At Last - Etta James

Tout avait mal commencé.

Tu t'étais réveillée trop tard, et avait raté le petit déjeuner. Puis tu avais du courir pour ton premier cours de la matinée, évidemment potions, le pire qu'il soit, où tu étais arrivée pile trois secondes avant t'étais assise lourdement à côté de Luna - le seul avantage de cette classe et que les Serdaigles ont cours en même temps que vous - qui t'avais sourit en guise de bonjour, et tu n'avais pas eu le temps de lui répondre que Snape avait déjà commencé son cours de son habituelle voix d'enterrement, sombre et lugubre.

Comme d'habitude, il allait trop vite et toi, trop énervée et mal réveillé, tu as trop appuyé sur ta plume en voulant écrire vite et tu en as cassé le bout. Tu as essayé de la réparer, mais impossible sans ta baguette, et vous n'avez pas le droit de sortir vos baguettes en Potions. Luna s'en est rendu compte, et as essayé de t'aider, mais Snape vous as aperçu en train de chuchoter, et s'est fait une joie de vous enlever cinq points à chacune, pour " bavardage intempestif". Tu as bien essayé de lui expliquer que ta plume s'était cassé, mais il t'as conseillé de te taire avant de perdre plus de points, et que recopier les cours sur tes petits camarades pendant tes heures de pause t'apprendrai à être moins distraite pendant les cours.

Tu détestes cette face de chauve-souris graisseuse, plus que jamais aujourd'hui, mais tu n'as pas voulu lui donner le plaisir d'enlever encore plus de points à Gryffondor. Tu as passé le reste du cours à le maudire dans ta barbe.

Evidemment que tu étais distraite, et toujours pour la même raison. Tu pensais encore à elle, cette fois-ci encore plus fort qu'avant et encore plus douloureusement. Si Hermione savait à quel point elle nuit à tes études -et même au compteur de points des Gryffondors - elle serait sûrement étonnée.

Heureusement, après encore eu cours de Métamorphose, et Divination, ta journée est finie, et après avoir finit tes devoirs dans la librairie, tu retournes à la tour Gryffondor. En rentrant dans la salle commune, tu te diriges vers le sofa près du feu et retombes dessus lourdement.

" Ca va, Gin ?"

Tu te retournes et tu souris à Dean, qui s'approche pour s'asseoir à côté de toi. Tu ne l'avais même pas remarqué mais tu es contente de le voir quand même. Tu hoches de la tête et te penches pour l'embrasser sur la joue., tandis qu'il passe un bras autour de tes épaules.

Tu sors avec Dean depuis l'an dernier. Il t'avait demandé si tu voulais aller avec lui boire une bièraubeurre un samedi à Pré-Au-Lard, et tu avais dit oui. Une chose a menée à une autre et il a finit par t'embrasser. Tu t'es laissée faire, tu n'avais embrassé que Michael auparavant, et autant dire que Dean était un progrès par rapport à lui. Le jour de la rentrée, il t'a sauté dessus pour t'embrasser, et tu ne l'as pas repoussé, pourquoi tu l'aurais fait ? C'est comme ça que tu es devenu sa petite amie aux yeux des autres, même si il ne t'a pas encore posé la question officiellement.

Ça ne te dérange pas vraiment.

Dean est grand, plutôt gentil et c'est un Gryffondor. Vous parlez de quidditch ensemble, et il arrive parfois à te faire rire. Malgré cela, ce n'est pas lui qui t'obsède depuis des années, ce n'est pas à lui que tu rêves d'embrasser le soir dans ton lit, ce n'est pas lui que tu veux.

Dean n'est pas Hermione.

Quand il se penche vers toi pour t'embrasser sur les lèvres, tu détournes la tête en riant, pour qu'il n'atteigne que ta joue. Quand il pose sa main dans ton dos, tu fais semblant de te rapprocher de lui pour qu'il la déplace sur ton épaule ou qu'il l'enlève. Tu ne peux pas lui en vouloir d'essayer de se rapprocher de toi, mais tu ne peux pas supporter le fait que tous ces gestes affectifs viennent de lui.

Et bizarrement, tu as l'impression de ressentir la même crispation de son côté quand le câlines ou lui passe ta main dans ses cheveux, comme si lui aussi sortait avec toi par dépit plutôt que par choix. Peut-être que lui aussi est amoureux de quelqu'un d'autre en secret. Peut-être que tu te trompes.

A côté de toi, Dean parle avec animation à Seamus, ce qui fait bouger le bras qu'il a autour de toi, et tes épaules par la même occasion. Des premières et deuxièmes années sont regroupés autour du feu, visiblement en train de s'échanger des cartes de chocogrenouille, et quelques autres sont répartis aux quatre coins de la salle. Un soir banal en soit dans la salle commune des Gryffondors, confortable et amicale comme toujours.

" T'as entendu, Gin ?" te dit Dean, ce qui te fait tourner la tête vers lui " Harry a planifié les sélections pour mardi prochain ! Tu penses que je devrais essayer ? "

" Bien sûr ! Tu veux faire batteur ou poursuiveur ?"

" Poursuiveur, même si j'ai aucune chance ... Katie et toi êtes déjà sélectionnées, il ne reste plus qu'un poste ..."

" Moi je crois en toi" tu lui dis, et tu y crois honnêtement. Dean est assez grand et fort pour faire partie de l'équipe, et il a une bonne chance d'être pris cette année.

En tous cas, ton compliment lui fait plaisir, et il se penche vers toi pour t'embrasser le bout du nez, ce qui te fais glousser - tu es étrangement chatouilleuse à cet endroit.

Hermione et les garçons rentrent ensemble à ce moment, et ton regard tombe sur eux tout de suite - évidemment. Harry te sourit, Ron a l'air constipé en fixant la main que Dean a sur ton genou, et Hermione fait une drôle de tête, comme si elle voyait Malfoy en train de rouler un patin à Parkinson.

Ils t'ont tous déjà vu avec lui, mais il n'y a qu'Harry que ça n'a pas l'air de déranger. Ron - de toute façon Ron reste Ron - déteste toute personne qui sort avec toi par principe, et ce n'est pas parce que Dean est un Gryffondor qu'il va l'accepter comme ça. Tu te demandes ce qu'il penserait si il savait ce que tu ressentais pour Hermione. Il avalerait sûrement son dentier. Hermione justement, a soigneusement évité le sujet tout l'été et ne t'a jamais clairement dit ce qu'elle pensait de Dean. Peut-être qu'elle ne l'aime pas non plus. De toute façon, quoiqu'elle dise sur lui, elle aura toujours raison à tes yeux, toujours.

Il faut vraiment que tu te mettes dans le crâne qu'Hermione ne t'aimera jamais comme ça Ginny ! Tu te fais du mal pour rien.

" Hey Gin ! N'oublies pas les sélections mardi !" te lance Harry " Je compte sur toi pour ton avis hein !"

" Bien sûr, Harry !" tu souris.

Harry te fait un clin d'oeil et ils partent tous les trois s'asseoir à un autre coin de la pièce. Tu voudrais bien les rejoindre, mais Dean te serre contre lui, et en plus tu ne veux pas leur donner l'impression de t'imposer.

Tu vois du coin de l'oeil les garçons se lancer dans un jeu d'échec, et Hermione sortir un livre de son sac. Tu retournes à ta conversation avec Seamus et Dean - ou plutôt à écouter leur conversation - en gardant un oeil sur le trio . Tu ne sais pas pourquoi, mais tu as comme l'impression d'être observée par l'un ds trois. Et pourtant, à chaque fois que tu te retournes, aucun n'a les yeux posés sur toi.

Le temps passe vite, et il est déjà l'heure du dîner. Dean et Seamus courent retrouver Neville et les autres garçons, et toi tu pars à la recherche de Demelza et tes autres amies .

Vous descendez toutes ensemble dans la grande salle, et tu t'assois à côté de Ron, en face d'Hermione. Dean est de l'autre côté de Ron, et s'amuse à te faire de grands coucous pour embêter ton frère. Tu réponds par de grands bruits de smack, ce qui fait bien rire Harry et les filles, et fait blanchir Ron de dégoût.

La seule qui ne rit pas de la mine déconfite de Ron, c'est Hermione. Elle ne vous regarde même pas, et se contente de manger un petit quignon de pain, le nez fixé sur son assiette vide. Elle ne dit d'ailleurs pas un mot du repas, ce qui t'inquiètes un peu. Tu ne veux pas attirer l'attention sur elle, sûre que si tu lui demandes ce qui ne va pas, Ron et Harry s'en mêleront et aggraveront les choses, et décide de lui parler à la fin du dîner, si elle ne part pas plus tôt.

Curieusement, et même si elle a finit de manger avant tout le monde - en même temps quand on ne mange qu'un bout de pain c'est forcément rapide - elle reste à table et ne part pas comme elle l'aurait fait d'habitude.

Tu finis par lui demander si elle veut sortir de table avec toi et Demelza , et à ton étonnement elle accepte d'un hochement de tête. Vous dites au revoir aux garçons, toi à Dean en l'embrassant sur la joue, et vous partez dans les escaliers et les couloirs vers les dortoirs.

Demelza et toi parlez avec animation de quidditch, et des sélections pour lesquelles elle aimerait bien concourir, et Hermione continue à rester muette, vous suivant dans son mutisme silencieux.

Vous arrivez dans la salle commune, devant l'escalier qui mène au chambre des filles, et Hermione vous murmure un petit bonne nuit avant d'aller s'asseoir dans un fauteuil près du feu.

Demelza te demandes si tu montes te coucher, et tu considères un instant d'aller le faire, mais tu ne peux pas laisser Hermione dans cet état la, tu te dois d'être la pour elle. Tu dis en revoir à ton amie et attends qu'elle soit montée en haut des escaliers pour te rapprocher précautionneusement d'Hermione.

" Hermione ... " tu murmures, et elle lève à peine la tête en ta direction " Pourquoi tu es toute triste comme ça ? Qu'est-ce qu'il se passe ? "

" Non, rien ... "

Tu soupires et t'adosses au mur. Tu es une fille, et tu sais très bien ce que veut dire non rien. Pas qu'il n'y a vraiment rien, mais au contraire que tout va mal.

" Pourquoi tu veux pas me le dire ? Je suis ton amie, Hermione !"

" Vraiment ?"

" Comment ça vraiment ? Evidemment vraiment ! T'en doutes ? "

Elle te regarde droit dans les yeux, et n'a pas besoin d'ouvrir la bouche pour que tu aies ta réponse.

" Qu'est-ce que j'ai fais encore ?" tu soupires.

Elle ne dit rien et elle détourne la tête.

" C'est Dean, c'est ça ?" tu devines, et tu vois à la manière dont elle ferme les yeux que tu as visé en plein dans le mille " Tu trouves que je passe trop de temps avec lui ?"

" C'est pas ça ... pas vraiment ?"

Hermione se lève de son fauteuil, et se dirige vers l'escalier. Tu ne la laissera pas fuir de votre conversation, et la suit en prenant bien garde de laisser deux marches de distance entre vous.

"Alors quoi ?"

" Rien je te dis ! Pourquoi tu veux absolument savoir ? Tout va bien !"

Elle hausse la voix, et tu recules d'une marche, étonnée. Elle ne t'a jamais parlé comme ça.

" Tout va très bien dans le meilleur des mondes, c'est ça ?" tu t'énerves " Alors pourquoi tu fais cette tête la ?"

" Laisse moi tranquille Ginny ! Vas dans ton dortoir ou retrouver ton petit ami et laisse moi !"

Elle court maintenant vers son dortoir, dépassant le niveau où tu es censée t'arrêter, et va s'asseoir au palier d'entrée du dortoir des sixième années. Tu te postes devant elle, à l'équilibre entre deux marches, et essayes de croiser son regard, mais elle détourne la tête pour éviter tes yeux.

" Je te laisserai pas avant que tu me dises ce qui se passe !"

" Tu veux vraiment savoir ?"

Elle s'est relevée et s'est rapprochée de toi, pour être maintenant à ta hauteur.

" Oui !" tu hurles presque

" Michael, et puis Dean maintenant ! C'est qui le prochain ? Harry ? Neville ?"

" De quoi tu parles Hermione ? T'es sortie avec Krum aussi, et je te l'ai pas reproché !"

" Je l'ai embrassé, c'est tout ! Je ne suis pas sortie avec lui, et je te l'ai pas secoué sous le nez !"

" Mais tu vas me dire où le problème, oui ou merde ?"

Tu t'énerves vraiment, parce que ça ne ressemble par Hermione, et tu ne comprends pas ce que tu as fait de mal.

" Tu comprends vraiment rien !"

Et elle se relèves et poses la main sur la poignée de la porte, prête à entrer et sûrement à te la claquer à la figure. Tu lui cours après, tu veux savoir et tu ne laissera pas tomber comme ça. Tu la rejoint facilement, et lui attrapes l'épaule.

" Hermione !"

Elle se dégage aussitôt, mais tes doigts se sont resserrés autour de son poignet et tu la forces à te regarder.

" Lâches moi !"

Ses yeux bruns percent les tiens et tu remarques quelque chose que tu n'avais jamais vu auparavant, du moins contre Ron pas contre toi, de la colère - et pire - de la tristesse. Ton cœur se resserre dans ta poitrine parce que tu lui as fait mal, et tu ne sais pas comment.

" Dis moi ce qu'il se passe " tu lui dis plus doucement, la forçant à soutenir ton regard.

" Je ne peux plus le supporter, Ginny ! " lance elle avec véhémence "Tu peux pas sortir avec lui ! Ni avec tous ces autres ! "

"Mais pourquoi ? "

" Tu devrais être avec moi !"

" Qu ..."

Tu n'as pas le temps de parler que - sans comprendre comment - tu te retrouves plaquée contre le mur, et Hermione se penche pour toi pour t'embrasser avec passion.

Attends ... Hermione t'embrasse ? Ce n'est pas possible, tu clignes des yeux plusieurs fois, sûre que tu vas te réveiller et t'asseoir dans ton lit, encore tout émoustillée du merveilleux rêve que tu as encore fait.

Mais Hermione est bien la, ses mains maintenant entrelacées avec les tiennes, et sa bouche plus collée que jamais contre la tienne, sa langue demandant maintenant l'accès à ta bouche. Tu te laisses faire, à peine sûre de faire la distinction entre rêve et réalité, et ferme les yeux, te laissant entraîner par ce fleuve d'émotions qui surgissent en toi.

Tu n'as jamais connu quelque chose d'aussi prenant et doux à la fois, et tu es presque sûre qu'un sort puissant t'as atteinte en plein cœur. Le monde peut s'écrouler sous toi maintenant, tu t'en fiches royalement. Hermione t'embrasses à pleine bouche, et à ce moment la, tu sais que tu l'aimes. Ce n'est plus une amourette de jeunesse, un crush d'adolescente comme tu avais pour Harry. Tu es irrémédiablement amoureuse d'elle.

Et d'un coup, alors que tu t'apprêtes à reprendre le contrôle, tu ne la sens plus contre toi et aussitôt son absence crée un vide glacial. Quand tu rouvres les yeux, elle se tient devant toi, les yeux écarquillés, la main posée sur la bouche. Elle te regarde avec des yeux d'animal apeuré et commence à bredouiller quelque chose comme " Ginny, je ... désolée ... que ".Tu souris et tu l'attrapes directement par les cheveux pour la rabattre contre toi.

Et tu l'embrasses avec ferveur, parce que tu en rêves depuis des années, et enfin, enfin, ses lèvres sont sur les tiennes et tu n'a rien connu de plus doux. Ses mains se posent sur ton cou et tes joues, un peu brouillonnes, et les tiennes s'accrochent fermement aux boucles brunes.

Vos baisers deviennent plus doux et plus langoureux, comme si vous sortiez enfin tous ces sentiments enfouis depuis des années en vous. Des années de baisers et de caresses à rattraper, à redistribuer.

Tu devras sûrement casser avec Dean, en parler un peu plus avec Hermione et prévenir Ron. Tu devrais. Mais tu ne fais rien, hypnotisée par elle, par son odeur, par le goût de sa peau, par la douceur de ses lèvres contre les tiennes.

Tout avait mal commencé. Et Hermione t'as embrassé.

Tout a bien fini.