Coucou, coucou !

C'est assez étrange des chapitres courts. Enfin courts... courts... comparé à mes habitudes, je veux dire. 6000 ou 7000 mots ce n'est pas ma moyenne haha. Du coup je suis toujours assez surprise quand j'arrive assez rapidement à la fin d'un chapitre de All is found.

J'essaie aussi de garder une ambiance plus légère que d'autres fictions, même si j'ai des travers et j'aime bien rendre mes personnages plus torturés qu'ils en ont l'air et je n'en fais pas exprès T_T

Bref, second chapitre en ligne !

Merci à tout ceux qui me suivent aussi sur cette fiction et bonne lecture !


ALL IS FOUND.

Chapitre 02 : Bienvenue au club.


Albus Potter ne reviendra pas avant la veille de leur retour à Poudlard, tout juste au moment où Scorpius est convaincu de l'avoir fait fuir de bon.

Apparemment, il en faut tout de même un peu plus pour se débarrasser de la ténacité de son camarade.

Il est confortablement installé dans sa chambre, un roman entre les mains, quand sa mère apparaît sur le pas de la porte avec le Gryffondor sur ses talons. C'est une fin de matinée comme les autres. Depuis que Harry Potter et son coéquipier se sont emparés de l'affaire, les Aurors ont déserté son salon et sa famille n'est plus harassée de questions. Les journalistes ont même peu à peu quitté la rue en rongeant leur frein.

Scorpius a fini par reprendre une certaine routine, non sans la boule au ventre à l'idée de devoir retourner à l'école sans avoir eu des nouvelles de son père entre temps.

Il n'est d'ailleurs pas vraiment absorbé par ce qu'il lit. Ce qui est clairement une anomalie, un symptôme des pensées qui parasitent son esprit. Il lit seulement pour combler le vide, pour éviter de voir les heures s'écouler et de tourner en rond. Sa concentration est telle de toute manière que le moindre détail la brise. Impossible de retenir plus d'une phrase.

Quand il a entendu les pas dans l'escalier, il a donc immédiatement su qu'il s'agissait d'Albus avant même de le voir. Ses amis seraient montés sans être accompagnés.

- Tu as de la visite, Scorpius, dit Astoria.

Astoria encourage le Gryffondor à passer la porte puis rebrousse chemin.

- Laissez la porte ouverte, dit-elle seulement.

Scorpius lève les yeux au ciel. Bien qu'il ne s'en formalise pas, l'attitude d'Albus change dès qu'Astoria disparaît. Il semble relâcher une tension retenue depuis longtemps, comme si la mère de son camarade l'intimidait énormément. Intéressant, note Scorpius avant de réaliser que le jeune garçon promène son regard un peu partout dans la pièce et qu'il se sent exposé.

Soudain, c'est lui qui ne sait plus trop où se mettre.

Sa chambre ne lui a jamais paru aussi simple qu'aujourd'hui : un grand lit au centre de la pièce, sous le puits de lumière qu'offre le mur entièrement vitré donnant sur leur jardin. Un bureau assez sommaire et très bien rangé. Un coin lecture avec trois bibliothèques aux étalages entièrement remplis -et même sur-remplies, un tapis de couleur sombre et un fauteuil couvert de poils de chats.

Rien qui en dit beaucoup sur lui, mais quand même... Il s'agit de son antre.

Le regard d'Albus rencontre le sien et celui-ci secoue la tête.

- Qu'est-ce que je donnerais pour avoir tout cet espace...

- Salut peut-être avant ?

- Salut, marmonne-t-il avant de s'aventurer un peu. C'est quand même assez... vide. Tu ne t'es jamais dit que ça rendrait super bien d'avoir des plantes ? Ou même un ou deux fauteuils supplémentaires pour faire un petit salon ?

- Es-tu décorateur d'intérieur ou es-tu venu pour me parler d'autre chose ?

- J'ai quelque chose pour toi.

Il rougit avant de brandir un paquet d'enveloppes de son sac en bandoulière. Puis de nombreux parchemins, organisés par couleurs. Il dépose le tout au bout du lit, entre eux.

- Mon père a récupéré ton courrier. Et je me suis dit que je te ramènerai au moins les cours que tu as manqué avant les vacances.

- Merci.

Scorpius est pour le coup sincèrement reconnaissant. Il délaisse son bouquin sur la table de chevet pour se rapprocher du butin d'Albus.

Il met les cours de côté pour se concentrer sur le courrier qu'il attendait avec impatience. Il y a quatre lettres de Mimi, trois de Liam, et quelques-unes de destinataires qu'il ne connaît pas et qui le laissent perplexe.

Sans s'y attarder, il ouvre aussitôt celles de ses proches. Scorpius parcoure le tout à un rythme presque effréné, comme si sa vitesse de lecture pouvait rattraper le temps perdu entre l'envoi et la réception des missives.

Avec un certain soulagement, ils lui font savoir qu'ils attendent d'en apprendre plus de sa part et qu'ils sont évidemment de son côté. Ils racontent également les événements qu'il a manqué durant son absence. Mimi est plus passionnée que Liam, sans surprise. Il reconnaît là le feu qu'elle porte en elle, sa colère générale contre le monde entier.

Elle râle contre le Ministère et contre la clique de Potter qui a fait des siennes, mais aussi contre McGonagall qui a refusé de leur en dire plus comme prête à embarquer l'information jusqu'au fond de sa tombe. Sa dernière lettre possède même un aparté destiné aux Aurors, les insultant copieusement après avoir deviné que son courrier n'est pas arrivé à bon port.

Liam est tout aussi fidèle à lui-même, plus en retenue mais avec une volonté d'acier, prêt à en découdre si Scorpius le lui demande. S'il râle, c'est au sujet de Mimi et de sa hargne qu'il le fait. Mais ce n'est qu'en apparence, comme une plaisanterie, ces deux-là sont amis depuis leur première année.

A travers leurs anecdotes, le jeune Malfoy est surpris et rassuré de constater que la majorité de sa maison a pris sa défense. Beaucoup de bagarres ont apparemment explosé dans les couloirs avec les dernières rumeurs, et pas seulement entre les Serpentards et les autres maisons. Un Serdaigle aurait été vu donner un violent coup de poing à un des détracteurs de Scorpius, un Gryffondor, après lui avoir réclamé pour la cinquième fois de la fermer. Et il ne serait pas le seul.

Les Préfets-en-Chef et les professeurs ont distribué plus de retenues en une semaine que depuis le début de l'année et Mimi a failli écoper de deux mois à nettoyer les salles de Défense contre les Forces du Mal pour avoir transformé les cordes vocales de Bertie en celles de moutons.

C'est Albus Potter qui les a découvertes et qui a argumenté auprès du corps professoral pour ne pas la sanctionner. Bertie n'a plus osé l'ouvrir après ça, écrit Mimi. En même temps, elle ne s'attendait pas à voir Potter me couvrir... Faudra que l'on en parle, d'ailleurs : depuis quand est-il devenu plus sympathique au juste ? Il n'a rien dit non plus à Liam l'autre jour quand il a insulté sa clique derrière leur dos ! Pourtant, je suis sûre qu'il nous a entendu. Affaire à suivre.

Scorpius repose la lettre et lève les yeux vers Albus, dont il se souvient de la présence. Pendant la lecture de son courrier, le Gryffondor s'est assis au bureau et semble avoir sorti deux-trois trucs pour s'occuper.

- Pourquoi as-tu pris la défense de Mimi ?

- Bertie l'avait méritée, répond celui-ci en sachant directement à quoi Scorpius fait référence.

- On dirait. Mais pourquoi ? insiste-t-il. En fait, jusqu'à maintenant, tu as toujours fait comme si nous n'existions pas alors te soucier de notre sort...

- La réciproque est vraie aussi.

Albus s'apprête à dire autre chose mais il secoue finalement la tête.

- Écoute, je n'ai pas envie de me disputer encore avec toi.

- Cool, réplique Scorpius en haussant les épaules, comme s'il s'en foutait complètement.

- Bertie a dit des choses affreuses. Mischa a été la plus rapide à réagir. Franchement, je ne sais même pas comment elle a fait pour ne pas être violente. Bertie aurait mérité bien pire que de pleurer quelques heures en bêlant bêtement.

Scorpius déglutit. Le ton de son camarade lui indique effectivement que la Gryffondore n'a pas dû dire que des compliments. Cette inflexion dure dans sa voix le surprend. Albus a toujours l'air d'avoir le mot ou un sourire pour alléger l'atmosphère. Scorpius ne l'a jamais vu en colère comme il semble l'être pourtant à ce moment précis.

- Qu'a-t-elle dit encore ?

- Veux-tu vraiment savoir ?

Il hoche la tête.

- Sérieusement ? C'était extrêmement méchant.

- Je te le demande.

Albus a l'air de prendre conscience que Scorpius ne lâchera pas le morceau.

Son camarade prend une profonde inspiration en le regardant droit dans les yeux et le jeune Malfoy est un instant de plus troublé par la colère qui gronde en lui.

- Soit... Elle a dit que mon père aurait dû se débarrasser du tien il y a longtemps, histoire qu'il n'y ait pas de monstruosité comme toi aujourd'hui.

La voix de Scorpius lui manque soudainement.

Il est habitué à ce qu'on puisse le haïr sans le connaître. Les gens ne voient que ses cheveux blonds, ses yeux d'acier, ou encore les couleurs de sa maison. Un reflet de Draco Malfoy alors que les deux n'ont finalement pas grand-chose en commun quand on se penche suffisamment sur leurs caractères.

Mais une phrase aussi cruelle à son égard, Scorpius en a rarement entendu.

Ce sont d'avantage des chamailleries pénibles ou des rumeurs d'imbéciles en manque d'action qui le surprennent dans les couloirs de l'école. Pas des menaces de cette envergure, en tout cas.

Il a la sensation de tomber, que son lit ne le rattrape plus. Un vide vertigineux, un puits sans fond de dégoût. L'incompréhension est plus forte que l'indignation. Il y a longtemps qu'il ne cherche plus à prouver quoi que ce soit aux camarades qui l'ennuient à longueur de journée, mais l'idée d'une telle animosité n'a jamais parcouru son esprit.

- Je n'aurais pas dû te le dire, s'excuse Albus.

- Non, c'est bon. Pourquoi suis-je surpris franchement ?

Il laisse échapper un rire amer qui fait grimacer son camarade.

- Elle aurait mérité bien pire, répète Albus. Ils sont horribles.

- Est-ce que tu ouvrirais enfin les yeux à leur sujet ? Es-tu au courant qu'ils ont toujours profité que tu aies les yeux fermés pour me lancer des remarques ?

- Je ne savais pas que c'était à ce point, déglutit-il. Ils doivent se sentir plus libres avec la situation...

- Super.

- Je les tiendrai à l'œil.

C'est dans la minute de flottement qui suit que Scorpius devine qu'il doit prendre une certaine décision malgré tout. Faire ou ne pas faire confiance à Albus Potter. Le croire quand celui-ci déclare ne pas être amis avec ses détracteurs, le prendre au sérieux quand il prend sa défense. Ou alors continuer de penser que c'est beaucoup trop louche.

Les paroles de sa mère lui reviennent en tête : « Ne sois pas trop dur avec lui, tu auras besoin de la protection de son nom. ».

Il doit se rendre à l'évidence : Astoria a bien raison. Mais est-il prêt à laisser un Potter le « protéger » ? L'expression n'est pas sans le faire frissonner. Il n'aime pas dépendre des autres ou de leurs bons sentiments. Il y a toujours anguille sous roche, si ce n'est de se mettre dans une position vulnérable que l'on va ensuite regretter.

Quelque chose en lui finit cependant par le faire capituler. Un certain pressentiment que les choses ne vont pas se tasser aussi vite que tout ce qui a bien pu lui tomber dessus avant aujourd'hui. Il est prêt à accepter certains aménagements, une certaine trêve, si ça lui permet un peu de répit.

Les lèvres d'Albus esquissent aussitôt un sourire plus confiant comme s'il devinait le fil de ses pensées.

- Tu n'auras qu'à me tenir à l'œil aussi, propose-t-il.

- Ok. Deal.

Ils savent tous les deux que ce marché est tout à fait sérieux. Scorpius accepte de lui faire confiance, mais à une seule condition : au moindre faux pas, Albus se prendra l'équivalent d'un orage dans la gueule. Il n'est pas un ami, il n'est pas vraiment un camarade. Il est un allié sur la sellette, en attente de faire ses preuves.

Depuis que le Gryffondor s'est assis à sa table dans la bibliothèque, Scorpius l'étudie sous toutes les coutures. Bien qu'il ne comprenne toujours pas les intentions ou les motivations du garçon, la balance semble pencher pour l'instant en sa faveur.

Il finit par détourner les yeux pour ne pas affronter Albus et sa joie à peine feinte. Même seul avec lui, ce dernier possède toujours une présence qui prend un peu toute la place. Malgré les failles qu'il laisse entrevoir, quand il sourit, il reprend cet aspect du beau garçon sûr de lui que Scorpius préfère en temps normal éviter comme la peste.

Il tend la main vers les dernières missives pour éviter de combler le silence et se maudire plus tard d'avoir dit n'importe quoi.

- Ce sont des lettres de soutien, dit Albus. Mon père s'est dit que, peut-être, elles t'aideront à voir que tu n'es pas seul.

- Tu lui as parlé de notre conversation ? s'étonne-t-il.

L'air coupable d'Albus ne lui échappe pas.

Scorpius avise finalement le courrier, à deux doigts de s'en saisir. Il contemple sa main restée au dessus du petit paquet. Des mots d'inconnus, du réconfort, du soutien, de l'inestimable, mais surtout un détail qui n'avait jamais effleuré ses pensées : certaines personnes ne prennent pas part à ce mépris ambiant contre sa famille. Toutefois, il se rend vite à l'évidence. Ce n'est pas de ce genre d'encouragements dont il a besoin. Ce genre de choses l'embarrassent sûrement bien plus que d'avouer à Albus qu'il a de jolis yeux.

Il finit par disposer du courrier sans l'ouvrir.

- Je suppose que s'il y a du courrier positif, il y en a aussi du négatif, non ? demande-t-il d'un air qu'il souhaite indifférent.

- Euh, oui... Mais sois sûr qu'ils ne laisseront rien passer d'inapproprié. Si quelqu'un te veut réellement du mal, mon père et Ron agiront.

- Merci pour les nouvelles angoisses.

Albus se renfrogne et Scorpius sourit.

- Oh ça va, je plaisantais. J'y pensais déjà avant que tu m'en parles. Je suis suffisamment capable de me créer de nouvelles angoisses sans ton aide, rassures-toi.

- C'est censé être rassurant ?

Il hausse les épaules avant de s'emparer des cours que son camarade lui a ramené.

- Il faut bien en rire parfois, marmonne-t-il avant de se plonger dans les notes du Gryffondor.

Après avoir feuilleté un peu, il découvre que chaque couleur de parchemin correspond à une matière et que l'écriture d'Albus Potter est étonnamment très ordonnée. A croire que ce ne sont pas tout à fait ses notes. Il possède une plume assez féminine, facile à lire. Cette dernière tranche totalement avec l'idée que s'en faisait Scorpius après l'avoir vu avachi de nombreuses fois sur la table de la bibliothèque.

La manière de retracer un cours de son camarade est toutefois plus chaotique que ne le présente son écriture. En définitive, il reconnaît là le jeune homme qui sommeille un peu sur son pupitre avant de rattraper son retard en griffonnant à la va-vite. Il restructure les informations lancées par le professeur, ajoute ses propres observations, plutôt que de reprendre mot à mot le cours. Ce qui dénote d'une excellente mémoire.

C'est ce qu'il constate en découvrant un cours d'Histoire de la Magie plutôt surprenant et non moins correct. Couché sur papier, la matière n'a rien à voir avec la manière de conter du professeur Binns. Potter possède sa propre prose qu'il manie avec subtilité. De temps en temps, un commentaire sarcastique se glisse et illumine aussitôt le récit historique d'un certain sens de l'humour.

Scorpius sourit pour lui-même. Apparemment, le Gryffondor n'a pas seulement un don pour le dessin, mais pour l'écriture aussi. Combien de leurs camarades le soupçonnent-il ?

C'est une nouvelle facette du jeune homme qui l'impressionne. Et la lecture, c'est son domaine. Il sait reconnaître un bon auteur et ici, les notes s'enchaînent avec fluidité. Albus Potter ferait un professeur passionnant s'il avait quelques années de plus. Il prend un sujet ennuyeux, le malaxe comme de l'argile et le remodèle avec intelligence.

Décidément, le garçon a des talents cachés.

Sans se soucier de son camarade, Scorpius se rallonge sur le lit pour se plonger complètement dans ses cours. Il est passé à la Métamorphose, que McGonagall enseigne toujours avec autant d'aplomb, et qu'il apprécie particulièrement. Et la plume de Potter a le don d'alléger le ton qu'emploie la directrice.

Il est alors facile d'oublier que l'auteur de ces parchemins se trouvent dans la chambre et qu'il l'intimide. Albus ne cherche d'ailleurs pas à l'interrompre et Scorpius est bien trop captivé par sa lecture pour se rendre compte des gestes de son camarade.

C'est la première fois de la semaine qu'il est passionné par ce qu'il lit.

Scorpius a vraiment l'impression de se glisser dans un nouveau monde. Poussé par sa curiosité dévorante, le jeune Malfoy a bien du mal à prendre une minute de répit.

Il ne sait pas combien de temps s'est écoulé entre l'instant où il a fermé les yeux pour se reposer un peu la vue et l'instant où son corps fait une violente embardée dans sa poitrine en réalisant qu'il s'est endormi au milieu de sa lecture. Il bondit sur le lit, en poussant un soupir assez ridicule.

Heureusement, le silence assourdissant de la chambre lui répond. Albus est parti et à en voir la luminosité qui a décliné, il est sûrement parti depuis longtemps.

Il n'a rien entendu et le Gryffondor n'a même pas pensé à le réveiller. Pour lui, il ne s'est déroulé qu'une minute, qu'un clignement de l'œil. Il faut croire que ses insomnies savent le rattraper au pire moment. Rubis se remet en boule contre l'oreiller après avoir été dérangée par son sursaut et Scorpius découvre que les notes ont glissé du lit pour s'étaler sur le sol.

Il soupire d'avance de devoir réorganiser le tout.

- As-tu faim ?

Scorpius sursaute une nouvelle fois en découvrant sa mère contre la porte, qui l'observe d'un air tendre. L'expression de son visage lui apprend qu'elle se tient là au moins depuis un petit moment.

- Quelle heure est-il ?

- Dix-neuf heures passées. As-tu bien dormi ? Tu semblais en avoir besoin.

Un hochement de tête bref.

- Albus est parti ?

Il n'a pas eu l'intention de poser la question et pourtant celle-ci a franchi ses lèvres sans qu'il y réfléchisse. Bien évidemment qu'il n'est plus là, il n'est pas aveugle non plus... Pourtant, il a l'impression que d'avoir rater son départ équivaut à avoir manqué quelque chose d'important.

- Oui. Il est quand même resté assez longtemps, répond sa mère. Il t'a laissé quelque chose sur ton bureau.

- Ah ?

- Jette-y un œil et viens manger, d'accord ?

Scorpius acquiesce et entend Astoria descendre les escaliers. Le jeune homme s'étire et remet en place ses cheveux d'une main. Après avoir attrapé sa baguette sous l'oreiller, il se contente d'attirer les parchemins à lui à l'aide d'un sortilège. Remettre les cours par matière et par couleur lui prend au moins une bonne dizaine de minutes.

Puis, il n'a plus le choix. Scorpius prend conscience qu'il est en train de retarder le moment d'examiner ce que son camarade a déposé sur le bureau.

Son regard finit par se poser enfin sur la chaise inoccupée, laissée un peu en travers par Albus et son étrange conception de l'ordre, et Scorpius finit par se lever. Qu'aurait-il bien pu lui laisser de plus ? Un nouveau paquet de lettres ? Les négatives cette fois ? Ou alors peut-être des devoirs ?

Il se laisse tomber sur la chaise quand il comprend que toutes ses hypothèses informulées étaient bien loin de la réalité. Quelques parchemins sont roulés en boule dans un coin, à l'abandon total. Mais au centre du meuble, Albus a laissé la plume de Scorpius piquée dans un tiroir et un de ses dessins tout juste griffonné.

Scorpius se rappelle les ébauches qu'il a aperçu à la bibliothèque, ces illustrations qu'il a rapidement vues mais qui ne l'ont pas préparé à ce qu'il a sous les yeux. Pendant qu'il s'est endormi, Potter a couché sur papier un bref portrait de lui. Rubis est là également, lovée contre lui. Les parchemins lui glissent des mains, penchant dangereusement vers le parquet. Ses cheveux lui tombent sur les paupières. Le recoin de ses lèvres est recourbé en un sourire.

Il se reconnaît sans mal.

Et il apprécie définitivement le trait d'Albus. Sacrifier un tel dessin serait un sacrilège.

Toutefois, Scorpius n'aime pas l'effet de panique qui monte de son estomac, ni les questions qui commencent à embrumer sa tête. Il retourne d'un geste le croquis et cette fois, son cœur loupe un battement en découvrant la petite annotation derrière.

Une date, un titre, une signature.

02/11. Harmony. A.P.

Scorpius ferme les yeux. Albus Potter joue à un jeu dangereux ; En a-t-il seulement conscience ?


Les bras de Mischa sont les premiers à l'accueillir sur le quai de la gare. Ce sont également les seuls qui se risqueraient à l'enlacer. Il n'a pas eu le temps de les éviter. Scorpius compte jusqu'à trois et se détache avec un léger sourire. Liam se contente d'une tape sur l'épaule, sachant très bien que les contacts physiques tel qu'une étreinte a tendance à l'embarrasser.

Ça aurait pu pourtant être pire. Il aurait pu être accueilli par des moqueries ou des insultes ou encore avoir perdu ses amis.

Comme s'il comprenait ses hésitations, Liam lui annonce que le trajet risque d'être calme. Beaucoup sont restés à Poudlard pour les vacances de la Toussaint, dont ceux qu'il n'est pas pressé de revoir. Une part de lui reste cependant sur la réserve. En dix jours de vacances, la clique de Potter a eu le temps de préparer un mauvais coup, c'est certain.

Liam et Mimi l'entraînent à travers les wagons du train. Scorpius se ferme aussitôt aux bruits extérieurs. Celui des valises et des sortilèges, le chaos ambiant des autres étudiants et de leurs conversations, les derniers au revoir aux parents sur le quai. Il n'a pas envie d'entendre quelque chose qui lui est adressé alors qu'il n'est pas encore dans les meilleures dispositions.

Astoria a reçu un courrier ce matin et les raisons de son absence le travaillent. Elle peut enfin rendre visite à Draco et Scorpius est impatient de recevoir son compte-rendu par hibou. Et trouver peut-être quelques réponses à ses questions : comment se déroulera la suite ? pourra-t-il lui aussi le voir ? et comment va son père surtout ? Car même sans les Détraqueurs, Azkaban reste un endroit où il ne fait pas bon d'y être.

- Vide, enfin ! s'exclame Liam avec un sourire. Allez, venez.

Il tire Mimi et Scorpius par la manche, puis verrouille derrière eux pour éviter que d'autres camarades un peu trop curieux les rejoignent.

- As-tu reçu nos lettres ? demande directement Mimi en installant sa valise. Si tu ne pouvais ou ne voulais pas répondre, on comprendrait. Ce n'est pas une situation facile. Mais je préfère savoir qu'elles sont arrivées.

Scorpius hissent sa valise, puis celle de Liam qui galère, et pousse un soupir.

- Tu as eu raison, dit-il. Les Aurors me les ont confisquées.

- Tu vois ! s'écrit-elle à l'intention de Liam.

- Ne vous inquiétez pas, j'ai fini par les recevoir, dit-il en gardant ses explications pour plus tard. Mais je n'ai pu les lire qu'hier.

- C'est fou... Je ne comprends pas pourquoi garder ton courrier ? De quoi ont-ils peur ? Que l'on projette d'assassiner quelqu'un ? Nous ?

Mimi conclut ses mots en levant bien franchement les yeux au ciel.

La jeune Serpentarde est une née-moldue. Il est si simple pour elle de s'insurger contre ce genre de jugements hâtifs. Il y a des choses qui, jusqu'à il y a sept ans, lui étaient encore totalement inconnues. Certains concepts restent même encore totalement évasifs à ses yeux, et la guerre ne l'a pas frappée d'aussi près que lui ou que Liam Bones.

Les coutumes des uns et des autres la dépassent complètement. Ces histoires de famille, d'honneur, d'héritage, n'est qu'une notion abstraite, ou plutôt une notion du Moyen-Âge comme elle aime le répéter. Mimi a d'ailleurs été la seule étonnée quand Liam a fait part de la stupeur de ses parents quand il a été réparti à Serpentard, alors que des générations de Serdaigles se succèdent dans sa famille. Elle l'a été d'autant plus en constatant les rivalités existantes entre les différentes maisons.

Pour elle, être à Serpentard ou à Gryffondor n'est pas une bien grande différence. Ce n'est qu'une maison, chacun possède des qualités des quatre grands fondateurs, leurs défauts aussi. Son nom ou celui de Potter ne sont également que des noms.

Au final, ce monde sorcier s'acharne sur des apparences « qui comptent pour du beurre » selon elle. Mimi est à elle seule ce vent de fraîcheur qui vient toujours rappeler à Scorpius que les insultes de la clique de Potter ne sont que des conneries éphémères et superficielles. A la fin de sa septième année, il pourra tout laisser derrière lui.

- Je pense que tu aurais effectivement eu envie de meurtre si tu avais rencontré les premiers Aurors qui sont venus chez moi, rit-il. La pensée m'a traversée l'esprit, c'est pour dire.

- A ce point ? demande Liam. On a vu qu'une vieille photographie d'eux dans La Gazette, ils n'avaient pas l'air spécialement aimables, mais comme tout Auror je dirais...

- Des interrogations tous les jours ! soupire-t-il. Voire plusieurs fois par jour, s'ils n'étaient pas satisfaits. Leurs regards n'avaient rien de bienveillant et ils ont quand même voulu me faire croire que je n'ai jamais été désiré par mes parents, que ça ne servait à rien d'être loyal à un père qui ne m'aime pas.

Le silence de Mimi est frappant. La jeune fille a contracté ses poings.

- N'importe qui voit comment tes parents sont avec toi et ils savent... Ils t'aiment, Scorpius, insiste son ami.

- Je sais. Je n'ai jamais remis ça en doute !

- Je le dis au cas où.

Liam lui lance un regard entendu. Et Scorpius est reconnaissant que son ami le connaisse aussi bien.

- C'est quand même incroyable cette histoire, renchérit Mimi. Il n'y a aucun doute pour nous que ton père est innocent. Ce qui veut dire que dans ce cas, le Ministère trempe sûrement dans des stratagèmes assez douteux.

Ses paroles lui rappellent une conversation bien récente, celles écoutées avec les Oreilles à rallonge d'Albus. Ce sont exactement les propos d'Harry Potter, ses doutes personnels sur l'affaire en question. Scorpius déglutit.

Le train se met doucement en route et chacun porte un instant son attention sur la fenêtre. Le moment du départ est toujours assez unique. A ce moment précis, Scorpius est autant angoissé que soulagé de retourner à Poudlard. Il ne sait pas ce qui l'attend, mais sa solitude ne lui pèse plus autant. Il est bien accompagné, quoi qu'il arrive.

Il sourit un instant et Mimi se retourne vers lui.

- Bon, je vais nous chercher nos réserves habituelles et tu nous racontes tout. Ce n'est pas le temps qui manquera, cette fois !

Il hoche la tête.

- Seulement si tu m'offres les patacitrouilles.

Face à son minois de chien battu, la jeune fille éclate de rire. Liam secoue la tête et ajoute sa commande à la sienne. Les deux garçons comblent ce qu'il manque de mornilles à leur amie et cette dernière sort du compartiment pour monter vers l'avant du train.

- J'avais oublié combien elle est énergique.

- Et encore, tu n'as rien vu ! Tu verras quand on sera de retour. Elle ne compte laisser personne impuni, dit-il. Bon ceci dit, tu me donnes un ordre et j'y réponds aussi. Mais Mimi ne rigole pas du tout avec ce qu'il se passe.

Scorpius ne sait pas ce qu'il ferait sans ces deux-là. Honnêtement, ils sont arrivés dans sa vie à un moment improbable et ils se sont armés de courage et d'obstination pour rester. Il n'est jamais facile de se rapprocher de lui, et tôt ou tard il a fini par s'ouvrir à eux sans filtre. Maintenant, les deux Serpentards lui donnent toujours l'impression de se sentir chez lui quand il se tient près d'eux.

Un rire attire son attention et il tourne machinalement la tête vers le couloir.

Il découvre Rose Weasley qui a du mal à calmer un fou rire avec ses amies. Cependant, c'est Albus qui attire aussitôt son regard. Il se tient derrière elles avec un septième année de Poufsouffle. Le garçon porte déjà son uniforme de Préfet-en-Chef et suit machinalement le mouvement, les mains dans les poches. Il n'a pas l'air vraiment là, comme s'il venait de passer une nuit épouvantable.

Les compartiments déjà occupés ont l'air de l'ennuyer plus qu'autre chose.

Leurs regards se verrouillent accidentellement et la surprise se succède sur les traits du Gryffondor.

C'est étrange de constater qu'ils ne s'ignorent plus. Scorpius a bien du mal à détourner le regard en faisant comme s'il ne l'avait pas vu –ce qu'il a toujours fait jusqu'à maintenant. Même Albus semble avoir cette minuscule hésitation avant de le saluer d'un hochement de tête discret auquel Scorpius répond.

Leurs quotidiens sont entrés en collision et ils ne savent plus qu'elle est la marche à suivre. Le geste ne semble pas tout à fait naturel encore.

- Qu'est-ce que c'est que ça ?

Liam hausse un sourcil amusé.

- Depuis quand Potter et toi vivez dans la même dimension de ce monde exactement ?

Scorpius le fusille du regard.

- C'est son père qui a repris l'enquête, avoue-t-il en un murmure, conscient que l'information n'a pas encore été diffusé à la presse. Et, une chose en entraîne une autre, voilà, tu vois.

- Je ne vois absolument pas, non ! Ne parle pas en énigme sinon mon imagine fertile va s'activer.

- Liam.

- Attends, es-tu en train de me dire que vous vous êtes vus pendant les vacances ?

- Je vais attendre Mimi pour tout vous expliquer.

Comme si le destin prenait un malin plaisir à le voir patauger dans son embarras, la porte du compartiment s'ouvre sur la jeune fille aux cheveux roses.

- Nous expliquer quoi ?

Ses trouvailles virevoltent au-dessus de sa tête, tandis qu'elle dévisage ses amis. Liam sourit d'un air conspirateur et Scorpius soupire déjà. Il lève une main pour attraper les mini-patacitrouilles en suspension ainsi que la tasse de chocolat chaud qui lui est réservé. Liam s'empare d'une chocogrenouille et du café, tandis que le thé et les croissants sont pour Mimi.

- Alors ?

- Scorpius et Potter sont quelque chose.

La bouche de Mimi s'ouvre en grand mais Scorpius lui coupe la parole avant qu'elle ne réagisse.

- Liam a très mal compris.

- Ce n'est pas ma faute si tu es trop vague... plaisante-t-il avant de dire plus sérieusement : ils se sont salués, Mimi. Tu sais ce que ça veut dire.

- Wow.

- Et ils se sont vus pendant les vacances.

- Ha ha. Non attends... C'est vrai ?

Scorpius n'arrive plus à les arrêter. Il est vrai que lui-même a du mal avec la disparition de cette ligne bien tracée entre lui et Albus, celle qui permet de tenir bien éloignée leurs deux vies si différentes. Mais les plaisanteries de Liam et Mimi lui font dire que quelque chose lui échappe complètement. Ils finissent heureusement par cesser, non sans un sourire malicieux et Mimi se lance enfin :

- Alors, que voulais-tu nous expliquer ?

- Que son père, Harry Potter, a repris l'affaire justement.

Et il raconte tout, ou presque.


Un nœud lui contracte l'estomac quand il se mêle au chahut qui règne dans le Grand Hall. Ses amis se sont répartis de chaque côté de lui, comme pour marquer leur territoire et Scorpius arrive à sentir qu'ils sont tout aussi tendus que lui.

Après avoir relaté tout ce qu'il sait à propose de l'affaire, d'Albus Potter, et des nouveaux Aurors sur le dossier, les trois amis ont bel et bien évoqué l'idée que certains Gryffondors n'ont pas dû chômer pendant les vacances. Ils les attendent au tournant, prêt à répliquer s'il le faut. Mais l'idée n'est pas tant de savoir s'ils vont tenter quelque chose contre lui, mais plutôt de savoir quoi.

Scorpius avance jusqu'à la Grande Salle dans un état second. Son cœur palpite dangereusement et c'est bien la première fois qu'il est aussi nerveux de revenir à Poudlard.

Au moins, les Serpentards ne l'accueillent pas avec des regards mauvais. Ses camarades l'encouragent en le saluant plus que d'ordinaire, offrant parfois des tapes sur l'épaule ou lui souhaitant un bon retour. Les regards pleins de mépris qu'ils posent machinalement sur les autres tables ne lui échappent cependant pas. Il ne tarde pas à remarquer qu'il n'est pas le seul à être parcouru d'une certaine appréhension. Ce sentiment est partagé par toutes les tables, palpable un peu partout dans la pièce, comme une bombe à retardement dont chaque élève a conscience.

Les yeux de Scorpius rencontrent une nouvelle fois ceux d'Albus quand il s'assoit. Le Gryffondor est assis presque exactement à l'opposé de lui. Cette fois, il détourne l'attention, ennuyé de découvrir quelle maison se tient en face de la sienne pour le banquet.

- Je ne le sens pas, marmonne-t-il.

Ses amis ne cherchent même pas à nier. Le ressenti est plombant et les œillades s'échangent entre les tables. Quelque chose se trame, mais il ne sait pas quoi. Ou peut-être s'agit-il d'un élan de paranoïa ?

Les élèves continuent d'arriver par vagues, puis la directrice entame un court discours pour souhaiter une bonne rentrée et un bon mois de novembre à tous. Les plats commencent à apparaître sur les tables et un morceau de musique s'enclenche en fond sonore. Tout semble normal, mais il n'y a aucune place pour le soulagement. La clique de Potter ne s'est toujours pas fait entendre. Il aimerait croire qu'ils ne frapperont pas aujourd'hui, toutefois ce n'est pas possible.

Mimi a pris place face à lui et Liam à sa droite. La jeune femme lui sert un peu de pommes de terre, Liam un peu de poulet, et lui-même se verse un grand bol de soupe. Être couvé ne lui semble pour une fois pas étouffant.

Toutefois ni Liam ni Mimi ne peut prévenir ce qui vient ensuite.

Même Scorpius se retrouve figé sur son siège par la vision qui prend forme devant lui. Alors qu'il trempe à peine sa cuillère dans son bol, sa soupe se métamorphose peu à peu en une substance difforme qui ne cesse de grandir jusqu'à former un Détraqueur encore plus hideux que les vrais. Des bulles s'échappent de son corps verdâtres et soudain il se penche vers lui comme pour avaler son âme.

Sauf que c'est un cri sur-humain, imprégné de magie, qui retentit sur lui.

« Crève ! »

Des rires familiers commencent à monter après que le bol ait explosé au visage de Scorpius et que celui-ci manque de perdre l'équilibre sous l'impact. Il réalise que Liam retient sa chute d'un sortilège et que Mimi s'est déjà levée, baguette tendue vers la table des Gryffondors. Le tout a pris une seconde, deux maximum, et pourtant l'humiliation a duré une éternité pour lui.

Liam l'aide à se rasseoir tandis que son visage affiche une colère jamais vu auparavant. Il n'est pas quelqu'un de si expressif et le voir aussi furieux retourne l'estomac de Scorpius.

Les sons l'ont déserté. Encore sous le choc de ce qu'il vient de se produire, il a du mal à entendre le brouhaha autour de lui. Il peut deviner sans peine qu'il y a des rires et des insultes avec les visages de ses camarades. Toutefois, c'est la fin de la phrase de McGonagall qui lui fait réaliser qu'il a totalement perdu son ouïe pendant l'espace d'un instant.

- ... coupables se désistent maintenant ! lance-t-elle d'une voix tonitruante, réduisant la Grande Salle à un silence de mort. Je ne tolérerai aucun harcèlement dans l'enceinte de cette école et toute action de cette envergure sera sévèrement puni. J'espère bien me faire comprendre de chacun d'entre vous.

- Tout le monde sait de qui il s'agit ! lance un Serpentard de la même année que Scorpius.

D'autres voix se mêlent ensuite à la sienne. Le jeune Malfoy soupire et essuie son visage à l'aide de sa serviette. Il n'a rien à dire. Que dire à part rendre les choses encore plus compliquées ? Il ne comprend tout simplement pas comment une affaire qui ne regarde personne dans l'enceinte de cette école a pu prendre des proportions aussi énormes. Il ne comprend pas pourquoi les Gryffondors redoublent de méchanceté à son égard à chaque année. Ne sont-ils pas sensés prendre en maturité comme tout le monde ?

Liam pose sa main sur son épaule.

- Assez ! s'écrit la directrice. Des mesures strictes vont devoir être prises si chacun se comporte ainsi. Il n'y aucune fierté à tirer de cette école si une partie de mes élèves agissent avec autant d'impunité.

Scorpius relève la tête. Inconsciemment, ses yeux se posent sur Albus Potter qui lui a pourtant promis de tenir à l'œil ses camarades. Toutefois, ce dernier a l'air de fulminer. La main de Rose semble le retenir mais le garçon a les yeux rivés sur les trois personnes que tout le monde soupçonne activement.

Ed Crivey, Bertie MacMillan et Lewis Thomas.

McGonagall ne finit pas sa tirade, Albus s'extirpe de la prise de sa cousine et pointe discrètement sa baguette sur les trois compères qui se retiennent de rire comme si les mots de la directrice ne les interpelaient pas. Une main invisible les bouscule et les trois Gryffondors sortent de la rangée en poussant un cri de surprise. Le regard de leurs professeurs se tournent aussitôt vers eux, ainsi que les autres tables.

Albus en profite que l'attention soit portée sur eux et que la directrice fasse de leur punition un exemple pour se faufiler jusqu'à la table des Serpentards. Liam et lui se jaugent d'un regard sévère, puis Potter lui fait signe de sortir de là. Ses lèvres sont tellement pincées que Scorpius n'est pas surpris de le voir garder le silence.

Il le suit sans hésitation. Scorpius a besoin de sortir de la Grande Salle et de son atmosphère devenue pesante, quelle que soit son excuse ou la personne qui le lui propose. Il est d'ailleurs soulagé d'avoir vu le Gryffondor prendre les rênes. Cette démonstration efface un peu plus les préjugés qu'il a contre lui. Jeter en pâture ses camarades est pour lui un bon exemple de loyauté et, comme s'il avait besoin de ce genre de preuves pour lui faire confiance, Scorpius se sent un poil plus léger en sa compagnie.

- Je vais les tuer, je te jure, je vais les tuer... marmonne Albus Potter.

Scorpius réalise qu'ils arrivent à l'infirmerie, surprenant la jeune infirmière qui est en train de dîner tranquillement à son bureau, le nez dans ses registres. Ce n'est pas la destination qu'il aurait choisi mais en sentant la brûlure de la soupe se réveiller, il se dit que ce n'est pas plus mal. De plus, Miss Morton et lui se connaissent assez bien. Elle délaisse d'ailleurs rapidement ses dossiers pour venir à sa rencontre.

Son visage doit être déjà marqué par quelques rougeurs car l'infirmière n'hésite pas entre lui et Albus. Elle l'examine brièvement avant de montrer un des lit du menton.

- Je te jure, Scorpius, je vais les tuer, rage encore le jeune Gryffondor en l'accompagnant.

- Ça va.

- Non, ça ne va pas ! Comment peux-tu rester aussi calme ? Ils t'ont dit de crever !

- Pardon ? s'exclame la jeune femme en revenant avec un flacon.

Son regard passe du Préfet-en-Chef au Serpentard, attendant des explications qui ne viennent pas. Cependant, Miss Morton a l'habitude des visites de Scorpius. C'est ici qu'il se rend quand son anxiété fait des siennes. Elle connaît ses insomnies, ses angoisses, ce qui l'agite et les rumeurs qui le concernent et qu'il subit. C'est une des rares personnes à qui il peut parler librement.

- C'est nouveau ? dit-elle. Depuis quand ça a pris une telle ampleur exactement ? J'espère, Scorpius, que tu as conscience qu'ils ont tort. Il faut que tu en parles à d'autres personnes, au professeur McGonagall surtout. Je ne peux rien faire, je suis bloquée par le serment de ma profession... Mais j'ai l'impression que tu le sais déjà, conclut-elle en s'adoucissant. C'est pour ça que tu me parles, non ?

- C'est bon, j'ai l'habitude, gronde-t-il.

Ce n'est pas le cas mais il n'a pas envie d'avouer que les mots l'ont effectivement heurté. Bien plus que l'humiliation. Le trio de l'enfer souhaiterait vraiment que Scorpius disparaisse ? Mais qu'a-t-il fait, bon sang ?

- Je ne peux pas faire grand-chose non plus, renchérit Potter. Et j'ai comme l'impression que si je parle à ta place, tu vas m'en vouloir.

Scorpius est surpris de découvrir que Albus a parfaitement raison. Il le maudirait sur plusieurs générations.

- Je ne peux que les garder à l'œil et leur enlever des points, et c'est ridicule. Je ne savais pas... jusqu'à il y a peu... qu'ils étaient comme ça. Je te donne ma paroles qu'ils ne sont pas mes amis et qu'ils ne l'ont jamais été.

- Arrête. Ça va, je te dis.

Les yeux d'Albus rencontrent les siens et Scorpius prend conscience que l'on finit par s'habituer de croiser son regard. Il est d'avantage troublé par la rage qu'il peut lire en lui et qui assombrit dangereusement ce qu'il dégage. Albus Potter n'est pas quelqu'un qu'il faut énerver.

- Ils me dégoûtent, tranche-t-il.

- Bienvenue au club, il te suffira de recevoir ton petit blason auprès de Mimi et de Liam.

- Scorpius...

L'infirmière pose une main sur l'épaule d'Albus et lui sourit.

- Tu peux aussi rejoindre mon club, dit-elle, celui des gens exaspérés par les techniques d'évitement de ton ami ici présent.

- Nous ne sommes pas amis, reprend le Serpentard.

Le Gryffondor ne le quitte pas un instant des yeux, son esprit en proie à une longue réflexion dont lui seul a le secret. Il observe les brûlures de Scorpius qui l'élancent chaque fois que Miss Morton applique le contenu du flacon dessus. Sa grimace ne lui échappe pas. Et ses mains qu'il triture nerveusement, et qui témoignent que la situation le touche plus qu'il ne veut l'avouer tout haut, non plus.

- D'accord, et je signe où exactement ? demande Albus.


Et voilà. Merci de m'avoir lue !

J'espère que ce nouveau chapitre vous a plu aussi.

C'est une atmosphère différente de mes habituelles fictions aussi. Même si je ne peux m'empêcher d'aborder des sujets qui me tiennent à cœur quand même (harcèlement, anxiété) avec l'un de mes personnages favoris.

Je vous fais des bisous et j'espère vous voir au chapitre suivant !

Slyth.