Heaven Is A Place On Earth - Belinda Carlisle

Il y a des jours comme ça où je me demande franchement ce que je fais là.

Des années d'étude, de soirées passées le nez plongé dans des bouquins,à gratter des kilomètres de parchemin pour se retrouver là, dans une salle d'infirmerie trop petite où je suis le seul compétent, mais où pourtant personne ne m'écoute.

Au lieu de ça, mon groupe préfère débattre de est-ce qu'on va lui dessiner une moustache pendant qu'elle est encore inconsciente, ou on attend qu'elle se réveille ?

Les joueurs de quidditch sont une espèce à part, franchement.

Quand on est médecin dans le domaine sportif, on a une relation particulière avec les joueurs. On les adore bien sûr et on les supporte comme des vrais fans, mais on souhaite les voir le moins possible, parcequ'ils ne viennent nous voir que quand ils sont blessés, voire pour les miens au bord de l'agonie.

Ils sont spéciaux les miens. Ou plutôt les miennes, je devrais dire.

J'ai déjà assisté à un match de football, et chez les moldus, les joueurs simulent une blessure pour appeler une faute, parfois même jusqu'à sortir du terrain. Chez nous au quidditch, on simule qu'on va bien pour ne pas aller à l'infirmerie – alors qu'on tient à peine sur son balai et qu'on est sur le bord de s'évanouir - et quitter le terrain.

Ils sont fous, ces joueurs de quidditch. Regardez mon groupe.

Les bleus et les fractures sont fréquents au quidditch, à chaque match à vrai dire - les cognards sont en fer, bon sang, certaines fois les gens l'oublient mais il faut quand même avoir du cran pour remonter encore et encore sur un balai après s'en être pris un en plein ventre – et normalement il suffit d'une nuit pour que les potions et différents onguents dont on badigeonne les joueurs fassent effet et inhibent un peu les belles couleurs bleues, oranges et violettes qui se développent sur leur peau, mais mon groupe de joueuses a la tête dure, et aucune d'elles ne s'est laissée approcher aujourd'hui pour que je m'en occupe convenablement.

Un petit coup d'œil autour de la salle me révèle pourtant l'ampleur des dégâts.

Geri Hewitt a un bleu de la taille de mon poing sur la tempe et un bel œil au beurre noir.

Grazia Di Maccio en a deux et sa lèvre inférieure fendue saigne abondamment.

Gemmi Harper saigne du nez, et boite légèrement quand elle se déplace, oscillant d'un pied sur l'autre comme si ses deux hanches la faisaient souffrir.

Giulietta Dubois tient son bras en écharpe contre elle, et je pourrai parier que son épaule est déboitée, ou du moins sacrément amochée vu l'angle impossible qu'elle prend.

Vicky Garington a visiblement une côte cassée à la manière dont sa respiration est sifflante, même si elle le dissimule très bien, et je jetterai bien un petit coup d'œil à son poignet violacé aussi.

Gabrielle Livingstone est celle qui s'en sort le mieux avec seulement quelques petites égratignures sur les joues et son maillot à moitié déchiré au niveau du nombril, qui le laisse exposé à tout va.

Sans aucune surprise, et alors qu'elle ne jouait même pas puisqu'elle est coach depuis déjà une saison, Gwenog a le nez cassé, ce même nez que j'ai déjà dû recoudre des dizaines de fois, mais ça ne l'empêche pas de jeter des ordres partout autour d'elle.

Et tout ça n'est que ce que je peux voire en surface bien sûr, parceque Merlin seul sait ce que je découvrirai sous leur uniformes boueux - c'était un match rude, celui-là.

Mais elles refusent toutes de se faire soigner tant que mademoiselle Weasley ne sera pas réveillée. Enfin dans quelque mois, elle ne sera plus mademoiselle Weasley comme l'atteste la bague à sa main gauche – qu'elle a dû oublier d'enlever comme d'habitude – peut-être devrais-je dire madame Weasley ? Ou Granger ? Ou Granger-Weasley ou je ne sais quelle autre combinaison.

Et au pied de son lit, la seule qui n'est pas habillée en uniforme des Harpies, et qui regarde mademoiselle Weasley comme si elle allait prendre feu – sa fiancée, Hermione Granger. C'est une sorte de tradition qu'elles ont, de promesse qu'elles se sont faites à elles-mêmes ; si l'une d'entre elles se fait amocher au point de tomber dans un sommeil plus ou moins artificiel, aucune d'entre elles ne quittera son chevet tant qu'elle ne sera pas réveillée.

Et autant dire que Ginny – pardon, mademoiselle Weasley – est plutôt en mauvais point en ce moment ; trois côtes fracturées, le coude gauche en miettes, les ligaments du genou probablement déchirés et une magnifique cicatrice qui lui barre le front, mais ce qui m'inquiète le plus c'est sa tête, ou plutôt sa nuque.

Je sais mieux que quiquonque qu'elle a les os solides et la tête dure – pour son âge, le nombre de chutes qu'elle a eu est assez exceptionnel, même pour une joueuse de quidditch professionnelle – mais la chute qu'elle a fait tout à l'heure était assez impressionnante, et sa réception particulièrement mauvaise.

C'est ce qui arrive quand on reçoit un cognard dans les côtes à la place de celle à qui il était destiné, et qu'on se cogne violemment la nuque sur l'anneau dans lequel le souaffle est censé passer avant d'aller s'écraser au sol quelque dizaines de mètres plus bas.

Pour résumer, mademoiselle Weasley a cru bon de se jeter sur la trajectoire du cognard des Wagabonds qui était censé atteindre mademoiselle Di Maccio, pour que celle-ci puisse sauver le souaffle lancé au même moment par le poursuiveur Charlie Andrews, et projetée par la force de l'impact est allée se cogner à l'anneau derrière elle avant de déchausser de son balai et tomber au sol.

Un accident banal au quidditch, même si peu de poursuiveurs sont prêts à sacrifier leurs côtes pour sauver dix points contre leur équipe – même si de mon avis personnel c'est plutôt mademoiselle Di Maccio que mademoiselle Weasley voulait protéger – sauf que sa chute dans l'anneau a sûrement dû lui embrumer l'esprit, ce qui a précipité sa chute.

Toujours prête à se sacrifier pour les autres celle-là.

Je ne suis pas censé donner des avis personnels sur les joueuses, juste sur leur santé, mais laissez-moi vous dire que Ginny sera une bonne capitaine quand viendra son tour, et je ne suis pas le seul à le penser à voir toutes celles qui se pressent autour d'elle pour être la première personne qu'elle verra en se réveillant. Sauf que ce sera moi, évidemment. Je suis quand même docteur, ici.

Et dès que les yeux de ma patiente commencent à s'ouvrir doucement, je me fraye un chemin à travers les uniformes boueux pour me pencher à son chevet.

« Laissez lui de place ! » tonne une voix – qui n'est pas la mienne – et toutes les joueuses obéissent en reculant d'un pas à Gwenog Jones, même Hermione Granger qui n'a vraiment pas l'air ravie de le faire.

Les yeux bruns de mademoiselle Weasley s'entrouvrent, une espèce de vague de confusion les recouvrant, et aussitôt les miens se froncent.

Il arrive après l'un des accidents comme celui-là que les joueurs aient reçu un trauma crânien assez important, avec des répercussions qui peuvent s'avérer assez dramatiques – cécité, troubles de la parole, de la déglutition et j'en passe et des meilleures – et si c'est le cas avec mademoiselle Weasley, je la ferai transférer immédiatement à Sainte-Mangouste.

Ce ne serait pas la première fois pour elle, elle m'a déjà fait le coup en novembre. Un accident plutôt sympathique, beaucoup trop sérieux pour être traité à l'infirmerie des Harpies, qui a fini plutôt bien pour elle puisqu'elle m'a appris quelques séances de rééducation plus tard qu'elle s'était fiancée grâce à ça. Oui je n'ai pas compris non plus.

Mais ce que je sais à présent est qu'elle m'a fait deux accidents sérieux dans un espace de quelque mois, et qu'il faut vite que je vérifie l'état de ses réflexes pour éviter un mauvais diagnostic.

Hermione Granger le sait, et c'est pour ça qu'elle me laisse approcher si près de sa fiancée sans se rapprocher à moins de dix centimètres, me laissant l'espace nécessaire pour ne pas l'effrayer et travailler correctement.

« Mademoiselle Weasley » je commence, et la jeune joueuse tourne ses yeux vers moi. Elle reconnait son propre nom, c'est déjà un bon début.

« De … l'eau »

Sa voix est toute cassée et râpeuse mais au moins elle ne bégaie pas ses mots et reste compréhensible. Je me retourne pour demander le verre d'eau que mes infirmières déposent toujours sur la table en prévision, et mesdemoiselles Hewitt et Dubois se battent presque pour l'atteindre en premier.

« Non, moi ! » finit par gagner Geri Hewitt, qui renverse presque à moitié le verre en me le tendant, et que je récupère en lui jetant un regard noir, parceque ce n'est pas le moment.

Je tends le verre à mademoiselle Weasley, qui doit se relever un peu dans son lit pour boire son eau, et le repose sur la table à côté d'elle. Je vois ses yeux cligner plusieurs fois comme pour s'acclimater à la lumière autour d'elle, et je me rapproche d'elle délicatement, pour que pour l'instant elle ne voie que moi et pas le groupe qui l'entoure.

« Doucement » je lui dis calmement, alors que ses yeux clignent rapidement en signe de stress « Mademoiselle Weasley, est-ce que vous savez où vous êtes ? »

« Mmh … à l'infirmerie ? »

« Et vous savez pourquoi ? »

« Le quidditch … Toujours le quidditch »

En pleine possession de ses moyens, à ce que je vois. Parfait.

« Bien » je souris « Comment vous vous sentez ? »

« Mal de crâne … mal au ventre … mal aux côtes … »

« Je vois le topo » j'interromps « On va remédier à ça, d'accord ? »

J'attrape la fiole de potion anti-douleur derrière moi – la costaude, celle qui anéantit instantanément toute douleur mais qui vous envoie tout de suite sur la lune – et elle l'avale d'un trait, avant de relancer sa tête en arrière contre son oreiller, les yeux fermés et en poussant un grognement sonore.

J'entends du mouvement derrière moi mais je lève la main pour interrompre le mouvement – la potion est extrêmement rapide, et fera effet dans les prochaines secondes, et ce n'est pas le moment de commencer à agiter ma patiente.

Et comme prévu, la potion a l'air de faire effet, puisque dès que mademoiselle Weasley rouvre les yeux, ce n'est plus pour les rouler comme une possédée dans tous les sens en signe de douleur mais pour les laisser à moitié ouverts en signe de contentement.

« Mademoiselle Weasley, vous m'entendez ? »

« Parfaitement, Doc » elle balbutie « On est toujours à l'infirmerie ? »

Elle trébuche légèrement sur ses mots et sa voix est quelques octaves plus aigües que la normale, mais elle sait former des phrases sans s'interrompre, et semble être consciente d'où elle se trouve. Je n'aurai certainement pas besoin de l'envoyer à Sainte-Mangouste, ce qui me rassure grandement je dois l'avouer.

« Votre lit n'a pas changé de place depuis deux minutes, mademoiselle Weasley »

« Mais … elle est où madame Pomfrey ? »

« Madame Pomfrey » je répète, surpris.

Je ne m'y attendais pas, à celle-là.

« Elle sera pas contente de savoir que vous me donnez des trucs sans qu'elle soit là pour vérifier » glousse mademoiselle Weasley

« Elle pense qu'elle est à Poudlard ? » chuchote derrière moi Gwenog Jones assez fort pour que je l'entendre.

« Est-ce que vous savez qui je suis, mademoiselle Weasley ? » je demande

Ses yeux se plissent, comme si elle cherchait activement dans ses souvenirs une trace de mon visage, mais tout ça ne me semble pas très concluant.

« Non … vous êtes stagiaire ici ? »

Je serais complètement outré si je n'étais pas grossièrement interrompu sur le champ

« Et moi, tu sais qui je suis ? » s'approche Geri avant que je puisse l'en empêcher

« Mademoiselle Hewitt … » je grogne, mais cette joueuse est encore plus coriace que les autres.

Elle réussit à s'avancer jusqu'au bord du lit pour aller coller son visage à quelques centimètres à peine de mademoiselle Weasley, qui recule légèrement dans son lit, un peu apeurée.

« Regarde-moi bien ! »

Mademoiselle Weasley fronce les sourcils mais regarde quand même.

« Alors ? » demande impatiemment Geri

« Non ? » répond Ginny « Hmm ... désolée ? »

Geri parait offusquée de la réponse, et mademoiselle Harper en profite pour lui attraper son bras et la tirer légèrement en arrière.

« Tu vois bien que tu lui fais peur, G ! » dit-elle, et en effet mademoiselle Weasley n'a pas l'air très rassurée. Ses yeux passent de Geri, à Gemmi et à moi, et je vois bien à son air concerné qu'elle ne reconnait aucun de nous trois.

C'est à ce moment que choisit la fiancée de ma patiente pour rompre le rang et se précipiter au chevet de mademoiselle Weasley, peut-être parcequ'elle a comme un troisième sens de quand celle-ci est en danger.

« Ginny » dit-elle doucement, et dès qu'elle lève les yeux vers elle, ma joueuse prend une respiration que je ne savais pas qu'elle retenait

« Hermione » elle souffle, et ses bras s'ouvrent presque automatiquement pour que mademoiselle Granger vienne s'y glisser.

« Je suis là » dit doucement mademoiselle Granger, et la rousse répond d'un petit couinement contre son épaule.

J'en aurai presque la larme à l'œil.

« C'est qui ces gens, Hermione ? » demande mademoiselle Weasley d'une petite voix apeurée qu'on ne lui connait pas, et tout le monde se jette des regards étonnés.

« Qu'est-ce qu'il se passe, docteur ? » interrompt Gwenog derrière moi, et mes yeux ne quittent jamais mademoiselle Weasley quand je lui réponds

« Une légère amnésie est attendue quand on combine le choc que mademoiselle Weasley a reçu et la potion anti-douleur qu'elle vient de prendre »

« Amnésie ? »

C'est mademoiselle Granger – qui s'est promptement libéré de l'étreinte de ma patiente – qui a parlé, et ses yeux envoies des éclairs dans ma direction.

« Amnésie passagère » je rajoute vite, et je vois un éclair de soulagement passer dans ses yeux.

« Ginny » elle se retourne vers la rousse « On est en quelle année ? »

Mademoiselle Weasley semble un peu déboussolée, mais le regard encourageant d'Hermione l'aide à répondre.

« En … 96 ? »

Sa réponse ébahit tout le monde, à quel point qu'elle-même s'en étonne à voir son petit air inquiet.

« Quoi ? » demande elle doucement

« Tu te rappelles vraiment pas de moi, Gin ? » demande mademoiselle Hewitt d'une petite voix

« Et de moi ? » enchaîne mademoiselle Dubois

Tout le monde retient son souffle, impatient, mais mademoiselle Weasley secoue la tête de droite à gauche, et se cache légèrement derrière le bras de mademoiselle Granger, sans doute un peu anxieuse de toute cette agitation autour d'elle

« Attendez, ça veut dire que Gin se rappelle plus de rien des six dernières années ?» lance mademoiselle Di Maccio assez bas pour que Ginny ne puisse pas l'entendre « C'est dément ! »

« Pour un bout de temps seulement » je corrige vite, alors que ça discute déjà joyeusement parmi mes joueuses

« Un bout de temps ? » reprend mademoiselle Jones « C'est combien de temps un bout de temps ? »

« Les effets sont différents pour tout le monde » je réponds « Ils peuvent durer de quelques minutes à plusieurs heures, mais ils partiront dès que les effets de la potion anti-douleurs se seront dissipés, pour sûr »

Tout le monde se met d'un coup à discuter bruyamment, sauf mademoiselle Granger qui s'est rassise à côté de sa fiancée, et la fiancée en question qui ne sait plus où donner de la tête.

« Mais alors elle a oublié qu'elle fait partie des Harpies ! » murmure le moins fort possible mademoiselle Garington

« Et qu'elle vient de jouer dans un stade de quinze mille personnes » rajoute mademoiselle Harper

« Elle m'a surtout oublié moi » grogne mademoiselle Hewitt comme si mademoiselle Weasley avait insulté toute sa famille sur plusieurs générations

« Personne ne pourrait jamais t'oublier, G » dit Gabrielle Livingstone d'un ton sucré « Tu es indélébile »

Mademoiselle Hewitt rougit jusqu'à la pointe de ses oreilles – ce qui ne plait clairement pas à mademoiselle Harper à ses côtés – et enchaîne vite avec une autre question.

« Et la guerre ? Elle a oublié la guerre ? »

« On devrait lui demander à elle ! » propose mademoiselle Dubois.

Tout le monde tourne la tête vers le lit, où Hermione Granger regarde toujours ma patiente comme si elle venait de remporter la coupe du monde à elle toute seule, mais contrairement à ce que je peux observer d'habitude, la réciproque n'est pas vraie.

Au lieu d'avoir les yeux rivés sur sa fiancée, mademoiselle Weasley dévisage avec attention Gwenog Jones.

« Hermione » elle chuchote, mais comme personne ne parle tout le monde peut l'entendre.

« Oui, Gin » dit doucement mademoiselle Granger

« Mione … Je crois qu'il y a Gwenog Jones dans la salle »

Geri Hewitt ricane lourdement, et reçoit tout de suite un coup de coude dans les côtes de la part de mademoiselle Dubois, et les autres essaient de ne pas faire plus de bruit, mais se sourient plus ou moins tendrement entre elles. Hermione, elle, parait un peu étonnée, mais sourit quand même, et attrape la main de ma patiente dans la sienne.

« Oui, Gwenog est là »

« Tu crois que je peux lui demander un autographe ? »

A ça, Geri ne peut retenir un énorme fou rire, rapidement rejointe par Giulietta et Gemmi, et Gwenog essaie de les faire taire d'un ferme chut !, mais je vois bien qu'elle a envie de rire aussi.

« Je pense que tu peux lui demander tout ce que tu veux, mon amour »

Ginny tourne la tête tellement rapidement vers elle que tout le monde arrête de rire d'un coup. Elle ouvre la bouche mais pas un son ne sort, et si sa tête de poisson sorti de l'eau est amusante dix secondes, je dois l'admettre, ça finit par m'inquiéter un peu quand même, et je me demande si je ne dois pas aller prendre son pouls.

« Ginny et Hermione ne sortaient pas encore ensemble en 96 ! » chuchote joyeusement Geri « Ça va être bon, ça ! »

J'ai envie de lui rappeler qu'on est au sein d'une infirmerie, et qu'on est tous censés être là pour aider mademoiselle Weasley à se porter mieux – moi le premier – et non à assister à une déclaration d'amour entre deux irrécupérables – qui sont déjà fiancées en plus – mais je dois admettre que j'ai aussi envie d'écouter la suite.

Peut-être que je peux fermer les yeux encore quelques minutes sur le domaine médical, et laisser se dérouler ce qui va suivre.

« Tu … je ? Mione ? » bredouille mademoiselle Weasley

« Oui Gin » dit calmement Hermione, qui vient sûrement de réaliser que pour l'esprit embrumé de Ginny, elle n'est plus sa fiancée mais simplement sa meilleure amie, comme elle l'était encore en 1996.

« Mon amour ? »

« Oui Gin » répète Hermione

« Non je veux dire … tu m'as appelée mon amour ? »

Hermione sourit doucement, et la main qui n'est pas vicieusement agrippée à celle de ma joueuse passe doucement dans les mèches rousses pour les replacer derrière son oreille.

« Ça fait des années que je t'appelle mon amour, Gin »

Mademoiselle Weasley a la tête de quelqu'un à qui on vient d'annoncer qu'il vient de remporter un milliard de gallions hors taxes, mais deux secondes plus tard, un trait lui barre les sourcils.

« Mais … je sors avec Dean ? »

« De mieux en mieux ! » ne peut pas s'empêcher de lancer mademoiselle Hewitt derrière, et Gwenog gronde tout bas que si elle ne se tait pas maintenant, elle sera sur le banc des remplaçants la semaine prochaine

« Tu sors avec moi, Gin »

" Je ... tu ... quoi ?"

Mademoiselle Granger pousse un petit rire, et jugeant sûrement qu'une action vaut mieux que mille paroles, se penche pour embrasser doucement la rousse.

Ça pourrait sûrement durer des heures si Gabrielle Livingstone ne lance pas un petit sifflement - qui fait bien rouler des yeux plusieurs de ses coéquipières - et Hermione recule de quelques centimètres en souriant

« Wow » bredouille Ginny, la bouche grande ouvert et les yeux écarquillés

« Que quelqu'un prenne une photo de sa tête ! » lance mademoiselle Harper

« Elle est mythique ! » rajoute mademoiselle Dubois

« Vas-y Weasley ! » rajoute même Gwenog, et toutes se mettent à encourager leur coéquipière comme si c'était le moment de tirer un pénalty.

Mademoiselle Weasley ne leur jette pas un regard – ce qui est un peu étonnant parceque pour elle, elles sont une poignée d'inconnues et la grande star de quidditch dont elle est fan depuis des années – et se contente de regarder Hermione avec un air complètement comblé.

« Alors … je t'ai demandé d'être ma copine ? »

« C'est moi qui t'ai demandé » sourit Hermione « Et il y a quelques mois je t'ai demandé autre chose aussi »

« Quoi ? » demande mademoiselle Weasley, complètement excitée d'un seul coup « Qu'on habite ensemble ? »

« Vous habitez déjà ensemble ! » lance mademoiselle Di Maccio derrière moi, et la tête que fait mademoiselle Weasley est – ça me peine de l'admettre – tellement mémorable que j'en prendrais bien une photo souvenir à ramener chez moi.

« C'est vrai ? » elle demande à Hermione, qui hoche de la tête en souriant.

Ça doit être assez étonnant de redécouvrir sa vie, ou d'en revivre les événements les plus heureux une deuxième fois, mais si j'en crois le sourire de mademoiselle Weasley, l'expérience n'est pas déplaisante.

« Tu sais que je t'aime alors ? »

« Je sais » sourit Hermione « Tu me le dis tous les jours depuis six ans, ça commence à rentrer »

« Épouse moi » lâche mademoiselle Weasley dans un souffle.

Gemmi Harper pousse un petit soupir ravi, Geri Hewitt et Giulietta Dubois se tapent dans la main, Grazia Di Maccio applaudit silencieusement, Vicky Garington se mord la lèvre inférieure en souriant, Gabrielle Livingstone roule des yeux d'un air blasé et Gwenog Jones observe la scène les bras croisés et l'air fier.

Et Hermione Granger, Hermione que j'ai vu passer des nuits entières au pied du lit de Ginny Weasley il y a quelques mois et qui m'a posé mille questions sur les traitements à suivre et les rééducations à faire, Hermione sourit, et délicatement soulève leurs mains entrelacées à hauteur des yeux de sa fiancée.

Soyons honnêtes, je ne suis pas cardiologue, mais en plus de dix ans d'étude de médecine, j'ai dû étudier le fonctionnement du cœur humain en long, en large et en travers. Je suis capable de citer toutes les causes possibles de maladies cardiovasculaires, des plus courantes aux plus rares, et comme tout bon docteur, je suis un être rationnel.

Et pourtant, je me demande si quelqu'un n'a jamais émis l'idée qu'on pouvait avoir une crise cardiaque à force de trop aimer, parceque c'est exactement la pensée qui me vient à l'esprit en voyant la tête de Ginny Weasley quand elle aperçoit la bague de fiançailles à sa main gauche.

Tout ça ne doit pas être bon pour son cœur, et j'estime que le temps de visite est terminé maintenant.

« Bien mesdemoiselles, mademoiselle Weasley a besoin de repos » je lance aux alentours « Je vais vous demander de quitter l'infirmerie, dans le plus grand calme et -»

« Mais on a même pas pu poser des questions à Gin ! » interrompt mademoiselle Hewitt « Je veux savoir si elle se rappelle de la fois où je l'ai battue au cent mètres à pied et elle a failli pleurer ! »

« Et je veux revenir avec une caméra ! » rajoute mademoiselle Garington

"Vous pourrez revenir un peu plus tard, quand les effets de la potion se seront assez dissipés pour que je lui administre quelque chose de moins puissant" je rétorque

"C'est nul !" proteste mademoiselle Di Maccio " Elle aura retrouvé sa mémoire ! "

"Ouais, c'est maintenant qu'on peut rigoler !" rajoute mademoiselle Hewitt

" Bon allez, tout le monde dehors ! " lance Gwenog de sa voix de chef

Personne ne semble très enclin à sortir de mon infirmerie, mais un peu de gros yeux et de menace de la part de leur coach suffit à les convaincre, et elles partent toutes en promettant à mademoiselle Weasley - qui ne les écoute même pas - qu'elles reviendront plus tard.

La porte de l'infirmerie se referme sur Ginny Weasley et Hermione Granger, qui sont bien trop occupées à se regarder amoureusement dans le blanc des yeux pour remarquer que je pars aussi.

Peut-être que tout ce qu'il se passe ici n'est pas si fou que que ça, finalement. Peut-être qu'il s'agit même des choses les plus simples au monde.