Note : Merci à ceux qui sont toujours là et qui suivent cette histoire, j'espère que la descente aux enfers d'Oliver n'a pas été trop difficile à lire, mais promis, les tortures sont terminées. Voilà enfin les retrouvailles, n'hésitez pas à me dire ce que vous pensez du chapitre !
Pat : Comme tu le dis, Chase a réussi à briser Oliver, mais le positif, c'est qu'il ne peut pas descendre plus bas (si ?). Tu te poses les bonnes questions, je te laisse découvrir tout ça au fil des chapitres :) C'est sûr qu'ils viennent de vivre des moments très difficiles, mais c'est aussi ça qui rend les instants de bonheur encore plus beaux et précieux. Merci encore pour ton message !
Chapitre 63
-Je croyais en toi ! hurla Oliver. Je t'ai attendue alors que je recevais ses coups, ses injures, ses moqueries. Je suis mort dans les larmes et la douleur par ta faute ! Tu m'as abandonné, tu n'es jamais venue. Je croyais en toi…
Kara se réveilla en sursaut, un cri coincé dans la gorge, les yeux accusateurs et tellement las d'Oliver emplissant son champ de vision. Le souffle court, elle chassa son cauchemar en se frottant le visage. Il était encore vivant. Les couleurs, malgré leur teinte grisâtre, étaient toujours là. Son téléphone indiquait cinq heures quarante-cinq. Elle avait réussi à dormir trois heures d'affilée, ce qui était un miracle.
Après une toilette rapide dans les vestiaires de l'Arrow Cave, elle rejoignit le centre de commande où elle trouva Felicity et John. Il revenait de sa patrouille et avait déjà rangé son costume. L'informaticienne avait de gros cernes sous les yeux, elle n'avait pas dû fermer l'œil après les terribles nouvelles qu'ils avaient reçues d'Oliver. Felicity n'avait par contre eu aucun état d'âme à l'envoyer se coucher dès que J'onn était reparti, sous la menace d'appeler Alex. Sa sœur était assez inquiète pour elle comme ça et Kara avait cédé.
-Du nouveau ? demanda-t-elle, même si elle savait que non, ils ne l'auraient pas laissée dormir sinon.
-Rien, dit John, frustré. J'ai revisité les derniers repères de Black Siren et Artemis, mais je n'ai rien trouvé de nouveau. Elles ont dû…
Kara n'écouta pas la suite et se retourna vivement vers l'ascenseur. Ce son. Elle le reconnaissait entre mille. Régulier. Synonyme de chaleur et d'amour. Le battement de son cœur.
-Il est là, dit-elle d'un ton ébahi alors que l'ascenseur se mettait en route.
Il avait déambulé dans les rues de Star City alors qu'elle dormait. Si elle avait été éveillée, elle l'aurait trouvé plus tôt, elle lui aurait épargné ce trajet dans son état. Mais ce n'était pas le moment de s'en vouloir. Oliver était là. Elle descendit les marches de l'estrade et s'arrêta à quelques mètres des portes, Felicity et John sur ses talons.
-Il est seul ? demanda John en portant la main sur son pistolet accroché à sa ceinture.
Elle acquiesça, incapable de prononcer le moindre mot alors que les portes s'ouvraient. Une odeur de sang, de sueur, de chair brûlée l'assaillit, couvrant son parfum à lui qu'elle aimait tant. Figée sur place par la crainte de ce qu'elle allait découvrir, elle ne se jeta pas dans ses bras comme elle le faisait d'habitude pour l'accueillir après une mission. Les épaules voûtées, la tête basse, il avança d'un pas lourd, chaque mouvement reflétant un vrai effort, sa veste le couvrant à moitié comme s'il avait été trop difficile de l'enfiler entièrement.
La main contre son cœur, Kara arrivait à peine à respirer, submergée par les émotions. Soulagement, horreur, bonheur, inquiétude, haine, regret, joie, tout se mélangeait en elle. Oliver était vivant, devant elle, en sécurité. Et il semblait complètement détruit.
-Oh mon dieu, murmura Felicity d'une voix tremblante.
Sans leur accorder un regard, il jeta son carquois au sol, lui qui en prenait tellement soin au quotidien. Il retira difficilement la manche de sa veste qu'il laissa aussi tomber par terre, leur dévoilant son torse malmené. Kara était effarée alors qu'elle découvrait une partie de ce qu'il avait subi. Son épaule droite était déchirée, il y avait plusieurs points d'impact, sans qu'elle puisse deviner quelle arme avait été utilisée. Son tatouage de capitaine de Bratva, un des seuls vestiges de ses cinq années d'enfer qu'il ne regrettait pas, était remplacé par une plaie béante qui saignait encore. La peau semblait fondue, son torse en était complètement défiguré.
Il n'était plus entre les griffes de Prometheus mais il souffrait encore et il serait à jamais marqué. Elle détestait ça. Oliver fit un pas en avant et tangua légèrement. Elle se retint de se jeter sur lui pour le soutenir, il avait dressé une barrière invisible entre eux, il était clair qu'il ne voulait pas être touché.
-Vas-y doucement Oliver, dit John.
Il porta son attention sur lui et chercha ses mots avant de parler. Même respirer semblait difficile. Son regard était hanté, vide, mais ses yeux étaient d'un bleu aux milles nuances qui lui redonnèrent espoir dans son monde presque gris. Il était là. Elle l'aiderait à surmonter ce qu'il avait subi aux mains de ce malade.
-Chase m'a capturé… et il m'a laissé partir, dit-il dans un souffle, la voix enrouée.
Oliver ne s'était pas enfui. Son équipe ne l'avait pas sauvé. Kara ne l'avait pas retrouvé. Chase avait obtenu ce qu'il voulait et elle ignorait ce que c'était. Elle ignorait ce qu'Oliver avait dû révéler ou subir afin de satisfaire ce psychopathe.
-On va se venger de ce salop pour ce qu'il t'a fait, dit John qui était aussi révolté qu'elle.
-Il n'aura nulle part où se cacher, ajouta Felicity.
Dès qu'il referait son apparition, Kara l'arrêterait. Elle ne savait pas encore ce qu'elle ferait de lui mais il ne tourmenterait plus jamais Oliver ni la ville. Elle le mettrait hors d'état de nuire par tous les moyens.
-Non, c'est fini… pour moi. Je ne veux plus faire ça. J'arrête toute notre opération.
Il avait l'air si brisé. Kara voulait le prendre dans ses bras, lui donner toute sa force, l'emmener très loin d'ici, là où il n'aura plus à se battre. Mais elle était même incapable de prononcer le moindre mot. Oliver ne lui avait pas accordé un seul regard, comme si sa seule présence lui faisait du mal. Est-ce qu'il lui en voulait de ne pas l'avoir sauvé à temps ? C'était possible. Il était dans cet état par sa faute.
-Oliver, ce n'est pas le moment de prendre une décision si drastique, dit Felicity. On t'emmène à l'hôpital.
-Non.
Son ton était ferme et aucun d'eux ne chercha à discuter. Ils ne voulaient pas le forcer à quoi que ce soit après ce qu'il venait de vivre. Sans un mot de plus, il se dirigea lentement vers leur infirmerie, là où Kara s'était reposée pour reprendre des forces. Elle échangea un regard désemparé avec ses amis. Elle s'était imaginé des dizaines de scénario sur leurs retrouvailles mais jamais elle ne s'était attendue à retrouver un Oliver si brisé, si anéanti. John lui fit signe de le suivre et prit Felicity par le bras pour la conduire vers l'estrade.
Kara laissa son amour pour Oliver parler pour elle et se décida à agir, il était temps qu'elle sorte de cet état de choc, son homme avait plus que jamais besoin d'elle. Elle le rejoignit en quelques pas et allait lui prendre le bras pour le soutenir mais il sursauta dès qu'elle le frôla.
-Oliver ?
Sa voix avait tremblé, il n'avait jamais rejeté son toucher avant. Il l'ignora et ouvrit la porte sans la refermer derrière lui, ce qu'elle prit comme un bon signe. Elle le suivit le cœur lourd, espérant trouver les mots pour qu'il comprenne qu'elle était là pour lui. Il ouvrit un placard pour en sortir des bandages, et encore une fois, il vacilla sur le côté, à bout de forces.
-Assis-toi, je m'en occupe.
Sans protester, il s'assit lourdement sur le lit dans un grognement de douleur. Elle rassembla d'autres bandages, des lingettes pour le nettoyer, de l'alcool pour désinfecter ses plaies, le nécessaire pour recoudre sa blessure à l'épaule, et déposa le tout sur une table qu'elle fit glisser jusqu'à lui. Elle aurait tout à portée de main. Elle remplit une bassine d'eau chaude et y glissa une éponge douce. Ce n'était pas le moment de prendre une douche alors qu'il avait des plaies ouvertes mais il avait besoin de se débarrasser de la saleté, du sang et de la sueur qui le recouvraient.
-Je voudrais être seul, dit-il lorsqu'elle le rejoignit, bassine en main.
Il la repoussait encore, avec ses mots cette fois. À demi avachi sur lui-même, toute énergie semblait l'avoir quitté. Les yeux baissés sur ses mains, il ne lui avait encore accordé aucun regard. C'était ce qui l'inquiétait le plus. Il n'avait jamais cherché à l'éviter avant, ils savaient se comprendre sans un mot, mais aujourd'hui, il avait érigé une barrière qu'elle n'avait pas encore réussi à franchir. Elle ne voulait pas le brusquer et elle était prête à faire tout ce qu'il voulait mais pas à le laisser panser ses blessures seul. Alors elle s'assit à côté de lui sans le toucher, lui laissant l'espace dont il avait besoin, et lui demanda simplement des explications.
-Pourquoi ?
Il prit une inspiration tremblante et redressa un peu les épaules comme s'il voulait se donner le courage de répondre.
-Chase avait raison, dit-il avec conviction malgré sa voix éraillée. Tous les gens qui entrent en contact avec moi… ils souffrent ou ils meurent.
C'était complètement faux. Il ne pouvait pas croire une chose pareille. Elle esquissa un geste pour lui prendre la main mais son regard s'arrêta sur ses poignets, lui rappelant qu'il n'accepterait pas son toucher. Ils étaient rougis et abîmés, irrités par les chaînes qui l'avaient retenu prisonnier. Elle pouvait l'imaginer tirer désespérément sur ses liens alors que Chase lui brûlait le torse et elle se fit violence pour chasser cette image. Elle devait lui faire comprendre qu'il avait tort.
-Rien de ce que cet homme dit n'est vrai, dit-elle fermement.
-Ce n'est pas ce qu'il a dit qui importe, murmura-t-il en baissant la tête.
C'était ce qu'il avait fait. Il l'avait torturé pendant six jours, il lui avait prouvé qu'il était plus fort que lui, que ses amis et alliés étaient impuissants contre lui et qu'Oliver ne pouvait compter sur personne que sur lui-même. Il lui semblait invincible et Oliver ne voulait plus se battre en vain. Le prix de sa liberté avait peut-être été d'accepter les mensonges de Chase. L'aider à voir combien il avait tort lui semblait une tâche impossible.
Lentement, elle leva une main, le laissant la voir approcher avant de lui effleurer tendrement le menton. Il tressaillit mais ne se dégagea pas. Avec une légère pression, elle lui fit relever la tête pour qu'il croise son regard. Elle ne s'attendait pas à y lire tant de détresse et de lassitude mais elle fit de son mieux pour cacher combien elle souffrait pour lui. Elle lui montra son amour inébranlable, sa foi en lui, sa conviction qu'il allait se remettre de cette épreuve. Il la dévisagea quelques secondes avant de détourner les yeux comme s'il ne pouvait pas le supporter.
-Oliver, regarde-moi.
Il obtempéra après une hésitation, et elle parla avec son cœur, espérant que ses paroles s'inscrivent dans son esprit et remplacent les tourments de Chase.
-Tu mérites d'être aimé. Tu n'es pas un poison pour les gens qui t'entourent, tu es une lumière. On a de la chance de faire partie de ta vie. Je t'aime. Rien de ce qu'il t'a fait ne pourra changer ça. Je t'aime, Oliver.
Pendant un instant, les couleurs reprirent leur teinte habituelle et son visage se détendit sous ses doigts. Son cœur se gonfla d'espoir et d'une nouvelle détermination, ils surmonteraient cette épreuve ensemble. Trop vite, le brouillard gris qui lui couvrait la vision depuis des heures reprit sa place et Oliver se dégagea de ses doigts, brisant leur connexion.
-Ne reste pas ici. Retourne sur ta Terre.
Elle en eut le souffle coupé. Il la repoussait, encore. Chase avait réveillé tous ses démons et elle ne pourrait pas l'apaiser en quelques mots.
-Je vais te donner de l'espace parce que tu me le demandes, dit-elle doucement. Mais il n'y a aucune chance que je quitte cette Terre.
Elle en était physiquement incapable. Maintenant qu'elle entendait son cœur battre, elle resterait synchrone avec lui. Elle ne le perdrait plus. Jamais.
-S'il te plait, juste… pars.
La voix brisée, il la suppliait presque. Les larmes aux yeux, elle voulait le prendre dans ses bras et lui assurer qu'elle serait toujours là pour lui. Sauf qu'il voulait tout le contraire. Elle devait s'assurer d'une chose avant de sortir.
-Tu ne peux pas t'occuper de ces blessures seul. Tu préfères aller au DEO pour te faire soigner, ou laisser John t'aider ?
Lui laisser le choix était primordial même si elle préférait qu'il se fasse examiner par un vrai médecin.
-John, dit-il dans un murmure.
Kara sortit de la chambre avec l'impression d'y avoir laissé son cœur. La brève euphorie qu'elle avait ressentie en le retrouvant enfin s'était envolée, remplacée par de la peine et un sentiment d'impuissance qui menaçait de l'étouffer. Elle ne savait pas comment l'aider. Elle avait l'impression d'avoir perdu l'homme de sa vie.
