Whispers In The Dark - Skillet

Elle est maigre.

Elle a maigri, et c'est la première chose que tu remarques quand tu la regardes, la première chose que n'importe qui pourrait remarquer.

Elle a maigri, et elle n'a pas fait que sauter quelques repas. Elle a eu faim, vraiment faim, et tu peux presque compter le nombre de repas qu'elle a sautés dans chacune des côtes saillantes qui se soulèvent à chaque respiration qu'elle prend.

Un œil extérieur verrait ce qui se remarque facilement - les kilos en moins sur ses hanches et les traits creusés – tout ce qui est visible en surface, et penserait qu'il suffira de quelque repas bien fournis au Terrier pour régler le problème.

Toi, tu peux clairement voir la différence. Tu remarques toutes les traces qu'ils ne connaissent pas, les creux qui ont remplacés les ondulations, et les détails qui sont apparus. Tu connais les courbes, les monts et les vallées de son corps mieux que quiconque, et tu sens la différence, maintenant plus que jamais. Tu as appris à la redécouvrir cette nuit, à te familiariser à nouveau avec des gestes que tu connaissais par cœur et qu'elle t'a appris de nouveau dans l'intimité de la chambre qui t'a vue grandir.

Et tu l'as vue, la différence. Tu l'as sentie.

C'est la première nuit que vous dormez au Terrier depuis la bataille. Harry, Hermione, Ron et toi avez passé les cinq dernières nuits à Poudlard, pour vous occuper des soins urgents et de tous les corps à ramasser, il faut bien le dire.

La nuit, vous vous retrouviez tous dans la salle commune de Poufsouffle, la seule à être encore un état de vous accueillir, et vous dormiez tous là, entassés les uns contre les autres dans des sacs de couchages improvisés. Tant pis pour l'intimité. Tant pis pour le confort. Personne n'avait le cœur à dormir dans les dortoirs à moitié-détruits. Personne n'avait non plus le cœur à quitter Poudlard quand l'école avait le plus besoin de ses élèves.

Et hier, vous êtes enfin rentrés au Terrier, et vous avez retrouvé ta petite chambre telle que tu l'avais laissé avant que vous vous enfuyiez. Il y avait quelque chose dans son regard hier soir, quelque chose que tu n'avais pas vu depuis longtemps, quelque chose que tu as compris comme le besoin de vous retrouver toutes les deux. Seules.

C'est peut-être le confort que ta chambre offre qui vous a rassurée toutes les deux. C'est peut-être la familiarité du lieu, de l'espace et des souvenirs qu'il renferme. C'est peut-être juste toi et elle, et rien d'autre de plus.

C'est la première nuit depuis les six jours de votre réunion où tu t'es autorisée à la toucher comme tu le voulais. A l'aimer, vraiment. Tu avais peur de la casser, de la briser contre toi, mais elle voulait, elle voulait que tu lui fasses oublier, que tu effaces tous les souvenirs qui hantent ses nuits par tes baisers et tes caresses, par tout l'amour que tu pouvais transmettre par des gestes.

Et maintenant qu'elle est endormie dans tes bras, tu te demandes comment tu as fait pour ne pas t'être rendu compte plutôt de la vérité sur son état. Elle n'a jamais été très épaisse, mais alors qu'elle est allongée contre toi en ce moment, tu réalises à quel point sa silhouette est frêle, et qu'elle te parait petite dans tes bras.

Tu te sens coupable en retraçant des yeux les pommettes que font sortir ses joues creusées, parcequ'à part les jours où vous étiez privés de dîner en guise de punition, tu avais des banquets et des festins tous les jours à Poudlard pendant qu'eux survivaient sur des portions rationnées.

Elle a maigri, et ça a été un travail de long mois, de pénible appauvrissement de leurs ressources, de la faim qui s'installait petit à petit. Harry est revenu dans cet état aussi, maigre et affable, comme il l'était quand il revenait des vacances chez ces maudits moldus qui le nourrissaient d'une biscotte par jour.

Ron t'a raconté, les boites de conserves à partager en trois petites rations minuscules, les vols dans les fermes pour trouver de la nourriture, et les jours où ils n'avaient rien. Il en parle avec une drôle de mélancolie dans les yeux, et tu ne peux pas t'empêcher de lui donner le reste de tes frites, et faire un discret signe de tête à ta mère pour qu'elle le resserve, à chaque repas. C'est peut-être bête, mais tu ne veux pas qu'il ait à connaitre ça une deuxième fois.

Ron a besoin de parler, depuis qu'il est rentré. Il a besoin que quelqu'un sache ce qu'il s'est passé là-bas, que quelqu'un le comprenne. Et toi tu l'écoutes te raconter ce qu'il peut, s'interrompre parfois un peu trop tard quand un détail que tu n'étais pas censée apprendre sort, et tu poses des questions discrètes, hésitant toujours à le presser pour en savoir plus.

Tu aimes ton frère.

Vous avez passés une bonne partie de vos adolescences à vous hurler dessus et à vous battre sous n'importe quel prétexte, mais tu es tellement, tellement contente qu'il ne lui rien soit arrivé. Que vous soyez tous les deux-là au Terrier, et qu'il te fasse assez confiance pour te raconter ce qu'il a vécu, même si ce n'est qu'en partie.

C'est là que tu es contente d'avoir la famille que tu as, et que ta mère soit ce qu'elle est, parcequ'elle les nourrit, elle les dorlote, elle les materne – tout ce que toi tu n'oses pas faire pas faire, et que tu es tellement rassurée qu'elle face à ta place. Ils en ont besoin, tu penses. Si elle les dérange ou qu'elle les étouffe, ils ne le disent pas et se laisse faire tous les trois. Ils sont encore des adolescents après tout. Comme toi.

D'eux trois, c'est Ron qui est le plus enclin à en parler. Harry et Hermione ne disent rien – Harry, tu penses, pour se protéger lui et Hermione, pour te protéger toi.

Tu ne les forces à rien. Tu veux savoir, bien sûr, mais tu ne sais pas si c'est une bonne idée qu'ils te racontent maintenant, alors que c'est si frais.

Il y a des choses entre eux que tu ne pourras jamais comprendre, tu le sais. Tu supposes que c'est le même lien qui existe entre Neville, Luna et toi. Cette confiance muette que vous avez tous les trois, basée sur ce que vous avez vécu, et que personne ne peut comprendre au même niveau que vous. Le trio d'or vit sur cette confiance. Tu reconstitueras les pièces du casse-tête au fil des années.

Pour l'instant tu te contentes de la regarder dormir dans ta petite chambre, dans ton lit simple que vous avez à peine agrandi d'un coup de baguette. Ta mère n'a pas même faire mine de vouloir monter un lit de camp au pied du lit, sachant très bien comment vous finirez de toutes façons, et tu n'as pas relevé. Tu n'as jamais été aussi reconnaissante d'avoir les parents que tu as qu'en ce moment, parcequ'ils comprennent.

Tu as besoin de voir Hermione, de la toucher, de l'entendre après qu'elle soit partie si longtemps, et tu n'aurais pas pu passer la nuit sans elle. A vrai dire, tu ne veux plus passer aucune nuit sans elle.

Elle est fatiguée.

Aux yeux des autres, elle est aussi forte et brave qu'elle a toujours été, mais toi tu le vois. Tu aperçois les fissures et les fêlures, tu comprends les mots qu'elle ne dit pas, tu vois ce qu'il y a sous le masque.

Elle dort mais elle ne se repose pas. Elle porte le poids des morts et des responsabilités de la guerre sur son dos, et tu voudrais tant le porter avec elle, la soulager un instant. Mais tu ne peux pas. C'est une croix qu'elle doit porter seule, aussi douloureux que ce te soit à l'admettre.

Elle a les yeux fermés, et le souffle régulier et tu pourrais presque croire que son calme est naturel si tu ne savais pas qu'il est du à la potion sans rêve que lui a préparé ta mère. Elle ne peut plus dormir sans.

Après cinq nuits à se réveiller en sursaut et en larmes dans tes bras, tu l'as suppliée d'essayer la potion, de sacrifier ses rêves pour qu'elle puisse dormir une nuit complète, enfin. Tu es une hypocrite, parceque toi non plus n'a pas fermé l'œil depuis des jours, mais tu n'as pas pris la potion hier soir.

Il est quatre heures du matin, et tu ne dors pas. Tu ne peux pas, pas tant que les explosions et les cris résonnent encore contre tes tempes. Pas tant que tu entends Hermione hurler dès que tu fermes les yeux. Pas tant que l'éclair rouge du Crucio qui as failli vous séparer pour toujours l'atteint encore et encore sous tes paupières closes et que Fred reste allongé sur le sol froid sans te sourire.

Alors non, tu ne dors pas. Tu n'es pas la seule.

Harry fait les cent pas dans la chambre de Ron et George reste enfermé dans sa chambre toute la nuit pour faire Merlin sait quoi. Tu ne leur reproches pas. Harry a un fardeau aussi lourd à porter qu'Hermione, et George … George fait face comme il peut. Avec Fred, toi tu as perdu un frère mais George a perdu la moitié de lui-même, et tu ne peux même pas commencer à imaginer ce qu'il ressent.

Tu ne sais pas ce que tu aurais fait si tu avais perdu Hermione. Tu serais devenue folle, sans doute. Ou tu serais allée te mettre devant la baguette d'un des lieutenants du Mage Noir pour en finir toi aussi.

Tu regardes avec attention ses paupières closes, et tu souris malgré toi.

Avant tu ne pouvais pas dormir sans elle. Tu tournais encore et encore dans le lit de ton dortoir en te rongeant les sangs, tes yeux fixés sur le bracelet à ton poignet. Où est-ce qu'elle était ? Qu'est-ce qu'elle faisait ? Tes questions restaient toujours sans réponse.

Maintenant, tu ne peux pas dormir parcequ'elle est là. Tu as une peur irrationnelle qu'elle s'évapore dans ton sommeil, que tu te réveilles et qu'elle ne soit plus là à tes côtés.

Alors tu ne dors pas. Toutes les nuits que tu passes éveillée à ses côtés ne rattraperont pas tous les jours que tu as perdu loin d'elle, mais c'est plus fort que toi.

Tu l'as laissée partir, deux fois, et tu ne sais pas si tu le supporterais une troisième.

La première fois, tu n'as pas eu le choix, véritablement. Oh, tu as bien essayé de la retenir, mais tes menaces et tes supplications n'ont servies à rien. Tu les regrettes, aujourd'hui. Elle serait partie de toute façon, et tu n'as fait que lui faire de la peine alors qu'elle partait pour des mois de cavale, loin de toi.

La deuxième fois, quand tu l'as vue allongée sur ce lit, à mi-chemin entre la vie et la mort, tu t'es dit que si tu la laissais repartir, elle en mourrait. Ce qu'Harry, Ron et elle cherchaient les amènerait dans un piège dont ils ne sortiraient pas vivants, tu en avais peur.

Tu ne voulais pas la laisser repartir de la Chaumière aux Coquillages. Tu ne voulais pas avoir à hésiter entre lui dire au revoir ou adieu, tu ne voulais pas la regarder s'éloigner avec la boule en ventre en te demandant si tu la reverrais un jour, et passer tes jours dans l'angoisse en attente de nouvelles. Pas encore, pas après qu'elle en soit revenue si brisée, si marquée.

Mais le destin du monde sorcier et de ses hommes a toujours eu plus d'importance que tout l'amour que tu lui portes, et ils sont repartis tous les trois quelques jours à peine après être arrivés en catastrophe chez Bill et Fleur.

Elle n'a pas essayé de te le cacher cette fois. Elle t'a tout de suite dit qu'ils devaient repartir, et qu'ils le feraient dès qu'elle serait remise de ses blessures. Tu n'es t'y es pas opposé. Tu ne voulais pas, mais tu ne lui as pas dit.

Tu l'as regardée partir avec des lacets d'amertume qui t'étranglaient la gorge, et tous les jours qui vous tenaient à l'écart l'une de l'autre, tu l'as attendue impatiemment.

Et tu as eu raison, puisqu'elle est là, sous tes yeux, sous tes mains, avec toi. Elle n'est plus une photo sur ta table de chevet ou un souvenir dans ta tête, elle est là, bien vivante dans tes bras, et c'est pour qu'elle ne reparte plus loin de toi que tu ne peux plus dormir.

Je t'aime, tu murmures à sa forme endormie Je t'aime. Restes avec moi. Ne me quitte plus, plus jamais.

Elle est pâle.

La lune à travers les vieux volets en bois de ta chambre caresse son visage de ses reflets, rendant sa peau encore plus blanche, et faisant ressortir les marques qui la couvrent.

Hermione a survécu à un parcours du combattant et elle en porte encore les stigmates. Elle n'a mis d'essence de Dittany sur aucune d'entre elles, comme pour pouvoir les porter avec fierté le plus longtemps possible, et tu peux citer chacune d'entre elles les yeux fermés.

Tu les connais toutes. Tu as passé du temps à te familiariser avec elles, à les parcourir encore et encore, à les retracer lentement pour les graver à jamais dans ta mémoire.

Les morsures sur ses bras, qui ont disparues maintenant, mais qui t'ont provoquées un haut-le-cœur quand tu les as vues pour la première fois.

Les brûlures sur son torse, ses bras, ses jambes, et tant d'autre centimètres carrés de son corps, qui n'existaient pas encore à la Chaumière aux Coquillages, et qui ont recouvert les marques éphémères de Bellatrix sur sa peau.

Une coupure sur la lèvre due à un Confringo un peu trop violent trop près d'elle et une autre au coin de l'œil droit, qu'elle s'est faite en tombant en arrière pour éviter le serpent du Mage des Ténèbres.

Une incision qui commence déjà à disparaitre le long de sa joue, et une ecchymose sur son menton, tous les deux apparus après l'affrontement contre Bellatrix dans ce maudit couloir.

Des plaies sur ses bras, sur ses cuisses, sur son ventre – venant toutes du grand hall, du cœur même de la bataille.

Et tant d'autres petits ronds rouges et de traces bleutées semés ici et là, que tu observes avec attention changer de couleur avec les jours.

Celles-là partiront avec le temps, et laisseront claires la peau blanche qu'ils déforment aujourd'hui.

D'autres ne partiront jamais.

Celles qui sont apparues après qu'ils soient partis tous les trois, celles dont tu n'as pas entendu l'histoire - et que tu n'entendras peut-être jamais.

Le rond de chair recousue sur le sternum d'Harry. L'étrange cicatrice difforme et pâle sur le haut du biceps de Ron, et les deux ongles de sa main droite disparus. La cicatrice sur le cou d'Hermione, qui était rose la première fois que tu l'as vue à la Chaumière aux Coquillages et qui s'est maintenant refermée sur une longue ligne blanche. Et celle qu'elle refuse de cacher sur son poignet gauche, et qui fait d'elle la personne la plus courageuse que tu connaisses, et de toi, la plus fière qui soit.

Elle pourrait la couvrir d'un simple sort de dissimulation, mais tu sais qu'elle ne le fera pas. Elle les porte comme un drapeau sur ses épaules, comme une bannière qui crie au monde qui elle est, ce qu'elle a vécu pour qu'eux vivent.

Quant aux blessures que tes yeux ne peuvent pas voir, mais que les siens racontent sans dire un mot, tu ne poseras pas de questions sur elles. Tu la laisseras venir à toi si elle veut te le raconter.

Toi-même, tu es couverte de cicatrices qui ont chacune leur propre histoire, et toi aussi, tu n'es pas encore prête à en dévoiler les secrets.

Hermione a pleuré quand tu t'es déshabillée, hier soir. C'était la première fois qu'elle te voyait en entier, nue face à elle, et qu'elle prenait peut-être réellement conscience de ce que tu as traversé à Poudlard. Elle a parcouru les traces et les marques sur ton corps dans un silence religieux, et tu l'as laissée faire sans rien dire.

En vérité, tu ne peux pas t'amener à lui en parler.

Tu as vu ses cicatrices et tu aimes chacune d'entre elles parcequ'elles font d'elle une guerrière, une survivante. Mais tu n'oses pas lui parler des tiennes.

Tu n'oses pas lui dire que sous les marques récentes de la Bataille qui ressemblent en tout point aux siennes, il y a caché là un an de violence, un an de sévices et d'insoumission, qui est venu se rajouter aux années d'hantise et de cauchemars que tu as vécu depuis tes onze ans.

Tu n'oses pas lui dire que tu as été enchaînée toute une nuit à un mur dans les donjons entre Neville et Luna, après qu'ils vous aient surpris en pleine patrouille nocturne, et que tu en as gardé des menottes rouges autour des poignets pendant des semaines.

Que les rayures en strie qui parcourent ton dos représentent chacune une détention avec Amycus ou Alecto Carrow, qui se servaient de vous comme cobayes pour former leurs futurs mangemorts directement dans l'école.

Que la balafre en forme d'étoile qui marque ton omoplate n'est pas due à un des Carrow, mais à un Serpentard d'à peine quinze ans, à qui on a ordonné de punir les élèves indociles d'un coup de coupe-papier dans l'épaule.

Tu l'avais croisé une ou deux fois dans les couloirs de l'école, et tu le connaissais à peine, mais tu savais pertinemment que si il refusait, il l'aurait reçu lui. C'était lui ou toi. Tu as préféré que ce soit toi.

Tu ne l'as pas dit à Hermione, parcequ'à quoi bon de toute façon ? Tu sais qu'il est mort pendant la bataille, tu as vu son nom sur la liste des Cinquante Tombés. Ça n'a plus d'importance maintenant.

Tu lui diras, tu lui diras mais pas maintenant. Plus tard. Quand ta mère l'aura assez gavée pour qu'elle ait repris quelques kilos, et que sa peau aura retrouvé ses couleurs naturelles, et qu'elle dorme paisiblement sans aucune potion.

Parceque vous avez toutes les deux des choses à vous dire et des histoires à vous raconter, mais ce n'est pas ce qui est important maintenant.

Elle est vivante.

Ses côtes saillantes se soulèvent régulièrement au rythme de ses souffles, et toi tu l'admires comme si elle appartenait à ces merveilles moldues de l'ancien monde dont elle t'a parlé mille fois, parceque peut-être bien qu'elle en est une.

Tu as failli la perdre, plus de fois que tu ne le sais sûrement. C'est bête, mais tu y penses souvent depuis qu'elle est là, bien plus que quand tu étais à Poudlard.

Peut-être parceque tu peux voir physiquement ce que tu ne pouvais qu'imaginer avant. Sûrement parceque tu as vu de tes yeux l'éclair rouge du Crucio la frapper et la rendre folle. Certainement parceque tout ce que tu avais redouté dans ton imagination n'était rien comparé à la Bataille, et ce que vous avez vécu.

Quand tu étais à Poudlard, tu ne pouvais qu'imaginer ce qu'ils vivaient. Hermione avait la carte des Maraudeurs d'Harry pour te suivre des yeux sur le plan, mais toi tu n'avais que le bracelet à ton poignet, et les nouvelles dissipées par Potterwatch en guise de communication. Ils ne t'ont quasi rien appris. Tu sais juste aujourd'hui que ton bracelet est devenu noir le jour où Ron est parti.

Tu sais qu'Hermione écoutait la radio avec lui, la peur au ventre d'entendre ton nom, mais qu'elle n'est pas partie, elle. Tu sais qu'il les a laissés tous les deux seuls pendant des mois, et tu sais qu'ils avaient besoin de lui.

Tu n'arrives pas à lui en vouloir. Oh, tu étais furieuse quand il te l'a appris chez Bill et Fleur, et si tu avais appris qu'il était chez eux à Noël, tu te serais sauvée du Terrier pour aller lui régler son compte. Mais Ron n'a jamais eu plus de regret dans les yeux que quand il t'a raconté son départ, et aujourd'hui, aujourd'hui avec le recul, tu te dis que tu ne peux pas comprendre.

Tu n'étais pas à sa place. Tu n'étais pas eux, dans cette forêt, dans le manoir, dans Gringotts. Tu n'étais pas avec eux, et tu ne vivras jamais ce qu'ils ont vécu. Alors si Hermione a trouvé la force de lui pardonner, tu peux lui pardonner aussi.

Tu n'en veux pas à Ron, pas plus que tu n'en veux à Harry, simplement parceque c'était son choix. Sans elle, vous n'auriez pas gagné la guerre aujourd'hui, et tu le sais. Vous le savez, tous.

Harry, Ron et Hermione ont sauvé le monde sorcier. Ils ne l'ont pas fait pour la gloire et les honneurs, et quand certains autour d'eux parlent déjà de médaille Premier Ordre de Merlin ou de trophées en tout genre, Hermione tourne la tête. Elle préfère te parler de votre futur toutes les deux et de Poudlard, de tes frères et de tes parents que de se préoccuper des récompenses qu'on prévoit de leur donner.

L'histoire retiendra son nom et son histoire, et elle le mérite. D'aucuns on fait une bataille, mais elle, elle a fait la guerre. Elle en a les marques pour le prouver, physiques et émotionnelles, mais elle est vivante.

Avant qu'elle parte, tu avais dit à Hermione que tu pourrais mourir pour elle. Elle, elle a survécu pour toi. Elle s'est accrochée, elle s'est battue, pour vivre, pour te revoir. Quelque part, tu te demandes si ce n'est pas un plus grand sacrifice. Une partie d'elle est éparpillée là-bas, tu le sais, entre le manoir des Malfoy et les nombreuses forêts où ils se sont cachés pendant des mois, mais tu iras les chercher toutes, une par une si il le faut.

Avec le temps, vous arrêterez tous les deux de tressaillir au moindre bruit, et de dormir avec vos baguettes sous l'oreiller. Avec le temps, vous reconstruirez Poudlard et vous créerez des monuments en souvenir de ceux qui sont tombés. Elle aura sûrement toujours besoin d'Harry, parcequ'Harry seul peut comprendre, et tu le sais.

La guerre ne finira pas être qu'un souvenir, qu'une histoire à raconter et une mémoire à transmettre, et plus ce fantôme qui les suit tous les trois, et hante encore leurs nuits. Tu ne peux pas être en être sûre, mais tu veux y croire.

Tu ne sais pas ce qui vous attend. Tu ne sais pas si vous aurez un chat ou un poney, que vous habiterez à Londres ou à Manchester, que vous aurez un ou douze enfants.

Tu sais juste qu'aujourd'hui, tout ce que tu avais mis en pause quand elle est partie peut reprendre. Sous les yeux vides, les cernes et les cauchemars, l'Hermione dont tu es tombée raide dingue est là. Elle est là.

Elle est là.