Our Day Will Come - Amy Winehouse

Le serpent glissa lentement sur le sol froid, ondulant lentement son corps vers sa victime. Avant même qu'elle puisse esquisser un mouvement les crocs aiguisés s'étaient refermés sur sa gorge.

« Non ! »

J'hurlais de toutes ses forces mais les liens magiques qui me liaient au sol ne briseraient pas. Hermione ne se débattait déjà plus et la mare de sang autour de son cou s'épandait de plus en plus. Le serpent continuait à la mordre au cou, et j'avais beau me débattre comme une folle, rien n'y faisait. Elle allait mourir, sous mes yeux.

« Non Tom tu m'avais promis ! »

La seule réponse que j'entendis fut un ricanement cruel et pénétrant, qui glaça tous mes os et me brisa le coeur.

Je me relève d'un coup, en sueur dans son lit, le souffle encore court et les pensées perdues. Hermione … Je suis prête à sauter de mon lit et parcourir toute la ville à sa recherche quand un seul coup d'œil dans le lit de camp à ma droite suffit à me rassurer. Hermione dort paisiblement, totalement inconsciente du drame qui se déroule à ses côtés, un bras plié sous son oreiller et l'autre enroulée autour de sa couverture.

Je pousse un soupir rassuré et me laisse retomber sur l'oreiller. Je ne pourrais certainement plus me rendormir maintenant et de toute façon je peux déjà voir le soleil derrière les rideaux de ma fenêtre.

Je m'installe confortablement contre mon coussin et regarde Hermione dormir. J'ai sûrement l'air d'une psychopathe, la tête posée sur mes mains, à la regarder ronfler d'un air rêveur, mais c'est la chose la plus belle que j'ai vu de ma vie et je ne peux m'en empêcher. Et de toute façon, personne ne peut me voir.

Je regarde avec attention tous les détails de sa silhouette, ses cheveux qui s'étalent sur son oreiller dans une masse brune, sa manière adorable de plisser son nez en murmurant des mots incompréhensibles et de s'accrocher à sa couverture comme à sa vie. J'en viens presque à envier cette couverture qu'elle serre si fort entre sa main, et que j'aimerai tellement remplacer par mon ventre, ou ma main.

Elle belle, si belle et si interdite à la fois. Je sais que je me fais du mal à l'admirer ainsi, alors je m'allonge sur le côté, sans jamais la quitter des yeux, et je laisse mes pensées divaguer.

Et c'est alors que je me rappelle la première fois où je l'ai vue.

C'était dans le Poudlard express, lors de ma toute première année à Poudlard. Je l'apprendrais plus tard, mais Ron et Harry étaient dans la voiture volante de Papa, et Hermione s'était donc assise dans la même voiture que Neville, Dean, Parvati, Padma et Lavande. Je n'en connaissais aucun, mais j'avais entendu les garçons parler de quidditch sur le quai, et j'en avais profité pour argumenter la place des Harpies dans le championnat. Puis j'ai vu la cravate Gryffondor sortir de la poche de Neville, et je me suis assise à côté d'eux. Plus tard sont entrées les filles, Hermione en dernière. Les garçons ont tout de suite poursuivit entre eux leur conversation sur le quidditch , les trois filles ont enchainé sur de choses inintéressantes et Hermione qui avait deviné grâce à la couleur de mes cheveux que j'étais la sœur de Ron , avait décidé de me donner une chance, et avait engagé la conversation avec moi. On a parlé et ensemble pendant tout le trajet, et grâce à elle, la cérémonie de première année m'a semblé beaucoup moins effrayante que me l'avaient décrite mes frères.

On s'est retrouvé quelque fois le reste de l'année, la plupart du temps dans la salle commune -bénie soit elle. Alors que je cherchais encore mes marques à l'école, Hermione m'avait rassurée et m'avait même aidé à faire certains essais de potions.

Au début de l'année, je restais encore souvent avec mes frères, enfin avec les jumeaux et Ron puisque cet imbécile de Percy était trop occupé à jouer au parfait préfet pour rassurer sa petite sœur. Cependant, et au fur et à mesure que Tom avait de l'emprise sur moi, je m'étais éloignée d'Hermione, d'Harry et de Ron , par honte ou par peur qu'ils découvrent que j'étais à l'origine des pétrifications.

Le jour où Hermione elle-même a été découverte pétrifiée, je n'en ai pas dormi de la nuit , et j'ai décidé de prendre mon courage à deux mains pour lutter contre Tom. Mais celui-ci était bien trop puissant et persuasif pour moi, et il m'a attirée dans la chambre des secrets, d'où sans Harry je n'en serais jamais ressortie.

Avant qu'Harry ne revienne de l'infirmerie , j'avais attendu Hermione dans la salle commune alors que tout le monde était allé au festin, sûre que celle-ci repasserait par la avant de rejoindre Ron et Harry. Et j'avais eu raison.

Je l'ai entendu depuis l'escalier Hermione dire à Ron qu'elle voulait se changer avant d'aller dans la grande salle - et je peux même certifier qu'elle a dit à un certain moment " Ca fait plusieurs mois que je porte les même vêtements , Ronald !" et elle était entrée toute guillerette dans la salle commune.

A mon plus grand étonnement, elle n'avait pas perdu son sourire en me voyant, et s'était même approchée pour me dire bonjour, alors que j'avais fait un bond arrière, sûre qu'elle ne voudrais même pas me parler. Après tout, par ma faute elle avait été pétrifiée pendant des semaines, non ? Elle aurait pu mourir sous le regard du basilique, seule dans un couloir sombre.

Voyant qu'elle ne partait pas en courant comme je l'avais imaginé, j'ai fini par murmurer, les yeux rivés sur ses chaussures et les joues cramoisies « Je suis désolée Hermione, je ne voulais pas tu sais »

Hermione avait répondu sur un ton neutre « Je le sais Ginny, ce n'est pas de ta faute, même Dumbledore le dit »

« Tu aurais pu mourir »

« Et je ne suis pas morte, regarde » avait elle dit en souriant « Aller viens , on va rater le banquet ! »

Elle m'a prise par la main, elle m'a tiré vers le grand hall où Ron nous attendait impatiemment, Harry étant trop occupé à câliner Hagrid pour remarquer notre entrée la pièce.

« Enfin ! » avait grogné Ron " Qu'est-ce que vous faisiez ? "

J'ai voulu répondre, pour dire la vérité à mon frère, mais Hermione fut plus rapide que moi « On se changeait » mentit elle effrontément, et elle se retourna pour me sourire discrètement.

Et juste comme ça, depuis ce jour-là, j'ai commencé à ressentir pour elle une admiration sans faille.

Même si on se connaissait depuis un an, c'est ce qui avait marqué le début de notre amitié. Si Harry et Ron étaient devenus amis avec Hermione grâce à un troll, et moi, j'avais rejoint le groupe grâce à un basilique. Grâce à ses paroles réconfortantes, aux clins d'œil discret de Dumbledore, aux blagues des jumeaux et à la protection de Ron, j'avais repris gout à la vie et était rentrée au Terrier soulagée et pleine d'espoir.

Pendant la troisième année d'Harry, et même si l'affaire Sirius Black prenait beaucoup de temps au trio d'or, on a souvent vues ensemble, en train de travailler, de lire paisiblement un livre assises l'un près de l'autre ou en train de rire aux éclats, ce qui vexait Ron car il croyait qu'on se moquait de lui.

En vérité, Hermione avait été la lumière de ma deuxième année, me défendant quand les autres élèves lui rappelait ce que j'avais fait l'an passé et me réconfortant quand la présence des détraqueurs lui rappelait ce que j'avais vécu.

Si j'étais souvent montrée du doigt en début d'année, Harry souffrait de la même célébrité, mais dans le sens inverse. Non seulement il s'était - encore une fois- conduit en véritable héro l'année précédente, mais de plus l'école entière le croyait menacé de mort et se damnait de pitié pour lui. Harry n'en pouvait plus d'être la cible des moqueries de Malfoy ou des regards emplis de pitié de la part de toute les filles de Poudlard, et même de certains professeurs, et pour s'en défaire passait souvent ses journées entourés de son cercle d'amis proches ; Hermione, Ron, Fred et George- quand ceux-ci n'étaient pas occupés à rendre fou - Percy et bientôt moi aussi, puis même Neville et des fois Dean et Seamus.

Passer plus de temps avec Harry m'avais permis de le connaître bien plus intimement, et même si j'admirais toujours son courage et sa loyauté, Harry avait lui-même brisé l'image que j'avais eu de lui depuis sa tendre enfance, celle d'un gaillard puissant, brave, intelligent, dévoué et tout un tas d'autres qualités chevaleresques, qu'Harry possédait bien sûr , mais en une quantité moindre que celle racontée dans les légendes. Je m'étais moi-même rendue compte qu'Harry était un excellent ami, fidèle et dévoué, et qu'il en serait toujours ainsi. Mon coup de foudre pour lui s'était ainsi lentement évaporé au cours de l'année, et au bout de quelque mois, je me comportait avec lui de la manière qu'avec Ron.

Après tout, à mon stade, avoir un grand frère de plus ne pouvait m'être que bénéfique, surtout si il venait à remplacer Percy qui était de plus en plus imbuvable. Heureusement, il me restait Fred et George, toujours prêts à faire des pitreries et des farces pour me faire sourire. De plus, Ron avait été particulièrement grognon cette année, se disputant tous les deux jours avec Hermione à propos de Pattenrond ou du Firebolt d'Harry, et j'avais été là pour ramasser les morceaux après des paroles trop dures de mon grand frère et les « sang-de-bourbe » de Malfoy.

Au final, l'année avait passé très vite, et j'avais du encore une fois récupérer Ron, Harry et Hermione à l'infirmerie avant les grandes vacances, ce qui devenait une habitude. Ron en avait profité pour les inviter à passer la fin des vacances au terrier, ce qu'ils avaient tous deux accepté, à ma grande joie et au soulagement d'Harry de s'éloigner de Dudley .

Si pendant le mois de juin, j'avais peu écrit à Harry, juste une petite lettre de temps en temps jointe à la lettre hebdomadaire de Ron, j'avais beaucoup plus correspondu avec Hermione, et on avait passé un nouveau cap dans notre amitié au cours de ces interminables échanges de lettres. Le pauvre Errol en avait été malade, tant qu'il avait porté de courrier pendant le mois de juillet, et avait menacé plusieurs fois de rendre l'âme.

Puis Hermione nous avait rejoints au terrier à la fin des vacances, peu avant Harry et quand elle se fâchait - souvent- avec Ron, j'étais toujours là pour la réconforter. On s'était retrouvé ensemble seules bien souvent dans ma chambre et n'avait jamais autant rit. A la fin des vacances, je connaissais tout de la vie moldue d'Hermione et Hermione était la seule personne à qui je m'étais confiée sur le journal intime de Tom.

La coupe du monde nous avait d'autant plus rapprochées et Merlin seul savait comment, Harry avait réussi à se mettre toute l'école à dos en l'espace de deux jours du à sa participation forcée au tournoi des Trois Sorciers, exceptés Hermione, moi et les jumeaux.

Après que Ron soit revenu la queue basse vers Harry en regrettant d'avoir si mal jugé son meilleur ami, je m'étais un peu éloigné du trio, qui avait eu beaucoup à gérer la participation au tournoi d'Harry il faut dire, et en avait profité pour me rapprocher de Luna, la Serdaigle excentrique que je connaissais déjà puisqu'on jouait ensemble quand on était petites, le Terrier étant juste à côté de résidence Lovegood.

Néanmoins, j'avais été la seule personne à savoir que Krum avait embrassé Hermione, et même si j'avais été contente pour ma meilleure amie, je n'avais pas pu s'empêcher de ressentir un léger pincement au cœur, que j'avais mis sur le compte de la jalousie qu'il passe plus de temps avec elle que moi. Voir Hermione danser à son bras, l'air heureux et un sourire joyeux aux lèvres avait fini par me faire sourire. Si elle est heureuse, je le suis aussi je m'étais dit.

L'an d'après, quand j'étais sortie pour la première fois avec Michael, elle m'avait dit à peu près la même chose, que si il me faisait sourire alors je faisais le bon choix. Je n'y avais décelé aucun signe d'un attachement quelquonque, autre qu'une profonde amitié et même si elle éprouvait de la jalousie, au moins la sienne était beaucoup plus pondérée que la jalousie maladive de Ron.

Mais Michael ne faisait pas sourire, et j'avais fini par rompre assez rapidement avec lui après un match de quidditch qui avait mal tourné. Hermione m'avait d'ailleurs assuré que je méritais bien mieux que « ça ».Peu de gens, uniquement Hermione et madame Pomfrey à vrai dire, surent le fin mot de l'histoire, c'est-à-dire que j'avais lancé à Michael le pire Chauves-Furies que les murs de Poudlard eurent jamais vu après l'avoir entendu courtiser ouvertement Cho Chang deux jours seulement après notre rupture.

L'année n'avait pas cependant été décevante. La création de l'armée de Dumbledore nous avait d'autant plus rapprochées, et on était plus soudées que jamais. Notre escapade au ministère avait bien faillit nous être fatale à nous six, puisque Neville et Luna faisait maintenant partie de ce que Malfoy avait appelé « le Gang Potter », mais on ne s'en étaient sortis qu'avec de simples égratignures, sauf Harry qui lui avait perdu sous ses yeux la seule famille qui lui restait et Hermione qui avait bien faillit y passer.

Et c'est un lui disant au revoir au bout de la voie 9 ¾ cette année-là que j'ai enfin réalisé que j'étais amoureuse de ma meilleure amie.

"Tu vas me manquer Gin …"

"Moi aussi 'Mione mais tu viens passer les trois dernières semaines à la maison, t'oublies pas !"

"Je n'ai aucune chance l'oublier, tu vas me le rappeler tous les jours" m'a taquiné Hermione

"Gnagnagna " j'ai répondu en tirant la langue .

Hermione rit " Moi aussi je t'aime !" et m'a pris dans ses bras dans un câlin d'adieu et déposa un baiser sur sa joue .

Puis après avoir faire un câlin à un Ron rouge tomate et un Harry goguenard , elle s'est dirigée vers ses parents valises et sac en main, se retournant une dernière fois vers moi pour me faire un joyeux signe de la main.

"Ginny ? Tu viens ma chérie , on y va !" m'appelée ma mère derrière moi.

Je ne l'ai presque pas entendue, j'étais restée figée sur le quai à fixer l'endroit où Hermione avait disparu, touchant de ma main l'endroit sur sa joue où elle m'avait embrassée.

Moi aussi je t'aime.

Les mots m'ont frappée aussi fort que le saule cogneur. Même si Hermione l'avait dit comme une blague entre meilleures amies, même si elle avait après embrassé Ron et Harry, c'était à moi qu'elle l'avait dit, et c'était vers moi qu'elle s'était retournée pour la saluer une dernière fois .

Et moi j'en étais complètement retournée.

J'étais amoureuse d'Hermione, ma meilleure amie, mon amie d'enfance et la même fille dont mon frère parlait jour et nuit. Et pourtant, en regardant en arrière, je me demande si je ne l'ait pas toujours été, et surtout si je ne l'ai pas toujours su . Et maintenant je suis là dans mon lit, à regarder avec attention dormir la fille de mes rêves, fruit défendu qui ne m'aimera jamais.

Comment je peux ressentir à la fois autant de joie et autant de douleur m'est incompréhensible, et pourtant mon cœur se partage se partage inlassablement à chaque fois qu'elle sourit. Il exulte de joie parce qu'elle sourit , et il pleure parce que elle ne sourit pas pour moi.

Hermione laisse échapper un petit soupir adorable dans son sommeil, et cale son tête un peu plus dans l'oreiller.

Et je sens un sanglot monter dans ma gorge, un sanglot que je connais bien parce que j'ai passé tout l'été à le repousser.

Hermione est tout ce qu'il y a de beau et de bien dans ce monde, mais elle n'est pas pour moi.

Je ne l'aurai jamais.