Need You Now - Lady Antebellum

« Attention Neville ! » chuchota nerveusement Ginny « Il y a du bruit à gauche ! »

Les trois ombres s'alignèrent tout de suite contre le mur, et ils se firent le plus petit possible, se serrant les uns contre les autres. Des bruits de pas pressés se firent entendre, suivit par des pas plus retenus, qui venaient en leur direction.

« Madame Pomfrey soignera facilement cette blessure Roger, tout ira bien ». Ginny sentit son cœur se serrer, alors qu'elle vit passer Minerva Mc Gonagall, en robe de chambre, tenant par la main Roger Carell, un petit Serdaigle de deuxième année, qui tenait son bras serré contre sa poitrine.

« Ne le dites au professeur Carrow, Professeur, je vous en supplie ! Il – il me tuerait ! »

On put entendre un soupir distinct et alors que les pas s'éloignaient, Ginny entendit celle qu'elle considérait comme sa belle-mère promettre au jeune garçon qu'elle n'en parlerait à personne. Ginny jeta un coup d'œil à Luna qui fit une petite moue triste.

« Ils lui ont menacé de casser sa baguette en deux alors qu'il était seul dans les couloirs, et il est tombé en voulant s'enfuir. »

Comme de nombreux né-moldus cette année, Roger avait fait connaissance du gang Serpentard néo-mangemorts qui semaient la terreur dans les couloirs, effrayant les plus jeunes, ciblant particulièrement les « non-purs » et n'hésitant pas à utiliser sur eux les sorts les plus sévères. Tous les professeurs, sauf les Carrow qui distribuaient avec une joie non dissimulée les punitions et Rogue qui semblait insignifiant aux horreurs qui se déroulaient sous son directorat, tentaient tant bien que mal de faire garder espoir aux élèves, ne les punissant qu'en surface et allégeant les châtiments, comme Mg Gonagall et Flitwick qui leur faisaient passer leurs détentions à pratiquer des charmes de soin et de protection ou à passer la soirée dans la forêt interdite avec Hagrid ( ce que Ginny n'avait jamais considéré comme une punition mais plutôt comme une récompense) au lieu des Crucio conseillé par le frère et la sœur.

Le trio d'or était partit depuis maintenant quatre mois à la recherche de Merlin seul savait quoi, mais aussitôt Neville, Luna et Ginny avaient organisé la résistance interne des élèves, essayant de remotiver au plus les élèves intègres, protégeant les premières années comme ils le pouvaient et narguant le plus possible les Carrow. Ils avaient commencé par simplement bloquer le bureau d'Alecto par un sort de colle persistante (conseillé et approuvé par Fred et George), puis avaient agrandi leur champ d'action en distribuant des tracts pour l'armée de Dumbledore, en taguant les murs avec des messages patriotiques tels que « D.A. Still Recruting » et « Potter for Headboy » et surtout en s'interposant lors de brimades Serpentardes ou en tenant tête aux Carrow.

Le trio d'argent, comme les surnommait toute l'école, avait ainsi gagné l'estime de beaucoup, dont une bonne poignée de serpentards dégoutés des actions de leur propre maison, mais s'étaient par la même occasion attiré beaucoup d'ennuis. Les Carrow avaient rapidement autorisé les préfets à outrepasser leurs droits pour faire mener la discipline, et Crabbe et Goyle s'en était donné à cœur joie, étant devenu les princes des serpents depuis que Malfoy avait délaissé les bancs d'école, le nombre de leur victimes ne cessant de s'agrandir et laissant l'infirmerie pleine. Les autres préfets laissaient passer les infractions sans rien dire, mais ne pouvaient pas toujours couvrir le trio, et ils avaient fini par se faire prendre lors de leur dernière escapade.

Alors qu'ils avaient réussi à rentrer dans le bureau de Rogue pour y dérober l'épée de Godric Gryffondor, celui-ci les avait découvert en pleine action, et en avait aussitôt informé les Carrow. Malgré les remontrances du professeur Mc Gonagall, Amycus les avait aussitôt privé de toutes sorties à Pré-Au-lard, avait fait interdire tous les matchs de Quidditch pendant une durée indéterminée et leur avaient donné assez de détentions pour les trente prochaines années à venir.

Il avait aussi jugé que les punitions non corporelles n'étaient pas assez sévères à son goût, et les avait tous les trois corrigé lui-même. Ginny avait reçu pour la première fois un Crucio puissant, long et plus douloureux qu'aucune chute de son balai, et à ce moment-là elle aurait préféré mourir cent fois plutôt de continuer à hurler sous le sort interdit.

Penser à la douleur suraiguë qu'elle avait ressentie lui donnait encore la chair de poule, et il est vrai que la peur de recevoir à nouveau un tel châtiment les avait un peu refroidit de leur actions patriotiques, pas pour longtemps cependant, puisqu'à peine une semaine après ils étaient à nouveaux en train de patrouiller le plus discrètement possible après le couvre-feu dans l'école endormie.

Cependant, les Carrow, fiers du résultat, avaient décidé d'autoriser l'utilisation du crucio contre les élèves récalcitrants et les autres membres de l'armée de Dumbledore s'étaient ainsi effacés, laissant seuls les trois membres du trio d'argent résister contre les deux mangemorts. Qu'à cela ne tienne, Ginny aurait continué à se battre seule contre toute l'école si il avait fallu, pour poursuivre la volonté d'Harry et tenir la promesse qu'elle avait faite à Hermione.

Oh, Hermione … Où es-tu en ce moment? Que fais-tu ? Si tu savais à quel point tu me manques … Je tiens bon, mon cœur, comme je te l'ai promis.

Depuis qu'elle l'avait quitté, le bracelet était resté rouge vif et avait changé une seule fois de couleur, pour devenir noir ébène, couleur de la tristesse et de la mort, un peu avant Noel. Le bracelet avait été une idée d'Hermione, qu'elle lui avait offert la veille du mariage de Bill. Je porte le même à mon poignet lui avait-elle montré Les deux sont reliés par un sort ancien, qui nous montre nos émotions l'une à l'autre. Tu vois en ce moment le tien est gris, ce qui veut dire la tristesse. Chaque couleur a une signification, le noir veut dire le deuil, la mort ou un danger très grave; le blanc c'est la paix et la sérénité, le rouge le danger, la passion ou la colère. Le jaune veut dire la joie et l'énergie, le vert c'est l'espérance et enfin l'orange c'est à la fois la méfiance et la confiance. Ton bracelet représente mes émotions et le mien les tiennes. Comme ça on sera toujours reliées, tu vois. Les mots résonnaient souvent dans l'esprit de Ginny, quand elle regardait le bracelet accroché à son poignet. On sera toujours reliées.

Ginny avait failli faire une crise cardiaque en voyant le bracelet devenir noir, et était persuadée qu'il était arrivé quelque chose de dramatique, peut-être mortel. Seule l'intervention de Luna l'avait empêché de s'enfuir de Poudlard en balai pour retrouver Hermione, dusse elle la rechercher dans toutes les grottes et les forêts d'Angleterre. Quelques heures après, le bracelet avait repris sa couleur rouge vif et Ginny en avait conclu que quelque chose avait perturbé Hermione au point que sa tristesse prenne le dessus sur le danger. Elle en avait aussi conclu que si quelque chose de mortel était arrivé à Harry ou Ron, ou qu'ils étaient blessés ou capturés, les Carrow et Voldemort lui-même s'en seraient fait une joie de l'annoncer au monde entier, et qu'il ne fallait donc pas paniquer.

« La voie est libre ! » souffla garçon se leva lentement et offra une main aux deux filles pour les relever à leur tour.« On peut aller par les chemins vers la cuisine, on y est encore jamais allé ! ».

Il était loin, le petit blondinet qui fouillait ses poches à la recherche de son rapeltout, Neville avait tout d'un leader charismatique à présent. Grand, fort et large d'épaules, les bras recouverts de cicatrices et une coupure à la lèvre encore fraiche, il portait avec fierté ses blessures de révolte comme il le disait, et jamais il n'avait mieux représenté sa maison.

Il les mena discrètement à travers les couloirs sombres, passant devant des classes vides ou non utilisées et des salles qu'ils ne connaissaient pas, jusqu'à ce qu'ils arrivent à un croisement. Neville se gratta la tête d'un air confus. « Je sais plus si les cuisines sont vers la gauche ou la droite » avoua t'il aux deux filles.

Luna haussa les épaules et chuchota de son habituel ton rêveur « Peu importe la voie, on trouvera toujours le chemin » et sans rien rajouter se dirigea vers le couloir de droite. Ginny et Neville échangèrent un coup d'œil rieur, se retinrent de rire à voix haute ce qui auraient pu attirer Rusard ou son maudit chat, et se hâtèrent de poursuivre la blonde.

« On est jamais venu ici » constata Ginny.

L'avantage de patrouiller à travers l'école la nuit était qu'ils la découvraient telle qu'elle était vraiment, pleine de mystères et de surprises.

« Et si on entrait dans une salle au hasard ? Regarde, celle-là à une drôle de poignée » chuchota Neville

« Fais attention aux portes Neville ! Rappelles toi celle du ministère, elles étaient pas toutes sympathiques … »

Neville avait déjà la main sur la poignée, et l'ayant entrouverte sans avoir été blessé, ou coupé en deux, il glissa une tête prudente vers l'intérieur de la salle. « Wow !» souffla-t-il avant d'y entrer sur la pointe des pieds, suivit de près par les deux filles, qui prirent bien soin de refermer la porte derrière eux.

Ils venaient d'entrer dans une grande pièce, totalement vide à l'exception du grand meuble qui se tenait contre le mur du fond. De loin, on aurait dit une armoire, mais en s'approchant un peu Ginny vit qu'il s'agissait d'un miroir, une surface argentée recouvrant ce qui aurait dû être la porte de l'armoire.

Mais si c'est un miroir, pourquoi est-ce qu'il n'y a pas de reflet ? se demanda la rouquine en avançant à pas lents vers le miroir.

En effet, elle et Luna étaient encore au milieu de la pièce mais Neville avait parcouru les quelque pas qui le séparaient de l'objet étrange, et pourtant la surface polie du miroir ne reflétait aucune image du grand garçon.

Ginny s'approcha prudemment, et voyant qu'aucune image n'apparaissait, elle alla se planter devant le miroir aux côtés de Neville, qui avait l'air bouche bée devant ce qu'il y la vision coupa le souffle de la rousse aussi.

Au lieu de voir dans son reflet la petite rousse dans son uniforme chiffonnée et sa cravate de travers, le miroir renvoyait l'image d'une vingtaine de personnes, en train de rire, de parler ou même de jouer au quidditch.

Ma famille.

Elle pouvait apercevoir dans un coin Sirius, le bras autour de l'épaule d'Harry, visiblement en train de blaguer avec son filleul et Luna.

Elle pouvait voir de l'autre côté de ce qui semblait être la salle à manger du Terrier Tonks, ses cheveux roses lui descendant jusqu'aux épaules plus ébouriffés que jamais, la tête posée sur l'épaule de Remus, qui n'avait plus de cicatrices au visage et paraissait enfin reposé.

Elle pouvait apercevoir tous ses frères, Bill en train de se faire disputer sa coiffure par Molly, Charlie qui montrait ses bras brûlés à son père, les jumeaux en train d'houspiller Percy, sans aucun bandage sur l'oreille de George ni aucun badge de Préfet-en-chef sur le torse de Percy, et Ron dans sa tenue de gardien qui volait joyeusement dans le bordel environnant.

Et surtout, elle avait tout de suite vu au centre du groupe Hermione, Hermione qui souriait comme autrefois, ses cheveux en broussaille lui tombant en cascade sur son épaule, son badge de préfète bien accroché à sa robe d'école, le poing resserré sur son bracelet blanc, l'Hermione dont elle était tombée amoureuse, son Hermione . L'Hermione du miroir n'avait jamais paru aussi heureuse, et agitait vivement le bras vers le ciel, comme si elle saluait Buck.

Le souffle de Ginny se coupa quand elle vit la raison de la joie d'Hermione. Elle se vit elle-même, habillée de sa tenue de quidditch aux couleurs de Gryffondors, descendant en plein vol de son vieux balai pour aller se précipiter en riant dans les bras d'Hermione. Hermione riait aussi, et l'attira vers elle pour l'embrasser passionnément.

Il n'y avait pas de peur sur leur visages, pas de baguettes prêtes à lancer des sorts de défense, pas de sang sur leur mains ou de coupures sur leurs joues, juste du bonheur, du simple bonheur, et l'image était si belle, si parfaite que Ginny voulu plonger vers la glace, rentrer dans ce monde parfait et y rester coincée pour toujours. Son reflet et l'Hermione du miroir ne cessaient de s'embrasser ou de se câliner, en plein milieu de sa famille au complet et heureuse, et elle aurait donné n'importe quoi pour vivre ce moment ne serait-ce qu'une fraction de secondes.

Comment est-ce possible ? Est-ce que c'est une espèce de charme qui permet de voir dans le passé ? Mais on a jamais été tous ensemble comme ça, et encore moins à la maison ! Qu'est-ce que c'est que ce truc ?

Un peu écœurée par la différence entre ce que lui disait sa tête et l'image que lui renvoyaient ses yeux, Ginny détourna les yeux un instant pour regarder Neville à sa droite, qui lui fixait le miroir d'un air timide et incrédule.

« Neville ? »

« Ils sont fiers de moi » répondit simplement Neville « Ils me disent qu'ils m'aiment et qu'ils seront toujours avec moi »

Il n'avait pas besoin d'en rajouter plus. Il y avait deux mois, il avait raconté à Ginny et luna l'histoire de ses parents et ce pourquoi il ferait tout pour leur rendre hommage, ce qu'il n'avait fait à personne auparavant. Il avait aussi sous-entendu que seul le trio d'or savait, et le cœur de Ginny avait gonflé de fierté et d'orgueil en comprenant qu'Hermione avait toujours su mais n'en avait jamais parlé pour ne pas déshonorer sa promesse.

Laissant Neville à ses pensées, Ginny se retourna vers Luna, qui était la seule des trois à ne pas regarder le miroir mais ses deux amis.

« Luna ? Tu ne vois rien toi ? »

« Oh je présume que si. »

« Pourquoi tu regardes pas ? »

Luna sourit et se rapprocha de Ginny pour poser sa main sur son épaule. « Harry m'en as déjà parlé, et apparemment ça lui a fait plus de bien que de mal de voir ses désirs les plus profonds dedans. »

Voyant la tête étonnée de son amie, Luna poursuivit « Ce miroir te montre ce que ton cœur désire. Pour Harry c'était voir ses parents avec lui et il est resté devant des heures et des heures à se demander quand est-ce qu'ils sortiraient du miroir et viendraient l'embrasser pour de vrai. Mais ils ne l'ont pas fait. »

Luna sourit légèrement et resserra son étreinte sur l'épaule de la Gryffondore. « Ce que tu vois dans le miroir ne fait que refléter l'image de tes rêves, jusqu'à te rendre fou d'envie, sans jamais te la donner vraiment. Il est nocif de trop le regarder Ginny, parce qu'il nous coupe du vrai monde. »

Ginny se retourna à nouveau vers le miroir.

Son double avait cessé d'embrasser Hermione et parlait maintenant à Tonks, une main toujours enlacée dans celle de la brunette, qui riait aux éclats sans raisons apparente. Luna avait raison, elle aurait pu rester des heures devant ce portrait si beau et criant de vérité, mais ce n'était pas la réalité.

Si seulement … pensa Ginny Mais ce n'est qu'une image. Sirius est mort, Percy nous hait, George a perdu une oreille, Bill est défiguré et Harry, Ron et Hermione sont en danger de mort.

Ginny soupira et se força à détourner les yeux du miroir, sachant pertinemment qu'une fois de plus, la blonde avait raison. Celle-ci avait lâché l'épaule de Ginny et s'était rapproché de Neville, toujours aussi hypnotisé par ce qu'il voyait dans la vitre.

« Neville ? » demanda dans un murmure la serdaigle.

Voyant qu'il ne réagissait pas, Ginny lui prit la main et la serra doucement. Le jeune garçon parut sortir de l'espèce de transe dans laquelle il était rentré et ses yeux passèrent de la rousse à la blonde, un peu perdu.

« Viens » souffla Ginny « On a quelque chose à finir .»

Le blond acquiesça et se laissa mener hors de la pièce par les deux filles. Sans se retourner, le trio d'argent sortit de la pièce, projetant au mur trois grandes ombres qui filèrent le plus discrètement possible en directions des cuisines.