November Rain- Gun N Roses

Le ciel était gris dans les hauteurs de l'école, gris et pluvieux, presque comme si lui aussi marquait son deuil. Des nuages noirs survolaient l'école, grondant leur mécontentement eux aussi et chaque élève portait un brassard noir autour de son bras.

Ginny avait une main enroulée autour du bras d'Harry et de l'autre serrait fortement la main d'Hermione. Sa petite amie pleurait silencieusement, et Ron à ses côtés baissait la tête humblement, visiblement très ému. Harry, lui, n'avait pas lâché la main de Luna depuis le début de la cérémonie et regardait fixement l'estrade sur laquelle se tenait le professeur Mc Gonagall, le regard complètement vide et la mâchoire serrée.

Aujourd'hui l'on enterrait Albus Dumbledore, le monde sorcier était en deuil et l'école pleurait son directeur le plus respecté, admirable et aimé.

La cérémonie avait été belle et respectueuse, à l'hommage de l'homme, et beaucoup d'élèves avaient tenu à lui rendre hommage en déposant devant la porte de son bureau des bonbons de toutes les sortes. Beaucoup des professeurs étaient venus l'un après l'autre sur l'estrade installée près de la dernière demeure du vieux Gryffondor, sauf Hagrid qui était trop secoué pour dire quoique ce soit. Elphias Doge avait longtemps parlé de son ami et de leur jeunesse ensemble, puis le professeur Flitwick, qui avait le matin même changé toutes les bannières de l'école en longs drapeaux de deuil noir, avait évoqué le professeur dévoué et le bon directeur, et avait laissé la parole au Professeur Binns, puis à Madame Chourave, et même au Madame Pomfrey qui avait tenu à dire un petit mot.

La dernière à monter derrière le pupitre noir était sa sans aucun doute plus fidèle amie, Minerva Mc Gonagall, qui finit son discours dans ce qui semblait être un sanglot étranglé, et resta un instant derrière son pupitre, contemplative de la salle. La perte de son vieil ami semblait lui causer plus de peine que n'importe qui dans la salle, et Ginny n'avait jamais vu son professeur paraître si faible.

L'école elle-même paraissait comme terrassée, avec ses rideaux noirs et son ambiance mortifère, tous les élèves recroquevillés sur eux même dans leur douleur et tous les professeurs - sauf Snape qu'on avait pas vu de la journée - serrés les uns contre les autres comme un mur infranchissable, mais pourtant fêlé en son centre .

Mais comme l'avait si bien dit leur professeur de métamorphose, aucun d'entre eux ne céderait pas à la peur et à la défaite, et toujours ils se battraient contre la haine et la tyrannie. On leur avait enlevé leur mentor aujourd'hui, mais pas ses paroles et ses leçons, dont ils se serviraient pour venger sa mémoire.

La cérémonie touchait maintenant à sa fin, et les élèves avaient été invités à se lever pour aller procéder jusqu'au lac, où serait inhumé le corps d'Albus Dumbledore, conformément à sa volonté. Le ministère s'était d'abord opposé à l'idée d'enterrer le directeur sur les sols de l'école, une faveur qui n'avait été accordée à aucun autre directeur avant lui, mais toute une communauté d'amis, de collègues et de partisans du Gryffondor s'était formée pour défendre de dernier souhait du directeur, et le ministère avait finit par plier, en soulignant qu'ils n'avaient accepté qu'en mémoire de tout ce que le grand homme avait apporté au monde sorcier.

Tandis que quatre officiels se chargeaient d'amener le corps jusqu'au lieu dit, tous les élèves se levèrent ensemble pour atteindre les rives du lac, se bousculant un peu pour être sûrs d'arriver en premier et d'avoir une bonne place lors de l'inhumation. Bientôt, la foule entière quittait les murs de l'école et se déplaçait par paquets de centaines de personnes à travers les pelouses et les allées ombragées de l'école, les élèves guidant les adultes étrangers aux lieux - parents, employés du ministère, journalistes et autres badauds qui avaient souhaité assisté à la cérémonie mais qui n'avait pas remis les pieds à Poudlard depuis leur propre temps d'étude.

Ginny et Hermione marchaient dans le silence, main dans la main, suivant Harry, Ron et Luna qui marchaient rapidement devant elles, quand Ginny redressa la tête d'un coup.

" Mon châle ! Je l'ai laissé sur le banc ! "

" Tu veux qu'on aille le chercher ?" demanda doucement Hermione, levant la tête vers elle. Les yeux rouges et bouffis de la brune, d'habitude si vifs et pleins de lumière, coupèrent un instant les pensées de Ginny, avant qu'elle ne reprenne ses esprits et secoue la tête.

" Non, je vais aller vite la chercher, et je vous retrouverai, ne t'inquiètes pas. Gardes moi une petite place, d'accord ? "

" Toujours " sourit tristement Hermione, d'un air qui fendit le cœur de la rousse. Ginny déposa vite un baiser sur la joue d'Hermione et fendit la foule dans le sens inverse à leur déplacement pour aller rejoindre le grand hall où avait eu lieu la cérémonie de recueillement.

Il y avait tellement de monde, y compris des centaures, quelques autres créatures magiques, et même les sirènes du lac, qui marchait en rangs serrés tel un seul homme, que se frayer un chemin à travers le bloc lui prit beaucoup plus de temps que nécessaire, et que quand enfin elle arriva devant les grandes portes, elle s'étonna qu'elles ne soient pas déjà refermées. La grande salle pleine à craquer une heure auparavant était maintenant vide, mis à part deux elfes de maison que le ministère avait généreusement " prêtés " pour nettoyer la grande salle après les obsèques, qui à genoux sur le sol le frottaient déjà avec énergie.

Ginny parcourut la salle des yeux, mais ne vit nulle part le châle noir qu'elle portait sur ses épaules au début du cérémonial mais qu'elle avait laissé tomber par négligence après l'entrée du cercueil, et qu'elle avait du faire glisser sous son banc. Elle se dirigea donc vers les deux petites elfes, qui ne semblaient pas avoir remarqué sa présence, ou du moins en faisaient très bien semblant, et s'accroupit à leur hauteur.

" Excusez moi " dit elle doucement.

La plus petite des deux sursauta, visiblement effrayé par le son de sa voix, et l'autre, qui paraissait un peu plus âgée et avait un bout de l'oreille gauche arrachée, la rassura d'un coup de tête avant de la lever vers Ginny.

" Oui, mademoiselle ? "

La rousse pouvait voir la peur qu'elle avait dans les yeux, sûrement persuadé que la jeune sorcière allait l'agresser ou lui ordonner quelque chose de déplaisant qu'elle ne pourrait pas refuser, et elle retint un soupir désolé. Il lui avait fallut du temps pour comprendre le point de vue d'Hermione dans son combat pour la liberté des elfes, persuadée comme son frère qu'ils étaient heureux de leur sorts, mais Hermione lui avait longuement expliqué qu'on ne pouvait pas être heureux d'un sort aussi cruel, et voir la soumission apeurée dans les yeux de celui-ci ne faisait que confirmer les paroles de sa petite amie.

" J'ai du faire tomber mon châle tout à l'heure, sous mon banc, et je ne le retrouve plus … "

" Macey ne l'a pas volé, mademoiselle, Macey promet ! " supplia dans un étranglement la petite elfe, qui s'était levée d'un mouvement rapide à côté de sa compagne d'infortune, malgré le regard noir qu'elle avait reçu de la plus vieille elfe.

" Non bien sûr …" commença Ginny sans trop comprendre ce qu'il se passait.

L'elfe appelée Macey claqua des doigts, et le long châle noir de Ginny apparut de nulle part, pour tomber au sol.

" Macey a trouvé le châle de mademoiselle, et Macey l'a mis de côté pour mieux nettoyer sous le banc " répéta l'elfe, comme un vieux disque rayé qui tournait en boucle " Macey ne voulait pas voler, mademoiselle, Macey ne voulait pas voler "

Ginny se demanda un instant combien de fois Macey avait été punie pour ne pas avoir volé un objet et se promis à elle-même de reparler à Hermione de la SALE à un meilleur moment.

" Merci beaucoup de me l'avoir gardé, Macey " sourit elle, et les deux elfes la regardèrent comme si elle était folle. Elle se releva et leur fit un petit signe de la main en partant. " Au revoir ! "

Du coin de l'œil, elle put voir que Macey allait lever la main pour la saluer aussi, mais que la plus vieille elfe l'avait aussitôt saisit pour la maintenir baissée, et lui murmurait quelque chose à l'oreille.

Aujourd'hui n'était un jour heureux pour personne, songea elle en se prenant le chemin du lac, mais si elle avait réussit à éclairer un peu la journée d'une créature innocente, ce n'était peut-être pas une si mauvaise journée que ça.

La foule qui était là tout à l'heure s'est réduite à une poignée de gens par ci par la, et Ginny du presque courir pour les rattraper, espérant qu'elle ne raterait pas le début de l'inhumation. Elle se devait d'être la, pour Hermione et pour Harry, mais aussi pour elle, pour graver ce souvenir dans sa mémoire et ne jamais l'oublier.

Quand enfin les abords du lac et les premiers spectateurs se firent voir, la jeune Gryffondore accéléra encore l'allure, cherchant déjà des yeux la tête rousse de son frère ou la tignasse blonde de Luna, les plus reconnaissable dans la marée noire de monde qui se formait au fur et à mesure qu'elle avançait. Elle vit au loin un chapeau noir pointu qu'elle savait appartenir au professeur Chourave, et se doutant que tous les professeurs devaient se trouver près du cercueil, et donc de ceux qu'elle cherchait , elle essaya de contourner un groupe de sorciers parlant très fort et très haut, sans doute des employés du ministère, quand au détour d'un sorcier ventru et barbu en diable elle rentra de plein front dans le sternum d'un homme, qui la fit reculer de quelque pas. Elle saisit aussitôt son nez, au cas où il saignerait comme souvent quand elle le cognait pendant les entraînements de quidditch, et leva la tête pour s'excuser.

« Oh pardon, excusez-moi, je ne vous avais pas vu,je suis confu… »

Ginny s'arrêta net.

L'homme qu'elle avait bousculé s'était retourné, et son sourire avait disparu en même temps que celui de la jeune femme. Devant elle, dans une robe austère d'enterrement et tenant dans ses mains un chapeau noir semblable à tous ceux portés par la garde rapprochée du ministre, se tenait Percy Weasley.

Un an sans le revoir, sans recevoir aucune nouvelles, à réconforter Maman et voir Papa rentrer du ministère le cœur brisé, et il réapparait juste pour se montrer avec le ministère ? pensa Ginny en dévisageant son frère.

Elle ne dit rien et regarda celui qu'elle n'osait plus appeler son frère l'observer d'un drôle d'air coincé. Finalement, après une minute qui sembla durer deux heures, Percy prit la parole, d'une voix haut perché qui trahissait sa gêne « Ginevra. ».

Ginny avait bien envie de coller une paire de claques à son frère pour lui enlever l'air prétentieux qu'il portait avec talent, mais se dit que s'il faisait l'effort de sortir sa langue de vipère pour lui parler, il y avait peut-être une chance de réconciliation.

« Perce » répondit elle du même temps, utilisant exprès son surnom dans l'espoir de l'amadouer.

Percy parut choisir ses mots précieusement avant de reparler « J'ai appris pour ton … choix de partenaire. Notre père en semble très fier, et en abreuve tout le ministère »

« Eh bien ça fait au moins quelqu'un dont il est fier » répondit froidement Ginny.

Si il dit un mot, un seul petit mot sur Hermione, je le massacre, tant pis pour le scandale ...

« Libre à toi de faire tes choix. J'avais pourtant cru comprendre que tu préférais autrefois le fameux Harry Potter, et tu nous a assez répété que tu te marierais avec lui … » Ginny essaya de garder son calme, et se contenta de ses poings le plus fort possible.

« Dans quel monde tu vis toi ? » demanda-elle calmement. Devant l'air étonné de son frère, Ginny reprit « Dans quel monde une fille se marie avec le garçon qu'elle aimait quand elle avait dix ans ? » Percy ne dit rien et se contenta de pouffer d'un air méprisant.

Pourquoi est-ce que j'ai pensé un seul instant qu'il pourrait changer , ou même m'écouter ? Il se fout complètement des autres, il ne pense qu'à sa sale petite face de rat … J'aurais dû lui marcher dessus.

« Ecoutes Percy, et écoutes bien parce que je le répèterais pas deux fois. »

Ginny s'approcha lentement de lui, contenant les larmes de rage qui menaçaient de couler depuis l'instant où son frère l'avait abordé. « Je vois même pas pourquoi tu te donnes le mal de venir me parler si c'est pour me cracher tes insultes à la figure. Tu as renié ta propre famille pour une réputation, tu as disparu sans envoyer de nouvelles à quiquonque et d'un coup tu réapparais ici et maintenant, dans l'unique but de faire bien voir d'un ministère corrompu jusqu'à l'os, et qui commence à te gangréner sérieusement. Ta simple présence ici déshonore la mémoire de Dumbledore, et ton comportement puéril prouve bien à quel point que tu n'as jamais réussi à évoluer ! »

Percy ouvrit la bouche pour dire quelque chose mais Ginny fut plus rapide que lui

« Tu as honte de nous, Percy Igniatus Weasley ? Tu devrais avoir honte de toi ! Est-ce que tu sais seulement le nombre de fois où tes méchancetés ont fait pleurer Maman ? Est-ce que tu sais que ton frère aîné a failli mourir dans l'attaque qui a pris la vie à Dumbledore, et que Papa est en danger au ministère ? Bientôt, tu te rendras compte dans quel engrenage tu t'es lancé et ça sera peut-être trop tard pour toi, mais tu auras préféré ta stupide carrière à ton propre sang et tu n'auras que tes yeux pour pleurer ! »

Ginny se détourna de son frère et s'enfuit sans se retourner, sans même regarder une dernière fois l'expression de ce frère qu'elle avait toujours admiré malgré ses airs hautains et qui lui avait fait tant de mal sans qu'elle ne lui ait jamais rien fait.

Elle aperçut enfin près du professeur Mc Gonagall une tignasse rousse qui n'appartenait pas à Percy, à côté de la brune et du brun qu'elle cherchait depuis une heure, et se dirigea vers eux, effaçant au passage des traces de larmes. L'enterrement du directeur de Poudlard avait été suffisamment éprouvant pour tout le monde et surtout pour Harry pour qu'elle en rajoute et elle décida qu'elle n'en parlerait qu'à Hermione.

Celle-ci, dès qu'elle l'aperçut, lui jeta un regard préoccupé, ayant sûrement remarqué qu'elle avait pleuré ( sacré Hermione qui remarque vraiment tout ) et ouvrit ses bras vers elle. Ginny vint aussitôt s'y réfugier, plongeant sa tête dans le cou de la brune et se laissant aller contre elle. Hermione ne dit rien, elle savait que dans ces moments là Ginny ne s'ouvrirait pas et la seule chose dont elle avait besoin était une présence physique. Elle se contenta donc se presser la rousse contre elle, glissant ses doigts dans la chevelure de feu et pressant de temps en temps quelques baisers sur son front. Ginny fit par se calmer graduellement et leva la tête pour observer avec les autres les officiels chargés de la cérémonie renter la dépouille de l'ancien professeur dans sa dernière demeure.

Le corps du professeur avait été déposé sous un drap blanc sur un autel doré, qui s'était embrasé de grandes flammes blanches et brillantes, dont qui formait des formes étranges .

" Vous avez vu ? " murmura Harry " Un phénix ! "

Ginny n'avait rien vu de tel mais hocha quand même de la tête, la main serrée dans celle d'Hermione. Les flammes avaient disparu pour laisser place à une grande tombe de marbre blanc, aussi belle qu'imposante, et Ginny laissa échapper un petit sanglot.

" Tout va changer maintenant, n'est-ce pas ? " chuchota elle assez fort pour que seule Hermione l'entende.

La brune ne dit rien et se contenta de resserrer la main de la rousse dans la sienne. Elle n'avait pas besoin de parler pour que Ginny sache sa réponse.