Grosse, grosse dédicace à AmandineReader !

( Et à toi Cap of course )


Smoke - A Thousand Horses

Elle est là.

Tu la remarques dès que tu rentres dans la salle commune derrière Ron et Harry – qui ne prennent même pas le soin de te garder le tableau qui fait office de porte ouverte – et tu as à peine besoin de tourner la tête pour immédiatement la localiser dans la pièce.

Elle est là, assise sur le canapé, à discuter avec Demelza et Jimmy Peakes – visiblement de quidditch à en croire son sourire. Elle a toujours le même quand elle en parle, toujours le même quand elle est dans le stade avec toi, toujours le même quand elle a la tête à l'envers sur son balai. Tu pourrais le tracer dans ton sommeil.

Tu tournes la tête immédiatement, et te concentres sur la pile de parchemins et de livres que tu déposes sur le bureau la plus proche. Ron et Harry vont se vautrer sur les coussins moelleux près du feu, et tu ne penses pas à les rejoindre – beaucoup trop près du canapé à ton goût – tu préfères t'asseoir à la table et commencer les dissertations que vous avez en devoirs.

Il ne faut pas trois minutes pour que Ron vienne te voir sur la pointe des pieds en te demandant s'il pourra copier ce que tu as écrit dans ton essai sur l'Utilisation de l'Achillée Sternutatoire dans Les Potions qu'a demandé Rogue pour la semaine prochaine, et moins de six secondes pour ton regard noir le fasse reculer au loin, les mains levées en l'air en soumission.

Tu peux entendre de loin son rire se mêler à celui d'Harry, et tu plonges aussitôt ton nez dans le parchemin pour le gratter obstinément.

Tu ne lèves pas la tête. Tu ne la regardes pas.

Tu sais que si tu commences, tu ne pourras pas t'arrêter de la fixer. Tu ne peux pas, tu ne dois pas. De toute façon, tu n'as pas vraiment besoin de la regarder. Si tu veux la voir, tu n'as qu'à fermer les yeux, et sur tes paupières closes se dessineront immédiatement à l'encre noir la forme de son profil.

Tu la connais par cœur.

Tu peux recréer l'exact nuance de ses cheveux, et le contour de son nez, et tout un tas de choses que tu ne devrais pas connaître parceque personne ne devrait être capable de décrire sa meilleure amie comme ça, sans l'avoir regardée à la dérobée plus de fois qu'approprié. Tu ne peux pas encore parfaitement rejouer son rire, mais c'est peut-être mieux parceque tu n'écouterais plus jamais en cours si tu pouvais l'écouter rire à volonté dans ta tête.

Tu te surprends de temps en temps à rêvasser de quidditch et de chevaux de fumée en plein cours, et tu dois travailler deux fois plus fort qu'auparavant pour rattraper tout le temps que tu perds à penser à elle.

Tu en rirais presque, parcequ'elle n'a rien fait mais que déjà elle te distrait, et tu te reconcentres comme tu le peux sur ton parchemin. Elle n'a rien besoin de faire pour cela. Sa simple présence te suffit.

Tes yeux retombent sur ton essai de potion et ta phrase laissée en suspens, et tu lâches presque un soupir. Ce n'est pas le moment de flancher.

Ta plume se remet à glisser sur le papier rapidement, dans des crissements suraigus que tu obtiens toujours quand tu appuies trop fort sur ta plume, et tu dois freiner légèrement les mouvements de ton poignet pour éviter de déraper et faire des taches d'encre que tu devrais raturer ensuite.

Ça ne te ressemble pas de perdre le contrôle. Et pourtant, ces derniers temps, tu as l'impression d'être entrée dans un labyrinthe de mensonges et de faux-semblants dont tu n'en trouves pas la sortie, et tu te perds entre ce que tu montres aux autres et ce que tu ressens vraiment.

Ce n'est pas le moment pourtant.

Harry va avoir besoin de toi cette année, plus que jamais. Il est clair que personne d'autre que vous ne croyez au retour de Vous-Savez-Qui, et tu ne sais pas ce qui vous attend cette année, mais tu crains le pire. Le ministère était une épreuve que tu ne tiens pas spécialement à revivre, et quand tu penses à ce qu'a vécu Harry là-bas, ton cœur se resserre. Subir une année de cauchemars et d'Ombrage était déjà assez difficile comme ça mais la mort de Sirius a enlevé à Harry tout ce qu'il lui restait de famille. Il n'a plus que vous. Vous devez êtes tous unis pour faire front, avec lui.

Tes sentiments et tes états d'âmes passent au second plan, et seront toujours moins importants, tu le sais. Tu l'as accepté depuis longtemps.

Tu glisses un coup d'œil vers le canapé, parceque quand c'est à son sujet, ta volonté est faible et que tu ne peux pas t'en empêcher. Elle est en train de rire à une plaisanterie de Demelza, et tu sourirais presque toi aussi si tu ne te forçais pas immédiatement à froncer les yeux vers ta copie, en faisant comme de rien.

Elle a l'air heureuse, et c'est tout ce que tu veux. Parceque tu l'aimes.

Il t'a fallu du temps pour le comprendre, et encore plus pour l'accepter. C'est pourtant la plus simple et la plus pure explication à tout ce qu'il t'arrive depuis des mois. Tu l'aimes.

Tu pensais que tu étais jalouse d'elle, parcequ'elle avait tout. La personnalité attachante, et le quidditch, et la popularité. Mais toi tu n'as pas un caractère bien trempé comme elle, et tu n'aimes pas le quidditch, et tu te fiches pas mal de ce qu'on peut penser de toi.

Et puis la réponse t'est apparue comme une évidence, quand tu t'es réveillée du ministère. Tu venais à peine de sortir de l'espèce de coma dans lequel le sort préféré de Dolohov t'avait plongé, dont personne ne connaissait l'origine ou l'étendue des conséquences, même en non-verbal, et tu en subissais avec violence les effets secondaires. Pomfrey avait réussi à te réveiller, mais le sort avait eu des effets nocifs sur chacune des fonctions de ton corps, et tu allais mettre du temps à les regagner les unes après les autres, lentement et péniblement.

Tu avais mal partout, et tu ne pouvais pas voir à plus d'un mètre du lit dans lequel ils t'avaient posée, mais tu n'y pensais à peine. Tu ne pensais qu'à elle.

Ton dernier souvenir était Neville et Harry en train d'affronter Jugson, et un bruit d'explosion, et puis plus rien. Le noir absolu. Il y avait Ron et Luna avec vous aussi, et tu ne savais pas ce qu'il leur était arrivé non plus, mais Ginny, où était Ginny ?

Tu étais là, complètement incapable de bouger sur ton lit d'infirmerie, et la seule chose à laquelle tu pouvais penser était pourquoi tu avais quitté Ginny des yeux lors de cette maudite bataille. Tu as récupéré la vue avant la parole, et peut-être que c'était pour le mieux parceque dans l'état où tu étais, tu te serais sûrement mise à répéter son nom en boucle jusqu'à ce qu'on t'entende.

Et puis elle est apparue de nulle part au chevet de ton lit, avec des béquilles sous le bras et son foutu sourire en coin sur le visage, et tu ne savais pas si tu voulais plus lui hurler dessus ou la prendre dans tes bras. Tu ne pouvais pas toujours pas parler, mais elle si, et elle t'a raconté tout ce que tu avais raté. Bellatrix et Dolohov, Lupin et Tonks, et Sirius.

Elle t'a tout dit. Et parceque tu insistais, elle t'a aussi raconté sa fracture de la cheville, et t'a promis qu'elle ne serait qu'un lointain souvenir dès ce soir, quand Pomfrey s'en occuperait sérieusement.

Si tu avais su, tu te serais opposée à ce qu'elle vienne. Tu ne voulais pas la mettre en danger – bon, les autres aussi évidemment – mais elle … Pas elle.

C'est là que tu as compris.

Tu ne voulais pas être Ginny. Tu voulais être avec Ginny.

Tu l'aimes. Et tu ne devrais pas. Chaque jour où tu la vois et où elle n'est pas dans tes bras, tu brûles, tu brûles, mais tu n'y peux rien, parceque ta place est déterminée et ne bougera jamais.

Tu es sa meilleure amie. Tu ne seras jamais rien d'autre. Tu ne peux t'empêcher de te répéter que tu seras toujours seconde à Harry, dans ses rêves et dans son cœur. Et tu as accepté ta place.

Harry est ton meilleur ami, et ton frère, et si quelqu'un devrait finir avec elle, tu serais rassurée que ça soit lui. Parfois, tu te dis qu'il se doute. Ron ne voit rien bien sûr - Ron pourrait te voir prendre une douche avec sa petite sœur et rester persuadé que tu rêves en secret de finir ta vie avec lui – mais Harry te jette parfois de drôles d'œillades quand elle rentre dans la pièce, et tu te demandes si il a deviné.

Il te connait bien, Harry. Mieux que quiconque. Mieux que tu le voudrais parfois.

Il sait que tu n'es pas invincible et inatteignable, comme beaucoup croient. Ce ne sont que des masques que tu as construits, et que les autres perçoivent comme ta réalité. Tu supposes qu'ils en ont aussi sur elle, la star de quidditch populaire de Gryffondor.

Mais toi, tu la vois. Tu la vois, tu la vois comme elle est.

Tu la vois toute blanche quand on a annoncé la pétrification de Colin, et tu sais maintenant qu'elle était prête à se dénoncer, qu'elle l'aurait fait si elle en avait eu le temps. Tu vois qu'elle ne se laisse pas faire, par personne, et encore moins par ses frères quand ils la poussent dans ses retranchements. Tu vois qu'elle n'hésite pas à s'opposer à Fred et George quand ils vont trop loin, et tu vois qu'elle est la première à traiter Ron d'hypocrite quand il exagère. Tu vois qu'elle s'oppose même à Harry, même à toi. Tu vois qu'elle est tout ce que tu n'es pas, et tout ce que tu voudrais avoir.

Tu vois tout ça parceque tu l'aimes. Mais à l'heure actuelle tu essaies de ne pas y penser, et sa présence aussi proche de toi n'aide en rien.

Tes devoirs, tu dois te concentrer sur tes devoirs.

Ron vient tenter une deuxième fois sa chance de copier ton essai de potions alors que tu sors un deuxième encrier de ton sac, après avoir asséché le premier jusqu'à sa dernière goutte, et tu lui conseilles de commencer à s'y mettre plutôt que d'essayer d'obtenir de toi quelque chose que tu ne lui donneras pas.

Ron s'éloigne en grommelant que tu ne changeras jamais et que tu pourrais te détendre un peu, et tu retiens un grognement agacé. Tu sors ta baguette de ta poche intérieure pour agrandir de quelques centimètres le parchemin sur lequel tu travailles, et te met à gratter le papier furieusement.

Tu as la tête baissée, mais les oreilles grandes ouvertes, et tu as parfaitement reconnu qui vient de la rejoindre sur le canapé en se mettant aussitôt à lui demander tout fort pourquoi elle ne l'a pas rejoint à la bibliothèque.

Dean.

Ta plume parcourt le parchemin avec plus de force que jamais maintenant, mais tu ne t'arrêtes pas. Pourquoi, pourquoi elle doit sortir avec lui ?

Tu n'as rien contre Dean, et pourtant tu le détestes. Tu le hais viscéralement, parcequ'il l'embrasse chaque matin, et il tient sa main dans les couloirs, et il reçoit ses sourires et son attention.

Tu hais Dean, parcequ'il représente tout ce que tu rêves d'avoir et d'être, et tout ce qui t'es interdit. C'est puéril, et tu devrais te comporter autrement à ton âge, tu le sais bien. C'est plus fort que toi.

Pourtant, tu ne devrais pas en vouloir à Dean. Il a eu le courage que tu n'auras sans doute jamais d'avoir été honnête avec elle, et il en a été récompensé. La situation est différente pour toi bien sûr – tu la connais depuis des années, tu es sa meilleure amie, tu es une fille. Trop de risques de refus, et trop de chances de la perdre. L'avoir dans ta vie comme amie est mieux que ne pas l'avoir du tout, alors tu restes à la place qui est à la tienne depuis des années avec la certitude que tu ne seras jamais rien d'autre pour elle. Mais tu l'aimes.

Et le pire, c'est que tu ne peux pas lui en parler, et que tu n'a personne pour t'aider à gérer la situation, personne. Les garçons ne peuvent pas comprendre, et il est hors de question que tu leur en parle. Harry, passe encore même si tu te doutes bien de ce qu'il pourrait te dire, mais Ron ... Tu ne veux même pas penser à ce que dirait Ron en l'apprenant, tiens.

C'est le problème de tomber amoureuse de sa meilleure amie, tu supposes. Personne pour en parler. Personne avec qui boire des jus de citrouille et manger des kilos de glace en se plaignant que la vie est injuste. C'est quelque chose que tu dois faire seule.

Tu ne perdras pas le lien que tu as avec elle à cause de ça. Tu le refuses. Alors tu essaies d'être la meilleure amie que tu puisses être pour elle. Tu écoutes quand elle parle de Dean, mais tu ne réponds pas. Elle ne sait pas qu'elle te tue à petit feu, à te raconter tous les détails de ses sorties avec lui, et te demander ton avis sur chacune de ses décisions de couple. Tu ne peux pas lui dire que quand tu fermes les yeux, c'est toi que tu imagines avec les bras autour d'elle et pas lui. Jamais lui.

Tu l'aimes. Et tu lui dis, tous les jours. Tu lui dis dans les silences que tu réponds à ses questions, tu lui dis dans les regards dont tu la couvres quand elle ne te regarde pas et dans les nuits dans sa chambre du Terrier que tu passes à ne pas dormir.

Tu lui dis quand elle tourne la tête, tu lui dis quand elle n'écoute pas. Les signes sont là partout, sous ses yeux, et tu es terrifiée qu'elle s'en rende compte avant que tu ne sois prête à lui dire. Si tu le seras jamais un jour.

Tu finis par poser ta plume, la main endolorie, et tu souris face au parchemin recouvert de ton écriture ronde et perlée. Tu as fini. Tu lèves la tête pour appeler Harry, dans l'espoir qu'il ait réussi à convaincre Ron de commencer leurs essais aussi, mais c'est un autre visage qui t'apparaît tout sourire à deux centimètres du tien, un visage qui déclenche aussitôt une vague de chaleur enflammer ton sang.

« Tu fais quoi ? »

Ginny se penche contre toi pour lorgner sur le papier entre tes doigts, posant sa joue au passage contre ton épaule, et elle est si proche que tu dois te retenir de la dévorer des yeux, ce que tu as appris à faire depuis longtemps déjà.

« Oh, rien ... un essai de potions »

Elle fait une grimace de dégoût, à laquelle tu réponds d'un rire amusé.

« Te noie pas trop là-dedans » elle rit « On va manger bientôt en plus ! »

« Je serai là, ne t'inquiète pas » tu souris

Elle te fait un clin d'œil et elle saute sur ses pieds pour s'éloigner vers le canapé. Tu la regardes. Elle rejoint Dean et cette fois, tu ne détournes pas les yeux. Tu la regardes se coller contre son torse, et murmurer quelque chose dans son oreille, et passer ses doigts dans ses cheveux bruns.

Tu ne détournes pas les yeux. Ça ne servirait à rien de toute façon. Elle est partout – dans ta tête, dans ton cœur, dans tes veines. Et quand enfin tu cherches des yeux un autre point que le sourire qu'elle offre à son petit ami, toutes les images qu'ils te renvoient te font penser à elle.

Ses cheveux, les tapisseries de ta maison au mur, les reflets du feu sur ta feuille. Rouge, rouge. Tu ne vois que du rouge.