Un énorme merci à Ellana-Watson et à MissHarpie pour sans doute les meilleures reviews que j'ai eues pour cette histoire … vous avez fait ma journée ( et ma semaine aussi ) !
Aucun commentaire n'est jamais inutile ou trop long, au contraire j'aurai jamais pensé que ça me motiverait autant à écrire !
My Life Would Suck Without You - Kelly Clarkson
Je me retourne encore une fois et le canapé grince sous mes mouvements. Dans un soupir j'essaye de mieux repositionner mon oreiller sur le rebord du canapé mais la position reste inconfortable au possible. J'ai trop chaud et je repousse le drap qui me couvre, tout en sachant parfaitement que dans cinq minutes j'aurai trop froid et je reviendrai le chercher au sol.
Comment j'en suis arrivée là ?
D'habitude quand on s'engueule, c'est Ginny qui dort sur le canapé mais Ginny est enceinte de cinq mois et l'enfer gèlera avant que je la laisse se casser le dos sur le canapé alors qu'elle porte mon enfant. Du coup c'est moi qui y suis et je me promets à moi-même que j'y réfléchirai à deux fois avant de la renvoyer un jour dormir ici.
Je vendrais ma croix de l'ordre du Phénix et ma médaille Merlin Premier Ordre pour pouvoir être dans notre lit maintenant, un bras sous mon oreiller et l'autre enroulé autour du ventre de ma femme comme à mon habitude depuis fin décembre, mais Ginny est furieuse contre moi et si il y a bien une chose que j'ai appris en seize ans de relation et dix ans de mariage c'est qu'un Weasley en colère est plus dangereux qu'un Boutefeu Chinois. Surtout si la Weasley en question est enceinte et très, très, très énervée.
Je me retourne encore sur ce foutu canapé, incapable de trouver une bonne position, et je maudis intérieurement la vache qui a donné un cuir aussi inconfortable. De toute façon, je sais pertinemment que je ne dormirai pas cette nuit, j'ai perdu toute capacité à m'endormir sans serrer Ginny contre moi depuis près de douze ans et je préfère ressasser notre dispute pour trouver les mots justes pour me faire pardonner demain matin.
J'hésite à prendre ma baguette, que j'ai déposée sur la table basse du salon tout à l'heure, pour agrandir un peu le dossier et les coussins, mais je me sens coupable à l'idée d'améliorer mon sort. Si je me retrouve ici c'est que je l'ai mérité, non ? En tout cas demain dès l'aube je jette ce canapé dans le broyeur et plus jamais je n'y envoie ma femme, aussi énervée que je puisse être contre elle.
Comment ça se fait qu'on ait encore cette vieillerie au fait ? Je me rappelle parfaitement avoir traîné Ginny dans ce magasin de meubles moldus de seconde main à Londres pour constituer notre mobilier de jeunes mariées. On était encore fiancées à l'époque, je venais juste d'avoir mon premier gros contrat au ministère et elle avait été titularisée un an auparavant, on commençait tout juste à recevoir des payes honorables mais on n'avait pas besoin de crouler sous l'argent pour être parfaitement heureuses.
Le canapé en a connu, des nuits blanches à regarder des films stupides en mangeant du pop-corn, à se câliner, s'embrasser, s'engueuler, se réconcilier sur lui ou à même le sol. Leo l'a connu aussi dans le vieil appartement, et s'en servait souvent comme appui pour se relever, alors qu'il n'était encore qu'un bébé d'un an en couches-culottes. Puis quelque mois avant la naissance des jumeaux, on a déménagé dans notre maison actuelle et le vieux canapé nous a suivi comme un souvenir de notre vie de jeunes mariées sans enfants.
A bien y réfléchir, je crois que c'est le seul meuble qui nous reste de notre petit appartement Londonien, avec l'énorme fauteuil en cuir qui trône dans la chambre de Leo et notre vieille table basse du salon. Je n'ai pour autant aucun scrupule à planifier son meurtre, probablement dans la déchèterie la plus proche, dès le lendemain matin.
Je pense qu'il ne manquera à personne, et surtout pas à ma femme.
A bien y réfléchir, Ginny a dû y dormir une dizaine de fois depuis notre mariage mais n'y est pas resté plus d'une nuit. D'habitude, à peine deux ou trois heures après notre joute verbale et malgré le fait que je lui interdise de revenir dans notre lit pendant au moins un mois, le remords nous ronge vivantes toutes les deux et je descends silencieusement les escaliers pour me glisser dans ses bras. On passe la moitié de la nuit à se demander pardon mutuellement et l'autre à se prouver à quel point l'on s'aime, après avoir appliqué un petit sort de silence sur le salon – enfants curieux oblige.
Et le lendemain matin, malgré la douleur dans le bas du dos et les traces de coussin sur la joue, j'ai toujours ce sentiment d'être la femme la plus chanceuse du monde, quand je me réveille et qu'elle dort encore, totalement allongée sur moi, un sourire paisible aux lèvres et son souffle régulier qui fait bouger ses mèches de cheveux enflammés sur son beau visage, et qui rend totalement bénéfique l'engueulade de la nuit d'avant.
Une seule fois Ginny a dormi sur le canapé deux nuits de suite, et je m'en rappelle douloureusement comme si c'était hier.
J'étais encore rentrée tard du ministère, et elle avait déjà couché Leo et les jumeaux qui étaient encore des bébés à l'époque. On a évidemment commencé à se disputer à propos de mes horaires démesurés de travail, que je niais de toutes mes forces à l'époque, jusqu'à ce que je fasse l'erreur énorme de crier dans ma colère que contrairement à elle j'avais un vrai job et non un hobby.
Je n'ai jamais pensé que la carrière sportive de Ginny soit une erreur de jeunesse ou une passion égoïste, mais pourtant je lui ai hurlé de toutes mes forces ce soir-là, et je n'ai vu un tel regard de douleur et de colère dans ses yeux.
Elle n'a rien répondu et est sortie de la chambre en claquant la porte.
Trente secondes après j'étais calmée et regrettais amèrement tout ce que j'avais dit et fait, mais il était trop tard et je ne suis pas descendue en bas ce soir-là. J'ai passé ma nuit dans notre grand lit vide à pleurer.
Elle ne m'a pas dit un mot de la journée le lendemain, et est partie à l'entraînement après avoir embrassé nos fils sans me dire en revoir. Le soir, après avoir cherché les garçons de chez Luna et Harry qui les avaient gardés avec James et Albus, un hibou est arrivé de Holyhead me prévenant d'une manière froide et détachée qu'elle rentrerait plus tard ce soir, sans donner de raison valable.
Et quand j'ai couché Leo et qu'il m'a demandé pourquoi sa Mama n'était pas là pour lui lire son histoire du soir, j'ai failli éclater en sanglots. Il m'a demandé si Ginny viendrait quand même l'embrasser même si elle était très fâchée, et si elle allait partir, comme son père avait fait à l'un de ses amis de l'école primaire. Je l'ai serré longtemps contre moi et je lui ai juré que j'aimais sa mère plus que tout , pour toujours et que jamais ni elle ni moi ne partirions. Il s'est endormit rassuré et je l'ai regardé dormir jusqu'à ce que j'entendes la clé de Ginny dans la serrure.
Elle est venue embrasser les enfants, et quand son regard a croisé le mien j'ai vu qu'elle avait pleuré elle aussi. J'ai voulu courir vers elle, lui demander pardon et lui faire une centaine de promesses mais les mots sont restés trappés dans ma gorge et je me suis contentée de l'embrasser sur la joue avant de me réfugier dans notre chambre, espérant plus que tout qu'elle aurait plus de courage que moi et qu'elle viendrait me parler.
Elle n'est pas venue.
Elle n'est pas venue et j'ai passé ma deuxième nuit seule à faire des allers-retours entre de la chambre de Leo et celle de mes bébés pour les regarder dormir. Le lendemain, j'ai bien essayé d'aller travailler mais j'étais complètement incapable de penser à autre chose que le fait que j'avais fait pleuré ma femme et vers midi, j'ai tout envoyé valser au ministère, je suis allée chercher Leo à l'école et les jumeaux de chez Andromeda beaucoup plus tôt que prévu pour les déposer cher George et Angelina pour la nuit et j'ai préparé un dîner en tête à tête avec elle.
Quand elle est rentrée et avant qu'elle puisse dire quoique ce soit, je lui ait dit tout ce que j'avais sur le cœur; que je m'étais conduite comme une conne et que j'avais insulté la femme que j'aimais et effrayé nos enfants, que j'avais considérablement allégé mon emploi du temps et que je n'hésiterais pas à envoyer balader Kingsley si il voulait me faire travailler comme avant et que surtout je l'aimais plus que tout au monde et ferai n'importe quoi pour qu'elle me parle à nouveau. Elle a souri et a littéralement couru la distance qui nous séparait pour m'embrasser et me basculer sur le vieux canapé.
On a pas mangé le repas que j'avais préparé toute l'après-midi mais aucune de nous deux s'en est soucié. Et jusqu'à aujourd'hui aucune de nous deux n'a passé la nuit sur le canapé depuis ces deux nuits désastreuses.
Un bruit dans l'escalier me tire de mes pensées. Quelqu'un descend lentement les marches, sûrement Leo qui veut aller boire un verre de lait dans le frigo et je plonge la tête dans le coussin en grognant.
Je sursaute presque quand deux bras m'encerclent autour de la taille et des cuisses et sa tête se pose contre mon ventre.
« Je ne peux pas dormir sans toi … » elle murmure doucement.
Je souris dans le noir et glisse tendrement ma main dans ses cheveux. Son gros ventre me gêne pour l'embrasser, alors je me retourne sur le dos et l'attire vers moi.
« Et moi sans toi. »
Je vois dans la pénombre qu'elle lève la tête vers moi, et je peux presque imaginer la tête qu'elle fait en ce moment, avec sa petite moue triste et la petite fossette adorable que forme sa joue droite quand elle cherche ses mots.
« Mione … je suis désolée. Je sais très bien que Mia n'est que ta collègue et rien d'autre ... je voulais pas te dire toutes ces horreurs »
« Non mon cœur c'est moi … J'aurai pas dû insister sur le fait que tes hormones de grossesse te rendent un peu parano. Et puis c'est vrai que j'aime bien te voir toute jalouse et protective envers moi alors j'en joue un peu … »
Je l'entends glousser et je ris aussi. Elle s'avance un peu pour poser sa tête contre mon épaule et mes mains descendent vers son ventre, qui commence à grossir réellement.
« Je crois que Bébé déteste quand on s'engueule aussi » taquine elle « Il m'a dit que je ferai mieux d'aller te rejoindre et t'excuser sinon il me ferait vomir demain matin »
« Bravo Bébé » je rigole « Sois gentil quand même avec Mama, elle a arrêté de voler pour toi et non sans menaces de s'enfuir sur un balai quand j'aurai le dos tourné »
Ginny me donne une petite tape sur l'épaule « Arrête pour me faire passer pour une dingue envers notre fille ! »
« Notre fille ? Je croyais qu'on voulait attendre jusqu'à la naissance cette fois ci, pour avoir la surprise ? »
« Bien sûr qu'on attend, mais j'ai juste cette intuition … »
« Ah oui, la même intuition à ma dernière grossesse qu'on aurait une fille alors qu'on a eu deux garçons ! »
« Cette fois-ci c'est différent mon cœur, je le sens vraiment »
« Bébé, ce bébé est un Weasley, il a 90 % de chances d'être un garçon … Seules les septièmes enfants des familles Weasley sont des filles » dis-je en riant.
« Ah oui ? » dit Ginny du même ton « Je te paries que notre bébé sera une fille. Tout ce que tu veux ! »
« Tout ce que je veux hein ? Mmh … alors si c'est un garçon, on va enfin partir en vacances en France comme je veux depuis dix ans, et sans que tu grognes que tu détestes la pâtisserie au beurre, ou que tu ne veux pas aller visiter les Delacour alors qu'ils nous invitent en vacances chez eux depuis quoi, quinze ans ? Et si c'est une fille … »
« Si c'est une fille tu vas apprendre à voler avec moi ! »
Je grommelle à l'idée de monter sur un de ces engins démoniaques mais Ginny commence à déposer des baisers le long de mon cou et mes épaules et mon cerveau se trouble.
« Bon … pari tenu » je souris avant de prendre le menton de ma femme entre mes doigts pour l'embrasser sauvagement.
Finalement, je vais peut-être garder ce vieux canapé.
Je crois qu'il porte chance.
