CECI. EST. UN. PAVE.
Attention : ce chapitre fait 8133 mots. Soit deux fois les chapitres précédents. Mais c'est exceptionnel, je vous rassure.
J'espère que ce chapitre va vous plaire, il est assez exceptionnel, autant par sa taille que par le ... point de vue.
Sur ces mots, je vous laisse, bonne lecture !
Cela faisait une semaine qu'Antoine et lui ne s'étaient plus vus. Une semaine que ce baiser avait eu lieu et que, par la suite, il l'avait renvoyé de chez lui. Une semaine que Mathieu observait son téléphone, hésitant à contacter le chevelu. Mais rien. Mathieu le laissait souvent à l'interphone, ne lui laissant jamais l'accès à l'appartement. Il ne prenait d'ailleurs plus le risque de commander chez YoloPizza de peur que ce soit Antoine qui fasse le service ce jour-là.
Aujourd'hui encore, il était allongé sur son lit, regardant son téléphone et le numéro d'Antoine enregistré sur ce dernier, son doigt passant devant le symbole de l'appel. Mais il n'appuyait jamais. Il était trop fier pour admettre qu'il avait eu tort de le repousser par la faute du Patron. Car oui, si depuis une semaine, il ne parlait plus à Antoine, il ne parlait plus au Patron non plus. Il l'esquivait, ne lui répondait pas, bref, aucun signe de vie envers sa création, même au lit étant donné qu'ils partageaient le même. Mais rien.
D'ailleurs, alors qu'il regardait les derniers sms qu'il avait reçu, notamment ceux d'un ami qu'il avait invité pour lui porter soutien, le Patron entra dans la pièce.
_ Gamin, y'a plus à bouffer. Faut qu'on commande des pizzas.
Mais Mathieu ne lui répondit pas. Au contraire, il fit semblant de regarder ses messages qu'il avait déjà relu une dizaine de fois inutilement. Son acolyte grogna et retourna dans le salon. Le petit tendit l'oreille.
_ Va lui dire, Panda. J'en ai ras les burnes de ses gamineries.
Il l'entendit ouvrir la fenêtre du balcon. Mathieu se redressa et posa son téléphone sur le lit, s'étirant et se levant de ce dernier. Il passa habilement au-dessus des matelas et entra dans le salon. Le Panda le regardait avec un peu de reproches.
_ … Quoi ? Demanda-t-il, peu aimable, alors qu'il allait vers la cuisine.
_ T'as bien entendu le Patron.
_ Qui ça ? Questionna-t-il, imitant une grimace d'incompréhension.
Le Panda roula des yeux en soupirant d'agacement dans le dos de Mathieu qui ouvrait les placards vides.
_ On a plus à manger. Il faut qu'on commande des pizzas.
_ C'est ce que je te dis depuis tout à l'heure, arrête de te foutre de ma gueule gamin, dit le Patron depuis le balcon, le pointant de sa cigarette et haussant le ton.
_ Et personne qui vient pour me prév…
Il ferma les yeux en entendant un verre qu'on cassait au sol. Il serra les poings, essayant de se contenir et de ne pas céder au Patron. Il inspira fortement et ferma les placards.
_ Panda, donne ton kigu.
_ Q-Quoi…? Commença à paniquer le Panda en serrant sa tenue contre lui. Mais… Pourquoi ?
_ T'es le seul qui ait ma voix.
_ … Et ? Hésita la peluche.
_ Et il faut qu'on commande des pizzas. Je n'irais pas, tu ne sortiras pas comme ça et on ne prend pas le risque de faire monter… Tu-sais-qui dans l'appartement. Et tu es celui en qui j'ai le plus confiance.
_ C'est hors de question ! Je te laisse pas mon kigu !
Mathieu roula des yeux et prit la pelle et le balai pour ramasser le verre cassé. Bien entendu, le Patron resta volontairement dans les pattes pour le forcer à lui parler, mais il se contentait de lui donner volontairement des coups de balai. Il lui tourna le dos pour aller dans la cuisine jeter les débris. Il s'arrêta à la porte de la pièce lorsque le Patron parla de nouveau :
_ Eh gamin, je peux violer le Geek vu que je n'existe plus ?!
Il resta un moment sur place puis entra dans la cuisine, le cri plaintif de ce dernier ne l'arrêtant pas. Le Panda, incrédule, le suivit.
_ Ca va pas la tête ?! Tu sais qu'il peut le faire.
_ De quoi tu parles ? Va retirer ton kigu et va te changer.
La peluche resta un moment sur place avant de soupirer et de s'éloigner.
_ T'es vraiment con quand tu t'y mets.
Mathieu s'arrêta dans ses mouvements et se tourna. Mais le Panda était déjà parti. Il soupira. Le Patron et lui n'avaient rien dit à propos de la nuit dernière à personne. Même son ami qu'il avait invité ne savait pas pourquoi il venait. Il se dirigea dans le salon. Le Patron était au balcon, en train de fumer. Il l'observa un moment avant d'aller vers la salle de bain. Il vit le Hippie dans la douche et s'approcha, s'accroupissant. Ce dernier semblait revenir doucement à lui. Il était perché depuis deux bonnes heures et avait réclamé la salle de bain d'urgence. Mathieu lui sourit doucement.
_ Gros…
_ Oui, Hippie ? Demanda doucement Mathieu en s'asseyant face à lui.
_ Pourquoi tu n'aimes plus le Patron ?
_ Depuis quand tu poses des questions dignes du Geek toi ? Ria-t-il.
Mais le Hippie était visiblement sérieux. Il cessa doucement de rire et soupira, prenant son visage entre ses mains. Il attendit un moment avant de regarder le Hippie. Ce dernier semblait déjà ailleurs. Il sourit un peu.
_ Non, Patron, arrête !
Mathieu fronça les sourcils. Le Panda ? Il se leva brusquement et alla dans le salon. Le Patron tenait le kigurumi du Panda au dessus du balcon, prêt à le faire tomber, tandis que le Panda le suppliait de lui rendre, cachant une partie de son corps derrière la couverture… Du Prof visiblement. Le Patron fixait Mathieu droit dans les yeux.
_ Alors gamin, tu vas me laisser le jeter dans la rue sur le tas d'ordures ?
_ S'il te plaît, Patron, supplia le Panda. Ma fourrure est longue à laver et…
_ Vas-y, je te rattrape Panda !
Le Patron et le Panda froncèrent les sourcils en entendant une voix en bas de la rue. Le Patron baissa les yeux vers cette dernière et les releva vers son créateur, visiblement en colère.
_ T'as appelé Bonnefoy ?! J'hallucine, t'as appelé Victor ?!
Mathieu le fixa un moment avant faire une tête faussement sérieuse.
_ Bah non, j'ai appelé David Duchovni, ça se voit pas ?
Patron, décontenancé du fait que Mathieu lui adressait enfin la parole, ne put réagir lorsque ce dernier s'approcha, lâchant un "Et toi, va t'habiller" au Panda qui semblait figé sur place. Il profita de la déconcentration du Patron pour lui arracher le kigurumi des mains et regarder par-dessus le balcon, saluant Victor avec un sourire.
_ Vas-y, sonne, le Geek va t'ouvrir !
Il se recula du balcon et observa le Geek visiblement tout content d'accueillir Victor à l'interphone. Tout le monde appréciait Victor, sauf le Patron. Il détestait le garçon mais Mathieu n'avait jamais su pourquoi. D'ailleurs, en parlant de ce dernier, il le regarda et le fixa froidement. Mais pas un mot, pas une remarque. Juste ce regard lourd de reproches.
Il n'attendit pas de réponses qu'il alla dans la salle de bain et s'y enferma. Il observa le kigurumi du Panda. Il sentait déjà que le tissu se refroidissait sans le contact avec le corps de la peluche vivante. Il devait peut-être le garder au chaud après tout. Il soupira et décida de se déshabiller et de l'enfiler.
_ Gros…?
_ Hm…? Demanda Mathieu en boutonnant le kigurumi.
_ Pourquoi tu demandes pas à Antoine de nous garder ? T'es crevé gros…
Il s'arrêta dans ses gestes et observa le Hippie. Il était encore plus sérieux que tout à l'heure et ne semblait pas dans l'envie de laisser son cerveau divaguer de nouveau. Le Hippie avait un instinct très protecteur noyé sous des tonnes de stupéfiants. Il faisait attention à Mathieu depuis son état léthargique, attentif au moindre détail qui montrait un changement chez son créateur. Et ça, Mathieu le savait. Il le fixa un moment et soupira, se rapprochant et le faisant se lever, passant le bras du Hippie par-dessus ses épaules.
_ Allez, on va t'asseoir dans un endroit plus confortable.
Il ouvrit la porte d'un habile mouvement de pied et se dirigea vers le canapé où il assit le Hippie. Enfin, assis, affalé plutôt.
_ Eh ?! Qu'est-ce que tu fais avec ma fourrure ?!
Il se retourna et vit le Panda habillé comme lui, se grattant par-dessus les tissus. Il ne semblait vraiment pas à l'aise dans cette tenue. Mathieu soupira en le voyant si mal habillé. Le t-shirt mal mis en bas, le pantalon dont la braguette n'était même pas fermé, le chapeau mis de travers. Il s'approcha et remis ses vêtements en ordre.
_ Elle commençait à refroidir. Je la tiens au chaud le temps que tu ailles chercher les pizzas.
Il regarda sa création dans les yeux. Il eut un petit sourire et lui tapota l'épaule.
_ T'en fais pas, j'en prendrai soin.
Ayant une confiance aveugle en Mathieu, le Panda se mit à sourire. Il releva les yeux par-dessus l'épaule du petit lorsqu'ils entendirent un bruit de porte que l'on ouvre.
_ Victor ! Fit la voix du Geek.
Mathieu eut à peine le temps de se retourner pour voir le Geek enlacé le jeune homme. Il sourit et croisa les bras. Victor rendit l'étreinte au Geek et releva les yeux vers Mathieu. Il fronça les sourcils puis que regarda vers le Panda qui se dandinait derrière lui.
_ … Qu'est-ce que tu fous avec le kigu du Panda sur toi ?
_ … Comment tu as su que je n'étais pas…? Commença Mathieu en fronçant les sourcils avant de se ressaisir. Non, oublie, je sais. Tu as pris le tien ?
_ Et comment !
_ Cool ! On pourra faire des soirées à thème Panda, dans ce cas.
Le Patron ricana derrière lui.
_ T'inquiète pas, gamin, c'est pas comme s'ils en avaient pas déjà fait dans ton d…
Il n'eut pas le temps de finir sa phrase que le Panda s'était jeté sur lui. Mathieu, soupirant, se tourna d'un air lasse et tira le Panda en arrière.
_ Arrête, ça sert à rien de te battre dans le vide, dit-il d'un air toujours aussi las, rhabillant sa créature.
Mais, avant même qu'il n'ait pu remettre le chapeau en place, il fut plaqué par le col contre le mur par le Patron.
_ Mathieu ! Avait crié le pauvre Geek, paniqué.
Le choc de sa tête contre la paroi le fit grimacer, mais il ne mit pas beaucoup de temps à foudroyer sa personnalité du regard. Il vit du coin de l'œil Victor se rapprocher mais il lui fit un petit signe discret de la main de ne rien faire.
_ J'en ai ras le cul de tes gamineries, grogna le Patron. Oui, je lui ai roulé une pelle, et alors ?! Il était ni à toi, ni à moi que je sache !
_ De quoi il parle Mathieu ? Demanda Panda en fronçant les sourcils.
_ Oh arrête, tu sauterais sur n'importe qui ! Grogna le créateur en se dégageant de la poigne du criminel et en ignorant la question du Panda. T'as pas une once de respect pour moi !
_ Et toi alors ?! Et si moi, j'le voulais ?! Ca ne compterait pas ça ?!
_ Mais fais pas genre, Patron ! T'as pas de sentiments !
La phrase était sortie toute seule. Et Mathieu n'en pensait pas un mot. Il déglutit en fixant sa création droit dans les yeux. Cette dernière n'avait rien répondu, il sentait la déception de cette dernière. Mais le Patron était rancunier et, passant de la déception à l'amertume en un dixième de secondes, il s'approcha et murmura à l'oreille de Mathieu.
_ En attendant, c'est pour moi qu'il a bandé, pas pour toi.
Cette phrase déclencha une phase de jalousie profonde chez Mathieu qui poussa sa personnalité au sol et la frappa à coups de poings désordonnés que le Patron esquivait habilement. Les cris de panique dans l'appartement, leur hurlant d'arrêter, s'intensifièrent, mais ce fut Victor, reculant le petit gringalet en le serrant au niveau de la taille, qui les séparèrent. Et lorsque le criminel revint à la charge, il les maintint à distance.
_ Woh ! C'est fini oui ?! Grogna d'une voix forte l'ami de Mathieu. Je suis pas venu ici pour faire la police, merde.
Le Patron se dégagea, ne cessant pas de fixer son créateur.
_ T'oses m'abandonner pour un mec que tu connais depuis un mois ! Ca va faire dix ans qu'on vit ensemble !
Mathieu cessa de forcer inutilement sur le bras de son ami, le mot "abandonner" le frappant en pleine poitrine. Le Patron le fixa un moment avant de partir dans la chambre et de claquer la porte. Personne n'osa bouger, plongeant l'appartement dans un inhabituel silence. Mathieu baissa les yeux, déglutissant de nouveau, et se dégagea de la poigne de Victor.
_ Je vais gonfler ton matelas…
_ Mec…, commença Victor, visiblement inquiet. Ca va aller…?
_ Oui, allez chercher les pizzas avec Panda.
_ Mais…
_ Va les chercher, s'il te plaît, soupira Mathieu en sortant un matelas gonflable de sous le canapé.
Personne n'osa le contredire. Le Panda baissa les yeux et remit correctement son chapeau.
_ Mince, j'ai oublié un truc. Je vais le cherch…
_ Personne n'entre dans la chambre, l'interrompit brusquement Mathieu, relevant les yeux du matelas qu'il venait de déplier devant l'entrer de la cuisine.
Le Panda le regarda, baissa les yeux et souffla un bon coup.
_ Faut toujours qu'il fasse des caprices…, marmonna-t-il, grognon.
_ La monnaie est dans la poche de ma veste, ignora Mathieu en branchant le gonfleur et en laissant la technologie faire le reste.
Il se leva et observa les gens présents. Le Geek faisait semblant de jouer comme si de rien était, le Hippie planait comme à son habitude, et Victor était hésitant à partir. Quant au Panda, il enfilait la veste en faisant craquer sa nuque, comme s'il essayait de se mettre dans la peau de son créateur.
Il alla s'asseoir dans le canapé, entre le Geek et le Hippie, laissant le duo partir. Durant tout le temps où le matelas gonflait, personne ne parla. Mathieu ne quittait pas la porte de la chambre des yeux, regardant régulièrement sa montre pour voir depuis combien de temps le Patron s'était enfermé. Au bout de vingt minutes, il se leva et se dirigea vers la chambre.
_ Mathieu ? L'appela la voix plaintif du Geek.
Mais il ne répondit pas. Il entra dans la chambre qui était plongé dans le noir, les traits du volet laissant malgré tout passé une douce lumière dans la pièce. Le criminel était évidemment dos à lui, allongé sur le flanc. Mathieu referma lentement la porte derrière lui et s'approcha du lit.
_ Barre-toi.
Mathieu s'arrêta dans ses mouvements.
_ Patron…
_ Barre-toi ! Grogna-t-il plus fort, la voix tremblante.
Mathieu ferma les yeux. Il pleurait. Comme il s'en doutait. Il se haïssait d'avoir été aussi dur. Jamais avant, il ne s'était montré aussi dur envers aucune de ses créations, et la seule fois où il avait vu des larmes chez le Patron, le Panda avait malencontreusement trébuché et lui avait planté un couteau à viande dans la cuisse. Ce jour-là, ça n'avait pas été la joie pour les occupants de l'appartement.
Il ouvrit lentement les yeux et essuya les premières larmes qui roulaient sur ses joues. Il s'approcha malgré tout et grimpa sur le lit, se collant contre son dos pour l'enlacer. Le Patron se dégagea et se tourna vers lui.
_ Mais tu vas dégager bordel ?!
_ Patron, s'il te plaît… Je m'en veux, vraiment…
_ Oh arrête, tu pensais tout ce que tu as dit ! Grogna le Patron. Tu te fiches pas mal de me faire souffrir.
_ Mais arrête ! J'ai déconné, je sais, mais comprends-moi…
_ Non, toi comprends-moi gamin, l'interrompit le criminel. Tu m'as abandonné !
_ C'est faux ! Grogna Mathieu, essuyant les larmes qui roulaient sur ses propres joues.
_ Oh que si ! Pendant une semaine, je n'avais de réponses, pas de déjeuner, pas de "bonne nuit", pas de "bonjour" ! Tout ça pour un type que tu ne connaissais pas ?! Mais va chier, sérieux !
Mathieu ne savait pas quoi répondre. Sa personnalité face à lui était fragile, en larmes et à bout. Il se mordit la lèvre et baissa les yeux. Le Patron était sa création la plus forte, la plus fière. Jamais il ne ferait sa petite pleureuse sans raison. Son double le plus dur à supporter pourtant… Mathieu s'occupait de lui comme son enfant, comme les autres. C'était comme ça depuis qu'elles étaient nées. Une histoire assez sombre… Qu'importe.
Il se sentait si mal. Si mal de l'avoir laissé ainsi seul alors qu'il le couvait tout autant que les autres, tout ça à cause d'un baiser entre lui et Antoine. Antoine… Il soupira et chercha désespérément une excuse à ses actes, tandis que le Patron ne le lâchait pas des yeux.
_ … Tu vois ? Tu sais que j'ai raison…
_ Sois pas idiot, je te punissais simplement…, marmonna-t-il, sans conviction.
_ Me punir ?! Hurla le Patron. Mais à quoi tu pensais ?! A me torturer ?! J'étais le seul qui n'avait pas le droit à mes petites attentions habituelles alors que c'est moi, moi qui bosse le plus, moi qui ramène du blé à la maison, moi qui protège tout le monde, moi qui…
_ Mais ta gueule ! Ta gueule ! Hurla à son tour Mathieu. Je sais que j'ai déconné ! J'ai compris, j'ai saisi le concept ! Je m'en veux, Patron, je voulais pas…
Il soupira et prit son visage entre ses mains, inspirant profondément et expirant. Il retira ses mains de son visage et regarda le Patron droit dans les yeux.
_ T'es, de loin, celui en qui j'ai le plus confiance Patron…
_ Te fatigue pas gamin. On sait toi comme moi que si tu devais confier ta vie à l'un d'entre nous, ce ne serait définitivement pas moi.
Le Patron lui tourna le dos avant que son créateur ait le temps de lui répondre, soupirant un "va-t'en" à peine audible. Il venait de couper court à la conversation et son soupir obligeait Mathieu à ne pas relancer la conversation. Il déglutit et se leva brusquement, sortant de la chambre en claquant dans la porte.
Lorsqu'il se retrouva dans le salon après avoir descendu les marches, il se retrouva face à ses personnalités, la Fille, le Prof, le Flic et le Redneck rentrés de leur escapade. Ils étaient tous figés, le Geek avait cessé de jouer, le Hippie le fixait étrangement. Les cris entre les deux jeunes hommes avaient du éveiller l'attention des créations. Mathieu grogna.
_ Quoi ?! Vous voulez ma photo ?!
Il se dirigea d'un pas lourd vers la cuisine, grognant à quiconque voulait bien l'entendre de ne pas entrer dans la chambre sous peine de se faire éjecter illico presto.
Le reste de la soirée fut froid et tendu. Lorsque Victor et Panda revinrent à l'appartement, Mathieu buvait un verre dans la cuisine, le Geek jouait sans rien dire, sans même une réaction face à un ennemi récalcitrant, le Hippie restait assis dans un coin de la pièce, tandis que le Prof, le Redneck et le Flic jouait à un jeu de cartes quelconque où le Démon se jouait le rôle d'arbitre. La Fille avait relevé le regard de son magazine et lancé un regard qui voulait tout dire ; ce soir, ça n'allait pas être la joie.
A table, dans la cuisine. Victor tentait de mettre un peu d'ambiance en racontant tout ce qui lui passait par la tête. Mais rien. Seul la curiosité du Geek lui répondait. Mathieu tirait la gueule face à sa pizza, les autres ne parlaient pas beaucoup, comme à leur habitude, mais le Panda restait surtout très attentif à son créateur. Créateur qui n'avalait rien. Le Patron n'était même pas venu se joindre à eux…
Au bout d'une dizaine de minutes, le Prof prévint Mathieu que l'ambiance tendu du repas les déplaisait et qu'il sortait de nouveau, lui et ses trois compères de voyage. Le Geek et le Hippie demandèrent à accompagner les camarades, visiblement peu enclin à rester dans l'appartement eux aussi. Le petit accepta d'un signe las de la main avant de se lever et de s'approcher du Panda.
_ Tu veux récupérer ta fourrure ? Demanda-t-il sur un ton morne.
Le Panda le fixa un moment avant de toucher le kigurumi et surtout le revers de celui-ci.
_ … Tu peux le garder encore un peu ? Il est pas assez chaud.
Mathieu hocha la tête en sortant une cigarette qu'il bloqua entre ses lèvres.
_ Hm… Sans la cigarette ?
Mathieu releva les yeux vers sa personnalité. Cette dernière le fixa avec un petit sourire hésitant. Il se rappela alors que Panda détestait l'odeur de cigarette sur sa fourrure. Il soupira et la rangea, se dirigeant vers le salon. Au même moment, surgissant de la chambre, le Patron traversa la pièce, ne s'arrêtant que pour prendre sa veste, l'enfiler et sortir de l'appartement sans un mot.
Mathieu sentit alors une gêne s'installer très rapidement en lui. Il se trouvait seul avec le Panda et Victor, tous deux encore vers la cuisine dont il occupait l'entrer. Il se tourna vers eux. Ils froncèrent les sourcils, ne semblant pas comprendre ce que cela voulait dire. Le petit roula les yeux.
_ Je tiens pas la chandelle. Je me barre.
Il n'attendit pas de réponses des deux "amis" et sortit dehors, remontant la capuche du kigurumi sur sa tête. Il avait découvert la relation assez … peu anodine entre eux à une soirée organisée chez Victor. Il était venu chercher le Panda qu'il avait retrouvé dans les bras du garçon dans une position assez gênante. Tout le long du voyage, ils ne s'étaient pas adressés la parole. Ils avaient décidé que ça resterait entre eux, d'un commun accord.
Mathieu avait bien compris qu'entre Victor et Panda, ce n'était pas qu'une question de sexe. Ils s'entendaient déjà très bien avant, ayant tout deux une passion pour la musique, et il se doutait bien que ça ne pouvait finir que comme ça entre eux deux. Ils ne se voyaient presque jamais faute de la distance et, maintenant que tout le monde était parti, le petit pouvait bien laisser l'appartement à sa personnalité. De toute manière, il avait besoin de se retrouver seul…
Une fois dans la rue, il croisa le Patron qui fumait une cigarette devant le hall d'entrée. Ce dernier ne semblait pas pleurer, ni même être triste derrière ses lunettes noires. Il émanait de sa personnalité… Du mépris. Il ne tourna même pas la tête vers son créateur lorsque ce dernier sortit de l'immeuble. Mathieu soupira et se mit à marcher le long du trottoir d'un pas lent. Très lent. Trop lent. Il ne savait pas où aller ni quoi faire.
Il n'était pas loin de minuit lorsqu'il s'arrêta. Il marchait déjà depuis un moment et s'était plutôt éloigné de son appartement. Ce n'était pas plus mal. Il ne supportait plus d'être enfermé constamment. Il vit un banc et se posa dessus, attendant que le temps passe. A vrai dire, il réfléchissait beaucoup, repensant à Antoine et au Patron. D'un côté, il se disait qu'il avait probablement été trop loin. Ce n'était qu'un baiser après tout, et puis Antoine ne lui appartenait pas, il le connaissait à peine. De l'autre, sa fierté reprenait le dessus et lui rappelait que le Patron savait qu'Antoine lui plaisait beaucoup et il était conscient de lui piquer celui qui l'intéressait.
Malgré tout, Mathieu sentait qu'il avait été un peu trop loin. Ni l'un ni l'autre, malgré leurs nombreuses tentatives, n'avaient eu la chance de s'expliquer auprès de lui, de justifier leur acte ou même d'expliquer leur version des faits. Après tout, à cause de l'alcool ce jour-là, il s'était vite emporté, sa fierté ayant fait le reste. Mais désormais, Mathieu était décidé : il allait rentrer, s'excuser auprès du Patron puis, demain, il appellerait Antoine pour discuter.
Il se leva du banc, décidé, avant de faire la route retour, de quoi lui prendre une vingtaine de minutes. Mais, à quelques mètres du portique de son immeuble, il vit un homme en sortir, visiblement ivre. Il fronça les sourcils en reconnaissant la silhouette de la personne.
_ Antoine ? Demanda-t-il, hésitant.
Mais le jeune homme, trop ivre, ne semblait pas l'entendre. Il s'approcha de lui mais Antoine le bouscula sans vraiment le voir, grognon. Cependant, le petit remarqua que quelque chose n'allait pas. Il semblait sur le point de pleurer. Ou il pleurait déjà. Il ne voyait pas à cause de la nuit. Inquiet, il tenta de lui adresser la parole à nouveau.
_ Antoine…? Ca va ?
Ce dernier se tourna vers lui mais ne lui répondit pas. Il se contenta de rouler des yeux et de soupirer d'agacement avant de reprendre sa route. Mais Mathieu ne voulait pas le laisser partir dans cet état.
_ Attends ! Dit-il en le rattrapant.
_ Oh ça va ! Grogna-t-il en se dégageant et en se tournant vers lui. Mathieu l'aime bien Victor, hein ?! C'est pour ça qu'il vous a tous dégager de l'appart ?!
Mathieu fronça les sourcils, confus. Antoine semblait vraiment en colère mais tenait des propos incohérents. Il avait d'ailleurs du mal à parler. L'alcool, sans doute…
_ De quoi tu parles…?
_ De la pute qui te sert de créateur !
Le petit sursauta à ce brusque haussement de ton de la part du pizzaman. Et puis… Venait-il de le traiter de pute…?
_ Quoi ? Mais, Antoine…
_ Bien que je sois pas étonné, reprit le chevelu sans visiblement entendre Mathieu, je l'ai compris tout de suite ! Qui embrasse un mec pour le payer ?! Qu'il aille faire tous les appartements de la ville tant qu'il y est !
Mathieu plissa les yeux, une pointe dans le cœur. Il sentait que les larmes pointaient face à cette agression. Qu'est-ce qui lui arrivait tout à coup…?
_ Mais arrête… Qu'est-ce qui te prends…? Pourquoi tu es aussi méchant avec moi…?
Mais, encore une fois, il ne sembla pas l'entendre. Pire encore, il continuait son horrible discours à l'encontre de Mathieu qu'il croyait être le Panda.
_ Tu lui diras que ça l'arrange bien de sauter tous les mecs mais que moi, parce que j'ai embrassé le Patron, il fait la frigide !
_ Mais ta gueule, avait crié Mathieu, à bout de nerfs.
Les larmes avaient commencé à couler, son cœur lui faisait mal et il se sentait nauséeux. Pourquoi Antoine réagissait-il ainsi ? Il ne semblait même pas l'entendre, aussi fort que Mathieu puisse parler. Essoufflé, le chevelu venait de terminer sa tirade après avoir hurler ses dernières phrases et il semblait que le petit ne soit en rien la raison de son silence. Il avait probablement fini de vider son sac… Sac visiblement bien rempli.
Antoine se mit à regarder Mathieu à nouveau. Mathieu qui avait les larmes aux yeux. Voire pas qu'aux yeux vus qu'elles avaient coulé. Il le fixait avec un air choqué, mais surtout déçu. Comment le pizzaman si gentil, celui qui lui avait plu au premier regard, le même qui lui avait offert les pizzas, l'avait aidé à ramener ses courses, à soigner le Patron et à s'occuper d'eux… Comment pouvait sortir de la bouche de cette personne des mots si dures…?
Mais Mathieu n'était pas le genre de garçon à pleurer devant le chevelu. Non. Il n'était pas du genre à s'apitoyer, à se dire que les propos d'Antoine étaient justifiés. Il n'avait pas à lui parler sur ce ton, peu importe qu'il pense qu'il parlait au Panda ou à lui. Il pouvait pardonner beaucoup de choses, mais jamais il ne pardonnerait les actes d'Antoine. Il ne les méritait pas. Il finit par montrer un visage dur, reniflant et regardant Antoine droit dans les yeux.
_ T'en fais pas, Antoine… Le message est bien passé.
Puis Mathieu lui tourna le dos, essuyant du dos de la manche du kigurumi les larmes qui coulaient sur ses joues. Il atteignit la petite barrière, composa le code et entra dans l'allée, marchant d'un pas rapide et pressé vers l'immeuble. Il entendit la barrière se bloquer et il se tourna. Le Patron venait d'arriver. Il avait certainement tout vu. Mathieu roula des yeux, désespéré, sentant les larmes arrivés de plus en plus vite. Il ne manquait plus que ça… Il accéléra le pas, entrant dans le hall d'immeuble tandis que le Patron lui demandait de l'attendre.
Une fois à l'intérieur, il martela le bouton de l'ascenseur, grognant des insultes à ce dernier lui réclamant d'aller plus vite. Mais le criminel entra avant que ce dernier arrive à l'étage, si bien que Mathieu donna un coup de pied dedans avant de grimper à la hâte les escaliers.
_ Gamin ! Hurla-t-il. Attends !
_ Laisse moi tranquille ! Moi je te casse pas les burnes quand t'as envie de voir personne, alors lâche-moi !
Mathieu commençait à s'essouffler. Il n'était pas un grand sportif - bien que s'occuper de sa petite famille était un sport à plein temps. Mais les escaliers commençaient à l'épuiser et il avait encore deux étages à monter. Cependant, savoir que sa personnalité le suivait et voulait discuter avec lui de cette scène entre lui et le chevelu lui donnait le tonus pour grimper les deux derniers étages.
_ Attends-moi, putain ! Grogna le Patron.
_ Pourquoi faire ?! Hurla-t-il en se tournant vers les escaliers desquels apparaissait sa personnalité. Pour qu'enfin tu puisses me sortir une vanne cinglante sur le fait que je t'ai fait la gueule à toi, ma personnalité, une des seules personnes à qui je tiens le plus au monde, tout ça pour un connard qui me traite de pute ?! Mais vas-y, fais-toi plaisir, t'as même pas besoin qu'on discute pour me les briser !
Il se tourna furieusement vers la porte de l'appartement qu'il ouvrit et claqua brusquement, attirant Panda et Victor hors de la cuisine. Bien entendu, ils n'eurent pas le temps de demander ce qu'il se passait que le Patron entrait brusquement à son tour.
_ C'est bon, gamin ! Grogna le Patron en l'attrapant par le poignet et en le tournant vers lui. J'en ai ras les burnes de tes caprices et de tes humeurs ! Je suis pas obligé de supporter ça, et pourtant je le fais !
_ Oh pauvre choute ! Grogna Mathieu en se dégageant. Moi je suis pas obligé de vous supporter non plus, et je le fais ! Tous les jours, je me casse le cul à m'occuper de vous. A vous faire le petit déjeuner, à faire les courses, à faire le ménage, à m'occuper de tout ça ! J'm'occupe tous les jours de vous et j'ai même pas le droit à du respect d'un type qui me plaît, rien qu'une fois ! J'ai pas de liberté, j'ai pas de vie, j'ai pas de copains et quand j'ai le malheur d'en avoir, j'ai le droit au connard de service ! Alors tu m'excuseras de péter un putain de câble quand ça va pas, merde !
_ Mathieu !
Mathieu se tourna vers le Panda qui venait de l'appeler. Il semblait inquiet et à la fois triste de voir son créateur dans cet état. Honteux de s'être montrer de la sorte, le petit grogna, se débarrassant précipitamment du kigurumi, et se précipita dans la chambre dont il claqua la porte avant de se laisser glisser contre cette dernière. Il éclata en sanglots, ne pouvant plus se contrôler. Méritait-il vraiment tout ça ? Toute cette haine, tout ce rejet, tout ce malheur… Avait-il fait quelque chose pour mériter tout ça…?
Reniflant, il se leva et se mit en boule au milieu de son lit, les yeux clos, les sanglots ne se calmant pas. Personne ne semblait oser entrer pour venir le voir, et c'était tant mieux. Il aurait congédier quiconque serait rentré de manière froide et brusque de toute manière…
Lorsque Mathieu rouvrit les yeux, la lumière douce du soleil filtrait dans la pièce à travers les trait du volet. Il s'était assoupi sans s'en rendre compte. Il se redressa doucement. Personne ne dormait dans la chambre. Personne n'avait osé s'aventurer dans la pièce… Alors pourquoi avait-il un plaid sur le dos…? Peu importe. Il éjecta le bout de tissu et se leva, frottant son visage pour essayer de se réveiller. Il osa un coup d'œil vers le réveil. 11h. Tout le monde devait être réveillé.
Il enfila un t-shirt et sortit de la pièce. En effet, tout le monde était levé, tout était rangé et certains prenaient même leur petit-déjeuner. Victor devait être derrière tout ça. Tant mieux. Il se dirigea vers la cuisine, ignorant les "bonjour" de ses personnalités pour attraper un verre à whisky et une bouteille de Jack.
_ C'est pas un peu tôt pour boire ça, gamin ? Demanda le Patron en lui prenant la bouteille.
Sans un mot, Mathieu lui arracha la bouteille des mains, retira le bouchon et se servit un verre plein.
_ Ah, ça y est, ça recommence ? Tu vas me recasser les couilles à m'ignorer ?
En guise de réaction, le créateur claqua la bouteille sur la table sans la reboucher et avala une gorgée de son verre. Une longue gorgée. Il grimaça face au goût, peu agréable dès le matin, mais il en avait besoin. Il tourna la tête vers le Geek et la Fille qui, prenant leur déjeuner, s'étaient arrêtés dans leur geste pour mieux observer leur créateur d'un air abasourdi.
_ Salut Math… C'est du whisky que tu bois…?
Il se tourna vers son nouvel interlocuteur. Victor. Il n'allait pas lui faire la morale, lui aussi ?! Il pouvait bien faire ce qu'il veut, non ? Il était majeur, chez lui et sain d'esprit, merde ! Il roula des yeux et lui passa à côté.
_ Ah mais encore mieux ! La mijaurée ignore tout le monde aujourd'hui !
Le Patron sortit derrière lui et se mit debout sur la table basse.
_ Si Mathieu nous ignore, on peut le considérer comme absent. Donc, Messieurs et Madame, aujourd'hui, on peut faire ce qu'on veut !
Il quitta la table basse, rejoignant la cuisine d'où sortit un cri plaintif du Geek et des cris agacés de la Fille qui tentait de le défendre. Et, à partir de là, ce fut l'apocalypse dans l'appartement. Le Panda se rua dans la cuisine pour que le Geek puisse se dégager de l'étreinte du Patron, alors que ce dernier en profitait pour courir hors de la pièce. Le Démon se mit à disparaître dans un soupir agacé, alors que le Flic décida que c'était sûrement le bon moment pour partir de l'appartement. Le Prof, qui travaillait sur le canapé, se boucha une oreille avec son index, collant l'autre contre son épaule alors qu'il écrivait de son autre main valide. Le Hippie profita que tous avait détourné leur attention pour se couler une douille dans un coin. Le Redneck, lui, ne savait que faire, bégayant des phrases pour prendre partie sans vraiment prendre partie pour qui que ce soit.
Au milieu de tout ça, Mathieu s'installa à son balcon, s'allumant une cigarette et alternant entre cette dernière et son verre de Whisky. Victor arriva derrière lui.
_ Tu ne vas rien faire pour arrêter ça ?! Cria-t-il par-dessus le bruit.
_ J'en ai un peu ras-le-cul de devoir tout faire, répondit Mathieu d'un ton nonchalant sans le regarder. Si tu veux arrêter tout ça, démerde-toi et me fais pas chier.
_ Qu'est-ce qui te prend Mathieu…? Demanda Victor sur un ton triste. Je te reconnais pas, là… C'est ta famille, tes personnalités, tes…
_ Ma, mes, mes, grogna le petit, coupant son ami en se retournant son ami. Regarde-les ! J'ai beau leur dire tous les jours qu'ils ne doivent pas hurler, de ne pas se frapper entre eux, et ça ne change rien. C'est bon, j'ai assez donné. Si tu veux user ton énergie inutilement, vas-y, je t'en prive pas. Mais me force pas à en faire autant.
Il vida le reste de son verre cul-sec avant de retourner vers la cuisine pour le remplir à nouveau. Il entendit Victor grogner et s'engueuler avec le Patron avant de prendre le téléphone et de passer un coup de fil. A qui ? Mathieu s'en fichait.
_ Allô ? Putain mais… Arrête ça bordel ! Je te jure, mec, si je te chope, tu vas passer un sale quart d'heure !
Une fois son verre rempli, Mathieu s'installa à l'angle de la porte de la cuisine, observant la situation. Le Patron s'amusait à tourmenter tout le monde, avant de se mettre au balcon et de gueuler des insanités aux passants dans la rue d'en dessous.
_ Panda, fais quelque chose bordel ! Il est en train de…
Dès que le Panda s'en mêla, les deux compères se mirent à se battre, sous les yeux de Mathieu qui se contentait de les observer en tirant une latte sur sa cigarette. Puis, il regarda Victor qui semblait au bord de la crise de nerf. Alors, ça fait quoi de changer de bord, pensa amèrement Mathieu, ravi de voir quelqu'un souffrir de ce qu'il subissait chaque jour.
_ Oh putain… Allô ?
Mathieu n'entendit pas la réponse de la personne que Victor avait appelé mais il savait qu'il attendait une réponse. Et il était presque sûr de savoir quel numéro son ami avait appelé.
_ Mec, j'ai besoin de quelqu'un, je… Non, non, non.
Mathieu suivit Victor du regard. Ce dernier avait couru auprès du Panda, l'aidant à tirer le Patron en arrière pour qu'il lâche le Geek qu'il était en train de déshabiller. Désintéressé, il se dirigea vers la petite table, écrasant sa cigarette, avant d'aller vers le téléphone que le Hippie tentait tant bien que mal à ramasser. Une fois qu'il se redressa, Mathieu lui prit la douille qui était bloqué entre ses lèvres et en tira une longue latte.
_ Gros, ils sont tous fous ! Ils ont pris ma rhubarbe gros ! Cria le Hippie dans le téléphone.
_ Hippie ! Lâche ce téléphone immédiatement ! Hurla Victor à travers l'appartement.
Le créateur remit la douille entre les lèvres de sa personnalité et mima avec ses lèvres de ne pas lâcher le téléphone. Un moment de lucidité passa à travers les yeux du Hippie qui serra le téléphone un peu plus contre son oreille.
_ Hippie ? Demanda Antoine de l'autre côté du combiné. Il est où, Mathieu ?
Le Hippie hésita avant de répondre. Mathieu lui disait qu'il n'était pas là, le rendant confus. Comment pouvait-il être et ne pas être là en même temps ? Son cerveau drogué se mit à paniquer.
_ Il en a trop pris gros ! Trop pris !
Et le téléphone tomba alors que le Hippie partait en hurlant. Le petit suivit du regard le Hippie qui s'était réfugié dans la cuisine.
La folie régnait dans l'appartement. La Fille qui s'interposait entre le Patron et le Panda en leur hurlant des insanités, les deux eux-mêmes dans une joute verbale qui allait certainement mal finir. Victor qui hurlait aux trois de rester calme, le Geek qui pleurait dans son coin, le Prof qui gueulait à tous de se la fermer et le Redneck qui ne savait absolument pas quoi faire.
Et lui, qui restait là, à observer calmement tout ce qu'il endurait chaque jour lui être totalement hors de portée. Il but une gorgée de whisky, croisant le regard de Victor qui le suppliait de lui venir en aide. Mais, avant que le petit puisse lui répondre, le jeune homme tourna de l'œil et tomba au sol. Et, tout à coup, la pièce fut silencieuse. Tous les regards étaient tournés vers Victor qui était allongé au sol. Même Mathieu n'osait bouger. La pièce était si silencieuse qu'ils purent tous entendre la tonalité signifiant qu'Antoine avait raccroché.
_ … Putain Victor ! Cria le Panda en s'agenouillant près de lui.
_ Mettez-le sur le canapé, bande d'idiots ! Grogna le Prof en se levant et en allant les aider.
Mathieu souffla et posa son verre de whisky sur la table, s'approchant d'un pas peu assuré à cause de l'alcool qu'il venait d'ingurgiter à jeun.
_ Non ! Grogna le Panda qui soulevait son ami avec le Patron et le Prof. On a pas besoin de toi, là. T'es saoul, tu vas le faire tomber.
Le petit grogna un "va te faire, dans ce cas" avant de récupérer son verre qu'il termina cul-sec de nouveau avant d'aller dans la cuisine. Il y retrouva le Hippie, assit dans un coin, serrant des rhubarbes contre lui. Il soupira et le fit se lever.
_ Qu'est-ce qui se passe, gros…? Pourquoi on s'aime plus…?
Mathieu fronça les sourcils en le regardant droit dans les yeux. Le Hippie semblait vraiment dans son trip, mais restait comme à son habitude très sensé. Le créateur soupira et lui fit signe d'aller dans le salon. Le drogué ne se fit pas prier et s'y précipita, ne lâchant pas sa rhubarbe.
Il prit son visage entre ses mains et respira un bon coup. Il allait finir par tout péter. Il en avait ras-le-bol, il ne se sentait pas comme d'habitude. Là, il avait atteint ses limites. Il inspira fortement, essayant de ne pas craquer devant les autres. Il s'alluma une cigarette et retourna à l'angle de la porte de la cuisine.
Le Hippie restait sur place et pour cause, les disputes avaient repris de plus belles entre le Patron et le Panda, qui commençaient à se pousser l'un l'autre. Le Geek n'osait bouger de sa place de peur qu'on le remarque et qu'on s'attaque à lui de nouveau. Quant à la Fille, elle se tenait près de Victor, lui caressant les cheveux et lui tenant la main.
Au même moment qu'une bagarre éclatait entre la peluche et le criminel, quelqu'un sonna à l'interphone. Le Prof, agacé et pliant bagage pour aller travailler ailleurs, grogna et se dépêcha d'ouvrir le portail, sans vraiment s'intéresser à qui pouvait être de l'autre côté.
Antoine ne mit pas beaucoup de temps à arriver jusqu'au troisième car on sonna très vite à la porte. Mathieu, voyant que personne n'allait ouvrir, soupira, tirant une latte sur sa cigarette qu'il souffla avant d'ouvrir la porte. Le chevelu semblait surpris de voir le créateur lui ouvrir. Ce dernier était satisfait de le voir, rien que pour pouvoir tirer profit d'une probable vengeance. Nonchalant, il tira une latte sur sa cigarette. Il s'appuya contre la porte, un sourire en coin aux lèvres.
_ Oh, salut… Bienvenue dans le royaume de la pupute. Je t'en prie, entre dans ma maison close.
Mathieu s'arrangea pour que, malgré son taux d'alcoolémie, Antoine ressente le cynisme et le sarcasme dans ses propos. Il lui en voulait tellement, ces propos qui lui restaient en travers de la gorge, lui brûlant le cœur et réchauffant la rancœur à l'égard du pizzaman. Ce dernier ne semblait pas surpris de sa réaction, ce qui, inconsciemment, énervait le créateur. Il ne semblait pas pressé à l'idée d'exprimer ses excuses pour tout le mal qu'il avait fait.
De rage, il poussa la porte avec son pied jusqu'à ce qu'elle claque contre la butée de porte et il se dirigea à l'intérieur de son appartement. Mathieu se réinstalla dans l'angle de la cuisine, trouvant que c'était le meilleur point de vue pour observer la bagarre entre Panda et Patron qui commençait à sérieusement s'envenimer. Il remarqua alors que le Hippie avait changé de place et s'amusait à "bénir" les gens en secouant au-dessus de leur tête de la rhubarbe. Mais lorsqu'il s'approcha de lui, Mathieu, peu enclin à ce genre de festivité, le foudroya du regard.
_ Dégage.
Le camé ramena sa rhubarbe contre sa poitrine, se reculant légèrement. Il lui tourna le dos et retourna secouer sa rhubarbe ailleurs. Le petit soupira et se dit que c'était le bon moment pour boire un dernier verre, permettant ainsi au Redneck, qui ne savait que faire, d'entrer dans la cuisine puis d'en ressortir sans rien. Il le remplit lentement, ses gestes devenus plus confus à cause des deux autres verres déjà ingérés. Le temps qu'il se serve, Antoine avait fermé la porte et s'était interposé entre le Patron et le Panda qui semblaient amochés. Peu importe, ils n'avaient pas besoin de lui, n'est-ce pas ?
_ Ca suffit tous les deux ! Dit-il en essayant de les écarter l'un de l'autre.
_ Alors la peluche, tu abandonnes ?! Tu ferais mieux de t'occuper de ton chéri qui fait un malaise sur le canapé !
_ Mêle toi de ton cul, Patron, pour une fois ! Et fous nous la paix, tu nous fais chier avec tes conneries.
_ Victor s'occupe bien du tien visiblement, ajouta le Patron avec un sourire en coin.
Le Panda poussa Antoine si fort qu'il en tomba sur les fesses. Il se jeta sur le Patron et la bagarre reprit de plus belle. Mathieu, lui, observait ses personnalités se battre sans rien faire. Il se sentait vide. Vide d'émotion, uniquement nourri par la colère d'hier. Il posa lentement sa tête contre le chambranle de la porte. Antoine le fixait, il le sentait bien. Mais il ne prit pas la peine de le regarder. Ses créatures se battaient, détruisaient son appartement. C'était plus intéressant.
_ T'attends quoi pour les séparer ?! Se mit à hurler le pizzaman.
Mathieu baissa les yeux vers lui.
_ Oh, je sais pas, ma prochaine cliente peut-être ? Répondit-il en haussant les épaules.
Ce cynisme ne sembla pas plaire au chevelu qui se mit debout en grognant et se dirigea vers lui. Et la claque partit toute seule. La tête de Mathieu avait suivi le mouvement le faisant lâcher le verre sous le choc. Tout à coup, il sentit une horrible pointe en lui. Qu'est-ce qui venait de se passer…?
Le silence s'installa dans l'appartement. Le Patron et le Panda s'étaient lâchés et redressés, le Geek ne pleurait plus, la Fille avait relevé la tête vers eux et le Hippie en avait lâché sa rhubarbe. Mathieu, sous le choc, se tint la joue en relevant des yeux humides vers Antoine. Ses nerfs le lâchaient, il tremblait. Il ne contrôlait plus rien. Il remarqua qu'Antoine lui-même était sous le choc. Il allait dire quelque chose. Il voulait visiblement dire quelque chose. Mais rien ne sortait.
Déçu, Mathieu plissa les yeux, ne retenant pas les premières larmes, avant de le bousculer et d'aller s'enfermer dans sa chambre, où il éclata en sanglots. Il se tenait toujours la joue, ayant du mal à se remettre de ce qui venait de se passer. Pourquoi…? Il attendit la porte de l'appartement claquée, avant que celle de la chambre soit ouverte. Le Patron. Il savait que c'était lui. Il était le seul à rentrer avec autant de confiance dans la pièce.
Il emmena son créateur s'asseoir sur le lit, le forçant à lâcher sa joue.
_ J'en peux plus, Patron… Je veux plus, j'en ai assez… J'en ai assez…
Le souffle de Mathieu se précipita dans sa poitrine, commençant chez lui une crise de panique.
_ Eh, gamin, on se calme… On va s'allonger tranquillement, toi et moi, respirer à fond et se reposer, ok ?
Il hocha la tête précipitamment, même s'il avait du mal à reprendre son souffle. Ils se mirent l'un en face de l'autre, le criminel forçant son créateur à inspirer fortement puis à expirer, le calmant un peu. Cependant, les sanglots, eux, ne s'arrêtèrent pas.
_ Je peux plus supporter ça… Je vous aime tellement, mais je ne peux pas prendre soin de vous…
_ Si t'arrêtais de faire le con aussi…, ricana doucement le Patron, essayant de détendre l'atmosphère.
_ Mais je peux pas tout le temps faire ça, Patron, s'énerva Mathieu. Je peux pas tout le temps m'interposer dans vos bagarres, vérifier si dans mon dos tu nous fous pas un sédatif dans le verre, je peux plus prendre soin de vous, j'ai plus les épaules pour ça… J'en peux juste plus…
Le Patron face à lui déglutit. Mathieu ferma les yeux à cette vision, reniflant.
_ Je suis à bout… Il faut que ça s'arrête…
_ … T'en fais pas, gamin.
Il sentit le Patron l'enlacer et lui embrasser le front. Il posa son menton sur ce dernier, caressant les cheveux de son créateur qui se blottit contre lui.
_ On va s'en sortir gamin. Je te le promets.
Voilà, c'est la fin. Vous avez tenu ?
J'espère que ça vous offrira une jolie journée (ou une jolie nuit, dépend de l'heure où vous verrez ce chapitre). N'hésitez pas à me dire vos avis en review. Le prochain chapitre est déjà en brouillon donc j'espère qu'il sera fini avant que je parte en vacances.
Je vous fais des bisous smacks ! (Merci à Penny pour sa review anonyme )
