Amanda - Boston

« On est vraiment obligées d'y aller ? » grogna Ginny.

La benjamine Weasley était allongée sur le canapé, la tête posée sur les cuisses d'Hermione et emmitouflée de la taille aux pieds dans une couverture rouge et or.

« Pour la dernière fois, oui ! » répondit Hermione sans détacher les yeux de son livre.

Elle avait une main plongée dans les longs cheveux roux et l'autre tenait un livre sur les charmes noirs qu'elle avait emprunté dans la section interdite.

A les voir interagir l'une avec l'autre comme un vieux couple mariés depuis dix ans, on n'aurait jamais pu croire qu'elles sortaient ensemble depuis seulement un petit mois, plus précisément depuis le jour où Hermione avait enfin expliqué à la fin d'un match de quidditch à Ginny pourquoi elle ne pouvait plus supporter la voir traîner avec Michael ou Dean, et où Ginny avait répondu en l'embrassant passionnément, devant les tous les habitants bouche bée de la tour Gryffondor.

Tous les avaient applaudies et les avaient félicité chaleureusement, sauf Ron qui avait mis une petite semaine avant de reparler à sa sœur, et à part quelques remarques de Malfoy et de sa bande, très peu de gens avaient osé leur causer de problèmes. Hermione en avait été un peu surprise au début mais Ginny lui avait expliqué que la seule manière de discriminer quelqu'un dans le monde sorcier était de parler de la pureté de son sang.

Mais Hermione et Ginny avaient été habituées aux insultes sur leurs origines ou leurs familles, et les insultes déplacées de certaines personnes peu scrupuleuses leurs importaient peu.

La réaction de Ron, elle, leur avait été bien plus précieuse.

Le grand rouquin les avait tout bonnement ignorées pendant toute une semaine, malgré les remontrances d'Harry et les regards désespérés que lui lançait sa sœur à chaque fois qu'elle avait l'occasion de les croiser, il était resté muet. Finalement, Hermione en avait eu assez de voir Ginny dévorée par la culpabilité alors qu'elle n'avait rien fait de mal et avait attendu tard le soir qu'il soit seul dans la salle commune pour aller le confronter. Et autant dire que l'échange avait été musclé.


« Alors quoi ? Tu vas nous éviter toute l'année parce qu'on sort ensemble ? »

« T'avais pas le droit Hermione ! Avec ma petite sœur en plus ! »

« Et de quel droit TOI tu m'interdis de sortir avec Ginny ? Je ne t'appartiens pas Ron ! »

« Quoi ? Pendant toutes ces années, je … je pensais … »

« Tu quoi Ronald ? Tu m'attendais ? En te baladant partout Lavande avec Lavande sous le bras ? En allant au bal avec Padma ? »

« Mais je croyais que toi tu m'attendais aussi ! »

« Ouvres les yeux Ron ! Toi et Harry vous êtes mes meilleurs amis depuis que j'ai onze ans ! Ça serait presque de l'inceste de sortir avec l'un de vous deux ! »

Ron ouvrit grand les yeux et Hermione pu voir qu'il avait reçu ses mots comme une paire de claques dans la figure.

Il parvint quand même à bredouiller « Hermione je … euh … mais c'est quand même ma petite sœur que t'embrasses dans tous les recoins de Poudlard ! »

Comme si il venait de sortir un argument tout à fait valide et valable, Ron parut se recomposer et se redressa, bombant le torse. Hermione roula des yeux, exaspérée. Pourquoi il complique toujours tout ? Je l'ai pas vu avoir une 'discussion' avec Michaël l'an dernier, ni avec Dean quand il reluquait MA copine au début de l'année ! pensa Hermione, les poings resserrés au fond de ses poches.

« D'abord je ne l'embrasse pas dans tous les recoins de Poudlard, mais juste dans MA chambre de préfète, où toi et Harry faites d'ailleurs assez souvent intrusion sans mon accord, mais c'est un autre sujet, et si tu pouvais éviter de crier comme un cochon qu'on égorge ça m'arrangerait ! J'en ai plus qu'assez de te voir faire la gueule à chaque fois que je te vois pour la seule et unique raison que j'embrasse Ginny devant toi, et j'aimerai bien que tu te comportes en adulte, pas en gamin de six ans qui se laisse dominer par sa jalousie maladive et ses complexes idiots ! »

Alors que la préfète reprit son souffle après sa longue tirade, Ron se calma un peu, mais chuchota de la manière la plus énervée possible « En attendant, j'aimerais bien savoir pourquoi vous continuez à le faire, on a bien remarqué que vous ne vouliez pas sortir avec nous, c'est bon quoi ! ».

Non mais il le fait exprès ? pensa la préfète si fort que ses ongles plantés dans sa peau commençait à lui faire mal.

« C'est vrai non ? »

Hermione dévisagea un instant le rouquin comme si il crachait encore des limaces après un sort de Malfoy, d'un air compris entre le dégoût et l'incompréhension.

« Ron, je sais que tes compétences intellectuelles ne sont pas brillantissimes, mais fais un effort quand même … »

« Ben quoi ? »

Hermione se prit la tête dans les mains, se demandant si elle devait pleurer ou rire, ou juste continuer à hurler sur Ron.

« Ta sœur et moi ne sortons pas ensemble pour vous rendre jaloux, imbécile ! »

« Pourquoi alors ? »

« Bon dieu, Ron, t'as pas remarqué à quel point depuis quelque temps Ginny et moi étions heureuses ? Est–ce que tu m'as déjà vu moins travailler que ça ? Est-ce que tu l'as au contraire déjà vu autant travailler ? Et tu trouves pas ça bizarre ? »

Ron haussa des épaules « Je sais pas moi, vous êtes des filles, vous changez souvent d'humeur tu sais … »

Hermione devint si rouge qu'elle entrait directement en compétition avec le fameux rouge de honte Weasley. Ne pouvant plus se contenir, elle hurla de toutes ses forces « RON NE POUSSES PAS LE BOUCHON TROP LOIN PAR MERLIN ! »

« Un bouchon ? Et puis je comprends toujours pas , Mione … ? » demanda Ron d'une petite voix.

Il essayait visiblement de calmer le jeu, Hermione était réellement énervée et il savait très bien que dans ces conditions-là il valait mieux se tenir à carreaux.

« Ron, je tiens la main de ta sœur le matin, je l'embrasse dans ma chambre et je lui fais des câlins dans les couloirs parce que je suis amoureuse d'elle ! »

« Oui, mais je … quoi ? »

« Tu m'as bien entendu ! Je suis amoureuse d'elle ! Et de personne d'autre, et tu as intérêt à t'y faire Ronald Weasley !»

Et sur ce Hermione sortit de la pièce en claquant la porte et remonta les marches quatre à quatre jusqu'à son dortoir.

Au petit déjeuner le lendemain matin, Ron vint embrasser Ginny sur les deux joues et s'assit à côté d'Hermione, pour la plus grande joie de sa petite amie. Il lança un regard de chien battu à Hermione, qui soupira et lui chuchota à l'oreille qu'il était pardonné, mais qu'un seul pas de travers lui assurerait de se recevoir des sorts spécialement réputés pour être douloureux.

Ron hocha de la tête et demanda à Ginny comment s'était déroulé son cours de potions de la veille, et la rousse enchaîna la conversation comme si rien ne s'était jamais passé.

Hermione n'avait rien dit à Ginny pour ne pas la blesser mais gardait tout de même ce qu'il lui avait dit dans un coin de la tête.

Il les avait abandonnées une fois, peut-être qu'il serait capable de recommencer un jour.


« Te plains pas » dit Ron du fauteuil où il était vautré « Il y en a qui y vont même pas à cette fête »

« Désolé Ronnikins mais je ne peux pas échanger ma place avec la tienne, je suis obligée d'y aller, d'après Ernie, il y a des chances que Gwenog Jones soit là ! »

« Dis surtout que tu viens au Slug Club pour surveiller Cormac » dit tranquillement Hermione, ce qui fit pouffer Harry un peu plus loin.

Il profitait d'une des rares fois où il n'était pas en détention, qu'il n'avait pas une tonne d'essais à rédiger pour le lendemain ou qu'il n'avait pas à subir une séance d'apprentissage avec Rogue et était assis au pied du canapé, à demi caché sous le pan de la couverture de Ginny qui tombait au sol.

« Tu parles de ce bouffon de Mac Laggen qui se croit plus fort et plus malin que tout le monde ? »

Hermione roula des yeux mais garda son sourire au coin des lèvres.

« Non, je parle du garçon charmant qui m'a demandé de l'accompagner à la fête de Noël et que tu as menacé d'envoyer, je cite d'aller 'se faire bouffer par un vampire en Transylvanie' si il osait me redemander ou s'approcher à moins de dix mètres de moi. »

Ginny se contenta de pouffer et d'hausser exagérément les épaules.

« Jalouse ? » demanda Hermione avec une pointe d'amusement dans la voix

« Moi ? De ça ? » rétorqua Ginny d'une voix faussement détachée, posant sa main sur son cœur pour faire plus vrai « Peuh il m'en faut plus »

Hermione rit et posa son livre sur la table basse pour aller enlacer la rousse par derrière. Ron fit la terrible erreur de ricaner et le regretta aussitôt

« Je serai toi, Ronnikins, j'irai ricaner ailleurs, au moins nous on y est entrées dans ce club et on ne passera pas notre soirée avec Lav-Lav aux basques ! »

« Ginny ! » tenta de gronder Hermione

« Laisse Hermione, je ne voudrai pas que ma sœur s'énerve au point de ne plus pouvoir contrôler ses chauves-furies, n'est-ce pas Ginevra ? »

« Ron ! »

« Et toi qu'est-ce que tu ne peux pas contrôler, Ron ? » demanda Ginny en levant un sourcil suggestif.

Ron, furieux, allait se lever vers sa sœur quand la main d'Harry, qui avait senti le vent tourner, se posa sur son épaule et l'entraîna vers le feu.

Hermione tenait toujours Ginny dans ses bras et déposa quelques baisers sur son épaule, ce qui calma aussitôt la rouquine.

« Pourquoi t'as toujours besoin de te fâcher avec lui ? »

« Mais c'est lui qui a commencé Mione ! »

« Ginny … » gronda Hermione d'une voix proche de celle de Molly quand elle parlait aux jumeaux de leur boutique.

« Bon bon d'accord … je vais m'excuser, pas la peine de le prendre comme ça » bouda Ginny.

Hermione lui déposa un petit bisou sur la joue et regarda d'un air attendri la rousse approcher silencieusement vers son frère.

« Ron. Je m'excuse. Même si tu ne le mérites pas » Ron leva la tête, franchement étonné, et vit du coin de l'œil qu'Hermione observait la scène.

Il se posa la question pendant une demi-seconde si il devait se moquer de la soumission totale de sa petite sœur envers sa meilleure amie mais ce serait risquer se mettre Ginny et Hermione à dos et il n'était pas fou à ce point-là. Il se contenta de sourire faiblement et de grommeler que les excuses de la poursuiveuse étaient acceptées à titre exceptionnel.

« Je ne voudrai pas interrompre ce touchant moment de famille mais on devrait y aller, Luna doit nous attendre » dit Harry, qui s'était éloigné pour regarder la scène de loin en faisant de son possible pour ne pas éclater de rire.

« Tatata Harry James Potter reviens ici tout de suite ! » appela Hermione alors que son meilleur ami essayait de s'esquiver discrètement de la pièce « Tu crois tout de même pas t'en sortir avec un Luna doit nous attendre ? Viens nous raconter ce qu'il se passe entre vous ! »

Harry devint rouge tomate et Ron et Ginny se regardèrent dans les yeux.

Le frère et la sœur se firent exactement le même sourire en coin Weasley et allèrent s'assoir de part et d'autre d'Hermione, enfin Ginny directement sur Hermione, et Ron tapota l'espace libre à côté de lui pour qu'Harry vienne s'y asseoir.

Le survivant lâcha un long soupir devant le plaisir que prenaient ses amis à ainsi le torturer et alla traîner ses pieds jusqu'au canapé.

« Je vous hais tous » dit-il d'un ton dramatique.

« Non, tu nous adore et tu vas tout nous raconter » dit Ginny en battant des mains.

« Mais il y a rien à raconter ! » geint Harry en tordant ses mains dans tous les sens « je lui ai demandé si elle voulait bien venir avec moi à la fête, elle m'a dit oui et voilà ! »

« Regardes comme il est tout timide ! Il a affronté des dizaines de mangemorts d'un coup mais quand il s'agit de demander à la fille qu'il aime de sortir avec lui on dirait un gamin qui a sa première interrogation orale !» dit Ginny en riant à Hermione.

« Au moins il a progressé depuis Cho » répondit sa petite amie « Tu te rappelles le désastre de la sortie à Pré Au lard ? »

« Ou quand il l'a embrassé la première fois ! » renchérit Ron

« Et oh ! Je suis juste sous votre nez ! » grogna Harry alors que les deux Weasley et Hermione riaient et se félicitaient de l'avoir fait tourner en bourrique.

« On rigole Harry ! » dit Hermione en lui ébouriffant les cheveux affectueusement «On est vraiment content pour toi »

« Luna est la meilleure ! » sourit Ginny « Et en plus elle a ce petit truc en plus qui te va parfaitement … »

« Ce petit truc ? »

« Ce petit grain d'extravagance qui la rend si attachante »

« Pour avoir un grain, elle a un grain » dit Ron, qui reçut immédiatement un coup de poing dans l'épaule de la part de sa sœur et se fit foudroyer du regard par Hermione « mais elle est vraiment gentille » se rattrapa-il.

Harry regarda ses trois amis avec méfiance mais ne détecta aucune moquerie ou blague dans leur propos.

Peut-être qu'après tous ils ont mis leur à priori de côtés et qu'ils sont vraiment contents pour moi pensa-il.

« Oh et imagine leur mariage ! Un bouquet d'orites avec des nargoles dedans ! » dit Ginny

« Et une robe de mariée en papiers de bonbons ! » rajouta Ron.

Peut-être pas au final soupira le brun en levant les yeux au plafond devant les commentaires idiots des deux roux.

Le frère et la sœur continuèrent à rigoler sur le potentiel futur mariage de Huna, comme ils appelaient déjà le couple d'Harry et Luna, mais Hermione ne dit rien et fit un discret clin d'œil à Harry.

Harry lui répondit un petit sourire en coin, sachant très bien que seule elle comprenait vraiment ce que Luna lui faisait ressentir parce que c'est ce qu'elle lui avait avoué ressentir la même chose avec Ginny, un sentiment de sécurité et de protection.

Elle comprend toujours tout de toute façon.

Harry avait eu une discussion franche avec Hermione sur sa relation avec Ginny, le soir même où elle s'était réconciliée avec Ron, et de fil en aiguille la conversation avait dévié sur Harry lui-même, et surtout sur Luna. La brune avait détecté depuis longtemps les regards en coin et les gestes affectueux que ces deux-là s'échangeaient, mais toute Hermione qu'elle était, elle avait attendu que son meilleur ami vienne lui en parler en privé pour qu'elle le félicite et le conseille.

Ce jour la Harry avait vraiment compris le lien qu'unissait Ron et Ginny et pour la première fois de sa vie, il avait eu l'impression d'avoir une soeur. Et évidemment Hermione lui avait dit la même chose le lendemain.

« Et le gâteau de mariage ! Un pudding ! » riait encore Ron quand Hermione se leva, levant Ginny par la même occasion et tenant une main vers Harry pour l'aider à se relever

« Bon, quand vous aurez fini d'écrire vos discours de témoin, peut-être qu'on peut enfin aller se changer sinon on va vraiment être en retard ! »

" Oh oui ! Je vais l'écrire dès ce soir et je vais raconter comment elle a faillit t'aveugler avec sa baguette derrière l'oreille quand tu lui as fait la bise hier !" continua à dire Ron, qui ne pouvait plus s'arrêter de rire et se roulait presque par terre.

Harry emmena un Ron qui se tenait encore les côtes dans leur dortoir et Hermione tira Ginny dans la chambre des filles, lui donnant dix minutes et pas une de plus pour se changer.

Vingt-cinq minutes plus tard, Ginny descendit enfin, changée, maquillée et pomponnée, les escaliers vers la salle commune presque vide, à part un groupe de filles près du feu et Hermione qui était en train de repeigner comme elle le pouvait la tignasse indomptable d'Harry, malgré ses protestations et celles de Ron qui disait qu'elle aurait pu attendre qu'il emprunte l'appareil photo de Colin parce qu'une scène pareille se devait d'être immortalisée.

Ginny se racla la gorge et le trio de retourna d'un coup vers elle. Harry leva un pouce en l'air, les yeux de Ron faillirent sortir de leurs orbites et Hermione sourit d'une oreille à l'autre, avant de lever la main à son cœur puis la tendre vers sa copine.

« Ginny … tu … je … » bredouilla Ron d'un air de grand frère jaloux mais Hermione alla embrasser sa copine et lui glisser à l'oreille qu'elle était très jolie, ce à quoi Ginny répondit naturellement qu'elle ne pouvait être pas l'être plus qu'Hermione. Harry donna un coup de coude à Ron, qui reprit enfin son souffle et pointa la robe de Ginny d'un bras tremblant.

« Oses dire quoique ce soit de négatif et tu auras de mes nouvelles » grogna Hermione en passant un bras autour de la taille de la rousse, qui gloussa et tira la langue vers son grand frère.

« Ne t'inquiètes pas Won-Won » chuchota Harry « il y a quelqu'un là-bas qui peut te faire des câlins et des bisous si tu te sens triste ».

Ron retourna la tête vers la direction que pointait Harry de son menton pour voir Lavande, assise à côté de Parvati et qui lui envoya aussitôt un baiser dès qu'elle le vit. Il lui répondit par un petit mouvement de main bizarre tandis que les trois autres riaient sous cape.

« Allez on y va ! » décida Hermione après que Ginny et Harry se soit assez moqués du pauvre Ron qui devenait aussi rouge que le tapis sur lequel il était debout.

Après avoir salué Ron une dernière fois, et l'avoir regardé se diriger vers Lavande avec un air de condamné à mort, les trois Gryffondors se dirigèrent hors de la pièce commune, vers le couloir qui les mènerait à la fête de Noël du Slug Club.