Disclaimer : Pas à moi... T.T Sauf mon OC Alika. Tristement... Balsa, je veux que tu sois mienne !


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Partie I.2 : Ransa no Moribito

L'arrivée de Chagum dans ma famille

» Chagum est arrivé l'année suivante, à mes six ans. Juste avant, il y a deux mois, mes parents se sont disputés. Une violente dispute. Je me souviens que Maman m'avait intégrée dans leur engueulade. Elle voulait m'emmener avec elle en voyage. Papa, lui, ne voulait pas. Moi, je ne savais pas où tourner de la tête ni quel côté prendre. Ma tête allait de droite à gauche et vice-versa. Finalement, ma mère quitta sans moi, sans m'emmener. Papa m'avait retenu et m'avait pris dans ses bras pour éviter que je ne la suive même si je me débattais en criant. Il me fallut un long moment pour que je cesse de me débattre et de crier. Le soir, je ne voulais pas dormir avec mon père, je voulais dormir seule avec Hana.

« Tout ira bien pour ta Maman, mon cœur.

- Mais Hana...

- Jiguro va veiller sur elle. C'est pour ça qu'il est parti avec elle. Il va revenir de temps en temps pour te redonner de ses nouvelles. Maintenant, essaie de dormir. »

Heureusement qu'Hana était là pour me calmer. Jiguro venait me voir pour me donner de ses nouvelles, sur comment elle allait et qu'elle s'ennuyait de moi. Ça me rassurait et je gardais jalousement ces informations de mon père.

Tous êtres incarnés sur terre possédaient un gardien. Mes parents aussi en possédaient chacun un, sauf que je ne les avais jamais vu de façon aussi clair que Jiguro. Ils étaient flous. Je n'attardais pas mon intérêt sur eux plus qu'il le fallait.

La journée précédente le soir où nous avons retrouvé Maman, blessée mortellement, Papa avait à faire au Bas-Ougi.

« Qu'est-ce qu'il y a, Alika-Chan ?

- Quand Maman revient ?

- Je ne sais pas. Son travail lui offre un horaire assez irrégulier.

- Mais je veux voir Maman !

- Mais Papa ne sait pas quand elle va revenir et qui sait, elle—

- Elle est toujours en vie, les esprits me l'ont dit.

- Encore tes amis imaginaires ? soupira papa.

- Ce ne sont pas des amis imaginaires ! m'indignai-je. Ils m'ont vraiment dit la vérité !

- Alika... Nous ne sommes pas dans ta tête et pas plus dans ton monde.

- Mais c'est vrai !

- Alika...

- Je veux voir Maman ! Elle, elle me comprend et me croit ! »

Je piquai encore ma crise de larmes hebdomadaire avant de nous rendre au Bas-Ougi afin d'y vendre des herbes médicinales. Lorsque nous sommes retournés au refuge, un jour plus tard par manque de commandes, Hana m'avertit qu'un garçon allait se noyer d'ici peu en essayant de chercher Papa. Elle le ressentait. Mais je n'en parlais pas à mon père : il ne me croyait pas. Comme elle me l'avait prédit, un garçon se noyait et Papa l'avait attrapé juste à temps. Au refuge, tandis que Papa allait chercher Maman, Chagum et moi avions appris à se connaître. Son gardien était très timide alors qu'il restait constamment dans son ombre. Entre-temps, Hana m'avait tout dit : Chagum avait été mis sous la protection de ma mère à la demande de la Seconde Impératrice.

« On a demandé à Maman de te protéger jusqu'à la fin de ses jours, pas vrai ? lui avais-je dit.

- (Il sursauta) Oh... Oui. Comment le sais-tu ?

- Les esprits me l'ont dit.

- Tu vois les esprits ?

- Oui. Grand-Mère Torogai dit que j'ai hérité des dons Yakue de mon papa, qu'il n'utilise plus... Je vois les auras, je vois les esprits et je leur parle... j'ai même trois esprits qui me suivent constamment et qui me protègent.

- (il fut parcouru de frissons) Toi alors... »

C'était toujours comique de voir leur réaction.

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La prédiction d'Hana

» Je me souviens qu'un soir, alors que je prenais mon bain avec ma mère, je lui posai la fameuse question que chaque enfant a au moins demandé une fois dans sa vie : quand est-ce qu'ils me feront une petite sœur ou un petit frère ?

« Oh, mon poussin, ce ne sera pas pour demain.

- Pourquoi ? Tu peux pas planter des graines de choux pour que la cigogne puisse passer ?

- L'histoire de la cigogne, hein ? Tu ne préfèrerais pas avoir un grand frère ?

- Grand frère... Niisan ?

- Niisan ?

- Chagum-Niisan ! Est-ce qu'on peut l'adopter ?

- Hé bien... il a une famille ailleurs, je ne peux pas le kidnapper.

- Mais pourquoi tu t'occupes de lui alors que tu as moi ?

- Parce que c'est mon rôle de garde-du-corps. Je protège les adultes comme les enfants. Et sa Maman m'a demandée de prendre soin de lui jusqu'à la fin de mes jours.

- Alors tu vas être sa Maman ?!

- En quelque sorte.

- Tu ne vas plus être ma Maman ?!

- Non Alika, je serai toujours ta Maman. Mais je serai également la mère de Chagum maintenant que sa mère est loin de lui. Ne serait-ce pas un peu de la jalousie ?

- Pas du tout.

- Ah, tu es sûre ?

- Certaine ! »

Nous avions bien ri. Hana vint me voir le soir, ayant entendu notre conversation. Elle se pencha vers moi alors que je m'habillai pour la nuit.

« Sois patiente petite fleur.

- Pourquoi ?

- Je peux te garantir que tu auras une petite sœur ou un petit frère bientôt.

- Quand ?

- Sans doute au courant de l'hiver. Mais je ne sais pas quand. »

Je gardai donc secrètement sa prédiction.

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Chagum accrue la capacité de mes dons

» Il y a une chose qui m'a marqué quand Chagum n'était qu'un Nyuga Ro Chaga. Étant en présence d'un esprit sacré provenant de Nayug, mon don avait accrue de façon déconcertante. Une bonne fois, je ramassai de l'eau avec Maman dans la rivière et ma vision changea. Je me trouvai à demi dans mon monde, à demi dans Nayug. Il y avait des créatures fascinantes, à la fois gigantesques. Je tombai à la renverse, sur la berge, poussé doucement par Hana qui veillait sur moi.

« Alika ! Tout va bien ? s'était inquiétée Maman.

- Eh...

- Tu as été prise de vertige ? (elle me rassit sur l'herbe)

- Non... je sais pas pourquoi, ma vision a changé et durant un moment, j'ai cru voir un autre paysage.

- Hum ?

- Un paysage coloré... avec d'étranges créatures...

- Nayug ?

- Je sais pas... mais aucun danger, je vais bien. J'ai juste eu peur. »

Maman remit le seau en place et m'aida à me redresser. J'essorai ma ceinture et elle remplit les seaux avant de m'en donner un à nouveau. Hana confirma que j'avais bien vu Nayug et que l'œuf de l'esprit sacré influençait d'une certaine façon mon sixième sens et ma clairvoyance... en plus de voir les esprits !

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Divers événements

» Je ne vais pas tout détailler chaque instant de ma vie, juste les plus marquant, mais pendant cette période de temps, il y eu l'évanouissement de Tatie Saya. Son âme avait quitté son corps : on appelle ça un voyage astral. C'est l'âme qui quitte son enveloppe physique pour aller visiter d'autre endroit ou tout simplement pour se connecter au monde spirituel ou son « Moi Supérieur ». Tatie Saya pourrait donc avoir le don que je possède, mais elle se bloque – comme Papa – ou en a simplement pas conscience. Cependant, si vous n'êtes pas habitués à ce genre de situation paranormale ou ésotérique, cela peut être très dangereux et vous risquez non seulement de vous perdre, mais également que votre âme se fasse attaquer en cours de route si vous n'avez jamais fait ça. Elle était incapable de revenir à son corps physique. J'avais même entendu la conversation, bien que courte, entre Maman et Papa juste avant que je ne fasse une petite sieste.

« Moi aussi ? avait-elle demandé.

- ...

- Chamane Torogai ne t'avait-il pas averti de ne pas pratiquer l'appel d'âme ?... Si tu plongeais dans un puits avoisinant, je sais que je serais capable de t'en tirer. Mais tu ne peux pas attacher une corde à une âme.

- Je connais les risques ! Mais puisque mon maître n'est pas là, c'est moi qui dois le faire !

- Je suppose que oui, mais...

- Ça ira. Je vais ramener l'âme de Saya, c'est certain. Si par hasard je ne la ramenais pas, je reviendrais pour te hanter quand tu dormiras, plaisanta-t-il, blague que Maman ne rit pas mais elle osa entrer un peu dans sa blague.

- Je vais rester ici et te surveiller. N'oublie pas, Alika voit les esprits. Si elle te voit faire du voyeurisme sur moi, elle me préviendra et te tapera sur les doigts, Papa.

- ...

- Fais de ton mieux.

- Très bien. Âme, prend la fuite. Élève-toi tels les oiseaux dans le ciel. »

Je ris face à la remarque de Maman. Elle me croyait que je les voyais. Également, je fis une paralysie du sommeil : ça intervient lorsque tous vos muscles sont dormis et que votre conscience, elle, est réveillée. Alors les illusions peuvent devenir de vrais cauchemars. Dans mon cas, j'étais complètement perdue. Esprit ou non, je ne distinguais vraisemblablement rien. Mon corps ne me répondait plus. Je tentai de parler, mes lèvres ne bougeaient pas. Je ne suis pas morte, je ne suis pas morte... me répétai-je. Je tentais de soulever mon pied, mais toujours rien. Je demeurais allongée sur le dos, parcourant des yeux la pièce plongée dans le noir, ne pouvant que constater au fur et à mesure que le temps s'écoulait que j'étais littéralement prisonnière de mon propre corps. Je me mis à manquer d'oxygène, comme si j'étouffais. Comme si quelque chose s'appuyait sur ma poitrine pour m'étouffer. Je pouvais entendre ma respiration siffler, et plus je forçais sur ma poitrine pour aspirer plus d'air, plus celle-ci semblait se bloquer et se compresser, comme sous l'effet d'un énorme sac de sable invisible posé sur moi. Je paniquais : je rêvais ou étais-je réveillée ?! Maman était à mes côtés, je le savais. Je criai son nom... mais je ne pouvais pas remuer les lèvres. Les seuls signes qui obéirent à mon esprit, furent mes larmes qui roulèrent de mes joues. Paniquée et apeurée, mon cauchemar n'était pas terminé. Prisonnière de mon propre corps, voilà que des ombres sortaient d'entre les murs. Elles rôdaient autour de moi.

Une respiration, au début imperceptible, puis de plus en plus clair et marquée parvint à mon oreille. Et au fur et à mesure que je réalisais que « quelque chose » ou « quelqu'un » respirait à côté de moi, ce souffle se faisait rauque et sifflant, et paraissait se rapprocher, dans mon dos. Ce n'était pas Hana ni Jiguro. Quelque chose marchait sur mon ventre, et de gauche à droite, comme un chat. Mes yeux, inondés de larmes regardaient dans toutes les directions possible, ma respiration était perdue. Heureusement que ma mère fut là et intervint en me sortant de ce cauchemar éveillé. Je n'en ai plus jamais refait par après. Même mes gardiens n'avaient rien vu venir de cela.

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Papa est sceptique !

» S'il y avait encore une chose sur laquelle je devais encore travailler était de convaincre mon père de mon don. Il s'était beaucoup plus fermé à ce monde depuis qu'il était devenu médecin. Alors que j'avais joué en forêt et que nous mangeâmes le repas du midi, sans Maman qui réglait ses propres comptes personnels, Papa me demanda ce que j'avais fait aujourd'hui.

« J'ai joué dans la forêt ! Je la connais par cœur et je n'ai pas peur vu que mes amis esprits sont là et qu'ils me guident et me conseillent.

- Alika, nous n'avons pas ton imagination, me répéta à nouveau mon père.

- Maman t'as bien dit que j'avais décrit Jiguro comme elle l'avait vue alors que je ne l'ai jamais rencontré lors de son vivant ! Je peux aussi te décrire ton grand-père, Kunda. Il vient d'entrer dans la pièce. Physiquement, si tu veux, je peux te le décrire. Il dit que tu es son portrait craché et moi aussi je trouve d'ailleurs... »

Papa se retourna vers moi, surpris à la fois agacé.

« Pas de ça à la table, Alika.

- Ah ha ! tu oses me croire enfin ? sortis-je, un brin d'espoir.

- Moi, je te crois, me rassura Chagum.

- Vraiment ?

- Oui. Le monde de Sagu est rempli de mystère et ça ne m'étonne pas que des gens comme toi puisse voir les auras, les gens décédés et d'autres choses qui restent inexpliqués aux yeux des roturiers. Mais moi, je te crois.

- Merci ! »

Nous prîmes nos bols et continuâmes de parler, oubliant même que Papa était là, à nous regarder raconter nos histoires et nos croyances. Je savais que je pouvais faire confiance à Chagum, puisqu'il me croyait.

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Les animaux ont une âme également

» Les animaux ont aussi des âmes. Je l'ai appris d'Hana qui m'avait montré comment écouter les animaux de la forêt qui m'entouraient. J'étais en harmonie avec la nature, comme les gens Yakue et de mon infime partie de sang Yakue qui coulait dans mes veines. Alors que je voulais montrer ma cachette à Niisan, les trois gamins qui n'avaient rien retenu de leur leçon et qui recherchaient encore l'entrée de ma cachette secrète, s'étaient encore re-pointés. Ils m'avaient insulté en me traitant de bâtarde et Niisan avait pris ma défense. On s'était enfoncés dans la forêt alors qu'ils nous suivaient. Je demandais à Chagum de se terrer au plus loin hors du cercle, à l'opposé de nos poursuivants et je me plaçai sous le halo de lumière et ne bougeai plus en fermant les yeux. Hana se pointa et m'aida à recueillir les animaux par sa simple énergie.

J'entendis les gamins qui nous suivaient approcher, mais leurs pas de course s'arrêtèrent net. Je rouvris les yeux, les regardai en souriant, Hana à mes côtés. Bientôt, tous les oiseaux de la forêt prirent leur envol comme si quelque chose de menaçant arrivait lorsqu'elle déploya ses ailes. Les branches craquèrent et bientôt, plusieurs yeux jaunes, rouges, bleus et verts apparurent dans la pénombre. Des animaux des renards, des loups, des ours et j'en passe, avançaient vers eux en créant une embuscade.

« Je vous avais prévenu que vous alliez le regretter... cette forêt m'appartient, et PERSONNE, sauf les voyageurs égarés et les blessés, ne peut se l'approprier. Maintenant, si vous le désirez, mes amis ont faim... »

Je leur fis signe et les animaux partirent à la course vers les trois gamins. En fait, Hana leur avait bien ordonné de ne pas les manger, mais uniquement de les effrayer. Ils partirent en prenant leurs jambes à leur cou.

« C'est... toi qui as fait ça ? demanda Chagum en sortant de sa cachette.

- Oui... enfin...

- Décidemment, j'en apprends toujours un peu plus sur toi chaque jour... tu peux parler aussi aux animaux ?

- Bah... naturellement, je crois que oui... grâce à l'infime part du sang Yakue qui coule dans mes veines. Je suis en harmonie avec la nature. Mais en fait, c'est Hana qui les a surtout convoqués.

- Hana ?

- Une de mes anges gardiens. Elle a le don pour les animaux.

- Oh ! dit, ils ne m'auraient jamais attaqué, hein, les animaux ?

- Non, sauf si nous l'aurions ordonné. Ce qui m'aurait également très étonné, car Maman a le devoir de te protéger et ne te laissera pas mourir, donc... techniquement, non.

- Eh... d'accord, tenta-t-il d'analyser. »

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Portail positif, neutre et négatif – Réincarnation

» Désormais que vous avez baigné dans le quotidien d'une enfant médium, il est temps pour moi de vous révéler un second sujet dont moi seule est au courant. Je suis ce qu'on appelle un portail. En gros, je peux me faire posséder par les esprits, faire de la canalisation en bon thème. Mais attention : seuls les esprits à l'énergie positive peuvent prendre possession de mon corps, car je suis d'énergie positive. Mais qu'est-ce cette énergie positive ? Hé bien, les gens sur terre sont divisés en trois sortes d'énergie : les positifs, les neutres et les négatifs.

1- Les personnes d'énergies positives sont des êtres discrets, ravageurs et pour la plupart rancuniers à différents degrés. Ce sont les personnes les plus nombreuses en nombre.

2- Les personnes d'énergie neutre pure sont rares. La plupart des personnes d'énergie neutre varie plus du côté positif ou du côté négatif.

3- Les personnes d'énergie négative. Le thème de l'énergie négative ne veut pas dire mauvais. Il n'y a aucun mal à être d'énergie négative. En fait, les personnes dites d'énergie négative ne sont pas classés comme méchants, ils ont justes une énergie sans « plus (+) ». Ils sont directs, non rancuniers, explosifs et très possessifs. On les considère comme des démons... des gentils démons.

Sachez également que pas n'importe qui peut se faire posséder, même si de base, tout le monde peut se faire posséder. Mais si vous n'êtes pas un portail, vous ne pouvez pas être possédés par tous les esprits sauf votre gardien. Les portails positifs ne peuvent que laisser passer les esprits positifs, les portails négatifs que les esprits négatifs alors que les portails neutres, qui se situent entre les deux, peuvent être possédés par tous les esprits – positifs, négatifs, neutres.

La seconde chose que j'ai à vous parler, il s'agit nulle autre que de la réincarnation. Nous nous réincarnations pour apprendre et vivre de nouvelles expériences de vie et acquérir peu à peu une sages spirituelle. Mais il existe également des gens qui sont des « âmes nouvelle ». En gros, ces âmes vivent leur première réincarnation sur la terre. S'il n'y avait pas d'âmes nouvelles, nous resterions toujours le même nombre de gens sur terre. Passé la première vie en tant qu'être incarnés, nous devenons une âme avec un historique de vie antérieure et ce bagage d'expérience continuera de s'agrandir au fil des incarnations ultérieures.

Ma Maman est une réincarnation. Elle et moi se côtoyons depuis des siècles et des millénaires. J'ai près d'une centaine de réincarnations à mon issue, dont ma X centième en ce moment-même. J'ai déjà été quelques fois des garçons tout comme j'ai été, le plus souvent du temps, une fille. Par moment, je peux me laisser posséder par une de mes réincarnations passées. Quand je fais une possession – ou le vrai mot, canalisation – ça ne paraît pas, car tous les « Moi antérieur » que j'ai été, se connaissons. Mes personnalités antérieures sont capables d'imiter ma voix. On partage tout : les pensées, les sentiments, les goûts. En gros, nous retenons toujours un petit quelque chose de toutes nos vies antérieures qui définissent la personne que nous sommes présentement.

Ce fut le cas d'une possession quand j'ai eu ma crise de jalousie à l'hiver, quand Maman entrainait Chagum. Pour avoir crié tout ce que je pensais, ce n'était pas dans mon vocabulaire habituel et j'avais trop de mots disons « mature ». Alors, Suika, une de mes réincarnations, âgée de onze ans, d'une très grande rancune et jalousie maladive avait pris ma place pour parler franchement à ma mère. D'où le fait que j'ai crié autant de bêtises à ma mère avec plus de maturité qu'à mon âge de six ans – je n'avais conscience de rien, je ne me souviens de rien... Suika avait pris ma place.

Voici un aperçu de ce que ça a offert :

« Alika ?! Qu'est-ce que tu étais en train de faire à Chagum ?! m'a-t-elle demandé alors qu'elle me tenait fermement par les épaules.

- Je suis tannée de lui ! avait crié Suika en se remettant à pleurer de plus belle.

- Ne me crie pas après, Alika. Ce que tu as fait était mal... je sais que tu vas mal ces temps-ci, que c'est sûrement le manque de lumière qui t'affecte, mais essaie de te contenir.

- Alors tu ne te rends vraiment compte de rien, même chose avec Papa ?! explosa-t-elle à nouveau.

- Il y a quelque chose que je n'ai pas remarqué ? Dis-le-moi alors.

- Tu ne comprends vraiment pas comment je me suis sentie dernièrement ?! Être mise de côté ! Voilà ! À chaque fois que tu t'entrainais, tu entrainais Niisan ! Niisan, Niisan et toujours lui ! Je ne pouvais que rester assise à vous regarder puisque je n'avais rien en main alors que j'avais un ardent désir de me battre et d'expulser mon énergie colérique !

- ...

- Quand je voulais enfin me battre avec toi pour m'entrainer, il était soit trop tard, soit tu allais déjà te coucher et te préparer à dormir... ! Je ne pouvais qu'attendre ! Attendre, attendre, attendre et encore attendre !

- ...

- Il est le Nyunga Ro Chaga et je comprends que l'arrivée du printemps et Ralunga s'en viennent à grand pas, mais tu t'es UNIQUEMENT concentrée sur lui sur l'entrainement d'arts martiaux et de la lance ! (Suika repris notre respiration et voulait que ma mère nous lâche, mais elle continuait de resserrer son étreinte contre nous)

- Tu n'as pas tout dit, je suppose ? Continue.

- Tu es ma Maman ! Moi tout ce que je voulais, c'était de passer du temps avec toi ! Entre mère et fille ! Et je voulais pas Niisan dans le décor quand on pouvait être UNIQUEMENT juste nous deux, mais tu l'emmenais pareil !

- ... Continue ?

- Je voulais que tu vois réellement mes progrès, pas juste en spectacle mais bien en analysant mes mouvements quand on s'entraine ensembles pour que tu me conseilles ! J'angoisse chaque jour à savoir si je vais te revoir ! Je voulais être dans tes bras quand tu étreignais Niisan ! Niisan est une compétition pour moi et que je me sens menacée plus que jamais ! Maintenant, ça ne changera pas la perception que j'ai de Niisan à présent ! »

Voyez ? C'est comme ça quand une réincarnation prend le dessus sur nous.

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Un autre niveau de débloqué

» Dès que j'ai eu sept ans, je me mis à voir d'autres esprits. Pour le moment, je ne voyais que mes gardiens et certains esprits. Mais cette fois-ci, à mes sept ans piles, je me mis à voir lentement les démons – les gentils démons, qui ressemblaient en tout point à des personnes et non des créatures – les anges et les autres esprits reliés à mes parents. Telle n'a pas été ma surprise quand j'ai vu que huit autres lanciers accompagnaient Jiguro, qui ramenait des amis au bercail. J'ai également vu l'un des gardiens tout de mon père et d'autres esprits reliés à ses vies antérieures. Trop déboussolée, Torogai m'aida à bloquer et débloquer temporairement mon don pour voir juste mes esprits habituels. Ce qui m'apaisa beaucoup.

Vous vous souvenez de la prédiction d'Hana comme quoi Maman allait tomber enceinte cet hiver-là ? Elle a eu raison, car le jour où Maman s'est mise à avoir ses nausées matinales, elle m'annonça en posa ma main sur son ventre qu'elle attendait un bébé et nous étions en hiver. Nous nous sommes donc expliqués dehors, pendant une marche.

« Tu voulais qu'on parle ? dis-je.

- Oui.

- À propos du bébé ?

- Exactement.

- Qu'est-ce qu'il y a ?

- J'ai repensé à ta crise contre Chagum, et l'attention que je mettais sur lui. Si je m'occupe du bébé à sa naissance, vas-tu... être jalouse, comme pour le cas avec Chagum ?

- Non. Parce qu'iel sera plus petit-e que moi et qu'il sera vulnérable et que ce n'est pas de tout repos... ce sont mes amis esprits qui me l'ont dit à l'instant même. Alors qu'avec Niisan, il est arrivé à l'improviste, au moment même où je t'avais pas revue depuis deux mois et il est plus vieux que moi !

- Je vois. Alors ça me rassure.

- Je suis contente ! Oh ! j'oubliais...

- Oui ?

- Un soir cet hiver, je t'ai entendue avec Papa... »

Maman se figea.

« Vous avez crié et vous avez aussi respiré bruyamment comme si vous étiez essoufflés... vous faisiez quoi ? Tu t'entrainais ? Tu avais mal ?

- Hum... (elle cherchait encore ses mots) tu te souviens quand tu m'as demandée pourquoi on t'avait traitée de "bâtarde" ?

- Oui.

- Tu sais également ce qu'est "faire l'amour", n'est-ce pas ?

- Oui...

- Il arrive que pendant que deux personnes font l'amour, ils... ils prennent plaisir à ça et exprime leur joie et excitation dans des gémissements comme ceux-là. Tu comprends maintenant ?

- Aaaaaaaahhh... oui. Et laisse-moi deviner : c'est comme ça que le bébé (je pointai son ventre) est arrivé, hein ?

- En effet, tu as tout compris. La prochaine fois, Papa et moi allons se montrer plus discrets.

- D'accord...

- Au fait, mon poussin. Peux-tu finalement me dire quels sont tes amis imaginaires ? Tes amis esprits. Tu dois bien connaître leur nom, non ? »

Je m'arrêtai dans la neige et tournai autour de ma lance, plantée le sol gelé, pour faire face à ma Maman.

« Tu veux vraiment savoir ?

- Oui. Tu m'as déjà décrit Jiguro alors que tu ne l'avais jamais vue, et également, tu chantais une chanson Kanbalese de mon enfance que je ne t'avais jamais apprise. Tu dis que tu as trois amis qui te suivent. Je veux vraiment savoir qui ils sont.

- ... D'accord. Alors, le premier, c'est Jiguro lui-même. Quand tu ne m'entrainais pas, il m'entrainait un peu. La seconde, c'est une femme. Tu ne la connais pas, mais elle est une de mes anges gardiens. Elle s'appelle Hana. Et durant petit moment, j'ai vu ta Maman.

- Tu as vu ma mère ? se surprit Maman.

- Oui. Je la vois encore parfois... tu lui ressembles, beaucoup. Mais tu as aussi des traits différents, surement à cause de Grand-Père.

- Karuna Yonsa ?

- Oui.

- Est-ce la troisième personne ?

- Oui, en effet. Je le vois quelques fois, mais moins que les deux premiers... aussi, je dois te dire... N'aies pas peur Maman, mais... parfois... il y a huit hommes avec des lances qui te suivent n'importe où. Jiguro les ramène au bercail pour prendre un verre... »

La tête de ma mère changea.

« Tu es sérieuse ?

- Oui.

- Me veulent-ils du mal ? (elle regarda derrière elle, un peu apeurée)

- Non. Ils ne te suivent pas toujours, ils se promènent ailleurs que proche de toi. Ils viennent quand Jiguro prend un verre... ça veut dire quoi ''prendre un verre'' ?! »

Maman se mit à rire.

« Ça veut dire faire comme Torogai-Shi. Avec de l'alcool.

- Erk !

- Mais eh... dis, les esprits, ils nous regardent quand on est en intimité et qu'on se lave ?

- Nah, ils te laissent tranquille.

- Ouf... je suis soulagée.

- Ils sont respectueux, tu sais. Ils te laissent tes moments intimes. Tu veux savoir autres choses ?

- ... Non. Mais est-ce que ça te déranges de toujours les voir ?

- Pas du tout. Je peux choisir de ne pas les voir tout comme je peux décider de les apercevoir. Un peu comme si je mettais un chapeau pour me cacher du soleil... J'ai ce don depuis la naissance... que vous-mêmes avez nié quand je voulais que vous me croyiez...

- Désolée... nous étions trop terre à terre. »

C'est ainsi que j'ai aidé ma mère à comprendre mon don.

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Road trip sur Nayug !

» Quand l'œuf vint pour éclore et naître, j'ai imité Niisan en mangeant une fleur de Sig Salua, j'étais trop curieuse et j'avais faim... En faisant ça, ma clairvoyance avait décuplée par mille, si je puis dire ainsi. Je voyais TOUT. Mais tout ! Je me perdais dans toutes ces couches de monde superposé un par-dessus l'autre... Le parfum que dégageait cette plante sortait par tous les pores de ma peau et il était si puissant, qu'il en était presqu'étouffant. Hana se tenait à mes côtés avec Jiguro.

« J'ai déjà voyagé là, me confia ma Gardienne. C'est un beau monde, bien qu'étrange.

- Et toi Jiguro ?

- Un peu, mais je préfère le monde de Sagu.

- Tu veux qu'on se promène ?! me demanda vivement Hana.

- Pourquoi pas ! »

Je ris : Hana avait beau avoir dix-neuf ans, elle agissait comme une enfant. Alors que je suivais Hana, Jiguro me prit par le bras.

« Quoi ?!

- Tu allais tomber dans une crevasse dans le monde des vivants.

- Oups...

- La mauvaise chose avec cette fleur, c'est que justement, on ne voit plus le monde de Sagu qui fusionne avec Nayug.

- C'est quoi ce truc ? demandai-je en pointant une petite chose scintillante dont Hana tournait autour, intriguée et elle la touchait rapidement du bout du doigt.

- Je ne sais pas, dit Jiguro.

- On la suit ?! déclara Hana, comme une enfant.

- Pourquoi pas ! »

Jiguro soupira en nous voyant agir comme des enfants, bien que j'en fusse une dans ce temps-là. La chose scintillante de forme imprécise virevolta encore plus et me montra le chemin avec Hana. On courrait derrière, lorsque, soudain, tous mes poils se hérissèrent dans ma nuque : un danger venait dans ma direction. Jiguro se mit à courir vers nous.

« Les filles, c'est dangereux ici ! nous cria-t-il. Courez ! »

Nous nous ne fîmes pas prier deux fois. Je vis d'énormes mâchoires avec des pinces arriver : Ralunga ! Je me mis à courir en suivant Hana qui avait plutôt déployé ses ailes. Comme elle était comique, elle. Elle pouvait déguerpir très vite contrairement à moi. J'escaladai une petite falaise où je continuai mon chemin dans ce monde inconnu. Ce que je ne savais pas était que je venais tout juste de passer à côté d'une carcasse de Ralunga que mes parents avaient tué. Ils avaient même essayé de m'appeler pour aller les rejoindre, mais dans mon environnement, j'étais pourchassée avec mes gardiens. Je dégageais l'odeur très forte d'une plante qui avait un énorme bon goût dans la bouche et je voulais retrouver Niisan. Je vis le soleil de Nayug et la lune de Sagu se rapprocher, je devais faire vite avant qu'ils ne fusionnent ensembles. Après avoir courus, fais du jogging et marcher, toujours guider par la petite chose scintillante et Hana, je vis Maman avec Niisan. Dis donc, elle avait été rapide ! Je vis alors les deux soleils se superposer presque. Alors que j'allais la rejoindre, à deux mètres d'elle, Ralunga me lança ses tentacules et m'emprisonna. Je criai. Maman se retourna vivement et vint immédiatement à ma défense. Ce qu'elle fit me laisse bouche-bée : elle se plaça sur une des griffes du monstre et se laissa propulser dans les airs avant de se diriger vers moi, de faire un arc avec sa lance, de couper les tentacules qui me retenait prisonnière avant de la planter près de son bec. Je tombai sur le sol en roulant et me redressai avec ma lance.

À la naissance de l'œuf, Hana riait, mais riait sans pouvoir s'arrêter en trouvant que Chagum accouchait. Bon, il faut avouer que moi aussi je trouvais ça comique, mais je me retenais. Je n'étais pas invisible aux yeux des vivants, moi. Jiguro lui donna une petite claque sur l'épaule d'Hana pour la forcer à se calmer.