Note : Courage à tous en ces temps de crise. Voila un nouveau chapitre et malheureusement, ce n'est pas le plus joyeux !

Chapitre 14

Kara lui avait à peine adressé la parole le reste de la soirée, sans que personne ne s'en rende vraiment compte. Lorsqu'ils furent tous partis, elle lui indiqua le canapé où il s'installa pendant qu'elle rangeait les vestiges du repas. Il en profita pour essayer de déterminer ce qu'il allait lui dire et se préparer à cette discussion difficile. Elle s'assit finalement sur le fauteuil en face de lui comme pour mettre de la distance entre eux et prit une grande inspiration avant de parler.

-Tu t'es crispé quand j'ai dit que tu n'étais pas un tueur, dit-elle sans préambule, le ton sec.

Bien sûr qu'elle l'avait remarqué. Et ce qu'il avait dit par la suite n'avait servi qu'à renforcer ses suspicions. Il était temps de lui dire la vérité sur qui il était. Au risque de la perdre.

-Parce que j'en suis un.

Elle encaissa le choc. Ses mains s'agrippèrent aux bras du fauteuil mais son ton resta ferme.

-C'est arrivé… par accident ?

-Parfois.

Elle écarquilla les yeux. Elle ne s'attendait vraisemblablement pas à ça. Elle ne savait pas encore le pire et il allait tout dévoiler ce soir. Kara avait le droit de savoir qui était son âme sœur. Si elle ne voulait plus le voir, il respecterait sa décision.

-Parfois ? répéta-t-elle. Tu… Combien de personnes tu as tué ?

Il baissa les yeux, ne voulant pas voir l'expression de son visage lorsqu'elle comprendrait qu'il était un monstre.

-Trop pour pouvoir les compter.

Un bruit de déchirement lui fit relever la tête. Elle venait de trouer les bras de son fauteuil avec ses doigts. Il s'en voulait de la mettre dans cet état, il ne l'avait jamais vue perdre le contrôle de sa force.

-Tu étais obligé ? demanda-t-elle. Tu… Tu te battais contre eux et tu n'as pas eu le choix ?

Il comprenait ce qu'elle faisait. Elle essayait de lui trouver des excuses. Quelque chose qui ferait de lui autre chose qu'un monstre.

-Ça dépend. Quand je suis sur le terrain, je ne peux pas me battre avec une main liée dans le dos. Si je dois tuer pour sauver ma peau ou celle d'innocents, je n'hésite pas.

Elle allait parler, certainement pour le contredire, lui dire qu'il avait toujours le choix, mais il ne la laissa pas faire. Il allait parler, elle allait écouter et ensuite elle déciderait ce qu'elle voudrait faire de leur relation. De lui.

-J'ai essayé pendant plusieurs années de ne pas tuer, jamais, sous aucune circonstance. Je voulais devenir quelqu'un de meilleur. Ça a coûté la vie à ma meilleure amie. Elle… Elle est morte parce que j'avais envoyé ce criminel en prison au lieu de le tuer. J'avais choisi de jouer au héros plutôt que de faire ce qui était nécessaire. Depuis, je ne fais plus cette erreur.

Kara le fixait d'un air imperturbable et il donnerait tout pour savoir ce qu'elle pensait.

-Tu tues quand tu penses que c'est nécessaire et que tu n'as pas le choix ?

Elle avait les lèvres pincées, les yeux durs, elle n'était pas d'accord avec lui. Mais il semblait qu'elle était prête à lui donner une chance. Il avait une autre vérité à lui dire et elle allait sûrement le bannir de sa vie. Mais elle avait le droit de savoir et lui avait le devoir de lui révéler.

-Maintenant oui. Mais il y a quelques années, je confrontais les criminels dans le but de les tuer.

Le silence qui lui répondit lui assourdit les oreilles. Kara fixait un point au-dessus de son épaule, comme si le regarder lui faisait trop mal. Il savait qu'il avait franchi une ligne et qu'il l'avait certainement perdue. Il y avait d'autres horreurs dans son passé mais il ne lui en parlerait pas ce soir. Si elle n'acceptait pas qu'il était un meurtrier, elle accepterait encore moins qu'il ait torturé des gens.

-Sors de chez moi, finit-elle par dire.

Il déglutit. Chacun des battements de son cœur lui envoyait des pulsions de douleur dans tout le corps. Elle le rejetait. Elle ne voulait plus le voir ni entendre parler de lui. Les couleurs autour de lui s'étaient ternies, comme si un voile épais les recouvrait. Il prit une inspiration tremblante et se leva avec difficulté, chacun de ses membres agonisant. Il ne voulait pas partir. Il ne voulait pas la perdre.

-Si tu veux discuter, ma porte te sera toujours ouverte.

Il retourna dans son appartement le cœur brisé. Il avait fait ce qu'il fallait en lui révélant la vérité mais il avait perdu une part fondamentale de lui-même. Il n'avait qu'une envie, c'était de la retrouver et de la supplier de l'accepter. Les poings serrés, il ravala ses larmes. Il l'attendrait. Il attendrait qu'elle fasse le premier pas, si elle voulait un jour lui donner une chance. Il ne lui imposerait pas sa vie.

Vidé de toute énergie, il prit une bouteille de vin et s'assit par terre dos au canapé. Il savait qu'il risquait de la perdre mais il ne s'était pas attendu à ce que ça lui fasse autant mal. Il but jusqu'à se sentir détaché de son corps et de la douleur qu'il ne savait apaiser. Son âme sœur l'avait rejeté pour qui il était et il ne l'en blâmait pas, il ne pouvait qu'espérer qu'elle ne brise pas le lien qui les unissait.

Il ne voulait pas vivre à nouveau dans le noir après avoir touché le bonheur du bout des doigts.

Kara resta longtemps assise sur son fauteuil. Elle se sentait détachée de la réalité, sous le choc des révélations de la soirée. Son âme sœur était un meurtrier. Ou plutôt, un tueur en série. Elle n'arrivait pas à réconcilier cette idée avec l'homme qu'elle avait découvert jusque-là. Il avait été tendre avec elle, chaleureux. Ils avaient passé des moments magiques rien que tous les deux. Il était hanté par son passé mais elle n'avait jamais imaginé une telle horreur. Il avait été tellement différent ce soir, sérieux et presque froid, qu'elle se demandait s'il ne lui avait pas menti pendant les moments qu'ils avaient passés ensembles.

Elle voulait pleurer, évacuer les émotions de la soirée, mais elle n'y arrivait pas. Elle fixait l'endroit où il était assis quelques minutes ou quelques heures plus tôt, elle ne savait pas. Il y avait quelques plis sur le canapé, seul vestige de sa présence ce soir. Il avait disparu de sa vie comme il était arrivé, en un claquement de doigts.

Rencontrer son âme sœur avait été un électrochoc. Toute son enfance, elle avait rêvé de ce moment. Ensuite elle avait été sûre qu'il n'arriverait jamais. Quand elle s'y attendait le moins, elle l'avait trouvé et il avait répondu à toutes ses attentes de petite fille. Il était parfait. Il était fait pour elle, le destin l'avait choisi bien avant la destruction de sa planète. Mais aujourd'hui, ce conte de fée venait de se briser. La réalité l'avait rattrapée. Elle ne connaissait encore rien de lui. Mais elle ne pouvait plus se passer de sa présence.

Elle avait envie de se ruer dans son univers, de le prendre dans ses bras et de lui dire qu'elle lui pardonnait ses erreurs, qu'elle voulait juste être avec lui. Elle serra les poings. Elle ne pouvait pas. Parce qu'elle savait que s'il n'avait pas été son âme sœur, elle n'aurait eu aucun état d'âme à l'arrêter, à l'empêcher de continuer ses activités nocturnes et à l'enfermer en prison. Elle ne savait pas quoi faire, quoi ressentir. Elle était tellement tendue qu'elle avait l'impression qu'une brise la ferait exploser. Elle allait perdre son calme et ne pouvait pas le faire ici. Décidée, sans même se changer, elle se rendit en temps record au seul endroit capable de contenir sa détresse. La Forteresse de Solitude.

Kara hurla. Contre l'injustice du monde qui lui avait attribué une âme sœur meurtrière. Contre Oliver qui lui avait fait croire qu'ils pourraient avoir un avenir ensemble. Contre elle-même qui s'était laissée bernée comme une idiote. Contre ses parents qui l'avaient mise dans ce stupide vaisseau au lieu de la laisser périr avec les siens.

Elle frappa les murs, décrochant de gros morceaux de cristaux tout autour d'elle. Elle se retrouva à genoux, épuisée, les doigts en sang. Sa colère s'était évaporée et elle se sentait lasse. Elle se laissa glisser au sol et finit par s'endormir, épuisée, le cœur brisé.