que l'anticipation était la part la plus importante dans la réussite d'une mission, cela ne rendait pas pour autant leur corvée plus supportable.
La fin de la semaine enfin arrivée, ils s'accordaient un petit moment pour décompresser. On avait sorti les jeux de cartes, les bouteilles de scotch et autres spiritueux, les paquets de cigarette. L'heure de la relâche était enfin arrivée.
S'embrumer l'esprit rendait l'ennui, la guerre et la douleur plus supportables.
Aussi désinhibé que les autres, Evan regardait ses cartes, l'œil trouble. Hors de question qu'il se fasse éliminer le premier pour la troisième fois d'affilée. Mais les regards que Rick lui lançait par dessus la table le déconcentraient particulièrement. Il tentait bien tant que mal de dissimuler son sourire niais ; et son envie d'attirer son compagnon dans une pièce où ils se trouveraient tous les deux seuls.
— Alors, tu joues ou quoi, Rosier ?
— Oui, attends, je…
Le pied de Rick remonta le long de sa cuisse sous la table, et Evan ne put retenir un rire nerveux. Dolohov, à sa droite, émit un soupir exaspéré et lui arracha ses cartes des mains.
— Bon, ça suffit maintenant. On va pas d'attendre toute la soirée, éliminé pour cette manche.
— Hé ! Mais c'est pas juste !
— Tu nous emmerdes, Evan !
— Me parle pas comme ç...
— Rien dans les règles ne permet de disqualifier un joueur parce qu'il prend du temps pour se décider, observa Rick d'un air suffisant.
Evan et Dolohov s'étaient levés et se regardaient en chiens de faïence. La remarque de Rick les coupa dans leur élan, alors qu'ils s'étaient un peu trop rapproché l'un de l'autre, les poings serrés.
— Oh, toi t'en mêles pas, hein !
— Je fais juste remarquer que, d'après les règles...
— Tu sais où tu peux te les foutre, tes règles ?
— Ne prends pas la mouche comme ça, enfin. On peut parler comme des personnes civilisées…
— Ouais, arrête de prendre tes petits airs supérieurs, tu veux ? Comme si on savait pas qu'tu prends la défense de cet emmerdeur juste parce que vous vous…
Dolohov laissa sa phrase en suspens, n'osant pas prononcer le dernier mot qu'il avait pensé. Toutes les conversations s'étaient tues, et les autres joueurs retenaient leur souffle. La relation d'Evan et Richard n'étaient un secret pour personne, même si sa nature exacte était entourée d'une part de mystère.
— On se quoi exactement, Dolohov ? répéta Evan.
— Oh, ça va, tu as très bien compris ce que je voulais dire.
— Mais je t'en prie. Finis donc ta phrase.
— Evan…
— Ça te dérange peut-être ?
— Mais enfin…
— Et bien, j'me fous de ce que tu penses, Dolohov !
Evan, fulminant, se rassit. Tous les regards convergeaient vers lui, à mi-chemin entre surprise et effarement. Antonin se laissa à son tour tomber sur sa chaise, et haussa les épaules. Il vida d'un trait de le contenu de son verre et soupira.
— Vous faites c'que vous voulez, ça m'regarde pas. Travers s'envoie bien la p'tite Carrow alors qu'personnellement, j'la toucherais même pas du bout d'ma baguette. Les temps sont rudes, on fait avec c'qu'on a.
Quelques rires fusèrent autour de la table, alors qu'Evan sentait un poids invisible peser de plus en plus lourd sur son estomac. Tandis que le jeu reprenait, son cerveau réfléchissait au ralenti. Il se rendait compte avec tristesse de l'image qu'il renvoyait aux autres. Lui et Rick étaient deux garçons qui satisfaisaient les désirs l'un de l'autre… Et c'était tout.
Sauf que ce n'était pas tout. C'était même bien plus que ça.
— Ça n'a rien à voir.
— Personne te critique Ev, t'as pas à t'justifier.
— Non ! C'est… Ce n'est pas parce que…
Il balbutiait. L'attention se portait à nouveau sur lui, et il regretta d'avoir relancé le sujet. Était-ce réellement une bonne idée d'étaler ses sentiments ? Il détailla rapidement la petite assemblée. Il n'y avait pas parmi eux d'âme malveillante qui utiliserait ce qu'il pourrait dire contre lui. Mais était-il prêt à se révéler, à se mettre à nu ? Était-il prêt à parler d'amour ?
You could either hate me or love me
But that's just the way I am
Il se rinça la bouche au whiskey avant de reprendre d'une voix à peine plus assurée.
— C'est pas… C'est pas juste du sexe.
— Evan.
La voix de Rick était ferme, mais Evan lisait le doute sur son visage. Il y répondit par un sourire niais, alors que Dolohov levait un sourcil suspicieux.
— Qu'est-ce que tu racontes, petit ?
— On s'aime. Lui et moi, on s'aime, répéta-t-il avec plus d'assurance alors que Selwyn toussotait. Et ouais. Comme Lucius et sa Narcissa, comme Blair et Harvey, on s'aime d'amour. Et j'me fous de ce que vous en pensez !
Sur ses mots, il se leva et contourna la table en titubant. Rick était cramoisi. Cependant, il ne semblait pas non plus lui en vouloir. Evan sourit à nouveau. Il se pencha vers son compagnon, et l'embrassa passionnément. Quelques rires mêlés d'applaudissement fusèrent dans l'assistance, auxquels il répondit par son majeur tendu dans leur direction.
— Adorable, commenta Dolohov. Par contre, vous s'rez gentils, prenez-vous une chambre pour la suite.
Paroles et inspiration : The Way I Am, Charlie Puth.
