Note : Un grand merci à Shinobu24 et HeroWitch qui me laissent des reviews à chaque chapitre, c'est une vraie source d'inspiration de lire vos commentaires ! J'espère que ce chapitre vous plaira, il est plus long que les autres, le temps des explications est arrivé !
Chapitre 17
Le lendemain de la visite de Felicity, Kara se rendit à l'appartement d'Oliver. Elle s'était donné la journée pour réfléchir à ce qu'elle voulait savoir, ce qu'elle serait prête à accepter ou non et à ce qu'elle lui dirait. Elle en avait parlé avec Alex, qui l'avait encouragée à discuter avec son âme sœur pour mettre les choses à plat. Le but de sa visite était d'avoir des réponses avant de prendre une décision définitive.
Plus elle s'approchait de sa porte, plus les couleurs se faisaient vives. Elles n'avaient pas encore atteint leur éclat normal, leur lien n'était pas encore réparé, mais il se renforçait. Elle sonna et Oliver lui ouvrit quelques secondes plus tard, un petit sourire aux lèvres. Il était aussi beau que dans ses souvenirs mais il y avait une tristesse dans ses yeux qui n'avait pas été là avant. Il avait les traits tirés, de grosses cernes sous les yeux, comme s'il n'avait pas dormi depuis longtemps. Malgré ça, il avait l'air heureux de la voir.
-Bonsoir. Désolé, je n'attendais pas de visite, dit-il en désignant ses vêtements.
C'était la première fois qu'elle le voyait en tenue décontractée au lieu de ses costumes. Il portait un pantalon de sport noir et un t-shirt gris qui laissait deviner les muscles qui s'y cachaient. Elle voudrait le voir tous les jours ainsi, se réveiller à ses côtés et passer ses journées avec lui. Mais elle devait d'abord accepter qui il était. Accepter son passé.
Kara passa le pas de la porte qu'il referma derrière elle et découvrit son appartement pour la première fois. Elle s'était attendue à quelque chose de luxueux, avec de grands espaces et une décoration moderne. Ce n'était pas du tout le cas. L'espace de vie était plus petit que le sien et sobrement décoré, avec une petite cuisine ouverte sur le salon. Une porte à sa droite devait mener à la chambre et c'était tout. Il lui fit signe de s'asseoir sur le canapé.
-Tu veux boire quelque chose ? J'ai de la limonade.
Elle accepta avec un petit sourire. Il s'était souvenu que c'était sa boisson favorite au lieu de l'alcool qui ne lui faisait aucun effet. Il se rendit dans le coin cuisine en boitant légèrement. Des béquilles reposaient contre le mur près de la porte d'entrée.
-Tu vas bien ? demanda-t-elle, inquiète.
-Ça va, répondit-il avec un petit sourire forcé, très différent de ceux qu'il lui avait adressés jusque-là.
Il n'avait jamais évadé ses questions avant. Elle réalisa avec un pincement au cœur qu'elle avait perdu ce privilège après la façon dont elle l'avait traité quand il s'était confié à elle. Elle n'insista pas et il la rejoignit, déposant les verres sur la table basse avant de s'asseoir à l'autre bout du canapé, comme s'il ne voulait pas lui imposer sa présence à ses côtés.
Kara avait passé la journée à préparer ce qu'elle lui dirait mais maintenant qu'il était là, elle avait perdu tous ses mots. Elle savait que c'était à elle de lancer la conversation, c'était elle qui s'était présentée chez lui à l'improviste et il ne savait toujours pas pourquoi.
-Je suis venue pour obtenir des réponses à mes questions, dit-elle avec hésitation.
Tout son corps se figea comme si elle venait de le gifler. Les couleurs autour d'elle perdirent de leur éclat comme si elle les voyait à travers une fenêtre embuée et ses yeux océans se firent de glace. Elle ne comprenait pas sa réaction, il lui avait dit qu'il serait ouvert à la discussion quand elle l'avait littéralement viré de chez elle. Elle allait reprendre mais il la devança.
-Je t'ai dit que j'allais bien. Ce n'est pas la peine d'insister et surtout pas de cette manière.
Elle déglutit. Il avait mal compris ses paroles, elle ne voulait pas le forcer à dire quoi que ce soit. Elle voulait lui prendre la main pour mieux faire passer son message mais elle n'osa pas.
-Non, non, ce n'est pas ce que je voulais dire. J'ai des questions par rapport à ce que tu m'as dit la dernière fois. Je voudrais essayer de te comprendre.
Il ferma les yeux quelques secondes et quand il les rouvrit, ils avaient perdu de leur dureté.
-Désolé. Je suis sur les nerfs, je ne savais pas si tu étais venue pour me rejeter ou pour essayer de réparer les choses.
Kara comprit enfin pourquoi il avait été si tendu jusque-là. Elle ne s'était pas rendu compte de l'attente qu'elle avait créée en se présentant ainsi à sa porte. Pendant cette semaine de séparation, il avait dû espérer la revoir et maintenant qu'elle était là, il ne savait pas à quoi s'attendre. Elle lui offrit un sourire rassurant.
-Si je ne voulais plus te voir, je ne serais pas venue. Je voudrais discuter et tout faire pour que cette semaine ne se répète pas. Si tu es d'accord.
-Oui. Mais… tu acceptes que je sois un tueur ? Aucune discussion au monde ne pourra changer ce fait.
Elle avait eu beaucoup de temps pour y réfléchir. S'il l'avait fait pour les bonnes raisons, s'il avait eu des remords et qu'il ne le faisait pas par plaisir, elle pensait pouvoir l'accepter. Mais il allait devoir lui promettre de ne plus le faire. De ne plus tuer.
-Ça va dépendre des réponses que tu me donneras. Je suis prête à l'accepter, je sais que tuer n'est pas toujours un choix. J'ai pardonné à Alex d'avoir tué ma propre tante. Je pourrai te pardonner si j'en connais les raisons.
Il pinça les lèvres et sa posture se fit défensive, comme s'il savait qu'il allait la décevoir et se préparait à essuyer sa colère.
-Je t'ai dit qu'à une époque, tuer n'était pas un dernier ressort. C'était un choix.
Kara déglutit. Il avait raison et elle avait encore mal choisi ses mots. Mais elle voulait le comprendre, vraiment. Elle voulait savoir ce qui l'avait conduit à croire que tuer était la solution. Et comment il avait fait pour changer d'avis et choisir d'être plus clément.
-Mais ce n'est plus le cas n'est-ce pas ?
-Non.
-Tu pourrais m'expliquer qu'est-ce qui t'a conduit à tuer ? Pourquoi tu pensais que c'était nécessaire ?
Il serra le poing gauche sur un arc invisible, ce qu'elle reconnaissait maintenant comme un signe de nervosité. Cette discussion ne devait pas être facile pour lui mais elle en avait besoin.
-Je ne peux pas tout t'expliquer ce soir. Ces dix dernières années, ma vie a été… compliquée. Et il y a des choses que… que je ne peux pas te dire. Pas encore. Peut-être jamais.
-D'accord. Dis-moi… ce que tu peux.
Il avait clairement vécu des expériences difficiles et elle comprenait qu'il ne puisse pas mettre des mots dessus.
-J'ai passé cinq ans isolé, loin de ma famille et des gens qui m'aimaient. Au début je n'avais pas le choix et je cherchais par tous les moyens à les rejoindre. Quand j'ai enfin eu la possibilité de le faire… je n'étais plus le même et je ne pouvais pas me résoudre à les approcher et à laisser ma noirceur les atteindre.
Le récit qui s'ensuivit était empli d'horreur, de peine, de souffrance. Il s'était transformé en combattant féroce pour survivre et il avait vécu plus de pertes que quiconque puisse en supporter. Malgré tout, il avait toujours gardé une part de bonté en lui, il n'avait jamais laissé les ténèbres l'engloutir tout entier. Même dans ses moments les plus sombres, il n'avait jamais tué pour le plaisir et il avait toujours été conscient de l'horreur de ses actes. Même si ça lui brisait le cœur, à chaque fois qu'il se qualifiait de monstre, il lui prouvait qu'il n'en était pas un. Les monstres ne se qualifiaient pas de tels, ils pensaient leurs actes justifiés.
Oliver ne s'attarda pas sur les détails de ce qu'il avait vécu, il lui en décrivit les grandes lignes, juste assez pour qu'elle se fasse une idée des étapes de sa vie et de ce qui l'avait conduit à devenir un justicier. Il l'avait fait pour réparer les erreurs de son père, pour compléter la mission qu'il lui avait confiée à sa mort.
Il lui parla alors de la liste et lui expliqua ses méthodes. Il ne tuait pas tout le temps et quand il le faisait, il leur donnait toujours une chance avant pour réparer leurs torts. Il avait décidé d'arrêter de tuer pour honorer la mémoire de son meilleur ami et il avait tout fait pour s'y tenir. Mais quand cette promesse avait coûté la vie à Laurel quelques mois plus tôt, il avait changé de tactique et d'état d'esprit. Il tuait désormais quand c'était absolument nécessaire et il ne combattait plus avec retenue. Il avait trop perdu en voulant jouer au héros et il n'était pas prêt à commettre à nouveau cette erreur. Il était prêt à vivre avec ce monstre en lui plutôt que de risquer de perdre d'autres personnes.
Au fil de ses paroles, Kara se rendait compte qu'Oliver avait fait ce qu'il pensait être juste, même lorsqu'il commettait des atrocités. Comme l'avait dit Felicity, il avait toujours agi dans un but noble. Et il n'était plus ce justicier sans pitié qui prenait la loi entre ses mains, il avait évolué, changé ses méthodes et mettait sa vie en danger pour aider sa ville. Cet Oliver ne méritait pas qu'elle le déteste, quel que soit son passé. Elle ne pouvait pas changer ce qui lui était arrivé et les choix qu'il avait faits, mais elle pouvait être à ses côtés pour la suite et pour s'assurer qu'il n'ait plus jamais à vivre autant d'horreurs.
Kara se posait beaucoup de questions sur sa vie, il y avait des sujets qu'il avait à peine effleurés, comme son temps chez la mafia russe ou en tant qu'agent pour une agence ultra-secrète. Cette période de sa vie le troublait encore, et elle voudrait qu'il se confie à elle pour qu'elle l'aide à panser ses maux et apaiser son esprit. Mais elle ne demanda rien, le laissant libre de lui dévoiler ce qu'il souhaitait. Ce soir n'avait pas pour but d'assouvir sa curiosité mais d'essayer de le comprendre pour voir si elle pouvait envisager un futur avec lui.
Kara finit par poser la question qui comptait le plus pour elle, celle qui déterminerait leur futur, même si elle savait au fond d'elle qu'il ne la décevrait pas :
-Après avoir tué quelqu'un, qui que ce soit, est-ce que tu as des remords ?
Il prit son verre qui était empli d'un liquide ambré certainement alcoolisé et l'observa comme s'il détenait les secrets de l'univers. Kara le laissa étudier sa question qui, elle le savait, n'attendait pas de réponse simple.
-Pour certaines personnes, je l'ai regretté instantanément. J'ai dû tuer une amie parce qu'elle me le demandait.
Elle écarquilla les yeux et son cœur se serra pour lui. Il avait tué une amie. Felicity lui avait dit que son passé était empli d'horreurs, mais elle ne s'était pas attendue à une chose pareille.
-Pour d'autres, je ne me suis jamais arrêté pour y réfléchir. C'était eux ou moi, je n'avais pas le choix. La plupart du temps, je ne connais même pas leur nom. Les plus récents sont les hommes de Church. Il a enlevé le maire et des conseillers, torturé un de mes coéquipiers, tenté de faire de Star City un centre de vente de drogue. J'ai tout fait pour l'arrêter. Si j'étais mort quand ils m'avaient pris otage, ma ville serait tombée entre ses mains. Je ne sais pas si je regrette de les avoir tués.
Elle commençait à se poser également la question. Il semblait qu'il s'agissait du prix à payer pour qu'Oliver garde sa ville en sécurité. S'il n'avait pas tué ces hommes, un criminel aurait mis la main sur la ville. Son cœur lui disait qu'il devait exister un autre moyen de se débarrasser d'eux. Les blesser aurait peut-être pu suffire. Mais Oliver lui avait dit qu'il tuait seulement quand c'était absolument nécessaire. Elle se rendit compte qu'elle ne pouvait pas juger de ses actions alors qu'elle n'était pas sur le terrain avec lui. Elle allait devoir apprendre à faire confiance en son jugement et à accepter que parfois, à ses dépens, son âme sœur devait tuer.
-Quand je décide de tuer quelqu'un, quand c'est ma cible, je n'ai aucun remord. Damien Dhark. Il allait envoyer des bombes nucléaires partout sur la planète pour la recréer à son image. Je l'avais envoyé en prison mais il s'est évadé. Il a tué ma meilleure amie et des dizaines de milliers de personnes innocentes. Je ne regrette pas d'avoir mis fin à sa vie. Je ne peux pas me le permettre.
Kara se demanda ce qu'elle aurait fait à sa place face à un ennemi redoutable et sans merci qu'aucune prison ne pouvait contenir. Alex et J'onn auraient essayé de la convaincre que le tuer était la seule solution. Elle aurait tenté de le raisonner jusqu'au bout, elle aurait décidé de l'envoyer dans la prison la plus sécurisée et lointaine qu'elle connaisse. Et s'il s'était enfui, qu'aurait-elle fait ? Elle l'ignorait. Elle n'avait jamais été confrontée à ce choix et elle supposait qu'elle l'enfermerait à nouveau, au risque qu'il s'échappe. Oliver avait décidé de ne plus prendre ce risque.
Cette vérité était difficile à accepter. Que certaines personnes soient trop dangereuses pour rester en vie. Mais elle comprenait Oliver. Elle voulait qu'il ne se voit plus comme un monstre car il n'en était pas un et lui posa une dernière question, dans le seul but de lui faire réaliser qu'il était un homme bien.
-Qu'est-ce que tu ressens après avoir tué quelqu'un ?
Il prit une inspiration tremblante et reposa son verre auquel il n'avait pas touché sur la table.
-Du soulagement car la menace est éradiquée. De l'horreur face à mes actes.
Il leva les yeux vers elle. Ils étaient emprunts de douleur.
-À chaque mort, je perds une partie de moi. Mon âme est fracturée et je sais que tu mérites mille fois mieux qu'une personne aussi brisée de l'intérieur comme de l'extérieur mais le destin t'a mise sur mon chemin et je ne pense pas avoir le courage de te repousser, alors que je devrais…
Elle s'approcha et le prit enfin dans ses bras avant de lui murmurer à l'oreille :
-Tu n'es pas brisé. Tu es la personne la plus forte que je connaisse. Tu n'es pas un monstre. Tout ce que tu as fait, c'était toujours pour les bonnes raisons.
Il lui retourna son étreinte et enfouit son visage dans son cou. Elle lui caressa doucement la nuque, se promettant de toujours l'aider à voir qu'il n'était pas un monstre.
-Je suis désolée de t'avoir rejeté sans chercher à comprendre. Je te promets de ne plus faire cette erreur, je n'avais aucun droit de te juger si durement.
Ils restèrent ainsi de longues minutes, profitant des bras de l'autre. La discussion avait été émotionnellement chargée, surtout pour Oliver qui devait rarement aborder ces sujets. Kara se fit la promesse de ne plus jamais le repousser, et surtout pas de manière aussi brutale. Elle devait croire en lui et écouter ses explications avant de le bannir de sa vie.
-Merci, murmura-t-il. Merci d'être revenue.
-Tu devras surtout remercier Felicity. Elle m'a rendu visite pour une petite leçon de morale.
Il sourit dans son cou et elle prit note de bien remercier l'informaticienne. Elle leur avait permis de se retrouver.
