Partie II : Yami no Moribito


» Voici la seconde partie de ce journal. Vous êtes assez renseignés désormais pour passer à la seconde étape de ce journal.

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La Grotte

» S'il y a bien une chose que j'ai détesté à Kanbal, ce fut de traverser la grotte que Maman tenait absolument à reprendre pour renouer avec son passé. Savez-vous pourquoi je ne l'aimais déjà pas au départ ? Parce qu'elle regorgeait d'âmes d'enfants ou de voyageurs qui s'étaient égarés et qui n'étaient jamais ressortis de là. Et au début l'entrée, juste avant de pénétrer dans les ténèbres, une petite fille se tenait en face de la grotte. Elle ne me faisait pas peur, mais elle avait le portrait typique des enfants fantômes : cheveux noirs longs lisses, une robe blanche, un teint cireux. Elle ne cessait pas de nous fixer. Je tentai de dévier mon attention d'elle sur le ventre de Maman qui me fascinait plus qu'autre chose et qui prenait du volume avec les mois.

« On est vraiment obligés d'y aller... ? demandai-je en regardant à nouveau la fillette qui pourtant, ne nous voulait pas de mal. Il fait sombre, couinai-je en regardant l'entrée. J'en ai la chair de poule...

- Je connais le chemin. Le terrain montagnard de Kanbal suit les contours des montagnes Yusa, ''la chaîne mère'' et en vérité, ces montagnes cachent un labyrinthe de grottes profondes. Les parents mettent en garde constamment leurs enfants de rester en dehors des grottes, leur racontant l'histoire de l'obscurité de ces grottes, qui sont gouvernées par le Roi de la Montagne et le terrible hyohlu qui garde son royaume.

- Le hyohlu ? Qu'est-ce que c'est ?

- Le gardien des ténèbres. Je te raconte plus tard.

- On ne va pas passer par là, si ? continuai-je à insister.

- Oui. Ceci dit, j'aurais pu entrer à Kanbal par la porte des frontières officielle comme les autres voyageurs, mais je voulais revenir dans cette même grotte.

- Pourquoi ?

- Pour faire face à mon passé. J'ai traversé une seule fois cette grotte, j'avais six ans... et je ne suis plus jamais retournée à Kanbal par la suite.

- Ah... »

Maman ne l'avouera jamais, mais elle aussi avait peur de la Grotte. Elle avait été élevée dans sa plus tendre enfance à craindre les grottes. Inconsciemment, elle s'était mise à caresser de façon circulaire son ventre – signe de stress.

« Tu es nerveuse, sortis-je.

- Oui... je ne peux rien te cacher. J'ai toujours été effrayée par les grottes, et pourtant, c'est le seul moyen d'y remédier.

- Ça ira, je suis avec toi. Et Hana aussi... »

Maman ouvrit les yeux, prit une grande respiration et ma main.

« On dit au revoir aux gens qu'on aime du Nouvel Empire de Yogo.

- C'est fait !

- C'est l'heure.

- Je vous couverai ta Maman et toi de mes ailes, nous rassura-t-elle en déployant ses ailes pour qu'elles nous entourent comme une barrière de protection. »

D'un pas synchronisé, nous entrâmes dans la sombre grotte. La lumière derrière nous diminuait à un point minuscule et jusqu'alors disparut complètement. Malgré tout, nous continuâmes lentement à marcher, les yeux ouverts tout en gardant une main sur le mur rocheux et caverneux de la grotte. Étrangement, Jiguro avait disparu et je ne savais pas ce qu'il était devenu.

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La Maison de guérison de Tante Yuka

» À Kanbal, lorsque j'ai rencontré la Tante de ma mère, dès que je suis arrivée chez elle pour la première fois, j'ai senti plein d'énergie concentré au même endroit. Mais l'énergie était positive. Il y avait des gens qui étaient décédés et qui n'avaient pas encore trouvé la paix intérieur ni la lumière réconfortante de l'au-delà. D'autres, au contraire, l'avaient trouvé et voulaient rester un instant encore chez Tante Yuka. En entrant, j'ai dû me faire violence pour ne pas m'enfuir ainsi que de ne pas me faire posséder par des femmes ou des hommes esprits à l'énergie positive et qui venaient se coller très proche de moi en partant des conversations sans queue ni tête ou qui pointaient le ventre de ma Maman en parlant de son bébé, mon petit frère ou sœur, alors qu'on se dirigeait au salon. Ils disaient que c'était un garçon. Ils sentaient probablement qu'il allait bientôt quitter le ventre de Maman, mais puisque je les connaissais que très peu, je ne les croyais pas et leur tournais le dos. Mon troisième Gardien, qui se montrait que rarement, Karuna, se pointa à son tour et se sentant chez lui, décida d'y rester. Donc oui, j'ai perdu un gardien à temps plein, mais il était en parallèle avec moi.

Maman prit place sur un divan à deux places et je vins la rejoindre. C'était une pièce confortable. Hana préféra s'asseoir à même le sol et avait fait disparaître ses ailes, c'était aussi la seule qui ne m'avait pas laissé. Lorsque Tante Yuka entra dans la pièce, Karuna, mon troisième gardien, l'avait accompagné et s'était également assit sur une chaise libre. Tante Yuka s'assit sur la chaise berçante, ne sachant même pas qu'elle venait de s'asseoir sur les cuisses d'une femme esprit qui souriait. Je trouvai ça drôle. Hana pigeait discrètement dans l'assiette de douceur cuite, se régalant des mets Kanbalese. Elle y allait mollo car lorsqu'elle mangeait, hé bin, ça paraissait que de la nourriture avait disparu.

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Femmes et Hommes en blanc/Esprits faucheurs

» En plus de visiter des patients pour satisfaire ma curiosité, je voyais des esprits ou les anges gardiens reliés aux patients. J'eu même l'honneur de rencontrer une femme en blanc qui était chargé de la maison de Tante Yuka !

Une femme ou un homme en blanc sont d'une façon, reliés à la mort. Ce sont les enfants de La Mort en elle-même. Ils sont aussi appelés « esprits faucheurs » en d'autre thème. Ils sont considérés à un certain niveau comme étant dangereux, étant des esprits très forts et très puissants, des haut-gradés. Malgré tout, ce sont des esprits très sympathiques. Ils sont toujours habillés de vêtements blanc ou noir. Ils détiennent des ailes et s'occupent ainsi d'accueillir les gens qui décèdent. En grande majorité, ils n'appartiennent à personne. Ceux qui en possèdent un, qui suit l'être incarné partout comme un gardien, sont des gens qui détiennent spirituellement et antérieurement un lien filial avec eux (mariés, belle-sœur, enfants, petits-enfants etc...) Celle de Tante Yuka se nommait Nahoko. Je ne sais pas comment elle avait pu en obtenir une... c'est un mystère que je n'ai pas encore percée. Elle avait de long cheveux blancs lisses aux reflets argentés qui lui arrivaient jusqu'aux genoux, avait des yeux bleus cæruleum, un teint pâle et une robe blanche faite en laine et mesurait 1m87. Hana se prit même d'affection pour Nahoko et je sus qu'elles étaient devenues de bonnes amies, voire même des amantes !

Quelques jours avant la naissance prématurée de mon frère, Hana était devenue extrêmement agitée et je ne savais pas ce qu'elle avait puisqu'elle refusait de m'en parler et me disait de ne pas m'inquiéter. Mais je savais qu'elle n'allait pas bien et que son énergie était tourmentée. Nahoko essayait de la rassurer, mais Hana s'énervait avant de pleurer en pointant Maman... je compris que quelque chose clochait, mais je ne pouvais pas dire quoi.

Enfin, le matin où mon petit frère mort-né dû être sorti de force et d'urgence du ventre de Maman, je savais parfaitement ce qui se passait. Même si Maman avait caché les draps tâchés de sang le temps que je parte, je savais ce qui se passait. Le corps qui était destiné à héberger Kasem était mort. Mais pas son âme. Mais ne voulant pas l'affoler plus, j'ai joué l'enfant innocente et comme demandé, j'ai été voir Tante Yuka. Quand nous sommes retournées dans la chambre, où elle a plaqué ses mains sur mes yeux pour que je ne vois pas ma mère étendue au sol dans une mare de sang, j'ai eu le temps quand même d'apercevoir la scène, mais surtout mon gardien Jiguro, son père adoptif – par je ne sais quel détour il a fait pour revenir nous voir – agenouillé à ses côtés en essayant de l'apaiser en ayant ses mains posées sur son ventre alors qu'elle pleurait d'incompréhension et de douleur. Cette scène m'avait déchiré le cœur : parce que non seulement Maman pleurait aussi, mais Jiguro pleurait pour elle. Je ne l'avais jamais vu pleurer comme ça auparavant. L'âme de Kasem était toujours dans le ventre de Maman, même si physiquement, dans son corps matériel, le cœur ne battait plus, il voulait rester jusqu'à ce que l'accouchement soit terminé. Il voulait Balsa pour Maman. Et personne d'autre. Il l'avait choisi, il savait qu'il voulait naître d'elle et pas d'une autre femme. Il avait attendu des années pour l'avoir.

Alors que je cherchai les bonbons de Tante Yuka, Hana vint me voir avec Nahoko, l'air triste et prête à pleurer.

« C'est pour ça que tu étais agitée, dernièrement, Hana ? lui demandai-je.

- Oui... mais, Alika, je ne voulais pas te le dire...

- Me dire quoi ? Que c'était ça qui t'agaçait ? Il n'y a aucun risque voyons.

- Non, tu ne comprends pas...

- Je ne comprends pas parce que justement tu ne me dis rien !

- Nahoko..., abdiqua Hana. »

Nahoko soupira et s'agenouilla devant moi. Elle était jolie.

« Écoute, Alika... ce qu'Hana essaie de te dire, c'est que ta Maman risque une chance sur deux de mourir en donnant naissance à ton frère.

- Un frère ?!

- Oui... ta Maman risque d'y laisser sa vie. Et si c'est le cas, c'est moi qui suis en charge d'elle...

- Tu ne peux pas lui prendre sa vie ! m'écriai-je, terrifiée à l'idée de perdre ma mère. Tu ne peux pas !

- Je suis désolée... ce sont des choses qui arrivent... c'est mon rôle.

- Bon sang ! Est-ce que vous calculez tous vos mots aujourd'hui, vous deux ?! m'exclamai-je, agacée. Vous parlez comme si la mort c'était facile pour vous ! Évidemment ! Vous êtes à priori mortes ! »

Sur ce, je terminai de prendre mes bonbons et filai en direction du jardin avec l'idée d'aider le jardinier de Tante Yuka. De mon énergie colérique, les deux esprits féminines comprirent que c'était mieux de me laisser tranquille et que je me calme avant que le mal du pays ne me prenne par surprise.

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La rencontre de Kasem

» En aidant le jardinier, j'eus une vision : c'est à ce moment-là que je vis Nahoko entrer dans la chambre de ma Maman, prête à faire le choix décisif : prendre la vie de Maman ou pas. Je vis Jiguro la repousser, essayant de s'expliquer avec elle, un peu perturbé. Puisqu'elle continuait d'insister pour prendre sa vie, Jiguro a fait quelque chose que je n'avais encore jamais su ni apprise des esprits. En posant une main sur le front blanc craie de ma mère inconsciente, il lui a prodigué de sa force spirituelle pour la forcer à rester dans son corps, que son heure n'était pas venue. Et il a eu raison. Nahoko repartit, sans aucune émotion visible sur le visage et délaissa ma Maman.

Une question m'arriva en tête : est-ce que certains esprits pourraient ne pas être assez forts pour transmettre leur énergie ? Et de ce fait, leur tentative échoue et leur âme ne fait que disparaître ?

Mais à qui pouvais-je bien poser ma question ? Je boudais Hana et Nahoko, et Jiguro était occupé avec Maman. C'est alors que mon troisième gardien arriva. Mon grand-père paternel, Karuna Yonsa. Il s'assit sur la charrette du jardinier qui contenait les gashas qu'on récoltait. Je fis semblant d'observer notre récolte, le temps de parler avec lui.

« Tu avais une question, petite fleur ? sourit-il.

- Oui... la voici, fis-je en lui projetant mes pensées.

- ... Je vois... pour te répondre, il arrive que certains esprits ne parviennent pas à donner assez d'énergie à leur protégé lorsqu'un événement de ce genre arrive, mais ils ne peuvent pas disparaître. Ils seront cependant très affaiblit et il leur faudra un moment pour se rétablir convenablement, me répondit-il. Le protégé de son côté, même inconscient, fera tout ce qui est en son pouvoir pour rester en vie le plus longtemps possible. L'énergie du gardien et du protégé va fluctuer un moment pour trouver une balance, un équilibre, jusqu'à guérison complète.

- ... Mais... Maman a failli être prise par Nahoko, la femme en blanc de Tante Yuka ! Qu'est-ce que ça signifie ?! Es-tu en train de me dire que si Jiguro n'avait pas été là, Maman serait... à l'heure actuelle... ?!

- Nahoko, même si elle est une femme en blanc, ne peut pas prendre l'âme d'une personne comme bon lui semble, encore moins si cette personne frôle la mort de cette façon, petite fleur. Elle a dû entrer dans la chambre de ta mère pour calculer si son temps était venu ou pas.

- Non, tu as faux, murmurai-je. Je l'ai vu insisté pour prendre la vie de Maman... je l'ai vu de mes yeux !

- Peut-être que dans ta perception, ça t'a donné cette impression. Mais je t'assure que j'étais présent avec Balsa dans sa chambre quand c'est survenu. Nahoko a semblé insisté, mais en fait, elle a juste vivement insisté pour conseiller Jiguro de faire ce qu'il a fait : lui donner de sa force vitale.

- Ah... »

Je me mordillai les lèvres, gênée de m'être trompée dans mes prédictions et visions. Karuna posa sa main sur ma tête, me disant que même les plus forts médiums pouvaient se tromper dans leur interprétation et m'ébouriffa les cheveux. Le soir même, j'insistai pour dormir avec ma mère, mais Tante Yuka refusa et me fit dormir dans une chambre à part. Mauvaise idée. Les gens esprits continuaient toujours de vouloir prendre possession de mon corps et moi je ne voulais pas. Étant encore en colère contre Hana et Nahoko, je dormais seule, mais vraiment seule.

« S'il vous plait… non je ne veux pas… pitié… »

Je répétais ça constamment. Je pouvais les faire passer de l'autre côté en tant que passeuse d'âme, mais ce soir-là, je n'en avais pas la force ni l'envie. Toujours hantée par la vision que ma mère avait failli être emmenée par Nahoko, j'avais même déjà espérer me débarrasser de ce don – même si c'était chose ordinaire pour moi. Lorsque j'ai retrouvé tante Yuka et ai dormi dans son lit avec elle, j'ai fait un autre voyage astral.

Explication : il s'agit d'un processus où votre âme et seulement votre âme quitte son enveloppe charnelle pour pouvoir visiter d'autres lieux, d'autres temps et être en connexion et harmonie complète avec le monde spirituel.

Physiquement j'étais le lit. Spirituellement, je me voyais me lever hors du lit de ma Grande Tante, hors de mon corps physique. Je voyais un long cordon d'argent, à quelques centimètres au-dessus de mon nombril, me relier à mon corps physique et à mon âme. Je me dirigeais lentement sur la pointe des pieds vers la chambre de Maman où j'entendais les vagissements stridents d'un bébé naissant. Pleins d'esprits étaient agglutinés à la porte de ma mère, mais ils n'entraient pas. Ils ne pouvaient pas entrer. Je compris aussi, à la simple énergie qui résidait dans le portique, que Jiguro avait imposé une barrière, mit un sceau, une limite entre les autres esprits et la chambre de Maman pour éviter qu'ils ne pénètrent sa chambre. De un : car l'énergie de Maman était très faible. De deux : pour éviter de perdre à nouveau Kasem ou qu'il se fasse enlever.

Kasem… Les esprits s'écartèrent en me voyant, je les ignorai et entrai par la porte entrouverte avant de la refermé soigneusement. Je regardai Maman dormir. Elle était si belle, si jolie. Elle semblait enfin apaisée et se reposait. Elle avait repris conscience mais dormait. Je baisai gentiment le front en lui offrant une grosse vague d'apaisement et cherchai partout mon petit frère des yeux. Enfin, je vis du mouvement près de la commode à vêtement. Je vis dès lors un petit bébé, toute minuscule, qui pleurait à fendre l'âme dans un berceau de bois, sans doute poser là de façon « spirituel » mais matériellement pas présent. Je m'approchai doucement, l'ai observé : oh mon dieu qu'il ressemblait à mon Papa, ses traits du visage était ceux de Papa même s'il avait cheveux bruns comme moi et Maman et un teint pâle… Je le pris doucement avec la couverture, en faisant attention au cou et il arrêta pleurer une fois dans mes bras et m'a regardé de ses yeux de bébé naissant : bleu ciel de nuit. Jiguro est entré à son tour et m'a souri. Bien qu'il ne parle jamais pour rien et qu'il ne m'ait pas parlé, je voyais qu'il était épuisé par Maman et qu'il était préoccupé par son état. Il vint à mes côtés et caressa la joue de mon frère qui rouvrit les yeux. Après avoir dit un dernier au revoir à mon petit frère, Hana qui était revenue, s'excusa de son comportement envers moi et avec la permission de Jiguro, emmena Kasem ailleurs dans un lieu sécuritaire et sûr dans le monde spirituel pour qu'il puisse grandir en tant qu'enfant esprit. Je retournai dans la chambre de Yuka, dans mon corps.

Plus tard, j'appris que Maman, durant son rétablissement, était tombée très malade durant trois jours. Tante Yuka, ayant quasi peur qu'elle n'eût attrapé une fièvre puerpérale, paniquait. Je la voyais tourmentée, moi, cachée dans une cachette. Je la voyais parler avec son assistant, et pourtant, Nahoko se tenait derrière elle en lui disant :

« Tout vas bien, Maîtresse Yuka. Votre nièce ne mourra pas et n'a aucune fièvre puerpérale. »

J'avais dit à Tante Yuka que je voyais les esprits. Mais était-ce le bon moment pour lui faire passer le message ? Le soir même, j'appris que Jiguro était aussi tombé malade et dormait pour se reposer dans le même lit que Maman. Au bout d'un moment, je me décidai d'en glisser un mot à Tante Yuka, sur la fièvre de Maman, qui s'atténua cinq jours après son accouchement. Après cet épisode, je ne revis pas mon frère sauf aux fêtes. Où Jiguro le tenait dans ses bras. Puis, Kasem disparut encore, mais je savais qu'il reviendrait un jour. Je ne sais pas comment, mais je le ressentais. Il partait pour grandir et acquérir d'autres connaissances.

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D'autres gardiens

» Lorsque j'entrai à l'école Kanbalese pour la première fois, deux jours après que ma mère fut emmenée par les guerriers du Clan Musa, Tante Yuka expliqua notre histoire inventée toute préparée d'avance au professeur et je pus visiter la classe et la petite école avant l'entrée des autres élèves. Lorsque tous les élèves entrèrent, tous les yeux se braquèrent sur moi. Je remarquai qu'un bureau restait vide. Je me levai pour me présenter devant la classe, très gênée.

« Soyez gentils avec elle, elle est nouvelle et je crois que vous n'aimeriez pas être traités méchamment lorsque vous êtes nouveaux à une place inconnue, avait dit le professeur. Alika, tu seras placée aux côtés d'Amaya et d'Akiro.

- D'accord, dis-je. »

En retournant m'asseoir aux côtés de mes nouveaux amis qui me servaient de guide les premières journées, je remarquai qu'un élève entrait dans la classe et se dirigeait vers le bureau vide. Mais les autres élèves ne semblaient pas le remarquer, même le professeur. Comme s'il était invisible. À la récréation, tout le monde vint me poser des questions : d'où je venais, si j'avais des frères et sœurs, pourquoi étais-je venue ici, qu'est-ce que mes parents faisaient dans la vie, pourquoi Yuka était ma tutrice. Avec facilité, et l'aide de mes réincarnations qui prenaient parfois possession de moi, je trouvai une réponse à tout. Après avoir reçu une réponse convenable, les élèves me laissèrent respirer et tandis qu'Amaya dessinait, j'allai discrètement vers l'élève qui venait d'entrer en feignant trouver le tableau de calcul intéressant. Un garçon aux cheveux noirs jais, aux yeux gris.

« Bonjour ? »

Il retira ses yeux de son livre et me dévisagea, comme si j'étais une extraterrestre.

« Les gens, habituellement, ne sont pas censés me voir.

- Comment t'appelles-tu ? demandai-je comme si je parlais à une vraie personne.

- ... Ren.

- Moi c'est Alika...

- Alichoue' ! À qui parles-tu ? voulut savoir Amaya en se levant.

- Eh... je... (je regardai le bureau)

- C'est le bureau d'un élève décédé l'hiver passé d'une maladie.

- Il s'appelait Ren, pas vrai ? sortis-je le plus naturellement possible.

- Oh ! s'étonna-t-elle. Oui... Qui t'en a parlé ?

- Personne... je l'ai... deviné...

- Tu es très forte.

- Pourquoi laissez-vous son bureau là ? demandai-je.

- Je ne sais pas... peut-être pour arriver à faire son deuil. Ou tout simplement s'il a envie de revenir étudier avec nous même après sa mort.

- Hm...

- Fais attention avec ta clairvoyance. Les rumeurs courent vites ici, m'avertit-il avant de retourner à son livre. »

Je regardai une dernière fois Ren avant de retourner faire des choses dites, normaux. Je compris aussi, à ce moment-là, que ce n'était pas tous les enfants qui pouvaient voir les esprits et que, dans cette classe-là, j'étais définitivement la seule qui puisse les voir. Alors je me devais de cacher mon don temporairement aux autres. Lorsque Shozen me défia en combat de lances, ou plutôt, arts martiaux car je le battais toujours à plat de couture dans les cours d'endurances en éducation physique, je remarquai qu'il était toujours accompagné d'un jeune homme ayant à peu près dix-huit ans. Il avait les cheveux noirs foncés, un peu en bataille et des yeux verts. Il avait un teint pâle et était assez musclé. Il avait des ailes noires sur son dos : un démon. Attention, ne vous méprenez pas. Ce n'est pas parce qu'un esprit est un démon, qu'il est forcément méchant et est la réincarnation du mal, du Diable. Je sentais aussi que Shozen avait une énergie dites « négative ». Pas dépressive, c'est juste une énergie à l'opposé du positif. Les caractéristiques d'une personne à l'énergie négative sont : possessifs, facilement colériques, jaloux et non-rancuniers... Bon, quoique Shozen fut un peu rancunier. Alors qu'on faisait le challenge devant toute la classe, je vis Hana ouvrir ses ailes et voir le gardien de Shozen qui avait des ailes noires longues de trois mètres.

Dès que je battis Shozen au challenge, je vis Hana rire avec le gardien de Shozen et ils semblaient même être devenus connaissances.

« Je pense que tu as raison, déclara-t-il. Mon protégé a encore besoin de pratique. J'avoue qu'Alika est très douée.

- N'est-ce pas ? souriait Hana. »

Le soir, alors que je me changeai pour la nuit, Hana vint me voir avec Nahoko.

« Comment s'appelle le gardien de Shozen ?

- Il s'appelle Hajime. Il était l'amant de Shozen dans sa première vie antérieure.

- Son AMANT ?! m'exclamai-je plus haut que je ne l'avais espéré.

- Eh, Alika-Chan, l'homosexualité te dérange-t-elle ?

- Non... je suis juste... surprise. Je crois que je devrais conserver ces informations pour moi.

- En effet... »

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Quelqu'un qui croit enfin à mon don

» Amaya et moi sommes devenues des amies avant de sortir ensembles, bien des années plus tard. Un jour qu'elle m'invita à aller dormir chez elle, après avoir joué dans la neige où j'offris une seconde humiliation à Shozen dans la neige, elle en revint au sujet de Ren, alors qu'on était dans sa chambre.

« Comment as-tu su pour Ren ?

- Ren ? dis-je. L'élève décédé d'une maladie comme tu me l'as dit ?

- Oui.

- Bah... je ne sais pas. »

J'hésitai beaucoup à lui parler de mon don et mes prédictions. Or, elle continua d'insister.

« Ne me dit pas que tu as vu son fantôme, rigola-t-elle.

- Hé bin... eh...

- Une croyance dit que parfois, des élèves peuvent voir son fantôme lorsqu'ils sont nouveaux ou en début d'année.

- Tu crois vraiment à ses sornettes ? la questionnai-je.

- Toi non ?

- Bin, je trouverai ça irrationnel un peu. »

Mais je savais qu'Amaya se doutait déjà de quelque chose avec moi. Mon intuition me disait qu'elle voulait me faire tester de quoi. Comme je le pensais, elle prit un paquet de carte – composé de feuille très épaisse – et le brassa.

« Quelqu'un m'a dit que peu de gens pouvaient déterminer la carte que je pigerai sans la voir eux-mêmes.

- Tu tiens absolument à me faire faire ça ?

- Pourquoi pas ? »

Elle pigea une carte et la regarda. Aussitôt, instinctivement, je dis :

« As de trèfle.

- Tu sais quoi ? (elle me montra vivement la carte à deux centimètres de mes yeux) Tu as raison ! On continue ! Peut-être est-ce un coup de chance. »

Elle refit le même manège et passa tout le paquet sans que je me trompe une seule fois. À la fin, elle me regardait avec fascination et admiration.

« Alika, tu as le don !

- Quel don ? demandai-je. »

Bien que pour les autres, j'avais un don, je le voyais comme une faculté comme dessiner, écrire et compagnie. Je continuai de nier que je n'avais eu que de la chance. Mais Amaya me tira proche de sa bibliothèque.

« Il fait sombre, je ne vois pas très bien les titres. Attend ! dit-elle avant de pousser la porte en pierre qui cachait le foyer au complet. Nous voilà dans la pénombre totale. Peux-tu me dire si tu vois les titres des livres que je pointe ?

- D'accord, mais il va me falloir un intermédiaire. En gros, il va me falloir être en contact avec le livre à travers toi.

- Pourquoi ?

- Je ne sais pas, quelqu'un m'a dit de faire ainsi...

- Quelqu'un ?

- Bon, soupira-je, on fait ce test oui ou non ?

- Oh oui, bien sûr. »

En gros, Hana m'avait dit comment procéder. Amaya prit ma main et commença en touchant de sa main opposée le dos du livre. Aussitôt, l'image du livre me tomba dans l'esprit.

« Les âmes perdues de Kanbal... »

Mon amie tira le livre et alla proche du foyer.

« God ! C'est bien ça en plus, ils ne sont même pas en ordre ! »

On refit le même exercice cinq fois. À toutes les fois, mes réponses étaient exactes. Amaya n'arrêtait pas de me dire « oh mon dieu, oh mon dieu ! » avec joie et excitation. Je prédis que sa mère allait venir vérifier si on dormait, alors on se jeta dans son lit et fîmes semblant de dormir. Comme je l'avais pressentit, sa mère vint vérifier avant de redescendre.

« Comment as-tu su ?

- Simple hasard...

- Non ! C'est pas un hasard, me chuchota-t-elle. Pas après les exercices que tu as faite. »

Il y eu une pause, jusqu'à ce qu'Hana me dise : Embrasse-là, elle n'attend que cela. Je me collai contre Amaya en emprisonnant son bras dans les miens comme une grosse peluche.

« Je crois que ça peut être le moment, murmurai-je à l'oreille de mon amie.

- Oui, mes parents doivent être en train de lire les journaux en parlant...

- Un truc, tu devrais ne pas penser, laisse-toi juste aller.

- D'accord. »

Sans gêne, je pressai mes lèvres, non pas contre la joue d'Amaya, mais contre les lèvres de mon amie. Il n'y eut aucun repoussage et nous les gardâmes collées un moment.

« Tu n'es pas mal à l'aise ? m'enquis-je.

- Non... j'aime ça, sourit Amaya.

- Tout le monde peut être amoureux !

- C'est vrai.

- ... Tu m'aimes ?

- Eh... (elle rougit, heureusement que la noirceur cachait un peu son visage et le mien alors que je souriais) je sais pas si c'est de l'amitié ou de l'amour... mais... je suis bien quand je tiens ta main. Et j'aime quand tu m'embrasses.

- Tu sais quoi ?

- Non...

- Moi aussi... »

Nous se regardâmes à nouveau et s'embrassâmes encore avant de fermer les yeux et de dormir bien au chaud.

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Les enfants Guides

» Au milieu de la nuit, j'ouvris les yeux avant d'essayer de me rendormir. Mais des chuchotements et des rires d'enfants, deux jeunes fillettes, me gardaient en alerte. Je me retournai vers le mur de la porte et je vis deux enfants de bas âge : trois ans et cinq ans, assises au sol avec des peluches. Je clignai des yeux et mis la couverture par-dessus ma tête pour essayer de retrouver le sommeil. J'osai retirer la couverture et les deux fillettes me fixaient, à dix centimètres de mon visage : je dois vous dire, oui j'ai eu peur même si je vois les esprits. Je poussai un cri et dans mon agitation, tombai au sol, réveillant Amaya et ses parents.

« Alichoue' ?! s'exclama-t-elle. Tu as fait un cauchemar ?

- Que se passe-t-il ?! s'écria son père en ouvrant la porte. Vous allez bien ?! »

Sa mère m'aida à me redresser alors que je reprenais mon souffle. Hana avait été réveillée également et parlait aux deux enfants.

« Je... je pense que j'ai fait un cauchemar, mentis-je. Désolée de vous avoir réveillé.

- Ne t'en fait pas. Amaya faisait aussi des mauvais rêves et elle en fait toujours. »

Amaya se renfrogna, puis me laissa échanger de place avec elle proche du mur. Le lendemain, Hana m'expliqua qu'elle avait parlé aux deux fillettes et qu'elles étaient tout bonnement curieuse à mon sujet et m'analysaient la nuit dernière, mais que, malgré leur jeune innocence, elles n'avaient pas respecté les limites de mon « territoire » et elle les avait un peu grondées et qu'elles avaient promis de ne plus recommencer.

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Les guides guérisseurs

» Quand Maman fut de retour après la Giving Ceremony, je me suis enjambée dans ma propre écharpe en essayant d'aller chercher de ballon et suis tombée dans la rivière. J'ai perdu connaissance à cause du froid et suis tombée gravement malade suite à cet incident. Ma mère priait tous les dieux et demi-dieux et n'importe qui pour pas que la mort ne m'emporte. Je n'ai pas fait d'expérience de mort imminente, mais j'étais à demi dans le monde spirituel (voyage astral) et à demi dans le monde physique.

Une nuit, Maman s'est levée avec moi dans ses bras et est sortie dehors, habillée chaudement. Essoufflée, elle s'était effondrée à genoux sur la vaste plaine recouverte d'une neige blanche immaculée, entourée des montagnes Yusa, là, où aucun gens de Kanbal n'avait posé le pied pour défaire la neige fraîchement tombée. Dans les -30°c, elle avait éclaté de nouveau en sanglots. Les larmes lui brûlèrent les joues, contrastant avec le froid mordant de l'hiver Kanbalese, et comme jamais auparavant elle ne l'avait fait, pria de tout son âme Jiguro, ses parents, ses ancêtres et les huit anciens lanciers du roi de lui venir en aide.

« S'il vous plait, quelqu'un... je ne veux pas que ça se finisse comme ça... »

Il n'y avait absolument personne dans les environs, pas même une chèvre égarée. Il n'y avait que ma Maman qui pleurait à fendre l'âme. C'est alors qu'Hana me poussa dans mon corps physique pour en reprendre totalement, et non partiellement, possession et elle commença à réciter des paroles que je ne comprenais pas.

Le langage spirituel indescriptible pour la langue humaine inadaptée.

De mon troisième œil, située à trois centimètres au-dessus du sourcil, je la voyais faire une incantation. Je vis également Jiguro arriver avec Karuna mon troisième gardien qui posa une main sur son épaule. Maman le sentit et s'était retournée vers lui, mais elle ne vit rien, or il était bien là. Karuna était ce qu'on appelle : un guide guérisseur. Ce guide nous vient en aide au moyen d'énergie curative et contribue à promouvoir la guérison et le bien-être de nos corps physique, mental et émotionnel. Soudain, vers l'horizon, une lueur, d'une luminosité éclatante se levait lentement et éclairait la plaine graduellement. On aurait dit le levé du jour... mais pas tout à fait. Cette lumière était réconfortante, chaude, douce et elle éclaira mon visage ainsi que celui de ma mère. Hana avait fait appel à un Archange. Pas un des Archanges disons « populaires » et les plus connus, mais un autre Archange très puissant qu'elle connaissait personnellement et avec qui Karuna avait continué son apprentissage dans le domaine de la guérison dans le monde spirite. Hana m'apprit plus tard que son nom était Mariel. À priori, les Archanges n'ont pas de sexe désigné, femme ou homme, mais ceux-ci décidaient de se montrer sous forme humaine. Cet esprit restait un puissant Archange guérisseur et son sexe importait peu, même si il avait adopté la forme physique d'une femme. J'ai ouvert les yeux et j'ai regardé ma mère qui ne comprenait rien de ce qui s'était passé.

« Maman... tout à l'heure, j'ai voulu aller ramasser le ballon... confiai-je d'une voix basse. Tu as vu comment j'ai fait ?... Je suis comme toi... j'ai pas peur... (Maman changea de regard et se remit à ravoir les larmes aux yeux) J'ai vu Jiguro et tous les autres... et même Kasem, mon petit frère... Pourquoi tu me regardes comme ça ?... J'ai fait quelque chose de mal, Maman ?

- Je m'excuse ! pleura-t-elle en me serrant fortement contre sa poitrine. C'est moi qui ai fait quelque chose de mal... Tout ça, c'est de ma faute, je n'ai pensé qu'à ma personne et je t'ai délaissée ! »

Je ne dis rien et caressai sa joue avant de me coller contre elle.

« J'ai compris que c'était ce qu'il y avait de mieux pour toi. Je ne t'en veux pas... Et puis, si tu m'avais vraiment délaissée, tu ne m'aurais pas sauvée... Je ne serai pas là en ce moment. »

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Dévoiler son don

» Amaya vint me visiter durant ma convalescence. Elle me donna même un cadeau de rétablissement : une petite couverture tissée en laine avec un oreiller et des fruits confis. Puis, on se mit à parler de nos familles lorsqu'elle me dit :

« Et qu'en est-il de ton petit frère ou petite sœur ? Tu avais dit que ta mère était enceinte.

- Eh... en fait... il n'est pas né. Mais il n'est pas vivant non plus..., dis-je avec tristesse. »

Amaya ne dit rien et m'offrit un câlin. Elle confirma alors un des dires de ma gardienne en me rassurant qu'elle avait aussi perdu deux petites sœurs en bas âge, dont une de cette façon, mais moins dramatique que Maman, selon ses dires.

« Après, Maman et Papa n'ont plus voulu en faire d'autres. Ils ont dit qu'un enfant était assez suffisant et qu'on était pauvre. Tu sais qu'ici, si une femme donne naissance et que quatre enfants sur dix survivent en bas âge, elle est déjà très chanceuse.

- Non.

- C'était aussi pour cette raison qu'ils ont arrêté de vouloir en faire.

- Est-ce que ça veut dire que ma mère, la mienne, ne va plus en refaire ?! paniquai-je soudainement.

- Je ne sais pas... tu devrais lui en parler. »

Il y eu un moment de silence lorsque Maman pénétra la pièce et demanda si Amaya soupait avec nous. Dès qu'elle fut repartit, j'osai dévoiler mon don à Amaya.

« Amaya-Chan ?

- Oui ?

- Je dois te dire quelque chose...

- Vas-y ?

- ... Le soir où j'ai dormi chez toi et ai crié... ce n'était pas un cauchemar.

- Ah bon ? s'étonna-t-elle. Qu'est-ce qui t'a effrayé alors ?

- ... Je ne sais pas si tu vas continuer à m'aimer par après... et Tante Yuka m'a averti de ne pas en parler à n'importe qui parce que les rumeurs circulent vite à Kanbal.

- Pourquoi je te détesterai ?

- Parce que je suis différente...

- Croix de bois, croix de fer, si je meurs, je vais en enfer. Ton 'tit doigt. »

On se serra l'auriculaire ensemble : promesse.

« L'enfer n'existe pas, sortis-je à brûle-pourpoint.

- Eh ? Comment le sais-tu ?

- Mon secret à rapport avec ça...

- Tu es le diable en personne ? ricana-t-elle.

- Non, le diable n'existe pas, sortis-je encore.

- Bin voyons, Alichoue'.

- Prends-moi au sérieux, tu l'as promis.

- C'est vrai... désolée... alors ?

- J'ai vu tes deux petites sœurs décédées cette nuit-là. J'ai crié parce que je me suis cachée la tête sous la couette et quand je l'ai retiré, elles étaient à dix centimètres de mon visage... »

Amaya me regarda, stupéfaite à la fois effrayée.

« Alors... tu vois les esprits ?

- Oui...

- Ma maison est hantée ! s'exclama-t-elle.

- Non, ta maison est saine et est veillée par tes deux petites sœurs.

- Ouf. Alors... ça expliquerait le fait que tu aies vu Ren à son bureau, dans la classe ?

- Oui, en effet. Je l'ai vu...

- Il est beau hein ? »

Je la regardai comme si je voulais dire « Eh... Amaya, t'es sérieuse ? »

« Je ne sais pas. Mais tu ne dois pas le dire que je t'ai dévoilé mon don.

- Promis, je ne dirai rien... les esprits sont-ils partout ?

- Oui, partout. Ils ont toujours été là, quoiqu'il advienne depuis la nuit des temps.

- Ça alors ! Est-ce que ça te fait peur ?

- Non, je suis tellement habituée... pour moi, c'est ceux qui ne les voient pas qui me semblent un peu anormaux. Je vois les esprits depuis que je suis toute petite. Alors j'ai grandi avec comme la faculté de lire et d'écrire. »

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Les fêtes de Kanbal

» Lors du party organisé chez Tante Yuka, il y avait à peu près une cinquantaine d'invités dans la salle, mais pour moi, mes yeux me montraient le double. Les esprits se jumelaient facilement parmi eux, dont des anges gardiens et des esprits de toutes sortes. Les esprits adorent les endroits bondés d'énergie pour se manifester ou quoique ce soit. Ils ne restent pas éternellement sur une pierre tombale ou les cimetières à attendre que leurs proches viennent leur parler. Ils sont vivants mais spirituellement. Mon troisième gardien, Karuna, était derrière Tante Yuka, de sept ans sa cadette, alors que ma grand-mère maternelle veillait Maman qui discutait avec les mamans d'Amaya et d'Akiro. D'autres esprits s'étaient jumelés à la soirée, et c'était un peu difficile à déterminer qui était les esprits et qui étaient les vivants puisque je les voyais en chair et en os.

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Cerisier en l'honneur de Kasem

» Lorsque Maman et moi retournâmes au Nouvel Empire de Yogo pour retrouver Papa, Maman était très nerveuse d'annoncer le décès de mon petit frère. Je pris sa main et lui souris en essayant de la rassurer. Je ne voulais pas entendre mes parents se chicaner devant moi et dans mes oreilles à nouveau comme il y avait deux ans. Maman pouvait très bien se montrer douce et gentille, maternelle aussi, or, elle pouvait très bien se montrer violente et agressive. Sa colère n'était pas à prendre à la légère, à un tel point qu'elle m'en faisait peur quand elle se trouvait dans un tel état. On aurait alors dit une toute autre personne dans ces moments-là.

Je partis donc dans la forêt en compagnie d'Hana. Jiguro n'était pas là pour le moment, j'avais juste elle. Je m'assis sur un tronc d'arbre couchée et suspendu dans le vide. Hana s'assit à mes côtés, les ailes ouvertes, mais pas déployées.

« Comme l'a dit Tante Yuka, Kasem sera très heureux d'avoir un arbre désigné à lui-même.

- Tu crois ?

- Bien sûr ! Mais en ce moment, ta mère est très confuse, angoissée et surtout, surtout, a beaucoup de peine et a beaucoup de culpabilité...

- Ne pourrais-tu pas faire de quoi pour elle ? Afin qu'elle se sente mieux ?

- Je pourrais essayer, en effet. Mais pourquoi ne pas essayer toi-même ?

- Comment le pourrais-je ? Je ne suis pas un esprit...

- L'être humain serait capable de plus, petite fleur. Seulement, votre corps physique et vos mentalités affectent votre jugement spirituel. Sans ton corps physique, tu serais capable de beaucoup plus.

- Vraiment ?!

- Aimerais-tu que ta mère aille un peu mieux ?

- Oui...

- Alors, on va essayer quelque chose de très facile, tout le monde peut le faire. Concentre-toi sur ta Maman, son physique, puis, imagine-là, entourée d'une magnifique bulle d'énergie rose. Quand tu la vois au complet, aie de jolies pensées d'amour et projette-les vers elle. Elle va ressentir une très grande vague d'amour. »

J'écoutai attentivement Hana et essayai ce qu'elle me disait de faire. Je fermai les yeux et imaginai tout ce qu'elle m'a enseigné : nos entraînements, nos voyages, nos randonnés, nos soirées en famille. Instantanément, je me sentis étrange, comme si soudainement j'étais super bien dans tout mon être. Je rouvris les yeux et observai Hana, intriguée. Elle se mit à taper des mains.

« Bravo, c'est aussi simple que cela.

- Est-ce que ça a fonctionné ?

- Est-ce que tu te fais confiance ? As-tu le sentiment d'y être arrivée ?

- Oui... du moins, une petite voix me le dit, dans ma tête.

- Alors tu dois lui faire confiance, ta Maman a reçu cette dose d'amour. »

Je sautai sur mes pieds et courus vers la maison. Là-bas, je sentais que Maman avait beaucoup pleuré et qu'elle s'était endormie, dans mon lit, à l'étage supérieur. Je montai la rejoindre et je fus surprise de voir Papa l'enlacer, éveillé, et aui la regardait dormir avec l'urne que j'avais peinturé qui contenait les cendres de mon frère. Je m'approchai et voulu les rejoindre sur le lit. Maman bougea et rouvrit les yeux avant de se redresser.

« Tu sais ce que contient cette... urne ? avait-elle avoué, la gorge serrée.

- Oui, avait répondu Papa.

- Yuka a incinéré notre fils... mort prématurément, décédé dans mon ventre... elle m'a aidée pour que je puisse le ramener ici, a-t-elle expliqué alors que sa voix se tortillait.

- Continue...

- Elle m'a dit de déposer ses cendres dans la terre et qu'on y fasse pousser un arbre... elle m'a conseillé de faire ça...

- Pour faire notre deuil, tous ensembles. »

Dans les minutes qui suivirent, nous choisîmes ensembles un endroit spécifique où l'on passerait tout le temps à n'importe quelle heure du jour ou de la nuit. Nous y plantâmes un joli cerisier rose qui grandirait au fil des années. Hana le regarda et récita une prière de sa voix angélique et je vis de la lumière pure sortir de ses mains pour entourer le petit pousse de cerisier.

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La vérité de Papa

» Quelques mois s'écoulèrent depuis qu'on avait planté le cerisier de Kasem. J'osai demander des explications de façon ferme à Papa quant à sa perception du monde spirituel. Maman était assise avec nous.

« Papa ?

- Oui ?

- ... Dis-moi franchement la vérité.

- D'accord ?

- Grand-Mère Torogai-Shi dit que j'ai hérité de tes dons Yakue que tu n'utilises plus. D'où le fait que je vois les esprits... dis-moi, sincèrement, est-ce que tu les vois, eux ? Les esprits... Est-ce que tu nous caches que tu les vois ? »

Il me regarda, observa Maman puis soupira avant de nous inviter, gestuellement, à prendre place autour de la petite table carrée. On s'assit et j'attendis.

« Quand tu étais jeune, je te répétai sans cesse que c'était sans doute le fruit de ton imagination, vrai ?

- Oui... mais non, ce n'était pas mon imagination, même si j'ai la forte prétention de dire que j'en possède une énorme et une extraordinaire.

- (Il soupira) La raison pour laquelle je te disais constamment ça, c'était que je croyais qu'en grandissant, ton don s'estomperait comme tous les jeunes enfants. Les enfants ont de la difficulté à distinguer les vivants des esprits. Mais le contraire s'est produit, plus tu grandis, plus tu te développes spirituellement. Tu es une puissante médium. Tu l'as toujours été. Ce n'est pas tous les médiums qui possèdent tes capacités.

- Peux-tu le sentir ? Je veux dire : peux-tu sentir si une personne est très spirituelle ?

- Nous sommes tous spirituels, mais toi, ça se ressent très fortement. Je peux également sentir si une personne est très spirituelle ou pas. Ta Maman n'a pas développé son côté spirituel. »

Maman fit une drôle de moue à la fois surprise, mais ne dit rien de plus.

« Pour en revenir à ta question, est-ce que je les vois et est-ce que je vous l'ai caché à toi et à Maman... disons que, je vois pire que les esprits.

- Pire que les esprits ? demandai-je en riant. Ce n'est pas tant pire de voir les esprits, c'est drôle parfois.

- As-tu déjà vu une femme en blanc ou un homme en blanc ?

- Des esprits faucheurs ? Oui, une fois, chez Tante Yuka, elle s'appelait Nahoko.

- D'accord... tu sais sans doute à qui ils sont reliés, pas vrai ?

- À La Mort. La Grande Faucheuse.

- Alors, oui je vois les esprits. Peut-être moins intense que toi, certes, je ne vois que des ombres ou des étincelles de lumière de temps en temps. À l'occasion, rarement, un esprit en entier.

- Alors... tu les vois, murmurai-je.

- Oui, un peu.

- Mais qu'est-ce qui est pire alors ? »

Il regarda Maman.

« Je ne cesse de m'inquiéter pour ta mère quand elle part. Oui, j'ai un peu peur qu'elle meurt en plein combat, mais je sais que ça n'arrivera pas.

- Maman est très forte, la ventai-je en la voyant rosir de ces compliments.

- Alika, Balsa... je vois l'ombre de la mort sur le visage des gens. »

Cette déclaration nous figea ma mère et moi. Ça sonnait sinistre... encore plus que les esprits eux-mêmes, il avait raison. Voyant qu'on ne disait plus rien, il murmura :

« J'ai souvent vu l'ombre de la mort sur le visage de certains patients que je traitais... surtout lorsqu'ils étaient malades.

- Mais... ne peux-tu pas les sauver ou les guérir ainsi l'ombre de la mort partirait de leur visage ?

- Grâce à ça, tu as raison, il m'arrive d'en sauver quelques-uns, mais il arrive que parfois je ne puisse rien y faire.

- Alors tu laisses mourir ton patient ? demandai-je.

- Non. Je fais de mon mieux possible pour le garder reliée à son cordon d'argent.

- Le cordon... d'argent ? s'enquit Maman, intriguée. Qu'est-ce ?

- Le cordon d'argent est en fait— dîmes-nous en même temps Papa et moi avant de se couper. »

Il y eut une pause jusqu'à ce que Papa me fasse signe de l'expliquer à sa place.

« Je vais faire court avec toi. Nous avons plusieurs couches d'énergies dans notre corps physique, expliquai-je. Le corps éthérique, corps de lumière et médian. Le corps émotionnel, associé aux sentiments et émotions que nous éprouvons. Le corps mental, siège de la pensée, imagination, raisonnement, l'innée et l'acquis. Il fait la transition entre les plans de la matière et ceux de l'esprit. Le corps astral, le double du corps physique, sans matière et sans poids. Il fait le pont entre les trois corps précédents qui sont reliés au corps physique. Le corps causal, lui porte l'empreinte de toutes les causes et les effets des événements de notre vie présente et aussi, vies antérieure. Le corps spirituel, donne la conscience à l'être de son unicité et son lien profond avec tout ce qui existe. Le corps divin, enfin, est associé à la conscience que nous sommes un dans le tout et tout dans l'un.

- Je vois... c'est compliqué... mais bref...

- Pour revenir à ta question, Maman, le cordon d'argent maintient ton corps physique à ton corps astral. Quand tu meurs, le cordon se détache ou se coupe. Mais quand tu fais des voyages astraux, comme Tatie Saya il y a deux ans, seule ton âme voyage, toujours relié à ton corps physique malgré la distance parcouru.

- Oh ! Et à quoi ressemble-t-il ?

- Comme un cordon ombilical, mais argenté et qui s'étire. »