Home -Phillip Phillips

Ma mère m'a dit une fois que le mariage consistait en bien plus de sacrifices et d'efforts qu'elle avait jamais imaginé mais qu'elle serait prête à les refaire cent fois pour voir mon père sourire comme un idiot comme il faisait quand elle lui accordait quelque chose.

Je me marie dans deux semaines et ni l'un ni l'autre ne m'auront accompagnée acheter une bague de fiançailles, ou essayer ma robe de mariée et je n'aurai jamais pu te présenter comme la femme avec qui je voulais passer le reste de ma vie. Je sais que de là où ils sont, ils approuvent tous mes choix mais une part de moi sera toujours morte avec eux.

En tous cas, si je pense à cette phrase que m'a dite ma mère quand je devais avoir douze ou treize, c'est parce que tu me tends, tout sourire et les yeux brillants, une immonde lampe en formica que je hais à l'instant où je la vois et que tu décris comme « moderne et parfaite pour notre salon ». J'aurai dû écouter Molly qui m'avait pourtant prévenue que sa fille avait des goûts aussi douteux que son père niveau meuble avant de t'entraîner dans cet immense magasin pour compléter notre mobilier et maintenant je suis coincée entre notre caddie rempli d'objets aussi inutiles que ridicules et toi et ta lampe moche.

Je n'ai jamais rien pu te résister et ce n'est pas à quinze jours de notre mariage que je vais te dire non. Alors je soupire et je dépose la lampe dans le caddie, t'arrachant un bisou au passage et te regardant partir en levant le poing de la victoire en l'air.

Qu'est-ce que je peux bien faire ? Je suis complètement raide dingue d'amour pour toi.

Je continue mon chemin en poussant mon caddie, essayant de ne pas te perdre des yeux - avec toi lâchée librement dans un magasin de scies et de marteaux un accident serait si vite arrivé - et mes yeux se posent sur un grand cadre vide, à remplir d'au moins une dizaine de petites photos.

Je le prends pour mieux admirer les photos mis en modèle à l'intérieur - une petite fille avec son chien, une famille au bord de la plage, un couple coupant leur gâteau de mariage- et imagine déjà les photos que j'ai à la maison et qui conviendraient parfaitement; nous deux en tenue de cérémonie pour la remise des diplômes, toi en train de fêter ta première victoire avec les Harpies, la première fois où j'ai tenu Victoire dans mes bras et surtout, la photo que George a pris à Noël dernier, toi m'embrassant sur la joue, mon bras serré autour de ton épaule et nous deux montrant fièrement nos bagues de fiançailles.

Mon esprit se perd dans les souvenirs de toutes ces photos des premières fois que j'ai vécues avec toi ; photos de ton premier match, de mon premier jour au ministère, de notre premier neveu et notre première nièce, de notre premier mariage en tant que témoins mais aussi première photo en tant que petites amies, que fiancées, et bientôt en tant qu'épouses.

Un grand bruit de fracas me tire de ma rêverie et je te vois un peu plus loin en train de remettre en rayon la grande règle en métal que tu viens de faire tomber par terre, sans aucune gêne, ce qui me fait à nouveau sourire tendrement. Je range mon caddie au bout du rayon, et je me pose dans un coin où je ne gênerais personne.

Ca me fait bizarre de retourner dans ce magasin, après des années d'absence du monde moldu. La technologie avance à grands pas, et j'ai dû réapprendre à me servir des portables, internet et autres télévisions. J'ai équipé mon appartement avec un peu de tout après la guerre, même si les portables ne passent pas bien dans une atmosphère magique et que je ne peux pas capter qu'une seule chaîne de télévision depuis l'appartement, ça me donne l'impression de faire honneur à mes racines.

C'est important pour moi de me souvenir d'où je viens, et de qui je suis, et je ne suis pas la seule à avoir cette mentalité. J'ai eu une éducation moldue, Ron une éducation sorcière. Harry n'a eu ni l'une ni l'autre.

Du coup aujourd'hui il se rattrape dans les deux mondes, et achète tous les billets d'opéra, de concerts, de théâtre, de cinéma, de festivals ou d'expositions qui lui passent sous le nez.

Et comme à part pour les concerts de hard rock Ron refuse de l'accompagner, c'est souvent moi qui hérite du deuxième ticket. C'est comme ça que moi Hermione Jean Granger, Médaille Premier Ordre de Merlin et Ruban du Phénix du Courage, Major de ma promotion à Poudlard, Première sorcière née moldue à avoir fait passer une loi sur la protection des Elfes et créatures sorcière, je me suis retrouvée au premier rang de « Jojo Et Claquettes », un spectacle d'accordéonistes qui dansaient des claquettes. Depuis ce jour-là je sélectionne beaucoup mieux les concerts où veut m'emmener Harry.

« Bébé ! C'est quoi ça ? »

Tu me mets sous le nez une perceuse de démonstration, et je m'empresse de te l'enlever des mains avant que tu perfores un autre client. Je t'explique minutieusement comment marche la perceuse, puis les clous, les vis et enfin les tournevis.

Quand j'ai fini, tu me regardes avec des grands yeux et me sourit « Tu veux qu'on l'achète ou tu préfères le faire de notre façon ? »

Je te souris aussi et te dis qu'il veut mieux éviter de ramener la perceuse à la maison, où ton père pourrait très bien la trouver et démonter tous nous meubles. Tu éclates de rire, ton rire clair que tu n'utilises que pour moi, et tu m'embrasses sur la joue avant de repartir en trottinant.

Je te regarde au loin virevolter entre les rayons, comparer les pinceaux, mesurer des lampadaires et sélectionner les couleurs de pots de peintures comme si tu faisais ça tous les weekends, comme n'importe quel bricoleur du dimanche.

En vérité, c'est la première fois où tu mets les pieds dans un magasin de bricolage, et tu n'as aucune idée de ce que à quoi peut bien servir tous les objets que tu examines, ce qui explique la montagne de scies, de tournevis et de boucheurs de baignoire en tout genre qui remplissent notre caddie.

Tu fais de ton mieux pour comprendre mon monde, et c'est toi qui a insisté pour venir ici aujourd'hui, pour que notre mobilier soit tout autant sorcier que moldu. Tu veux, je te cite, que " plus tard nos enfants soient élevés dans un équilibre parfait entre nos mondes, et quoi de mieux que des meubles et des outils moldus pour ça ? ".

Quand tu m'as dit ces mots, j'ai cru que mon cœur avait littéralement fondu dans ma poitrine et j'ai dû balbutier quelque chose d'incohérent comme oui oui avant de me jeter sur toi. Ron lui n'aurait jamais compris pourquoi c'est si important pour moi d'avoir un marteau ou un niveau à la maison quand un coup de baguette peut tout remettre en place en moins de deux, mais toi tu as toujours compris l'attachement que j'avais à mes racines.

Quand je pense aux mois et aux mois d'adaptation que j'ai dû avoir pour me faire au monde sorcier et je te vois si à l'aise dans ce supermarché moldu, une vague de fierté me parcoure.

Je me rappelle que quand j'ai reçu ma lettre d'acceptation le jour de mes onze ans, mes parents ont cru à une blague mais ne l'ont pas jetée, sans doute pour me la montrer plus tard et me faire rire. Le weekend suivant, Minerva sonnait à notre porte et expliquait tout du monde sorcier à mes parents. Ca n'a pas été facile pour eux d'accepter que je leur étais si différente, mais pour moi au contraire, j'ai vu un monde de possibilités s'ouvrir à moi.

J'avais compris depuis longtemps que je n'étais pas pareille que les autres enfants de mon âge, sans doute parceque j'arrivais à faire des choses que personne d'autre ne pouvait faire, et enfin j'avais l'opportunité d'entrer dans un monde où je serai entourée de gens comme moi. Un monde où je serai la bienvenue.

Enfin je le croyais.

Minerva avait bien expliqué à mes parents que le cas d'un sorcier né chez deux moldus sans aucun sang magique dans leur lignée était assez rare, mais arrivait assez souvent pour que l'école envoie un professeur le chercher et lui confier sa lettre. Ils ont beaucoup parlé ensemble, après m'avoir envoyé dans ma chambre, et je n'ai jamais su de quoi, mais quand ils m'ont fait revenir pour dire en revoir à celle qui serait ma professeur de Métamorphose, ils avaient l'air convaincu. Minerva en me saluant m'a promis de revenir.

Et deux mois avant la rentrée scolaire, elle nous a emmenés au chemin de traverse acheter les objets et ingrédients dont j'avais besoin, et j'ai découvert un monde si fascinant, plein de découvertes et de possibilités, que j'ai su que je ne voudrai jamais le quitter. Pendant deux mois, j'ai lu tous les livres qui me passaient sous la main sur Poudlard, et je me suis renseignée le plus possible sur ce qui m'attendait.

J'avais tellement peur qu'on ne me juge pas au niveau, pas assez bonne pour être une sorcière, et qu'on me renvoie dans la monotonie et la banalité du monde moldu. Et je m'y suis accrochée à ce monde que j'aimais tant, à coup d'heures à passer à lire et relire les même livres, d'essais et de devoirs à écrire.

Toi, mon monde, tu n'y es pas rentrée par obligation ou parce que c'était ta vraie nature. Je suis devenue sorcière pour m'intégrer dans le monde qui était le mien. Tu es devenue moldue par amour pour moi.

Et c'est sans doute la plus belle preuve de l'amour que tu as pour moi. Pas que j'ai besoin de preuves - l'anneau que tu as glissé il y a des mois autour de mon annuaire me le rappelle tous les jours.

Je sais que tu m'aimes, et que tu m'acceptes comme je suis. Quelqu'un comme moi qui a vécu des horreurs et est cassée de partout a tellement de chance d'avoir un roc comme toi sur lequel je puisse m'appuyer, tous les jours de ma vie. Tu es tellement forte, mon amour, tellement. Tu as pansé mes blessures, tu as réparé mes fractures, tu es mon infirmière personnelle. Je ne sais pas ce que je ferai sans toi.

Je regarde discrètement la ligne dessinée sur ton bras, que je peux voir quand tu mets pour attraper un rouleau de scotch brun en haut d'une étagère, et automatiquement mon poignet gauche me démange.

Les médicomages savent faire disparaître certaines cicatrices, d'une chute ou d'une coupure par exemple, mais c'est ton balai cassé en deux qui t'as ouvert le bras quand tu es tombée et les cicatrices provoquées liée à la magie sont ineffaçables. L'éclair sur le front d'Harry, les griffures sur le cou de Bill, les brûlures sur les bras de Ron et l'injure sur mon bras – je l'ai appris à mes dépends- en sont la preuve sanglante.

La guerre a laissé des traces partout, mais surtout dans nos têtes. Je continue à me réveiller en sursaut certaines nuits, Harry a mis des mois avant de rouvrir la chambre de Sirius quand il a déménagé pour de bon Square Grimmauld et Ron garde toujours dans une de ses poches son déluminateur, par sécurité dit-il. Et toi, tu n'as pas enlevé le bracelet que j'ai passé à ton bras il y a des années, parceque tu veux toujours savoir ce que je ressens et ce que je pense, et tu ne veux plus être séparée de moi, jamais.

Moi non plus à vrai dire.

J'ai été loin de toi trop longtemps, que ce soit à cause de la guerre ou de la première année de nos études, pour savoir que je peux plus vivre sans toi et maintenant j'ai enfin la main sur toi, je ne te laisserai plus partir.

Je me sens enfin en sécurité chez moi depuis que tu es là, tu sais. J'ai arrêté de me relever la nuit pour aller vérifier la porte d'entrée, ma baguette n'est plus sous mon oreiller quand je dors mais sur la table de nuit, et enfin mes cauchemars sont beaucoup moins fréquents.

J'ai presque une vie normale.

Presque, parceque j'ai quand même un travail qui me fait interviewer des elfes de maison toute la journée, deux meilleurs amis qui gagnent leurs vies en attrapant des mangemorts et une fiancée qui toutes les semaines fait des acrobaties sur un balai devant des milliers de personnes. Pas vraiment la vie de Madame Tout-le-monde.

« Mione regardes ça ! »

Je cligne un peu des yeux, interrompue dans ma rêverie, et regarde ce que tu me tends. Un coussin blanc en forme de cœur avec bordé dessus « Home is where the heart is ». Pas du tout kitch.

« On dirait un truc que ma grand-mère aurait pu avoir » je ris « Tu veux vraiment acheter ça ? »

« Non, mais il faut bien mettre des coussins sur le canapé que tu m'as fait acheter, non ? » tu protestes

« Il est assez confortable comme ça » je soupire

« Mais non ! » Ça y est, tu as une idée en tête et tu ne vas pas me lâcher tant que je n'aurai pas dit oui « Imagine, rentrer à la maison après une dure journée de travail, et tu veux te reposer sur le canapé, mais là, horreur ! Pas de coussin ! Résultat, torticolis et mal au cou, ce qui veut dire que ta pauvre femme va devoir passe le reste de sa soirée à te faire des massages … ce qui à bien y réfléchir ne sonne pas si mal que ça. Tu sais quoi, oublie le coussin, vive le mal de dos ! »

J'éclate de rire devant ton monologue et passe un bras autour de tes épaules, pendant que tu te débarrasses discrètement du coussin dans un caddie abandonné.

C'est vrai que dans deux semaines, tu seras ma pauvre femme. Et dans un mois, quand je rentrerai à la maison après une longue journée de travail, tu seras là à m'attendre. La réalisation me frappe d'un coup. Bien sûr, je sais qu'on va se marier – quand même c'est moi qui t'ai demandé en premier – mais c'est comme si je réalisais d'un coup qu'on va être épouses.

Ca ne veut pas dire seulement vivre et fonder une famille ensemble, non pour moi ça veut dire beaucoup plus. Se coucher tous les soirs avec ton bras autour de mon ventre et me réveiller tous les matins avec tes cheveux dans mes yeux et ma bouche, supporter tes blagues et tes jeux de mots et passer des dimanches pluvieux sous la couette avec toi. M'engueuler avec toi parceque je travaillerai trop, t'envoyer dormir sur le canapé les jours où je ne te supporterai plus et protester qu'on ne part jamais où je veux en vacances. Aller à tous tes matchs avec la peur au ventre à chaque tourbillon de ton balai mais être celle qui crie le plus fort de tout le stade quand tu marques un but, t'accompagner à des remises de prix avec de la fierté dans les yeux et tenir ta main devant les journalistes. Discuter avec toi du prénom de nos futurs enfants, te convaincre qu'un chat est mieux qu'un chien et fêter tous les ans notre anniversaire avec la même joie, et danser avec toi sur la même chanson.

Tout un programme. Tout une vie, avec toi.

Mon bras part d'un coup en avant et je dois arrêter de pousser le caddie parceque celui-ci vient de rentrer dans l'extrémité d'un rayon.

« Hermione ? Ca fait dix minutes que je te parles, tu m'écoutes pas ou quoi ? »

« Hein ? Si, si, mon amour, bien sûr »

« Qu'est-ce que je viens de dire ? »

« Euh … tu veux qu'on achète une scie circulaire ? »

« Une quoi ? » Tu fronces les sourcils d'un air adorable « En tous cas, tu m'écoutais pas ! »

« C'est juste que … Je pensais à autre chose »

« A quoi ? »

Mon bras se remet presque de lui-même autour de tes épaules et je dépose un baiser sur ta tempe.

« Juste que j'ai hâte de t'épouser, c'est tout »

Tu me souris tendrement, et si on était pas en plein milieu d'un rayon d'halogènes, je vois à tes yeux que tu m'embrasserai férocement.

« Moi aussi j'ai hâte mon cœur »

Je te rends ton sourire. « Tu sais à quoi je pense ? Pour notre voyage de noces en Grèce, on devrait –»

« Oh regarde ça là ! Ca a l'air génial ! »

« - Prévoir des visites locales et … Ginny ? »

Je tourne la tête dans tous les sens jusqu'à ce que je te voies tout au bout du rayon, en train de te précipiter vers une foreuse de démonstration, et je roule des yeux avant de pousser notre caddie vers ta nouvelle attraction.

Ça va être un chemin semé d'embûches, je le sens. Mais je ne le ferai avec personne d'autre que toi.